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Original subtitles

Cher M. Killion,

je suis fermement convaincu qu'il faut inscrire sur la plaque

ceux qui ont permis la conception de Louise Brown,

le premier bébé-éprouvette.

Je pense tout particulièrement à Jean Purdy.

Elle m'a accompagné à Oldham pendant dix longues années

et a contribué à ce projet au moins autant que nous.

J'étais le biologiste, Patrick l'obstétricien,

et Jean…

Sans elle, rien de tout ceci n'aurait été possible.

TIRÉ D'UNE HISTOIRE VRAIE

C'est pas vrai.

CAMBRIDGE MAI 1968

J'ai un entretien avec le Dr Edwards.

Il est en pleine expérimentation. Vous pouvez vous parquer là.

Merci, c'est gentil. J'adore me parquer.

Euh, attendez…

Je vous fais de la place.

Je peux utiliser le radiateur pour ma chaussure ?

Oh ! Vous vous êtes renseignée sur le Dr Edwards.

Son travail sur le développement des mammifères est…

Extraordinaire, je sais. Si vous êtes choqué

par la vue d'un pied nu, détournez le regard.

Quelle poisse, un trou dans mon collant. On voit mon orteil.

Hmm ! Deux orteils.

Je le préviens que vous êtes là. Oui, on les aperçoit.

On va voir si on peut séparer ça du plasma.

La candidate suivante est lĂ , Bob.

Nom d'un chien. Que personne ne bouge, s'il vous plaît !

Sylvia s'est échappée, je viens de la féconder.

Bon Dieu, Bob.

Attention oĂą vous marchez. Elle vaut plus que vos chaussures.

- Sylvia ! - Elle est lĂ  !

- OĂą ? Je la vois nulle part. - Sous la table !

Sylvia… Je sais que tu es bouleversée parce que Patty a mis bas.

Mais je te promets que tu y arriveras aussi.

Je dois simplement procéder à quelques ajustements.

Quand j'entends du tapage, j'ai du mal Ă  ne pas aller voir.

- Qui ĂŞtes-vous ? - Jean Purdy.

Pour le poste de responsable de laboratoire.

Vous n'avez qu'une chaussure.

L'autre sèche dans votre bureau.

Mmh. Quel est votre secret pour attraper les souris ?

Mains propres et patience. Le vĂ´tre ?

Je crois que je viens de vous offrir le poste.

Sans connaître mes qualifications d'infirmière et de chercheuse.

Mes doctorants sont forts pour éliminer les meilleurs.

- Savez-vous conduire ? - J'ai été formée à l'hôpital Addenbrooke.

J'ai travaillé à Southampton.

Plus récemment, à Papworth, j'ai étudié le rejet de tissu.

Parfait. 8 h tapantes, pas de retard.

Nous devons voir un obstétricien. Arun, mettez Sylvia dans sa cage, merci.

Patrick Steptoe vient de publier le guide ultime de la laparoscopie.

Le Conseil de la recherche médicale le déteste, mais…

avec ses compétences en chirurgie mini-invasive,

il complétera admirablement notre équipe.

Dont vous ne m'avez toujours pas parlé.

Oh, on va remédier à l'infertilité.

Aider à faire des bébés.

Je vous ai choquée.

Je savais que la reproduction vous intéressait…

Formidable. Cette aventure sera formidable.

Évidemment, si les ovaires pouvaient être examinés au préalable…

Merci.

… nous verrions les signes d'endométriose.

Combien d'ovocytes vont se développer.

Le souci, c'est que nous n'avons aucune méthode pour le faire.

La laparoscopie.

Donc, ce que je souhaiterais aborder aujourd'hui,

c'est le développement d'une nouvelle laparotomie permettant…

La laparoscopie est bien supérieure.

L'unique moyen de visualiser les ovaires et d'accéder à la source de l'endométriose

est une laparotomie.

En procédant à une large incision

au niveau de l'abdomen, ici.

- Ou lĂ . - C'est absurde, vous faites erreur.

C'est une conférence, pas une réunion.

Il perd son temps avec ces inepties scientifiques.

Nous sommes Ă  la Royal Society.

Un peu de respect pour ces "inepties scientifiques".

La laparoscopie me permet de voir les ovaires, les trompes

et d'autres parties de l'appareil reproducteur

en ne pratiquant que de minuscules incisions.

La laparoscopie est une technique particulièrement risquée.

Votre soi-disant chirurgie implique de farfouiller dans le noir,

sans considération pour la patiente ni la maladie.

Et ce n'est pas votre conférence.

Je suis au courant. Pardonnez-moi.

M'autoriseriez-vous à étayer mon point de vue

Ă  l'aide de quelques diapositives que j'ai justement en ma possession.

- M. Steptoe. Bob Edwards. - Vous désirez ?

On s'est téléphoné il y a quelques mois.

Je ne peux pas me souvenir de chaque coup de fil.

Si vous voulez nous accorder un instant. Votre technique m'intéresse.

Je regrette, je suis très pris.

Trop occupé à parler à ceux qui vous ont banni à Oldham ?

- Ils vous détestent tous. - Jean Purdy, elle va diriger le labo.

Vraiment ? Bonne chance Ă  vous deux.

Votre matériel accède aux ovaires de la façon la moins invasive.

Oldham est un excellent hĂ´pital, et Ă  Londres, il n'y avait pas de poste.

C'est fou, il y avait des postes pour vos confrères

qui sont appréciés.

- Vous vous êtes renseignée ? - Non, c'est moi.

Elle ne fait que répéter pour vous obliger à m'écouter.

C'est une curieuse stratégie.

Et le problème de la température ?

Quel problème ?

Écoutez, je dois repartir à Oldham, je vais rater le 15h25.

Écrivez-moi.

Le 15h25 ? Ça laisse une bonne demi-heure. On vous accompagne.

Il faut une source de lumière pour la caméra,

sinon… vous farfouillez dans le noir.

Mais ça produit de la chaleur.

Comment faites-vous pour ne pas les cuire ?

La source lumineuse du laparoscope

est fournie par une lampe Ă  miroir.

Pas d'ampoules, pas de cuisson.

- Il est brillant ! - Les Allemands de l'ouest le sont.

Même objectif : résoudre l'infertilité.

- Sauf que nos techniques ont des limites. - Quelles sont mes limites ?

Vous venez de développer une procédure pour introduire le sperme dans la trompe.

OĂą l'avez-vous lu ?

Je n'aurais pas de résultats brillants. Le sperme est incontrôlable.

Mais imaginez si on plaçait un ovocyte fécondé

dans cette mĂŞme trompe.

Vous prélevez l'ovocyte, grâce à votre matériel et savoir-faire.

Nous le fécondons hors du corps, grâce à notre matériel et savoir-faire.

Vous le remettez à l'intérieur.

Les chances d'une grossesse évolutive crèveraient le plafond !

Féconder l'ovocyte à l'extérieur du corps, vous croyez pouvoir faire ça ?

Je n'ai pas de diapos sur moi, mais on y est presque.

Merci.

Vous enseignez Ă  Cambridge, Dr Edwards ?

- En effet. - Tout mon matériel est à Oldham.

Cambridge est Ă  300 km.

Nous commencerions dans vos locaux. Ce n'est qu'Ă  quatre heures de route.

Ă€ long terme, le Conseil nous subventionnera,

et vous nous rejoindrez.

Enfin, si vous souhaitez nous rejoindre, bien sûr.

- Je pourrais me laisser tenter. - Il faudra des femmes.

Qui accepteraient de donner du tissu ovarien.

J'ai des patientes qui pourraient aider après une hystérectomie,

si je leur explique.

Il a les compétences, mais aussi le carnet d'adresses.

Vous ĂŞtes conscients qu'ils vont nous montrer du doigt ?

L'Église, l'État, le monde.

Ils s'uniront tous contre nous.

Mais nous aurons les mères. Elles seront toutes de notre côté.

Si je ne pars pas maintenant, je loupe le 17h25,

je ne pourrai pas rentrer.

Bob. Jean.

Vous ĂŞtes avec nous ?

Alors, vous ĂŞtes partant ?

On s'en reparlera bientôt, j'espère.

Excellent, Jean. Ah ! C'est excellent !

Et les remarques sur Oldham, c'était bien vu.

Vous ĂŞtes vraiment impossible.

