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L'HOMME AU MILLION
D'après une histoire de Mark Twain
Il y avait autrefois, à l'époque où la Grande-Bretagne était très riche,
dans la profondeur des coffres de la Banque d'Angleterre, plus d'or
que partout ailleurs dans le monde.
"Aussi sûr", disaient les braves gens, "Aussi sûr que la Banque d'Angleterre"
La voici, Mr. Montpelier.
J'espère que vous n'êtes pas déçu par cette bank-note très prosaïque.
Au contraire ! Je la trouve très belle !
C'est une source de joie ! Permettez, Oliver.
Agréable à l'oeil, agréable au toucher, tout en elle est agréable.
Il n'y en a qu'une autre comme celle-là, émise en vue d'un prêt à l'étranger.
Oui, c'est ce que nous avons lu. Cela nous a donné une idée.
Une idée ? - J'imagine qu'il va vous paraître un peu étrange
que nous ayons besoin d'une telle somme sous la forme d'une seul billet...
Il est certain que c'est quelque chose d'inhabituel. Je suppose que c'est pour une transaction ?
Une transaction importante, n'est-ce pas, Roderick ?
- Devons-nous le dire à Mr. Gareth ? - Nous n'avons pas d'autre choix.
Voyez-vous, Mr. Gareth, mon frère et moi avons besoin de ce joli, exquis,
unique bout de papier
pour un pari. - Un pari ? Vous avez dit un pari ?
Un pari très important. - Je suis abasourdi...
Je suis stupéfait de l'usage auquel vous destinez cette pièce unique !
Je suis stupéfait que vous l'appeliez un "bout de papier" !
Laissez-moi attirer votre attention sur le texte :
"Je promets de payer au porteur de ce billet
la somme d'un million de livres."
CONSULAT USA
Ce Consulat n'est pas doté par le Gouvernement des Etats-Unis
d'un fond d'aide aux Américains nécessiteux de Londres.
Dommage ! Je croyais être au bon endroit !
Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas désireux de vous aider.
On peut vous trouver une couchette et de l'embauche sur un cargo, de quoi assurer votre retour.
Je n'ai aucune chance de trouver du travail ici ?
Si vous voulez bien revenir dans 1 ou 2 semaines, nous pouvons faire des recherches.
Une semaine, cela fait beaucoup !
Si l'on me donnait un peu d'argent, de quoi tenir durant les prochains jours, je pourrais moi-même trouver du travail.
Nous pouvons vous donner une petite avance, si vous nous garantissez le remboursement.
Pouvez-vous nous offrir une garantie quelconque ?
J'ai la tête sur les épaules et une bonne paire de bras.
A moins que vous ne me fassiez pas confiance, c'est une bonne garantie.
Ce n'en est pas une. Beaucoup de gens viennent dans ce bureau avec la même requête.
Si nous commençons à faire une exception, nous ne saurons plus où nous arrêter !
Si vous voulez, je peux revenir vous faire un rapport chaque jour.
Désolé, cela n'est pas possible. Cependant pour un shilling,
vous pouvez rejoindre l'Anglo-American Society.
Elle vous mettra en contact avec des gens susceptibles de vous aider.
En somme, il serait préférable que j'essaie de m'aider moi-même.
A vous de voir, Monsieur. Revenez au cas où vous n'auriez pas eu de chance.
Je vais faire ça.
- Puis-je en avoir ? - Bien sûr !
Désolé ! Il n'y en a plus !
Merci.
Bons muffins ! Muffins ! Muffins frais !
Jeune homme !
Voudriez-vous entrer un moment, s'il vous plaît ?
- Moi, Messieurs ? - Oui, vous.
Par la porte d'entrée, sur votre gauche.
Merci.
Bonjour, Monsieur. Donnez-vous la peine d'entrer, s'il vous plaît.
Permettez que je vous montre le chemin.
- Le jeune gentleman, Messieurs. - Merci, James. Ce sera tout.
- Comment allez-vous, Monsieur... - Adams. Henry Adams.
Asseyez-vous, Mr. Adams.
- Merci. - Vous êtes Americain, Mr. Adams ?
- C'est exact, de New England. - Connaissez-vous bien Londres ?
Pas du tout, Monsieur. C'est la première fois que je viens.
Je me demande, Mr. Adams, si vous accepteriez que nous vous posions quelques questions.
Allez-y ! - Puis-je vous demander ce que vous faites dans ce pays ?
- Et quels sont vos plans ? - Chaque chose en son temps, Oliver.
Je ne peux pas dire que j'aie des plans. J'espère seulement trouver du travail.
En réalité, j'ai atterri en Angleterre par accident.
Comment est-ce possible ?
Voyez-vous, chez moi, je possédais un petit voilier.
Oh, juste un petit cotre de 14 pieds, mais il me donnait bien de la joie.
Un samedi, il y a de cela 4 semaines, je naviguais hors de la baie...
- Continuez. - Où en étais-je ?
- Vous naviguiez hors de la baie. - Ah, oui !
Vers le crépuscule, je me suis trouvé pris au milieu d'un violent vent d'ouest.
J'ai fait la seule chose possible, j'ai fui en avant durant toute la nuit.
Le lendemain matin, force m'a été de constater que j'étais perdu.
- J'ai été repéré par un brick. - Et le brick vous a déposé en Angleterre ?
C'est exact. J'ai dû payer mon passage en faisant du travail non rémunéré.
- Ce qui explique mon aspect peu recommandable. - Vous n'avez pas à vous en inquiéter.
- C'est plutôt un avantage. - J'ai peur de ne pas vous suivre.
Dites-nous, Mr Adams, quel était votre travail auparavant ?
Je travaillais pour une entreprise de construction navale.
Ai-je des raisons de penser...
que vous seriez en mesure de m'offrir un travail ?
Patience, Mr. Adams, patience.
Si ce n'est pas trop indélicat, avez-vous quelque argent ?
Je vais vous dire la vérité : mon compte en banque est à zéro.
Quelle chance, Roderick ! Quelle chance !
C'est peut-être une chance pour vous, Gentlemen, mais ce n'en est pas une pour moi.
Si c'est une sorte de blague entre vous, je ne la trouve pas très drôle.
Si vous voulez bien m'excuser, je m'en vais.
S'il vous plaît, Mr. Adams !
Ne pensez pas que nous soyons insensibles, même si mon frère manque un peu de tact.
- Oliver, donne-lui la lettre. - J'allais dire la même chose.
La lettre.
- Pour moi ? - Pour vous.
Non, ne l'ouvrez pas encore, pas maintenant ! Vous pourrez l'ouvrir à...2 h.
- Pas une minute plus tôt ! - C'est ridicule...
Ce n'est pas ridicule. Il y a de l'argent dedans.
Non, écoutez, je n'ai pas besoin qu'on me fasse la charité.
Tout ce que je veux, c'est un travail honnête. Si vous ne pouvez pas...
Nous apprécions votre honnêteté, Mr. Adams. C'est pourquoi nous vous donnons cette lettre.
- James, reconduisez Mr. Adams. - Bonne chance, Mr. Adams.
Pourquoi ne pas m'expliquer ce que tout cela veut dire ?
Vous le saurez bientôt. A 2 h, Mr. Adams.
Dans exactement une heure et 10 minutes.
- Dans une heure et 10 minutes ? - Par ici, Monsieur.
Mr. Adams ?
Pas avant 2 h ! Promis ?
Promis ! Au revoir !
Honnête, intelligent, étranger à Londres...
- Et sans un penny ! - Parfait !
Cette table est réservée. Par ici, s'il vous plaît.
Occupez-vous de ce monsieur, Horace !
Je voudrais du jambon avec des oeufs et un bon steack saignant avec sa garniture.
- Bien épais si possible. - Ce ne sera pas donné.
Entendu. Et une grande chope de bierre fraîche.
Garçon !
- La même chose s'il vous plaît ! - Encore ?
C'est cela. Et refaites le plein !
- Quelque chose ne va pas ? - Non...non, Monsieur.
Il a demandé une autre portion. Et de la bière !
- Tu crois qu'il peut payer ? - Il faut courir la chance.
Servez-le, Horace, mais ne lésinez pas sur le cartilage.
Un maxi steak, des patates, des haricots, des carottes, le tout 2 fois,
salade, fromage, café et deux chopes de bière.
- Trois livres et dix pence. - Merci.
- Vous pouvez attendre quelques minutes ? - Pourquoi attendre ?
Ça va, Horace.
C'était un merveilleux repas.
Vous savez, c'est étonnant tout le plaisir qu'on peut retirer des choses les plus simples
quand on en a été privé pendant longtemps.
