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Original subtitles

Respiration profonde

- Oui, mais ça va aller. - Je ramène la voiture.

- On a le temps...

- On attend ? - Oui.

- Sûre que je vais pas la chercher ? - Oui.

Je vais réveiller Elliott.

- OK, ça marche.

Musique attendrissante

On ouvre la porte.

- Hop.

Attends.

VoilĂ .

On sonne.

- Oui ?

- Excuse-moi, tu dormais. J'ai perdu les eaux.

Un peu en avance.

- Merde, merde, merde !

Bonjour. - J'arrive pas Ă  joindre Christelle.

La maman de son copain qui était censée le prendre.

Tu m'avais dit que, pour une heure ou deux...

- Moi, j'ai dit ça ? - Je suis désolée.

- Si jamais Elliott a besoin d'un jouet ou de manger, tu fais comme chez toi.

- Mais il va pas à l'école ? - On est samedi.

Christelle dort. Je lui ai laissé tes coordonnées.

Je t'envoie sa fiche. - OK.

- Et nous... on se voit demain ? - D'acc.

- Viens.

- À demain, mon cœur. - Attention, doucement.

- Bonjour, Christelle. C'est Ă  nouveau Sandra, la voisine.

Bah, il va falloir que je parte travailler, moi.

Alors, je peux éventuellement...

Elle s'allume une cigarette.

vous déposer Elliott en chemin, si ça vous arrange.

Merci de me rappeler.

- T'as des millions de livres. C'est pour quoi ?

- C'est mon métier. - T'es écrivain ?

- On dit "écrivaine", pour une femme. Et non, je suis libraire.

- Maman, c'est "une" céramiste. - Bah, voilà !

Le percolateur gronde.

- J'aime pas tes peintures.

Sandra rit.

- C'est pas étonnant, elles sont pas pour les petits garçons.

- Tu connais rien aux petits garçons.

- Qu'est-ce que t'en sais ?

- T'as pas d'enfants.

- T'es bien sûr de toi.

- J'ai entendu maman en parler.

- Mmh...

- Et j'ai vu que t'habites toute seule.

- Tu vois beaucoup de choses.

- Le bébé naît par ce petit trou. - Mmh.

J'ai rien Ă  t'apprendre.

- C'est vraiment possible ? - Dieu doit avoir

une dent contre les femmes.

Bon, je vais me préparer. Touche à rien.

- Je fais quoi, moi ?

- Je sais pas. T'as pas de jouets dans ton sac ?

- Non. - Tu veux faire un dessin ?

Ça veut dire quoi ? Oui ou non ?

- Alex, c'est Sandra, Ă  nouveau. Votre amie est partie en week-end.

Elle a essayé de vous joindre, mais... J'ai une journée très chargée.

Et si...

VoilĂ  ! Si tu as ce message, hein... entre deux contractions.

Merci ! Sandra soupire.

- Tu marches trop vite.

- Ah, pardon.

- On fait la course ?

- Non, merci. - Allez !

- J'ai pas envie de faire la course. Vas-y, toi.

- Seul, c'est pas une course.

- Mais si, tu cours contre toi-mĂŞme. Son portable vibre.

Oui, Antoine ? - Un, deux, trois !

Feu, partez ! - Oui, t'aimes pas me livrer à l'unité.

Moi, je peux pas passer ma vie Ă  vous renvoyer des surstocks.

Musique classique

Sandra fulmine.

Répondeur, merde ! - Ils ont pas de famille ?

- Je sais pas. Pas à proximité.

Ils ont déménagé quand sa mère est tombée enceinte.

J'ai jamais été aussi heureuse de te voir !

- Ça fait plaisir !

- Ma sauveuse. - Bonjour, Jibril.

Ça va ? - Et toi ?

- T'as l'air fatiguée. La mauvaise mine !

- C'est gentil, ça.

Il s'agit pas de moi, mais de cet amour.

Hein ?

- Oh lĂ  lĂ  ! Mais il est Ă  croquer !

Comment tu t'appelles ? - Elliott.

- Elliott. Tu mérites une arrestation pour mignonnerie intempestive.

J'en ai cinq, des presque comme toi.

Mais tu rivalises.

- Cinq enfants ? - Cinq immenses et beaux garçons.

Je m'appelle Marianne.

Je suis la gentille sœur de la reine sorcière.

- La sorcière a pas de sœur.

- Bah si ! La preuve. Allez, viens.

Je t'emmène... dans un endroit moins hostile.

- Ça veut dire quoi, hostile ? - Hostile ?

Bah, c'est ici. À plus dans le bus ! - Salut.

Sandra - Au revoir, Elliott.

Il est beau ! On peut le regarder, comme ça, pendant des heures.

LĂ , il est content, on l'admire.

Vibreur Musique lasse

Oui, allĂ´ ?

Oui, c'est moi.

Ah bon ? Mais... elle a accouché ?

Rentrer tard ? C'est-Ă -dire ?

Mais... vous pouvez pas me le passer ?

Sandra soupire. Fait chier !

- Pourquoi tu cuisines jamais ? - J'ai ni le temps, ni l'envie.

- Les adultes sont toujours pressés.

Maman me dit toujours : "Dépêche-toi !"

- Oui, mais ta mère a beaucoup à faire. Elle travaille, te fait à manger.

- C'est pas elle qui me fait Ă  manger.

- Bah... oui.

Elle vit avec un homme très moderne

qui la déleste en s'amusant en cuisine.

- Tu te moques de lui ?

Sandra rit.

- Vas-y.

Mi-cru, mi-brûlé. C'est le concept.

Et voilĂ  !

- Je sais couper ! Je sais couper ! - Ah bon.

Elle soupire.

- Pourquoi tu manges pas ?

- Je dîne avec des amis.

- Sauf si tu restes coincée à cause de moi.

Sandra inspire lentement puis souffle.

- Tu sais couper, tu sais couper...

- Pourquoi t'habites seule ?

Elle soupire.

- Je vis pas seule, j'ai mes livres.

- Les livres, ils parlent pas. - Que tu crois !

De toute façon, tu sais, même à ton âge,

je rĂŞvais de tas de choses, mais pas de me marier ni d'avoir des enfants.

- Pourquoi ?

- C'est au-dessus de mes forces.

- Ma mère, elle est forte ? - Ouais.

Elle s'occupe de ta vie, et pas que de la sienne. Cécile est forte.

Elliott rit.

Musique douce Chant d'oiseaux lugubre

Sandra tape au clavier.

On frappe.

Qu'est-ce que...

Il chuchote.

Musique dramatique

Viens.

- Je peux pas.

- Non, mais...

- On va y aller.

- Non, restez. Restez.

J'y connais rien aux enfants,

mais j'aime pas faire aux autres ce que j'aimerais pas qu'on me fasse.

Laisse-le dormir.

Laisse-lui sa mère encore quelques heures.

Fracas

tout bas - Pardon.

J'ai pas fait exprès.

- Ta petite sœur est née.

- Elle a des cheveux ?

- Oui.

Oui, elle a plein de cheveux.

- Et maman, elle a pas trop bobo ?

- Pourquoi tu dis ça, mon ange ?

- C'est tout petit, par oĂą il sort,

le bébé.

Je peux la voir ?

- Qui ?

- La petite sœur.

On y va ?

- Attends. Elliott...

Il faut que je te dise une chose triste au sujet de maman.

- Elle est morte ?

Alex sanglote. - Oui.

- Déjà ?

- Mais à quoi ça sert, d'avoir un syndic ?

Mais non, je m'énerve pas, mais...

J'ai tout envoyé par courrier, en plus des mails.

On sonne. Attendez, une seconde.

- Excuse-moi,

j'ai besoin de mes clefs. - Oui, bien sûr.

Sa grand-mère est arrivée ?

- Non.

Elle nous rejoint direct Ă  l'hĂ´pital.

