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Original subtitles

...

Des bottes claquent sur les marches d'un escalier.

...

Une bâche en plastique se froisse.

...

Jimmy appuie sur l'interrupteur.

Karine verse du plâtre dans un récipient.

...

Jimmy verse de l'eau par-dessus.

...

Thème doux et intrigant

...

Conversation indistincte

...

Le thème s'intensifie crescendo.

...

Respirations haletantes, gémissements légers

... ...

Martèlement sourd et régulier du doseur automatique

...

Vrombissement léger du tapis roulant

...

-On a gagné l'appel d'offres sur les galettes des rois.

On a 57 tonnes à livrer pour le 10 décembre.

Murmures inquiets

-Pas de panique.

On a recruté six intérimaires.

Karine et Nina les encadreront.

Pas de souci, on tiendra la cadence.

-On a eu les résultats du dernier audit qualité,

ils sont très bons.

Bravo Ă  vous.

Il y a juste un problème de résidus

de fibres à la sortie des surgélateurs.

Ça, c'est un point à améliorer,

parce qu'on va être recontrôlés, très bientôt.

-Mais les filles n'ont que 11 minutes pour nettoyer les surgélateurs.

C'est bien trop court.

-Les cadences ont été validées.

-Pour enlever les fibres, faut y aller rainure par rainure.

-Effectivement, oui, ça, c'est très important de le faire.

-Oui, mais 11 minutes, en augmentant la prod...

-Karine, on ne va pas rediscuter du cahier de maintenance

en plein rush de Noël.

Je vous remercie et je vous souhaite une belle après-midi.

Au revoir.

-Allez. -(On aura essayé...)

Signal sonore de recul

...

Sonnerie de téléphone

Jimmy décroche.

-Coucou. *-Ouais, ça va ?

-Ouais et toi ?

-Tu sais qu'on est plus de 300 000, depuis ce matin.

*Le groupe Facebook sur lequel je me suis inscrite.

-Sur la hausse du gasoil ? *-Ouais.

Y a mĂŞme un rassemblement samedi.

*-Une manif ? -Ouais.

Jimmy, j'ai envie d'y aller.

J'ai fait le calcul, ça va me coûter un tiers de ma prime, leur truc.

*-Bah ouais, ouais...

-Ouais... bon, t'es oĂą toi ?

-Je viens de quitter Chalon.

Il a enfin arrêté de pleuvoir.

C'est encore humide. *-Ouais ?

-Heu... des éoliennes à l'arrêt.

Une centrale, au loin.

*-OK.

-VoilĂ .

-Bon, tu viens avec moi alors ?

*-Où ça ?

-Ă€ la manif du 17. *-Ah...

Ah ouais de ouf, bien sûr que je viens.

-Non sérieux, on n'a jamais fait ça.

-Non, on l'a pas fait ça.

*-Alors on le fait.

*Tu vas me dire que ça sert à rien ? -Bah ouais.

-Si les aliens débarquaient,

tu resterais dans ton camion Ă  regarder le paysage.

-Si les aliens débarquent, faudra bien

continuer Ă  faire tourner le pays.

Je serai leur chauffeur.

-Non franchement Jimmy, ça déconne trop, là.

Faut du monde à la manif, gueuler sur Facebook, ça suffit pas.

Si nous on y va pas, y aura personne.

-Mon amour, mĂŞme si tu y vas, y aura peut-ĂŞtre personne.

-Mais y aura toi aussi.

Rire *Bon, faut que je te laisse.

J'y retourne. *-Ouais.

-Bon, bisous.

Ciao. Réfléchis.

Coups de klaxon au loin

...

Conversations disparates

...

Rumeur de la foule au loin

...

La rumeur enfle Ă  mesure que Karine s'approche.

...

Brouhaha assourdissant des manifestants

...

Vrombissements, klaxons

...

Thème doux empreint d'espoir

...

Bonjour, je peux ? -Bien sûr.

Le petit café... du sucre ? -Non, ça va.

Merci.

-Babette. -Karine.

-T'es toute seule ?

Karine acquiesce.

Viens avec nous. Je vais te présenter les copains.

Hé les copains, je vous présente Karine.

-Salut Karine.

-Salut Karine. -Tu viens d'oĂą ?

-De Dampierre.

-Karine de Dampierre.

-Je bosse vers Francy.

-Ă€ l'usine qui fait des quiches ? -Ouais.

On fait plein d'autres recettes. -Ah bon ?

-Alors, c'est comment les gars ? Exclamations admiratives

C'est bien ?

-Comment je suis jalouse ! -Ah ouais ?

-Tu m'en ferais un ? -Marianne ?

-Non heu... Brad Pitt plutĂ´t !

Ils rient en chœur.

...

Acclamations

Le thème gagne en intensité.

... ...

-TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE HÉ, HÉ !

TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE HÉ, HÉ !

...

-Elle c'est AnaĂŻs ? -Ouais.

-Et elle veut faire quoi ? -STAPS.

Pour devenir prof de sport. Tu connais ?

-Non.

-C'est hyper dur. -Ah bon ?

-Faut cocher toutes les cases, ouais.

Ils la découragent déjà au lycée, tu vois.

Vraiment,

faut qu'elle se donne Ă  fond.

Ă€ fond, Ă  fond.

Je peux pas y croire Ă  sa place.

Surtout que je suis pas hyper crédible, niveau études.

J'ai arrêté tôt.

-Hmm...

-T'as fait des études, toi ? -Comme si, comme ça...

Enfin, j'ai un bac, mais pas un bac...

Bref, j'ai commencé un BTS,

mais j'ai vite lâché pour travailler à l'hosto.

...

-Stop ! Vous attendez !

Le thème gagne en intensité.

...

-UN, DEUX, TROIS, ALLEZ !

Coup de klaxon

Acclamations, sifflets

... ...

Une voiture roule au pas sur le gravier.

...

-(Je t'ai réveillé ?) -Non.

C'était bien ?

-(C'était...

Elle soupire.

(C'était beau.

(Je sais pas comment dire, c'est notre pays, quoi.)

-Vous ĂŞtes lĂ  depuis longtemps ?

HĂ© Jimmy, toujours pas de champagne ?

On est pas lĂ  pour fĂŞter Verratech ?

T'as signé oui ou non ?

-J'ai signé un mémo deal de deux pages, Jean-Luc.

-Un mémo deal ?

-C'est comme ça qu'ils appellent ça.

Pour le contrat, ça prendra encore six mois.

Rien n'est gagné. -C'est 5 ans de boulot.

-Inchallah.

Entre-temps, je vous ai envoyé une jolie liste

des blocages en place.

Elle est sur WhatsApp.

La 520, autour de Limoges, par exemple, c'est un calvaire.

-Mardi, je me suis fait bloquer vers Clermont.

Ils étaient une vingtaine. Beaucoup de gonzesses.

Je suis descendu du camion.

Ils m'ont applaudi.

Et ils m'ont offert Ă  boire.

-On leur est utiles.

-On est sûrs que nos syndicats vont pas suivre ?

-Jimmy fera jamais grève.

Il en profiterait pour récupérer du chiffre.

-J'ai entendu dire que Force Ouvrière allait y aller.

-Tu veux y aller, toi ?

-Bah...

Je connais juste des gens qui y sont allés samedi.

-Oh, Dylan !

-Si tu veux participer, tu prends des jours.

J'ai besoin de savoir Ă  l'avance pour m'organiser.

-Ouais, ouais...

-"Ouais, ouais" c'est bizarre.

Ça m'inquiète ces "ouais".

-Qu'est-ce que je suis censé dire ? -"D'accord patron, merci patron.

"Et merci tonton Jean-Luc de m'avoir fait embaucher,

"Je te décevrai pas, pas question de débrayer."

-Je ferai rien seul de toute façon donc voilà...

-D'accord.

Ă€ vendredi. -Hmm.

Thème rythmé et lumineux au violon

-Bonjour Karine. -Salut.

-Bon, un autre point,

des postes ont été supprimés au centre logistique, à Ruffec.

Ils feront grève jeudi pour obtenir une augmentation.

-C'est aussi des questions de cadence et de réduction des pauses.

-Ils nous veulent sur le blocage ? -Oui.

Je sais pas qui sera dispo, mais, Ă  mon avis, il faut y aller.

-Moi, je suis partant.

-Pas comme la dernière fois. Rire général

-C'est blindé. -À Girac aussi.

-Ah ouais ? -Constamment.

Vas-y, c'est tout près de chez toi. -Ouais, c'est vrai.

-De juillet à mi-août. -Ouais.

-C'est un hĂ´tel-resto, mais moi, normalement, je fais que le resto.

-Il a ouvert la conversation, il a vu mon message,

mais depuis, il fait le mort.

Le thème gagne en intensité.

