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Original subtitles

Hamnet et Hamlet sont en fait

deux versions interchangeables

du même prénom dans les registres

de Stratford de la fin du XVI

et du début du XVII siècle.

La mort de Hamnet et la conception de Hamlet.

Ah, te revoilĂ , toi.

Tu avais faim.

Hum.

VoilĂ .

Reprenez.

- Bonjour, monsieur. - Bonjour Ă  vous.

Que faites-vous donc Ă  Hewlands ?

Je suis le précepteur des jeunes maîtres.

Le professeur de latin. On m'a parlé de vous.

Et que faites-vous ici au jardin ?

C'était une simple question, monsieur l'instructeur.

Oui, euh…

Ai songé que l'air serait plus frais de ce côté…

Et je vous ai vue avec ce bel oiseau.

C'est un faucon.

Puis-je ?

Gardez vos distances, monsieur.

Vous êtes un étranger.

Tu es beau.

Hein ?

Il vous affectionne.

Comment vous nommez-vous ?

Je ne vous le dirai point.

Oh que oui !

Que non.

- Que oui. - Que non.

Au cours d'un baiser, vous me le direz.

Qu'ĂŞtes-vous en train de faire ?

Agnes.

Je me nomme Agnes.

D'oĂą est-ce que vous venez ?

Ai-je dit quelque chose de mal ?

- Si ? - Non.

- Vous ignorez tout de moi. - Attendez, je veux vous revoir.

C'est impossible, je regrette.

Où étais-tu passée ?

Au champ, avec Bartholomé. Une brebis et son petit

- avaient besoin d'aide. - Ah bon ?

Je suis allée au champ. Je ne t'y ai pas aperçue.

Y étais, pourtant. Dis-lui, Bartholomé.

Oui, elle y était.

Tu as croisé le nouveau professeur de latin ? Le fils du gantier ?

Les enfants m'ont dit qu'il a quitté sans rien dire,

ni revenir, d'ailleurs. Il était prévu qu'il leur fasse

la leçon pour rembourser les dettes de son père.

Je ne l'ai pas vu, non.

Il n'a pas l'air bien commode, en tout cas. Tel père, tel fils.

Vous savez, j'ai pour mon dire que vous ĂŞtes les plus belles

- filles de la paroisse. - Nous le sommes.

Un jour, je devrai bien garder ma prudence

quand tous ces prétendants se bousculeront pour vous avoir.

Agnes est notre aînée. Elle se mariera en premier.

Non, pas si elle continuer de détaler à tout bout de champ

dans la forêt comme une bohémienne.

Mais où étais-tu passé encore ? Ça fait des heures que nous t'attendons.

- J'étais… Au travail. - Eh bien ?

Assieds-toi. Allez.

C'est à peine si ce n'est pas gelé.

- Un peu de tenue ! - Doucement.

Y a Ă  manger pour tous.

Et la leçon, alors ? À Hewlands ?

Ce ne sont pas des lumières, disons-le.

Je me demande bien où ira toute cette belle éducation.

Des cours de latin pour des enfants qui ne seront jamais rien d'autre

qu'éleveurs de bétail.

Et ça se donne de grands airs.

- Tu en veux même pas, imbécile ! - Ça suffit, maintenant !

Vous avez entendu votre mère. Il y a assez à manger pour tous.

Qui es-tu pour ainsi parler des jeunes maîtres de Hewlands ?

"Ce ne sont pas des lumières."

Eh bien, sois sûr de ceci, mon garçon : Tu ne seras jamais

le quart des hommes qu'ils deviendront.

HonnĂŞtes, travaillants. Le contraire de toi.

Qui fainéante, sans avenir ou emploi, avec tes airs de prince.

Toute cette éducation sans une once de bon sens !

Ai pris ces garçons à ma charge pour rembourser

vos dettes Ă  cette famille, je me trompe ?

Vos incommensurables dettes Ă  cette famille.

Je me trompe ? ArrĂŞtez !

Et puis le reste de la famille de Hewlands,

on vous les a présentés ?

- La mère, pour l'instant. - Et pas la fille aînée ?

- Non. - La fille, Ă  ce qu'on raconte,

est née en forêt et serait l'enfant d'une sorcière.

Je l'ai déjà vue, errer dans les sentiers de traverse

avec un faucon sur son bras.

- Un faucon ? À Hewlands ? - Oui.

Ils disent qu'elle le traîne avec elle en forêt

sans personne autour.

Et en es-tu certaine, Eliza ?

L'aînée qui traîne à son bras un faucon plutôt

qu'une servante, c'est ça ?

- Oui. Certaine. - OK.

Agnes ?

Bonjour.

- Mais que faites-vous là ? - Je vous apportais ça.

- Qu'est-ce que c'est”? - C'est un

un nouveau gant pour votre oiseau.

Mon gant me convient.

Agnes.

Agnes, attendez !

Je sais qui vous ĂŞtes.

Ah oui ? Qui suis-je ?

Eh bien… je ne vous connais pas, mais on dit que…

La fille d'une sorcière des bois, je suppose ?

- Oui, c'est ce qu'ils disent… - Je suis la fille de ma mère, voilà.

Qui m'a beaucoup appris, d'ailleurs.

- Que regardez-vous comme ça ? - Vous.

Pourquoi ?

- Euh… - Je vous croyais un homme de lettres,

monsieur le professeur.

Oui.

- Eh bien ? - Mais… Parler avec les gens

peut m'ĂŞtre un peu difficile, parfois.

Racontez-moi une histoire, alors.

- Une histoire ? - Oui.

Quelle histoire aimeriez-vous ?

Quelque chose qui vous émeuve.

D'accord.

Vous connaissez l'histoire d'Orphée et d'Eurydice ?

Orphée est un homme de musique.

Et il a une voix absolument exquise.

Il peut jouer de la cithare, qui est une…

Sorte de… de harpe, de lyre,

si bien que… les bêtes, les

les biches et les oiseaux, et mĂŞme les rochers, les arbres,

tous se mouvaient au rythme de sa musique.

Un jour, Orphée tombe éperdument amoureux

d'une magnifique nymphe, Eurydice.

Peu après leur noce, Eurydice est mordue par une vipère dont

le poison dans le corps se répand, et puis la tue.

Rongé par le deuil, Orphée voyage jusqu'aux Enfers

pour la ramener Ă  la vie.

Il charme ce chien à trois têtes appelé Cerbère.

Puis, il séduit Hadès jusqu'à ce qu'enfin, on lui concède

de ramener son grand amour avec lui dans le monde des vivants

si… et seulement si…

Si quoi ?

Si, pendant qu'elle marche pour le suivre, pas une fois.

Orphée ne se retourne pour la voir.

Or, alors qu'ils entament leur ascension, Orphée n'entend plus

les pas de sa douce et donc il écoute,

et il écoute, et écoute encore.

Mais tout ce qu'il entend désormais est le son

de son propre coeur.

Le reste n'est que silence.

Et alors qu'il approche de la frontière entre les deux mondes.

Il ne peut taire

son inquiétude plus longtemps, et alors, il se retourne

pour la regarder et elle est…

À jamais prisonnière des Enfers.