Viens. Je te mets tes clefs dans le sac.

Je sais pas si c'est ta grand-mère ou moi qui viendrai te chercher.

- Je veux pas aller chez Hannah, je veux venir avec toi.

- C'est pas pour les enfants. Je pourrai pas m'occuper de toi.

- Mais je t'embĂŞterai pas.

- On va se débrouiller, viens.

Merci, Sandra.

- Alex ?

Je vous accompagne, tu veux bien ?

- Vous voyez, c'est tout simple.

Allez-y.

Regardez. Mettez simplement votre main sous sa nuque.

VoilĂ .

Il fait ça bien, ton papa, Lucille.

Super. Comme ça, elle est libre de ses mouvements.

Avec votre autre main, vous la savonnez. - D'accord.

Lucille babille.

- Vous voulez participer ?

- Ah ! Bonjour, tout le monde.

Maïa, on a besoin de toi en obsté. - Non. Je suis occupée.

- Je vois ça. Mais Mathieu a des triplés sur les bras, ça rivalise

avec ton baigneur.

Je l'emprunte une heure. - Emilia ?

C'est le papa

et la grand-mère de Lucille. Tu sais ?

- Félicitations. Je vois que vous vous en sortez déjà très bien.

Tu viens.

Ah, pardon ! Je suis...

OK, prends ton temps.

Un bébé pleure au loin.

- Je pourrai la voir ?

- Bien sûr. Ils vont sortir d'un instant à l'autre.

- Non, mais maman ?

Sandra hésite.

- Non. Non, Elliott.

Ce sera pas possible.

- Pourquoi ?

- Bah, parce que... elle n'est plus...

ce serait trop...

Tu voudrais la voir ?

- Si elle est d'accord, oui.

- Tu penses qu'elle l'aurait été ?

- Allez.

Tu peux lui parler.

Tu montes pas ? - Ah non. Moi, je vous laisse.

- Je vous raccompagne, je reviendrai.

- Non, vas-y. On se débrouille, avec... - Sandra.

- Avec Sandra.

Je vais conduire.

- Merci.

J'ai des formalités à remplir, je te rejoins.

- C'est quoi, des formalités ?

- Je t'expliquerai.

Musique touchante

- On enlève ses chaussures. - Vous préférez que je reste ?

- Non, merci. Allez-y.

- Je vous pose lĂ  le sac. - Oui, merci.

Ma petite Cécile...

- Lucille.

- Fanny, donnez-la-moi.

Donnez-la-moi.

J'en avais commandé une dizaine, la semaine dernière.

T'as regardé dans la réserve ?

OK, d'accord. Merci, Jibril.

De toute façon, je fais la fermeture. Ça te va ?

- Oh, merde ! - Oui.

- D'accord, merci. À tout à l'heure. Fanny soupire.

- Tiens.

- Merci.

Vous étiez amies, avec ma fille ?

Sandra hésite. - Pas réellement, non.

Je suis juste la voisine.

Petit cri de Sandra

- Pourquoi tu lui donnes pas ton lait ? - Non...

Non, mais il faut avoir été enceinte pour en produire, tu sais ?

- Elle est vraiment moche.

- Tous les nourrissons sont moches.

- C'est pour ça que t'en veux pas ?

- Non, je t'ai déjà expliqué pourquoi.

Mais tu sais, je suis sûre que Lucille deviendra très jolie.

- Est-ce qu'Alex l'aimera plus que moi ?

- Sûrement pas.

Un père a de la place pour tous ses enfants.

- Sauf que je suis pas son enfant.

- Non.

- Ouais, ça va. Flore et Michel arrivent demain.

Non, on sait pas exactement.

Mais pas avant la semaine prochaine, Ă  cause des circonstances.

Mercredi, peut-ĂŞtre.

Oui, c'est ça. Lucille.

Lucille pleure. Elle pleure, justement.

Elle va très bien. La sage-femme a préféré

que je la prenne avec moi.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Je dois dire quelque chose Ă  Sandra.

- Elliott, c'est pas le moment. Fabrice, excuse-moi, je te rappelle.

VoilĂ .

- Oui ?

- Maman.

Je veux pas la voir.

- D'accord.

- Viens, mon cœur.

Musique douce

- Cyanose, bradycardie fœtale,

hystérectomie...

J'ai pas pu m'empĂŞcher

de taper "œdème amniotique",

et je me suis retrouvée sur des forums médicaux...

Ă  lire des histoires...

plus atroces les unes que les autres.

- Je connaissais pas.

- Non, c'est très rare et imprévisible.

Le liquide amniotique passe dans le sang de la mère.

Et l'empoisonne, littéralement.

Elle est morte d'un arrĂŞt cardiaque.

Une femme rit au-dessus.

Musique lointaine

Ah...

- C'est sonore.

- Eh ouais.

Les voisins, c'est un truc qui peut te faire sentir atrocement seul chez toi

mĂŞme quand tu adores ĂŞtre seul chez toi.

- Pourquoi ? - Je sais pas.

Peut-ĂŞtre parce qu'Ă  travers la cloison,

tu entends Ă  chaque instant la bande-son de leur vie sans toi.

- Si tu veux mon avis,

l'impression qu'il y a les autres ensemble, d'un côté,

et soi seul, de l'autre,

tout le monde la partage.

- Oui.

- Allez.

Ă€ jeudi prochain.

Musique mélancolique

L'oiseau sifflote.

Lucille pleure.

- Vous ĂŞtes qui, en fait ? J'ai pas...

Sandra rit.

- Moi, en tout cas, je sais qui vous ĂŞtes.

- J'étais le mari de Cécile.

- Vous ĂŞtes surtout le papa d'Elliott.

- Aussi.

Alex ?

Du coup, pour Elliott, on...

Alex hésite. - "Du coup", quoi ?

- Bah, je vais m'organiser un peu.

Je me dis, dans un mois, si je viens le récupérer...

si ça te va.

- Pour...

- Pour aller oĂą ?

- Pour aller chez moi. Enfin...

Le temps que je l'inscrive à l'école et après, c'est tout bon.

C'est pas le moment.

- Tu te fous de moi ?

- Je suis son père, hein.

- Trois jours pour le récupérer ? Il a perdu sa mère. Sacré père !

- Je voulais ĂŞtre prĂŞt.

- Il s'agit pas de toi, David.

C'est toi qui l'élèves, l'habilles,

lui apprends le vélo, l'amènes à l'école ?

Allez, va. Va, va, va. Va !

On sonne Ă  la porte.

- Ça va ?

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Bah, je lisais. Enfin, j'essayais.

Petit Lapin a deux oreilles.

Il croise les oreilles, les amène dans son terrier.

Et il tire d'un coup...

- Sec ! - Archi-sec.

- Comme les chaussettes de l'archiduchesse ?

- Exactement !

On frappe Ă  la porte.

On fait la 2e chaussure.

Petit Lapin prend de la paille et il l'amène dans son terrier.

Ça, on l'avait déjà fait.

- Je trouve plus Elliott.

Oh, putain ! Une demi-heure qu'on le cherche.

- Je l'ignorais, désolée.

- Allons, il a cinq ans. Il faut prévenir !

Viens, lève-toi.

Allez ! - C'est moi qui suis venu.

- Je sais. On arrête d'embêter Sandra. Merci, désolé.

- Bonne soirée. - Bonne soirée.

Non, Elliott ! On frappe Ă  la porte.

- Pour la 2e, pareil que la première ? - Pareil.

Exactement pareil.

Musique attendrissante

Allez.

HĂ© !

Salut, toi. - Salut !

- Vous partez ? - Il va chez son père.

- Pardon. Alors c'est aujourd'hui ? Ben, super ! Tu me raconteras.

- On y va ? J'aime être ponctuel. - T'inquiète, je reviens les week-ends.

- Merde ! Putain, mais quel con ! Quel con !

