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LA DAME SANS CAMÉLIAS
Je peux entrer ?
- La séance est terminée ! - Laisse-la entrer.
Je m'en veux de t'avoir écouté !
Clara aurait dû avoir le premier rôle !
Pour le prochain, tu vas voir ça.
Clara en vedette ! Je modifie le scénario.
Melli dit que c'est impossible.
Le film est déjà trop avancé.
Si tu écoutes les auteurs !
Où avez-vous déniché cette Manni ?
C'est moi qui l'ai trouvée à Milan.
Veinard ! En Amérique, elle vaudrait de l'or !
Elle joue dans L'homme sans destin.
La "femme" sans destin, dont elle est la vedette.
Cette nuit, on travaille.
On remanie le scénario. Vous dormiez après.
Ça a marché, hein ? Ah ! Le public !
Dépêchez-vous, on file.
Je vous rejoins tout de suite.
Zut ! Moi, je suis fatigué !
Rien à faire.
Si encore ça me rapporte !
Toi, quand il s'agit de fric !
J'allais te téléphoner.
Tu étais à la projection ?
Non. Qu'est-ce qu'ils ont dit ?
Que tu ne valais rien ! Que tu étais laide !
Allons, viens, ne fais pas la bête...
Ne reste pas là à te faire des idées !
Viens prendre un verre.
Pas ce soir, je vous en prie.
Encore "vous" !
Je ne peux pas m'habituer.
Et tout Rome te croit ma maîtresse !
Cela te semble ridicule ?
Pas vous ?
Je mérite bien un baiser, tout de même ?
Tu as eu du succès, et...
Je le dois à vous et à Ercolino.
Lui aussi mérite un baiser.
Bon, n'en parlons plus.
Alors, ça a marché ?
On a même applaudi.
Soyez gentil.
Ne tournons pas, demain matin.
Je vais avoir du mal à dormir.
Alors, viens avec moi.
Non, je veux rester seule.
Clara ! À vous !
Nous déjeunons ensemble ?
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Ils sont nerveux, ce matin.
C'est votre faute.
On change le scénario.
Ils trouvent mon rôle trop long, maintenant.
Cela vous laisse froid ?
Pourquoi ces changements ?
Ma chère amie, vous avez du succès,
vous prenez la vedette.
Je vous cède ma place.
Pauvre Lodi !
Pourquoi ? Chacun sa chance. C'est la vie...
Aujourd'hui, pas de déjeuner, Clara !
La rançon du succès, ma chère !
Il en est de plus pénible.
Que veux-tu ?
- Tu ne m'as pas téléphoné hier... - J'ai été occupé.
On se voit ce soir ?
Non. Je te téléphonerai demain. Ou je viendrai directement.
- Comment va Manni ? - Pourquoi ?
Bon. J'attendrais.
Que décidez-vous ?
Pouvons-nous aller déjeuner ?
Cela ne fait rien, Clara, nous nous reverrons.
Viens avec moi, j'ai à te parler.
Dépêchons-nous ! On reprend la scène du retour.
La même ?
Presque... je n'ai pas encore de dialogue.
Les auteurs ne s'en font pas !
Pour une scène d'amour, les gestes suffisent !
Très bien. Alors, j'arrive, je retrouve ma femme...
Mais non, ta maîtresse !
Cela fait plus... plus...
Plus !
- Et ce qui a déjà été fait ? - On s'arrangera au doublage.
C'est un détail ! Mais n'oublie pas, vous êtes amants !
Simple nuance !
- En voilà une robe ! - Comment ? Elle est très bien !
C'est la même qu'avant !
Il faut me dénouer ces cheveux-là !
Comment l'as-tu attifée !
Je fais ce qu'on me dit, moi !
Écoute, mais regarde-la, tout de même !
Va me l'arranger mieux que ça !
Crois-moi, Lodi, tout cela ne m'enchante pas.
Ce film vaut ce qu'il vaut...
Je le fais parce que...
j'ai besoin d'argent.
Je ferai de mon mieux...
tout ce qu'ils voudront.
Ils sont sûrs du succès ! Ça plaît, ces trucs-là.
Allons-y, va !
Compris ?
C'est bon, pour la lumière. Silence !
Donc, toi, tu arrives chez ta maîtresse,
n'oublie pas !
Tu enlèves ton veston... c'est l'été.
- Où est ma maîtresse ? - Là, à la fenêtre.
Manni ?
- Elle s'habille. - Le moins possible.
- Il enlèvera ce qui reste. - Et la censure, dis donc !
Vous y êtes ?
Parfait !
Alors, il entre, et elle est à la fenêtre.
Les paysans se hâtent... Mais où sont-ils, ceux-là ?
Le costume est plutôt fantaisiste !
S'il fallait s'occuper de ces détails !
Toi ! Pourvu que tu gagnes de l'argent...
Tu ne laisses pas ta part !
Faut bien vivre !
Alors ? Ça va ?
Hors-champ, s'il vous plaît !
Répétons la scène du baiser. Vous la connaissez.
Voyons ce que vous savez faire !
Alors, Clara, prête ?
Assieds-toi.
Le corsage...
Tu t'allonges...
Faites comme je vous l'ai expliqué...
La censure !
C'était bien ?
Quelle chaleur !
Préparez-vous, on tourne tout de suite !
- On ne change rien d'autre ? - Que veux-tu de plus ?
Cela vous a plu ?
Oh ! C'est une manie !
Pourquoi ne pas avoir appelé ? Tu risquais de ne pas me trouver.
J'étais libre, de toute façon. Ils revoient le scénario.
Regarde ces jolies fleurs...
J'en ai reçu un bouquet comme ça !
- De qui ? - De Gianni.
Il veut m'épouser.
Il veut une réponse immédiate pour se marier tout de suite !
Tu as dit oui ?
Non, je ne sais pas encore.
Il t'a déjà embrassée ?
Une fois, il y a trois jours, au studio.
Il te plaît ?
Oui... mais je ne sais pas quoi faire.
Je ne me vois pas mariée.
J'ai déjà refusé, une fois...
Il était si timide, celui-là !
Tandis que Gianni...
Il est si autoritaire !