Très intéressant. Et maintenant, peut-être pourriez-vous régler la note.
Je dois servir les autres clients !
- Votre horloge marche-t-elle ? - Elle avance un peu.
- Elle avance... de combien ? - Deux minutes.
- Merci. - Je ne voudrais pas être désagréable,
mais voudriez-vous s'il vous plaît régler la note ?
- Je le voudrais bien, mais voyez-vous,... - La note, s'il vous plaît !
- Oui, je sais, la note... - Exactement ! - Je suppose que 2 minutes ne feront pas grande différence.
Prière de payer au porteur de ce billet la somme de 1 million de livres. Signé : La Banque d'Angleterre
Je suis affreusement désolé...
Je n'ai pas de monnaie.
Un petit moment... Maggie, regarde !
Ce n'est pas un faux ?
- Demande à Mr. Clemens. - Mr. Clemens !
- Qu'y a-t-il ? - Voudriez-vous jeter un oeil sur ceci ?
Pensez-vous qu'il est authentique ?
Seules deux coupures de cette valeur ont été émises.
Dans tous les cas, il est peu probable qu'il s'agisse d'un faux.
- Pourquoi pas ? - Cela attirerait beaucoup trop l'attention sur le propriétaire,
aucun faussaire ne souhaiterait cela.
Mais regardez le propriétaire, Mr. Clemens, il est en haillons.
Je ne peux présumer qu'une chose : c'est un millionnaire excentrique !
Un millionnaire excentrique ? !
Et tu l'as mis dans le fond de la salle ! Va t'occuper de lui !
Je suis désolé, Monsieur, mais je ne peux pas convertir la coupure.
Mais c'est tout ce que j'ai sur moi !
Ne vous inquiétez pas, Monsieur, c'est sans conséquence... sans conséquence du tout !
Nous vous sommes très reconnaissants d'avoir choisi notre modeste établissement !
Je vous fais confiance pour revenir ici toutes les fois que vous aurez besoin d'un peu de calme et de tranquillité !
- Vous êtes bien bon ! - Bon, Monsieur ? C'est vous qui êtes bon, Monsieur.
Venez autant de fois que vous voulez, et commandez tout ce que vous voulez.
Le simple honneur de votre présence est en soi-même une récompense.
Je n'aurai peut-être pas l'occasion de passer par ici de sitôt...
Ce serait bien mal de ma part, Monsieur,
si je ne pouvais pas faire confiance à un gentleman comme vous, Monsieur.
Même si vous voulez tromper votre monde en vous habillant de la sorte.
Pour ce qui est de la facture, Monsieur, oubliez-la, s'il vous plaît.
C'est sans conséquence. Absolument sans conséquence.
Merci beaucoup ! C'est très aimable à vous.
C'est à moi de vous remercier, Monsieur.
Et je le fais du fond du coeur !
- Vous désirez quelque chose, Monsieur ? - Vous vous souvenez de moi ? - Oui, Monsieur.
- Je dois voir vos patrons à nouveau. - Ils sont partis.
- Partis ? - Partis à l'étranger.
- Mais ils étaient là il y a encore une heure ! - Ils reviendront dans un mois. Un mois à partir d'aujourd'hui.
Je ne peux pas croire que...
" Le billet ci-inclus vous est prêté pour la durée d'un mois.
Si vous le retournez intact au terme de ce délai,
vous obtiendrez n'importe quel emploi qu'il sera en notre pouvoir de vous offrir.
Cela vous intéressera peut-être de savoir que vous êtes l'enjeu d'un pari."
A jeudi ! Au revoir ! - Au revoir !
Oh, le vilain morceau de papier tombé sur la figure de Bébé !
Stop ! Attendez !
Désolé !
Soyez prêts pour le jour du Jugement ! Soyez prêts pour le jour du Jugement !
- Regardez comme il est drôle ! - Tenez-vous bien !
L'HABIT FAIT L'HOMME
REID - Tailleur - Fondé en 1778
Je voudrais un costume. Avez-vous quelque chose en prêt-à-porter ?
Il va vous servir.
Je voudrais un costume, s'il vous plaît. Quelque chose que je puisse mettre tout de suite.
Le prêt-à-porter ? C'est en bas.
Merci.
Désolé de vous interrompre, mais pourriez-vous me montrer vos prêts-à-porter ?
Oui, je pense que nous avons ce qu'il vous faut. Par ici, s'il vous plaît.
Vous avez peut-être un costume confectionné pour un client et laissé pour compte ?
Nous ne faisons pas ce genre de chose... Ah, voici ce qu'il vous faut.
Dites à Todd de le servir rapidement et de le faire sortir par une porte de côté.
C'est ce qui se porte de nos jours en Angleterre ?
Oui, c'est tout à fait à la mode. Essayez le pantalon.
Mr. Reid a dit de le faire sortir par la porte de côté, et vite !
Je sais ce que j'ai à faire et j'ai des yeux, non ?
Euh, c'est un peu voyant, non ?
C'est ce que nous avons de mieux, tout bien considéré, Monsieur.
- C'est un peu difficile de trouver dans votre taille... - Oui, c'est vrai.
Bon, ça ira pour le moment. Je le prends.
- Bon, je vous fais un paquet ? - Non, je vais le porter.
Je ferais mieux de ne pas payer tout de suite, si cela ne vous dérange pas.
J'aimerais ouvrir un compte et payer dans un mois.
- Je n'arrive pas à faire de la monnaie par ici. - Nous y voilà !
Je suppose qu'un gentleman comme vous
ne transporte que de grosses sommes.
Ecoutez, mon garçon, si j'étais vous...
je ne jugerais pas les étrangers d'après leur mise.
Je veux simplement que vous ne soyez pas embarrassé par une grosse coupure.
Sans vouloir vous offenser et pour être franc, qu'est-ce qui vous fait croire que nous ne pouvons faire la monnaie d'une grosse coupure ?
De fait, nous le pouvons.
Dans ce cas... il n'y a pas de problème.
Que se passe-t-il ? Quel est le problème ? Qu'attendez-vous ? - J'attends juste ma monnaie.
Allons, allons, rendez-lui la monnaie, Todd !
La monnaie... ?
Oui, la monnaie !
Est... est-t-il possible que vous... ? Est-ce lui que j'ai vu reproduit dans le journal de mercredi ?
Ou était-ce jeudi ? Je me rappelle avoir pensé...
que je n'éprouverais jamais la sensation bénie que peut procurer le maniement d'un tel billet.
Vous êtes un imbécile, Todd, un imbécile-né !
Mener un gentleman dans cette partie du magasin !
Ne croyez pas que nous n'ayons jamais affaire à des millionnaires.
Et quittez cette veste manifestement bonne pour la poubelle !
Appelez Jack, Arthur et William ! Permettez, Monsieur !
Par ici, Monsieur ! La coupe est parfaite !
Nous l'avons confectionné pour le hospodar d'Halifax. Il était bâti comme vous.
Un pouce en moins aux manches ! Un pouce en moins aux manches.
- Les cravates, Mr. Reid. - J'avais dit les nouvelles, de Maclesfield.
Dès demain matin nous allons nous mettre à l'ouvrage pour vous.
Il vous faut un costume pour le matin, un costume pour l'après-midi, quelque chose pour l'opéra...
Attendez une minute, je n'ai pas besoin de tous ces costumes.
Je suis venu pour un seul costume.
- Les gilets, Mr. Reid. - Merci. 35 ! - 35 !
Vous ne pouvez pas passer la saison sans cela. 30 costumes c'est le minimum.
Lord Redington m'en a commandé 48.
Remonter le col par derrière ! Je ne pourrai pas vous commander le reste,
étant donné que vous devriez attendre indéfiniment d'être payé !
Indéfiniment ? Le mot est faible ! Eternellement, Mr. Adams !
- La garde-robe, Mr. Reid. - Merci. Raccourcir les bords par devant très légèrement.
Que diriez-vous d'une tenue de cycliste, Mr. Adams ?
Le cycle fait rage de nos jours. Et pour les courses d'Ascot ?
Je ne pratique pas le cycle et je ne vais pas aux courses.
- C'est la voile, mon hobby. - Ah, le sport des rois.
Exactement ce qui convient à une personne comme vous.
Je croyais que c'était les courses le sport des rois.
Eh bien, ce devrait être la voile ! Pincer un peu la taille.
- Et prenez note, Arthur : une tenue nautique. - Une tenue nautique.
- Les pantalons, Mr. Reid. - Merci.
- Un peu plus de souplesse vers le bas. - Un peu de souplesse...
C'est notre honneur et notre gloire d'obtenir qu'un homme de votre qualité soit correctement habillé pour la saison.
