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-Asseyez-vous, asseyez-vous.
Le problème avec la philosophie,
c'est que vous arrivez tous avec une idée en tête, là-dessus.
Et c'est ça qui me tracasse, qui m'ennuie.
Comme beaucoup de choses, comme pour la littérature,
vous arrivez
avec ces idées toutes faites.
Et je crois que le 1er travail,
en philo, justement et surtout,
ben, ça serait d'essayer de désapprendre,
d'oublier tout ce qu'on a pu vous dire sur la philosophie.
C'est déjà le meilleur moyen de commencer à en faire.
Il y a autre chose que je voudrais dire.
Particulièrement en philo,
s'il n'y a pas une demande de votre part,
s'il n'y a pas un désir véritable entre vous et la philo,
entre vous et moi, à un niveau individuel pour chacun et chacune,
eh ben, il se passera rien.
Ça, je peux pas l'avoir à votre place, ce désir-là.
-À ce moment-là entreront en jeu 2 défenseurs de l'autre équipe
qui vont venir marquer celles qui ont la balle.
Si j'ai la balle et que je suis marquée,
qu'est-ce que je fais ?
Si j'ai la balle et que je suis marquée,
qu'est-ce que je dois faire là-bas ?
Chercher quelqu'un qui est démarqué et lui passer la balle.
Si je n'ai pas la balle et que ma partenaire
a la balle, qu'est-ce que je dois faire ?
Eh bien, voilà.
Allez-y.
Toutes là, par 3, et puis 3 là-bas.
Mettez la balle là-bas au départ.
Démarquez-vous !
Démarquez-vous !
Karine, où vas-tu ?
C'est avec elle que tu es. Vous, vous êtes là.
-T'as vu Cathy ? -Oui, je l'ai vue. Pourquoi ?
-Elle rôde toujours autour de Bernard.
-Eh ben, oui.
Pourquoi tu me demandes ça ?
-J'ai l'impression
qu'elle vient foutre la merde.
-Tu prends ma veste ?
Merci.
-Regarde-les.
Elles vont se refringuer sans prendre de douche.
C'est dégueulasse !
-Pourtant, il y en a, des douches.
Ça dérangerait les profs qu'on soit tous à poil.
-Salut. -Salut.
-Bonjour.
-Ça va ? T'as assez de place ?
Qu'est-ce que t'as fait ? -Oh, rien.
Un petit tour en moto avec Cathy.
-Mais quelle moto ? -Pisula.
-Toi, t'as encore séché ? -Oui, bien sûr.
-Voilà Karine.
-Merde !
Comment je vais lui dire ça, moi ?
Comment tu lui dirais, toi ? -Je sais pas.
-Comment t'aimerais qu'on te le dise ?
-J'aimerais pas qu'on me le dise du tout.
-Bonsoir.
-Ça va ? -Oui. Et toi ?
-Oui.
-Comme toujours ? Toi aussi, Cathy ?
-Oui, bien sûr.
-Tiens, pousse-toi.
-T'as été en cours, aujourd'hui ? -Non.
-Pour changer. Toi non plus ? -Non.
-Comme par hasard.
-Qu'est-ce que t'insinues ? -Rien.
-Salut. -Bonjour.
-T'as vu le pétard qu'elle a ?
-Laquelle ? -La petite brune.
-Elisabeth ? -Oui.
Tu la connais ? -Oui, je la connais.
-Joli sourire. -Tu parles !
Elle sort sûrement avec les mecs qui ont du fric puis elle les plante.
-Et toi ?
-Ben, moi... Elle aime les grands blonds.
Tu sais, les filles faciles, moi, ça m'intéresse pas.
-La blonde a l'air d'aimer son mec.
-Elle aime surtout Bernard.
Il les aime toutes.
Et puis on les connaît trop. On les voit toujours ici.
Moi, je les trouve plutôt moches. Elles se nourrissent mal...
-Si t'es pas content,
tu vas voir ailleurs si elles sont mieux.
-C'est ce que je compte faire. -Hé, Cathy...
-Ben, écoute, c'est charmant, ce qu'il dit là.
-Elle dirait oui, il dirait pas non.
-[ci, c'est assez arriéré.
C'est tout un brin pour sortir.
Les parents sont durs. Surtout les pères.
Les filles, après 19 h, sont plus là.
-Elles sont vierges.
-Qu'est-ce que t'en sais ?
-Et Elisabeth ? -C'est une petite pute.
Attends, j'ai quelque chose à te dire...
Qu'est-ce que tu ferais, si Bernard te plaquait ?
-Je sais pas.
-Oh, tu vas pas chialer !
Va voir. Elle pleure.
-Tu vas pas faire un drame.
-Oh non, à peine.
-Oh, écoute... -Ben, quoi ?
-On a 19 ans, je te plaque, c'est tout.
-Ben, voilà.
Tu crois que je peux oublier comme ça ?
-Non, mais je sais.
Je t'ai aimée au début. Maintenant, c'est froid.
Alors je préfère plus sortir avec toi.
T'as bien remarqué cet après-midi, c'était plus froid.
Je vais pas m'amuser à sortir avec toi par pitié.
-Non. Je t'en demande pas tant.
Je me suis trop fait d'illusions.
-Quel salaud !
-C'est dégueulasse ! Tous les mêmes.
-Bon. Moi, je vais au foot, là.
Tu t'occupes d'elle ? Salut.
-Je suis toute seule.
-Moi aussi.
-Tu me payes un verre ? -Oui.
-Je veux un radeau.
-Elle est un peu racornie, ta cigarette.
-Ils ont commencé, ou quoi ? Merde !
-Ils ont commencé, ou quoi ? Merde !
-Dis donc, on a eu du mal à te trouver.
-Vous êtes à la bourre.
Ça commence.
-T'as du feu ? -Non. Je fume pas, moi.
-Tiens.
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Je sais pas.
-Allez, Didier. Allez.
-Ÿ a rien sur Rep, là.
-C'est lui qui fait la faute.
-Allez, Leclerc ! Ouais !
Faut jouer vite. Allez !
-CÇa a été ? -C'est désert, ce soir.
-Salut, toi. Comment ça va ? -Ça va.
-Elle t'abandonne, Elisabeth ?
Où est-ce qu'elle est partie ? -Je sais pas, moi.