- C'était une bonne histoire. - Vous l'avez aimée ?

Souviens-toi, herbe de Saint-Jean,

des racines que tu déploies, du millepertuis

et du chasse-diable. Tu te nommes Una, l'unique,

la plus ancienne des plantes.

Qui en brave trois peut en braver 30.

Tu braves le venin, tu braves la mort qui imprègne l'air,

les fléaux qui courent la terre. Et toi, plantain, plante mère,

tu t'offres Ă  l'Est, mais demeure fort au-dedans.

Les carrioles ont écrasé tes sillons, les femmes t'ont piétiné à foison.

Mais tu as su résister et repousser tes agresseurs.

Est-ce vrai ? Que vous savez tout d'une personne

en les touchant juste ici ?

Pas tout, non.

Quand vous m'avez touché là, qu'avez-vous vu ?

Ai vu un paysage.

Un paysage, ah bon.

Des espaces, des grottes, des hauts de falaises,

des océans et des tunnels,

un abysse sombre, noir et profond, des pays inconnus.

Elle parle !

Elle parle, elle parle. Doucement.

Quelle lumière se glisse par cette fenêtre ?

C'est l'Orient, et Juliette est le soleil.

Et tue

la lune envieuse.

Bonjour.

Bonjour.

Je veux vous demander en épousailles, madame.

Ah non, je… ou plutôt, je dois vous avoir en épousailles.

Je ne veux personne d'autre. Je parlerai bien sûr

à votre belle-mère et votre frère, naturellement.

Ils ne seront pas d'accord, mais

ça ne m'importe pas,

parce que je n'ai pas été nanti d'une grande patience.

La patience m'est insoutenable.

Et puis vos parents, eux ? Eux non plus ne seront

jamais d'accord.

Suivez-moi.

Regardez-moi.

Attendez. Regardez-moi.

Attendez. Attendez.

- Non ! - Non !

Mon gant.

Ce gant appartenait à ma mère.

Elle surgit un beau jour de la forĂŞt

comme sa mère et sa mère avant elle.

Les femmes de ma lignée voient des choses

que les autres ne voient pas.

Agnes.

Souviens-toi, herbe de Saint-Jean

des racines que tu déploies, tes millepertuis,

tes chasse-diable. Tu te nommes Una,

la plus ancienne des plantes.

Qui en brave trois peut en braver 30, tu braves le venin.

Tu braves la mort qui imprègne l'air.

Tu braves les fléaux qui courent la terre.

Bartholomé, ta plaie guérira.

Est-ce que ça me fera une cicatrice ?

C'est possible, mais ça n'est pas plus mal.

Écoute.

Entends-tu ?

Il ne faut pas négliger tes rêves.

Souviens-toi, Agnes.

Ils seront ton plus grand guide.

- Bonjour. - Bonjour.

Agnes ? Qu'est-ce… que se passe-t-il ?

Sa mère l'a tout bonnement bannie du logis.

Ce n'est pas ma mère.

La maison appartient à mon frère Bartholomé.

C'est moi qui suis partie.

Elle est enceinte.

Et dit que c'est le tien.

L'est-il ? De toi ?

L'enfant dans son ventre, en es-tu le père, oui ou non ?

Je le suis.

- Nous sommes en épousailles… - Jamais nous ne le permettrons !

Tu auras besoin de notre bénédiction, et je regrette

de t'annoncer que jamais, jamais tu ne l'auras, mon fils !

Quoi ?

- Tu as été ensorcelé. - Non.

Eus préféré que tu meures au large

plutôt qu'épouser cette bonniche.

Marie.

Tenons-nous-en Ă  l'essentiel.

Je suis persuadé que nous pouvons arriver à un arrangement.

- John. - Tais-toi, femelle !

Il m'est évident que vous êtes désireux de voir votre soeur

livrée devant l'autel.

Et il m'est évident que vous souhaitez épargner à votre fils

qu'on le charrie devant le tribunal des moeurs ?

Tenons-nous au nécessaire. Ils disent être en épousailles.

Seulement si j'y consens.

Mais pourquoi te marier à cet écolier blafard ?

En quoi peut-il bien t'ĂŞtre utile ?

Il est plus entier et profond que tous les hommes

que j'aie jamais rencontrés.

Rien ne sera jamais plus pareil.

Toi, tu ne seras plus pareille.

Je ne le suis déjà plus, en fait.

C'est trop tranquille lĂ -dedans.

- LĂ -dedans, oĂą ? - LĂ , chez eux.

Que nous dirait notre mère si nous étions apeurés

ou si nous doutions ?

De vivre notre vie Ă  coeur ouvert.

De ne le point cloître dans la noirceur,

mais le tourner vers le soleil.

Il aime la femme que je suis,

et non celle que je devrais ĂŞtre.

Alors, marie-le, ma chère soeur.

Merci.

Souviens-toi, Herbe de Saint-Jean…

Dis-le avec moi.

Dis-le toi aussi. Des racines que tu déploies…

Du millepertuis et du chasse-diable.

Ton nom est Una, la plus ancienne des plantes.

Qui en brave trois peut en braver 30.

Tu braves le venin et puis tu braves la mort dans l'air.

Tu braves les fléaux qui courent la terre.

Regarde-moi.

Regarde-moi.

Agnes !

Tu es lĂ , toi.

Regarde, lĂ .

Regarde-moi ça. Regarde-moi ce feu !

Hum, mais qu'est-ce que c'est, hein ?

Le chien nous a ramené un joli souvenir.

Hein qu'il est joli ?

Est-ce que c'est papa ?

Les points de couture doivent ĂŞtre plus fins.

Oui, beaucoup plus fins.

C'est cela.

Lamentable.

Très bien, et maintenant… encore plus fins.

- OĂą t'en vas-tu encore ? - Je m'en vais, c'est tout.

Tu retournes Ă  ton ouvrage !

Tu m'as frappé pour la toute dernière fois, est-ce bien clair ?

- Est-ce bien clair ?! - Oui.

Mon chéri, reviens dormir, veux-tu ?

- Qu'écris-tu ? - Rien de bien exceptionnel.

- Permets-moi d'en douter. - J'en sais rien.

Peut-être que lorsque j'aurai fini, ce sera…

L'objet de… pour l'instant, c'est en chantier, alors…

Eh bien, lis-m'en un passage, que je te donne mon avis.

Agnes, c'est encore… c'est en chantier, tu m'as entendu ?

Je te dis que c'est en chantier, alors…

Arrête, Will, tu vas réveiller le bébé !

Là, ça va, non…

Je te demande pardon, enfin, je…

Je pense que j'ai peut-être trop bu et…

Agnes, j'ai pris trop Ă  boire, je crois.

Et mes…

Je suis ivre parce que j'ai…

Parce que j'ai trop bu, voilĂ .

Will.

Que se passe-t-il, hum ?

Donne-moi ta main.

Pitié, pitié, pitié, pas ça, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, non !

Que pourrais-je bien voir qui te fasse peur autant ?

Que je suis un homme violent et dangereux, Agnes.