- Non, c'est pas grave. - Désolé. Si, quel con !

Je sais, Lucille. - Bordel de cul de merde !

- Excuse-moi, je suis navré. - Non, mais...

C'est pas grave ! - Je vais ramasser.

- C'est rien, je vais me faire livrer. Vraiment.

- Tu sais quoi ? Je reviens, OK ?

Je reviens. Je fais les courses, je m'en occupe.

Bouge pas, je reviens. Vas-y.

Lucille pleure. VoilĂ ... VoilĂ .

La voiture démarre.

On klaxonne.

Le moteur vrombit.

- Ma famille s'invite, pas moi. - On fĂŞte pas un anniversaire

avec des Chipster.

- Un anniversaire...

- Elliott serait ravi.

Je l'ai vu se ruer sur le curry et s'en gaver Ă ... mĂŞme pas deux ans.

Je suis tombé de ma chaise.

Attention, c'était pas un curry Ducros pour les novices.

Le contenu de la poêle frétille.

Toutes les semaines, il réclamait un curry qui arrache.

Du fromage qui fouette.

- Je vais plutĂ´t mettre des assiettes creuses.

- Ces deux-lĂ , j'ai pas choisi de les avoir.

- On se lasse pas de l'entendre, maman !

Elle soupire.

- J'aurais aimé vous y voir !

Quand l'Éducation nationale enseigne la couture et la cuisine

aux jeunes filles de 11 ans, on fait quoi de sa vie de femme ?

Ă€ part se reproduire

et nourrir son mari ?

- Tu dois être fière de moi.

- Pourquoi ?

- J'ai résisté aux injonctions.

- T'as résisté à rien du tout. - Pourquoi ?

- Car l'air du temps vous enjoint de rester libres, pas de vous caser.

- Oui, d'accord. - Par choix ou non, tu es le mouton.

C'est ta sœur la marginale.

Sans apprendre la cuisine et la couture, elle a actionné cinq fois le manche.

- Un homme n'est pas qu'un manche qu'on actionne,

maman.

- Un peu, quand mĂŞme ! - T'as raison, ma grande.

Et puis, il y en a marre, de ces bonnes femmes

qui réduisent les hommes à néant.

Et qui portent plainte si on leur tâte le cul.

- Non ! - Maman !

Ne parlons pas de ça.

Non, c'est insupportable. Je peux pas, lĂ .

- Je vais avoir 80 ans. - Vieille quand ça t'arrange.

- Et toi, féministe quand ça t'arrange.

- N'importe quoi !

- C'est marrant.

Petites, j'avais qu'une envie : les faire taire.

Maintenant, leurs silences m'inquiètent.

Elle soupire. On a fait connaissance sur le tard.

Comme un mariage de raison qui tourne mieux qu'un mariage d'amour.

Lucille babille. Tout l'inverse du mien.

- Ça vient, ma belle.

Lucille pleure.

- Je peux lui donner ? - Bien sûr.

- Viens avec moi, mon trésor. - Voilà.

- Oh, elle a faim. - Tiens.

- Attention, c'est elle qu'on a dĂ» sevrer de ses cinq enfants,

pas l'inverse.

- J'ai le fantasme des grandes familles.

- T'as ni sœur ni frère ? - Non.

Ça me crève le cœur qu'ils soient séparés.

- Les enfants s'adaptent toujours, de toute façon.

- De lĂ  Ă  faire n'importe quoi...

- Je n'ai pas fait n'importe quoi, je me suis occupée de vous.

Je n'avais pas le choix.

- Allez ! - Allez !

Elle rit.

Faut vraiment que je déménage.

- Quoi ?

- Non, je dis...

Faut que je déménage.

En plus, comme je dépends de la colonne qui fuit,

tant que c'est pas sec... pff !

T'as du salpĂŞtre, toi, chez toi ?

- Elle voulait pas de 2e enfant.

C'était une prémonition.

Elle avait détesté sa première grossesse.

Elle ne voulait pas redonner un an de sa vie.

Et moi, j'ai... pff !

Moi, j'ai été jusqu'à lui dire que...

que notre couple me comblait pas,

que j'allais la quitter.

Je l'ai tannée.

Jusqu'à ce qu'elle cède.

Je l'ai forcée.

Je voudrais ĂŞtre mort Ă  sa place.

- Non, je peux pas te laisser dire ça.

- T'es qui, pour me dire ce que j'ai le droit de dire ou pas ?

- Bon... t'as raison. Personne, je suis personne.

- Pardon.

Lucille babille.

Merci, Sandra.

Musique tzigane nostalgique

- Excellent !

Eh ben, voilĂ  !

Tu souris, hein !

Gazouille un petit peu.

T'as un bon poids, en rapport Ă  une bonne taille.

- Hello. - Salut.

- Tu pars en voyage ? - Euh... oui, je vais Ă  Paris.

Pour un salon, des conférences.

- Bon voyage, alors.

Lucille babille. - Regarde papa !

Ça va.

- Ça va ! Ça fait un mois que je me fais chier à patienter

pour un acte de naissance de merde !

Vous l'avez, mon dossier. Il est complet ou pas ?

- Salut, Alex. - Ça va ?

Salut.

- Bonjour, Alex.

- Fanny ?

Vous avez piqué du nez.

- On est mardi ou mercredi ? - PlutĂ´t jeudi.

- Ah...

Tu as besoin de moi, ce week-end ? - Non, on est avec Elliott, ce week-end.

Lucille babille. Mmh.

- Mamie ! - Maman !

- Bonjour. Je viens pour Elliott.

- Vous ĂŞtes ?

- Son beau-père. Son père a dû m'inscrire.

HĂ© !

- Alex !

Petit cœur.

- Tu peux me porter ? - Je peux pas, lĂ .

- Mais je suis fatigué.

- On est presque arrivés. - Là, c'est pas juste.

Chez papa, on mange des pizzas, des nuggets et des frites.

- T'es pas chez papa, lĂ .

Lucille grommelle.

Elliott sonne. - Attends une seconde, ma belle.

Alex déverrouille sa porte.

Allez, viens.

Mmh ! Le bon biberon. Ça a l'air délicieux.

Oh là ! Attends une seconde, je te le défais.

Qu'est-ce que tu veux ? Sophie la girafe ? VoilĂ  !

Jazz manouche

Ce violon !

Ça, c'est du jazz manouche, du grand. Léo Slabiak, tu vois ?

Il a joué avec le Hot Club de France de Django Reinhardt.

- Et si je la fais tomber ?

- Ça n'arrivera pas. - Et si jamais ?

On sonne. J'ouvre !

- Attends ! Attends, fais doucement.

Allez, pose-le.

Oui, je sais. Oh.... Hop lĂ  ! VoilĂ .

Doucement.

T'as raison. On va manger.

- Tadam ! - T'aimes déjà ton frère, il est là.

- Je te l'avais gardé de côté.

- Merci.

Sandra rit tendrement.

- Si ça peut t'éviter l'intégrale de T'choupi.

- Viens.

- Non, non. Je passais juste.

Elle va bien ?

C'est pas un animal, c'est pas... un humain.

Une plante ? - Non !

- Tu en as dans ta chambre ?

- Chez papa ? - Ouais, si tu veux.

- J'en ai deux. - Ah, des jouets !

- Non. Y a pas deux jouets, chez son père.

Y en a 250. Des tonnes de jouets neufs, des vĂŞtements, des bonbons. Pff !

- Bon, on a pigé, c'est pas des jouets.

Sandra hésite.

- Tu donnes ta langue au chat ? - Oh...

Ça dépend du chat, hein ! - Mais allez !

- Euh... ben, OK. Je donne ma langue au chat.

- Deux mouches mortes. Alex rit.

J'ai commencé une collection.

- Ah, pardon. - Attends !

C'est pas un animal ?

- Pas quand elle est morte.