On va rendre possible l'impossible.

Je vous assure. Vous verrez.

Ouvre, maman. Le révérend Paulson est contrarié

si on n'a pas 30 min d'avance.

On est parties, alors.

- Toujours à traînasser. - Oh ! T'exagères.

Ça t'amuse de me faire mariner ?

- Le dos droit. - Je ne suis pas voûtée.

Si, tu es toute voûtée. Tu ne te mets pas à ton avantage.

Est-ce qu'une part de tarte pourrait vous plaire ? Ou un scone ?

Ou peut-ĂŞtre moi ? Est-ce que je vous plairais ?

Je suis délicieuse tartinée de beurre.

Comment tu parles ?

De la même façon que toi quand tu as bu quelques rhum cassis.

- Tu sais très bien que j'ai raison. - Une seconde.

J'ai votre soucoupe en porcelaine.

Oh… C'est gentil de prendre soin de moi.

Il faut bien, vous ĂŞtes tout maigre.

C'est mon cake aux fruits. Avec du glaçage, rien que pour vous.

C'était un très beau service. J'ai adoré le sermon.

- Merci. - Révérend ?

- Du rhum cassis… - Je m'en sors bien, je t'assure.

Et l'église, c'est important,

mais… je sens enfin que ma vie est en train de changer

et j'aime ça.

Ça ne veut pas dire que tu dois te voûter.

On a testé sur les souris et lapins.

MĂŞme sur une hase sauvage.

Créatures toujours en chaleur, mais dans une cage,

pas mĂŞme tout l'or du monde ne les stimule.

J'imagine que vous le leur avez proposé.

Avec les souris, ça a été fructueux. Les lapins aussi.

Plus récemment, avec Barry Bavister…

Barry Bavister ? On dirait un faux nom.

Un des doctorants qui travaillent avec moi.

Une année entière, il a collecté des ovocytes de hamsters.

Il les a mis dans une boîte de Petri avec une nouvelle solution,

très alcaline, chargée en bicarbonate.

Il a obtenu d'excellents résultats.

Il les fait tremper dans du liquide et du sperme de hamster ?

Et les replace dans les femelles,

et on a une multitude de bébés hamsters. C'est assez dingue.

Tout repose sur l'espoir

que les femmes se comportent identiquement

et que le sérum fonctionne pour elles ?

Les nobles rongeurs ouvrant la voie…

Il reste 83 km avant Manchester

et 11 de plus jusqu'Ă  Oldham.

On est presque arrivés.

Vous avez l'air d'un écolier le premier jour d'école.

Parce que c'est mon premier jour d'école.

HÔPITAL GÉNÉRAL D'OLDHAM

Kershaw est derrière le bâtiment.

HÔPITAL KERSHAW

Un porteur est demandé à l'entrée principale.

Ça sent le moisi ?

Ce n'est pas du moisi, il a plu récemment.

Ă€ qui ai-je affaire ?

Voici le Dr Edwards. Jean Purdy.

Ah oui, M. Steptoe m'a parlé de vous deux.

Je suis la Surveillante. Vous cherchez un laboratoire ?

Suivez-moi.

Je crois que ceci fera l'affaire.

Euh… Ça a l'air parfait.

Magnifique. Si vous voulez bien m'excuser.

JANVIER 1969

Et maintenant, je vais entrer dans l'ovaire.

Légère aspiration, s'il vous plaît.

C'est un très beau follicule, avec, je l'espère, un très bel ovocyte.

Ils sont prêts, à côté ?

Ils sont fin prêts, de l'autre côté de la vitre.

Hmm.

- On a un follicule. - Bien.

Trouvons l'ovocyte, trempons-le dans la solution magique de Barry

et ajoutons le sperme.

Attendez.

Quoi ? Pourquoi ?

C'est une première, c'est tout.

Il y en aura bien d'autres.

On a l'ovocyte.

Excellent.

Je n'arrive toujours pas Ă  saisir quelle raison vous auriez de vous vanter.

Absolument aucune.

Dans ce cas, pourquoi publier dans un journal scientifique

- comme Nature ? - Bouh !

On n'est pas loin d'avoir de quoi se vanter.

D'ici peu, nous serons prĂŞts Ă  travailler avec des femmes.

- La façon dont il dit "femmes". - Qu'est-ce qui ne va pas ?

Je suis tout Ă  fait d'accord.

Tu dirais "souris" exactement de la même façon.

Il se trouve que j'aime les souris.

- Plus que les femmes. - Au moins autant.

Combien de filles tu as ?

Je suis certain que j'ai bien plus de souris que de filles.

J'y vais !

Merci, trésor.

Deux seulement montrent des pronuclei. Deux sur 56.

C'est moins de 4 %. C'est dans votre article.

18 ont montré des signes de fécondation.

Et il s'agit uniquement de patientes ayant subi une hystérectomie.

Lorsqu'on travaillera avec des femmes…

Elle dit "femmes" de la même façon.

Les résultats, on l'espère, seront incroyables.

N'en prenez pas ombrage.

Pour Maggie, me tailler un costume est le sport du dimanche.

Je souligne que vous préférez écrire des articles

plutĂ´t que de faire de la science.

Un monsieur vient pour nos fenĂŞtres.

Il dit qu'il veut te parler.

- Nos fenĂŞtres ? - Hmm.

Enfin, Maggie, tu connais la chanson, non ?

Tu publies, promets d'en dire plus,

et une fois qu'ils sont intéressés, tu vas devant le Conseil.

C'est la seule façon d'être subventionné et de foutre le camp d'Oldham.

Oh, si Kershaw est si horrible, qu'ils remballent et laissent tomber.

- Quel crétin ! - Qui c'était ?

C'était le journal. The Mirror.

Il voulait une déclaration pour dire si je suis le Dr Frankenstein.

Il a dit que c'était à propos des fenêtres.

Je te redonne de la crème si tu t'assois, tu fais peur aux enfants.

Il a l'habitude des piques de gens qui le détestent.

- Oserais-je dire que cela l'amuse. - Il aime qu'on l'insulte ?

Je pense qu'il considère que ça fait partie de son rôle.

Se battre pour la médecine de la reproduction,

pour les mères, les femmes… et cætera.

Je suis arrivée.

Tu aimerais que je monte ?

Que tu montes ?

Je veux dire que tu me plais beaucoup, si je te plais également…

Je l'espère, j'arrive pas à savoir.

Désolée.

Euh, non, ça fait rien.

Fallait que je sache. Je ne t'ai pas gênée ?

Pas du tout. Je suis flattée.

Fabuleux. Eh bien, au revoir.

Promets de ne pas t'attacher, et on peut coucher ensemble.

Oh !

D'accord. Certainement.

- Je le promets. - Bon. Génial.

NE PAS DIVULGUER

COHORTE DE PATIENTES A

Cela n'entraînera pas de complications,

mais je ne crois pas que cela aboutira à la conception d'un bébé.

Euh, comment ça ?

Je ne crois pas aux chances de succès. Il est important que vous le sachiez.

Attendez, que je comprenne… Pourquoi on devrait le faire ?

Parce que ça peut aider d'autres gens… à avoir des bébés.

Mais je peux garder espoir, non ? Croire que j'ai peut-ĂŞtre une chance ?

Les chances sont infimes, mais…

Je veux un bébé à moi.

Tu es une infirmière.

Je fais de la recherche. Je l'ai été pendant un bon moment.

Tu aides les gens malades Ă  aller mieux !

Bob dit que l'infertilité est un problème médical.

Faire des bébés dans des tubes à essai !

Pour des mères qui en ont besoin.

"Isaac implora le Seigneur

"en faveur de sa femme, car elle était stérile.

"Et le Seigneur l'exauça : sa femme Rébecca devint enceinte."

Genèse, chapitre 25, verset 21.

- La réponse est dans la prière ? - Tchut, tchut. Laisse infuser un peu.

Tu es jeune. Tu ne comprends pas.

Tu ne peux pas t'amuser Ă  te prendre pour Dieu.

Que penses-tu des lunettes de vue et des prothèses dentaires ?

Tu aimerais mieux des gens aveugles ou qui ne mangent que de la soupe ?

Parce que c'est la volonté de Dieu ? Bob dit que…

"Bob dit que". "Bob dit que" !

- Il a une façon de présenter les choses. - En voici une autre.