-Tu t'appelles Philippe ?
-Toi, tu t'appelles Agnès.
-Qu'est-ce que tu fais ? Lâche-moi.
Où tu vas ? Où tu vas ?
-Lens ne ferme pas le jeu.
Il joue pour son public.
Ça fait 100 fois que je le dis, moi.
Et puis, crois-moi, c'est vrai.
-Elisabeth est partie.
-Tu vas pas me gâcher mon plaisir, va.
Je vais rentrer.
-Toi, t'es pareil que moi, hein ?
T'es de mon avis ? Lens, s'il fermait son jeu.
-Mais il peut pas le fermer. -Pourquoi il peut pas ?
-Mais il y a pas d'arrières.
-Ne me raconte pas d'histoires. Oh là là !
-Salut.
-Salut. -À bientôt.
*-Lens reprend l'avantage, 3 à 2.
-Alors, c'était bien, ton match ?
-C'est pas comme ça que t'auras ton bac.
-Je l'aurai pas, mon bac. Je fous plus rien.
-On ne peut pas tout faire.
-On ne peut pas dire que tu m'encourages beaucoup.
-Qu'est-ce que ça caille, ici !
Réchauffe-moi un petit peu.
-Ça va ? -Oui, ça va.
Tu vas avoir les mains glacées. -Pas plus que toi.
-Tiens, voilà Elisabeth.
Qu'est-ce qu'il caille !
-Ça va ?
-Salut, toi.
Tu vas avoir froid.
-T'es là, toi ? -Oui.
Toi aussi.
-Salut. Ça va ? -Bonjour.
-Ça n'a pas l'air d'aller. -Si, ça va. Pourquoi ?
À part que Rocky et moi, on va se marier.
-II manquait plus que ça.
-Ben, qu'est-ce que tu veux ?
De toute façon, les études, j'en ai marre.
Avoir le bac, ça va me servir à quoi ?
J'en ai marre, de mes parents.
C'est la même chose.
Ben, c'est vrai.
Rocky est un gentil garçon. Et puis je l'aime bien.
Il a un bon boulot.
J'en trouverai un aussi.
-Tes parents disent quoi ? -Ils s'en foutent.
Le mariage, pour moi, c'est la bonne planque.
-Tu peux pas juste te barrer, par exemple ?
-Partir de chez moi pour aller où ?
-Te marier à ton âge.
-J'ai pris cette décision, c'est tout.
Klaxon.
Tiens. Salut !
-Ça va ? -Ça va, oui. Et toi ?
Ça te dit, de dîner avec nous ?
-Tu préfères pas aller au resto ? -Ah oui, d'accord.
Je dîne avec Rocky, hein ?
-Tu montes avec moi ? -Oui.
Tu vois, ce qui est bien, avec toi,
c'est que c'est comme si c'était la première fois.
C'est ça qui est bien.
Allez, rentre.
-Bonjour, madame.
-C'est Philippe.
-Bonjour, Philippe.
Enlevez ça. Vous allez attraper la crève.
Va lui chercher une serviette.
Elle est mouillée, votre chemise ? -Non, ça va.
-Attends.
Tenez. Mettez ça.
-Merci. -Mais si.
Je vais faire du café.
Tenez, mettez-vous là.
Voilà. -Merci.
-Qui c'est ? -Un copain.
-Vous avez Le Monde ? -Je n'ai que France Dimanche.
-Bon. Alors un paquet de Gauloises.
Bonjour.
Alors, ma petite fleur,
je vois qu'on préfère les maths à la philo.
-Je peux vous emprunter votre Libé ?
-"Chéri(e) je t'aime", les petites annonces, c'est page 7.
-Bernard ? -Ouais ?
-I! est l'heure, hein ? Il est midi.
-J'arrive.
-Tu vas te lever, oui ? -J'arrive, ça y est !
-Je sais pas ce que tu vas faire dans la vie, toi.
Je ne sais pas.
Hein ? Qu'est-ce que tu penses faire dans la vie ?
Toujours dormir comme ça ? Traîner jusqu'à 2 ou 3 h du matin ?
-Eh ben, c'est pas plus mal.
-De notre génération, on n'aurait jamais fait ça.
-On évolue.
-""On évolue", bien sûr.
Mais c'est honteux. -""Honteux", "honteux".
Toujours la même rengaine, ici.
-Bonjour. -Bonjour, monsieur.
J'ai lu la dissertation, j'ai rien compris.
-On va en parler.
Vous venez ? -D'accord.
-II faut pas vous paniquer. Simplement.
-Les idées, c'est pas ça, le problème.
Mais comment les organiser ?
-Au lieu d'appliquer une méthode, vous lisez un bouquin sur Freud,
et les choses se feront d'elles-mêmes.
Et puis c'est pas la peine
de continuer à parler de cette histoire de dissertation.
Je vous passerai des bouquins.
-Des bouquins comme ceux-là ?
On rigole, quand on vous voit arriver
avec tous vos journaux, Libé, en plus.
Vous avez pas une tête à lire Libé.
-Pourquoi j'ai pas une tête à lire Libé ?
Remarquez, Libé, c'est pas moi qui le lisais. C'est ma femme.
Alors depuis qu'elle est partie,
moi, j'achète Libé. Ça me fait penser à elle, je crois.
C'est un peu bête. J'ai l'air d'un vieux con, là. Non ?
Non ? -Non.
-Et vous, alors ?
Je vais pas vous raconter ma vie.
Que faites-vous ?
-Ben, j'ai des copains. -"Des copains" ?
-Enfin, j'avais.
Parce que maintenant, j'en ai un. Enfin, un vrai, quoi.
-Ça veut dire quoi ?
-Ben, avant, je sortais avec toute la bande.
Mais j'ai rencontré un type qui travaille à la Sécu.
Je l'ai ramené chez moi.
C'était la 1re fois que je ramenais un type.
J'avais la trouille, mais ma mère était contente.
Elle avait l'impression d'avoir un fils.
-Et ça vous fait un petit frère. -C'est pas mon petit frère !
-C'est quoi, alors ? -Ben, je l'aime bien.
-Qu'est-ce qu'il vous fait ?
-Que voulez-vous qu'il me fasse ?
-Je sais pas, moi. Ça vous regarde.
II faut pas être teigneuse comme ça.