...

*-C'est une révolte de droite, les gilets jaunes ?

*-C'est un mai 68 Ă  l'envers.

*Nous, notre objectif était de changer la société.

*Nous étions contre la société de consommation.

-Pour les Grecs, il y a trois formes de gouvernement.

Celui du plus fort, du plus violent, c'est la tyrannie.

Celui oĂą les plus riches ont le pouvoir, c'est l'oligarchie.

Et la démocratie, c'est ce qu'on veut,

oĂą le pouvoir revient au peuple.

Mais même en démocratie, il faut s'assurer

que les plus forts et les plus riches ne prendront pas le pouvoir.

Donc, la démocratie athénienne

va réfléchir à un système d'élection par tirage au sort.

-C'est pas mal ça.

-OUAIS. -Ça a fonctionné ?

-Oui et on pourrait même l'intégrer

à notre référendum d'initiative citoyenne.

Le R.I.C.

On pourrait avoir des ouvriers à l'Assemblée.

Des gens qu'on voit pas ou pas beaucoup.

Dans nos assemblées locales ou nationales.

-Bonjour madame, gilets jaunes contre

l'augmentation des taxes sur le gasoil

et pour inciter au pouvoir d'achat des foyers modestes.

-Je vous soutiens. -C'est vrai ? Super !

-Lâchez rien ! -Non, on lâchera rien.

-Bonne journée ! -Vous aussi.

Klaxons

Cri d'exaltation

-On veut juste un peu plus de justice fiscale.

-Et donc vous nous bloquez ? -On vous bloque pas, allez-y.

Quand vous voulez.

-Allez voir comment ça se passe à l'étranger.

-Ici ou ailleurs, on ne voit que ce qu'on veut voir.

-On est les champions de la dépense sociale.

-On veut pas plus d'aide, on veut vivre mieux.

-On est bien lotis en France.

-Mais pourquoi il y a de moins en moins

d'hôpitaux, de profs, de crèches,

d'éducateurs, de bureaux de poste...

-L'état c'est pas open bar, faut dégraisser.

-Dégraisser même au niveau profs et hôpitaux ?

Bon, merci de vous être arrêté.

Tant qu'on parle, tout est possible dans notre pays.

-Au revoir madame. -Au revoir monsieur.

Vive les gilets jaunes ! -Je vous donne de quoi tracter.

-Y a un routier qui essaie de foutre la merde.

Faut que tu viennes. -Ah bon ?

Oh putain !

Tu m'as fait peur, toi !

C'est trop bon de vous voir !

T'es pas chez tes parents ? -Si, on y va.

-Il s'est encore perdu sur la route.

Papa et le GPS, c'est compliqué...

-Je vous présente.

Magali, Maud, Tony.

Mon mari, Jimmy. AnaĂŻs, Enzo, mes enfants.

-Vous voulez un café ? -Ouais ?

-Non, on est attendus, on va y aller, mais merci.

-Moi, je veux bien rester un peu.

-On va manger chez papy et mamie.

-Je les préviens que je viens pas.

Concert de klaxons

-Cool. -Comme tu veux.

-Ouais.

-Merci.

-Je t'en trouve un ?

-Non, non, merci. Rires

-Peut-ĂŞtre pas encore.

Des poids lourds klaxonnent.

...

Enzo se sert un café.

Conversation disparates, ambiance calme et chaleureuse

...

Sirènes de police

...

-Coucou mamie, ça va ? -Ça va, ma chérie ?

-Salut maman.

-Non mais n'importe quoi. -On reste tranquille, ça va.

-Ils viennent sûrement pas pour nous parler.

Tous en ligne là, comme ça...

-Vous allez bien ?

Les gilets jaunes : -BONJOUR.

-On ne fait que distribuer des tracts.

-Ouais.

-Zéro violence.

-On bloque pas les voitures.

On ne fait que discuter. -On les informe sur ce qui se passe.

-Le carburant est trop cher.

*-Obéissance à la loi, dispersez-vous.

Cris d'indignation

-On fait que parler aux gens. -On informe.

-Pardon, mais lĂ , c'est vous qui bloquez !

-On est tous concernés ! Lisez nos tracts.

On est tranquilles depuis ce matin. -On bloque pas.

-Vous devriez passer... -Y a des beaux gosses, lĂ .

Hé, ça vous tient chaud votre truc ?

-Restez pas plantés là.

-C'est vrai qu'ils ont bien changé, les CRS.

J'avais un oncle CRS, c'était un autre délire.

Ils ont l'air sympas, accueillants...

avec le petit tatouage qui va bien.

C'est quoi, un dragon ?

On peut savoir ? On peut voir ?

Rires gras Non ?

Imperturbables.

Sexy cop.

Sexy cop, c'est son nom sur Insta. -Tu crois ?

-VoilĂ , les gars ! -Allez, oh !

*-Deuxième sommation ! Nous allons faire usage de la force.

Huées -On n'est pas violents !

Protestations

-On vous sourit, en plus !

Ça va !

Les gilets jaunes vocifèrent, fulminent.

-Baissez vos armes !

-AVEC NOUS LA POLICE ! -Non mais calmons-nous !

-AVEC NOUS LA POLICE !

-Baissez vos armes et venez ! -AVEC NOUS LA POLICE !

Ils continuent de scander leur slogan.

*-Dernière sommation !

Huées

-Allez, venez avec nous, sérieusement !

Franchement...

Chocs sourds Protestations

Tumulte, cris de panique

...

-Hmm... ça sent bon, ça.

-Tu manges bien sur la route ? -Oh oui.

Très bien.

-Je te mettrai le reste dans des boîtes.

-Volontiers. Sonnerie

-Tu pars ce soir ? -Ouais, vers 2 h.

Je dois livrer Ă  Valladolid, Ă  11 h.

-Valladolid ? -Ouais.

Oui, mon chéri.

-Y a bien 800 bornes pour aller lĂ -bas.

-Qu'est-ce qui se passe ?

Quoi ?

Attends, attends, Enzo, Enzo !

Elle est oĂą maman, lĂ  ? (Viens, viens.)

On y va, on y va !

-Qu'est-ce qui se passe ? -D'accord et toi, t'es oĂą ?

OK, non, je pars, j'arrive.

Ne t'inquiète pas. -Papa, il se passe quoi ?

-Maman s'est blessée à la main. -Quoi ?

-Rien de grave, mais on y va.

-Comment c'est arrivé ?

-Elle participait Ă  un barrage de gilets jaunes,

les flics sont arrivés, il y a eu bousculade.

-Enzo est avec elle ?

-Ils sont partis faire des radios, je vous tiens au courant.

Je suis désolé.

Tu dors pas ?

Karine soupire.

-Je vais porter plainte.

Contre les CRS.

-Pour quoi faire ?

-Je peux pas laisser passer ça, même pour Enzo.

Hésitation

Non ?

-Oui... oui.

-Ouais.

Bon, demain matin, avant mon shift,

je vais au commissariat.

*La radio diffuse une ballade rock.

*...

Sonnerie

-AllĂ´ ? *-Monsieur Bouvier ?

-Oui, lui-mĂŞme.

*-Maître Roza, commis d'office pour représenter votre épouse.

-Oui ?

*-J'ai besoin de votre aide pour récupérer certaines pièces

*qui seront utiles Ă  l'audience.

-Je... je crois pas que...

Quelle audience ?

Ça va déjà être jugé ? *-Oui, demain après-midi.

-Demain après-midi ?

*-Il me faut le plus de documents... -Attendez, oĂą est ma femme ?

*-Au commissariat, en garde Ă  vue.

*Vous n'avez pas été prévenu ?

-Je comprends pas, elle devait porter plainte contre les flics.

*-Sauf qu'entre-temps, une plainte a été déposée contre elle

*par les agents de police.

-Comment ça "entre-temps" ? Je comprends pas.

*-Votre femme s'est retrouvée en garde à vue

*alors qu'elle venait déposer plainte.

-Ils en ont profité pour la foutre en garde à vue, c'est ça ?

*-Ça, je sais pas et je peux pas du tout le prouver.

*Il faut m'envoyer un maximum d'éléments

*attestant que votre femme et vous menez une vie stable et responsable.

*Bulletins de paie, contrats,

titres de propriété, si vous en avez.

*Avis d'imposition. -OK.

Ouais, je vais vous trouver ça. *-C'est important.

*Le procureur voudra condamner une furie en gilet jaune.

*Nous, au contraire, on va présenter une mère de famille exemplaire,

*vous comprenez ?

Vacarme des appareils de manutention

...

-Madame Bouvier, levez-vous, s'il vous plaît.

Vous avez une déclaration à faire ?

-Oui, Madame la Présidente. -Allez-y.