C'est un médecin avorteur.

Votre chirurgien, Steptoe. C'est dans le journal, j'invente rien.

Mais ça, tu l'ignorais, je me trompe ? Il se prend pour Dieu et le diable.

L'ÉPROUVETTE DU DIABLE !

- C'est légal, maintenant. - Ce n'est pas bien pour autant.

Je ne fais pas… d'avortements, en ce qui me concerne.

- Je suis fière de ce qu'on accomplit. - Remercie le Seigneur.

Il n'y a qu'à espérer que tu auras assez de fierté pour nous deux…

parce que moi, c'est le désespoir qui me gagne.

Si tu savais comme je me suis vantée en parlant de toi.

De tes qualifications. Et voilĂ  ce que tu en fais.

Ce péché.

Je ne fais qu'aider des couples.

Le révérend Paulson a suggéré… que tu ne viennes plus à l'église.

Ce n'est pas à lui de décider.

Notre vicaire… s'exprime…

au nom de nombreuses personnes.

Et… Jean…

je ne peux plus te recevoir ici.

Tu ne le penses pas.

Si tu choisis cette voie plutôt que moi…

alors je pense ce que je dis, sans aucun doute.

Sauf qu'en réalité, ce choix, ce n'est pas moi qui le fais, c'est toi.

VOTEZ TRAVAILLISTE

Certains scientifiques avancent

qu'il y aurait plus de risques de malformations

lorsque la fécondation a lieu à l'extérieur du corps.

Edwards et Steptoe affirment que les études les plus récentes

ne mettent en évidence aucun risque crédible.

- VoilĂ . - Merci.

La saucisse.

Elle a plus de 5 000 ans d'existence.

On en a trouvé des restes dans des tombes égyptiennes.

Ils fourraient leurs restes de viande dans des intestins de vaches.

Je ne suis pas doué pour garder le silence.

Alors, faites un effort.

Tout le monde est lĂ .

Il faudra vous présenter tous les jours à Kershaw

pour l'injection d'hormones stimulant la production d'ovocytes.

Nous les ponctionnerons et y ajouterons le sperme de vos maris.

Si la fécondation a lieu, nous implanterons l'embryon dans l'utérus.

Si vous avez des inquiétudes, dites-le-nous.

Kathy Gibson.

On va commencer par vous.

On va vous faire une injection dans la fesse aujourd'hui.

Baissez votre jupe et vos collants, et penchez-vous en avant.

Vous venez travailler ou vous restez chez vous.

Pas aujourd'hui, Muriel.

S'il s'agit d'un garçon, laissez ça chez vous.

D'argent, on peut peut-être aider. D'un problème grave, on est à l'hôpital.

Je ne tiens pas Ă  un sermon aujourd'hui, Muriel.

"Surveillante."

Je suis la Surveillante.

Ce titre que vous ne prenez pas au sérieux représente toute ma vie.

J'ignorais que vous pratiquiez des avortements, Surveillante.

Je suis chrétienne. Ma mère serait…

Les autres médecins refusent tous.

- M. Steptoe doit tous les faire. - Il n'y est pas obligé.

Savez-vous combien de filles viennent les entrailles déchirées

par un charlatan de leur quartier ?

C'est ce qui me semblait.

On est ici pour faire des bébés.

Vous avez tout faux.

Ce qu'on fait, c'est offrir un choix Ă  ces femmes.

Chacune doit avoir le choix.

C'est tout ce qui compte Ă  mes yeux et devrait compter aux vĂ´tres.

Alors, reprenez-vous.

Accueillons un biologiste controversé,

le Dr Robert Edwards.

Que répondez-vous au Pr Watson,

qui prétend que ce que vous faites est extrêmement dangereux

et conduirait à un avenir où les humains seraient confectionnés ?

Vous en parlez comme si on fabriquait… des saucisses.

Ce brillant scientifique a fait

une découverte fondamentale avec l'ADN,

tandis que vous, sauf votre respect,

avez promis beaucoup, mais n'avez pas fait grand-chose.

Je ne remets pas en cause Watson ni ses travaux.

Il s'agit de brasser de l'air ?

- Vous cherchez Ă  attirer l'attention ? - Non. Non, non.

Prenez les lunettes de vue ou les prothèses dentaires…

Foutues lunettes de vue.

Maman, c'est moi.

J'ai apporté tes pickles préférés.

Je les laisse devant la porte.

Il y a des limites Ă  ce que tu peux t'infliger.

Bob s'inflige la mĂŞme chose.

Bob est fait d'un métal particulièrement résistant.

Imperméable à…

beaucoup de choses,

et il a aussi du soutien. Il n'y a pas que toi.

Ruth est une grande scientifique, et il y a…

Je travaille sur le sang.

Avec Bob.

Ça pourrait être un grand pas en avant. La FIV pourrait échouer.

Comment tu te sentirais

en repensant…

à ce que ça t'aura coûté ?

Je me suis engagée.

Et c'est formidable.

Mais… tu es aussi une fille pour ta mère et…

je suis lĂ , moi.

On pourrait jouer et parler de tout ça un autre jour ?

J'aurai le mérite d'avoir essayé.

Tu as toujours le mérite d'essayer.

- J'ai gagné. - Je vois ça.

Tu m'as surpris.

Tu veux quelque chose ?

Non.

Je n'ai fait que fermer les paupières, un très court instant.

Hmm.

Patrick.

Tu n'es pas…

en train de t'épuiser avec tout ça ?

Je ne suis pas… épuisé.

Comment oses-tu ?

Tu m'avais promis que tu prendrais une retraite paisible.

Avec du bon vin et des vacances.

Ne te dessèche pas avant de la prendre.

Ma chérie, viens t'asseoir.

Viens.

Moi aussi, j'ai hâte d'y être.

Mais tout ça…

tout ce que… tout ce qu'on fait…

c'est important.

Coquine.

Tu as envisagé d'augmenter le niveau de CO2 ?

Quand on les place en culture ?

Est-ce que… Vous êtes à 5 %.

Ça vaudrait le coup d'essayer 8 % ?

Bonne idée. On peut essayer.

Tu as toujours confiance en la solution miracle de Barry ?

J'ai confiance en tout le monde sauf moi.

Tu étais parfait.

Des "saucisses" ?

J'aurais pu faire mieux que ça. Foutues saucisses.

Tu étais parfait.

C'est-à-dire que c'est…

Tout ça, c'est…

Ils attendent que moi, je les guide.

Il faudrait… que je les guide.

AOÛT 1970

FRANKENSTEIN VIT ICI

Je suis Neil Robinson.

Jim Graham.

- Peter Walker. - Merci.

Ouh ! Bordel.

J'ai l'impression d'être du bétail.

Pardon ?

Ce n'est pas la faute de M. Steptoe.

C'est un homme très pris, gentil quand on a son attention,

mais après, quand on vient ici, et le prenez pas mal, mais…

vous n'avez pas l'air très heureuse de nous voir.

C'est vrai ?

Vous ne regardez que mon postérieur, la plupart du temps,

et vous… n'avez pas l'air heureuse.

Jean, vous ĂŞtes lĂ  ?

Jean ?

Ce sont les toilettes pour femmes.

Je sais. Excusez-moi. Je…

Je voulais vous montrer quelque chose.

C'est magnifique.

- Je ne sais pas ce que vous avez… - Je n'ai rien.

Combien de cellules il y a ?

70 cellules humaines,

qui se développent hors utérus en un embryon.

Première étape atteinte.

Ça y est, on va décrocher des subventions !

Fini, les trajets sans fin Ă  Oldham,

séparé de Ruth et des enfants.

Nous n'aurons plus à… nous accommoder de tout ça.

Et maintenant…

tout va changer, Ă  compter d'aujourd'hui.

Le Conseil doit établir si ces travaux sont possibles…

FÉVRIER 1971

… et dans l'intérêt général de la science.

Avez-vous pris en compte les inquiétudes au sujet des malformations

des enfants qui pourraient naître si vous parveniez à vos fins ?

Citez une seule avancée qui n'ait pas soulevé son lot d'inquiétudes…

Ensuite, il y a la question sociétale.

Le Conseil de la recherche médicale a déployé des ressources considérables

pour étudier le problème de la surpopulation.

Si vous me permettez…

Il s'agit d'une problématique absolument différente.

Vous niez que la surpopulation soit un problème ?