Quand il est venu me chercher à Milan...
Je te l'ai raconté ?
Il m'a dit : "Vous voulez faire du cinéma ?
"Décidez-vous, nous partons tout de suite".
Cela t'a réussi.
Oui. Ton tour viendra aussi.
Fais-le un peu languir.
Comme Jean Simmons, tu sais ?
Un an de réflexion, sans se voir !
Il est trop difficile !
Si on vous demande ?
Je n'attends personne. Je dîne dehors.
Viens chez Gianni. Je vais faire Jean Simmons !
Non, j'ai mon imprésario à voir.
On vous attend, mademoiselle ! Une surprise pour vous !
Sans m'avertir !
Nous faisons comme toi !
Tu te maries bien sans que nous le sachions !
Tu es une vedette, mais, tout de même !
C'est moi qui les ai prévenus.
Mais, rien n'est décidé !
Qu'elle est belle ! Elle a un peu maigri...
Mais cela lui va bien.
Papa a été malade. Il est resté un mois alité.
Tu ne me l'as pas écrit !
Il ne voulait pas. Un moins entier cloué au lit !
Et le docteur a prescrit deux mois de repos.
Ton mandat a été le bienvenu !
Ne parle pas de cela, voyons !
- Tu vas bien, maintenant ? - Mais oui, elle exagère !
Mais pas du tout.
Je suis content que tu te maries,
parce que, tu sais, le cinéma...
C'est un métier comme un autre.
Peut-être. Mais j'aime mieux te savoir casée.
Je les ai prévenus... Il nous fallait leur consentement.
Les parents de Clara, tu te souviens ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Elle devrait être contente !
Et comment ! Dans un an elle sera célèbre !
On s'arrachera ses films à prix d'or !
Il y a de quoi être heureuse !
Quel succès ! Tous les journaux en parlent !
Mais qu'est-ce que tu as ?
Nous nous marions.
Nous saurons qu'elle ne sera plus seule.
Maman, je t'en prie ! Ne nous mettons pas à pleurer.
Moi, je n'ai jamais eu de chance.
Je suis content que tu en aies.
Ces dames sont là ?
Mademoiselle est dans le bureau.
- Mais où tournent-ils ce film ? - Dans toute la maison.
Je voudrais voir. C'est ici ?
L'idée de voir tourner un film avec la Manni le rend fou !
Je comprends. Si j'étais un homme...
Moi, elle ne me plaît pas !
On ne l'a pas encore vue.
Il y a un tel remue-ménage...
Le metteur en scène est arrivé avec tout un tas de gens.
Il n'a présenté personne
et n'a même pas demandé la permission de tourner ici.
Maman s'est enfermée, furieuse.
- Pourquoi avoir accepté ? - Pour 100 000 francs par jour !
Plutôt 150 000, avec les dégâts. Dieu sait ce qu'ils vont faire !
Je suis sûre que ce film aura beaucoup de succès.
Oui, c'est moi.
Non, elle n'est pas là !
On fait ce qu'on peut avec la doublure !
Ils sont fous, tous les deux.
Dis donc, où est la Manni ?
Demande à monsieur Borra.
Nous travaillons avec la doublure.
Qui est-ce ?
Le secrétaire de production ?
Alors, expliquez-nous.
N'importe qui ! Une fille qui lui ressemble.
Mais où est la Manni ?
En voyage de noces. Son mari est producteur.
Mais elle va venir, elle doit venir.
On peut passer le câble ici ?
Non ! Cinq mille, c'est tout !
C'est le tarif syndical.
Vous faites les premiers plans sans la Manni ?
De dos !
Allons rassurer maman.
Je ne fais que passer...
Cher Nardo ! Enfin !
C'est une pagaille.
Un metteur en scène ne peut pas travailler dans ces conditions !
Je n'y peux rien !
Et moi, comment je fais ?
Réfléchis !
Réfléchir ! Je ne fais que ça !
Je ne peux pas faire des miracles !
Je fais ce film en quarante jours dans des conditions impossibles !
Et le jour de la grande scène...
elle n'est pas là !
Que veux-tu que je fasse ?
Débrouille-toi ! Utilise la doublure.
Ah ! Celle-là ! L'as-tu regardée ?
Avancez, mademoiselle.
Mais regarde-moi ça !
La démarche, c'est le jour et la nuit !
De loin, d'accord, mais là...
Je fais de mon mieux.
Et du cinéma, en avez-vous fait ?
Pour la publicité.
Tu entends ?
Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
Je les cherche partout !
C'est à devenir fou !
Je l'ai supplié d'attendre la fin du film pour se marier !
Non ! Impossible !
Il m'avait juré d'être là à temps ! Mais non !
Où sont-ils ? À Ischia ?
Mais M. Franchi est revenu. Je l'ai conduit.
- Tu ne pouvais pas le dire ? - Je croyais que vous le saviez.
- Qui est-ce ? - Le chauffeur.
Faites-le venir !
Il est en projection. Il vient à 5 heures.
Et j'aurais dû le deviner ?
Avec qui est-il ?
Ça, je ne sais pas !
Mais qu'est-ce que vous attendez ?
Remuez-vous ! Téléphonez !
Dites-lui de se presser ! Et qu'il emmène sa chère moitié !
- Pardon ! - Pourquoi ? C'est amusant !
On est bien à l'étranger, et on y oublie tout.
Dis plutôt que tu préfères Rome.
Je comprends ça, d'ailleurs
quand on est célibataire.
J'ai vu les Cardona, l'autre jour.
Ils se plaisent en Australie.
Leur fille a déjà 4 ans...
et le bébé qu'ils viennent d'avoir... c'est un amour.
Il n'était que vice-consul quand il s'est marié.
Moi, je serai bientôt consul
et nous repartirons ensemble.
Maman n'y croit plus.
Et toi ?
Je sais attendre.
- Où irons-nous ? - Pour moi...
La voilà !
Nous vous attendions tous !
Le consul Rusconi.
Comment ça va, les enfants ?
Fini de roucouler !
Au travail, tout de suite.
Maquilleuse ! Vite !
Attends, j'ai à te parler.
- Je suis déçue ! - C'est toujours comme ça.
