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New York, avril
Les Trois Mères.
J'ignore ce qu'il m'en coûtera de briser ce que nous, alchimistes,
appelons Silentium.
L'expérience nous prescrit de ne point tourmenter le profane
par nos connaissances.
Moi, Varelli, architecte londonien, ai rencontré les Trois Mères
et leur ai construit trois résidences,
une à Rome, une à New York
et la troisième à Fribourg, en Allemagne.
Je n'ai découvert que trop tard que, de ces lieux,
elles infligeaient au monde douleur, larmes et ténèbres.
Mater Suspiriorum,
la Mère des Soupirs, la plus âgée des trois,
vit à Fribourg.
Mater Lacrimarum, la Mère des Larmes,
la plus belle, a son siège à Rome.
La Mère des Ténèbres, la plus jeune et la plus cruelle,
contrôle New York.
J'ai construit leurs terribles demeures,
gardiennes de leurs secrets.
Elles sont marâtres incapables de créer la vie,
Soeurs maîtresses des horreurs de notre humanité.
Les hommes, en tombant, les appellent du même nom terrible,
mais elle ont toujours été trois Mères, trois Soeurs,
trois comme les Muses, les Grâces, les Parques, les Furies.
Le terrain de chacune de leurs bâtisses
dégagera des pestilences
qui envahiront les bâtiments voisins et tous les environs.
C'est la première clé de leur secret.
En vérité, la clé première.
La deuxième clé du vénéneux secret des trois Soeurs
est cachée dans leur cave.
Là se trouve la photo de l'occupante de la maison.
La deuxième clé est là.
La troisième clé
est sous la semelle de vos chaussures.
Voilà pour la troisième clé.
Mark, mon cher frère...
La deuxième clé est cachée dans la cave...
Bonsoir.
J'aimerais vous parler de ce livre.
Lequel ?
Le dernier que vous m'avez vendu, "Les Trois Mères".
Vous l'avez lu ?
En partie.
C'est une histoire inventée ou contient-elle quelque vérité ?
Ca vous a secouée ?
C'est simplement un livre écrit par un alchimiste.
Beaucoup de livres ont pour décor des demeures hantées.
La Villa Bagheria à Palerme,
la Maison des Paons à Bruxelles,
la Salamandre en France.
Certains voient dans ces livres
de la pure invention.
D'autres en croient chaque mot.
Les femmes sont les pires lecteurs de ce genre d'ouvrage,
ou les meilleurs, si vous préférez.
Elles se plaisent à y croire.
Non, c'est...
Le livre mentionne une odeur pestilentielle.
ll règne dans le quartier une étrange odeur douce-amère.
Ca vient de la fabrique de biscuits.
Je l'ai toujours connue.
Elle vous dérange ?
Vous vous y ferez.
Vous ne la remarquerez plus.
Ce n'est pas la seule coïncidence bizarre.
- En lisant le livre... - Ce livre est truffé de mystères.
Le seul vrai mystère,
c'est que nos vies sont gouvernées par les morts.
Bonne nuit.
La deuxième clé est cachée dans la cave...
Elle est allée fureter là-bas.
ll faut tout cacher.
ll faut bien tout cacher, mais rien ne doit changer.
Rome, avril
C'est le célèbre choeur "Va, pensiero".
Final...
Troisième partie...
du Nabucco de Giuseppe Verdi.
Mark, mon cher frère,
comme tu le sais, depuis déjà quelque temps,
j'ai emménagé dans un vieil immeuble...
Excusez-moi,
j'ai une autre course.
Via dei Bagni, au numéro 49.
Quelle étrange odeur... douce jusqu'à l'écoeurement.
Bibliothèque de philosophie, ouverte au public
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
Vous cherchez quelque chose ?
Non.
Si, je cherche un vieil ouvrage.
Je peux peut-être vous aider.
ll s'appelle "Les Trois Mères".
ll devrait être là, juste derrière vous.
Merci.
Ce livre n'est ni une fiction ni une oeuvre imaginaire.
ll inclut les extraits d'un journal
que j'ai découvert dans les papiers d'un ami,
un architecte et éminent alchimiste
appelé Varelli.
Varelli a disparu mystérieusement il y a des années.
Son journal cache peut-être les raisons de sa mort.
Etant rédigé en latin, nous l'avons publié sous cette forme.
Sara...
On ferme.
Monsieur...
Excusez-moi...
Monsieur, s'il vous plaît.