Non. Cela me pose souci

que les infertiles soient pénalisés par la prolifération des fertiles.

L'infertilité est un problème scientifique.

Comme la surpopulation. Mais aucun n'est une réponse à l'autre.

Vous vous exprimez toujours très bien.

J'apprécie vos apparitions sur Radio 4.

Ce qui amène la question :

à combien de personnes cela va réellement bénéficier ?

Tout ceci est… très spécifique, comme problème,

et disons-le, n'affecte qu'une petite proportion de femmes.

Une petite proportion ?

Vous ne semblez pas apprécier, Mlle Purdy,

que nous servons les intérêts de la communauté scientifique.

Serait-il plus enthousiasmant

si c'était un problème uniquement masculin ?

Je vous en prie, pas de clichés réducteurs.

Ce que vous offrez… peut paraître enthousiasmant pour vous.

Pour les médias.

Mais pour la science dans son ensemble ?

Bien sûr.

Au CRM, la question que nous posons toujours est :

cela va-t-il nous éclairer sur la vie sur cette planète ?

Oui, oui, oui, oui !

- Évidemment ! - S'il vous plaît.

Il y a des femmes… De nombreuses femmes

pensent que si elles n'ont pas d'enfant, leur mariage est un échec

et que leur vie est un échec.

Pour elles, la vie sans enfants n'a aucun sens.

L'infertilité est une maladie,

une maladie brutale qui détruit des mariages et des vies.

Si vous n'êtes pas capables de voir ça… vous devriez avoir honte !

"Vous devriez avoir honte." J'aurais dû faire bien mieux que ça.

Ce que vous avez dit était très juste, et on les avait déjà perdus.

Si j'avais trouvé un moyen, on avait besoin de cet argent.

- Non. On le voulait. - On travaille dans une dépendance.

Par miracle, elle est chauffée, et on peut y pratiquer la science.

Je passe plus de temps dans ma voiture, ne vois ni ma femme ni mes enfants.

- Bob… - Oh, cessez de dire ça sans arrêt.

Vous détestez ça tout autant, êtes éreintée

et faites souvent peine Ă  voir.

Parce que j'ai les voyages en horreur ?

Oui. Pourquoi sinon ?

Comment tout ça pourrait en valoir la peine ?

Je saisis l'intérêt de la science, mais les conditions sont dures pour moi.

Votre femme, vos enfants ? J'ai perdu ma paroisse et ma mère.

Et voyant ces soi-disant scientifiques juger nos travaux,

j'ai su que personne d'autre ne ferait ça.

Ce combat est le nĂ´tre. On n'a pas d'autre choix.

Ce qui s'est passé en est la preuve.

Calmez-vous, Bob.

Kershaw n'est pas si horrible que ça.

Les locaux sont affreux.

Il arrive que les personnes soient gentilles.

Je vous interdis de bien vous entendre. C'est mon amie.

Trisha Johnson ?

Jamais avec votre mari.

- Pardon ? - Votre mari. Il n'est jamais lĂ .

Il en a assez de poursuivre des chimères.

C'est un homme bon ?

Il voulait un petit garçon.

Au mariage, il a dit :

"J'ai hâte de dire à Stuart à quel point tu étais belle."

Stuart ?

- Ça vous ennuie si on… - Désolée.

Il est gentil du lundi au jeudi.

Aime boire un coup le vendredi.

Dites pas que vous avez pas remarqué les bleus.

Si, j'ai vu. Je… ne savais pas si je pouvais vous poser la question.

Je suis pas…

Je fais pas ça pour lui. Je veux quelqu'un rien que pour moi.

Désolée.

Je vous demande de pas nous traiter comme du bétail et je m'épanche.

J'aurais dû vous prêter plus d'attention. Désolée.

Je sais ce que vous traversez toutes et…

On se surnomme le Club des Ovules.

- Avec les filles. - Le Club des Ovules ?

Mmh.

J'adore ce nom.

Je vous envoie Rachel.

- Salut. - Comment allez-vous, Rachel ?

- Super, et vous ? - Je vais bien.

Ça donne quoi ?

C'est un échec pour le dossier numéro 136.

Kathy. Ça ne fonctionne pas.

La HCG dérègle complètement les autres hormones ovariennes.

Œstrogène et progestérone sont en ébullition,

aucune chance de nidation.

On pourrait essayer

de les booster artificiellement pour le prochain essai.

On pourrait.

Attendez, on doit préparer les solutions.

Je dois lui parler. Elle doit être bouleversée.

- Kathy ? - Bonjour, Jean.

- Bonjour. Comment allez-vous ? - Je vais bien.

On a jeté un œil aux résultats. Je suis vraiment désolée.

Vos résultats sont négatifs.

Quelque chose Ă  signaler ?

Si vous cherchez le succès, il n'est pas ici.

Est-ce que… vous voulez de l'aide ?

De votre aide ? Pourquoi ?

Je ne voudrais surtout pas m'immiscer, interférer dans votre vie.

Je sais combien vous tenez à votre intimité, mais…

nous n'avons jamais abordé la question de votre situation ou des enfants.

J'ai imaginé ou supposé

que vous aviez ou pourriez rencontrer des difficultés.

J'ai de l'endométriose.

Une forme sévère.

- Vous en avez discuté avec un médecin ? - Il n'a pas été très utile.

- M'autorisez-vous Ă  vous examiner ? - Non.

Je ne suis pas mauvais, je pourrais aider.

Vous êtes le meilleur obstétricien, je n'en doute pas.

C'est épatant tout ce que la science peut faire.

Eh bien, continuons Ă  la faire avancer.

BONNE ANNÉE 1973

Pardon ! Désolée !

Attention.

J'aime tellement quand tu reviens ici.

Ces pauses nous font du bien.

Hmm-mmh. Oui. Tout ce que tu voudras…

- Mais j'ai une question pour toi. - Mmh-hmm ?

La chaussée est trempée, je mettrai pas genou à terre.

Pour faire quoi ?

Elle m'a brûlé les doigts toute la soirée.

Je ne veux pas gâcher la surprise. Tu sais ce qu'il y a, à l'intérieur ?

Oui.

Tu ne veux pas regarder ?

Ce serait si terrible ? Deux enfants,

un foyer Ă  fonder ensemble,

des conversations intéressantes pour la plupart.

Je ne serai ennuyeux que le jeudi, promis.

Ma mère serait tellement heureuse.

Un bon père de famille… avec une bonne situation.

Mais je ne suis pas faite pour être une bonne mère de famille.

Je…

Je ne peux pas…

Je ne peux pas.

Continuons comme ça.

Tu changeras d'avis.

Je suis désolée.

PÉCHERESSE

JANVIER 1973

Un télégramme de Landrum Shettles est arrivé hier soir.

L'Américain a de l'avance et se gargarise de nouveau ?

Le directeur de ce très riche hôpital de Manhattan

a découvert ce qu'il faisait et a exposé l'embryon à l'air libre.

- Il l'a tué ? - Shettles a été remercié.

- Je n'arrive pas Ă  y croire. - Quel manque de respect.

L'exposer ainsi… tuer la possibilité même qu'il vive.

On m'a demandé de défendre nos travaux à l'antenne.

- Nous n'avons pas le temps. - Ils ont invité James Watson.

Ça n'apportera aucune réponse. La science, si.

Le Conseil ne changera pas d'avis sans l'appui du public.

Nous ne l'aurons pas sans résultats.

J'ai été catastrophique la fois précédente…

- Vous êtes un brillant scientifique… - Pas le plus policé à la TV.

J'ai une tendance insensée à ne pas supporter les idiots.

Mais… Je vais faire mieux, je le promets.

On devrait instaurer un véto pour ces décisions.

Vous devriez éviter…

- Jean, dois-je y aller ? - Non.

Peu de débats rendent aussi fébriles que celui de ce soir.

Nous vivons à une époque où la science peut rendre possible…

Bob !

James.

Quel sale boulot.

Oh, je ne dirais pas ça.

Euh, la télévision, je veux dire.

Je ne dirais pas ça non plus de la télévision.

… lauréat du prix Nobel, le Pr James Watson,

et le Dr Edwards.

- Non, je vous en prie. - Merci.

Pr Watson, si je peux commencer avec vous.

Vous êtes opposé au développement de ces recherches, je me trompe ?