-Je suis désolée, j'aurais dû obéir aux ordres de la police.

-Pouvez-vous raconter au tribunal votre version des faits ?

-On était sur le pont, on distribuait des tracts.

Calmement.

La police est arrivée,

il y a eu un ordre d'évacuation. -Auquel vous vous êtes opposée.

-Pas vraiment,

Madame la Présidente.

-"Pas vraiment", c'est-Ă -dire ?

-Heu... j'étais surprise, en fait, quand ils ont avancé vers nous.

Mais j'ai pas résisté.

-Il y a eu plusieurs sommations, pourtant.

-Oui, mais pendant ces sommations,

on discutait avec eux, on parlait, y avait comme...

une bonne ambiance, on pourrait dire.

-Oui, Madame la Présidente ?

J'en reparlerai dans ma plaidoirie,

mais je crois que ma cliente a pensé

qu'une certaine proximité s'était créée

et que les choses pouvaient se dénouer par le dialogue.

Mme Bouvier a mal apprécié cette situation, inédite pour elle.

-Selon les policiers, vous vous êtes débattue comme une forcenée.

-Non, je ne me suis pas débattue.

C'est eux qui ont foncé sur nous. Ils m'ont même blessée.

-Les policiers mentent ?

-Vous m'avez vue ? Eux, ils sont équipés, entraînés...

-Vous êtes innocente parce que ce n'est pas logique, c'est ça ?

-Ça s'est pas passé comme ça.

-Le droit de manifester est reconnu depuis plus de 100 ans.

En France, vous avez de nombreux droits, dont celui de manifester.

Mais dans un cadre prévu par la loi,

après déclaration auprès des autorités.

Et si la police fait des sommations, vous devez partir.

-Je suis désolée d'avoir désobéi

aux sommations, mais j'ai pas résisté.

-Vous aviez déjà milité avant ?

-Non. -Vous êtes syndiquée ?

-Non plus.

-Je vois que votre mari est chef d'entreprise.

Vous avez deux salaires, très bien.

Quel âge ont les enfants ?

-Enzo a 17 ans et AnaĂŻs a 15 ans.

-J'ai sous les yeux le bulletin scolaire d'Enzo.

Mme Bouvier, vous savez la chance que vous avez ?

-Oui, j'en suis consciente, Madame la Juge.

-Et vous êtes prête à tout gâcher ?

Participation à un attroupement après sommation de se disperser,

vous encourez un an de prison et 15 000 euros d'amende.

Rébellion, c'est deux ans et 30 000 euros.

Vous me confirmez que vous n'étiez pas alcoolisée ?

-Non, je n'étais pas alcoolisée.

-Bien.

C'est bien la dernière fois qu'on vous

voit dans un tribunal, Mme Bouvier ?

-Oui, Madame la Présidente.

-L'audience sera jeudi à Brive, c'est ça ?

J'ai rendez-vous à côté du tribunal,

j'appelle Mme Marquez après.

Vous lui dites ça ?

Oui ? Merci.

Pardonnez-moi.

On ne pouvait pas espérer la relaxe

et on pouvait craindre la prison avec sursis.

Une simple amende, c'est correct. -On devrait faire appel ?

-Vous pouvez, mais vous risquez une peine plus lourde.

-Et sa plainte contre les policiers ?

J'ai tout vu, je peux témoigner. -Faut oublier.

Votre mère a été reconnue coupable de rébellion.

-Y a pas eu de rébellion. -Je sais.

Mais face au témoignage des policiers...

Et avec les dernières directives ministérielles...

Si vous payez l'amende sous un mois, vous aurez 20% d'abattement.

Bon courage. -MERCI.

-Qu'est-ce que tu veux faire ? -Rien.

-(T'es sûre ?)

-Elle est lĂ  ! -KARINE !

Acclamations, sifflets

...

-Comment ça va, Karine ? -Ça fait plaisir de te voir.

-On va se cotiser. -Oui, on va se cotiser.

...

Karine a un petit rire.

-Mais non !

Putain, ils ont foutu le feu à la préfecture !

*Une journaliste commente.

*-L'ambiance était agréable,

*mais au fil de la journée, la colère est montée...

-Maman !

-Ils en font des tonnes mais ça a été maîtrisé très vite.

Les pompiers ont vite éteint le feu,

y a qu'un mur qui a cramé. Tout va bien.

*-L'aile droite du bâtiment a été ravagée par les flammes.

-Non, franchement.

*-Alors que des gens se trouvaient dans l'enceinte de la préfecture.

*Les pompiers ont immédiatement lancé l'évacuation.

-Quoi ?

-C'est quoi ces conneries devant les gosses ?

"Tout va bien, les pompiers sont venus."

Ils ont foutu le feu avec des gens à l'intérieur.

-Je sais, Jimmy, mais je connais pas les gens qui ont fait ça.

-C'est des gilets jaunes.

-Ce qu'ils disent pas, c'est qu'avant l'incendie, les flics ont chargé.

Au milieu des mamans, des poussettes. Ils ont poussé les gens à bout.

Et après, comme par hasard,

ils verrouillent pas le portail de la préfecture ?

-OK.

Ils vous ont piégés pour vous provoquer et salir votre image ?

-J'ai pas dit ça.

Mais ils voulaient que ça se passe mal.

-Y avait des gens à l'intérieur !

-J'ai rien fait de mal, OK ?

Moi, j'apprends, je lis, j'écoute, j'essaie d'être moins conne,

c'est tout !

-C'est pas le sujet et arrĂŞte de te rabaisser.

-J'ai rien cassé, moi, aujourd'hui. J'ai même construit une maison.

Vacarme étouffé des machines

...

-Ça, il faut le stipuler. Là, c'est pas le cas.

-Je suis marquée en cuisson, c'est normal ?

-Bonjour Karine. -Bonjour.

-Tout le monde tourne ici.

-Pourquoi t'irais pas en cuisson ?

-Si on me confie pas d'intérimaires, je perds ma prime.

-Oui, pendant un temps. Mais ça, tu sais...

On tourne ici, je t'apprends rien.

-Ouais... si t'as un truc Ă  me dire, tu me le dis en face.

Martèlement sourd et régulier des machines

-Regarde.

LĂ .

LĂ .

Jimmy souffle, excédé.

Les mĂŞmes impacts sur tous les panneaux.

Les gars, quand ils ont vu ça,

ils ont plus voulu toucher Ă  rien.

LĂ -haut aussi. -Oh lĂ  lĂ ...

-Ils étaient deux, y en a un qui a un peu gueulé, en allemand.

-T'as rien vu, au moment de charger ?

-Non, parce que quand on est partis,

ils m'ont speedé, fallait charger vite.

Je suis parti et...

Mais ça vient de chez Verratech.

Il s'est rien passé pendant le trajet.

Jimmy soupire.

Je suis désolé, Jimmy... -Ouais...

Un feu crépite.

-Salut.

...

Ça va ?

-Le directeur te l'a dit ? -Salut les Bisons.

*-Je suis même pas sûr que le directeur sache.

*Et même s'il sait, il dira rien. -C'est Hervé.

-Macron viendrait pour quoi ?

Pour l'incendie ? *-Bah ouais.

*Il vient consoler le Préfet

*et défendre la République entre deux gifles.

*Bon, je vous rappelle. -Salut Hervé.

-Comment ça, Macron ?

-Macron viendrait. -LĂ  ?

-Y a un Falcon en approche

et le pilote a donné aucune identification, c'est pas normal.

-Hervé est à l'aérodrome ? -Non, c'est sa femme.

-Visite secrète. -Comment on peut savoir ?

C'est secret... -Oui, parce qu'il a peur.

C'est énorme. -Hervé se fait des films.

-Des films, je sais pas, mais sa femme

travaille Ă  la tour de contrĂ´le.

J'ai assez confiance en elle.

-On a une chance, lĂ  !

-L'info en elle-mĂŞme... -Ils diront rien.

-Oh, les gars !

J'ai que 30 minutes, on y va ?

Ils acquiescent.

On devait reparler des groupes Facebook.

On a créé ces groupes, faut s'y tenir.

Justice fiscale, c'est justice fiscale.

Quand c'est RIC, 6e République, pareil, on reste sur ça.

-Macron arrive.

C'est confirmé.

-On y va, on va le choper à la préf.

-Faut y aller.

Brouhaha

On va l'attraper !

Ça va être Varennes.

-Attendez, si vraiment on arrive Ă  le choper,

faut lui parler.

On le tape sur un truc simple qu'on fera tourner sur les réseaux.

-Ouais, on fait ça.

On y va pas tous.

-Qui prend sa voiture ?

-On y va. -Faut filer, lĂ .

Jimmy toque.

-Entre, entre.

Non, laisse ouvert, c'est bon.

-Ça va ? -Et toi ?