Qu'est-ce qu'il vous fait de bien ?
II vous baise, au moins ?
-Vous m'embêtez, avec vos questions. Ça vous regarde pas.
-C'est vrai.
-Bonjour. -Bonjour.
-Ça va ? -Ça va.
Vous êtes pas allé voir l'adjoint au maire ?
-Non.
-II était à l'école avec mon mari. II pourrait vous trouver du travail.
Faut pas rester à rien faire. C'est pas bon.
Surtout que vous êtes pas bête.
-Elle est pas rentrée, Elisabeth ? -Non.
-Qu'est-ce qu'elle fout ? Elle traîne.
-CÇa, comme traîneuse, elle craint personne.
Ah, elle en a eu, des gars. Enfin, avant vous.
-Dans tout ce qu'elle a eu, j'ai jamais rien trouvé de beau.
-C'est vrai.
Mon mari
dit pas grand-chose.
Mais depuis que vous êtes là, il est heureux.
-Alors, ça marche, la jaspinette avec Philippe ?
-Va chercher de la bière pour ton père.
-Laisse, j'y vais.
-Qu'est-ce que vous vous racontiez ?
-Des choses.
J'aime bien parler avec Philippe. On se comprend.
Avec Philippe, on dit des choses
qu'avec toi je comprends pas.
Il est moins bête que toi. Pourtant, il a pas le bac.
-Alors toi, quand t'as dit Philippe, t'as tout dit.
Il comprend tout, il te confie tout. Formidable.
-Toi aussi, tu te confiais, plus jeune.
-C'est pas vrai ! Mais je suis encore ta fille !
On va bientôt croire que je suis la belle-fille et lui ton fils.
-T'es jalouse, ma parole.
Tiens, "made in Malaysia".
Pas étonnant que l'usine de ta sœur marche au ralenti.
Ah dis donc, ça fait du bien de s'asseoir.
-Ah, ma petite dame.
-Fatiguée, mal dans le dos.
-Je te frotte ? -Non, ça va passer.
Il se débrouille bien, hein ? -Oui.
-Bonsoir, papa. -Salut, toi.
-Bonsoir, maman. -Bonsoir.
-Une tarte. Tout le monde aime ça. -Oui. Ça, c'est vrai.
-Salut. -Bonjour.
-Bon. Hé. Va donc faire la vaisselle, toi.
-Tu peux pas leur foutre la paix ? -Elle peut pas, elle ?
-Ta sœur ? Elle travaille, elle.
-Bon. Ben, laisse. J'y vais.
-Et tes maths ?
Je sens que ça va pas être encore pour ce soir.
-Ça me fait chier. -Et voilà !
-CÇa te fait chier ? Moi, à ton âge, j'allais travailler.
-Personne te l'a demandé.
C'est pas ma faute, si t'es bas de plafond.
-On peut avoir son bac et être caissière.
-CÇa, c'est vrai. -Le bac, c'est plus ce que c'était.
-Quand on avait
son certif, c'était quelque chose.
-Je l'ai passé 2 fois à cause de l'orthographe.
-On l'a passé ensemble. -Oui.
-En 1936. -Ah, elle le sait.
-Ça va, écoute...
C'était sur un texte... "La Biche."
-De Colette.
-J'ai eu la mention bien.
Mes parents étaient épatés. Ils étaient pas habitués à ces exploits.
J'aurais bien aimé continuer, mais on n'a pas pu.
-Maman... -Au revoir.
-Tiens. Pour le mois.
-Oh, ben, ça pressait pas. -Si, si.
-À mercredi. -D'accord. Bonsoir.
-C'est pas normal que ta sœur paye et pas moi.
-Mon père dit que tu payes pour que ça fasse pas d'histoires.
-Bonsoir, les enfants. -Bonsoir.
-Rentre pas trop tard.
-Tu vas la chercher ? -Pourquoi c'est toujours moi ?
-Écoute... Je sais pas, moi.
-On sera aussi bien dans ta piaule.
-On sera plus tranquilles, ici.
Tu vois ? Tu l'as encore regardé.
-Mais qu'est-ce que tu racontes, encore ?
-C'est plus fort que toi, peut-être ?
-Je regardais sa figure. -Tu le regardais marcher, aussi.
Moi, j'ai l'air d'un con.
-Mais c'est naturel, chez moi. Je regarde aussi les filles.
C'est tout le monde : les vieux, les mecs, les filles.
Toi, tu vois que les gars.
-La prochaine fois, regarde autre chose.
-On ne va pas rester là 107 ans.
-Ça sent bon, ici.
Il en reste ?
-Moi, j'ai jamais connu mon père.
-Moi, je le connais. Ben, merci.
-T'as de la chance.
-J'étais à l'orphelinat...
Tu crois que c'est marrant ?
Jusqu'à 14 ans, on te fait porter des culottes courtes.
Si tu veux te tirer... Toutes les fois où j'ai essayé.
-Tu t'es fait piquer. -Voilà.
À 14 ans, t'as tous les.
Les flics qui viennent te chercher.
-Vous avez envie de foutre quoi ? -Moi, je me barre.
Je fous le camp d'ici. -Tu feras quoi ?
-Je trouverai bien.
-Tu ferais la manche dans le métro ?
-Et pourquoi pas ?
-Je fais quoi, dans l'histoire ? -Je t'emmène.
-Ah ! Je préfère.
-Et lui, il va rester tout seul ? -Non. On va chez sa tante.
-Sa belle tante !
-C'est un moyen de s'en sortir. Moque-toi pas.
-CÇa fait 9 ans que j'ai pas vu ma tante, alors tu parles...
-Tu vas la voir deux, trois fois. Tu lui dis que tu passes à Paris.
Si, si, c'est vrai. Parce qu'elle a plein de ronds.
-Elle a pas d'enfants ? -Non. Elle veut en adopter.
-Ben, alors, tu es tout trouvé.
Je sais pas ce que ton père va dire...
-On se barre à deux.
-Mais regarde-moi ça !
Je t'avais bien dit qu'ils se droguaient.
-C'est quoi ? -I! est fou !
-Qu'est-ce que c'est ? C'est une Camel.
-Tu te fous de ma gueule ?
Je vous préviens, on va chercher la police.
Vous allez dégager. Je veux pas de drogués chez moi.