- Par exemple, si un chasseur

tue un sanglier, il peut pas dire qu'il va manger un sanglier,

car selon toi, un sanglier mort, c'est plus un sanglier ?

- Sauf que le sanglier, c'est pas un insecte.

- C'est toi qui le dis !

Qui a décrété que le sanglier s'appelait sanglier

et pas... araignée ?

- L'araignée, c'est pas un insecte. Alex acquiesce.

- Elle a huit pattes.

- Spiderman, c'est quoi ?

- C'est un sanglier.

Elliott et Sandra rient.

Jazz manouche paisible

Sandra soupire.

Lucille pleure Ă  chaudes larmes.

Lucille hurle.

- Tout va bien ?

- Ça va, ça va, ça va. Elle fait ses dents. Enfin, je crois.

- Tu crois ou t'es sûr ?

Des nourrissons crient.

- Il y a une heure, vous m'avez dit : "20 minutes".

Oui, je suis pas seul. Mais c'est quoi ? Vous avez une idée ?

- Madame ?

Venez avec moi.

- Je suis pas sa mère. - Attendez !

C'est ma fille. - OK. Venez.

- On est lĂ . Oui.

VoilĂ .

Chut, chut, chut.

- Désolée pour l'attente. Avec la canicule, c'est l'enfer.

Une sirène de secours s'élève.

On toque Ă  la vitre.

- Ça n'ouvre pas. Ça s'ouvre pas.

- C'est bloqué ?

Comment elle va ?

Moi non plus, j'entends pas.

- Mal aux oreilles, voilĂ . Une otite.

- Les oreillons ? Les oreillons ?

Ah, une otite !

C'est pas grave, une otite.

Un nourrisson pleure.

Bon, bah... je fais le tour.

Je fais le tour.

Musique émouvante

T'es tout et son contraire, j'aime bien ça.

- Ah bon ? - Mmh.

Tu rigoles quand tu te brûles.

T'es plus indépendante que des chiottes de palier.

T'es verrouillée de partout.

Tu tiens une librairie intello féministe et pourtant, ton conte préféré parle...

d'une jeune fille émotive qui fuit une belle-mère maltraitante

et atterrit chez sept petits colocs où elle récure tout,

mini-savonne les mini-slips avec des mini-gants.

Et, un beau jour,

elle finit par séduire un prince imberbe juste en étant belle

et en fermant sa gueule.

Ah !

Alex geint.

- C'est quoi ? - Ça va. C'est rien, ça va.

- C'est quoi ? - C'est rien, c'est...

c'est juste un... un verrou qui vient de sauter.

- Bah ! Tu te prends pour qui ?

- Sandra...

- Merci pour le café.

- Je veux surtout rien forcer, hein. - Non, je sais.

- Qu'y a-t-il ? Ça va trop vite ? Je peux attendre.

- Ah non, non. Il faut... - Hein ?

- Surtout pas m'attendre. - Mais explique-moi.

T'en va pas.

Je veux pas te perdre, Sandra.

Je t'aime.

- Non. - Reste avec moi. Reste lĂ  !

- Tu n'es pas amoureux de moi, Alex.

Tu es amoureux de la situation.

Je suis... je suis la voisine.

Je suis... On s'entend bien. Je...

Je suis célibataire. Je...

J'aime tes enfants, j'ai passé l'âge d'en avoir.

Je coche toutes les cases. - Non.

- Tu fais ton deuil sur moi.

Comme on se fait les dents sur un os.

- Non. - Si.

Tu te bagarres contre le sentiment de la perte, de l'abandon.

De l'isolement.

Ce n'est pas de l'amour. - Si, c'en est !

- C'est construit sur de la souffrance.

- Et alors ?

Qui est le crétin qui a dit que, pour se maquer, fallait aller bien ?

- Bien sûr, Alex. Sauf que...

- Sauf que quoi ?

- Je suis celle à qui Cécile a confié son enfant.

Je suis...

Je suis seulement celle qui était là.

Mmh...

Je...

Musique émouvante

- Arrêtez de vous inquiéter.

La maman et la pédiatre parlent roumain.

- OK. - D'accord ?

- Et si "Bunica" reste angoissée,

tu me l'envoies et je lui donnerai de la poudre de perlimpinpin.

Une femme rit.

Rachel ?

C'est Ă  nous. Bonjour. - Bonjour.

- J'avais rendez-vous Ă  17h pour un papier.

- Désolée, je suis en retard.

- Les médecins le sont toujours.

- Bah, c'est que...

Ils comptent pas leurs heures. Rendez-vous donc utile.

Vous perdrez moins votre temps.

J'ai besoin de son dossier, lĂ -haut.

- Merci infiniment. C'est Moussafir. M...

VoilĂ , c'est le 2e, en partant de la droite.

VoilĂ , ouais.

- AĂŻe !

Alex grommelle.

Elle rit.

- Je suis désolée. Je suis un vrai pompier pyromane.

À croire que j'ai fait médecine pour réparer mes bêtises.

- Vous avez pas d'ordinateur ?

- C'est-à-dire que j'ai hérité des fichiers de votre ancien pédiatre,

qui a environ 107 ans et une sale tendance Ă  tout conserver.

Et, en plus de mes patients ici et de mes visites Ă  l'hosto,

je dois passer mes soirées à numériser ses pattes de mouches devant des sushis.

- Et après, on s'étonne...

- De quoi ?

- Qu'il faille 3 mois pour un vaccin.

Que les urgences soient débordées, qu'une grippe finisse en décès.

- Bon ! Maintenant, ça suffit.

Dehors.

Allez ! Elle siffle.

On tape au clavier.

On sonne Ă  la porte.

- Tenez.

Désolé, je me suis comporté comme un con.

Vous m'avez pas reconnu, je suis veuf. Je me retiens de buter tout le monde.

Désolé, c'est tombé sur vous. Vous êtes la dernière à mériter ça.

Vous, vous êtes celle qui soigne, vous êtes du côté de la vie.

Vous méritez pas ça. En même temps, céder signifie laisser partir Cécile.

Je vous ai pris des sushis, pour la numérisation.

Je connais pas vos goûts. J'ai pris des brochettes de fromage.

Et pour compenser les brochettes, des sashimis.

Et un ice tea. Y en a un dans la corbeille.

Et en mĂŞme temps... Il claque la langue.

Peut-ĂŞtre que j'ai tout faux, comme toujours.

- C'est-Ă -dire...

J'ai déjà mangé.

- VoilĂ , j'ai tout faux.

Ah bon ?

- Euh, pourquoi pas ?

Musique mélancolique

- Une femme ne prend pas la parole en public.

Sa timidité ou son absence de prise de parole

peuvent être mises sur le compte de sa différence.

Or, lorsque l'on sait que ce silence n'est pas propre Ă  telle femme...

- Moi aussi, veuve, j'arriverais plus Ă  bander.

- Pourquoi tu m'as embrassé ?

- Par culpabilité ?

- D'avoir tenté de me tuer avec un carton ?

- Non, parce que quand tu m'as dit que je t'avais pas reconnu,

d'un coup, je t'ai reconnu, et j'ai eu honte de pas t'avoir reconnu.

Personne prend soin de moi.

- Simone de Beauvoir elle-même, contrairement aux idées reçues,

démontre qu'élever les enfants est fondamental pour la société.

Des clefs tintent.

- C'est pas une heure pour rentrer ! - Non, mais j'ai pris un baby-sitter.

- Mais ça va ?

Qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai passé une soirée agréable.

- Oh, ben merde ! C'est vraiment pas drôle, ça, hein !

- Avec une inconnue, en plus.

- Ah ouais ?

- C'est beaucoup trop tĂ´t.

Tu... tu l'as dit toi-mĂŞme.

- Non, c'est pas ce que j'ai dit.

- Je piétine le passé.

Sandra rit.

- Ah bon ?

Alors tu dois choisir entre ta femme morte et la vie ? Hein ?