-T'as vu les photos ?

-Tes gars et toi, vous travaillez super bien, Jimmy.

C'est pour ça que t'es dans la place.

Notre taf c'est 10% de transpiration et 90% de confiance.

-Jean-Luc a dû faire les vérifs à l'arrache parce qu'on l'a pressé.

-Oui, ça, j'ai bien compris ce que dit ton chauffeur.

-Tes gars confirment ?

-Peu importe. Pour toi, le problème vient d'ici ?

-C'est sûr, oui.

-Et les gars de la prod auraient pas vu les fissures ?

-Si.

-Et ils auraient emballé les plaques ?

-Pour que le transporteur paie les dommages.

-Attends...

ça vire au complotisme, ton histoire.

J'ai envie de te croire, Jimmy,

comme de croire les mecs de la fab'. -Donc ?

-T'es assuré, non ? -Non, pas sans accident.

-Mon client a eu des retards sur sa chaîne de production.

Donc on va se taper des pénalités bien salées, genre au moins 5 K.

-Regarde les photos, c'est des cassures Ă  la fabrication.

-Le problème, c'est que ça, ça va remonter au siège,

ils vont ouvrir un dossier de contentieux,

et dans le contexte de notre négo pour signer un contrat longue durée,

c'est vraiment pas top.

-Je devrais payer pour un problème qui vient de chez toi ?

On parle de 12 000 euros.

Tu te rends compte de ce que c'est ?

Tu crois que je peux éponger ça ? -Alors ouvrons un contentieux.

Ça va durer des mois

et on finira sûrement par partager les dommages.

Je veux qu'on bosse ensemble, Jimmy.

Et toi, tu veux faire grandir ta boîte.

-Faudrait lui parler de Zineb, qui est morte Ă  Marseille.

Des éborgnés à coups de LBD.

-On va pas parler de violence policière

devant la préfecture qui a cramé.

-Sinon, on lui renvoie une de ses petites phrases dans la gueule.

Notification -Magali.

-Elle vient ? -Non, elle bosse.

Elle dit que ça sert à rien, qu'il nous parlera pas.

-Ça bouge, là.

-Ah ouais. -(Serge !)

-Bon allez, faut trouver un truc.

Vous savez quoi, on devrait l'attaquer

sur un de ses mensonges, y en a plein.

-La taxe carbone. -Non, on va pas reparler du gasoil !

-C'est la base, le gasoil.

-La taxe carbone c'était une arnaque, écologie mes couilles.

C'était pas pour sauver les ours polaires,

mais pour financer la suppression de l'ISF.

-Y avait que 10% pour l'environnement.

-Voilà, c'est bien ça. Sonnerie

...

Heu... Trouve-moi, Babette, si tu peux,

le montant de la taxe, combien ça a récolté.

-8 ou 9, je crois. Je te trouve ça.

C'est la "contribution climat énergie".

C'est toi qui parles.

-OK, putain... Rire nerveux

S'il faut poser une question, faut qu'elle soit...

-9 milliards ! -qu'elle soit simple...

Donc : "Monsieur le Président,

"sur les 9 milliards récoltés avec la taxe carbone,

"combien ont servi réellement à..."

-Là, là, ça bouge !

Il est lĂ , putain ! Allez, allez !

Tumulte

-Macron, on veut juste te parler ! -Il va se barrer !

-Il est dans la deuxième voiture !

-Démission !

-ArrĂŞte-toi !

-Fils de pute !

Macron, fils de pute !

Enfoiré, va !

-Il était juste là, je l'avais ! -Tu l'as vu ?

-Il a failli l'avoir. -J'ai vu sa gueule.

Il chiait dans son froc.

-Putain, on n'aura pas l'occasion.

*-Et vos prix, vous pourriez pas les monter un peu ?

-Non, c'est impossible.

*-Et les heures sup ? -Non.

*-Ça rentabiliserait les camions.

-Écoutez, on a des cartes à puces dans les camions

qui vérifient qu'on fait bien 56 heures max par semaine,

90 heures sur deux semaines,

c'est pas possible.

*-Alors, il n'y a pas 36 solutions,

*suspendez votre salaire pour un temps.

-Et votre collègue va m'appeler

en me disant que c'est mon compte perso qui dévisse.

*-Ouais... Hmm.

-Et vous pouvez pas augmenter l'autorisation de découvert ?

*-Je peux la monter Ă  15 000, mais seulement pendant un mois.

Bourdonnement de la machine

...

Emmanuel Macron :

*-Ce sont 40 années de malaise qui ressurgissent.

*Malaise des travailleurs qui ne s'y retrouvent plus,

*malaise des territoires où on voit les services publics se réduire,

*malaise démocratique...

*-Est-ce qu'Emmanuel Macron a amorcé un changement radical ce soir,

un virage social ?

*-Il a fait un virage social, sans aucun doute.

*Il a annoncé beaucoup de mesures.

*Il y a l'augmentation de 100 euros pour le SMIC,

*les heures sup' sans charge et sans fiscalité, dès janvier.

-Alors maman,

t'es contente quand mĂŞme, non ?

-Eh bah...

Bravo, c'est un sacré braquage.

-Y avait pas le choix.

Les Français ont décidé.

-Donc t'es contente ?

-Pourquoi il nous donne cet argent ?

Pour qu'on rentre chez nous et qu'on la ferme.

Je suis contente qu'il le donne, mais on va pas la fermer

parce qu'il continue ses réformes. Il écoute rien.

-Il veut pas revenir en arrière, il l'a dit.

-Oubliez pas qu'il a été élu. -Et ?

-C'est quoi la suite, l'acte IV, V, XII, XX ?

On va jusqu'oĂą ?

-Non, ça peut aller beaucoup plus vite.

Faut lui faire peur, y a que ça qui marche.

Continuer Ă  lui foutre la trouille.

Faut pas lâcher la pression.

-Hmm...

-Attends, je réponds à Caro.

-Tu y étais à la préfecture, mardi.

Quand il s'est fait courser, hein ?

-Oui, mais...

-Laisse tomber. -On n'avait pas prévu ça.

-Je m'en doutais quand je t'ai appelée.

Mais comme un con, je t'ai crue.

-Je suis désolée.

On voulait profiter de sa présence pour lui parler.

-Lui parler ? C'est réussi.

"Fils de pute", c'est super pour ouvrir le dialogue.

T'as mis un masque, au moins ?

-(Non...) -Non.

Tu sais qu'il y a des caméras. -J'ai fait attention.

-Ouais et t'en as parlé après sur ton groupe Facebook...

tes Bisons... non ? -Non. Non.

-T'en as pas parlé ? -Non, j'en ai pas parlé.

-T'es d'un égoïsme... -Jimmy, je fais pas ça pour moi,

je le fais pour nous tous, pour ceux qui sont dans la merde.

Nous, on est privilégiés.

On a deux salaires, une maison... -Putain, Karine !

La prochaine étape, c'est la taule.

Les enfants vont adorer retourner au tribunal.

-J'ai fait attention, je te dis.

Les enfants sont grands, ils peuvent sortir de leur bulle.

Ce serait mĂŞme bien.

-Je suis fatigué, je démarre à 4 h.

Je vais aller dormir

dans le camion. -Non.

Jimmy, on est ensemble, on dort ensemble.

Il souffle, exaspéré.

Il sort en claquant la porte.

Jimmy klaxonne.

...

Bon allez, je vous laisse.

Un dernier coup pour la route.

Salut, Tess. -Salut.

T'as pas goûté mon tiramisu !

-Tu m'en laisses absolument. Promis ?

Je culpabilise de vous laisser. -Mais non.

Discussions, rires

...

-Elles sont à quoi, les bûches ? -J'en ai pris deux au chocolat

et une au marron.

Mais toi, tu fais attention. Tu dois garder ton poids de forme

pour les départementaux. -Oui.

Maman veut venir.

-Bah ouais...

Comme ça, elle verra ton nouveau coach.

-Elle va casser les couilles

avec ses gilets jaunes... -Ah lĂ  lĂ ...

-Lui, il défend sa maman.

-Bah ouais, elle est sympa de faire 100 km pour mater du judo.

Et te voir dans ta robe de chambre.

-T'es drĂ´le...

-Tu lui en as parlé ? -Non.

Et tu lui dis rien, ça serait pire.

Tu pourrais t'arranger

pour qu'elle vienne pas ? -Non, faut que tu lui parles.

-Elle m'écoutera pas, papa.

-Non, elle va comprendre.

Jimmy soupire.

-Salut.

Ça va ? -Ça va.

-Ouais.

-Ah...

t'as pris mes chaussures ?

-Elles sont sur la plage arrière.

-Merci.

Merci.

Elle fouille dans le sac.

Merde, c'est pas celles-lĂ  que je voulais.