-Votre éducateur sera prévenu. -Petit voyou.
-Allez, dehors.
-Viens.
-On dégage de votre bordel.
Ils sont fous !
On était si bien.
-Où il est, mon blouson ?
-Moi, je te le dis, je dégage d'ici.
C'est un trou perdu.
-Ah dis donc, ton petit cul...
Tu sais que tu m'excites, avec ton petit cul ?
-C'est fini, ces cochonneries ?
-C'est pas des cochonneries. C'est normal. C'est la vie, ça.
Et puis, il faudra bien que tu commences un jour, hein ?
-Je sais pas.
-Tu vas tout de même pas rester sage toute ta vie ?
Me dis pas que t'as pas d'envie.
-Comme tout le monde, hein.
-Tu te touches, la nuit, comme ça, quand t'es seule, au moins ?
-Non. Ça. -C'est pas méchant.
Moi, je te dis ça parce que je t'aime bien.
Et puis... j'ai envie de te faire du bien.
Tu voudras bien que je te fasse plaisir un de ces soirs, hein ?
D'accord ? -Oui, d'accord.
-Mais qu'est-ce qui te prend ?
-Bonjour. Ça va ? -Bonjour.
Je croyais plus que tu viendrais. -Ben, si. J'ai été retenue.
-Ça va ? -Oui.
-Qu'est-ce que tu veux prendre ? -Oh, je sais pas.
-Un petit cocktail ? -Ouais.
-Un manhattan ?
S'il vous plaît, vous pourriez apporter un cocktail ?
-Oui. Lequel ? -Un manhattan.
Comment ça va, le travail ? -Plutôt mal. Je suis un peu fatiguée.
-Qu'est-ce que tu fais ? -Je travaille dans le textile.
À Roubaix.
-Ça te crève ? -Ah oui. Je me lève à 2 h 30.
-"À 2 h 30" !
Tu ne vas tout de même pas continuer à te crever comme ça ?
-Ÿ en a bien qui le font. Pourquoi je le ferais pas ?
-Tu te souviens, l'année dernière, à la mer,
tu m'avais dit que tu voulais épouser un vieux.
-Oui, c'est vrai. -C'est pas vrai ?
-Mais si ! -Tu rigoles ?
-Non. C'est sérieux.
-Pourquoi ? Pour son argent ?
-Non, pas forcément. Mais enfin...
-Tu coucherais avec lui ? -Ben, c'est tout à fait normal, non ?
-Je suis trop jeune pour toi, alors. -Oui.
Pourquoi cette question ? Vous avez une femme.
-Tu sais.
Dans la vie, on a toujours un peu besoin de tendresse.
Ce que je veux te dire, c'est que...
Je pourrais te faciliter la vie, faire quelque chose.
-En quoi faisant ? -Ben, tu sais bien.
Enfin... Enfin, tu comprends.
-Ben, et votre femme ? -Ben, ma femme...
Avec ma femme, c'est plus pareil.
Elle est fatiguée.
Elle a été opérée l'année dernière.
Ça va plus, quoi.
-Pourtant, c'est une femme très jolie.
Je vois pas pourquoi vous vous mettez à draguer des jeunes filles.
-Ben, je te drague pas. -Non ?
-Pourquoi t'es venue, alors ? -Pour passer le temps.
J'avais rien d'autre à faire.
-Tu sais que t'es jolie ? -Comment ?
-J'ai dit : "Tu sais que t'es jolie ?"
Tu me plais beaucoup.
Dis-moi. -Quoi ?
-Qu'est-ce qu'on fait ? -Je sais pas.
-T'es déjà allée au Régina ? -Non, jamais.
-On pourrait peut-être y aller.
On sera mieux qu'ici. -Ouais.
Oui.
-Froufrou
Froufrou
Certainement la femme
Séduit surtout
Par son gentil froufrou
-Moi, le jour de mon mariage,
j'étais tellement émue, j'ai pleuré toute la journée.
Mon mari, lui, il a pleuré toute la nuit.
-Les nuits de noces, ça existe plus.
Avant le mariage, on a déjà couché ensemble.
On n'a plus envie.
-Moi, c'est après le mariage que j'ai eu envie.
Pourtant, ça faisait 3 ans qu'on sortait ensemble.
-Faire l'amour, ça me fait chier.
Ça me fout en l'air, de faire la même chose.
On a beau essayer de changer, c'est toujours pareil.
-Oh, mais il est choquant !
-Philippe, je vais vous présenter l'adjoint au maire.
-Ah, pas maintenant. -Si, si. Au contraire.
Monsieur Deplampre, voici Philippe, l'ami de ma fille.
-Enchanté, jeune homme.
-Si vous pouviez l'aider à trouver du travail.
-Ben, qu'il vienne à mon bureau. Disons jeudi, vers 17 h.
-D'accord.
-Je croyais que vous étiez à la Sécurité sociale.
-Je n'ai pas été titularisé. -Ah bon ?
-Il y a eu compression de personnel. -Je vois ça.
-Je suis en nage !
-Merci. -Je vous en prie.
Tu t'amuses bien ? -Oui.
-Bon. Ben, on va s'en aller.
-Bernard, c'est un copain, pour moi, et puis.
-Je pourrais me confier, aussi.
-J'aime mieux pas parler de ça avec toi, Cathy. D'accord ?
-Qu'est-ce que t'as, toi ? T'es beurré ou quoi ?
Ça va ? -Oui. Et toi ?
-Pourquoi ça n'irait pas ? -On ne sait jamais.
-Bernard, arrête !
Mais enfin, sois sérieux ! -Ben, quoi ?
-Mais arrête !
Il est fou, ce mec.
Ça va, toi ?
-Mais t'es complètement fou, toi !
Il te les faut toutes. C'est quand même son mariage, hein !
-Je les aime toutes. Quand je les quitte,
je supporte pas qu'elles voient d'autres mecs.
-T'exagères. Tu pourrais faire attention.
-Où t'as été ? -Nulle part. Pourquoi ?
J'ai été longue ? -Non. Ça va.
-On s'est fréquentés 3 ans.
Oui, pendant 3 ans.
Je l'ai aimée, hein ? Adorée.
-Et maintenant ?
-Je t'en ai procuré, du plaisir ! -Ça va.