Oh, je ne suis jamais opposé au développement de la recherche,

mais je suis inquiet.

La question qui se pose est celle de l'anormalité.

Imaginez la vie d'un enfant anormal, obtenu suite Ă  ce genre de travaux

et maintenu vivant, plus exactement rendu possible

par la médecine.

La question sera la suivante : que faire de cet enfant ?

Le laisser vivre une vie de handicapé, une vie de souffrance,

ou considérer la possibilité de l'infanticide.

Il ne s'agit pas de tuer des enfants, il s'agit de les faire.

Dr Edwards, s'il vous plaît, laissez le Pr Watson finir.

Issu d'une génération de scientifiques nés dans l'ombre de Mengele,

je m'inquiète que nous nous retrouvions dans une situation

oĂą notre travail pourrait conduire Ă  de pareilles abominations.

Maintenant, je suis un docteur nazi ?

Non. Vous ĂŞtes un scientifique

visiblement assez inconscient des conséquences de votre travail.

Oui !

Que répondez-vous ?

La science présente des risques, quoi qu'on fasse.

Sa découverte de l'ADN présente de grands risques.

Le génie génétique…

Il ne s'agit pas d'un débat sur l'ADN.

Le génie génétique est une possibilité directement née de la découverte de l'ADN.

Qui lui a valu de remporter le prix Nobel, d'ailleurs.

Mais il y a des risques, évidemment qu'il y en a.

Des risques calculés, vitaux dans notre discipline,

comme vous le savez bien.

L'attention portée aux patientes est absolue,

et nous ne voulons…

- Vous faites le mal ! - S'il vous plaît.

- Laissez-le parler. - Démission !

Avoir des enfants n'est pas tout dans la vie.

Certaines personnes vivent des vies vraiment heureuses sans.

- Mais cela devrait ĂŞtre un choix. - La nature choisit !

La plupart des personnes ici connaissent quelqu'un

qui souhaite désespérément un enfant, mais n'y parvient pas.

Une sœur, une cousine, une tante, une amie.

Si vous saviez la douleur que représente l'infertilité pour ces femmes,

vous comprendriez que le rapport bénéfice-risque

dans l'étude de la fécondation in vitro est largement en faveur…

Peut-être devrions-nous en rester là. Philip Hayton est en direct…

Je pense que toutes les femmes qui désirent un enfant,

devraient avoir le droit d'en avoir un.

Ah ! Je vous rends l'antenne, Philip.

- Tenez. - À la vôtre.

C'est là que j'ai été évacué. Avec mon petit frère.

On avait tellement peur.

Mais quand on est arrivés ici…

J'ignorais que la vie pouvait ĂŞtre si belle.

La tranquillité…

les moutons.

Des tonnes de moutons.

C'est les moutons qui étaient beaux ?

Je savais… ce que Watson allait dire,

je ne pensais pas qu'ils se rangeraient de son côté.

Pourquoi je fais tout ça ?

Parce que ça répond à un besoin.

Oui.

Watson, Crick, tous ces rupins de Cambridge

ont changé la donne avec l'ADN,

convaincu tout le monde que le besoin était réel.

Nous, on est juste…

Je n'arrive pas…

Ă  faire ouvrir les yeux aux gens.

Ils ne voient pas…

Ils n'arrivent pas Ă  voir.

Oh ! Dr Edwards ? Un message pour vous.

"Test de grossesse positif. Patrick."

- Je peux téléphoner ? - Oui.

Aspiration. Je vais recoudre.

- AllĂ´ ? - Puis-je parler Ă  Patrick ?

Oui. C'est le Dr Edwards.

- Je vous ai vu à la télévision. - C'est pas le moment…

Cette cravate avec ce costume n'a pas servi notre cause.

C'est dû à la supplémentation en hormones.

- L'implantation a bien eu lieu. - On sera là demain à la première heure.

Je vous félicite, c'est génial.

Elle est pas enceinte. On a mis enceinte une autre femme.

- Elle s'appelle… - Rachel !

C'est ça. Et c'est une putain de bonne nouvelle !

On ne court pas.

- Un accident arrive vite. - Comment va Rachel ?

Notre jeune mère est resplendissante.

C'est Sally qui m'inquiète.

Allez, venez.

- Sally… - Je veux pas arrêter le traitement.

Je sais, mais votre abdomen est très gonflé.

- Dites rien Ă  M. Steptoe. - Je dois le lui dire.

Vous attendrez quelques semaines, mais on vous reprendra dans le programme.

Ah ! Je suis désolée.

Désolée…

Qu'est-ce qu'on dit déjà ? C'est l'espoir qui vous tue.

J'ai une question.

Le Club des Ovules aimerait une excursion ?

Une excursion ?

Les clubs font des excursions.

- ♪ Partout où on va ♪ - ♪ Partout où on va ♪

- ♪ Les gens nous demandent ♪ - ♪ Les gens nous demandent ♪

- ♪ Qui on est ? ♪ - ♪ Qui on est ? ♪

- ♪ Et d'où on vient ? ♪ - ♪ Et d'où on vient ? ♪

- ♪ On vient d'Oldham ♪ - ♪ On vient d'Oldham ♪

- ♪ Et on est stériles ♪ - ♪ Complètement stériles ♪

- ♪ Et ça nous dérange ? ♪ - ♪ Oui, ça nous dérange ! ♪

Je ferais mieux de rester là… je pense.

Je préfère ne pas y aller, franchement.

Avec ce temps…

Si je suis la première…

Enfin, si…

J'ai vu comment les gens se comportaient avec vous…

J'aimerais pas que mon bébé doive…

Vous en faites pas. Bob se chargera de la presse.

Vous n'aurez qu'à être mère.

Si jamais ça arrive.

Je ne peux pas vous rassurer. Qui sait ce qui peut arriver ?

Mais je peux vous dire que les soins que vous allez recevoir

seront tout bonnement extraordinaires.

D'accord ?

D'accord.

Bon… Je me lance.

Oh, vous y allez ?

- Souhaitez-moi bonne chance ! - Courage !

Vous ĂŞtes la meilleure ! Wouh !

Allez, Jean !

Allez, venez toutes.

Les filles, venez, avancez !

Un, deux, trois…

Ovules !

- C'était bien de faire ça. - Hmm.

Il a dit que c'était mon dernier essai.

Qui ? Harry ?

Non. M. Steptoe.

Je vais avoir 36 ans, dépasser l'âge qui vous est utile pour vos recherches.

Oh…

Ça fait rien. Franchement, ça fait rien.

Je suis jalouse aussi.

ÉCHEC

Ici Jean.

Patrick ! On a un autre test positif. Lauren est tombée enceinte.

Je sais pas comment, mais ça a fonctionné.

- Patrick. - George.

La fille de Kershaw.

Jean Purdy, plus exactement.

Comment supportez-vous ce trou Ă  rats ?

On fait avancer la médecine, tout ça a un coût.

C'est ce que vous faites ? Vous ternissez la réputation de l'hôpital.

Va te faire foutre.

Tu joues pas dans la cour des grands.

C'est un consultant en orthopédie.

Ne faites jamais confiance à un ortho. Ils ne sont pas taillés pour la bagarre.

J'allais retourner à Cambridge quand j'ai reçu l'appel.

On tient quelque chose. Lauren et Rachel en même temps…

Il y a un problème avec Rachel.

- Que voulez-vous dire ? - L'échographie est revenue.

Je n'aime pas la position de l'embryon.

- Il est mal positionné ? - Trop haut.

Et il y a une sorte de renflement sur le côté de l'utérus.

Grossesse extra-utérine ?

Elle a un RDV pour une laparoscopie pour confirmer ça, mais je le crains.

Je suis terriblement navré.

Il s'est passé quoi ?

Le bébé s'est développé au mauvais endroit,

dans la trompe de Fallope.

Je sais ce qu'ectopique veut dire.

J'ai lu tous les bouquins que j'ai trouvés.

Il me semblait qu'on avait été clairs.

- Lily. - C'est répugnant, ce que vous faites.

Dégoûtant, honteux, répugnant et ça n'a pas sa place ici.

Ils ne sont pas ici. Il n'y a que moi.

C'est ce que tu te racontes, que ce péché ne t'appartient pas ?

Jean.

Oh, bonjour, mon révérend. J'arrangeais les fleurs pour l'office.