-Ah...

Tu veux qu'on y retourne ?

-On a le temps ? -Bah non...

on n'a pas le temps.

Conversations animées

...

-Le coach est con. -Le coach est con ?

-Ah ouais. -Ça arrive.

-Je vais te dire, avec Jimmy et papa,

on avait failli gagner 10 000 balles. -10 000 ?

-On est passés à ça.

-Je suis désolé, j'entends ton mari, il faut que...

Bruno.

Bruno, Bruno.

C'est pas passé à ça.

-Je m'en souviens.

-Moi aussi, je m'en souviens.

-D'accord, c'est toi qui as raison, patron.

-Ça y est, ça commence.

Allez.

-Ambiance... Rires

-C'est pas une insulte.

T'es bien patron, non ?

-Bah... pas ce soir, non.

-Patron un jour, patron toujours.

-Si j'étais ton patron, tu ferais moins le malin.

-Esprit de Noël, les frangins.

-Ouais, doucement, les garçons.

-Ça va, maman. -Le De Niro du patronat.

-Hein ?

-Bon papa, tu te souviens

qu'on a failli gagner 10 000 balles à Châtelaillon ?

Si, papa. -Il s'en souvient pas.

-S'il te plaît, papa.

Rires

Enfoiré, c'est pas juste, c'est dégueulasse !

-Attends, c'était le 11 juillet 99.

VoilĂ .

On avait gagné 30 balles sur une course,

qu'on a réinvesties sur un tiercé.

-Et ? -Et, d'accord,

dernière ligne droite, nos trois chevaux sont premiers.

Sauf que... sauf que...

à 20 mètres de l'arrivée, le 5 se fait nettement dépasser.

Si, au moins 2 mètres.

Mais à chaque fois qu'il en parle, la distance se réduit.

L'année prochaine, on a gagné.

Rire général

-"C'était le 11 juillet 1999",

quand t'es précis comme ça, y a truandage.

-C'est pas faux.

-Tu te souviens ce qu'on avait bouffé aussi ?

-Des pizzas chez Mario. Moi, j'ai rien mangé.

-Ah, chez Mario, la belle époque ! La mousse au chocolat...

avec la grosse jarre.

Jacqueline qui nous servait Ă  la louche.

Et Mario arrivait avec la bouteille de grappa.

-T'avais pris le digeo au comptoir, en payant l'addition.

-L'escroc dans toute sa splendeur ! T'as pas honte, Jimmy ?

-Tu t'en souviens vraiment ? -Hmm.

Je m'en souviens très bien et je vais vous dire pourquoi.

Ce jour-là, j'avais rendez-vous, pour la toute première fois,

avec une jeune fille, rencontrée deux semaines plus tôt.

Exclamations -Une jolie serveuse ?

-Cheffe de rang au Manhattan Café de La Rochelle.

On s'était donné rendez-vous à la gare.

Son TER a 1 h de retard.

Moi, je l'attends sur le quai, je suis comme un fou.

Elle descend du train et...

waouh !

-Malheur aux jeux...

Un convive siffle. -Heureusement que vous avez perdu.

Éclats de rire

Ambiance chaleureuse

-Chouette !

-Essaie-la, si c'est pas ta taille, on la change.

...

-(T'es bizarre.)

-(Pourquoi ?) -(Je sais pas.)

Ça fait deux semaines que tu me fais la gueule...

"Waouh" ?

-Waouh.

-Pile-poil, hein ?

Elle te plaît pas ? -Si.

-Dis-le, si elle te plaît pas. On la change, c'est tout.

On va au magasin, on en prend une autre.

-Papy, je penserai Ă  toi en la portant.

Merci beaucoup, papy. -Elle est belle, hein ?

Ça lui plaît.

L'année prochaine, je t'offre la veste qui va avec.

-Je pense Ă  un truc.

-Hmm ?

-Que...

tu pourrais venir bosser avec moi.

-Hmm ?

-Je suis sérieux, j'y pense depuis longtemps.

-Mais pour faire quoi ?

-Je sais pas, moi. Les plannings.

La gestion...

t'apprendrais vite.

Commerciale, tu pourrais que ĂŞtre top.

Regarde...

pas besoin d'être au dépôt, tu pourrais bosser de la maison.

T'as jamais tapé dans ton compte formation, c'est le moment.

En deux mois, la compta c'est plié.

-Mais t'as pas un souci de trésorerie avec Verratech ?

-Quoi ? Mais Verratech... c'est un petit problème, ça.

Je peux pas continuer Ă  faire les choses tout seul.

J'ai besoin d'aide pour faire grandir la boîte.

-Hmm.

Jimmy a un petit rire.

-Tu me paierais ? -Bien sûr.

Je pourrais pas t'embaucher tout de suite.

Ça devra attendre septembre, octobre.

Mais ouais.

-Tu serais mon patron, quoi.

-Pff, mais non...

On est mariés sous la communauté de biens, t'as la moitié de la boîte.

Tu serais autant patronne que moi.

Puis, les gars t'adorent.

-Mais si j'étais sur leur dos, à leur dire comment taffer,

ce serait autre chose.

-Moi, je pense que tu serais super.

-Hmm.

-T'en dis quoi ? -Bah...

je sais pas, ouais.

Ouais, peut-ĂŞtre.

Tu dis pas ça pour que j'arrête mes trucs ?

-Bah non, pourquoi tu dis ça ?

-Non, non...

Ils étaient une quinzaine ? -Grand max.

-Ils faisaient le tour des salles ? -Ouais.

Le proviseur les a vite dégagés. -Mais ça bouge.

Dans les facs, les lycées, y a des blocages.

-C'est surtout Ă  Paris.

-Tout peut arriver très vite.

Le 17 novembre, personne s'imaginait qu'il y aurait autant de monde.

-Je sais pas.

-Tu sais pas quoi ?

-J'ai du mal à me faire une idée.

Y a des trucs super. Mais, parfois, vous faites de la merde.

-Quand ?

-Vous aviez rendez-vous avec le Premier ministre,

impossible de vous mettre d'accord pour désigner 5 personnes.

-C'est vrai, mais ils avaient peur de se faire récupérer.

Mais on avance, on progresse.

Y a des assemblées qui commencent à se créer au niveau régional...

-J'ai trouvé ça, c'était la moins chère.

-OK, t'en as pris... -Deux.

-Parfait !

Y a eu des blocages, toi, dans ta classe ?

-Heu... ouais.

Ce matin en SVT Ă  8 h, -Tu me l'as pas dit.

-ils sont venus faire leur discours. -Leurs revendications ?

-Je sais pas, ils se coupaient la parole, on comprenait rien.

C'était relou. -Anaïs...

intéresse-toi un peu aux choses.

Y a pas que le judo et les potes.

-Maman, t'es sérieuse ? -Bah oui.

Si tu t'informes pas, les autres décident pour toi.

-Je dois faire la révolution avec toi ?

-Oui, pourquoi pas.

Mais en attendant, on va acheter de la peinture.

Merci.

C'est quoi, pour toi, une révolution ?

-Je sais pas.

-Non mais allez, dis.

-Elle va encore me traiter de débile, vas-y, toi.

-J'ai jamais dit ça. -Alors, heu...

C'est des gens qui partagent les mêmes intérêts,

qui...

se mettent en action et renversent le pouvoir.

-Voilà, oui, c'est intéressant, ça.

-Ça, c'est vrai pour 1789, pour la révolution russe,

et pour Pétain aussi.

-Pétain ? -Pétain, oui.

Travail, Famille, Patrie, c'était leur révolution.

-Tu joues sur les mots.

T'es chiant, lĂ . -Chiant ?

-Je vous parle pas de ça.

Nous, on se bat pour une société plus juste, plus égalitaire.

Vous êtes d'accord avec ça ?

Oui ? -(Hmm.)

-Et lĂ , on a besoin de vous, des jeunes.

Faut pas laisser le mouvement s'endormir,

faut repartir plus fort qu'avant Noël.

Bon...

Bruissement du jet d'eau pressurisée

...

Notification

Thème sombre et dramatique

...

-Le maire nous propose une salle communale,

deux soirs par semaine. -Oui, je la connais.

C'est celle qui est derrière la cour du collège Clémenceau.

-Oui, c'est ça.

-C'est sûr que là-bas, on dérangera personne.

-C'est ni la police, ni le maire

qui va décider où et quand on se réunit.

On est d'accord ? -Bien sûr.

-Avec Tony et les autres,

on peut reconstruire la cabane.

De l'autre côté ou ailleurs.

En deux jours, c'est plié.

-Et en deux heures, c'est cramé à nouveau.

-MAIS NON... -Eh bah on la reconstruira encore.

C'est déjà arrivé sur plein de ronds-points.