Et tu vois, au bout de 3 ans, on s'est mariés.
-T'as fréquenté d'autres femmes, aussi ?
-Oui !
Mais c'était pas la même chose.
Tu sais.
Hein, que c'est vrai ? -Je sais pas, moi.
-Et après ton mariage, t'en as aimé d'autres ?
-II m'est arrivé de trouver d'autres femmes.
-Tu les as aimées ? -Oh, jamais.
Ah non.
Non, jamais.
-Tu t'emmerdes pas, toi, pendant que je suis parti.
-On s'amuse, on rigole.
-CÇa va. Je t'ai vue lui embrasser le cou.
-Tu vois pas que je fais exprès de marcher dans son jeu ?
-T'arrêtes tes conneries, toi.
-Mais calme-toi. On s'amuse, mon vieux.
On est entre copains, ici.
-J'en ai marre, de toi.
Arrête de me faire chier, un petit peu.
-Mais Philippe, arrête !
-Mais t'es pas bien ? -Ta famille est là.
-T'es complètement bourré, ou quoi ?
-T'arrêtes un peu de te prêter à son jeu ?
-Mais quoi ?
-C'est fini, maintenant !
-CÇa va. T'arrêtes un petit peu ?
-Quand on ne sait pas s'amuser, on ne va pas à un mariage !
-Non, mais ça va pas, vous ?
Non, Philippe.
-I! est beurré.
-Il est pas beurré. Il a pas l'habitude de boire.
Philippe, ça va. Calmez-vous.
Venez avec nous. Venez.
Venez avec nous.
Ça va, hein ?
-Si tu t'étais pas conduite comme une salope, ça serait pas arrivé.
-Tu remets toujours les mêmes histoires sur le tapis.
Toi aussi, tu le faisais chier.
-Je le connais mieux que toi.
-T'aurais peut-être voulu te l'envoyer, aussi ?
Mais arrête ton cinéma !
-Petite garce ! -T'es complètement jetée.
-J'en ai marre, de toi ! -Arrête ton cirque 30 secondes.
-J'en ai marre. J'en ai marre ! -Calme-toi !
-Je voudrais mourir. J'en peux plus !
Je veux mourir. -Arrête !
-Fous-moi la paix ! -Mais arrête !
-Tu ne m'en empêcheras pas ! -Mais arrête ton cinéma, maman !
-Mon "cinéma" ? Petite garce !
-J'en ai marre, de ce cirque ! Je vais chercher ses affaires.
-Si Philippe veut
ses affaires, il viendra les chercher.
-Alors, t'as fait tout Lens ? Tu cherches ton mec ?
II s'est barré, hein ?
-T'es cocue ? T'as vu, à faire cocus les autres ?
-Tu cherches un mâle ? -Bon. Allez, dégagez !
-Ça va ?
-Non, ça va pas.
-Je vais me barrer. Je vais quitter Lens.
-Bernard ?
Où est-ce qu'il est encore, celui-là ?
Bernard !
-Salut. -Salut.
-Ça va ? -Oui.
-Oh là, oh là... -Non. Je fais attention.
-Il est beau, hein ? -Oui. Il a envie de se rouler.
Calme !
II faut pas avoir peur. Comme ça, là.
Tu vois, il fait rien.
Regarde. Il bouge pas. -Oui, oui.
Tu vas attraper froid. -Ça va.
-Tu te baignes tôt le matin, toi. -Oui, oui.
Ça fait du bien, ça.
-Un petit café ?
Ils sont encore en train de pioncer, ces cons !
Et les armoires ?
Y a pas d'armoire, dans cette caravane ?
Tu dors pas, toi ? Ça va ? -D'où tu viens ?
-De la plage, comme d'habitude. Tu te lèves pas ?
-Si, je vais y aller.
-Ça va ? -Ouais.
-Avec qui t'es venu ? -Avec ma sœur Valérie.
Elle a voulu venir, alors je l'ai amenée.
Tu viens te baigner ? -Oui.
-Et toi ? -Non. J'ai caillé toute la nuit.
-Y a que du café ? Rien à bouffer ? Moi, j'ai faim.
-Tu râles déjà ? -T'aurais pu aller chercher de quoi.
-Va à l'épicerie.
-T'aurais pas pu y aller ? T'es chiée, quand même.
-Tu t'es pas vue, toi !
-T'as vu à quelle heure je me suis couchée ?
Je suis fatiguée.
-T'aimes pas Pink Floyd ? -Non. C'est pas ma génération.
-C'est pas ta génération ? Mais t'es con !
-Non. C'est un truc de vieux.
-Tu peux rêver, là-dessus. C'est vachement bien.
-Non. J'aime pas.
-Ah, là, t'exagères. C'est beau, Pink Floyd.
-Non.
-Oh, t'es con ! -Non. C'est toi, qui es con.
T'écoutes de trucs comme ça ? -Ben, ouais.
-Bernard m'a fait écouter, j'aime pas du tout.
-Tu sais pas ce qui est bien, toi.
Tu connais rien à la musique.
-Mais tu connais pas plus que moi, merde !
Tu connais Bob Marley ? C'est super, ça.
-Oh, Bob Marley, arrête ! -Oh, arrête !
-Tu dis vraiment n'importe quoi, là.
Je vais me baigner.
-C'est du verre. -C'est dégueulasse, la plage, ici.
-Oui. Elle est pas vraiment propre.
-Tu verras. Elle est super, elle.
-Ouais ? -Ouais.
Et elle te prêtera un cheval.
-CÇa, je voudrais bien. -Je l'occuperai.
Les cloches sonnent.
Ils vont sortir.
La voilà.
-Bonjour. Ça va ? -Ouais.
Je te présente Patrick. Frédérique.
Il voudrait faire du cheval.
-Tu sais monter ? -J'en ai fait à l'armée.
-Tu te mettras derrière moi. Si ça marche, je te le passe.
-D'accord.
-Cet après-midi, on se voit ? -OK.
-Attention, il est nerveux. J'ai pas envie de l'approcher.
-Tu l'as vu, déjà ? -Oui. Ce matin.
Salut. -Salut.
-Salut.
-Tu veux l'essayer ?
-Ben, oui, je veux bien.
-Attends. Je descends.
Vas-y, monte.
-Fais gaffe, hein ? -Tiens-le bien.