Non, tu n'es ni l'un ni l'autre.

- Tu es un homme bon… - Comment peux-tu le savoir ?!

Tu es un homme bon.

Tu es un homme bon.

Est-ce que tu regrettes que nous nous soyons épousés ?

Comment peux-tu dire une telle chose ?

Comment peux-tu dire une telle chose ?

Toi et Susanna ĂŞtes ma seule raison de vivre.

La seule Agnes, et mĂŞme l'unique.

Eh bien alors, qu'y a-t-il ?

- Là. Regarde-moi… - Je t'en supplie !

Laisse-moi, je t'en prie, pitié, pitié, pitié…

- Pitié… - Regarde-moi.

Écoute. Écoute. Écoute.

Je suis perdu. Je…

Non, je me suis égaré. Je me suis égaré, je suis perdu.

Il me faut juste… arrête, Agnes,

Il me faut simplement travailler.

Il ne dort plus.

Avait-il déjà perdu son sang-froid avec toi ?

Non.

- S'il devait lever la main sur toi… - Non, il ne l'a jamais fait.

Jamais, il n'a… il est… mécontent de lui

Ă  s'en rendre malade.

C'est un homme bon, c'est un bon mari, c'est un bon père,

mais il a besoin de plus.

Que peut-il bien vouloir de plus que sa famille et que toi ? |l t'a toi.

Il doit aller Ă  Londres.

- Londres ? - Oui.

Pourquoi Londres ?

Parce que Londres est le lieu oĂą convergent tous les mondes.

I[ pourrait en profiter pour étendre le commerce de son père.

- C'est reparti, tu divagues. - C'est faux, je ne divague pas !

Il a besoin de plus que ça !

VoilĂ  de quoi il a besoin : d'un travail et d'arrĂŞter

de toujours fuir !

Qu'a-t-il a espérer de cette vie, cette petitesse

qui le brisera ?

Il doit s'éloigner de son père.

Et toi, tu partirais avec lui Ă  Londres ?

Non, j'attendrais qu'il se soit installé.

La famille s'agrandit, imagine-toi.

- Un autre enfant ? - Oui. Avant la fin de l'été.

Garde-le à tes côtés, alors. Plus que jamais, maintenant.

Je le perdrai.

Ai commencé déjà à le perdre.

Tu le perdras si tu le laisses partir ainsi.

Je sais que notre amour Ă  lui seul nous fera perdurer.

Je t'en prie, allez. Peux-tu parler à son père ?

Il t'écoutera si tu lui vends l'idée que Will doit se rendre à Londres.

Je t'en prie.

Je devrai me trouver quelque logette, bien sûr.

Tenant à la rivière, près des mégisseries.

Mais on me prévient que les courants de la rivière sont

si hasardeux qu'il faut absolument prendre Ă  gages

un batelier accoutumé pour chaque traversée,

et naturellement, je le ferai dès lors que je traverse,

c'est promis.

Et ton image comme celle de Susanna hanteront

mes pensées à chaque moment. Et je nous trouverai un logis

convenable à Londres, et nous serons à nouveau réunis.

Tu ne sais toujours pas si c'est une fille ou un garçon ?

Non, étrangement.

N'as-tu pas en fait toujours prédit que tu aurais deux enfants ?

Oui.

Deux enfants au jour de ma mort.

Eh bien, voilĂ  le second.

- Ne disons pas au revoir. - Non.

Mais allez, en route !

- Où alliez-vous donc ? - Oh, je, j'allais prendre…

En fait, je vais à la forêt…

Non, vous n'irez pas Ă  la forĂŞt.

- Si, je le dois. - Vous ne le devez aucunement, non.

Gilbert !

Vous devez me…

Me laisser y aller. Laissez-moi.

- Laissez-moi y aller ! - Mademoiselle Agnes.

- Vous devez me laisser y aller ! - La rivière a brisé ses berges.

Les eaux ont rompu, il n'y a plus de chemin

menant Ă  la forĂŞt. Nous avons tout mis prĂŞt

- pour vous, mademoiselle. Allez, courage ! - Mon bébé en a besoin !

ArrĂŞtez, arrĂŞtez !

- Chut… - Laissez-moi, je vous en prie !

Je peux pas avoir mon bébé sous ce toit !

Non, pas sous ce toit. Non…

- La rivière. - Chut, chut, chut, chut !

Non, non, non, il avait parlé de la rivière.

La rivière hasardeuse ! Avais dû remonter le courant,

il m'avait prévenue !

Agnes, Agnes !

Agnes, Agnes, le destin sourit Ă  notre William.

Souvenez-vous de sa dernière lettre.

Arrêtez ces hurlements, vous allez réveiller le bourg au grand complet !

Non, je ne le reconnaissais pas.

Non, il nous apportait d'heureuses nouvelles !

- La compagnie, le théâtre. - Le théâtre…

Il a passé contrat avec des comédiens pour faire des gants,

- des gants pour une pièce. - C'est vrai ?

Agnes, doucement. Chut ! Chut.

Poussez, maintenant. Poussez !

- Ah ! Le voilà ! - C'est un garçon !

Oui, le voilĂ  !

- Un joli garçon. - Oh oui, te voilà !

ON… eh oui !

C'est un petit garçon.

Mon trésor.

Quoi ? Que se passe-t-il ?

Le travail reprend, il en vient un autre !

Vous accouchez de jumeaux, ma fille.

Allez, Eliza. Faisons vite, dans ce cas.

Prends-le, oui.

Doucement, voilĂ .

Non, non, non, non…

Non, non… deux enfants au jour de ma mort…

Ai toujours pensé

qu'il en serait ainsi, que tel serait le nombre de mes enfants.

Et désormais, je… je vois qu'à présent, ce sera vous.

Nous devons vous conduire Ă  la chaise d'accouchement. l'enfant vient. Il est lĂ .

Debout, madame. Un petit effort. Debout, debout.

VoilĂ .

Non, non !

Jamais je ne peux… pourquoi je ne peux pas… ?

- Asseyez-vous. - Je ne le sens pas !

Écoutez-moi, j'ai tout eu faux, j'ai tout eu faux !

Tout est faux, je me suis leurrée, et là, mon oeil.

Il n'est pas lĂ ,

I… il n'est pas là !

Agnes, tu le peux.

- Et tu le dois. - Je ne peux pas !

Agnes.

Tu le peux.

Et tu le feras.

Ton mari a vu le jour ici. Dans cette chambre.

Son tout premier souffle, il l'a pris Ă  cette fenĂŞtre.

Pitié, pitié…

Pitié, laissez cet enfant vivre. Laissez-le vivre. Pitié.

Laissez son père revenir. Qu'il puisse revenir et être

auprès de son enfant. Pitié.

Puisse-t-il garder de moi un souvenir tendre

et ne pas m'oublier.

Maman.

Maman.

Maman ?

Elle était trop faible. Elle souffrait atrocement.

Imaginez, la pauvresse, elle faiblissait jour après jour.

C'est atroce.

Mais la vie est ainsi faite, que voulez-vous ?

Sans doute, pouvait-elle voir venir la fin.