En respectant un soi-disant délai de péremption du chagrin ?

Bah, tu peux toujours attendre.

Ta mission, c'est d'ĂŞtre heureux.

Pour donner Ă  Lucille un exemple valable Ă  imiter.

Sinon, elle est fichue.

Bonne nuit.

Jazz manouche enjoué

- Allez !

Emilia rit.

- Attends, attends ! - Quoi ?

- Attends, attends ! - Oh, ça va !

- Je dois rentrer, j'ai Elliott. - Merde !

Pourquoi ? Allez, laisse-moi venir avec toi.

Mais attends, ça va ! Ils savent que j'existe, non ?

Et puis, je vais pas me balader Ă  poil !

Allez ! Juste pour un verre.

Dix minutes.

Huit minutes.

Quatre minutes ?

S'il te plaît !

Emilia jappe.

Elle pousse de petits aboiements.

Ils rient.

- Merci, Félix. - Merci.

- Bonne nuit.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Je me fonds dans le décor.

- Je suis désolé.

- Mais non ! Non.

Musique attendrissante

La sonnette tinte.

- Viens, c'est une urgence médicale. - Bonjour.

- Bonjour. Tu viens ?

- Bah... c'est un ordre ?

- Mais... tu viens !

- Alors comme ça, on peut plus se passer de sa voisine préf...

Ah. Bonjour.

- Bonjour. - Elliott, t'abuses.

Bon. Sandra... Emilia.

Qui fait connaissance.

- Je fais d'une pierre, trois coups ! Enchantée, Sandra.

- Enchantée. Excusez ma tenue, mais...

j'ai été prise de court pour une urgence.

- Ouais.

Il va falloir... amputer. - On va devoir lui couper le zizi ?

Emilia rit. - Elliott !

- Non, monsieur.

Rallongez-vous. - Allongé !

- Vous avez une fracture du pied. Ciseaux.

- Ah non, je ne suis pas chirurgienne, moi.

- Mais si ! - Non. Je suis navrée, mais...

Je n'ai pas les compétences.

Veuillez confier les ciseaux au professeur...

- Tournesol ?

- Oh ? C'est un ponte, en plus !

- C'est toi, la docteure. - Ça suffit, pas d'enfant roi ici.

- Je vous laisse. - Je viens avec toi.

- Non, Elliott. Je viendrai

rendre visite au patient.

Demain ? - Demain, je suis chez papa.

- Alors ce week-end. - Non !

- Sandra, tu pars.

- C'était mon intention.

- Reste si tu veux, mais c'est pas à lui de décider.

- T'es pas mon père !

- Ah non, mais je t'aime comme un fils, alors obéis-moi ! Dans ta chambre !

- Non.

- Allez.

Allez ! - T'es méchant, je te déteste.

- Stop, ça suffit.

Tais-toi. - C'est pas juste.

- Je suis pas idiot.

Tu crois que j'ai pas vu ton manège ? Tu restes dans ta chambre, allez !

- En fait, j'ai un très bon contact avec les enfants que je dois soigner,

mais en dehors de ça...

- Ah ouais ? - Mmh.

- Bobo.

Tu t'es fait bobo ?

OĂą tu t'es fait bobo ? Montre.

- Oui. Bobo lĂ .

- Alors, dans ce cas, hop ! Tiens.

Tu soulèves ton petit T-shirt.

- Je le lève.

- T'entends ?

Emilia imite un battement de cœur.

Qu'est-ce que c'est ? C'est le cœur de Lucille.

- Je peux ? - Oui.

Regarde, Lucille.

Ah oui, donne-lui, donne-lui. - Je peux ?

Attends, je lui donne. Hop !

Regarde, viens. Hop.

Battements de cœur paisibles

- Joyeux anniversaire, Lucille

Joyeux anniversaire

- Tu souffles ?

Ben, Elliott...

Jazz manouche

- T'as fait ça toute ta vie ?

- J'ai fait ça toute ma vie. C'est mes huîtres, hein.

- Tes huîtres ?

- Oui. Tu sais, mes parents, ils sont ostréiculteurs à Cancale.

- Ah.

C'est à Cancale, que... t'avais rencontré Cécile ?

- Si tu trouves qu'écraser des pâtés de sable

et se disputer une pelle et un râteau

en couche-culotte, c'est une rencontre, alors oui.

Tiens. - Ah non.

- Tu me vexes, lĂ . - Ah, ben...

Mais...

Votre histoire, c'était un amour de jeunesse ?

- Un amour d'enfance.

- Quelle différence ?

- Un amour d'enfance, c'est plus l'amour d'un temps révolu.

- Ah ? - Plus d'attachement Ă  un tas de trucs.

- Quelle nuance entre amour et attachement ?

- Je t'enverrai ma copie double par la poste.

Sandra rit.

Brouhaha de la fĂŞte

- En plus, il a une moto.

Elliott imite les vrombissements.

Musique classique

On sonne Ă  la porte.

- Bonjour. - Bonjour.

Bonjour !

Désolée, j'ai eu 14 visites. La dernière était à perpète.

- Mais t'es lĂ . Ils s'embrassent.

- Oui ! C'est pour toi.

Joyeux anniversaire, Lulu !

J'espère que ça va te plaire, il m'a tapé dans l'œil.

J'ai totalement craqué.

Vas-y, tu peux l'ouvrir.

Ouvre-le.

Eh, oh !

Doucement.

- C'est nul, de toute façon !

- Doucement. - Elliott.

- Dans ta chambre. Allez.

- Bon, ça te plaît, au moins, à toi ? - Ouais.

Musique hip-hop dans le casque

- Sandra ?

voix étouffée Sandra ?

- Bonjour. Tout va bien ?

- Ah oui, tout va bien. Mais j'étais curieuse de voir, quoi.

Je connais des librairies spécialisées dans la médecine, mais pas le féminisme.

- Bah oui, parce que c'est pas une spécialité, justement.

Ce mouvement

couvre tous les domaines. - Évidemment.

C'est pas un peu paradoxal, de le circonscrire Ă ...

à un lieu, comme ça ? Non ?

- Oui. Mais c'est un mal nécessaire.

- Un mâle ?

Elles rient.

Pas drĂ´le.

- Tu cherches un livre ? - Non, en fait,

je suis...

je suis venue, parce que je...

je veux pas paraître trop invasive,

mais je veux dire que je pense que ta position, elle est compliquée.

Quand je me mets à ta place, je la trouve compliquée.

Et... je crois vraiment énormément à l'ancienneté.

- Je sais pas comment le prendre. - Pourquoi ?

Ah non, pas du tout ! Non, non, non.

Je veux dire l'ancienneté du lien. C'est irremplaçable.

C'est incassable, quand une relation a existé pour de bonnes raisons.

En fait, ce que je veux dire,

c'est que j'ai besoin que tu sois lĂ  dans la vie d'Alex et des enfants.

T'étais là dans sa vie quand je l'ai rencontré.

- Mais ne t'inquiète pas pour moi, je suis une grande fille.

- Ouais, bien sûr.

Je voulais pas...

Pardon. Je crois que c'est déplacé.

J'y vais, pardon. Désolée.

- Emilia ? - Oui ?

- J'ai une histoire qui va te paraître bizarre.

Quand j'avais quatre ans, du jour au lendemain,

je me suis mise Ă  ne plus vouloir porter que des vĂŞtements trop petits.

Je voulais qu'on me serre les ceintures, les écharpes.

Il fallait mĂŞme que mes draps me compriment pour dormir.

- Pourquoi ?

- Ma mère était à nouveau enceinte, mais elle le savait pas.

Et...

quand elle l'a su, je me suis habillée normalement.

- C'est fou, hein ? - Ouais.

Fou !

Je voudrais pas paraître trop invasive, moi non plus, mais...

il paraît que j'ai des radars, pour...

pour déceler les femmes enceintes.