Tiens les rênes.
Ajuste bien, ajuste bien.
Ça va ? -CÇa va, oui.
-Vas-y, comme à l'armée.
-Salut. -Salut.
-À tout à l'heure. -Ouais.
-J'espère. -Ouais. Moi aussi.
-Il va pas s'emballer ?
On va faire un tour ? -Oui.
-Tu retournes à Paris quand ? -Après les vacances.
-Jusqu'à quand tu restes ? -Jusqu'à la fin du mois.
Qu'est-ce que tu fais ?
-Je retourne à Lens, un petit patelin.
-Je connais pas.
-T'as de la chance.
C'est vraiment mort, là-bas. Y a que le Caron.
-C'est quoi, le Caron ? -Un café où on se réunit tous.
-C'est tout ce qu'il y a, là-bas ?
-Alors tu vois, je vais au lycée, puis je rentre chez moi,
et je pars au Caron.
-C'est pas marrant. -Non.
Chez moi, je m'entends pas avec mon père.
-Qu'est-ce qu'il fait ? -Il est mineur.
Il travaille au fond.
Et puis, tu sais, il est silicosé.
C'est une maladie.
Il a attrapé un sale caractère, depuis qu'il l'a.
Il peut pas sentir sa maladie, alors on s'entend pas du tout.
C'est surtout ma faute, pourtant.
C'est comme ça.
Je vais essayer de quitter Lens avec Patrick.
On va aller à Paris.
On pourrait te voir, comme ça. -Oui.
Si tu quittes le lycée, qu'est-ce que tu vas faire ?
-Je sais pas. Je vais peut-être être au chômage.
-À tout à l'heure. -Oui. À tout à l'heure.
-Et hier, qu'est-ce que t'as fait ?
-On s'emmerde, ici, mais enfin...
-À Lens, tu dois avoir des copines...
-Comme ça, oui. -"Comme ça" ?
-Moi, je suis pas branché sur les filles.
-Oh, ils disent tous ça. -Non, mais c'est vrai.
-Allez, on y va.
-On va bouffer un gâteau. Tu viens ?
-Ouais.
Je te paye un chou ou un baba ? -Bon. Je viens.
-Qu'est-ce qu'il fait là, lui ?
-Hier soir, qu'est-ce que t'as fait ?
-On a été en boîte.
À La Panne, en Belgique. -Je connais pas.
Je vais jamais là-bas.
-C'est du disco. Pas terrible.
-J'aime pas la musique disco. J'aime le punk, par contre.
Tu sais, les Music Lovers et les Sex Pistols.
-C'est pas tellement mon genre, mais...
-Moi, j'adore ça. Tu viens les écouter ?
-Oui, je veux bien. Pourquoi pas ?
-Amusez-vous bien.
-Tu te fais pas chier, toi.
-On mange ça, et puis on y va. On vous rejoint.
-À tout à l'heure. -À tout à l'heure.
-C'est bon ? -Oui, c'est bon.
-Regarde celle-là. Elle est superbe.
Je vais prendre ces deux-là.
Salut.
-Qu'est-ce que vous faites là ? -On se promène.
-Et vous ? -Moi aussi, je me balade.
-On a acheté des bonbons. Tenez. Vous en voulez ?
-Oui.
-C'est la surprise. -Ça pète dans la bouche. Écoutez.
Les bonbons pétillent.
-Tout, hein.
-Je vous invite à bouffer.
-On a des copains. -Ça fait rien.
-Je vais payer mes cartes.
-Vous en voulez ? Y en a plus.
-Dis donc, tu as un beau petit bateau.
-Hein, il est bien ? -Oui.
On irait bien y faire un tour. -Ouais.
-T'as mis la grande voile ? -Oh là là...
-C'est chouette, ici.
T'es seule là-dedans ? -Oui.
Par là.
-C'est ça, ta chambre, alors ?
-Tu veux bien me baiser sur mon lit de jeune fille ?
Ça te gêne ?
-Non.
C'est marrant, ça. Qu'est-ce que c'est ?
Ah bon, d'accord !
T'as plus les yeux en face des trous.
-Qu'est-ce que tu veux, je peux pas faire mieux.
-Fais voir plus bas.
D'accord !
-Dis donc.
-Il a la langue qui se perd.
Il a de belles dents, je trouve.
Il mord pas ?
-CÇa arrive.
-Appuie. -Ben, j'appuie.
C'est dur. -Appuie plus fort.
-Oh, vraiment ! -C'est bon.
-Ben, là, oui.
-Tiens, regarde. Je vais te montrer un truc. Donne.
J'avais un pote, à chaque fois qu'il allait dans un restaurant,
il se démerdait toujours pour prendre son truc comme ça.
Il y avait des gens à côté de lui, et il faisait...
À chaque fois, ça lui faisait clac !
-Tiens, voilà les "cop's".
-Salut. Ça va ? -Ouais.
-C'est nos copains, ça.
-On peut bouffer, là ? On crève la dalle, nous.
-Vous voulez bouffer ? -Ouais.
-Bon. Ben, asseyez-vous.
-Tiens, assieds-toi à côté de moi.
*Patrick Juvet : "Où sont les femmes ?"
Musique disco.
-T'as déjà fini, toi ? -Quoi ? Oui.
-C'était bon ? -Ouais.
On reviendra encore.
Ah, la jeunesse se paye.
C'était bien bon.
-Ça fait mal, hein ?
-Non. On a passé un bon moment.
-Oui. On reviendra encore. -On reviendra.
Vous inquiétez pas pour nous.
Bon.
-Merci, monsieur. -Merci.
-Salut. -Salut.
-Ben, et moi, alors ?
-CÇa a été, le cheval ? -Ouais, ça a été.
-Il arrive avec ses gros sabots, lui.
-La peau de la bête.
-C'est bon, là.
Fais voir.
-T'en veux pas ? -Non.
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
-C'est un bon souvenir.
-C'est un cadeau pour Agnès.
-Tiens, Agnès. -Je peux sentir ?
-Oh, mais arrêtez. Vous m'énervez, à la fin.
-C'est con, les mecs.
-"C'est con, les mecs".
-S'il vous plaît, madame, la rue des Rosiers ?
-Tu connais la rue des Rosiers ?
-Non. Je connais pas.
-Bon. Merci.