Je ne trouve pas la sortie.
L'autre porte.
- Le livre ! - Quoi ?
Quel étage ?
Quatrième.
Je peux vous aider ?
J'ai peur...
J'ai peur de rester seule.
Je n'ai rien à faire dans les heures qui viennent.
Je reste avec vous.
Vous êtes étudiante ou vous travaillez ?
J'étudie la musique.
- Et vous ? - Je travaille dans le sport.
Journaliste sportif.
J'ai une question bizarre.
Bizarre ?
Vous connaissez "Les Trois Soeurs" ?
Les chanteuses noires ?
Je veux parler de mythologie. La triade.
Les histoires de fantômes, je n'y crois pas.
Vous en êtes si sûr ?
Je ne crois pas à ces choses-là,
sans discours philosophique.
A quoi croyez-vous ?
A tout ce que je peux voir et toucher.
Vous l'avez certainement déjà entendu.
Le choeur "Va, pensiero" de Verdi.
Mark ?
Tu as oublié la lettre de ta soeur à l'lnstitut.
Tu l'as lue ?
ll le faut. C'est important.
Viens, je veux te raconter ce qui m'est arrivé.
Que se passe-t-il ?
Je ne sais pas, peut-être une surcharge électrique.
Carlo...
Où est le compteur ?
Dans le débarras au bout du couloir.
Mais n'y allez pas.
Je veux juste vérifier les fusibles.
Continuez de parler, que je sache où vous êtes.
D'accord.
Où êtes-vous ?
Dans le débarras. J'ai trouvé le compteur.
Je vous rejoins. J'ai peur.
Carlo, que se passe-t-il ?
Je crois que ça va marcher.
Vous voyez ?
C'est moi, Mark.
Mark, mon cher frère...
Kazanian...
Chez moi, il y a...
La troisième clé est sous la semelle de vos chaussures.
Vous savez ce qui s'est passé ?
Je ne sais rien. Elle était déjà morte.
Rose, tu m'entends ? C'est Mark.
Mark, enfin !
Plus fort, je t'entends à peine.
Tu as reçu ma lettre ?
Oui, mais je n'ai pas pu la lire.
Pourquoi ?
Je n'ai pas pu...
Allô ?
Je n'entends rien.
Viens tout de suite à New York. Fais-le pour moi.
Comment ? Je ne comprends rien. Mais que se passe-t-il ?
Promets-moi de venir tout de suite.
Bien sûr, je vais venir mais...
Rose, tu m'entends ?
New York, cette même soirée d'avril
lCl A VECU EN 1924 G. GURDJlEFF (1877-1949)
A sa place habituelle...
Excusez-moi.
Mark Elliot, le frère de Rose.
Appartement 45, 4e étage.
Si vous voulez monter, j'ai un double.
Vous montez ou pas ?
4e étage, gauche.
Le frère de Miss Elliot.
ll vient d'arriver de Rome.
L'ltalie !
ll essaie de vous parler.
ll fait ça quand il a quelque chose à dire.
C'est le professeur Arnold.
ll est très malade depuis des années.
Que faites-vous ?
Je suis étudiant en musicologie.
Merveilleux! Un professeur en toxicologie...
J'en connais deux qui...
Non, musicologie, ça n'a rien à voir avec la médecine.
C'est quoi, alors ?
L'étude de la musique.
Votre soeur a une activité bizarre, elle aussi.
Pas bizarre, elle écrit de la poésie.
C'est un passe-temps qui convient aux femmes.
Au revoir.
"Mère"
C'était vous ?
Je venais voir Rose.
J'ai vu la lumière. J'ai cru qu'elle était revenue.
Je suis une amie. J'habite au-dessus.
Rose n'est pas là.
Je suis son frère, Mark.
J'ai entendu votre voix résonner partout.
On a découvert ça, votre soeur et moi.
C'est un petit secret entre nous. Regardez.
Vous voyez ce trou dans le mur ? ll débouche dans l'appartement.
Ca relie les conduits des pièces.
En parlant dedans,
la voix est amplifiée.
Ce vieil immeuble a plein de secrets comme ça.
Vous voulez entrer ?
D'accord, mais pas longtemps.
Laissez-la ouverte.
On va venir me chercher, j'attends un appel.
Je suis Elise de Longe van Adler.
Je vis ici depuis cinq ans, seule.
Avec son métier, mon mari est toujours en voyage.
Je ne peux pas l'accompagner,
j'ai une santé fragile.