Désolée. Je n'aurais pas dû venir. Maman a été très claire.

Tu n'as pas été excommuniée.

- L'église est ouverte à tous. - Vraiment ?

Oui.

Ça m'a manqué.

Jean, si tu te repens sincèrement de tes erreurs,

Dieu retrouvera le chemin de ton cœur.

Mais ce n'est pas pour ça que…

Ce n'est pas pour ça que je suis là. Désolée.

Comment va ta mère ?

Elle ne t'a rien dit.

Je sais que tu es lĂ . Je vois tes pantoufles.

Non, c'est pas possible.

Le révérend dit que tu es malade. C'est vrai ?

- Pourquoi tu as vu le révérend ? - Je peux entrer ?

Je peux entrer, ou tu affrontes ça toute seule ?

Tu travailles toujours avec eux ?

Vieille tĂŞte de mule.

Maman, je t'aime. J'espère que tu vas aller mieux.

Merci de nous avoir informés, Muriel.

Lauren fait une hémorragie.

- Que faites-vous ? - Test de survie des spermatozoĂŻdes.

On va passer en revue tous les liquides de culture, traitements

et contenants.

Si le problème vient de notre côté, on le trouvera.

Tout ce qu'on utilise, on va le tester.

SEPTEMBRE 1973

Paraffine liquide : sans danger.

95 %.

Celle-ci est sans danger.

Je prends cinq minutes.

Il faut que vous veniez voir.

Bob. J'ai quelque chose Ă  vous montrer.

C'est laquelle ?

Cette paraffine est nocive.

Comment on a pu…

- Comment on a pu rater ça ? - J'en sais rien.

La grossesse aurait dĂ» se poursuivre.

Peut-être même les autres si on n'avait pas… empoisonné ces femmes.

Je serais responsable ?

C'est moi, le responsable !

Ne faites pas ça. C'était une erreur. Il y en aura sûrement d'autres.

La grossesse n'aurait pas pu se poursuivre, on n'était pas prêts.

Que faites-vous ? S'il vous plaît. Arrêtez, arrêtez !

C'est trop important pour…

C'est vous qui agissez comme une folle.

Peut-ĂŞtre qu'on est fous tous les deux.

Hein, Bob ?

Ma mère est en train de mourir seule,

et je suis debout toute la nuit avec un fou furieux

et tous ses liquides Ă  la noix !

C'était un rêve magnifique, réellement…

Et… j'y ai sincèrement cru.

Mais à cause de ça, je perds tout ce que j'ai. C'est trop.

Maman !

Maman ! J'ai quitté mon travail ! J'ai quitté mon appartement !

Si tu refuses de me laisser entrer, je devrai dormir devant ta porte !

Chut !

Je prépare du pain perdu.

- Qu'est-ce que tu as fait Ă  tes cheveux ? - Absolument rien.

J'ai du Vitapointe, ça leur ferait du bien.

OCTOBRE 1974

Non. Pas comme ça.

Tu laisses la grosse méchante carpe tout manger.

Y a des poissons rouges fragiles lĂ -dedans. Regarde.

Oh !

- Mince. - Jeannie ?

Jeannie.

Jean.

Non, t'as pas intérêt. Qui est ce garçon ?

Arun. Je…

On allait justement partir.

Je te présente ma mère, Gladys May et…

Euh, voici Arun. On travaillait au labo tous les deux.

- Dans quel labo ? - On travaillait pas lĂ -dessus ensemble.

Ravi. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

- Qui c'est ? - Tabitha.

Tabitha.

C'est un nom adorable.

On l'appelle Tabby-chat.

Nous juge pas.

J'espère qu'elle n'est pas poilue.

Comment va Bob ?

Il est en forme. Il a la tĂŞte ailleurs. Il se tient au courant de tout.

C'est assez cool de le revoir Ă  Cambridge Ă  plein temps.

Il ne travaille plus Ă  Oldham ?

Tu savais pas ? Ils ont tout remballé trois mois après ton départ.

Patrick a convenu que c'était mieux.

J'aurais cru qu'il t'aurait écrit, mais… c'est Bob, il est comme ça.

Merci, Seigneur, pour ce repas.

Nous pensons Ă  ceux qui n'ont pas Ă  manger

et ceux qui ont Ă  manger, mais personne avec qui partager. Amen.

Bonsoir. Je cherche Bob.

Oh. Cuisine.

Jean ! Bonsoir !

Ruth.

- OĂą est Bob ? - Il est lĂ .

J'aimerais un pliage en diamant, une fleur.

Meg, c'est pas du tout comme ça…

Oh.

Je peux vous parler ?

Oui. Les filles, continuez Ă  plier comme j'ai dit.

Bord Ă  bord, en deux, et dans l'enveloppe.

De jolis tracts feront toute la différence.

- Vous ĂŞtes candidat au Parlement ? - Et voilĂ , c'est le souci.

Je m'attendais Ă  ce que la nouvelle arrive chez vous.

Sinon par la presse, vous auriez dĂ» recevoir un tract.

Mon esprit était ailleurs.

Oui. Bien sûr.

Je n'ai… aucune chance de gagner.

Enfin, très peu de chances.

Cambridge a besoin d'un député travailliste,

les temps changent.

Ne rejetez pas la responsabilité sur moi.

Quoi ?

Kershaw. Vous avez arrêté par ma faute.

Ça… ne fonctionnait pas.

Alors, on a…

J'ai décidé de passer à autre chose.

De me retirer.

J'ai toujours été passionné par la politique.

- C'est une chance… - Vous avez tout laissé tomber.

Non. On a laissé à d'autres le soin de trouver.

- C'est ainsi que la science fonctionne. - Ma mère est malade.

Et je l'aime.

Je n'avais pas le choix.

Ne soyez pas ridicule.

Bien sûr que vous l'aviez.

On était si près du but.

J'aurais jamais cru ça de vous.

Oui, eh bien… C'est vous qui avez laissé tomber la première.

Vous.

Merci de suivre nos programmes…

Qu'est-ce que tu fais ? Hmm ?

Tu envisages d'y retourner, quand ce sera terminé ici ?

Je ne retournerai vers rien du tout.

Je reprenais de vieilles notes. J'essaie d'éclaircir certaines choses.

Promets-moi de ne pas retourner lĂ -bas.

Installe-toi.

Fonde une famille rien qu'Ă  toi.

Non, c'est impossible.

Je peux pas avoir d'enfants.

Sottises. Tu n'as pas essayé.

J'ai fait l'amour depuis 1964, sans aucune protection.

Tu abrites une pécheresse sous ton toit.

Tu as eu des rapports avec tous ces hommes…

pour avoir un bébé ?

Et parce que j'aime ça.

C'est incroyable.

Il y a d'autres femmes comme moi. Partout.

Je voulais les aider.

Tu as tellement d'amour Ă  donner.

Respire.

Chh…

Dieu trouvera une solution…

ArrĂŞte. Prends une grande inspiration.

- Tu as du sang sur la bouche. - Ah bon ?

Oui.

Je t'aide Ă  aller au lit ?

Viens.

C'est curieux… quand on regarde la vie qu'on a eue…

bien souvent, on ne voit que nos échecs.

Tu n'as pas échoué.

Les choses qu'on aurait dû faire…

et qu'on a pas faites.

Maman…

Mais… la seule chose

qu'on ne peut pas voir comme un échec…

c'est nos enfants.

Parce que… ils sont toujours magnifiques.

Je t'aime, Jeannie.

Je t'aime aussi, maman. Très fort.

Bonjour.

Merci infiniment d'être venu. Elle aurait été très contente.

- Toutes mes condoléances. - Patrick.

Ça vous gêne que Bob me l'ait dit ? Je tenais à…

Est-ce que… Bob est là ?

Il a dit que vous ne voudriez pas le voir,

mais moi, peut-ĂŞtre.

Je n'étais pas sûr, mais Muriel m'a convaincu.

- Merci Ă  vous deux d'ĂŞtre venus. - C'est normal.

- Bonjour, révérend. - Merci.

VoilĂ  pour vous.

C'est bizarre, comme obsèques. On me regarde comme si j'étais le diable.

Ils me détestent encore. Tous autant qu'ils sont.

Ils sont tellement rasoir, avec ça.

Ma mère était beaucoup de choses, mais pas rasoir.