-Ça a pas été trop dur, aujourd'hui ?
-Bonjour, grand.
-Bonjour.
Maman, c'est sûr.
Au 2 juin, je pars à Paris avec Bernard.
-Tu vas faire quoi, là-bas, tout seul ?
-Pas tout seul, il y aura Bernard. Je vais travailler.
Un petit boulot, comme ça. -Encore faut-il trouver.
-Je trouverai bien. Puis j'ai encore le chômage.
-Ça va pas durer, ça.
-Oui. Jusqu'à octobre, j'ai le chômage.
J'ai le temps de voir, quand même.
Qu'est-ce que je vais faire, ici ?
-Tu fais ce que tu veux.
-Comme Annick ?
Mariée à 19 ans, et puis 2 enfants, voilà.
Le matin, partir travailler, revenir manger,
puis le soir, dormir.
Quelquefois, le samedi, le cinéma,
quand quelqu'un garde les gosses.
-Que veux-tu ?
C'est la vie.
-Ah oui, "c'est la vie" ? Non, c'est pas la vie, ça.
-Bonjour, madame. Est-ce que Valérie est là ?
Est-ce qu'on pourrait la voir sans vous déranger ?
-Oui. On veut vous parler.
-Très brièvement, au sujet de votre fille.
Vous pouvez nous recevoir ?
Excusez-nous de débarquer comme ça. -Entrez.
-Écoutez. Voilà.
On a eu votre adresse par Valérie, et on s'est permis de venir
pour vous demander l'autorisation
de lui laisser faire des photos pour...
-Qu'est-ce que c'est que ces photos ?
-Non, non...
-Valérie ?
-C'est quelque chose de tout à fait sérieux.
-C'est quoi, cette histoire ?
-Je les ai rencontrés dans un café. J'ai donné l'adresse.
-I! s'agit d'une série de photos de mode et de beauté
qui est faite avec un contrat,
qui a lieu dans une maison à Cannes.
-Avec piscine, voiture Rolls et tout.
-Ça m'intéresse pas du tout, moi.
Je trouve pas ça bien.
-C'est à Cannes, dans une très belle villa.
-Bonjour, monsieur.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Nous sommes passés à cause de Valérie,
pour vous proposer, à vous-même et votre femme,
de lui faire faire une série, pendant les vacances scolaires,
une série de photos de beauté tout à fait honorables.
-Je vais vous donner une gamine de 16 ans
pour aller dans une villa, piscine...
-Je comprends votre réaction, mais c'est pas la Tre qui le fait.
Il y a beaucoup de pères qui autorisent.
-Et puis il faut un début à tout.
-Non, non, non. -C'est vraiment une jeune fille.
-Il y a des sections de juniors dans les agences...
-N'insistez pas, c'est pas la peine.
De toute façon, elle n'ira pas.
Vous prenez la porte et vous partez comme vous êtes venus.
-Bon. Très bien.
-Bonsoir.
-Au revoir, Valérie.
-Et voilà.
Alors, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Tu les connais, ces gens-là ? -Je les ai vus une fois.
-C'est tout ?
Tu t'en vas comme ça avec des gens qui...
-Tu vas quand même pas faire des photos !
-Ça aurait pu être intéressant.
-Vous n'allez pas en faire toute une histoire.
T'as même pas demandé ce que c'était, ces photos.
-Je les connais, ces gens-là. -Oh, arrête !
-Oui, je les connais. Bien sûr !
-Si ça se trouve, elles auraient été bien.
-T'as rien à voir, toi, là-dedans. -Vous comprenez rien.
-Bien sûr, toi, tu comprends tout. T'es jeune, toi.
-Tiens ! Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
-Ça va, toi ? -Oui. Ça va, ça va.
-Tu m'embrasses pas ? -Mais si.
-Tu peux nous loger, ce soir ? -Oui, oui.
Moi, je termine à 21 h. -Tu termines à 21 h ?
On passe te prendre ici ou à la cafèt' ?
-Oui, viens me chercher là, plutôt.
Je t'attends à 21 h. -21 h, entendu.
Merci. -À tout à l'heure.
*-Mme Jakovski, vous êtes demandée à la caisse centrale.
-On pourrait lui acheter quelque chose.
-Moi, ça me fout le tournis, ici. On se tire.
-Eh ben, ça, pour une surprise !
Ça fait un moment.
-Bonjour. -Bonjour.
-Bonjour.
-Philippe. -Ah...
Bonjour. -Bonjour.
-Ben, on ne vous voit pas souvent au lycée.
-Je suis partie 2 mois.
-Enfin, rien n'est perdu, si vous revenez l'année prochaine.
-L'année prochaine ? -Oui. Redoublez.
C'est pas grave, à votre âge. -Vous croyez ?
-Si vous étiez ma fille, je vous le conseillerais.
Mais vous allez penser que je suis un vieux.
Faites comme vous voulez.
J'aimerais bien vous revoir l'année prochaine.
D'accord ? -D'accord.
-Vous voulez un bonbon ? -Non, merci.
-Non, merci.
-Au revoir, monsieur. -Au revoir, Elisabeth.
-Au revoir. -Au revoir.
-C'est mon prof de philo. Il est sympa, non ?
Avec ses bonbons !
-Qu'est-ce que vous faites là ?
-Bonjour. -Bonjour.
-Ça va ?
-T'aurais pu prévenir que tu revenais,
depuis le temps qu'on n'a pas de nouvelles.
Ça fait une semaine que vous êtes là.
-Non. On t'a raconté des bobards. -On me l'a dit.
T'aurais pu passer à la maison.
-J'ai essayé d'écrire, j'arrivais pas.
-Évidemment ! T'aurais pu envoyer un mot.
-C'est interdit, la porte de secours.
-On n'a rien fait. Voilà.
-Faudra plus passer par là. -Oui.
-Tu promets, hein ? Les parents sont inquiets.
-Promis. -Promis, hein ?
Au revoir. -Au revoir.
-Mais qu'est-ce qui vous prend ?
-Excusez-moi, madame.
-294 francs, s'il vous plaît, madame.
Merci.
-Voulez-vous patienter un petit instant ?
Avez-vous fait votre travail correctement ?
-Bien sûr, madame. -Je ne le pense pas.
Avez-vous vu cette robe ?