- N'aie pas peur, je t'imposerai pas ça. C'est déjà assez difficile,

d'élever des enfants désirés, alors...

des enfants dont les deux parents veulent pas...

Alex se brosse les dents.

Je comprends pas. Je fais attention.

- Quand on fait attention, on tombe pas enceinte.

- Mais j'ai dĂ» ovuler plusieurs fois.

Ma famille est blindée de jumeaux,

qui attendent des jumeaux presque tous hétérozygotes.

C'est pas une division d'embryon...

- Pas besoin de ton programme de 3e année, hein.

Pardon. Excuse-moi, c'est nul.

Excuse-moi. - Non, c'est pas grave.

Mais toutes les femmes dans ma famille,

quand tu les regardes un peu trop dans le blanc des yeux,

les ovaires s'emballent et ça pond à la chaîne.

Donc c'est ta faute. Fallait pas me regarder comme ça.

Puis, t'inquiète pas, tu sais.

C'est rien. Je vais prendre rendez-vous. Pas besoin d'aspiration ou de curetage.

C'est trois comprimés.

Et hop ! C'est rien du tout. - Non.

Ça va trop vite. Tu vas trop vite.

- Je suis sûre de moi.

- Je crois que tu mélanges plein de choses.

Je crois que tu veux garder cet enfant, mais que mon histoire t'en empĂŞche.

Musique tzigane enjouée

Lucille babille.

- Ici ! Y en a ici.

Tiens.

- Et lĂ  ! - Je les vois.

- C'est avec du sel de Guérande. - Vas-y.

Prends-en plus, prends-en plus !

- Vas-y, tu prends l'argent.

Un verre tinte.

- Avant toute chose,

j'aimerais porter un toast...

Je voudrais porter un toast Ă  Sandra.

- Et à son goût de l'aventure. - De l'aventure ?

- Bah... t'as quand même abandonné ton appart et tes livres

pour tenter l'aventure Cancale. Faune sauvage, côte menaçante.

- Bah, c'est pour m'entraîner pour mon déménagement.

- Quel déménagement ?

- Bah ! Je suis sur un plan, près de l'université.

- Un plan cul ?

Tout le monde rit. Non, vraie question !

- Non ! Non, non, non !

- C'est très drôle. - Merci de m'avoir prévenu.

- Mais on n'est pas mariés, en l'occurrence.

- Pour le coup, transition

assez remarquable. On peut porter un double toast

à Sandra ! - À Sandra.

- À Sandra. Raclement de gorge

- Alors, bon.

Emilia et moi vous avons conviés

pour vous dire à quel point nous sommes... émus

que vous ayez tous, si spontanément, accepté

d'être nos témoins, à l'occasion de ce mariage,

qui s'annonce ĂŞtre des plus singuliers,

si j'en réfère à l'indéchiffrable liste des invités

de ma future épouse.

- Les listes, c'est pas notre truc !

J'invite la tante Brigitte, mais pas le cousin Robert.

Ça n'existe pas, chez nous, en Roumanie. C'est vrai !

- J'en profite pour vous remercier, Fanny, de nous accueillir.

- Ma maison est Ă  Lucille et Elliott. Vous faites partie de leur vie.

Alors moi, si ça ne vous embête pas, j'aimerais bien

porter un toast.

Ă€ la vie.

- Allez, à la vie, hein ! - À la vie !

- À la vie.

- À la vie. - À la vie.

- À la vie.

Elliott rit.

- Tu serais d'accord pour le reprendre ?

Elliott et Sandra jouent et rient.

- T'es sérieux ?

- Oui. Ça m'arrive, figure-toi.

- Un truc qui t'inquiète ? T'as un problème de santé ?

- Ah ! T'aimerais bien te débarrasser de moi ?

Non. Elliott, il reste mon fils Ă  100 %. Il s'agit pas de l'adopter.

N'y vois pas une déclaration d'amour, hein.

Non, c'est... Enfin !

Vu son regard vif et rieur, son intelligence hors norme,

on est sûr.

C'est mon fils, je suis son père.

Je veux dire, on peut faire un truc.

Je fais le papa du dimanche,

le héros du fiston, roi des jeux et de la piñata, vrai père.

Et puis toi, tu ferais la maman, qui s'occupe des haricots verts,

de l'aspirateur et des devoirs.

Une vraie mère, quoi.

- Tu t'entendrais bien avec Sandra.

- C'est mieux pour lui qu'il vive avec sa sœur.

Elliott rit.

T'es d'accord ?

- Demande-lui son avis, d'abord.

- Ouais, c'est bon. J'en ai discuté, il est OK.

- Évidemment, je suis d'accord. - Cool.

- Emilia ?

Emilia ?

- Oui ?

- Je peux entrer ?

- Non.

- Mais faut que je te parle.

- Pas maintenant, s'il te plaît.

- Ça va ?

- Pas exactement, non.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Emilia ?

- Je l'ai perdu.

- Je peux entrer ?

- Non, je préfère pas.

- S'il te plaît.

- T'inquiète pas, ça va aller.

Laisse-moi juste un peu de temps, tu veux bien ?

Je voudrais... prendre une douche.

- Tes parents sont pas au courant ? - Ah, non.

J'attendais les trois mois.

- Putains de trois mois...

Pour une fausse couche, faut du réconfort.

S'il faut ne déranger son entourage

que pour célébrer les bonnes choses, c'est qu'on n'est pas entouré.

- Oui, ou trop entouré.

- Si l'embryon a pas tenu, c'est qu'il était pas viable.

La nature est bien faite.

- Moi, je l'emmerde, la nature. - Moi aussi, je l'emmerde.

Elles rient.

- Pourquoi, quand un truc vous tombe dessus,

on se sent plus proche de toutes les inconnues du monde

plutôt que de son mec ? - Ou de sa mère.

Quand bien mĂŞme c'est la plus nulle de toutes.

- Mmh.

- Ou de sa fille... quand bien mĂŞme elle est morte.

Une porte s'ouvre.

- T'es lĂ  ?

Bah !

On te cherche partout.

Ça va ?

- Non.

Ça va pas, non.

Je porte la poisse.

Dès que je me réjouis d'un truc dans la vie,

il y a toujours...

une force occulte qui me le retire. Ma vie, c'est un fagot de merde.

- Ta vie, c'est un fagot de merde...

C'est pas toi qui...

t'es tapé des crampes ignobles

pour larguer un embryon sanguinolent dans des toilettes

entre le fromage et le dessert.

- Arrête, c'est dégueulasse. - Non, c'est pas moi

qui suis dégueulasse. Non, non. C'est ce que les femmes subissent

pour enfanter, sans se plaindre,

car c'est la nature, ce que la société attend d'elles.

Ce qui est dégueulasse, c'est que tout le monde s'en fout.

Il pose son verre.

- La féministe est de sortie ?

- La féministe ? Y a pas de féministes. Que des ordures

ou des gens dignes. - Ah oui.

Le monde est binaire et t'es du bon côté ?

Tu prends aucun risque, en fait. T'es une planquée.

- La défense par l'attaque, typique. - Des hommes ?

- Ouais. Pourquoi pas ?

- J'ai pas le droit de dire que je suis triste, peiné ?

- Si, bien sûr. - Pour moi aussi, c'est injuste.

- Simplement, t'as pas dit un mot sur la souffrance d'Emilia, avant ça.

C'est pas toi qui as fait la fausse couche, l'embolie amniotique.

T'es peut-ĂŞtre Ă  plaindre, Alex, mais c'est pas toi qui es mort !

Et dans ton petit fagot, y a de la merde, d'accord.

Mais il y a aussi une petite fille magnifique.

Il y a ton lien avec Elliott, il y a...

Il y a tes potes,

il y a mĂŞme l'ex de ta femme, qui ressemble Ă  personne.

Et puis, il y a Emilia.