C'est étrange, Rose savait que je venais.
Je pensais qu'elle m'aurait attendu. Où peut-elle être ?
Dites-moi...
qui vit ici ?
Les locataires sont rares. Beaucoup d'appartements sont vides.
Je veux dire, il y en a qui sont bizarres ?
Comment dire ?
Rose en a parlé dans sa lettre.
L'immeuble a appartenu à un vieil excentrique richissime.
A sa mort, on l'a fermé.
ll a finalement été racheté par une société de placement.
Qui est Kazanian ?
Un libraire et un antiquaire. ll a le magasin d'à côté.
Rose lui achète beaucoup de livres rares. ll a aussi...
Excusez-moi.
On vous demande au téléphone.
Merci, j'arrive.
A demain, Mark.
Madame s'est coupée ?
C'est de la peinture, pas du sang.
Les Trois Mères
Qui est là ?
Saleté de bestiole !
Maudits chats !
Quelle dose, cette fois ?
La 1ère injection, 200 mg.
La seconde, 400 mg.
C'est le maximum supportable.
Je vous fais couler un bain ?
Merci.
Du sang.
Votre bain est prêt.
Bonne nuit, à demain matin.
Bonne nuit. Reposez-vous bien.
J'ai marché sur du sang.
La poignée est cassée.
J'ai vu.
J'ai un aveu à vous faire.
Je me suis interrogée sur les divagations de Rose,
sa nervosité, sa peur de la mort...
Le mythe des "Trois Mères".
Quoi donc ?
Une fixation qu'elle fait sur trois noms latins.
Mater Suspiriorum,
la Mère des Soupirs,
Mater Lacrimarum, la Mère des Larmes
et Mater Tenebrarum, la Mère des Ténèbres.
Elle a lu ça dans un vieux livre
et elle en parle comme si c'était vrai.
Elle croit qu'il y a quelqu'un ici...
Non, elle vous l'expliquera mieux que moi.
C'est tellement fou et impossible.
Elle croit qu'il existe un lien entre ce lieu et les Trois Mères.
Elle a parlé d'un architecte. Marelli, Varelli... un nom italien,
mais je ne sais pas où il intervient.
Moi aussi j'ai commencé à me sentir mal, récemment,
comme si j'étais constamment surveillée et parfois,
je sens une présence, comme s'il y avait quelqu'un dans la pièce.
Vous entendez ce rire ?
Quel rire ?
ll me semble avoir entendu...
quelqu'un rire.
Vous aviez raison, Elise.
C'est bien du sang. Venez voir.
- Ca ouvre sur quoi ? - L'entrée de service.
Mais personne ne l'utilise jamais.
Rose est peut-être passée par là. Je vais voir. Vous venez ?
Non, je vous attends ici. J'ai peur.
Bon.
Où êtes-vous ?
Répondez-moi !
Ouvrez la porte !
Aidez-moi, j'ai mal. Mon coeur...
ll a une attaque.
ll lui faut des cachets pour le coeur.
Je n'en peux plus.
Buvez ça, vous vous sentirez mieux.
Où est Rose ? Où est-elle allée ?
Pourquoi ne revient-elle pas ?
Emmenons-le dans l'appartement.
Où est-elle ?
Elise ?
C'est Mark. Vous m'entendez ?
C'est moi, Mark.
C'est dégoûtant, il y en a des dizaines.
lls sont toujours dans mes jambes.
Cette nuit, l'un d'eux m'a griffé et a cassé une statuette.
C'est moi qui vous le dis, c'est la dernière fois !
Je vais aller à la police ou aux services de l'Hygiène.
Je ne veux plus voir une de ces saletés de chats par ici.
Faites comme bon vous semble, M. Kazanian.
Bonjour.
Vous êtes remis.
Je ne me souviens plus de rien.
- Vous avez eu une attaque. - Je n'ai pas le coeur fragile.
On vous a donné des cachets.
- Qui est cet homme ? - Kazanian, un antiquaire.
Merci et merci pour hier soir.
A votre service.
- M. Kazanian ? - Qu'est-ce que c'est ?
Mark Elliot, le frère de Rose. Vous la connaissez.
- Elle m'achète des livres. - Vous la connaissez bien ?
Non, pourquoi ?
Elle a disparu. Peut-être que vous...
Je me contente de lui vendre des livres.
Quel genre de livres ?
De vieilles éditions.
Si elle est introuvable, faites ce que l'on fait dans ces cas-là.