J'ai vu les premières scènes.
Le directeur de la photographie a fait de l'excellent travail.
Quoi ? Cela ne te plaît pas ?
Eh bien ? Parle !
La scène du baiser ! Une merveille !
Réfléchis un peu.
Si dans cette scène, et les autres, d'ailleurs, à la place de Clara,
tu y voyais ta femme ?
Eugénie ?
Ah, je vois ! Tu es jaloux !
Mais ces scènes sont épatantes !
On n'y touchera pas ! Jamais de la vie !
Non ! Il ne s'agit pas seulement de cela.
Clara est ma femme.
Par exemple...
Ah, tu l'as vue...
Elle est bien, hein ?
Cela a coûté cher !
Je ne veux plus de cela ! J'ai décidé d'en finir !
Clara ne fera plus de cinéma !
C'est une fille de la campagne séduite par un citadin.
Elle quitte tout pour s'enfuir avec lui vers la ville.
Et alors ?
Ça finit très mal.
Il faudrait que je la félicite
sans avoir jamais vu un de vos films !
Moi, je n'en rate pas un ! J'ai vu trois fois Addio Signora !
Le film n'est pas formidable... mais elle !
Elle a une voix incroyable !
Je vois très peu de films italiens.
- Pourquoi ça ? - Je vis à l'étranger.
- Quel est votre métier ? - Il est consul.
En ce moment, je travaille au ministère.
Ah... vous êtes diplomate.
Toujours changer de pays... Je ne sais pas si j'aimerais ça.
Je viens de Grèce.
Et où allez-vous ?
Je ne sais pas encore.
Prendrez-vous quelque chose ?
Non, merci. Excusez-moi.
C'est mon droit ! Oui ou non ?
Non ! C'est de la folie et ce sera la ruine !
Sois tranquille pour toi. Je rachète tes parts.
Dis-moi ton prix.
Pas question. Je termine ce film.
Comment tu vas faire sans mes 50 % ?
Je verrai les avocats.
Combien veux-tu ? Un point c'est tout.
Je peux entrer ?
Tu arrives bien ! Je veux avoir ton avis.
Elle est d'accord avec moi.
Clara, il vaut mieux qu'on s'en aille.
Dis donc ! Qu'est-ce qu'on attend ?
C'est de la folie ! De la folie furieuse !
Allez ! Arrêtez tout ! Démontez tout !
Embarquez le matériel !
Si jamais on me reprend à faire un film !
Ce n'est pas la place de ma femme !
Il ne veut rien changer.
Ce film n'est qu'une suite d'obscénités !
On pourrait l'arranger.
Non, non... on n'en parle plus !
Et moi, alors !
Tu auras autre chose à faire.
Maintenant, tu as une maison, des amis...
Tu n'es plus une simple actrice, tu es devenue une femme du monde.
Tu comprends, Clara ? Une femme du monde.
Laisse-moi faire.
Bonjour, Clara.
Bon voyage ?
Je suis en retard, mais je serai prêt à tourner dans 5 minutes.
Je commence à entrer dans la peau du séducteur.
Lodi, j'ai à vous parler.
Simone ! Ils s'en vont ?
Oui, maman, ils arrêtent le tournage.
Qui est cette fille ?
Que fait-elle ?
Ces gens sont impossibles !
Madame, avez-vous choisi ?
Demandez à mon mari. Il faut en finir.
Voilà trois mois que c'est commencé.
Votre mari nous a dit qu'il vous laissait décider.
Je ne sais pas. Comment vous faites, d'habitude ?
On peut tout faire, mais il faut que cela vous plaise.
Hier soir, je suis allé voir Addio Signora au Romolo.
Mes copains savent que je travaille ici.
Ils m'ont demandé : "Comment elle est ?"
J'ai répondu : "Elle est très simple, comme nous."
- Le film vous a plu ? - Beaucoup, madame.
Quand en ferez-vous un autre ?
Je l'ignore, peut-être plus jamais.
Pourquoi ?
- Où est ce cinéma ? - La, derrière chez vous.
Il essaie.
Comment ça va ?
Désolé pour la tenue...
Tu es très bien comme cela !
J'ai besoin de te parler.
- Enfin ! - Dis-moi la vérité.
Voilà les ennuis qui commencent avec toi !
Tu es une femme mariée, maintenant,
et je ne suis pas convenable !
Je veux tout savoir.
J'aurais pu t'expliquer moi-même.
Je ne crois pas.
Tu ne veux donc plus que je fasse de cinéma ?
Ni ce film, ni un autre, n'est-ce pas ?
Je veux préserver ta carrière et ta réputation.
Si c'est le cas, voilà un film "sérieux" prêt à être tourné.
Ça te plaît donc tant que ça d'être actrice ?
Tu as pourtant tout ce que tu veux.
Je m'ennuie vraiment.
Où est le somnifère ?
Je ne serai jamais une femme du monde.
Je ne sais rien faire d'autre qu'acheter du tissu
parce que j'en vendais.
Tes parents peuvent venir ici.
Ils s'ennuieront aussi.
J'ai toujours travaillé, tu sais.
C'est pour ça que je suis allée voir Ercolino.
Et il m'a donné ça. Il était enthousiaste.
Je me méfie un peu. As-tu lu le scénario ?
À moitié.
Ça te plaît ?
Je ne sais pas encore comment ça fini...
Lisons-le ensemble, veux-tu ?
Crois-tu que ce soit le moment ?
Je le lirai demain matin. Je te le promets.
J'ai toujours lu tes scénarios.
Quelle maison !
Il peut payer tout cela sans te faire travailler ?
Tu as déjà trouvé un metteur en scène pour ça ?
J'en ai parlé à plusieurs. Des pointures.
Pourquoi ?
Rien. C'est bien ?
Raconte-moi ça.
C'est l'histoire... l'histoire d'une femme,
d'une jeune fille...
Et les circonstances font que...
Enfin, la vie...
Mais qu'est-ce qu'il a ?
La vie ? Le vice ! Et que devient ton héroïne ?
Elle se prostitue.
C'est un problème d'actualité !
Belle excuse pour lui faire jouer les prostituées !