-J'ai pas regardé dans le sac.
-C'est votre travail.
-Mais comment se fait-il ? -C'est à vous de répondre.
-À ce moment-là, je vais regarder dans la boîte de biscuit aussi.
-Pas d'ironie, s'il vous plaît.
-Si c'est comme ça, merci, au revoir.
J'en ai marre. Vous ne me reverrez pas.
Je suis fatiguée.
Mon boulot, je vais pas y rester.
Ils font des contrôles de caisse, des contrôles de caddie.
C'est toujours : "Votre caisse n'est pas exacte.
"Il manque 10 francs. Hier, il en manquait 20."
Je crois que je vais arrêter.
On frappe.
-Bonjour, madame. -Bonjour.
Elisabeth n'est pas chez vous ? -Non.
-Vous savez qu'elle est à Lens ? -Oui, je sais. Mais rien d'autre.
Vous voulez rentrer ? -Non, merci.
Au revoir. -Au revoir.
-Elle est d'aujourd'hui, ta soupe ?
-CÇa fait 3 jours que je l'ai faite. Je vais la passer au mixeur.
-Il y a que ça à manger ?
-Oui, il y a que ça. Et alors ?
-Qui c'est qui va manger avec ça ?
-Si t'es pas content, t'as qu'à la laver.
-Et par terre, tu pourrais pas laver ?
-T'as qu'à payer une bonne. Je vais pas tout faire.
Faire la bouffe, nettoyer. -Je travaille.
Toi, t'es là toute la matinée. -Oui, c'est ça.
Reproche-moi encore des choses.
-Ouais. -Ben, vas-y.
-Tu travailles sans goût, alors.
-Tu veux faire la bouffe ? Moi, j'y vois pas d'inconvénient.
-Regarde ça. Fais voir !
-Mais écoute, laisse. Je sais le faire, non ?
-Regarde. Il y a rien qui marche.
Combien tu l'as payé, ça ? -Je l'ai eu en solde.
-T'achètes des bricoles.
-T'as qu'à écraser la soupe avec une fourchette.
Moi, je commence à en avoir marre !
-Tu le cherches. -Laisse-moi tranquille !
Tu m'énerves. T'es toujours en train de m'engueuler.
Ça suffit !
Laisse-moi tranquille.
Fracas.
-Laisse-moi faire, merde !
-Tu vois bien qu'elle est énervée. Arrête !
Je vais y aller. Je vais la calmer.
Agnès, allez...
-Oh, laisse-moi, Bernard. Va-t'en. Ça sera mieux.
-Tu t'énerves pour un rien. -T'as vu comment il m'a traitée ?
Je commence à en avoir marre, de lui.
Je peux plus vivre, moi.
J'en ai assez.
-CÇa fait pas 3 mois que t'es mariée. -Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
Je regrette d'avoir abandonné les études.
J'aurais été styliste. Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
-Tu peux toujours continuer.
-À 19 ans, tu parles !
Je préfère encore aller travailler à ma caisse
au lieu de rester chez moi à me faire chier.
Au moins, je vois du monde.
J'en ai marre !
Et quand je lis un bouquin, Monsieur me surveille.
C'est limite si je dois pas lire en cachette.
Tout de suite, c'est la scène.
Le dimanche, on va à Stella-Plage.
À part le lit, pour lui, il desserre même pas les dents.
J'en ai marre, moi. Ras le bol.
T'as vu les anguilles
qu'il a ramenées ?
On ne peut même plus se laver, ici.
Oh non. Laisse ça !
Ce sont des sales bestioles, ces trucs-là.
Bernard, je dois t'avouer quelque chose.
Je t'ai toujours aimé. -Oh, arrête.
-Si, c'est vrai. Mais ça n'aurait pas pu marcher.
T'es toujours en train de chercher de ton côté, moi du mien.
C'est mal foutu, la vie.
On ne peut jamais aimer ceux qu'on aime vraiment.
-Faut rentrer, là. Il y a Rocky qui s'énerve.
-Oui. On arrive.
-On a trouvé une chambre à Paris.
On part, moi et Patrick.
-Qu'est-ce que vous allez foutre, là-bas ?
-Ben... travailler. -"Travailler" ?
-Tu sais, être au chômage ici ou là-bas.
Moi, j'en ai marre, du bahut.
Il a trouvé un boulot. -Dans une banque.
-Qu'est-ce que tu vas faire ? -Ben, rien. Des petits boulots.
-Ah ben, c'est pas plus mal.
Mais enfin, vous partez, et je vais rester ici toute seule,
encore à supporter ce con.
C'est pas possible, ça.
-Vous venez bouffer, là ?
Vous n'allez pas coucher dehors.
-T'aurais dû nous faire cuire tes anguilles.
-Au revoir, mon grand.
Tu reviens me voir de temps en temps.
Tu me laisseras pas sans nouvelles ?
T'aurais dû mettre un plastique. Tu vas la salir.
-Je changerai la couette.
Enfin !
-Oublie pas le frein à main.
Jamais t'arriveras à Paris. Rebraque par là. Tout par là !
Stop, stop !
-Asseyez-vous, asseyez-vous.
Comme on a dû vous le dire,
je suis votre nouveau professeur de philosophie.
Les années précédentes, vous avez rempli des fiches.
On va faire pareil.
C'est une question administrative. Ne perdons pas trop de temps.
Mais il faut le faire.
Bon. Alors...
Le problème, avec la philosophie,
c'est que vous arrivez tous avec une idée en tête, là-dessus.
Et c'est ça qui me tracasse et qui m'ennuie.
Félicitations.
Comme beaucoup de choses, comme pour la littérature,
vous arrivez avec des idées toutes faites.
-Ça y est, ça recommence. C'est le même disque.
-Ça me fait chier. Je pense pas que je continuerai.
-Et je crois que le 1er travail,
en philo, justement et surtout,
ben, ça serait d'essayer de désapprendre,
d'oublier tout ce qu'on a pu vous dire.
C'est déjà le meilleur moyen de commencer à en faire.
-À quoi tu rêves, ma fille ?
-À rien.
Tu vas en avoir assez ? -Oui.
Vous aurez un beau mariage.
Alors, ça te plaît ?
-C'est superbe.
-Je crois que tout le monde sera content.
Voilà.
Sous-titrage : Eclair Group
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