Il y a que de l'amour, dans ta vie, Alex.

Sandra s'allume une cigarette.

- Il y a toi, aussi, dans mon fagot.

- Ouais.

Il y a aussi de la merde.

- Tu vas vraiment déménager ?

Musique tzigane

- Mme Emilia Angelika Irina Demetriu,

acceptez-vous de prendre pour époux

M. Alexandre Jérôme Perthuis ?

- Oui. On applaudit.

On les acclame.

- Bravo !

- M. Alexandre Jérôme Perthuis,

acceptez-vous de prendre pour épouse

Mme Emilia Angelika Irina

Demetriu ?

Rires Comme dirait le général :

"Je vous ai compris." Mais c'est pas le protocole. Voyez ?

Ce serait merveilleux

que cette salle enthousiaste profite d'un oui tonitruant.

- J'accepte de prendre Emilia pour épouse.

- Et merde !

Rires

Un mordu du "Ni oui, ni non" ! - Oui !

On s'exclame et on applaudit.

- Félicitations ! - Bravo !

- Au nom de la loi, je déclare

M. Alexandre Perthuis et Mme Emilia Demetriu

unis par les liens du mariage.

Ici !

"Don't Get Me Wrong" The Pretenders

Alex éclate de rire.

Une invitée crie de joie.

- Tu danses pas ?

Alex rit.

- Je suis heureuse pour toi.

- Vraiment ?

- MĂŞme si...

cette débauche de conventions matrimoniales me paraît pathétique.

- Je t'adore.

Et je te remercie.

- Pour quoi ? - Pour tout.

Emilia fait des youyous.

"Sexy Cool" Philippe Katerine

Alex proteste.

- Tu fais tapisserie ?

- C'est pas possible, ces enfants ! - Il a l'air heureux.

- Alex ?

- Je parlais d'Elliott, en l'occurrence.

- Oui, oui.

- Ça a pas l'air de te faire plaisir.

- Ah ! Ben si, bien sûr.

- Les enfants s'adaptent.

Si tu disparaissais de sa vie aujourd'hui,

il t'aurait oubliée dans deux ans.

T'es le genre de fille qui picole, mais qui est jamais ivre.

Sandra rit.

- Eh oui.

S'ils nous ont placés à côté dans l'espoir qu'on couche ensemble,

ils vont être déçus.

Elle s'étonne.

Tes parents savent mettre en culture, hein.

- Ben, merci.

Je crois que tu commences Ă  ĂŞtre saoule.

- Affirmatif.

Ils halètent.

David souffle.

- Ça va ?

Ça fait du bien, en tout cas.

Sandra rit. Hein ?

T'es sûre que ça va ? - Oui, oui.

Tu... tu connais le jugement de Salomon ?

- Hein ?

- Pardon.

Le jugement de Salomon.

- Euh... oui. Plus ou moins, ouais.

C'est quoi ?

- Un différend oppose deux femmes qui viennent chacune d'avoir un enfant.

- Mmh ?

- L'un des deux enfants meurt. Elles se disputent le survivant.

- Et ?

- Et, pour régler ce désaccord,

Salomon réclame...

une épée.

Et ordonne : "Partagez-vous l'enfant en deux."

- Mmh.

- L'une des deux femmes renonce Ă  l'enfant plutĂ´t que de le voir mourir.

Salomon en déduit

que la véritable mère ne peut être que celle

qui a préféré lui laisser la vie sauve, quitte à s'en séparer.

Et il lui confie le nourrisson.

- Et donc ?

- Et donc...

je trouve remarquable

que t'aies choisi de ramener Elliott Ă  Alex.

- Tu me fais un plan : "On est potes" ?

Musique en fond

Fanny - Merci pour ta compréhension.

Je n'avais pas la force, tu sais. Je t'embrasse, mon gendre éternel.

Musique tzigane

- Pourquoi tu gardes pas ça ?

- Non, je l'ai trop vu. - Mais c'est beau.

- Bah oui, peut-ĂŞtre, mais je veux plus le voir.

- Alors je le garde. - Non, je veux m'en débarrasser.

- Je t'en débarrasse, justement. - Bah non !

J'ai pas envie de le retrouver chez vous.

Alex frappe. - Mais tu viens jamais.

- Ah !

Salut, Alex.

- Je peux vous aider ?

- Non, on a presque fini.

- Non, mais tu plaisantes ou quoi ?

Les amis déménageurs conversent à côté.

- J'avais jamais vu ta chambre.

- Personne n'est jamais entré dans ma chambre.

Musique tzigane

Cris de joie

- Sandra !

- Montre-moi

comme tu es beau.

- Salut, ça va ?

Sandra s'émerveille. - Elle a grandi.

Ça va, et vous ?

- Ouais, super. Merci.

On fait les vitrines de Noël.

- Ah ! C'est bien. - Mmh.

- C'est gai.

- Tu pourrais venir dîner, un soir ?

Enfin, ça nous ferait... plaisir ? - Mmh.

- Bah oui ! Oui, je dois juste regarder mon agenda, car les fĂŞtes,

c'est le rush à la librairie. - Devine ma demande au père Noël !

- Qu'il s'essuie les pieds ?

- Non, comme cadeau !

- Un paillasson.

- Une araignée gluante.

Et des talkies-walkies. - Ah, c'est bien.

Je pense qu'il pourra te trouver ça. Hein ?

- Emilia et Alex vont le voir, au pĂ´le nord.

- On part en Islande.

- Ouais, on fait un trek, en mode routards.

T'adorerais, je pense.

- Bon, ben, on se fait signe, hein !

Ă€ bientĂ´t. Au revoir, Lucille.

Au revoir, mon chéri.

Alex - On y va.

- J'ai oublié de lui dire un truc !

- Plus tard. - Ça presse !

- Non !

- S'il te plaît, c'est très important. Sandra !

Musique émouvante

J'ai oublié te de dire, c'est des talkies-walkies Pat' Patrouille.

Sandra s'émeut.

- C'est bien. T'as raison, c'est important d'être précis.

- C'était chez mamie, à Cancale ?

- Non, un petit week-end Ă  Saint-Malo. - J'avais pas un an.

- Eh oui. Je venais de te rencontrer.

T'étais tout petit.

Lucille - Elliott !

- Oui, mon cœur. C'est Elliott bébé, avec papa.

- C'est ma maman.

- Mmh.

Ouais. Oui, ta maman.

- LĂ  aussi.

- LĂ  ? - Oui.

- T'as vu ? Elle rigole. - Oui.

- Elle mange une crĂŞpe. - Oui.

- À la chantilly. - Oui.

- T'adores la chantilly. - Oui.

Alex se délecte.

- Papa ! - Mmh.

- Et maman !

- T'es dans son ventre, lĂ .

- Y a plus de photos.

Fini.

- Non, mon cœur. Y a plus de photos.

T'es lĂ  depuis longtemps ?

- Mmh.

Je voulais pas vous déranger.

- Elliott a retrouvé un album. Mmh ?

- Oh !

C'est mon livre de chevet.

Il m'émeut énormément.

Pourtant...

je suis pas une sentimentale.

VoilĂ .

Bonnes fĂŞtes. - Merci.

- Joyeux Noël.

- Bonsoir. - Merci. Bonsoir.

- Excusez-moi, madame. Auriez-vous...

Éloge d'une masculinité blanche et hétéronormiste ?

On m'en a dit le plus grand bien.

- Non. Je suis désolée, on a vendu tout le stock.

Bah, la librairie, ça marche bien. On organise des rencontres

super enrichissantes, je suis contente.

LĂ , par exemple, on en fait une pour enfants, avec Susie Morgenstern.

C'est... Tu la connais.

C'est une autrice américaine, elle a des lunettes en forme de cœurs.

Il faudra qu'Elliott vienne.

- Ouais.

Bah moi, à la banque aussi, ça va.