Y manquer serait gênant pour vous et dommageable pour moi.
- Les nouvelles cravates, Mr. Reid ! - Tout sera prêt demain matin.
- Très bien. Je vais remettre ceci pour l'instant. - Seigneur, quelle humiliation, mais je suppose qu'il n'y a pas d'alternative.
- Votre adresse, Mr. Adams ? - Je n'ai pas d'adresse.
Je suis en train de changer de quartier.
- Suivez mon conseil, allez au Bumbles. - Au Bumbles ?
L'endroit idéal : tranquille, modeste et discret avec ça.
Par chance, j'ai un parent là-bas à la direction. Laissez-moi faire !
Vraiment ?
Vraiment ?
Vraiment ?
Vraiment ? Merci beaucoup, Reid ! Je te suis infiniment redevable !
Y a-t-il une suite vacante au premier ?
- Pas une seule, Monsieur. - Williams !
Allez me chercher tout le personnel de la réception ainsi que les grooms des deux entrées.
Ah, la suite nuptiale.
Depuis quand le Duc de Frognal n'a-t-il pas réglé son compte ?
- Depuis 6 mois, Mr. Lloyd. - Faites-le partir.
Préparez la suite immédiatement.
Mettez des fleurs fraiches, des roses et des oeillets.
Je vous demande de faire tout particulièrement attention à ce que je vais vous dire.
J'attends d'un moment à l'autre la venue de Mr. Henry Adams.
Il est habillé de façon quelque peu excentrique. Vous avez compris ?
Il est très différent de nos clients habituels. Mais en ce qui vous concerne, considérez que sa tenue est aussi correcte
que celle d'un amiral de la Flotte !
Vous l'accueillerez naturellement avec la courtoise discrétion
qui a fait la réputation du Bumbles.
Il se trouve que c'est un millionnaire américain.
Retournez à vos postes et soyez attentifs.
Je peux assurer Votre Excellence que nous n'avons en vue que son confort.
Vous trouverez cette chambre beaucoup plus tranquille la nuit.
Je n'ai jamais été dérangé la nuit depuis mon arrivée.
J'aurais bien aimé l'être de temps en temps !
- Cette chambre était précédemment occupée par Lord Howard of Howard. - Jamais entendu parler de lui.
Je suis ici et j'y resterai !
Qu'est-ce que ça signifie ?
- Allez-vous en tous ! Ouste, ouste ! - Continuez !
- Je vous assure, Votre Grâce, que c'est temporaire ! - Temporaire ? Je t'en fiche !
Naturellement je ne saurais vous imposer l'ennui de faire vos bagages...
C'est intolérable ! Dites-moi ce que tout cela signifie ?
Si Votre Grâce veut bien considérer ce changement sous tous ses aspects, je suis sûr
qu'elle en appréciera le bénéfice. Naturellement, il devrait y avoir une petite réduction.
Il devrait y en avoir ? J'espère bien qu'il y en aura !
- Elle sera là aussi ? - Cela, Votre Grâce, est l'affaire du Majordome.
Accessoirement, étant donné que votre nouvel appartement est proche du quartier des domestiques,
vous serez plus libre de satisfaire ... vos goûts musicaux.
Suffit ! Maintenant, dites-moi la vérité, Lloyd ! Qui avez-vous à mettre ici ?
Allons, entre nous, vous essayez de m'embobiner.
Mr. Henry Adams, Votre Grâce. Un Américain.
Un Américain ? - Un Américain millionnaire, Votre Grâce.
Essayez-vous de me dire que l'argent américain
vaut davantage qu'un nom anglais ?
Je ne supporterai pas une chose pareille ! Ce pays va à vau-l'eau !
Attendez, cocher !
Bonsoir, Monsieur. Permettez !
Par ici, Monsieur. On vous attend.
Je vous en prie, Monsieur.
- C'est la chambre la plus confortable que j'aie jamais eue. - J'en suis ravi !
Excusez-moi !
Bonsoir, Monsieur, bonsoir ! Bienvenue au Bumbols.
Parsons, que vous arrive-t-il ? Occupez-vous de la valise de ce gentleman !
Oui, Monsieur. Certainement, Monsieur.
Parsons, levez-vous immédiatement !
Par ici, Monsieur, s'il vous plaît.
Nous sommes très honorés de vous avoir parmi nous.
- Et soyez assuré de trouver tout le confort. - Bonsoir, Monsieur, et bienvenue !
- Wilcox, le registre. - Oui, Monsieur.
Veuillez signer !
Juste ici, Monsieur.
Merci beaucoup, Monsieur, et maintenant, si vous voulez bien nous suivre,
nous vous avons réservé la suite nuptiale.
Excusez-moi, Monsieur...
A quoi cela peut-il donc lui servir ?
Ramassez ça, Parsons ! Ramassez ça !
Notre Vieux Continent n'apprécie rien tant que le sens de l'humour !
Par ici, Monsieur, s'il vous plaît.
Pardonnez-nous, Monsieur, je pense qu'il n'y a pas de dégâts.
Si vous voulez les remettre dans votre valise, je les ferai monter à votre appartement.
- Voilà donc le "Bumbols"... - Oui, Monsieur.
Le directeur vous attend.
Excusez-moi, Monsieur.
- Voici Mr. Henry Adams. - Adams ?
- Vous avez dit Adams ? - C'est exact. J'ai cru comprendre que vous m'attendiez.
Mr. Adams, je suis désolé de la confusion, tout cela n'est qu'un fâcheux malentendu.
Vous êtes un imposteur ! Parsons, cela m'étonne de vous !
Peut-être aurez-vous la bonté de partir !
Je vous demande de bien vouloir partir !
- Si vous voulez bien signer le registre... - Que se passe-t-il donc ?
C'est juste une erreur du portier. Débarrassez-vous de lui !
Cet idiot l'a confondu avec vous, Mr. Adams. C'est impardonnable.
Excusez-moi, allez !
Par ici, s'il vous plaît !
- Allez chercher la police, Williams ! La police ! - Non, non, une minute !
Je ne crois pas que nous ayons besoin de la police.
J'aimerais parler à ce gentleman.
Vous ne pouvez pas parler ?
Cela ne vous empêche pas de boire, non ? Bon !
Peut-être aurez-vous la gentillesse de nous mener à nos appartements ?
Certainement, Mr. Adams.
Occupez-vous des corps, et vite !
Par ici, Messieurs.
Laryngite ?
Oh, vous êtes boxeur ?
Ah, haltérophile ?
Music-hall ? Cirque ?
Vous m'en direz tant !
Voyez-vous, Rock, quelle que soit la façon dont on voie les choses, je suis dedans jusqu'au cou !
Je marchais au hasard à la recherche d'un job, et regardez ce qui est arrivé !
Je n'ai rien demandé.
Puisque c'est comme ça, autant en profiter...
Et c'est là que vous pouvez intervenir.
Vous êtes très occupé, ces jours-ci ?
C'est magnifique. Pourquoi ne resteriez-vous pas avec moi les 4 semaines à venir
pour m'aider à conserver le billet intact ?
Je vous revaudrai ça bientôt, dès que j'aurai le job promis par les deux vieux compères.
Qu'en dites-vous ?
Cela sera sûrement un bon petit job ! A 500 livres par an !
600 ? Vous savez quoi, Rock, c'est une bonne idée.
En attendant, nous devons nous accommoder de cette situation.
Durant tout le mois à venir, je suis Henry Adams. Un millionnaire américain.
UN AMERICAIN EXCENTRIQUE A LONDRES
possesseur d'un billet d'un million
L'EXTRAVAGANT Mr HENRY ADAMS
UN TRESOR DANS UNE POCHE DE GILET
Vous n'en faites pas un peu trop ?
Non ? Bien. Allons-y !
- Bonjour, Monsieur. - Bonjour.
Bonjour, Monsieur !
Nous avons créé ce consulat pour prêter assistance à nos concitoyens
et vous refusez de nous donner l'occasion de vous rendre service.
Mais sans ces journaux nous n'aurions pas appris votre arrivée.
- Combien de temps comptez-vous rester ? - Eh bien, cela dépend.
- Je n'ai encore rien décidé. - Bon !
Vous êtes là pour la saison... Quelles sont vos relations, Mr. Adams ?
Je n'en ai aucune, excepté deux frères de Belgrave Square...
Oliver et Roderick, je crois.
- Oh, les Montpelier ! des gentlemen tout à fait estimables. - Non merci.
Oh, j'insiste. C'est ma sélection personnelle de La Havane.
Bien, puisque vous êtes là, nous allons voir ce que nous pouvons faire pour vous.