Ce qui est important, lĂ , c'est de tenir. Il faut tenir.

-Exactement.

-C'est super de reconstruire le cabane.

Bon, en deux jours, c'est peut-ĂŞtre un peu optimiste.

Mais est-ce que notre combat est encore lĂ  ?

-J'ai vu tes messages sur le groupe.

Ton projet, c'est d'aller à Paris pour tout casser, c'est ça ?

-Non, mais on fera rien bouger, d'ici.

-On va rien changer non plus en cassant.

-Mais Magali, ça peut se passer bien.

On peut aller en manif à Paris et que ça se passe très bien.

Il suffit qu'on soit disciplinés.

-Bien sûr.

-On se fait déborder à chaque fois.

-J'ai fait deux manifs, Ă  Paris.

Quand la police tape, t'oublies vite la discipline.

-Tu vois.

-Tu te fais nasser, fini la manif.

T'es coincé, tu pètes les plombs.

-Je veux pas être frappé.

-Personne ne le veut. C'est pas le débat.

-Ça coûte cher

de monter Ă  Paris. -C'est vrai, je sais...

mais y a des solutions. -On se cotise.

-On fait l'aller-retour dans la même journée.

-J'ai une grande voiture.

-Chacun selon ses moyens, mais y a pas le choix, je pense.

Pour peser, il faut être nombreux, c'est bête et méchant.

Les Champs Elysées doivent être jaunes de partout.

-Et donc, plus de bordel, en fait.

-Peut-ĂŞtre.

-En décembre, Macron a sorti le chéquier.

Mais ça, ça marche jamais deux fois.

-Cette fois, c'est un vrai processus démocratique qu'on lui demande.

C'est Ă  nous, maintenant, d'ĂŞtre endurants.

Avant Noël, les flics en pouvaient déjà plus.

Donc lĂ , il faut pousser.

-Quitte Ă  ĂŞtre violent.

-Je suis violente, moi ?

-Mais quand on manifeste avec des gens qui le sont...

-Magali, les flics ont tout cramé, le débat porte plus sur les casseurs.

-Le débat doit être sur la crédibilité.

Si on veut être soutenus, faut être crédibles.

Il est là, le débat.

-Mais quand le gouvernement condamne la violence,

c'est pour nous diviser. -La police est violente.

-Non, moi, ce que je veux...

-C'est la police qui est violente.

-Je veux qu'on ait une position claire, tous ensemble.

-C'est-Ă -dire ? -Eh bah, on a qu'Ă  voter...

Qui est pour continuer, de manière pacifique ?

On continue avec nos revendications,

mais on condamne la violence et le saccage.

-Non mais c'est n'importe quoi !

-Être cohérent, c'est pour les partis politiques.

Pardon, mais c'est pas ce qu'on est.

Et on veut pas condamner, voter, se diviser.

Notre gilet est fort parce qu'on est libres,

parce qu'on est imprévisibles.

Personne ne nous dit qui a le droit de porter un gilet ou non.

-Bon, vous savez quoi ?

Je vais plus ĂŞtre votre porte-parole.

-MAIS NON ! -Mais si, y a pas de "non".

J'ai besoin de cohérence. -On se divise, là.

-C'est fini.

Je veux être cohérente. -On peut en discuter ?

-Tu sais pourquoi ça chauffe ? -Non.

En tout cas, c'est pas le vase d'expansion.

-Peut-être un capteur qui déconne ? -Je sais pas.

-Bon, je voulais te dire...

J'ai remis Akim sur l'international

et je reprends la France. -Ah bon ?

-Ouais, deux ou trois mois.

Écoute, y a pas mal de petits clients à aller choper en région.

C'est du petit débit, mais ça paie.

J'ai pas de quoi embaucher, donc c'est moi qui vais le faire.

Sauf qu'une fois que j'ai fait mes 9 heures,

je peux plus toucher au camion. J'ai besoin de plus.

-Moi, je peux t'aider au dépôt, mais je peux plus rouler.

-Tu conduiras pas. Je te salarie, tu me rends l'argent en cash

et c'est moi qui conduis. -Tu veux ma carte ?

-Ça m'aiderait beaucoup.

Je me déplace sur le dépôt, je prépare la marchandise...

-Arrête, tu veux faire des doubles journées

pour rattraper ta trésorerie.

Sauf que si tu te fais choper, ils ferment ta boîte.

-C'est juste deux mois, personne va me choper.

Long soupir

-Je peux te prĂŞter un peu d'argent. -Pff... non.

-Vends un de tes camions.

-Mes camions appartiennent Ă  la banque.

-Mais comment t'en es arrivé là ?

Jimmy soupire.

-J'ai pas besoin de tes conseils, mais de ta carte.

Tonalité

L'interlocuteur décroche.

-AllĂ´ ?

*-Coucou.

-Ça va ?

-Ouais et toi ? T'es Ă  la maison ?

*-Non, je finis dans deux heures.

*T'es oĂą toi ?

-Sur l'A61, vers Toulouse.

*C'est calme.

*Ça va ?

-Samedi prochain, je vais aller Ă  Paris.

*Jimmy ?

-Si tu y vas, tu iras tous les samedis.

*-Faut pas que tu t'inquiètes, je reste bien entourée,

je fais hyper attention.

Et je serai lĂ  tous les dimanches pour les travaux.

*-Écoute-moi bien,

ça sert à rien ce que vous faites.

C'est pas ta faute, mais ça changera rien.

Moi, je me fais concurrencer par

des transporteurs d'Europe de l'Est,

j'y peux rien, c'est la loi du marché.

C'est pas un problème français, mais mondial.

Vos actions ne vont pas changer le monde.

-On cherche pas Ă  changer le monde.

On veut juste un pays plus démocratique.

-Oh lĂ  lĂ ... *-Pour l'instant,

on doit continuer les manifs.

Mais on se structure, je t'assure, on a...

*des assemblées régionales... -Stop !

Je m'en fous, ça m'intéresse pas.

-Il faut juste que...

-Je te laisse, on se rappellera.

Thème sombre et inquiétant au violon

...

La rumeur de la foule monte crescendo.

... ...

Cris, tumulte, coups de sifflet

-Monte ta garde ! -Allez, impose-toi dans la garde !

-Allez Emma, vas-y ! Grognements d'effort

-Laisse pas monter sa main !

Conseils et encouragements du public

Vas-y, décale-toi, Anaïs !

Allez, on y va, c'est fini, lĂ .

Choc sourd

Oui ! -OH NON !

-Allez, on continue au sol !

-Allez, retourne-la.

-Vas-y, vas-y, retourne-la !

Choc sourd Oui, oui, oui !

Lâche pas, Anaïs !

Les deux judokates halètent.

Vas-y, oui !

-Emma, vas-y, sors de lĂ  !

-Mate !

-Ah, dommage ! -Super !

Encouragements Continue, AnaĂŻs !

Jimmy rit.

-Hajime !

-Allez, balance ! -Ouais !

-Vas-y, Emma, allez ! -Mate !

-C'est pas grave.

Il tape dans ses mains.

Allez, on s'y remet.

-Ouais et donc ?

-Bon, imagine que tout ça, ça dégage.

Ensuite, moi, j'aplanis le béton.

Et je pose...

-Tu poses ? -Des tatamis.

Ah bah ouais !

On baisse cette étagère.

On y mettra les coupes,

les tiennes, d'abord, puis les miennes.

-Elles sont bien rouillées, non ?

-Alors, t'en penses quoi de notre super dojo ?

-C'était maman ?

-Oui... mais elle va bien.

Elle est sortie de manif.

AnaĂŻs soupire.

-Même pas envie de savoir. Ça va ? -Ouais.

Thème dramatique

-Ça va ? -Ouais, merci.

-Dom, t'as dit 5 000 ? T'as gagné ! -Mais n'importe quoi !

Rires, conversations animées

... ...

-Castaner nous le dira demain. -Ahou, les gars !

...

-Bonjour, Karine.

...

-Ça va ?

...

Coup de klaxon

Il redémarre.

-J'ai une livraison de Bouvier transport,

je sais pas à quoi ça correspond, donc rappelez-moi vite.

Bon écoute, mon patron m'a rien dit.

Et moi, je suis sur autre chose.

-File-moi un transpal', je le décharge.

-Touche Ă  rien. Il va rappeler.

-Demain, t'auras trois palettes à charger, près de Saragosse.

*-OK, pas de souci.

-T'es oĂą, lĂ  ? *-Je suis Ă  300 bornes de Bilbao.

Signal sonore -Merci.

Thème sombre et inquiétant

...

Bonjour.

Coup de tampon

Radio : *-Guingamp-Strasbourg, en finale...

...

Les camions klaxonnent.

...

Jimmy souffle.