Sans doute vaut-il mieux

ne pas parler d'elle aux enfants. Leur vie sera plus sûre

entre |les mains d'une autre mère.

Et si jeunes… il y a même une chance qu'ils l'oublient.

- Non, non ! Maman ! - Agnes…

- Maman, non ! - Agnes, mon enfant, sois raisonnable.

Agnes, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour des enfantillages.

Sois sage !

- C'est ce qu'elle aurait voulu. - Non ! Laissez-moi la regarder !

- Non ! - Laissez-moi la regarder !

- J'ai dit non ! Aidez-moi. - Maman ! Non !

Ma petite mère, elle me manque !

Je veux ma mère !

Et voilĂ . Oh, c'est une fille ! C'est une fille !

C'est une… pourquoi…”?

- Allez, petite. Allez. Allez. - Pourquoi ne pleure-t-elle pas ?

Elle ne pleure pas comme les autres.

Elle ne vit point.

Laissez-moi la voir.

Il ne faut pas la voir morte, cela porte malheur.

Donnez-la-moi.

Je veillerai à ce qu'on l'enterre dûment…

Donnez-moi mon enfant !

Ne crains pas, viens.

Agnes, tu as là un beau petit garçon.

Je te l'amène de ce pas, que tu lui donnes à téter un peu.

La petite est au ciel, à présent.

Elle n'est pas au ciel, non.

Le soir où ma mère morte, j'ai prêté serment et…

Juré de passer à votre église, mais sans jamais y dire mot.

Ah, laissez-moi voir.

Oui ! Oui !

Tu vivras, oui.

Tu vivras.

Je veillerai à ce que rien ne t'enlève jamais à moi.

Je l'ai pas trouvé.

Je l'ai.

Parfait.

Mon chapeau est lĂ .

D'accord. Oui.

Allez, attrape ce côté. Tiens-le bien.

Oui.

Voilà. Et je vais… faire un noeud, comme ça.

C'est parfait.

- Oh. Désolé. - Attends, je vais le faire.

Non, pas sur mon visage !

- C'est moi, Hamnet. - C'est moi, Hamnet.

- C'est moi, Judith. - C'est moi, Judith.

Personne ne court dans cette maison.

Veuillez, je vous prie, vous comporter comme

le feraient … gentilhomme et gentille dame.

OĂą allez-vous ?

- C'est bien, continue comme ça. - |l arrive, il arrive !

Vite, vite !

Bonjour.

Bonjour !

On sait qu'ils ont échangé leurs vêtements.

On fait semblant de pas le savoir, ou non ?

Tant qu'ils continuent leur petit jeu, on fait semblant.

HĂ©.

Père, tu m'aideras

avec le passage en grec de la leçon d'hier ?

Hamnet, je croyais que tu le savais par coeur.

Non, parce que j'ai oublié mon livre de classe à l'école.

Eh bien, Hamnet, si tu ne prends pas

tes études au sérieux, comment espères-tu faire des progrès ?

Petits garnements !

- On t'a bien eu, hein ? - Ça, on peut le dire.

Vous avez pris la place de l'un de l'autre pour vous payer

ma tĂŞte encore une fois !

Susanna, approche.

Allez, viens.

Bien. Vous vous rappelez ce que nous avons préparé pour votre mère ?

- Ouais ! - Vous ĂŞtes tous prĂŞts, on peut y aller ?

Allez, vite, on vous rejoint.

- Dépêchez-vous ! - Vite, vite, vite, vite, vite, vite !

- Continue d'avancer… - Attends !

Viens, par lĂ , sur ta droite. Y a une marche.

Une autre marche. Encore une.

Encore une.

Quand nous réunirons-nous de nouveau toutes les trois ?

En coup de tonnerre, en éclair ou en pluie ?

Quand le hourvari aura cessé, quand la bataille

sera perdue et gagnée !

Ce sera avant le coucher du soleil !

- En quel endroit ? - Sur la bruyère.

- J'arrive, Graymalkin ! - Paddock appelle.

Tout Ă  l'heure !

Le beau est affreux et l'affreux est beau.

Le beau est affreux et l'affreux est beau.

Le beau est affreux et l'affreux est beau. Le beau est affreux

et l'affreux est beau ! Planons à travers le…

- Bravo, les enfants ! - Ah, c'était magnifique !

On creuse en profondeur, on pousse la terre sur le côté

et on met le plant au fond. D'accord ?

Ensuite, on remet de la terre tout autour

et on appuie bien fort.

Et puis, on cueille quelques tiges, comme ça.

Et on les frotte dans nos mains.

Ouah ! Vas-y, recule !

Fais ça.

Et déplace-toi en cercle.

Allez, comme ça. Tu es prêt ?

Attaque. Replie. Maintenant, pare les coups en attaquant.

Bien.

Encore.

Maintenant, juste après, je fais ça, tu esquives.

Tu es prêt ? Marche en cercle. Fais tourner ton épée.

Non, bouge en tournant ton épée.

Maintenant, vas-y, avance… et replie-toi.

Un, deux, trois. Pa, pa, pa. Esquive !

Ah ! Excellent. Encore.

Judith, comment on appelle cette herbe ?

- C'est du romarin. - Du thym.

- Du thym. Du thym, c'est vrai ! - Du thym.

C'est pas grave.

Et ça ?

- Ça, c'est du romarin. - Quais.

Et Ă  quoi sert le romarin ?

- On peut en mettre dans les pommes. - Dans les pommes !

Non. Le romarin, c'est la plante… ?

La plante de la mémoire.

- La plante du souvenir. - La plante du souvenir.

Maintenant, frottez tout ça entre vos mains.

Et faites un voeu en soufflant.

Pour le guider sur sa route.

Ouais ? Il sera le seul à connaître votre voeu.

Tu l'as vu s'envoler ?

Tu ne l'as pas vu s'élever dans le ciel ?

Allez, on recommence.

Faites un autre voeu.

Regardez ! LĂ -haut, dans les airs !

Regardez, juste lĂ . Vous l'avez vu ?

|l emporte avec lui tous vos voeux qu'il garde

bien serrés contre son petit coeur.

Chaque fois que vous aurez envie de vous souvenir de lui,

il vous suffira de faire…

OĂą est-ce que tu vas ? Hein ?

Attends que je t'attrape !

Tu vas voir, je vais t'attraper !

Père.

- Est-ce que ça va ? - Qui.

Écoute. Je ne veux pas que tu t'approches de ton grand-père.

Il ne lèvera pas la main sur tes soeurs, mais c'est pour toi

que je m'inquiète. Je veux te savoir en sécurité durant mon absence.

Tu repars pour Londres, c'est ça ?

- Oui, demain. - Demain ?

Tout ira bien.

On pourra venir avec toi, cette fois ?

Non, pas encore.

HĂ©.

Tu vas me manquer.

Mais je n'ai pas le choix, tu le sais. Je…

Je sais.

Je comprends.

C'est bien.

Parce que je veux que tu veilles

sur ta mère et tes soeurs. Je peux compter sur toi”?

- Qui. - Tu seras courageux ?

- Oui. - Oui ?