On a un projet avec trois énormes groupes.

On développe...

des assurances écoresponsables.

- C'est bien, ça. - Ouais.

- Vous partez quand, en voyage ? - Dans une semaine.

- C'est beau, l'Islande.

Enfin, ça a l'air.

Vous restez combien de temps ?

- Quinze jours. - Ah oui !

C'est bien, ça laisse le temps.

Mais qui va s'occuper des enfants ?

- Euh... Fanny, David et les parents d'Emilia.

- Et moi ?

- Qui va s'occuper de toi ?

- Non ! J'aimerais bien m'en occuper un peu.

Enfin, si tu penses...

que c'est possible.

- Ça doit pouvoir s'arranger.

Musique touchante

Sandra - Rogers,

vous êtes derrière ou devant moi ? - Devant.

- Rogers ?

- Oui. - Nathan, c'est le nouveau baby-sitter ?

- Yes, sir ! - Pourquoi vous dites "sir" ?

- Yes, sir ! Yes, sir ! - Les numéros d'urgence, juste là.

Ici, y a une trousse de secours. Tu m'écoutes ?

- Oui, la trousse de secours. - Un jeudi sur deux, n'oublie pas,

tu ramènes sa copine Hannah. - Hannah ! Hannah !

La fameuse Hannah est de retour ! - C'est elle.

- C'est pas mon amoureuse !

Sandra crie. - Dit-il en rougissant ! Regarde.

T'es mignon ! - ArrĂŞte !

- Si j'appelle pas, c'est que j'ai pas de réseau.

Pas d'inquiétude.

- OK. Mais que se passe-t-il avec Hannah ?

- J'ai la fève !

- T'as la fève ? Voilà ! - J'ai la fève !

- Bravo ! Qui est la princesse ?

- Mlle Lucille ! - Ouais ! Lucille est la reine.

Les enfants ?

Elliott, si j'appelle pas, c'est qu'y a pas de réseau.

- En fait, c'est court.

Il y a juste quatre heures de marche max pour atteindre les chutes de Slej...

Emilia bafouille.

Putain, j'y arriverai jamais ! De Slo...

Seljalandsfoss.

Emilia rit.

Ça va ?

Alex hésite.

- Si, ça va. J'avais un doute, mais j'ai racheté des petites compotes.

- T'es sûr ? Tu... Tu veux qu'on rentre, au cas où ?

- VoilĂ . - Merci.

- C'est toi qui l'as ?

- De quoi ? - Mon passeport.

- Bah non, je l'ai pas pris.

- Putain !

- Attends ! Me dis pas que t'as pensé aux compotes, mais pas au passeport ?

Ah ! - Merci.

- C'est quoi le problème, avec mes compotes ?

- Mais... y a pas de problème.

- Lucille a pas passé un jour sans moi. Je peux pas la quitter comme ça.

- Non, bien sûr. Juste...

pour qu'on passe un voyage agréable, ce serait bien que tu...

t'acceptes de lâcher tes enfants. C'est tout.

- "Tes" enfants ? - Ouais.

- Comme si t'étais pas de la famille.

- Mais attends, n'importe quel parent

se réjouit de sortir sans ses enfants.

Enfin, y a rien de honteux Ă  vouloir ĂŞtre peinard de temps en temps. Si ?

- C'est pas ma première pensée.

- Contrairement Ă  moi ?

- C'est pas ce que j'ai dit.

- C'est pire, tu l'as pensé.

- Ils n'ont pas de mère, Emilia.

- Embarquement Ă  21h45.

En porte 4. Voici vos passeports.

Et cartes d'embarquement. Bon voyage. - Merci.

- Merci. - Merci Ă  vous.

- Pourquoi t'as accepté ce voyage avec moi ?

- C'est notre voyage de noces.

- Oui, mais on aurait pu faire plein d'autres trucs.

Pourquoi tu voulais faire ce voyage ? Réponds-moi.

Alex marmonne.

- Parce que t'en avais envie.

- Pour me faire plaisir, donc ?

- Oui.

C'est mal ?

- Non, non. Non.

- Nous invitons les passagers Ă  destination de Reykjavik sur le vol...

- C'est une chance qu'on n'ait pas eu cet enfant.

Mmh.

- Qu'est-ce que tu cherches Ă  me dire ?

- Tu voulais que je le garde par gentillesse...

par empathie.

- Et alors, c'est mal, la gentillesse, l'empathie ?

C'est-à-dire, ce sont des valeurs négatives ?

- Non, mais ce ne sont pas des valeurs propres au sentiment amoureux.

- Quelles valeurs sont propres Ă  l'amour ?

Tu as quelque chose Ă  dire, on dirait.

Je croyais que tu voulais cet enfant. - Moi aussi.

- Alors...

J'ai rien compris, je t'ai forcée ?

- Non, non, mais on est ensemble, Alex.

Donc c'est violent, de pas reconnaître ma part de responsabilité.

C'est comme Cécile qui était aussi responsable que toi

de faire le choix d'avoir ce 2e enfant.

Pardon, je suis désolée.

- Le départ du vol 1934 aura maintenant lieu à la sortie A3.

Flight 1934 to Amsterdam will now leave from gate A3.

- Alex ?

- Mmh ?

- Je vais faire ce voyage sans toi.

Mais ça va, hein.

Je t'assure.

Ă€ mon retour, je viendrai voir Lucille et Elliott.

Je passerai leur dire au revoir.

Musique triste

Emilia !

Emilia !

Je t'ai aimée.

Ă€ plein de moments.

- Moi aussi.

- Je suis un mangeur d'enfants.

Sandra hurle, Elliott rit.

- Je suis lĂ  ! Je suis lĂ  !

- Je mange Lucille !

- Je fais des guilis. Je fais des guilis.

Je fais des guilis. Je fais des guilis.

Rires

C'est très gentil, ça.

Hop lĂ , attention de pas tomber. - On t'a mise en prison !

Lucille chantonne.

Lucille toussote.

- Ouh lĂ  lĂ , on tousse.

Des enfants jouent.

Lucille - Bah ! C'est quoi, ça ?

- Elliott, derrière toi.

Y a un truc bizarre, regarde.

- Je sais que c'est un cadeau.

- Sur la tĂŞte.

Elliott déballe son cadeau.

Lucille babille.

- Oh ! Bobo, cœur.

- Je voulais Les Indestructibles.

- On va mettre un autocollant, c'est pareil.

- C'est nul, ça.

- Non, ce qui est nul, c'est d'avoir tout ce qu'on veut quand on veut.

Si tout te tombe tout cuit dans le bec, il te reste quoi Ă  faire ?

Noyer des fourmis, faire des attelages de mouches ?

- Tu m'apprendras Ă  faire des attelages de mouches ?

- Non. - Pourquoi ?

- Parce que c'est méchant. Et puis, ça sert à rien.

Par contre, on peut inventer l'histoire d'un garçon déçu par son jouet

qui décide que sa vie se passera pas comme ça.

- En fait, j'ai de la chance.

Maman aussi avait de la chance de t'avoir.

- Et nous, on a eu trop de chance, avec maman.

Comme c'était tout cuit dans le bec, on s'est pas trop battus.

- Sandra.

"VocĂŞ abusou" Maria Creuza

- HĂ© !

Ah ! Les oiseaux sont partis.

Comment elle va, Lucille ?

Et comment il va, le bébé ?

- Pipi ? - Pipi ?

Il fait pipi, pipi ?

- Par terre.

On met ça. - On lui remet. Hein ?

Oui, tu as bien fait de lui retirer.

Mais maintenant, on lui remet.

- Alors, les cocos.

- Qu'est-ce qu'on a pour le déj' ?

- AĂŻe !

Sandra rit.

AĂŻe ! AĂŻe ! AĂŻe !

AĂŻe ! AĂŻe !

- Papa !

C'est quoi, ça ?

Musique mélancolique

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