En tant qu'ambassadeur, je crois devoir vous sermonner
de ne pas être venu plus tôt.
Ce n'est pas tout à fait exact, Excellence. Je suis déja venu ici une fois.
- Ah ? mais pourquoi ne m'a-t-on rien dit ? - Eh bien, c'était...
Euh, je... j'étais en difficulté... pour des questions de monnaie.
En fait, je le suis toujours. Vous voyez, mon billet...
N'en dites pas plus, Mr. Adams. Est-ce que 100 livres vous tireraient d'affaire ?
- Oh, c'est extrêmement gentil à vous, mais je ne... - Des bêtises !
Apportez immédiatement 100 livres pour Mr. Henry Adams.
- En coupures de 5 livres. - Merci beaucoup, je...
Comme je vous le disais, nous sommes là pour aider nos compatriotes.
Et maintenant passons aux choses sérieuses.
Nous allons devoir vous ouvrir quelques portes.
SOCIAL NEWS
" Mr. Henry Adams assistera à une réception...
donnée par la Duchesse de Cromarty dans sa résidence de Hampshire House "
Mr. Henry Adams.
C'est gentil d'être venu, Mr. Adams. Voici mon mari.
- Comment allez-vous ? - Enchanté.
C'est une petite réunion tout à fait informelle. J'espère que vous passez un bon moment chez nous.
Et si je vous vois accaparé par un de mes amis particulièrement ennuyeux,
je volerai à votre secours.
Oh, Lord and Lady Harlingham. Mr. Henry Adams.
Lord and Lady Harlingham and Lady Jane
Lady Jane raffole des chevaux.
Vous intéressez-vous aux chevaux, Mr. Adams ? - Oui, en effet. En réalité...
Mr. Adams, je voudrais vous présenter les Waldrens de la branche de Gloucester.
- Cela ne vous dérange pas ? - Pas du tout.
- Sir William McLean ! - Il est charmant !
Si vous voulez vraiment comprendre les Britanniques,
je vous suggère de visiter la Chambre des Lords.
- Voudrez-vous venir avec moi ? - Oui, bien sûr. En réalité...
Mr. Adams, j'ai hâte de vous présenter Miss Hooker-Or.
- Pardonnez-moi ! - La Comtesse D'Avignon !
- Quel homme ! - Doris a la passion du tennis.
Nous ne pouvons pas l'arracher à Wimbledon.
Les dames jouent-elles au tennis dans votre pays, Mr. Adams ? - Oui, en effet...
Mr. Adams, j'aimerais que vous fassiez la connaissance de Sir William Garrid.
C'est un expert en généalogie. Peut-être vous dénichera-t-il quelque ancêtre.
- Excusez-moi ! - Un homme de caractère...
- Intelligent. - Il faut l'inviter à notre lunch.
Il y a eu plusieurs cas d'Américains qui ont découvert
une pairie dans leur famille.
Voilà ! Qu'est-ce que je vous disais !
Avec un nom comme le vôtre, vous devriez chercher dans l'Angleterre de l'Ouest.
- Après tout, Adams est un nom relativement ancien. - Oui, en effet...
Alors, de quoi parlez-vous, Messieurs ? Je viens vous emmenez prendre le thé.
- Je vous ai honteusement négligé. - Si c'est cela être négligé,
que serait-ce si vous aviez pour de bon pris soin de moi ?
Il faudra que vous veniez à l'un de mes petits dîners.
- Mon oncle ! - Qu'y a-t-il, ma chère ?
Dr. et Mrs Carmichael !
Mr. Henry Adams... J'aimerais le rencontrer.
Rejoins donc la mêlée !
Plutôt sur le balcon, et seule...
- Tu succombes, toi aussi ? - En réalité, je pense qu'il pourrait être utile
de l'intéresser à l'oeuvre de charité de Tante Grace.
Un millionnaire derrière nous, c'est exactement ce qu'il nous faut.
Si c'est cela ton intention, ma chère, je suis avec toi.
Je vais faire de mon mieux.
Ascot, lords, équitation, bicyclette...
Pauvre Mr. Adams, il va être débordé !
Ma chère, Japonica veut vous parler !
Elle est dans une détresse épouvantable. Son fils a rejoint ces affreux libéraux.
Oh, quelle folie !
Vous voyez ce que c'est que la vie d'une hôtesse !
Elle est la seule à ne pas pouvoir choisir sa compagnie.
Je crains de devoir vous enlever Mr. Adams.
J'ai une parente qui me ferait une vie épouvantable
si je ne le lui présentais pas.
Par ici, Mr. Adams.
Où peut-elle être ? Elle était à côté de cette fenêtre.
Ça ne fait rien. J'ai déjà rencontré tant de personnes délicieuses.
Ne partez pas d'ici, Mr. Adams ! Ma nièce est une personne très déterminée.
Elle est probablement allée respirer un peu d'air frais.
- Ah, te voilà ! - Enchantée !
Mr. Henry Adams, ma nièce Portia Landsdowne.
Enchanté.
J'ai peur que vous ne soyez débordé, Mr. Adams...
Oui, en effet... je veux dire non, non !
Tu m'excuseras, ma chère, il est de mon devoir de rejoindre la foule.
- Si vous vous asseyiez ? - Merci.
Pauvre oncle, il déteste les réceptions de ma tante presque autant que moi.
On ne fait que parler, parler, parler, et l'on ne dit rien, pas vrai ?
- Non, rien de sérieux. - Parler sérieusement dans une réception en Angleterre,
ce n'est pas correct, Mr. Adams !
- pas correct ? - c'est de mauvais goût.
Le seul moyen est de se tenir hors de portée de l'hôtesse.
Oh ! il pleut !
Dommage ! C'est beaucoup plus agréable ici.
Venez par ici.
Je vous ai pris au mot : est-ce toujours beaucoup plus agréable ici ?
- Plus que jamais. - J'avais l'habitude de venir ici quand j'étais petite fille.
Ce devait être agréable d'être élevée dans un endroit comme celui-ci.
Je suppose que votre environnement est beaucoup plus impressionnant.
Eh bien... c'est différent.
Il pleut !
Quand nous reviendrons à l'intérieur, nous allons faire hausser les sourcils...
C'est sûr, mais nous trouverons bien une raison de notre présence ici.
Pourquoi inventer une raison ? Ne pourrais-je pas juste dire
que c'était merveilleux de passer quelques moments...
avec la plus charmante fille de la soirée ?
Il n'est pas possible qu'ils soient là ! Il pleut !
Vous êtes attrapé, n'est-ce pas ?
- Ça me va très bien, et pour vous ? - Je vais vous dire ce qu'on va faire.
On va dire que nous étions en train de discuter du Cromarty's Home. - Du quoi ?
- De l'Orphelinat de Cromarty. - Difficile à faire avaler.
Pas du tout. C'est l'oeuvre de charité de ma tante...
et quand on est millionnaire, on est censé s'intéresser aux oeuvres de charité.
- C'est ce que vous faites, non ? - Eh bien, oui, c'est ce que je fais, mais...
Comme preuve, vous pouvez dire que vous viendrez à l'inauguration de nos nouveaux locaux.
C'est mercredi prochain.
- C'est... si vous voulez ? - Vous y serez ?
- Bien sûr. - Alors j'y serai.
Voulez-vous bien regarder par ici, Mr. Adams ?
Voulez-vous bien regarder par ici !
Ne bougez plus ! Merci beaucoup.
Charmant ! Absolument charmant !
Je viens, ma chère !
- Ils sont adorables, n'est-ce pas ? - Oui, adorables.
Maintenant, Mesdames et Messieurs, voici la dernière partie de notre programme.
Merci à nos nombreux amis pour leur générosité,
nous avons pu lever l'hypothèque sur notre Maison, et faire face aux dépenses de l'année écoulée.
Mais Cromarty Home doit continuer
et nous ne devons manquer aucune occasion de réunir de l'argent.
C'est pourquoi je vous propose de mettre aux enchères ce magnifique vase contemporain,
aimablement offert par Mrs. Landon Smyth.
Et, pour commencer, mon mari offre une première enchère de 20 livres.
Et maintenant, voyons, qui offre davantage ? 20 livres, qui dit mieux ?
30 livres !
- 30 livres ! Bon début. - 40 livres !
- C'est très bien. Qui dit plus que 40 ? - 70 livres !
Oh, Mr. Henry Adams ! Merci beaucoup ! Cette fois on bouge vraiment.
70 est mon chiffre porte-bonheur. C'est adorable.
Donc, pour ce magnifique objet, j'ai une offre de 70 livres.