- Tu seras courageux ? - Oui !

- Oh, tu seras courageux ? - Oui !

Oui, je serai courageux. Je serai courageux !

Je serai courageux.

Je cherche une maison pour nous Ă  Londres.

L'automne sera bientĂ´t lĂ .

Et les enfants tomberont malades.

Et la santé de Judith est encore trop fragile.

Elle souffre souvent de congestion dans la poitrine.

Et l'air de Londres est… Ce n'est pas…

Mais on ira un de ces jours prochains.

On partira Ă  Londres avec toi.

Non, tu ne le feras pas. Tu ne viendras jamais.

Tu as attendu que passent la chaleur de l'été,

la sécheresse de l'automne.

La neige et le froid.

Tu ne crois pas que Judith pourrait supporter

la vie Ă  Londres.

Tu serais prĂŞte Ă  tout pour que cette enfant reste en vie.

N'est-ce pas là ce qu'une mère devrait faire ?

Bien sûr que si.

Alors…

Ai décidé de chercher un petit lopin de terre

dans les environs de Stratford.

OĂą tu pourras t'installer avec les enfants.

Merci.

OĂą est-elle ? Ah !

Hamnet. Le voilĂ .

Approche.

Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime.

Je t'aime.

Vous aussi. Allez, viens.

Je t'aime.

Allez. Viens par lĂ .

Tu te rappelles bien de ce que je t'ai dit ?

Oui.

Bon garçon.

- Au revoir. - Au revoir.

- Au revoir. - Au revoir.

- Au revoir ! - Au revoir !

Hamnet.

Ça va aller. Viens là.

Donne-moi ta main.

Quoi ? Qu'est-ce que tu vois ?

Je te vois, toi.

Tu as grandi.

Tu es devenu un homme très fort.

Et je te vois à Londres, où tu travailles avec ton père.

- Dans un théâtre ? - Oui.

Un grand théâtre.

Qu'est-ce que je fais comme travail ?

Tu veux faire quoi plus tard, Hamnet ?

Je voudrais être… un de ces comédiens qui portent une épée.

- Une épée ? - Qui.

Et je me battrais sur scène contre les autres comédiens.

Montre-moi.

Ce serait un combat féroce et tous les spectateurs seraient

terrifiés et morts de peur.

- Et qui gagnerait ? - Moi, bien sûr.

Je n'en doute pas une seconde.

Quelque chose les a contrariées.

Qu'est-ce que ça peut être ?

C'est peut-ĂŞtre ce temps.

Ou bien, quelque chose dans l'air.

Dis Ă  Joan qu'elle devrait garder les enfants

Ă  la maison aujourd'hui.

Judith !

Judith.

OĂą est-ce que tu es ?

Réveille-toi !

La chatte de la boulangère a eu ses petits.

Viens, on va les voir.

Elle en a eu huit, Judith. Huit !

Il faut se dépêcher. Il va bientôt pleuvoir.

Judith ?

Judith ?

Qu'est-ce qui se passe ?

Qu'est-ce que t'as, Judith ? Judith, réponds-moi.

Judith, réveille-toi !

S'il te plaît Judith, réveille-toi !

- Qu'est-ce qu'il y a ? - C'est Judith.

Depuis quand elle est comme ça ?

Depuis qu'elle est revenue de l'école.

Oh, mon Dieu.

Elle l'a attrapée. Hein, c'est ça ?

Judith a attrapé la peste ?

Dis-moi, c'est ça, maman ?

Va chercher ta grand-mère.

Dis-lui de venir. Dépêche-toi !

Ses mains sont brûlantes. [[ nous faut, euh, plus d'eau.

Fais un plus gros feu pour réchauffer plus d'eau.

On a besoin d'eau chaude.

Eliza, va chercher de l'eau

et les herbes qui sont dans la cuisine.

La cannelle aide à faire baisser la fièvre.

De l'herbe ou de la racine de pin. Du thym, oui.

Tu les trouveras au fond de la pièce, sur l'autre table.

- De l'autre côté. - Oui, maman est là, mon coeur.

Allez, bois ça. C'est du romarin et de la gelée.

Tout ira bien, hein ? Tout ira bien.

Judith, reste avec moi. Maman est lĂ . Tout va bien.

Maman est lĂ . De la rhubarbe. Il faut de la rhubarbe

pour purger l'estomac et chasser la peste.

Va en chercher, d'accord ?

Maman est là. Ça va aller, Judith, on est tous là.

Susanna, il faut encore chauffer de l'eau.

Hamnet, et Mary et Susanna,

- dès que tu pourras. - Pourquoi il est pas là ?

Eliza, écris à ton frère qu'il doit rentrer à la maison.

Judith.

Ouvre la bouche, Judith. Ouvre la bouche. Maman est lĂ .

VoilĂ . C'est bien.

Oui, tu vas vite guérir.

Allez, ouvre la bouche et bois ça.

Vas-y, avale. Maman est lĂ . Tout va bien, Judith.

Maman est lĂ . Tout va bien. D'accord ?

Agnes.

Agnes.

Écoute-moi, tu as fait tout ce que tu as pu.

Il n'est pas question que je la laisse partir.

Grand-mère, on dit… on dit que tu as perdu trois filles.

Il leur est arrivé… la même chose qu'à Judith ?

Anne avait sept ans.

Les deux autres n'étaient que des bébés.

Elles avaient toutes des bubons et…

De la fièvre, comme Judith.

Ta mère s'obstine à vouloir retenir son enfant.

C'est peine perdue.

Ce que la vie nous donne, elle peut le reprendre Ă  tout moment.

C'est pourquoi il ne faut jamais baisser la garde.

Ne jamais tenir pour acquis

que le coeur de nos enfants bat,

que leurs poumons respirent, qu'ils…

Qu'ils marchent et parlent,

qu'ils sourient, qu'ils se chamaillent et jouent.

Ne jamais oublier un seul instant

qu'ils peuvent quitter ce monde.

Judith.

Judith.

Ne sois pas triste, Hamnet.

Tu prendras du mieux.

C'est faux, Judith.

Pas sans toi, non.

Je la ressens dans l'air.

Et toi, la ressens-tu ?

Elle nous regarde.

Je lui dirai de nous prendre ensemble.

Nous partirons tous les deux.

Détourne-toi.

Détourne-toi.

Elle se trompera.

Elle ne saura point qui est qui.

Respire avec moi, Judith.

Je t'offre ma vie.

Ainsi, tu pourras guérir.

Je t'offre ma vie, Judith.

Il me faut ĂŞtre courageux.

Je demeurerai courageux, père.

Je demeurerai courageux, je vous le promets.

Je demeurerai courageux, oui.

Je dois demeurer courageux, père. Je dois demeurer courageux.

Je dois demeurer courageux.

Ho ! Chut !

Pressez-vous.

Hamnet, Hamnet. Tu ne devrais pas ĂŞtre dans son lit,

je dois te ramener dans ta chambre.

Hamnet ?

Hamnet ?

Maman ?

Maman.

Maman.

- S'il te plaît. - Non !

Ouvre la bouche, mon chéri. Hein ? Hein ?