Si Clara doit continuer dans le cinéma,
j'ai d'autres projets pour elle. Des projets sérieux !
Un film de prestige qui sera projeté même à l'étranger.
J'ai repensé à notre discussion d'hier soir.
J'ai mille sujets pour toi !
J'ai pensé à une uvre magnifique !
- Quel en est le sujet ? - Devine.
Jeanne d'Arc !
Il y a déjà eu trois versions !
Et alors ? Roméo et Juliette aussi.
Ce sont des classiques.
Pourquoi pas La Dame aux camélias ? Il y a de la passion.
Basta, les prostituées ! Non, Jeanne d'Arc !
Je ne la vois pas du tout !
Il faut un autre thème. Une histoire d'amour.
Le seul cocktail qui fonctionne, c'est : amour, politique et religion.
Mais dis donc...
Il y a de la politique, de la religion.
Si Jeanne d'Arc avait...
C'est une femme, après tout !
Tu n'es qu'un porc !
Parler ainsi de l'être le plus pur de l'histoire !
Et elle est morte très jeune !
Nous ferons une fresque poétique de sa jeunesse, sans bataille.
Et ce sera un film pour la Biennale de Venise !
Je suis peut-être un porc,
mais vous, vous êtes fous !
Vous n'êtes pas capable de faire un film comme ça !
Pas plus Clara, que toi ou moi. Excuse-moi, Clara...
Tu ne penses qu'à l'argent, tu te moques de Clara.
Clara sera Jeanne d'Arc !
Faites-le donc. J'irai applaudir votre film !
Mais faites-le sans moi.
On peut chercher...
Ne t'inquiète pas. Je trouverai un commanditaire !
Mais non, attends !
Ne vous fâchez pas !
Si tu aimes la pornographie, dis-le !
Que tu es méchant.
C'est ta faute.
Je t'offre une occasion unique de jouer dans un film fait pour toi.
Je me saignerai les veines pour le faire, s'il le faut.
C'est cela qui me fait peur...
Mais enfin, fais-moi confiance, chérie.
Je m'occuperai de tout.
Je me sens capable de tout pour toi.
De tout !
Qu'est-ce qu'on pourrait faire ?
On va voir le film au cinéma ou à la plage ?
- Avec la pluie ! - Pourquoi pas ?
Moi, je vais au cinéma. Qui m'aime me suive !
Personne ne t'oblige à y aller !
L'après-midi aussi, il y a de bons films.
C'est vrai, on a parfois de bonnes surprises.
Oh ! Toi, Nardo, avec ton festival !
Il est fou de cinéma, maintenant !
Tout de même ! Voir la Manni dans Jeanne d'Arc !
Je ne l'ai jamais vue. Je vais y aller.
Je monte en cabine de projection.
Pour ton mari, rien. Mais pour toi, tous mes vux.
Quel navet !
Partons, cela ne vaut rien !
Moi, je reste pour voir la fin.
Vous êtes sortie, vous aussi ? Où allez-vous ?
À l'hôtel.
C'était une vendeuse.
- Pas possible ! - Mais je vous assure.
Je l'ai même connue.
Elle se prend pour la Bergman !
Quelle prétention !
- Avez-vous vu Clara ? - Elle est sortie pendant la projection.
C'était courageux, mais c'est raté !
- Cela te donne raison. - Si tu m'avais écouté !
- Cela aurait été joli ! - Certainement meilleur.
Je l'avais déjà vu. Il ne vaut rien.
Merci de votre silence.
J'ai honte d'avoir pleuré devant vous, alors que je vous connais à peine.
J'avais peur d'être maladroit.
J'ignore ce que tout cela représente pour vous.
Vous verrez les critiques des journaux...
Vous n'avez pas pu rester vous non plus ?
Cela ne veut rien dire.
Le cinéma ne m'intéresse pas.
Je n'y suis allé que pour vous.
Je ne suis à Venise que pour vous.
Merci de ce sourire.
Quand vous reverrai-je ?
Je pars ce soir.
À Rome ?
Je ne sais pas, je suis désemparée !
Je ne sais plus où j'en suis.
Quels salauds !
Je les retrouverai, tous !
Nous aurions dû rester à Venise !
Je t'en prie...
Tu me rends fou ! Tu prends les choses trop à cur !
Rien n'est encore perdu.
Il n'y a pas que cela !
Et quoi d'autre encore ?
Nous avons tout gâché, Gianni.
Par ta faute, ou la mienne, je ne sais pas...
Nous ne sommes heureux ni l'un ni l'autre.
Tu m'as épousée presque par surprise.
C'est ta façon de faire...
Et voilà ce que nous sommes devenus !
Deux étrangers qui n'ont rien à se dire.
Tu as voulu que je vienne à Rome faire du cinéma,
que nous nous mariions, que je fasse un film.
J'ai toujours fait ce que tu voulais.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je me suis laissé prendre dans l'engrenage.
Sans vouloir m'avouer que j'avais peur.
Peur de moi-même... sur l'écran !
Je me demande sans cesse : "Est-ce moi cette femme ?"
Tu réalises que je parle de nous ?
Avec toi, c'est toujours : "Moi, je... moi, je..."
Mais pourquoi m'as-tu épousée ?
Tu savais que je ne t'aimais pas. Je n'ai pas eu le courage de dire non.
Pourquoi dis-tu tout cela ?
C'est la vérité. Et tu le sais parfaitement.
Comment peux-tu te réjouir de vivre ainsi ?
Tu es ravi que ce film soit mauvais.
Ainsi, je ne pourrai plus travailler et resterai à la maison à t'attendre !
Chérie ! Pourquoi es-tu si méchante ?
Ta déception n'a rien à voir avec notre amour.
Tu es heureuse avec moi...
Ne me touche pas !
- Le directeur ? - Il est dans la salle.
J'y vais.
Pourquoi changez-vous de programme ?
Si je garde votre film, je manque ma saison !
Désolé, mais je ne peux pas me le permettre.
Vous le garderez !
Je préfère payer le dédit.
Ça coûtera moins cher !
Nous allons voir ça ! Je vais au ministère.