Pourtant, beaucoup de ses amis l'étaient.

Elle a eu beaucoup de chance d'avoir une fille intéressante.

Je n'arrive pas Ă  parler d'elle.

Dans ce cas, parlons d'autre chose.

Parlez Ă  quelqu'un d'autre. On ne se vexera pas.

- On s'est trompés. - On doit rentrer.

La stimulation.

On a créé de faux cycles chez toutes ces femmes.

Ă€ l'encontre de leur cycle naturel.

En éliminant cette perturbation et en vérifiant nos produits…

Il serait mieux d'aborder ça un autre jour.

C'est une idée intéressante.

- Ça vaut la peine d'essayer. - Patrick.

Il me reste quelques forces, Jean semble en avoir,

et vous ĂŞtes infatigable.

La seule question, c'est…

… si on maintient leur cycle régulier.

Vous n'avez rien d'autre à faire. Les élections n'ont rien donné.

Vous avez voté pour moi ?

Vos solutions sont incroyables. Vos processus sont les meilleurs du monde.

- En chirurgie, Patrick est époustouflant. - Moins d'hyperboles.

Mais on s'immisçait trop dans le processus.

Laissons les ovocytes se développer aussi longtemps que possible.

Supprimons les hormones perturbant la fertilité.

Ramenons les cycles menstruels à une forme de normalité.

On éliminera de nombreux risques d'échec. Bien sûr, j'ai voté pour vous.

Il faut recueillir les ovocytes

entre 24 et 26 heures après le début du pic de LH.

Pour avoir ce degré de précision sans médicaments…

Il faudrait des tests urinaires toutes les trois heures.

- Trois heures ? - Pour détecter le pic.

MĂŞme en faisant les choses bien, on n'aura qu'un seul embryon par femme.

Cela diminue nos chances.

Mais… un seul bon embryon vaut toujours mieux que…

quinze mauvais.

On surveille l'ovocyte jusqu'à fécondation,

on l'implante, et ensuite…

Il faudra une précision à toute épreuve à chacune des étapes.

On ne pourra plus jamais dormir.

Combien de temps avant qu'on vous mette Ă  la retraite ?

Jusqu'Ă  juillet 1978.

Donc, presque trois ans de privation de sommeil.

Vous ĂŞtes d'attaque ?

C'est une excellente idée.

SEPTEMBRE 1975

Je vois que tout change.

HORS SERVICE

Bien. Je crois que tout le monde est lĂ .

Alors… On va devoir vous surveiller de près tous les jours.

Pour ce faire, vous devrez emménager à Oldham.

Surveiller ce que vous mangerez et boirez.

Lorsque vous atteindrez la bonne phase,

on prélèvera vos ovocytes et on verra ce qu'on peut faire.

Comment vous connaîtrez notre phase ? Mon… cycle est pas toujours régulier.

On devra faire un monitorage urinaire.

Sur cette table, vous trouverez tout ce qu'il vous faudra.

Utilisez les flacons Ă  chaque passage. Nous les recueillerons et les analyserons.

- Merci, Sandra. - Merci.

Je sais, c'est pas facile.

Le risque est que les journalistes découvrent qui vous êtes

et vous affichent dans les journaux.

Merci, Martha.

On sait ce que c'est. On a connu ça et on vous remercie.

Certaines femmes sont déjà venues ici.

Elles avaient décidé de se surnommer le Club des Ovules.

Je trouvais ça assez chouette, comme nom.

Des femmes sont venues avant vous, d'autres viendront après vous.

Brenda Nutshall.

- Toutes nourries par l'espoir. - Merci.

Mais sachant, tout au long du processus,

que cela ne marcherait peut-ĂŞtre pas.

Mais pour les suivantes.

Sans vous toutes…

rien n'est possible.

J'étais un peu nerveuse, j'ai bu plus de thé que d'habitude.

Vous ĂŞtes presque au bouchon.

Je… Je dois…

Merci.

- Le Dr Ruth Hinton a organisé ce RDV ? - Oui.

AOÛT 1977

Et vos trompes de Fallope sont bouchées ?

Oui, docteur.

Ils l'ont opérée, mais ils ont… pas réussi à la soigner.

- Vous avez 29 ans, Mme Brown. - Oui, docteur.

Dix ans que j'essaie d'avoir des enfants.

Vous faites d'excellents candidats.

Il faudra que j'examine, par laparoscopie, sous anesthésie,

vos ovaires et votre bassin, que je voie quels dommages ont été causés.

J'aurai besoin d'un échantillon de votre liquide séminal,

obtenu soigneusement et proprement par masturbation

après quelques jours d'abstinence sexuelle.

Mon boulot a l'air plus facile.

Quelles sont nos chances ?

Il y aura plusieurs obstacles à franchir avant de répondre à cette question.

Il risque…

d'ĂŞtre anormal ?

Désolée, on lit des tas de choses dans les journaux…

Je vous comprends, je lis les mĂŞmes journaux que vous.

Les risques ne sont pas plus élevés que pour une grossesse naturelle.

Vous serez sous surveillance.

S'il y avait le moindre problème, vous en seriez informés.

- Merci, docteur. - Merci.

Exactement ce qu'on voulait, M. Steptoe.

Il y a quelques adhérences autour des ovaires.

Oui, M. Webster.

Mince…

Que trois petits follicules.

Aucun au stade pré-ovulatoire.

Ovaire gauche…

Celui-ci est bien. Interphone.

En ligne.

Bob. On a un bon follicule dans l'ovaire gauche.

Il est mature, 2 cm de diamètre, je dirais.

Mais… pas très facile à atteindre.

- Je suis prĂŞt. - Parfait.

Bien. Aspiration.

En cours.

Doucement, doucement…

Stop.

Merci, Surveillante.

Allez-y.

Interphone.

Je l'ai. Je l'ai.

Patrick, c'est un excellent ovocyte.

- "6-7-4-8-1." - "6-7-4-8-1."

Entrez.

Vous ĂŞtes seul ?

- Oui. Je me préparais. - Bien.

J'ai retiré ma culotte. Ne me demandez pas d'enfiler une blouse.

Ne vous avisez pas de faire venir Muriel.

Je l'apprécie, maintenant… mais quand même…

Vous croyez que…

C'est… possible pour moi d'avoir…

Non.

Mais si je… Qu'est-ce qui pourrait…

Si ce qu'on fait fonctionnait ?

D'après ce que j'ai pu voir, l'endométriose est profonde

et en effet très sévère.

Je peux essayer d'en retirer une partie, mais…

J'ai peur que la science ne soit pas encore prĂŞte pour vous.

Ce doit ĂŞtre douloureux, je peux essayer de soulager la douleur.

Non. Merci.

Que diriez-vous d'un verre ?

- C'est l'heure du petit déjeuner. - Je prendrai un jus d'orange.

Mais vous devriez… prendre quelque chose de plus fort.

Je suis d'accord.

- Bob vous a parlé de moi ? - Non.

Il savait, pourtant.

Vous saviez. Et peut-ĂŞtre Muriel aussi.

Nous avons travaillé ensemble…

pendant huit ans.

Il y a très peu qu'on ignore,

vous devez savoir des choses sur moi que je croyais privées.

J'ai servi dans la Marine pendant la guerre.

Comme médecin de bord.

J'étais… jeune, évidemment, mais assez capable,

et par la suite, malchanceux.

Notre navire a été torpillé.

J'ai nagé jusqu'au canot de sauvetage,

On a sorti tous ceux qu'on pouvait de l'eau.

Médecin de bord, c'est une chose.

Médecin-chef sur un bateau de sauvetage plein d'hommes mourants…

Je devais décider lequel soigner et lequel renoncer à soigner.

Avec des réserves limitées de morphine. Des réserves limitées en tout.

Je regardais ces hommes dans les yeux.

Et je prenais une décision, basée sur très peu d'éléments

indiquant s'ils seraient capables de survivre.

J'en suis plus que sûr, certains que j'ai condamnés

auraient pu vivre.

Je n'ose pas imaginer.

Pardonnez-moi. Vous n'avez nul besoin…

de savoir tout ça. Mais il me paraît important de vous dire

que ce qui m'a été le plus désagréable,

c'est de devoir décider lequel recevrait mon aide.

On a reçu des centaines de lettres. Vous en avez reçu aussi.