Et tout ira bien, tu verras. Allez.

Pour l'amour du Ciel !

La fièvre le brûle.

Il est en feu ! Sa peau est trop humide,

ça ne marche pas !

Je sais, oui ! Il y a eu une pierre à l'étage,

une pierre qui est trouée, au milieu, trouvez-la.

Apportez-la-moi ! Sous son lit, elle est lĂ . J'en ai besoin !

Et euh… du sel. Du sel, oui. Allez en trouver, vite !

Est-ce possible ? Cherchez-moi du sel, apportez-en beaucoup,

soyez généreuses et… de l'eau. Nous avons besoin d'eau.

Il est fiévreux, il en brûle !

Mon amour.

Tout ira bien. Tout ira bien, tu entends ?

Tout ira bien, tu verras.

Tout ira bien.

Hamnet, n'aie pas peur, chéri.

Il n'y a aucune peur qui te soit utile puisque tout ira bien.

Maman est lĂ . Maman est juste ici. Tu le vois.

Maman est lĂ . Regarde-moi.

Maman est lĂ . Jamais, sur ma vie,

jamais je ne t'abandonnerai, tu m'entends ?

Tu entends ce que je dis”.

Je ne laisserai jamais rien t'enlever Ă  moi. Rien.

- Aide-moi. - Je t'aime.

Je t'aime tant.

Eliza, conduis Judith Ă  la cuisine. Et veille Ă  ce qu'elle y reste.

Pitié !

- Il a besoin de moi ! - N'approchez pas.

Il a besoin de moi !

Pitié, non !

Hamnet. Hamnet ! Hamnet !

Hamnet ! Reste avec nous, mon ange !

Hamnet, s'il te plaît ! Hamnet, pitié, reste avec nous,

je t'en conjure, je ne peux pas vivre sans toi,

reste avec nous ! Chéri, arrête. Pitié, Hamnet.

Hamnet, Hamnet, Hamnet, Ha… pitié !

Il est trop tard, reconnais que son heure est venue, maman !

Pitié, reste avec nous.

Hamnet ? Hamnet, Hamnet, Hamnet, s'il te plaît, non…

Mon fils nous a quitté, mon…

Je ne peux pas, je ne veux pas, il m'a…

Mon fils, il est mort.

Ai vu la lumière. Je ne parvenais pas à dormir.

Donne.

Oh, chère enfant, non. Ne reste pas là, retourne au lit.

Non. Laisse-la, laisse-la rester.

C'est ma faute, maman. Tout est de ma faute.

Oh, non.

Ça ne l'est pas, non, de ta faute, Judith.

Mais il a échangé de place avec moi. Il l'a déjouée.

- Il a déjoué quoi”? - La mort.

- Judith. - Elle l'a enlevé, lui,

mais elle était venue pour moi.

Ne t'avise jamais de redire une chose aussi vile que ça.

La fièvre est venue prendre ton frère

et c'est ce qu'elle a fait.

Est-ce que tu veux le voir ?

Oui.

Va. Tu as le droit de le voir.

Est-ce encore lui vraiment ?

Oui.

On… on dirait quelqu'un d'autre.

Non.

Non, ce n'est pas lui.

C'est un autre.

C'est un autre que lui.

Le jour se lève à peine. Le corps n'est pas accommodé,

nous ne sommes pas prĂŞtes.

Est-il trop tard ?

- Tu es là, toi. Tu es toujours là ! - Père !

Je suis lĂ , oui.

OĂą est-il ?

OĂą est m.

Mon fi…

C'est mon fils.

C'est mon fils.

Je ne l'ai pas vu.

Aurais dĂ» lui porter davantage d'attention.

Ai cru que c'est elle qu'on m'enlèverait et, au fond,

c'était lui depuis le tout début.

- Quelle sotte je fais ! - Non, rien ni personne

n'aurait pu lui sauver la vie.

Tu as tout fait et tu as tout donné.

Bien entendu.

Et tu étais ailleurs. Aurais charcuté mon coeur

pour lui en faire don. Aurais mis ma vie Ă  ses pieds

et ensuite, j'aurais accepté qu'on la piétine…

Je sais bien, mais…

Tu ne sais rien du tout, non.

Tu n'étais pas là, donc tu n'en sais rien.

- | a connu une mort atroce. - Je sais.

- Une mort atroce. |l criait. - Agnes.

Il criait et criait encore et pleurait, et son petit corps

était transi de douleur.

Ne me dis pas de me taire, Will ! Il agonisait d'effroi,

- et toi, tu n'étais pas là ! - Je sais.

Ai tenté l'impossible, mais j'ai échoué.

- Je le sais, Agnes. - J'ai tout essayé,

- mais rien n'y a fait. - Je sais que tu as tout essayé.

Tu as tout essayé. Tout.

Absolument tout.

Agnes. Agnes.

Tu n'étais pas là.

Je donnerai des nouvelles, Agnes.

Tu donneras des nouvelles”?

- À qui donc ? - À toi.

- Eh bien, j'écoute. - Hum.

Ce que je voulais dire était que je donnerai des nouvelles

- une fois Ă  Londres. - Londres ?

Il me faut partir.

Partir ? Comment peux-tu partir ?

Le monde n'arrĂŞte pas sa course, il la continue, Agnes.

En ce moment mĂŞme, des gens m'attendent Ă  Londres.

La saison commence bientĂ´t et ma troupe devrait rentrer

du Kent d'un jour Ă  l'autre.

Je dois partir maintenant.

Maintenant ?

Une caravane part vers la ville aujourd'hui.

Un cheval s'est libéré dans leur convoi, alors oui.

Surtout, veille sur les filles. Je reviendrai dès…

ArrĂŞte.

Et puis, au diable !

- Agnes. - Non !

Va-t'en. Va-t'en.

"Quand je compte les heures qui marquent le temps,

et les jours splendides sombrés dans la nuit hideuse ;

quand je vois la violette hors de saison,

et les noires chevelures tout argentées de blanc ;

quand je contemple, dépouillés de feuilles, les grands arbres

dont naguère le dais protégeait le pâtre de la chaleur,

quand je vois la verdure de l'été toute nouée en gerbes

portées sur la civière avec une barbe blanche et hérissée ;

alors, mettant en question ta beauté, je songe

que tu dois disparaître parmi les ravages du temps,

puisque tant de grâces et de beautés se flétrissent

et meurent Ă  mesure que d'autres naissent ;

je me dis que rien ne peut te sauver de la faux du Temps,

si ce n'est une famille qui le brave

"quand il voudra t'emporter."

Tu peux le relire ?

Non.

Je l'ai lu Ă  trois reprises.

Ça ne te suffit pas ?

Je vais vous offrir vos présents.

Ils viennent de Londres.

Un peigne, pour toi.

Oh, comme il est beau, t'as de la chance.

Fais-y attention, ne le perds pas.

- Tu me le prĂŞteras ? - Et voilĂ  pour toi.

Merci, papa ! J'en voulais un depuis longtemps.

Et pour toi, Agnes.

Un rubis, c'est ça ?

Je n'en avais jamais vu d'aussi beau.