- 80 livres ! - 80 livres ! Ça les vaut largement !
- Accélérons un peu. - 82 livres et 10 shillings !
- 82 livres et 10 shillings pour Mr. Henry Adams ! Quel geste charmant !
- 100 livres ! - Un immense merci ! 100 livres ! Nous avons atteint les 3 chiffres.
Que diriez-vous de 120 livres ?!
Je vois. Qui veut offrir un peu plus que 100 livres ?
500 livres !
- 500 livres ! Très généreux. - 1 000 livres pour moi.
Mrs. Melfort, merci beaucoup ! 1 000 livres !
1 500 livres.
- 4 000 livres ! - C'est très excitant !
- 4 500 ! - 4 500 livres !
Serait-il possible d'atteindre le merveilleux chiffre rond de 5 000 livres ?
5 000 livres !
Mr. Adams ! Mr. Adams en offre 5 000 livres !
S'il vous plaît, silence !
Qui dit mieux que 5 000 livres ?
Qui dit mieux ?
Il part à Mr. Henry Adams pour 5 000 livres... ?
adjugé une fois ? adjugé deux fois ? adjugé vendu !
C'était très judicieux de votre part !
Pendant un moment j'ai cru que vous ne vouliez pas mettre plus.
Votre vase, Mr. Adams ! Votre vase !
Un lien de plus entre nos deux grands pays !
Hourra ! Hourra ! Vive l'Amérique !
Aide aux hôpitaux et aide à l'enfance
Aide à l'Eglise
Aide aux animaux
Laissez-moi ! Laissez-moi !
Je ne peux pas payer !
Je ne peux pas payer !
Rock !
Rock !
Rock !
Je ne peux pas continuer comme ça, Rock ! Pas un jour de plus !
Nous sommes endettés jusqu'au cou et nous nous enfonçons davantage de minute en minute.
C'est comme si nous étions pris dans des sables mouvants.
Que nous reste-t-il de l'argent de l'ambassadeur ?
Tout est parti ? ... dans des oeuvres de charité ?
Ça coûte cher d'être millionnaire !
il faut partir d'ici. Vivre dans la clandestinité en attendant la fin du mois.
Il faut partir ! n'importe où, ça m'est égal, juste partir. Occupe-t-en !
Que je puisse me vider l'esprit.
A partir de maintenant, terminée, la mascarade !
Rok, regarde !
Ecoute !
Respire !
" Quand je sors au Bois d'Boulogne, afin de prendre un peu l'air
autour de moi on fredonne : " Ce doit être un millionnaire !"
Rok, on ne part plus !
On voit tout en noir, la nuit !
Ce matin, le soleil brille, les oiseaux chantent.
On ne jette pas les cartes quand la partie n'est qu'à moitié jouée !
Hampshire House. Portia.
Ce soir, Rock, je vais lui dire la vérité :
tout simplement que je ne possède même pas la chemise que j'ai sur le dos.
- J'ai besoin de vous voir seule. - Quand ?
Maintenant. J'ai quelque chose de très important à vous dire.
Tendez bien les bras, Mr. Adams.
- Charmant ! - M. le Duc est dans le salon de musique. - Oh, voici l'ambassadeur d'Amérique avec un ami de Mr. Adams.
Un ami à moi ?
Oui, quelqu'un nommé Eastbourne ou Worthing ou quelque chose comme ça.
Son Excellence l'Ambassadeur d'Amérique
et Mr. Lloyd Hastings. - Excusez- moi, s'il vous plaît !
- Wallace, quel plaisir de vous voir ! - Bonsoir, ma chère !
- M. l'Ambassadeur. - Mr. Lloyd Hastings.
- Comment allez-vous ? - C'est aimable à vous de m'avoir invité, Mme la Duchesse.
Lloyd Hastings était impatient de revoir son vieil ami. - Henry, toujours le même !
C'est merveilleux de vous revoir !
La première fois depuis 10 ans. J'ai travaillé pour son père.
Dès la minute où j'ai vu votre portrait dans le journal, je me suis mis en tête de vous retrouver.
Nous allons vous trouver un petit coin où vous pourrez vous parler tout votre saoul tous les deux.
Mais avant tout il faut que je vous présente ma famille.
- Nous nous verrons tout à l'heure ! - Tout à l'heure...
Je savais que ce garçon ferait son chemin.
Ça se voyait déjà quand il était petit...
Voici mon mari.
Non, non, ne vous dérangez pas, Duc. je ne veux pas interrompre votre partie d'échecs.
Les échecs ne sont pas un jeu, c'est une maladie. Et voici mon père...
Vous paraissez si belle dans le clair de lune...
Cela me sera plus difficle que je ne pensais de vous parler.
Oui, sous cette lumière il semble que les mots soient devenus tout à fait inutiles.
Oui, seulement vous voyez, j'ai une confession à vous faire. C'est plutôt embarrassant.
Ne vous inquiétez pas. C'est tout à fait normal d'être embarrassé.
Vous ignorez de quoi il s'agit, il vous déplaira peut-être de l'apprendre.
Ma réponse sera exactement celle que vous espérez.
- Je souhaiterais qu'il en soit ainsi... - Ce le sera.
Vous voyez, je sais déjà tout.
Vous le savez ? - Je crois que je le sais depuis longtemps.
J'ai une confession à vous faire moi-aussi.
Je ressens la même chose.
Portia...
Vous trouvez que je m'avance trop ?
Attendez une minute, il y a des choses que je dois vous dire maintenant, c'est très important...
Et moi aussi j'ai des choses importantes à vous dire...
Ne gâchez pas ce moment avec des paroles. Elles seraient... déplacées.
Portia ! Où es-tu ? Où est Mr. Adams ?
Mr. Hastings voudrait lui parler.
Alors, Henry, vous allez m'aider !
Maintenant que nous sommes seuls, je vais vous raconter toute l'histoire.
Je suis en difficulté. Et vous pouvez me tirer d'affaire assez facilement.
J'ai fait un gros placement dans une mine d'or.
La Good Hope Mine plus exactement. Peut-être en avez-vous entendu parler.
C'est un bon investissement mais j'ai besoin de plus de capital.
Et c'est là que vous intervenez.
Au point où j'en suis, votre soutien représente la différence entre succès et faillite.
C'est réellement une occasion extraordinaire pour nous.
Avec votre participation, nous décolerions en un éclair.
Je sais bien que nous ne nous sommes pas vus depuis des années,
mais je suis un vieil ami de la famille
et vous savez que je ne vous laisserai pas tomber.
Si nous obtenons les moyens de continuer, nous aurons le vent en poupe.
Mon idée est de fonder une autre société
et de donner à chaque actionnaire l'opportunité d'acquérir de nouvelles parts. Vous devriez jeter un coup d'oeil sur ces papiers...
"Bumbols", Monsieur ! Nous y sommes, Monsieur !
Bien, nous voilà arrivés. Venez prendre un verre.
- Maintenant que nous y sommes, racontez-moi votre histoire. - Quoi, encore ?
- Qu'entendez-vous par "encore" ? - La Good Hope, Henry ! la Good Hope !
- La goutte, hop ! - Henry, vous m'inquiétez !
Qu'avez-vous pris à Hampshire House ?
J'ai pris la main de la plus aimable fille du monde.
- Vous voulez parler de la nièce de la Duchesse de Cromarty ? - C'est exact.
Henry, en plus, vous vous mariez dans les plus hautes sphères de la noblesse ?
Félicitations ! Et pour cette mine, Henry ?
Nous avons le terrain et nous avons l'or. Des tonnes et des tonnes !
Plus que 50 pieds à creuser pour l'atteindre.
- Cela ne prendra pas plus d'une semaine. - Félicitations, vous êtes un homme d'affaires !
Un homme ruiné, Henry. J'ai investi tout ce que j'avais dans cette mine
et je ne peux plus continuer. Tout mon argent personnel.
Si les actions chutent encore, je suis fini !
Or il n'y a pas un seul capitaliste dans cette ville qui veuille courir le risque.
Je comprends cela. Nous autres capitalistes préférons ne pas toucher à notre argent.
- Henry, je ne te demande pas d'argent. - Alors que me demandes-tu ?
As-tu jamais eu une seule raison de ne pas me faire confiance ?
Mon père vous faisait confiance, cela me suffit.
Tout ce que je vous demande, Henry, c'est d'user de votre nom.
C'est tout ce que je demande. Votre nom durant une semaine.
Faites-en l'usage que vous voulez,
mais qu'est-ce que mon nom a à voir avec votre mine d'or ?
C'est le nom d'un millionnaire ! Cela me sauve la vie !