Elles me supplient de leur donner la chance d'entrer dans le programme.

Lorsqu'on lit tous leurs courriers… on le sent bien.

Leur regard se poser sur notre nuque.

Qu'on peut ĂŞtre une chance immense pour elles.

On peut rendre les femmes infertiles fertiles.

Mais il y a encore tellement de femmes qu'on ne peut pas…

qu'on n'est pas capables d'aider.

Et je n'arrĂŞte pas de penser que pour elles,

notre existence

n'est qu'une nouvelle source de souffrance.

On prend pour acquis qu'on aura des enfants.

C'est ce qu'on nous dit.

Il y a une attente sociale et biologique.

Rien ne rend la souffrance de ce manque pire encore.

On a la possibilité de la rendre plus supportable.

Alors, oui,

je vous dis ça

du point de vue de celle que le canot ne sauvera pas.

12 NOVEMBRE 1977

Patrick, seriez-vous disponible pour implanter l'embryon ce soir ?

Quatre cellules.

Quel genre de dîner d'anniversaire ?

C'est le prénom de votre femme ?

Vous connaissez celui de la mienne ?

D'accord, j'aurais dĂ» y prĂŞter un peu plus d'attention.

Tu as dit qu'on a loupé le dessert ?

Je vais lui dire. Et un fabuleux plateau de fromages.

Comment tu peux travailler dans cet endroit ?

Tu le vois après qu'on a donné un coup de frais.

Tu aurais dû voir avant. Il pleuvait à l'intérieur.

Maintenant, on a des vitres.

J'ai trouvé quelques biscuits.

Ah. Bonsoir, Surveillante.

- Nous n'avons pas perturbé votre soirée ? - Ravie de me joindre à vous.

- Un biscuit au chocolat ? - Quel festin !

Huit magnifiques cellules.

Muriel et moi préparons Mme Brown.

Je prépare la salle d'opération.

Canule de 2,2 mm.

Si vous pouviez monter et placer vos jambes sur les étriers,

ce serait formidable.

Parfait.

"6-7-4-8-1."

"6-7-4-8-1. Lesley Brown."

Parfait. Si vous voulez bien…

C'est bon.

C'est bon.

Est-ce que ça va ?

Je crois que je me sens enceinte.

Ça fait de moi une folle ?

Je ne dirais pas cela.

Beau travail.

C'est de pire en pire, avec la presse. Ils savent qu'on avance.

Il faut qu'on protège Lesley.

On les a déjà toutes protégées.

Vous savez ce que ces femmes ont enduré ?

Les journaux sont prĂŞts Ă  payer 5 000 ÂŁ

pour les noms et adresses des patientes.

5 000 de plus si l'une fait l'objet d'un reportage.

On pourrait devenir riches. J'ai tous les noms, toutes les adresses.

Ce sont des spécimens dans un bocal pour vous,

mais on parle de vies humaines.

Rachel, Kathy, Gail, Patricia,

Harriet, Jan, Gracie, Nicola,

Julie, Viv,

Polly, Marie, Violet, Sally, Lauren, Liz,

Jo, Christina,

- Mel. - Vous connaissez leurs prénoms.

Au Club des Ovules ?

Oui.

Je suis un scientifique.

J'échoue tous les jours dans l'espoir de réussir une fois en 20 ans.

Elles restent des numéros pour ne pas m'entraîner dans leur chute.

Vous ĂŞtes bizarre.

Le plus bizarre que j'aie connu.

25 JUILLET 1978

Bonjour.

Bonjour.

Bonne nouvelle, la tête fœtale atteint un diamètre de 9,6 cm.

Le rapport lécithine/sphingomyéline est à 3,9.

Il mesure la maturité pulmonaire du bébé.

Il pourra respirer correctement.

Normalement il est de deux, alors 3,9… c'est un très bon résultat.

- Elle est prĂŞte Ă  venir au monde ? - Oui.

La toxémie dont vous avez souffert me laisse un peu perplexe.

Nous devrions faire sortir votre enfant plus tĂ´t que plus tard.

Ce qui veut dire… une décision… à prendre.

Soit déclencher la naissance, soit pratiquer une césarienne.

On comprend à peine la moitié de ce que vous dites,

mais franchement… on a confiance.

Vous déciderez ce qui sera le mieux.

Vous conviendrez que ce serait plus facile sans la présence de la presse.

- Hmm. - Oui, bien sûr.

Recevez vos visiteurs habituels.

Ne leur dites rien.

Ă€ 21 h, vous rentrez chez vous, John.

On vous fera revenir discrètement.

À 23 h, on commencera l'opération,

et avant… minuit,

vous aurez votre enfant.

Qu'en dites-vous ?

On en dit que c'est merveilleux.

C'est Lesley Brown ?

Une photo, M. et Mme Frankenstein.

"Dr Frankenstein" !

- Je suis prĂŞte, M. Steptoe. - Merci, Muriel.

Je vais pratiquer une incision verticale.

Arrêtez ! Lâchez-moi !

Encore un journaliste qui prétend être plombier !

Lâchez-moi ! Virez vos sales pattes !

Ça devrait plus être long.

Plus ĂŞtre long.

Je vais maintenant pratiquer une incision

sur la partie inférieure de l'utérus.

Bien, aspiration.

Oh !

Vous entendez ?

Hein ? Vous entendez ?

PETITE FILLE BROWN

Jean, approchez.

C'est mon bébé ?

Oui.

Oh…

Merci.

Regarde.

Elle est lĂ .

Elle est lĂ .

Oui.

Essayez, c'est facile.

Je suis pas doué.

Bien ! Maintenant que Jean est lĂ , un petit discours.

- Oui ! Quelques mots. - Un discours ?

Non.

- Jean, un discours. - Allez.

Pas question.

Oh, d'accord. C'est moi qui m'y colle.

Évidemment.

Oh ! Attention…

- Avant toute chose, j'aimerais remercier… - C'est inutile. Pas du tout.

Allez, Patrick.

- Sans chacun de vous… - Vous auriez pu être député.

Très drôle.

Surveillante !

Pendant trois jours…

cette petite fille a grandi dans notre milieu de culture.

Elle a été réimplantée dans le ventre de sa mère

avec une incroyable dextérité.

Elle s'est extirpée de sa membrane et s'est magnifiquement développée.

On a réellement fait quelque chose d'extraordinaire.

On l'a fait parce que c'était nécessaire.

Ça a vraiment été un privilège

de travailler avec vous.

De tout sacrifier avec vous.

De créer avec vous.

Souvenez-vous de ce moment.

Je ne ferai jamais partie de quelque chose d'aussi extraordinaire Ă  nouveau.

Rappelez-vous-en et…

chérissez-le.

Ă€ vous tous.

Ă€ nous tous.

Et maintenant ?

On recommence tout à zéro.

Les Brown ont demandé si on aimerait donner le 2e prénom.

- J'avais pensé à Joy. - Oh, c'est adorable.

C'est un prénom magnifique.

C'est un bon choix ?

Un excellent choix.

Cher M. Killion, je suis fermement convaincu

qu'il faut inscrire sur la plaque ceux qui ont permis la conception

de Louise Brown.

Je pense tout particulièrement à Jean Purdy.

Elle m'a accompagné à Oldham pendant dix longues années

et a contribué à ce projet au moins autant que nous.

J'étais le biologiste, Patrick l'obstétricien,

et Jean…

on pourrait dire de Jean que…

Sans elle, rien de tout ceci n'aurait été possible.

Elle a rendu l'insupportable supportable.

Alors, c'est assez simple.

Son nom doit figurer sur cette plaque.

Bob s'est battu inlassablement pour l'ajout du nom de Jean

sur la plaque commémorative de l'hôpital Kershaw.

Une nouvelle plaque a été inaugurée en 2015,

30 ans après le décès de Jean d'un cancer

à l'âge de 39 ans.

Seul membre de l'équipe encore en vie,

Bob Edwards a reçu le prix Nobel en 2010.

Entre 1969 et 1978,

Bob, Patrick, Muriel et Jean ont accompagné 282 femmes,

et permis cinq grossesses et deux naissances,

celles de Louise et d'Alastair.

Depuis la naissance de Louise Joy Brown,

plus de 12 millions d'enfants issus d'une FIV

sont nés dans le monde.

Ce film est dédié à celles et ceux à l'origine de tant de joie.

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