Soupir

Vrombissement des voitures

...

Cliquetis réguliers des roues

...

Enzo pose son vélo.

Jimmy gémit.

-Ça va ?

-Ouais.

Oh, merde...

Vas-y, te mets pas en retard.

-Non, non, mais...

Il attrape ses clés.

-Ouh la...

Rire

...

Soupir d'aise

...

-(C'est rien.

(C'est rien, OK ?)

Jimmy soupire.

-Tu le laisses une minute.

Et tu passes la spatule. -Bruno, pose bien le truc.

-Attends, doucement avec la spatule.

-Ça part bien, là.

-Mais si on fait des rayures... -Je suis d'accord.

-T'as vu, on a ciré le parquet. -Oui.

Hmm.

-Salle de bain.

-Viens voir ma chambre, elle est immense.

Conversations disparates

...

Les convives trinquent.

-LĂ , c'est bon.

-C'est bon ? -Bah t'es en train de les cramer.

Ça va, princesse ? -Ça va.

Regarde celle-lĂ , y a mon nom.

-La petite, lĂ  ? -Oui.

-Ah ouais, c'est vrai.

Il la sert. -Merci.

Discussion animée

...

-Dans ce cas, je mets un gilet jaune aussi.

Mon patron refuse de m'augmenter, gilet jaune.

Le bifteck est trop cher, gilet jaune.

Mes chiottes sont bouchées, gilet jaune.

Ma femme me fait chier, gilet jaune.

On n'en peut vraiment plus, personne n'en peut plus.

-Hmm. -Et alors ?

C'est comme avec les gamins.

Dans la vie, t'apprends Ă  prendre des murs

et pas Ă  avoir tout tout cuit dans le bec.

-Si le sujet t'intéresse tant, viens nous voir.

Tu viens sur le rond-point et tu te fais ton propre avis.

-Mais je travaille.

Et le week-end, on a autre chose Ă  faire.

-Comme manger mes petites cĂ´telettes.

-Merguez, chipo... -Avec joie.

-et saucisse normale.

-Je préfère prendre la merguez cuite par un futur ingénieur.

-Rien est fait, c'est compliqué.

-Faut d'abord que tu aies ton bac. -Surtout.

-Et si tu veux des conseils pour le rater, demande-nous.

-Oui, merci.

Karine essuie des assiettes.

Jimmy remplit le lave-vaisselle.

Ils sont marrants, tes frères.

Hein ?

Enfin, je sais pas, ils ont un truc...

Ils doutent de rien.

Ils savent ce qu'il va se passer.

Ou plutĂ´t ce qu'il va pas se passer

parce qu'il va rien se passer, du coup.

Je les aime bien, c'est pas le problème.

Mais pour discuter...

Par exemple, Seb, je lui demande

combien de personnes, en France, se nourrissent grâce à des assos...

-Karine, stop...

J'en peux plus, lĂ .

Stop.

-J'arrête de parler, c'est ça ? -Non, mais...

Putain... je sais pas, rien que comment tu me réponds.

On se comprend plus. -Bruno m'a pris la tĂŞte,

j'ai rien demandé.

-Raison de plus pour pas réagir ! Tu connais Bruno.

-Me parle pas comme Ă  une gosse. -Excuse-moi,

comment je dois te parler ? -Autrement.

Soupir d'abattement

Tu cherches un truc ?

-Ouais, mon chargeur.

-Je l'ai pas vu.

-Prends le mien.

-Merci.

La semaine dernière, j'ai conduit

quasiment 4 jours, 4 nuits, en continu.

J'ai pratiquement pas dormi.

-Comment ça ?

-Ça fait deux mois que je roule avec une deuxième carte,

que je triche.

Pour sauver la boîte.

Et pas voir la famille couler avec. -C'est hyper dangereux.

T'aurais pu te tuer, tuer des gens.

-Je sais.

Mais il fallait le faire. Maintenant, ça va aller.

-Tu l'as fait pour ta famille ? -Bah oui.

-Et derrière, tu me reproches de manifester le samedi ?

T'es dans quelle réalité ?

-Putain, Karine, j'ai des limites !

Je me suis fixé un objectif réaliste, je l'ai atteint, j'arrête.

-T'as fait ton petit plan... -Et toi, t'as des limites ?

Réponds-moi ! T'en as, concrètement, des limites ?

-Me parle pas comme si j'avais 12 ans, OK ?

-Pardon. -M'explique pas la vie.

-Ma question est simple.

C'est quoi, ton objectif ?

C'est quoi ?

-Je me bats pour mon pays.

-Putain, redescends ! Ton pays t'a rien demandé.

Tu te prends pour Jeanne d'Arc, t'entends des voix ?

Elle claque la porte.

Quelqu'un sort de la maison.

Karine frissonne.

-Pourquoi tu m'as rien dit ?

Jimmy soupire.

-Je savais pas comment.

-Ouais...

-Comment tu peux ne pas voir le mur que vous allez vous prendre ?

-Vous ĂŞtes de moins en moins nombreux, les gens en ont marre.

-Les gens... tu les connais les gens ?

Depuis ton camion ? -Bah moi, dans mon camion,

j'ai la radio, j'écoute les infos.

Je sais que t'entends ce que j'entends

et que ça te rend dingue...

J'ai l'impression de ressentir ta haine.

-(Oh la haine... putain, on dirait ton frère.

(Putain...)

Si t'étais venu une seule fois avec moi,

t'aurais vu que c'était tout l'inverse.

-Je dois changer ?

Et enfiler ce putain de gilet jaune, c'est ça ?

-Je t'en demande pas tant...

-Ça m'est arrivé d'y penser.

-Ah bon ?

-De me dire que c'est toi qui as raison.

Je me dis :

"Oh putain, en fait, ce mouvement, c'est que le début."

Jimmy renifle.

"En fait, j'ai juste peur."

T'imagines comme je t'aime

pour penser le contraire de ce que je pense ?

-J'ai envie de croire que c'est que le début,

qu'on peut essayer de rendre le monde moins con.

Qu'on doit essayer et que ça prend du temps de bouger un système.

-Oh et puis ça veut dire quoi, "le système" ?

-C'est plein de trucs, je sais pas, c'est...

voter pour rien, tous les 5 ans.

-Les élections sont pas truquées. -Le système, oui.

Y a pas d'égalité des chances, regarde Anaïs.

-Quoi Anaïs ? -Le système l'oriente,

lui dit qu'elle est ni valable, ni capable et elle le croit.

-Non. Non !

Non, attends, elle va très bien, notre fille.

Elle est top. -Je dis pas le contraire.

-Elle fera ce qu'elle veut, y a pas que l'école et les diplômes.

Si elle décide de créer son truc, ici, dans le coin,

avec un mec cool

et qu'elle est heureuse, où est le problème ?

-Je veux pas qu'elle ait des regrets.

Long soupir

-Ça me manque, ce qu'on avait avant. -Moi aussi.

-Va pas Ă  Paris, demain.

-Je suis dans un collectif. Y a des gens qui comptent sur moi.

-C'est toi qui as besoin d'eux. -Oui, aussi.

-Ouais, mais je suis oĂą, lĂ -dedans ?

-T'es lĂ .

J'ai rien sacrifié, rien lâché.

Ni toi, ni le taf...

ni les enfants. -Non !

Si encore ça te faisait du bien...

Au départ peut-être, mais là, ça va pas du tout, tu vas mal.

-Ah bon ?

-Je veux qu'on sorte de ça, Karine. Je veux en sortir.

-Qu'on sorte de quoi ? Pour aller oĂą ?

Rentrer Ă  la niche ?

Jimmy soupire.

-La maison, c'est la niche ?

-C'est pas la question, la baraque est bien.

Je sais pas...

C'est juste qu'on va se crever le cul,

pendant 25 ans, pour la rembourser.

On va bosser comme des bœufs, sans se poser de questions.

Et on va partager quoi ?

Tu vois pas le petit programme ? -Putain...

T'as toujours eu un truc de frustré, c'est pas vrai !

Je supporte plus de te voir te mentir à toi-même comme ça.

Soupir excédé

Tes Bisons, tes manifs,

te prendre pour quelqu'un que t'es pas,

faire tes discours avec les merdes que t'écris dans ton carnet.

Peut-être que ça te fait te sentir plus grande, mais c'est du vide.

Thème ténu empli de tension

Karine remplit sa gourde d'eau.

...

Le plancher grince.

...

Une voiture approche de la maison.

...

Coup de klaxon

...

Reste.

-Écoute, on va se parler, on va continuer à s'en parler.

-Appelle-les. -On va s'en sortir.

-Appelle-les et dis-leur que t'as un empĂŞchement.

Vas-y.

Karine, appelle.

...

Si tu y vas, je serai pas lĂ  quand tu rentres.