Et vous ne le regretterez pas, Henry, je vous en donne ma parole !
Je m'envole à nouveau ! Et je vais vous mener encore plus haut
que vous ne l'êtes actuellement. Vous allez faire fortune aussi !
Nous allons jaillir comme un météore et atterrir au milieu de la Bourse !
Et vous, qu'avez-vous pris là-bas à Hampshire House ?
Mr. Walter Craddock !
- On me demande ? - Oui, Monsieur.
On vous appelle de votre bureau.
- Mr. Lloyd Hastings vous veut. - Merci !
Merci d'être venu si vite, Craddock. Quelles nouvelles de la Good Hope ? Quelle est notre position ce matin ?
Notre position ? Au bord de l'effondrement.
Très bien. Achète-m'en 20 000 à terme.
Vous avez attrapé une insolation, ou quoi ?
Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
Ah, autre chose. Achète-m'en 20 000 autres...
... au nom de Adams, Henry Adams.
- Le Henry Adams ? - Qui d'autre ?
Il se trouve que c'est un très bon ami à moi. Merci, Craddock.
Je vous rappellerai plus tard.
Henry Adams ?
Allo ! Allo !
Qui se trouve derrière ça ?
Henry Adams. Un millionnaire américain. Il est sur la mine.
- Je vous ai pour moi tout seul, enfin. - Oui, Henry.
- Sans que vous puissiez être distraite. - Oui, Henry.
- Vous allez devoir m'écouter ! - Oui, Henry.
Portia...
- Je ne suis pas un millionnaire... - Bien sûr que non.
- Le billet de 1 million : il ne m'appartient pas ! - Il n'existe même pas ?
Toute cette affaire repose sur une méprise, un malentendu.
En fait, je ne possède rien qui soit à moi.
- Mon pauvre, pauvre agneau. - Non, non, je suis sérieux.
Vous habitez la suite nuptiale du Bumbols...
gratuitement ?
- Vous ne payez ni la nourriture, ni la boisson ? - C'est exact.
Et le tailleur, par pure bonté d'âme, vous habille avec tout le raffinement possible ?
Je ne saurais juger de la bonté de son âme, toujours est-il qu'il m'habille gracieusement.
Vous attendez réellement que je vous croie ?
Eh bien, quand vous saurez comment tout cela est arrivé, vous me croirez...
Je crois plutôt qu'il est temps d'arrêter la plaisanterie.
Je ne plaisante pas. Je ne suis pas riche.
Je n'ai pas d'argent. Je ne suis pas un millionnaire.
- Est-ce que vous ne poussez pas la blague un peu loin ? - Ce n'est pas une blague. C'est vrai.
Henry, vous pouvez me ramener à la maison.
Vous ne voulez pas entendre comment tout cela est arrivé ?
J'en ai entendu assez. Ramenez-moi.
- Je... Je comprends bien... - Inutile d'en dire plus.
Faites ce que je vous demande. Ramenez-moi !
- Une minute, Monsieur. - Envoyez la note au Bumbols.
- Mais c'est juste un shilling, Mr. Adams. - Cela ne fait rien, envoyez-la !
Portia, je peux comprendre que vous ne vouliez pas épouser un homme pauvre...
- Voilà que vous ajoutez l'insulte aux injures. - Insulte ? Quelle insulte ?
Je vois clair à travers votre histoire ridicule. Votre but est assez évident.
Quel est-il ? - Vous voulez tester la sincérité de mon amour.
Oh, quelle idée ! Allez-vous m'écouter ?
Cela m'est égal que vous soyez riche ou pauvre !
Mais cela ne m'est pas égal que vous pensiez que cela change quoi que ce soit.
- Portia, vous êtes merveilleuse. - Et vous, vous êtes horrible.
Et si vous essayez d'échapper aux 5 000 livres promis à ma tante,
apprenez, si vous ne le savez pas, que je n'épouserai jamais un homme qui ne soit pas charitable.
Vous allez enfin m'écouter une fois que vous serez pieds et poings liés !
Henry, posez-moi à terre !
- Pas avant d'être arrivé au Bumbols. - Henry, vous êtes un monstre, reposez-moi !
C'est cela ! Good Hope est à 20 shillings.
C'est vous, Hastings ? Ici, Craddock !
Les Good Hope sont montées à 20 shillings.
Achetez !
Achetez !
- Achetez ! - Et voilà toute l'histoire.
Quand je rendrai le billet aux deux vieux garçons jeudi, ce sera un vrai soulagement.
Mon garçon, vous avez réussi ! Vous avez assuré ! Vous avez gagné une fortune !
16 000 livres ! Tout se déroule selon nos plans.
- Comment allez-vous ? - Ecoutez, Hastings...
A partir du moment où vous soutenez cette mine, peu importe qu'il y ait de l'or ou pas.
Je vous ai acheté 20 000 actions à 2 et 3 shillings. Elles valent plus d'une livre maintenant.
Reprenez votre investissement de départ et vous aurez gagné 15 750 livres !
Et tout cela est à vous, mon garçon, jusqu'au moindre penny !
Je vous avais dit que vous ne le regretteriez pas, Henry, et j'avais raison.
Portia !
Que se passe-t-il ?
Espèce d'idiot, de maladroit, de gaffeur !
d'imbécile, d'empoté, d'âne bâté !
Henry !
Attendez une minute, vous ne pouvez pas faire ça ! Henry, attendez !
- Oui, Monsieur ? - Je viens voir Miss Landsdowne.
Excusez- moi, Monsieur. Nous avons pour instruction de ne pas déranger Miss Landsdowne.
C'est insensé, dites-lui que Mr. Henry Adams est ici , et que c'est urgent.
Si je puis me permettre, Monsieur, cela ne ferait que jeter de l'huile sur le feu.
Est-ce le sac de Miss Landsdowne, Monsieur ?
Oui, mais écoutez, il faut que je la voie...
Au cas où vous voudriez l'importuner, Monsieur,
Miss Landsdowne m'a chargé de vous dire qu'elle espérait ne plus jamais vous revoir.
J'aurais souhaité transmettre un message plus délicatement tourné.
Adieu, Monsieur.
- 490, 495, 500. - Merci, votre Grâce.
De rien. Maintenant, Lloyd, je veux récupérer ma suite.
C'est impossible, Votre Grâce. Mr. Adams y est toujours.
- A-t-il payé sa note ? - La question ne s'est pas posée, Votre Grâce.
Si elle s'est posée pour un Anglais, un gentleman,
pourquoi ne se pose-t-elle pas pour un fichu American ?
Nous pouvons vous installer dans la suite Marlborough.
Non, je veux retrouver ma suite personnelle.
Si nous ne résistons pas à ces Yankee dès le début,
ils vont nous piétiner. C'est une question de principe.
- C'est une personne publique, Votre Grâce, d'un rang considérable ! - C'est insensé !
D'où tenez-vous qu'il est millionnaire ? Ce ne sont que des on-dit.
Au Bumbols, comme vous savez, nous nous intéressons plus
à ce type de clientèle qu'aux revenus personnels.
Je ne suis pas ici pour être insulté !
A quel type croyez-vous qu'appartient quelqu'un qui ne donne même pas de pourboire à la serveuse !?
Je veux dire à la femme de chambre.
Cette petite Renée n'a encore reçu aucun pourboire, elle me l'a dit.
Si vous ne le faites pas partir d'ici, Lloyd, c'est moi qui le ferai.
- Rainer ! - Oui, Monsieur ?
Où en est le compte de Mr. Adams pour le moment ?
136 livres, Monsieur, jeudi dernier inclus.
- C'est tout ? - Je le crains, Monsieur. - Dommage...
OFFICE
Je ne pourrais pas, Monsieur. Ce ne serait pas bien.
- Allons, Renée, c'est un jeu. - Supposez que je sois prise...
- Vous ne serez pas prise, c'est juste pour s'amuser un peu ! - Je ne devrais pas, vraiment, je ne devrais pas.
Vous n'aurez qu'à dire que c'est moi qui vous l'ai demandé.
- Allons, Renée, vous aimez la plaisanterie, non ?
- Oh, Monsieur ! - Faites-le pour moi !
- Juste histoire de rire un petit peu ?! - Exactement !
Merci, Rock.
Entrez !
- Bonsoir, Monsieur. - Bonsoir.
Rock, je voudrais que tu portes ceci à Hampshire House demain matin.
Assure-toi que Portia le reçoive en main propre.
Si tu ne m'apportes pas aussitôt une réponse de sa part, c'est que tu n'es pas l'homme que je crois.
- Merci, Monsieur. - Merci.
- Je l'ai fait, Monsieur, je l'ai fait ! - Fait quoi ?