Rappelle-toi que tu as des échéances ce mois-ci.
Je les ferai reporter.
En ce qui me concerne, c'est impossible.
Et pourquoi ?
Je t'ai prêté de l'argent,
je le laisserais dans ton affaire si c'en était une...
Mais il ne s'agit pas de délais de remboursement.
Tu ne pourras pas me rembourser.
Et j'ai besoin d'argent.
Attends, le film vient de sortir.
Vous ne manquez pas d'audace !
Parce que je vous invite à déjeuner ?
Mais on m'attend chez moi.
Vous croyez que les gens du cinéma ont une vie différente des autres...
Tous ceux qui travaillent à Cinecittà...
Je ne peux pas disposer de moi.
Pour vous, voyageur célibataire de passage à Rome,
c'est amusant, une aventure avec une actrice...
Vous m'estimez bien peu.
Au contraire.
N'est-ce pas moi qui ai souhaité m'arrêter ici ?
Je pensais qu'on pourrait bavarder
pour apprendre à nous connaître...
Mais apparemment...
Depuis Venise, je ne pense qu'à vous.
Mais vous, vous m'avez oublié.
Vous y avez trop pensé et vous brûlez les étapes.
Ce n'est pas aussi simple pour moi.
Je n'ai jamais été dans une telle situation.
Nous sommes seuls.
Pourquoi nous voiler la face ?
Pourquoi nier l'évidence ?
Vous rappelez-vous notre rencontre à Venise ?
D'un serrement de mains, nous nous étions compris.
Ne le niez pas, Clara.
Ne gâchez pas tout.
Vous ne pouvez pas comprendre. Lâchez-moi.
Alors, rentrons.
Où voulez-vous aller ?
Je ne sais pas... N'importe où, dans le centre.
- Vous avez envoyé les fleurs ? - Pas encore.
Bien. Annulez.
Ne me posez pas de question.
Oh, Ercolino ! Gianni t'a invité à dîner ?
Non, mais il s'agit de lui.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien de grave, espérons. On vient de m'appeler.
Oh, madame, si vous saviez !
Je l'ai trouvé étendu, comme mort !
Là-haut ?
Reste ici.
Madame, je retourne à la cuisine.
Le médecin est là.
Si vous aviez besoin de moi...
Faisait-il usage de somnifères ?
Monsieur était très nerveux, ces temps-ci, très préoccupé.
J'aimerais savoir combien il manque de comprimés.
Il n'était pas plein.
Ne ferait-on pas mieux de l'emmener à l'hôpital ?
Il peut rester ici.
J'ai fait le nécessaire. Il est hors de danger.
Mais j'aimerais être sûr que ce tube n'était pas plein.
Viens. N'aie pas peur.
Tout va bien. Ne t'inquiète pas.
Tu vois... il dort tranquillement.
Laissons-le en paix.
D'ici quelques heures, ce sera passé. N'est-ce pas, docteur ?
En attendant, nous avons à parler tous les deux.
Tu as entendu ce qu'a dit le docteur...
Il s'en sortira.
Allons, n'y pensons plus.
Cependant... cette bêtise est un aveu.
Sa situation financière est désespérée.
Il a tout fait pour ça. Mais il faut l'aider.
Il n'y a que toi et moi pour le faire.
Il faut vite terminer La Femme sans destin.
C'est son unique salut. Tu comprends ?
- Qu'y a-t-il ? - Le téléphone, madame.
Allô ?
Clara, c'est moi !
Finalement, il restait très peu de somnifères...
Comment a-t-il pu penser se suicider avec une dose si faible ?
Ce n'était qu'une alerte.
- Mademoiselle Manni ? - Elle est prête.
Demain matin, on tourne à 7 heures.
Faudra-t-il aussi travailler dimanche ?
Le film doit sortir dans trois mois. Clara se reposera après.
- Clara m'a dit que... - Pas d'histoires.
Tu veux te reposer dimanche ?
Non. Je veux finir le plus vite possible.
- Ce n'est pas possible ? - Si, bien sûr.
On fait comme on a dit !
Mais qu'as-tu ?
Nous aurions pu aller à la mer, passer le dimanche ensemble.
Je t'en prie !
- Un monsieur vous demande. - Où ? Qui est-ce ?
Dis-lui que... Non j'y vais.
Madame, je vais dans votre loge.
Non... enfin, oui.
Elle était si gentille avant.
- Ils ne s'entendent plus, maintenant. - Avec qui ?
Avec son mari. Ils se disputent.
Je suis là.
Je suis au courant, pour ton mari.
J'ai essayé de t'appeler.
J'espérais que tu me téléphonerais ou que tu passerais.
Il va mieux ? Rien de grave ?
Non, rien de grave, mais...
Je suis plus que jamais liée à lui.
Je comprends.
Il était au bord de la ruine. Je n'en savais rien.
Et on essaie de tout arranger en terminant un film
que mon mari avait arrêté il y a plusieurs mois.
Cela a été terrible.
Le jour où je suis venue te voir... Comme une punition !
Je n'ai pas un instant de libre.
Et je suis morte de fatigue.
Que pouvais-je faire d'autre ?
Il s'est ruiné pour moi.
Je le sais, mais tu as fait tout ce que tu pouvais.
C'est faux, j'ai manqué de courage.
Si je t'avais connu plus tôt...
Je n'ai pensé qu'à toi.
Il fallait que je te voie.
Je t'ai écrit cent fois, mais j'ai déchiré chaque lettre.
J'ai téléphoné et raccroché. Ce n'était pas ta voix.
Comme un gosse.
Attention au maquillage !
Tu vois... Tu t'es sali.
Quand pourrons-nous nous voir ? Je t'attends.
Je ne sais pas.
Que dois-je faire, dis-moi ?
Fais ce que tu veux.
À toi de décider.
Alors ? Quand ?
Quand nous pourrons être ensemble jour et nuit sans nous cacher.
Alors jamais ?
C'est ce que tu voudrais ?
Tu me le demandes !
Je voulais te l'entendre dire.
Il me faut du courage. J'ai fait trop d'erreurs.
Je ne veux plus me tromper.
Laisse-moi m'acquitter de mes dettes.