Je dors Ă  l'entrepĂ´t, on s'appelle et on s'organise pour les enfants.

Attends, reste ! -Lâche-moi.

Tu me lâches !

Le thème se fait dramatique.

...

Karine claque la porte.

...

-Karine ?

-Merci.

-On continue et on fait ce qu'on peut.

-Apparemment, y a une grosse manif sur le climat à Opéra.

Circulation

...

Karine inspire profondément.

Sa respiration est saccadée.

-Ça va, madame ?

-(Ouais.)

-Oui ?

Vous allez manifester Ă  Paris ?

-Hmm.

-Il paraît qu'il va y avoir vachement de monde.

-J'espère.

-Oh lĂ  !

Je peux faire quelque chose ? -Non, ça va.

Pardon, excusez-moi. -Non, y a pas de souci.

-Pardon. -OK.

-Ça va. -OK.

Sûre, sûre ? -Oui, sûre, sûre.

Bonne journée. -Oui, bonne journée.

La femme s'éloigne et reprend son travail.

*"Gilets jaunes" - D1ST1

*C'est la guerre et c'est pas BFM qui va vous l'dire

*quand elle-même paraît être la marionnette du mal qui l'inspire

*Et j'en profite pour dire à tout le monde de pas lâcher

*Ce qu'on a lancé s'est propagé dans le monde entier

*-C'EST LA RÉVOLUTION

*-On devient tous détraqués, Macron est comme une allumette

*Il est Ă  deux doigts de craquer -AHOU ! AHOU !

*-Gilets jaunes, votre métier ? -AHOU ! AHOU !

AHOU ! AHOU !

*-C'est la révolution

*-On devient tous détraqués, Macron est comme une allumette

*Il est Ă  deux doigts de craquer -AHOU !

*-Gilets jaunes, votre métier ? -AHOU ! AHOU !

AHOU ! AHOU !

Rires

Thème dramatique au violon

...

Notification

-OK.

Elle rentre Ă  18 h.

-Bien.

Vous pouvez pas vous parler directement ?

-Si, si, bien sûr. Si...

C'est ce qu'on va faire d'ailleurs.

On veut se voir tous ensemble pour vous expliquer.

Jimmy soupire.

...

Long soupir

Jimmy range le gilet jaune dans le sac.

...

...

-M. Bouvier.

Mickaël Albert.

Enchanté. -Bonjour.

-Alors...

Stéphane ne va pas pouvoir venir, il quitte la société.

Il a trouvé une opportunité ailleurs.

Tout ça s'est fait très vite. Il devait vous appeler.

-Vous le remplacez ?

-Oui enfin non, je suis le boss de Stéphane.

Je suis le directeur d'usine.

En attendant de recruter un nouveau responsable logistique,

c'est moi qui vais gérer tout ça. -OK.

-On ne signera pas de contrat, aujourd'hui.

Ne vous inquiétez pas,

Stéphane m'a briefé, je sais que vous êtes très sérieux,

que vos chauffeurs sont top.

Y a eu une cagade en fin d'année,

mais je crois que vous avez assumé vos responsabilités.

C'est juste que j'ai besoin de temps pour relire le contrat au calme.

VoilĂ .

Et j'ai maintenu le rendez-vous

parce que je voulais vous rencontrer.

-Bah je suis lĂ .

Rire gêné

-L'année se présente très, très bien, chez Verratech.

Le carnet de commandes explose.

Et je voulais regarder, avec vous,

les volumes que vous aviez dealés avec Stéphane.

Et voir si on peut pas ĂŞtre un peu plus...

un peu plus agressifs.

Un peu plus ambitieux dans notre partenariat.

Vous ĂŞtes quelqu'un d'ambitieux, M. Bouvier ?

Thème sombre et dramatique

...

Tonalité

...

*-Vous êtes sur le répondeur de Karine...

...

Radio : *-20e samedi de mobilisation.

*De nombreux centres-villes sont interdits aux manifestations,

*comme le secteur des Champs Elysées.

*Face au risque de violences, Avignon s'est barricadée,

*Bordeaux a décrété une journée ville morte.

*Professeurs et parents d'élèves dans les rues aussi, ce samedi.

Tonalité

*-Vous êtes sur le répondeur de Karine, laissez-moi un message.

-Ouais, rappelle-moi, s'il te plaît.

...

-Allez.

...

Merci.

...

Le thème gagne en intensité.

...

Jimmy met son clignotant.

...

-Bonjour messieurs, contrĂ´le de police.

-Police nationale, mettez-vous sur le côté.

Retirez les mains des poches et présentez vos sacs.

-Rien de dangereux dans votre sac ? -Rien du tout.

-Rien de suspect, madame ? -Heu... non.

-Pourquoi ces masques ? -C'est interdit.

Arrêté préfectoral.

-Je savais pas.

-Ça passe aux infos, mesdames.

-Vous faites quoi ici ? -Visite.

-Tournez-vous.

-Vous avez tous une pièce d'identité ?

-Non, la mienne est dans la voiture.

-Les mains contre le mur.

...

Un gilet jaune hurle : -Et la rue, elle est Ă  qui ?

-ELLE EST À NOUS !

-Ă€ qui ? -Ă€ NOUS !

-À qui, à qui, à qui ? -À NOUS, À NOUS, À NOUS !

-La rue, elle est Ă  qui ?

-ELLE EST À NOUS !

-Plus fort, les gilets jaunes !

Cris des manifestants

-ELLE EST À NOUS !

-La rue, elle est à qui ? -ELLE EST À NOUS !

Thème dramatique

...

Rumeur de la foule

... ...

*-Vous êtes bien sur le répondeur de Karine, laissez-moi un message.

-Ouais... rappelle-moi, s'il te plaît.

Je suis Ă  Paris, dans la manif.

-ON EST LĂ€ !

MĂŠME SI MACRON NE VEUT PAS, NOUS ON EST LĂ€ !

POUR L'HONNEUR DES TRAVAILLEURS ET POUR UN MONDE MEILLEUR

MĂŠME SI MACRON NE VEUT PAS, NOUS ON EST LĂ€ !

...

Leurs voix se mĂŞlent Ă  celles des manifestants.

Les manifestants battent des mains en rythme.

... ...

Thème mélancolique au violon

...

Chocs métalliques

Coups de klaxon

Cris des manifestants, coups de sifflet

Détonation

-Charge ! Charge ! Charge !

Cris de panique, tumulte

... ...

...

-Karine Bouvier.

...

Bonjour. -Bonjour.

-Asseyez-vous.

Date de naissance ?

-1er décembre 1978.

Vous êtes bien domiciliée au 14 chemin Druffier, 48700 Dampierre ?

Huées, plaintes

...

*-Vous êtes sur le répondeur de Karine, laissez...

-Changement de système ! -Macron démission !

-Allez, on y va !

Sirènes de police

...

Huées, sifflets

-Enculés !

...

-TOUT LE MONDE DÉTESTE LA POLICE !

TOUT LE MONDE DÉTESTE LA POLICE !

Chocs sourds, coups de matraque, cris de panique

-S'il vous plaît, non !

Thème dramatique empli de tension

Tintement métallique

...

Une bombe lacrymogène explose.

-Ils nous ont gazés !

Brouhaha, chocs métalliques

... ...

Gémissement

-Reculez, reculez !

... ...

Bris de verre

... ...

-Bouge de lĂ  !

Le thème monte en puissance.

...

Hurlements, coups, tumulte

... ...

-Vous avez un avocat ? -Hmm.

-Nom et numéro de téléphone.

Vous avez besoin d'un médecin ? -Non.

-Vous voulez prévenir un proche ? -Je veux appeler mon fils.

-C'est moi qui l'appelle.

Marquez son nom complet et son numéro.

-Je peux pas l'appeler moi-mĂŞme ?

-Non.

-Appelez plutĂ´t mon mari, alors.

-Si vous voulez.

Karine soupire.

Sirènes de police

Sonnerie

...

-AllĂ´ ?

*-Bonjour, lieutenant Gomez Ă  l'appareil.

*Vous ĂŞtes M. Jimmy Bouvier ? -C'est moi.

C'est Ă  quel sujet ?

-Mme Bouvier est en garde Ă  vue.

Pour participation Ă  un groupement

en vue de commettre des violences et des dégradations.

Non, écoutez-moi, elle est pas blessée, elle va très bien.

Elle est au commissariat Hebert, dans le 18ème.

*-D'accord, vous pouvez me la passer ?

-Non monsieur, au revoir.

*-Attendez, attendez !

-Heu...

Oui.

Thème empli de tension dramatique

Au revoir, monsieur.

L'OPJ repose le combiné.

Il dit qu'il est Ă  Paris et qu'il sera lĂ  quand vous sortirez.

...

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