- Ce que vous avez dit, Monsieur. - Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Le billet, Monsieur. - Oh, splendide ! Petite maligne !
- Merci, Monsieur. - Petite maligne !
- Bonsoir, Mesdames... - Les vieux airs étaient plus mélodieux. Cette musique moderne est par trop discordante.
Ce sont des potins. Rien que des potins.
Il lui a suffi de se pointer avec son accent yankee
pour que tout le monde le croie millionnaire. C'est comme ça que ça marche !
Si vous voulez mon opinion, je ne crois pas à cette bank-note d'un million.
Je vous dis, ma chère, cet homme est un aventurier.
Ne me demandez pas d'où je tiens cela.
C'est strictement confidentiel, cela vient d'une personne de son entourage proche.
Il n'a jamais eu ce billet d'un million de livres.
Ecoute un peu !
Si Henry Adams est un millionnaire, je suis le roi d'Arabie.
Il n'a rien qui ressemble de près ou de loin à un billet d'un million.
Tu crois ?
Nous savons bien qu'il ne s'agit que d'une rumeur,
mais mon éditeur se demande si vous avez encaissé le billet.
Pas encore.
Si vous aviez la bonté de nous le montrer, nous pourrions publier la photo en première page.
Pourquoi ? Je suis fatigué de montrer ce billet aux gens.
Votre refus en un tel moment ne peut que nourrir la rumeur.
La rumeur, la rumeur, la rumeur ! Quelle différence cela fait que je sois millionnaire ou non ?
Ou non ? Comme il vous plaira, Mr. Adams.
De toute façon, cela nous fait une histoire.
Vous avez les tremblements de terre, les naufrages, et, et... Lloyd George
et vous en revenez toujours à moi pour vos histoires ?!
D'accord, d'accord, je vais vous le montrer !
Rock !
Où as-tu mis le billet ?
Aimeriez-vous que j'aille chercher la police ?
- Non, je n'aimerais pas que vous alliez chercher la police. - Peut-être aimeriez-vous que je contacte la banque ?
Ce que j'aimerais, c'est que vous arrêtiez de fourrer votre nez dans mes affaires et que vous sortiez !
- Dehors ! - Ne bougez pas, Mr. Adams !
LE MYSTERE DU MILLION DE LIVRES
A la suite d'une rumeur selon laquelle Henry Adams
ne possèderait plus le fameux billet d'un million de livres,
notre reporter a obtenu de lui une interview la nuit dernière.
Prié de produire le billet, Henry Adams se montra peu coopératif.
Devant notre insistance, il fut dans l'incapacité de le faire.
Devant notre proposition d'appeler la police ou de contacter la banque,
il refusa catégoriquement de recourir à l'une ou l'autre de ces solutions pourtant simples.
Dans l'intérêt des relations anglo-américaines,
il est du devoir de Mr. Adams de ne pas écarter la moindre opportunité d'éclaircir ce mystère,
sachant notamment que la haute société londonienne
a spontanément ouvert ses portes à son auguste visiteur américain.
Un imposteur ! Qui l'eût cru ?
Cela montre à quel point nous sommes naïfs et crédules.
J'ai toujours dit que vous vous en laissiez beaucoup trop facilement imposer.
Charles, à partir de maintenant notre porte est fermée pour Mr. Henry Adams.
- Très bien, Madame. - Je suis de votre avis !
Les femmes sont des créatures extraordinaires !
Elle m'a dit qu'elle ne voulait plus parler à Henry Adams.
Si nous voulons éviter un scandale, nous devons l'empêcher.
- Je vais droit au Bumbols. - Non, ma chérie, tu dois rester ici.
Je vais t'envoyer à la campagne changer d'air.
Cela te fera du bien.
Quoi que tu puisses faire, j'irai voir Henry.
Si tu étais une fille ordinaire, cela n'aurait pas d'importance,
mais en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas une famille ordinaire.
J'irai, Tante Grace, et tu ne peux pas m'en empêcher.
Je suis désolée, Portia. Je ne peux pas faire autrement.
Laissez-moi sortir !
Je ne voudrais pas paraître pressant, Mr. Adams,
mais si vous pouviez régler votre note...
cela nous permettrait de mettre nos livres à jour.
Mais vous disiez que cela n'urgeait pas !
L'habitude est de régler chaque semaine au Bumbols.
Mais dans votre cas, nous nous sommes fait une joie de laisser passer trois semaines.
Je ne voudrais pas vous presser, mais le prix de l'heure a tellement augmenté...
- Il y a deux messieurs qui attendent... - Je ne peux pas maintenant, je suis occupé.
Si vous réglez, Mr. Adams, nous ne vous retiendrons pas plus longtemps.
- Mais vous disiez que vous pouviez attendre éternellement ! - Euh, une façon de parler...
Je comprends bien, mais vous demandez à être payé immédiatement
juste parce que je ne peux pas remettre la main sur le billet, ce n'est pas sérieux !
- 130 livres, c'est une grosse somme ! - Et moi, c'est 150 !
Trois autres messieurs attendent pour vous voir, Monsieur.
Je ne peux pas, dites-leur que je suis occupé. - Bien, Monsieur.
Ce n'est pas que je refuse de vous payer,
mais vous, vous m'avez installé dans cette suite sans conditions.
Et vous, vous m'avez forcé la main pour vos costumes en affirmant que vous attendriez aussi longtemps que je le voudrais.
Il n'est pas en mon pouvoir de prolonger notre crédit.
- C'est contraire à notre règlement. - Je demande à être réglé.
- Excusez-moi, Monsieur... - J'ai dit que j'étais occupé.
Très bien, Monsieur.
Très bien, Messieurs, vous allez avoir votre argent.
Je vais régler mon compte... intégralement !
- Quand ? - Cet après-midi.
Vous avez fait une grosse erreur en croyant que j'étais dépendant de ce billet.
Il se trouve que ma fortune est investie dans une mine. Une mine d'or.
Rock, je voudrais que tu t'assures que Mrs. Landsdowne
reçoive cette lettre sans délai.
Au revoir, gentlemen. Vous êtes des spécimens fascinants.
Vous devriez un jour vous examiner vous-mêmes... au microscope.
Vous serez payés cet après-midi, Messieurs. Intégralement.
Ne vous inquiétez pas.
C'est exact ! Good Hope est tombé à 5.
Les Good Hope ont chuté à un quart.
Vendez !
Vendez !
- Vendez ! - Non !
Laissez, Capitaine, je le trouverai moi-même. Ah, vous voilà !
Dieu merci, vous êtes venu ! Avez-vous retrouvé le billet ?
Ces actions, Hasting, il faut que je les vende pour payer mes factures.
Les vendre ? Personne n'en voudra même si vous les donnez.
Vous m'avez ruiné, mon garçon. Je suis fini !
Qu'est-ce que vous racontez ? Vous m'avez dit vous-même qu'elles valaient 20 000 livres !
C'était hier. Le billet, Henry, où est-il ?
- Vous en aviez un, n'est-ce pas ? - Bien sûr, j'en avais un.
Avez-vous tous perdu la raison, ici ? Que viennent faire tous ces hauts et ces bas dans les affaires ?
- C'est Wall Street, c'est la Bourse. - J'y vais.
Non, Henry, vous ne pouvez pas, vous ne pouvez pas y aller ! Henry, attendez-moi !
Henry, vous ne pouvez pas entrer ici ! Les étrangers ne sont pas admis.
C'est moi la cause de toute cette affaire, j'ai le droit de m'exprimer.
Henry, ils vont vous jeter dehors !
Gentlemen, laissez-moi vous expliquer !
Je vous dis que je possède une mine !
Il y a de l'or dans cette mine !
Et ils se prétendent des hommes d'affaires.
Je vous avais prévenu, Henry. C'est la tradition.
C'est arrivé à Rockefeller lui-même.
- Que se passe-t-il ? Qu'est-ce qu'ils attendent tous ? - Vous, Monsieur.
Moi ? C'est ridicule. Je ne dois pas tant que ça ! Et eux ?
Apparemment, ils ont tous fait fiasco avec les Good Hope, Monsieur.
Si vous allez là, les reporters vont vous sauter dessus.
- Ils sont là aussi ? - Oui, Monsieur. Et ils sont nombreux.
Pas par là, Monsieur ! Passez par derrière.
Excusez- moi, Messieurs. Dégagez la porte, s'il vous plaît.
Mr. Adams ! Mr. Adams !
Avez-vous les moyens de régler cette épouvantable affaire ?
- Je suis désolé, Lloyd, il va vous falloir attendre. - Attendre ? Mais il faut faire quelque chose !