C'est une affaire commerciale, plus un mariage !
Laisse-moi payer.
Tu as aussi une dette à payer envers moi.
Quelle heureuse rencontre !
Merci d'être venu, cher monsieur !
Vous allez prendre votre billet ?
Mais, attendez.
Clara n'est pas là ?
Elle est restée à Rome. Elle est si timide...
Dommage, c'est un tel succès !
J'en suis encore émue !
J'ai vu le film trois fois. Je pleure chaque fois !
- Avez-vous parlé à votre gendre ? - Non, pas encore.
J'aimerais que Clara passe une journée au magasin !
Peut-être. Pourquoi pas ?
Auriez-vous une invitation pour M. Rinaldi ?
C'était le patron de Clara.
Où est Gianni ? A-t-il eu Rome ?
Nous avons le temps.
Mais il est tard.
Soyez tranquille. Accompagnez monsieur.
Merci. Excusez-moi, j'oublie toujours votre nom...
Merci, mais vous saurez mieux que moi.
Quel succès, notre Clara !
C'est la plus belle. Et c'est moi qui l'ai dénichée !
J'ai fait ce que j'ai pu pour elle !
Je suis dans les tissus. Je lui en ai fait vendre.
Vous, vous êtes dans le cinéma.
Nous avons une recette magnifique !
- Tu as pu lui parler ? - Non. J'attends.
Ah ! J'avais peur que ce soit déjà fait.
Je l'aurais rappelée, bien sûr. Une maman est une maman !
Après un succès pareil !
Je vous en prie, madame.
Va chercher papa. Il est au premier rang de balcon.
Je suis là.
C'est à moi de parler en premier !
C'est Rome ! Où est papa ?
Ah, tu es là !
Oui, j'écoute.
Ma petite étoile ! Bonjour.
Non, ce n'est pas elle.
Quel succès ! J'étais si fière !
Comment ?
Puisque je te le dis ! Monsieur Rinaldi est là.
Ercolino est-il content ? Il est là ?
Non, je ne viendrai pas. Je vous écrirai.
Quand revient Gianni ?
Vendredi...
Je lui écrirai.
Je ne te comprends pas !
Je ne sais pas.
Oui. Il est vendu à l'étranger aussi. Les frais sont déjà couverts.
Mais tu es enrhumée ?
On dirait qu'elle pleure.
Tu aurais dû venir à Milan.
Mais qu'est-ce que tu as ?
Que tu es têtue !
Je te passe Gianni.
Non, maman. Je ne veux pas lui parler.
Au revoir. Je vous écrirai.
Je ne veux pas lui parler.
Nardo. Viens tout de suite.
Ne dis rien. Je t'expliquerai. Viens vite.
Me voici.
Où allons-nous ?
Où tu veux. Je suis à toi, pour toujours.
Explique-toi.
Le film est un succès. Il fera de l'argent.
Enfin, ils sont contents.
Gianni est remis sur pied. Je n'aurai plus de remords.
Pour le reste, je lui ai laissé une lettre.
Quand revient-il ?
Je ne sais pas... Dans deux ou trois jours.
Il trouvera cette lettre.
Comment ? Une lettre ?
Ne crains-tu pas que cela fasse un scandale ?
Vous êtes des gens en vue.
Il vaudrait mieux parler à ton mari.
Tu connais mes sentiments.
Mais, c'est une responsabilité, pour moi.
C'est pour ton bien que je dis cela.
Je suis décidée.
Je t'avais promis d'être à toi pour toujours.
Écoute... cette lettre, va la reprendre.
Nous reviendrons avant le retour de ton mari.
Tu lui parleras. Écoute mon conseil...
Elle dort, monsieur !
Je la réveillerai.
Attendez ! Elle a travaillé toute la nuit...
Qui est-ce ?
- Où est Clara ? - Es-tu devenu fou ?
Réponds ! Où est Clara ?
Qu'est-ce que j'en sais ? Si toi, tu ne le sais pas...
Je ne l'ai pas vue depuis votre mariage.
Elle m'a quitté. J'ignore où elle est.
Elle veut refaire sa vie.
Elle ne t'a rien dit ? C'était ta meilleure amie, non ?
Non. C'était toi, mon meilleur ami.
Pauvre Gianni...
Les lignes sont encombrées à cette heure ?
Mais oui, c'est urgent !
Mais qu'a fait ma Clara ?
Je ne comprends pas ce qui a pu se passer.
Qu'en pensez-vous ?
Je ne vivais pas avec eux. Elle m'a juste prévenu.
Elle ne veut pas qu'on sache où elle est.
Je l'appelle pour vous, malgré sa défense.
Que faire de plus ? Elle s'expliquera avec vous.
Oui, je l'espère. Ce doit être un malentendu.
C'est encore une petite fille !
C'est le bouquet !
- Alors ? - Quoi, "alors" ?
Nous l'avons trouvée. Nous attendons le téléphone.
- Quel téléphone ? - Nous l'avons trouvée.
Calme-toi. Nous allons lui parler.
Où est-elle ? J'y vais !
Tu vas rester là, et te tenir tranquille.
C'est toi, Ercolino ?
Maman est là aussi ?
Pourquoi est-elle venue de Milan ?
Mais non, ce n'est pas un malentendu.
Je t'en prie, ce n'est pas si simple.
Je ne peux pas t'expliquer.
Nous en parlerons, Gianni et moi !
Mais si, tout s'arrange, ma chérie !
Il faut lui parler.
Elle veut me parler.
Enfin ! Je ne suis plus un enfant !
Arrangez-vous !
Je ne savais pas que tu étais là.
Oui, c'est vrai, mais comme ça,
par téléphone, c'est impossible.
Tu as raison. Mais c'était le seul moyen.
Il y a des mois que tu ne veux pas comprendre.
Mais non, Gianni, ce n'est pas cela !
Tout est fini pour nous deux.
Je te l'ai écrit. J'ai été loyale avec toi.
C'est vrai, on ne peut pas en parler par téléphone.
Je suis le premier à le dire.
Alors... quand peut-on se voir ?
Prévoyons un rendez-vous.
Non, ne coupez pas !