Tout le monde parle de la nouvelle maison.

C'est la plus grande de Stratford.

Il y a tellement de pièces qu'on pourrait s'y perdre.

Je vais t'en confier les clés, Susanna.

Alors, tu devras bien t'en occuper.

Euh, mets-le, maman.

Ton frère t'a fait visiter la nouvelle maison ?

Et elle te plaît ?

Pourquoi tu ne l'as pas fait toi-mĂŞme ?

Tu avais peur que je ne parte pas”?

Parce que Hamnet est mort ici, dans cette maison ?

Tu sais, je n'arrĂŞte pas de me demander oĂą il est.

OĂą est-ce qu'il a pu aller.

Quoi que je fasse, je me demande toujours : OĂą est-il ?

Il n'a pas pu disparaître comme ça.

Il doit attendre que je le retrouve.

Il doit bien ĂŞtre quelque part.

Je crains de devenir complètement fou.

MĂŞme aujourd'hui, un an plus tard.

Un an, ce n'est rien.

Un an, ce n'est rien. Ce qui est interminable,

ce sont… les secondes, les minutes, les jours.

On ne doit jamais arrĂŞter de le chercher.

Je suis désolé, Agnes.

Tu entends ? J'ai dit que j'étais désolé, Agnes.

Pour quoi ?

- Pour tout. - Tu es prisonnier de cet endroit.

- Quel endroit ? - Celui qui est dans ta tĂŞte.

Cet endroit est désormais plus réel que tout le reste.

Rien ne peut plus t'en faire sortir.

MĂŞme pas la mort de notre enfant.

Hamnet est mort. Dans une terrible agonie.

Et toi, tu aurais dĂ» ĂŞtre lĂ 

pour dire au revoir Ă  ton fils.

Et qu'est-ce que tu vois ?

Je ne vois rien.

Tu es sûre ?

Rien du tout.

Oh, eh bien…

Tu devrais retourner Ă  Londres.

Inutile de t'inquiéter pour nous.

On se débrouille très bien sans toi.

Ce fut jadis un paradoxe, mais le temps a prouvé

que c'est une vérité.

- Je vous ai aimée jadis. - Vous me l'avez fait croire,

en effet, monseigneur.

Vous n'auriez pas dĂ» me croire,

car la vertu a beau être greffée à notre vieille souche…

Vous n'auriez pas dĂ» me croire, car la vertu a beau ĂŞtre

greffée à notre vieille souche,

celle-ci sent toujours son terroir.

Je ne vous aimais pas.

Je n'en ai été que plus trompée.

Va-t'en dans un couvent.

À quoi bon te faire nourrice de pécheurs ?

Je suis moi-mĂŞme passablement vertueux, et pourtant,

je pourrais m'accuser de telles choses que mieux vaudrait…

Encore.

Va-t'en dans un couvent.

À quoi bon te faire nourrice de pécheurs ?

Je suis moi-même passablement vertueux…

Encore.

Je suis moi-mĂŞme passablement vertueux.

Je suis moi-mĂŞme passablement vertueux, et pourtant,

je pourrais m'accuser de telles choses que mieux vaudrait

- que ma mère ne m'eût pas… - Encore.

Je suis moi-même… pa… passablem…

- Encore. - Je suis moi-mĂŞme

- passablement… - Je suis moi-même.

Je suis moi-mĂŞme passablement vertueux, et pourtant,

je pourrais m'accuser de telles choses que mieux…

- Encore. - Et pourtant, je pourrais

- m'accuser de telles choses… - Encore !

Je suis moi-même passablement vertueux, et pourtant…

Tu récites des mots sans y mettre d'émotion !

Je suis moi-mĂŞme passablement vertueux.

Et pourtant, je pourrais m'accuser de telles choses

que mieux vaudrait que ma mère ne m'eût pas enfanté.

Je suis fort vaniteux, vindicatif, ambitieux,

d'un signe je puis évoquer plus de méfaits que je n'ai

de pensées pour les méditer,

d'imagination pour leur donner forme ou de temps

pour les accomplir.

Ă€ quoi sert-il que des gaillards comme moi rampent

entre le ciel et la terre ? Nous sommes tous des gueux fieffés :

ne te fie Ă  aucun de nous.

Va tout droit au couvent. Encore.

ĂŠtre.

.Ou ne pas ĂŞtre ?

Telle est la question.

Y a-t-il plus de noblesse d'âme

à subir la fronde et les flèches de la…

De la… fortune outrageante,

ou bien…

À s'armer contre…

Une mer de douleur et à l'arrêter par…

Une révolte ?

Agnes ?

Étais… j'étais au village

et je me suis dit que je passerais te voir.

Ai appris pour John ; mes plus sincères condoléances.

Comment va votre mari ? C'est une terrible épreuve

- que de perdre un père. - |l va bien.

Il est très occupé. Il prépare une comédie.

Sa nouvelle pièce n'est pas une comédie.

C'est une tragédie. Mais tu le savais déjà.

En ville, tout le monde en parle.

Je t'avais pourtant dit de ne pas l'épouser.

Ne fais pas comme si tu t'intéressais à moi.

Tu n'es pas ma mère et tu ne l'as jamais été.

Bonne journée, Agnes.

Ça fait des mois qu'on est sans nouvelle de lui. Pourquoi ?

Pourquoi il nous a rien dit ?

Tu n'es pas curieuse de la lire ?

Lire quoi ?

La pièce.

Vous cherchez qui ?

William Shakespeare.

C'est sa famille de Stratford.

Montez l'escalier. Il vit dans le grenier.

Pourquoi un homme qui habite la plus grande maison

de Stratford vit-il ici ?

Je n'y comprends rien.

Je croyais…

Je croyais qu'il…

Qu'est-ce que je dois faire ?

Garde ton coeur ouvert.

Qui va lĂ  ?

Non, répondez vous-même !

Arrêtez et faites-vous reconnaître !

- Vive le roi ! - Bernardo ?

Si vous rencontrez Horatio et Marcellus,

mes compagnons de garde, priez-les de faire hâte.

Je pense que je les entends. HolĂ  ! Halte !

Qui va lĂ  ?

Cette chose est-elle encore apparue cette nuit ?

- Je n'ai rien vu. - Horatio dit…

- Mais de quoi est-ce qu'ils parlent ? - Chut !

…l ne veut pas souffrir que la croyance ait prise sur lui…

Qu'est-ce que cela Ă  voir avec mon fils ?

- Chut ! Chut ! Bah ! Bah ! - Ces hommes sont effrayés.

De quoi ?

Et laissez-nous encore une fois livrer assaut…

Ils guettent un fantĂ´me.

Qui sont bien fortifiées contre notre histoire.

À l'heure où cette même étoile qui est…

Un fantĂ´me ?

Marcellus et moi, la cloche sonnant alors…

Paix ! Supprime le reste !

C'est la mĂŞme apparence que celle du roi qui est mort !

Vois, il s'éloigne avec hauteur.

C'était Will.

- Et dites-moi pourquoi… - C'était lui. Chut ! Chut !