Le hall grouille de vos infortunées victimes !
Mes victimes ? Je ne connais pas la moitié d'entre eux.
Des commerçants, des actionnaires de votre prétendue mine, et des journalistes.
- Bumbols n'y survivra pas. - Des actionnaires ?
- De petits actionnaires. - Des actionnaires ?
Cela peut tous nous sauver, eux, vous, moi et la mine.
Tout ce que j'ai à faire, c'est de les persuader de bien s'accrocher à leurs actions.
Ne vous inquiétez pas, Lloyd. Ça va peut-être bien se passer, après tout.
Ça ne marchera pas, Mr. Adams ! N'y allez pas !
Il peut y avoir une émeute ! Tout peut arriver, tout !
- Le voilà ! - Mesdames et Messieurs...
Mesdames et Messieurs...
Je comprends que vous vouliez me voir.
Un bon nombre d'entre vous ont investi leur argent
dans la mine d'or Good Hope.
Naturellement, vous voulez tous savoir si votre argent est en sûreté.
- Je comprends votre sentiment... - Le billet ?
Etes-vous ou n'êtes-vous pas millionnaire ?
Que je sois millionnaire ou pas ce n'est pas la question.
Une grande partie des gens ont investi dans Good Hope sur votre recommandation.
S'il vous plaît, Mesdames et Messieurs, si vous voulez bien m'écouter une minute.
Vous verrez qu'il n'y a aucune raison de se laisser aller à la panique, loin de là,
vous avez tous fait ce qui se révélera être un très bon investissement.
Cela signifie-t-il, Mr. Adams, que vous avez retrouvé le billet ?
- Que diable se passe-t-il ? - Une vraie révolution, Monsieur.
La chasse a commencé. Remarquez qu'il leur donne du fil à retordre.
Ne parlez pas par énigmes, mon garçon, soyez clair !
Henry Adams, Monsieur. Vous n'avez pas lu les journaux ? Ils disent qu'il n'a jamais eu de bank-note.
- Ce doit être vrai ! - Monsieur, s'il ne le trouve pas, ils vont le lyncher !
Ils ne feraient pas ça. Pas des Anglais ! Laissez-moi entrer.
Excusez-moi, Monsieur. Si j'étais vous, je rentrerais par derrière.
Moi, certainement pas ! Non, je ne ferai pas ça.
S'il vous plaît, vous ne voyez pas ? Si vous avez un peu de bon sens
et conservez vos actions encore une semaine,
- il y a toutes les chances pour que... - Oui, tout cela est très plausible, Mr. Adams.
Mais nous sommes toujours dans le noir en ce qui vous concerne. Etes-vous un homme important ou simplement un beau parleur ?
Mais il est tout à fait déraisonnable de parier sur ma reputation,
plutôt que sur une chance non négligeable de trouver de l'or.
- C'est vous qui pariez, Monsieur ! - Qu'importe ce que je suis,
pourvu qu'il y ait de l'or dans la mine ?
- Ce gars est en train de nous duper ! - S'il vous plaît, Mesdames et Messieurs,
Regardons tous les faits en face en adultes raisonnables.
- Allons, écoutons cet homme ! - Merci, Madame.
Nous ne sommes pas obligés d'écouter n'importe qui.
Monsieur ! Monsieur ! Tout est arrangé, Monsieur !
Qu'est-ce qui est arrangé ? - La suite nuptiale. Vous pouvez y retourner.
Changez les draps, a dit Mr. Lloyd, et nettoyez la poussière !
Regardez, Monsieur ! Ils ôtent tous ses vêtements. N'est-ce pas amusant ?
Jésus ! comment osez-vous ?
Quelle impertinence ! Remettez tout ça immédiatement !
Ce sont les boutiquiers qui font la loi à présent ! Pour qui vous prenez-vous ?
Renée ! C'est allé trop loin. Rire est une chose, mais quand un homme
se voit obligé de payer la note du tailleur, ce n'est plus une plaisanterie. Venez avec moi.
Il me semble que dans tout ceci il y a une grande part d'hystérie
au sujet de ce qui n'est après tout rien de plus qu'un bout de papier.
Je suis prêt à engager ma réputation. En fait,
je vous donne ma parole d'honneur que si, en plus de garder vos actions,
vous en achetez davantage, vous serez amplement récompensés.
Cet or est authentique !
C'est exact, mon garçon, et bien plus, nous pouvons le prouver.
Vous avez devant vous, Mesdames et Messieurs, l'homme qui sera en mesure de lever les doutes
qui peuvent subsister dans votre esprit quant aux actions Good Hope.
Mr. Lloyd Hastings a une telle foi en...
Nous vous les rendrons, Mr. Adams, quand vous aurez réglé votre compte.
Mr. Adams nous parle d'honneur,
mais il ne peut pas honorer la facture de son tailleur !
C'est de l'escroquerie, justiciable des tribunaux !
Vous m'avez tout pris !
Vengeance pour les veuves !
Les veuves ! les veuves !
Pas de bagarre, pas de bagarre, Mr. Adams, je vous l'interdis !
La bank-note !
La bank-note !
La note ! La bank-note !
- Où était-elle ? - Sous votre tapis. Sur mes instructions.
- Pourquoi avoir fait une chose pareille ? - Je n'aime pas les Yankees.
Je n'aime pas ce que vous faites avec votre argent.
Mais ce que nous vous faisons à cause de lui est bien pire.
Vous êtes en droit de me jeter votre gant, Monsieur.
Comme je n'ai pas de gant, je veux bien accepter vos excuses.
Vous êtes sportif, Monsieur. Je commence à vous apprécier !
Montrez-leur, Henry ! Montrez le billet !
Juste ciel ! C'était un honnête homme !
Dieu vous bénisse, Mr. Adams ! Dieu vous bénisse !
Amen !
Vous avez une demi-heure, Mesdames et Messieurs, pour acheter, acheter,
acheter !
Laissez passer s'il vous plaît !
Excusez-moi, Monsieur. Permettez, Monsieur. Excusez-moi, s'il vous plaît !
Henry !
Oh, Henry !
Toute cette affaire était un malentendu, entièrement dû à la presse.
- Nous sommes éternellement à votre service. - Bien.
Mr. Adams, vous trouverez du champagne dans la suite nuptiale...
avec les compliments du Bumbols !
Bien.
Ne bougez plus, Mr. Adams !
Un mois, jour pour jour, à l'heure exacte !
Un peu abîmé par l'usage, mais toujours intact.
Félicitations, Mr. Adams.
Maintenant que j'ai rempli ma part du marché à votre entière satisfaction,
quel était le pari ?
Eh bien, voyez-vous, je maintenais
que l'attitude des gens en présence du symbole de la richesse
est tel que le simple fait de posséder ce petit bout de papier sans jamais l'encaisser
vous permettait d'obtenir tout ce que vous vouliez.
Sur quoi je maintenais que s'il vous était interdit de l'encaisser,
il ne vous était d'aucune utilité.
Mais je n'ai eu qu'à vous regarder, Mr. Adams,
pour comprendre que je faisais erreur.
Je n'ai jamais remporté un pari de façon aussi convaincante.
Je vous le dis, Roderick, avec ça, on arrive à tout.
Cela lui a même rapporté 20 000 livres en Bourse.
- Je peux dire quelque chose ? - Certainement, ma chère.
J'admets que ce billet ait un pouvoir extraordinaire,
mais il n'est pas exact de dire qu'il est tout-puissant.
Vous voyez, j'aime Henry, parce que c'est Henry !
Le fait est qu'elle m'a abandonné quand elle a cru que j'étais riche.
Et elle n'est revenue vers moi que lorsqu'elle a découvert que j'étais réellement pauvre.
D'une certaine manière, le billet était un obstacle entre nous. - Oh, tu entends ça, Oliver ?
Allons donc, Mr. Adams, s'il n'y avait pas eu ce billet, vous ne vous seriez jamais rencontrés !
Qu'en sais-tu ? Ils étaient peut-être destinés à se rencontrer d'une façon ou d'une autre !
Il ne s'agit pas de discuter de ce qui aurait pu être. Ce qui nous intéresse, ce sont les faits.
Précisément ! Ce billet les séparait.
Il ne permet pas de tout obtenir, c'est ça la question. Mon cher Oliver,
je ne suis pas si sûr que vous ayez remporté le pari...
Tu ne peux pas nier les faits, Roderick.
Mr. Adams a rendu le billet intact
et désormais il obtient tout ce qu'il veut.
- Ça, c'est une autre question ! - Pas du tout ! C'est ce que nous attendions...
Cocher !
En route !
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