Me laisser une lettre, comme ça, c'est inhumain !
Tu crois que je ne me sens pas responsable ?
Moi aussi, j'ai réfléchi à notre situation.
On ne peut pas décider ainsi que notre vie ensemble est finie.
Mais comment ? Avec toute la vie devant vous...
Je veux te voir pour en parler.
Je vais lui parler, moi.
Ma petite Clara, que s'est-il passé de si terrible ?
Il faut essayer de se comprendre un peu...
Après, ça va mieux.
Ne complique pas les choses.
Je reverrai Gianni, mais seulement pour divorcer.
Gianni le sait, c'est définitif.
Nardo, s'il te plaît...
Mais qui est avec toi ?
À qui parles-tu ?
Il y a quelqu'un avec toi ?
Il n'y a rien à expliquer !
Voilà pourquoi tu veux divorcer ! Tu es déjà avec un autre !
Menteuse ! Hypocrite !
Le divorce ? Je te tuerai !
C'était Rome.
Qui sait que tu es ici ?
Mon mari.
Que lui as-tu dit ?
La vérité... Que je ne reviendrai plus.
Que je refais ma vie.
Je crois que tu as tort.
On ne prend pas une telle décision à la légère.
En ce qui me concerne, d'ailleurs,
pour ma carrière et mes relations avec les gens,
c'est très important.
Extrêmement important.
Rassure-toi, Gianni ne sait rien.
Je te comprends. Je plaisantais.
Je dois rentrer à Rome.
J'allais te le conseiller.
Mais qu'as-tu, chérie ?
Rien. Je suis juste triste que nos vacances se terminent.
Ne reste pas là. Cela pourrait te compromettre.
Rien pour moi ?
Si. Une dame vous attend.
Excusez-moi de vous déranger si tard.
J'avais besoin de parler à quelqu'un
et vous êtes le seul à qui j'ai pensé.
Qu'y a-t-il, Clara ?
Ce matin, j'étais une femme heureuse...
J'avais trouvé le courage de fuir un foyer sans âme.
Tout m'y semblait faux, même moi.
On s'est mariés comme dans un film.
Quel mauvais scénario...
Avec Nardo, au contraire...
pour la première fois depuis si longtemps,
je me suis sentie vivante, faite de chair et d'os.
Les rêves que j'ai pus faire...
Quand il a compris que pour moi, c'était sérieux...
Si vous aviez vu son visage altéré de peur...
Il aurait pu être ridicule, mais il était pitoyable.
Moi qui croyais à l'amour éternel !
Il ne cherchait qu'une aventure avec une actrice...
et l'a eue !
Moi, je n'ai plus rien.
J'avais pensé rentrer à Milan avec ma mère...
mais j'ai changé d'avis, je ne pourrais pas revivre avec mes parents.
Mon dernier séjour a été un désastre.
Mais c'est l'actrice !
Je suis désespérée et je n'ai que vingt-deux ans !
Dans de pareils moments, il faut se concentrer sur le travail.
Avez-vous quelque chose en vue ?
Je voulais vous en parler.
Croyez-vous que je sois faite pour le cinéma ?
Franchement, je ne sais pas.
Vous prenez quelque chose ?
Je vais être sincère...
Vous avez réussi trop facilement... Presque sans effort.
Ce n'est sûrement pas votre faute,
mais vous avez joué dans des films médiocres
et vous n'avez rien appris.
Vous ne connaissez rien de la vraie face du cinéma.
Clara, vous êtes belle.
Et c'est tout ce qu'ils ont vu en vous.
Il faut montrer votre talent !
Votre carrière doit donner un sens à votre vie.
Vous devez prouver votre talent aux autres et à vous-mêmes.
Comment faire ?
Savez-vous vraiment ce qu'est un acteur ?
Qu'est-ce qui fait le succès des grands acteurs ?
Connaissez-vous le revers de la médaille ?
Les longues années
de labeur acharné, d'espoirs, d'illusions...
Le cinéma vous a rendue célèbre.
Il vous a emportée dans un monde parallèle
dont vous sentez le vide, aujourd'hui.
En fait, vous n'avez pas encore commencé votre métier d'actrice.
Vous me conseillez donc d'étudier pour devenir une vraie actrice...
D'après vous, cela vaut la peine de tenter ?
Cela vaut toujours la peine d'essayer.
Tu es en retard.
Excuse-moi. J'étais au ministère.
Tu vas à Paris avec la commission ?
Rien n'est décidé.
Mais c'est la Manni !
Tu ne m'avais pas dit qu'elle était partie ?
- Tu le savais ? - Quoi ?
Qu'elle était revenue...
Si tu veux que je descende, je peux continuer à pied.
Tu sais, avec moi !
Je t'ai déjà dit que je ne l'avais pas vue depuis deux mois.
Elle a disparu. Elle aurait abandonné le cinéma.
Elle s'est coupé les cheveux. Ça lui va bien.
Tu sais que je ne suis pas jalouse.
SI on ne t'envoie pas à Paris, tu seras content de rester à Rome,
puisqu'on a retrouvé la Manni !
Clara Manni ?
Elle doit être ici.
Il y a erreur, monsieur.
Essayez un autre hôtel.
Mademoiselle Manni ?
Tout de suite.
On a commencé à tourner sans actrice !
Faites monter.
Vous ne pouvez pas continuer à refuser tous les films...
C'est le septième, non ?
Oui. Les sujets ne me plaisent pas.
Celui-ci est excellent.
Il est surtout "déshabillé" !
Odalisques, danses lascives, et le reste !
Une histoire absurde qui n'est qu'un prétexte !
- Vous avez lu le script ? - Et alors ?
Apportez-moi quelque chose de sérieux. Nous verrons.
- Mais ça l'est ! - C'est trop commercial.
Vous parliez affaire ?
Malheureusement, je m'en allais. Je vais porter le rôle à une autre.
Je cours à Cinecittà.
Encore un de refusé ?
Pirandello.
Alors ? Ces leçons de diction ?
- Arrêtées. - Pourquoi ?
Je suis fauchée.
Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
On est amis, non ? Je peux t'aider.
Mais on ne te voit plus !