- Il ne joue pas dans la pièce. - Non, c'était Will, le fantôme.

Notre dernier roi, dont Ă  l'heure mĂŞme l'image vient

de nous apparaître, fut provoqué au combat.

Notre vaillant Hamlet, car cette partie de notre monde

- connu le tenait pour tel, tua… - Tu as… tu as entendu ?

- Chut ! - Oui.

- Il a dit… il a dit son nom. - Agnes.

Agnes, attends !

Allez, poussez-vous ! Vite !

Pourquoi ont-ils dit son nom ? Hein ?

- …l'oeil de l'esprit… - Reste calme, reprends-toi.

Pourquoi il a prononcé son nom ?

- Je ne le connais pas. - Silence !

Et si vous m'en croyez, faisons part au jeune Hamlet

de ce que nous avons vu cette nuit, car…

Comment oses-tu prononcer le nom de mon fils'?!

- Silence ! - ..muet pour nous,

lui parlera.

Bien que le souvenir de la mort de notre frère bien-aimé

soit encore vert et vivace, la raison cependant,

combattant la nature, nous a amenés à penser à lui avec

une sage douleur et non sans quelque souvenir de nous-mĂŞmes.

Je n'écouterai pas une minute de plus cette farce ridicule.

- Attends. Calme-toi. - Non. Je veux rentrer chez moi.

…et mon fils.

D'où vient que les nuages pèsent encore sur vous ?

Cher Hamlet, renonce à ces couleurs ténébreuses.

Ne va pas, sans fin, sous le voile baissé de tes paupières,

cherchant ton noble père dans la poussière.

Tout ce qui vit doit mourir et ne fait que traverser ce monde

pour aller à l'éternité.

Oui, madame, c'est le sort commun.

Mais je porte en moi tout ce qui ne peut se feindre.

Tout le reste n'est que le harnais et le vĂŞtement de la douleur.

Mais persévérer

dans une affliction obstinée, c'est un acte d'opiniâtreté impie ;

c'est un chagrin qui n'est point d'un homme.

Cela fait voir une volonté très indisciplinée envers le Ciel.

Si cette solide, trop solide chair pouvait se fondre,

s'écouler et se résoudre en une rosée,

ou si, du moins, l'Éternel n'avait pas interdit à l'homme

de se tuer lui-mĂŞme.

C'est un jardin non sarclé où tout monte en graine.

Ce sont des herbes grossières et sauvages qui s'en emparent

uniquement…

Que les choses en soient venues lĂ .

Mort depuis deux mois seulement.

Non, il n'y a pas encore deux mois.

Un si excellent roi, qui était à celui-ci

ce qu'Apollon est Ă  un satyre !

OĂą veux-tu me conduire ? Parle ! Je n'irai pas plus loin.

Je suis l'esprit de ton père.

Condamné pour un certain temps à errer la nuit, et le jour

à jeûner dans une prison de flamme, jusqu'à ce que le feu

m'ait purgé de tous ces crimes noirs commis aux jours

- de ma vie mortelle. - Hélas, pauvre ombre.

Ne me plains pas, non.

Mais, à mes révélations,

prête une oreille attentive. Écoute.

Écoute, oh, écoute. Si tu as jamais aimé ton tendre père…

- Ă” Ciel ! - Mais doucement, il me semble

que je respire la brise du matin. Abrégeons.

Je dormais dans mon jardin l'après-midi,

comme à mon habitude, et à cette heure de pleine quiétude,

ton oncle se glissa près de moi avec une fiole remplie de poison

et me versa dans le creux de l'oreille

la pestilentielle liqueur,

dont l'effet en est hélas

funeste pour le sang de l'homme.

Elle est rapide comme le vif-argent, s'élançant

à travers les portes et les allées naturelles

de notre corps.

Et par son action énergique, fait figer et cailler, comme…

Une goutte acide fait du lait,

le sang le plus limpide et le plus pur.

C'est ce que j'éprouvai.

Et tout Ă  coup, je sentis, pareil Ă  Lazare,

la lèpre couvrir partout d'une croûte infecte et hideuse

la surface lisse de mon corps.

Oh, horrible.

Oh, horrible. Bien horrible.

Si tu n'es pas dénaturé, ne supporte pas cela.

- Adieu une fois pour toutes. - Il a changé de rôle avec notre fils.

Regarde-moi.

Regarde-moi.

Le ver luisant annonce que le matin se rapproche

et commence à pâlir ses feux impuissants.

Mon cher fils.

Adieu.

Adieu.

Adieu.

Souviens-toi de moi.

ĂŠtre ou ne pas ĂŞtre ?

Telle est la question.

Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches

de la fortune outrageante, ou bien Ă  s'armer contre une mer

de douleur et à l'arrêter par une révolte ?

Mourir, dormir, rien de plus.

Et dire que par ce sommeil, nous mettons fin

aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles

qui sont le legs de la chair,

c'est là un dénouement qu'on souhaite avec ferveur.

Mourir.

Dormir, dormir, peut-ĂŞtre rĂŞver. Oui, lĂ  est l'embarras.

Car quels rĂŞves peut-il nous venir dans ce sommeil

de la mort quand nous sommes débarrassés

de l'étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter.

C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité

d'une si longue existence.

Qui supporterait les flagellations et les dédains

du monde, l'injure de l'oppresseur,

l'humiliation de la pauvreté,

les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi,

l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite

résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être

quitte avec un seul poinçon ?

Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer

sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose

après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur

ne revient, ne troublait la volonté,

et ne nous faisait supporter les maux…

En garde !

Montre-lui qui est le meilleur !

Vas-y, tue-le !

Un ! Non !

Touché, très positivement touché !

- Notre fils gagnera ! - Soit, recommençons.

Gertrude, ne buvez pas !

Trucide-le, qu'on en finisse !

Encore une fois. Qu'en dites-vous ?

Ă€ vous, maintenant !

Oh non, il est blessé !

Ouais !

Comment est la reine ?

Elle s'est évanouie à la vue de leur sang !

Non !

Non ! Le breuvage ! Le breuvage !

Ô, mon Hamlet chéril Je suis empoisonnée.

Ă” infamie !

Holä ! Qu'on ferme la porte !

Il y a eu une trahison, qu'on la découvre !

La voici, Hamlet.

Hamlet, tu es assassiné.

Nul remède au monde ne peut te sauver.

En toi, il n'y a plus qu'une demi-heure de vie.

Le roi est coupable !

La pointe empoisonnée aussi ! Alors, venin, à ton oeuvre !

Tiens ! Toi, incestueux meurtrier, damné Danois !

Bois ! Oh, ouais !

Allez, bois le reste de cette potion !

Ta perle y est-elle ?

Tu vas suivre ma mère.

Je me meurs.

Tu vis, toi.

Justifie-moi, explique ma cause Ă  ceux qui l'ignorent.

Si jamais tu m'as porté dans ton coeur, absente-toi

quelque temps encore de la félicité céleste

et exhale ton souffle pénible dans ce monde rigoureux

pour raconter mon histoire.

Je meurs !

Le poison puissant étreint mon souffle.

Le reste est silence.

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