Quoi donc ?
Appelez les hôpitaux ou la police.
C'est fait. lls n'ont aucune trace.
Ca vous dit quelque chose "La clé est sous votre semelle" ?
Si c'est une devinette, laissez tomber, je suis nul.
Vous êtes arrivé quand ?
Hier.
ll va y avoir une éclipse de lune, cette nuit.
Je ne savais pas.
Cela fait 46 ans qu'il n'y a pas eu d'éclipse totale.
lls l'ont dit à la télévision il n'y a pas longtemps.
Vous devriez la regarder. Ce devrait être intéressant.
Je regarderai.
Ca vous plaira.
Au revoir, M. Elliot.
Où te caches-tu ?
Te voilà.
Viens, mon joli, viens.
Viens, allez.
Viens là, mon beau.
On se cachait, hein ?
Ma béquille...
Au secours !
Au secours.
Au secours !
Je vous en prie !
Au secours !
Les rats ! lls me mordent !
lls me dévorent !
Au secours !
Vite !Aidez-moi !
lls me dévorent vivant !
lls me dévorent !
Viens voir.
Ca en fait un paquet.
La Comtesse... quelle salope.
Elle pensait les avoir bien cachés.
J'ai dû passer un bon quart d'heure à chercher.
Tu as bu ?
Pas une goutte.
Tu sens l'alcool.
Je te dis que non.
Bon.
Monte vite téléphoner à son mari.
Tu sais où le joindre ?
Dis-lui qu'elle est partie sans prévenir,
en emportant ses objets de valeur.
Et si elle revenait ?
Elle ne reviendra pas,
ne t'en fais pas.
Qu'en sais-tu ? Disons qu'elle revienne...
Je te dis qu'elle ne reviendra pas.
Appelle son mari.
A notre tour de jouir de la vie.
On va connaître les plaisirs de la Comtesse Elise
et de tous ces salauds de riches !
Qui est là ?
John...
Ca dit quoi déjà ?
"Sous la semelle de vos chaussures."
"La clé est sous la semelle de vos chaussures."
Mater Tenebrarum, Mater Lacrimarum,
Mater Suspiriorum,
ignis vestri imagine inferorum recipiunt animi mei delitiarum...
Vous voilà donc.
Vous savez qui je suis, alors ?
Non.
A Londres,
on m'appelait Varelli.
Depuis, j'utilise un autre nom,
pour être oublié.
Surpris de m'entendre parler ?
Sans ceci, impossible.
J'ai construit les maisons des "Trois Mères".
Elles sont devenues leurs yeux et leurs oreilles.
Après, je me suis terré ici.
Cet immeuble est mon corps.
Ses briques sont mes cellules, ses couloirs, mes veines.
Ses horreurs, ma vie.
Ma soeur... Où est ma soeur ?
Approchez.
Evitons qu'elle vous entende.
C'est la plus cruelle des trois.
La Mère des Ténèbres...
Approchez.
Vous auriez peur d'un homme impotent ?
Plus près, que je puisse chuchoter.
Même si je meurs maintenant,
ça ne changera rien.
Elles refusent le moindre changement.
Je ne suis pas le maître.
Je ne suis qu'un esclave.
Qui est-ce ?
Qui hante cette maison ?
Quelqu'un qui attend.
Mais qui ?
Elle vous observe.
Je peux vous dire une chose,
vous n'êtes que poussière face à elle.
Tout brûle.
Tout va être détruit,
comme la dernière fois.
ll faut sortir d'ici.
Vous ne partirez pas.
Vous êtes au terme du voyage.
Tout sera plongé dans les ténèbres et quelqu'un vous prendra la main.
Vous serez contenté,
et non désespéré.
Vous connaîtrez des moments d'intense allégresse.
Vous croyez que c'est de la magie ?
Non, je ne suis pas magicienne.
Hâtons-nous.
Vous allez devoir subir des métamorphoses.
Vous me cherchiez... comme votre soeur.
Vous l'aurez voulu.
Je viens vous prendre.
Qui êtes-vous ?
Les Trois Mères. Vous n'avez pas compris ?
Mater Tenebrarum,
Mater Lacrimarum,
Mater Suspiriorum...
Mais les hommes nous désignent par un seul nom,
un nom qui les emplit tous d'effroi...
lls nous appellent
la Mort !
La Mort !
Adaptation : Elisabeth Gineste Sous-titrage : Vdm
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