Je n'attends pas d'argent de toi.
Mais un service.
Bien sûr.
Je veux voir Gianni. Où est-il ?
Il vient de me téléphoner du studio.
Que lui veux-tu ?
Il prépare un très beau film avec un premier rôle féminin.
A-t-il déjà engagé une actrice ? Tu es dans l'affaire ?
Non. Nous ne travaillons plus ensemble.
Il fait les choses en grand. Cela lui réussit.
Et cette affaire-là est bonne.
Mais tu veux demander ça à Gianni ?
Tu es le seul à me comprendre...
- Tu m'accompagnes ? - Avec plaisir !
- Mademoiselle Manni... - Non, s'il vous plaît...
N'insistez pas.
Excuse-moi.
Tu vois, je t'attends à la sortie comme un gosse.
Des mois sans nouvelles. M'expliqueras-tu ton silence ?
C'est inutile.
Mais qu'est-ce que je t'ai fait ?
Je ne comprends pas.
Tu n'as jamais compris.
Tu ne t'es jamais demandé ce que j'ai pu ressentir.
Cette lettre que j'avais écrite à mon mari...
Je l'ai laissée, sans rien te dire.
Tu as agi sans réfléchir. Je le répète.
Je suis ridicule de te le dire. Tout a été ridicule.
Laisse-moi, maintenant.
Sais-tu où je vais ?
Demander un rôle à mon mari.
Je veux te revoir, Clara.
Pour recommencer comme avant ?
Je veux te voir aujourd'hui. Téléphone-moi.
Je reste à la maison.
As-tu vu Gianni ?
Il est chez les électriciens.
Que de figurants !
Ça doit être pour le film qu'ils tournent au studio 14.
C'est un film d'art et d'essai.
Comme j'aimerais jouer un vrai rôle dramatique !
Ça fait longtemps que tu n'as pas vu Gianni. Je vous laisserai seuls.
Non, je t'en prie, viens aussi.
Je te rejoins dans deux minutes.
- Que fais-tu ici ? - Je viens voir Gianni.
Ne l'as-tu pas fait assez souffrir ?
Il ne peut plus rien faire pour toi.
Il fait des films.
Cette fois, c'est mon tour.
Comme tu as changé !
Quelle surprise ! J'allais te téléphoner.
Excusez-moi, un instant.
Où est donc ton avocat ?
- Dans son cabinet, rue Nationale. - Il n'est jamais là !
Qu'attends-tu ?
Excuse-nous, on doit parler.
On m'a dit que tu commençais à tourner un grand film.
Oui... enfin, je voulais te dire...
Je suis venue te demander quelque chose.
Pour notre divorce ? Mon avocat s'en occupe.
Je suis heureux de te revoir aujourd'hui.
Dire que je voulais te tuer ! J'étais fou !
C'est toi qui avais raison. Le temps arrange tout.
Je ne suis pas venue pour le divorce.
Que tu es belle ! Les cheveux courts te vont bien !
Tu veux parler affaire ?
Je suis venue pour ce fameux film.
Mais peut-être as-tu déjà donné le rôle à Renata...
À Renata ! Par pitié !
Alors il est à prendre ?
Pour toi ?
Je suis en pourparlers avec une Américaine célébrissime.
Mais j'ai quelque chose pour toi.
Les Mille et Une Femmes.
Un titre prometteur, hein ? Il y a un rôle formidable.
Merci. J'y penserai.
Oui, penses-y. Mais, écoute... un conseil...
Tu as un nom qui vaut encore quelque chose...
Profites-en, tant qu'il est encore temps.
Donne-moi une réponse !
Regardez la Manni !
Si elle savait jouer comme celle-là !
Tu as vu Gianni ?
Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Je m'en doutais, tu sais... Pour un rôle comme ça...
Il faut du talent. Et je n'en ai pas.
Je viens de m'en rendre compte.
J'ai écouté et j'ai compris.
Sois pratique. Travaille avec tes moyens.
En jouant des inepties !
J'ai travaillé des mois pour jouer autre chose !
Mais tu es très douée dans certains domaines.
Pourquoi te désespérer ? Il ne faut pas !
Ne t'inquiète pas.
Que veux-tu que je fasse ? Que je redevienne vendeuse ?
J'aurais peut-être dû continuer dans cette voie...
Mais tu ne comprends pas que j'ai changé et que ma vie est ici !
Ne m'en fais pas le reproche.
On ne peut pas tout changer.
D'accord.
- Comment ? - C'est d'accord.
C'est sérieux, au moins ?
Absolument sérieux.
On commence tout de suite !
Voilà votre film.
Regardez... Ceci est votre royaume,
et voilà vos esclaves.
Je vais vous donner le découpage. Louise...
Je n'en ai plus un seul exemplaire.
Faites-en faire !
Inutile. Je l'ai déjà lu.
Vous êtes bien d'accord ?
Voyez avec mon avocat.
Je ne vous lâche pas avant que vous ayez signé le contrat.
Dis au régisseur de me rejoindre au bar.
Toi aussi, viens.
Montons ensemble.
Tu vois, il y est arrivé !
Viens. J'ai à te parler.
Qu'est-ce que je disais ? La voilà !
Votre metteur en scène.
Je n'osais plus espérer !
Nous dînons tous ensemble ?
Non, pas ce soir.
Alors fêtons cela tout de suite !
Martini et Champagne pour tous !
- Clara, où allez-vous ? - Au téléphone.
J'avais justement besoin de te voir au sujet de Clara.
Tu ne l'as plus sous contrat ?
Il n'y aura pas de problèmes ?
Ça dépend de Clara.
Elle tourne avec moi L'Esclave du Sphinx.
Tu voulais me voir ce soir ?
J'étais énervée, tout à l'heure. Cela m'arrive.
C'est passé, maintenant.
Oui, je travaille. J'ai trouvé un rôle grâce à Gianni.
C'est un beau film, je suis contente.
C'est exactement ce que je voulais.
Veux-tu t'occuper de mon contrat ?
Tout est arrangé.
Si, je suis contente.
À ce soir.
Il faudra convoquer la presse.
Faisons une belle photo !
Quelle publicité !
Un sourire...
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