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Original subtitles

SANS JAMAIS NOUS CONNAĂŽTRE

Bonsoir.

Je t'ai vu me regarder d'en bas.

Je te vois souvent passer, la tête baissée.

Un jour, l'alarme sera pour de vrai.

Il y a que nous ici, c'est dingue.

Il y a mĂŞme pas encore de gardiens.

Harry.

Adam.

Comment tu supportes ?

Quoi ?

Écoute.

Pas un bruit.

On est en plein Londres et on entend rien.

Je mets de la musique, mais c'est pire quand ça s'arrête.

J'ai même acheté un...

un machin Ă  bruit blanc.

Mais ça fait comme une voix qui me parle.

Les fenĂŞtres s'ouvrent pas.

Normal, ils veulent pas qu'on saute.

C'est mauvais pour le business,

des corps écrasés par terre.

Qui voudrait habiter ici ?

Un verre ?

C'est japonais.

C'est genre le top,

mais je sais pas pourquoi.

Non, merci.

Et si j'entrais quand mĂŞme ?

Pas pour un verre...

Pour ce que tu veux.

C'est pas une bonne idée.

Je te fais peur ?

On fait rien, si je te plais pas.

Il y a des vampires Ă  ma porte.

EXTÉRIEUR - MAISON DE BANLIEUE 1987

Ce train a pour destination East Grinstead.

Il desservira Clapham Junction, East Croydon, Sanderstead,

Riddlesdown, Upper Warlingham, Oxted et East Grinstead.

Maman !

Salut.

J'ai pris un truc fort, pour une soirée comme ça.

Non, merci.

On y va ?

Où ça ?

Ă€ la maison.

Elle va ĂŞtre super contente de te voir.

Devine qui traînait dans le parc ?

C'est lui ?

Oui, c'est bien lui.

Regarde ses yeux.

Oui, c'est toi.

Reste pas lĂ .

Entre.

Tu vis oĂą, maintenant ?

Pas par ici, c'est sûr.

Ă€ Londres.

C'est chic !

Vers oĂą ?

Tout seul ?

T'es proprio ?

Oui.

J'ai un petit appart.

Alors, tu vois ?

Je savais qu'il se débrouillerait bien.

C'est un luxe de vivre dans la pollution.

Et tu fais quoi ?

Écrivain.

Tu vois ?

Non, non.

Je suis pas riche ou ce genre de truc.

Je savais que tu serais un artiste.

Et tu écris quoi ?

Moi, j'adore Stephen King.

Carrie, Cujo...

Je suis pas un vrai écrivain.

J'écris des scénarios.

Pour le cinéma.

Ou la télé, quand il faut.

Un écrivain.

C'est tellement génial. Si je parlais aux voisins, je leur dirais.

Les écrivains en savent moins sur le monde réel

que la plupart des gens.

Qu'est-ce que t'en sais ?

Tu sais à peine écrire.

C'est vrai.

Écrivain.

Notre fils.

On est vachement contents que t'aies réussi.

Ça suffit, les trucs de pédales.

Notre garçon est revenu.

Tu mets quoi ?

Tu vas voir.

Tu te rappelles ta petite voiture rouge ?

Tu l'adorais !

Tu voulais aller sur la vraie route.

C'est mon premier souvenir.

C'est une Ford qui l'a percuté ?

C'est ça.

Elle était verte. Tu te souviens ?

T'as volé comme une poupée de chiffon. T'es allé tellement haut !

Mais c'était rien. Tu as eu quelques bleus.

Ă€ l'hĂ´pital, ils m'ont pas crue.

Et le feu d'artifice, quand t'as flippé ?

Tu te souviens ?

T'avais six ans ?

Non, il était plus grand.

Ça a commencé,

tu t'es mis Ă  hurler, j'ai dĂ» te ramener.

C'est vrai ?

Tu t'es endormi sur mon épaule.

Je me souviens pas.

T'étais mal, t'étais paniqué.

Et moi, je voulais juste

que tu profites du feu d'artifice.

Tu étais un petit garçon sensible.

Peut-ĂŞtre.

Tu as encore peur des feux d'artifice ?

Non !

C'est fou, il parle comme ma mère.

- T'as remarqué ? - Oui.

Quand il a dit : "Je suis pas un vrai écrivain."

Redis-le.

Certainement pas.

C'est chouette de te revoir.

J'y croyais plus.

Mais t'es lĂ .

Je suis lĂ .

Reviens vite.

L'un de nous sera lĂ .

S'il te plaît.

Je reviendrai.

Bien.

On rentre.

Bonne nuit, mon chéri.

Désolé pour l'autre soir.

C'est rien.

T'inquiète pas.

Salut.

En fait, j'aime vraiment le whisky.

Si tu veux prendre un verre...

Tu entres ?

Tu veux un verre ?

T'as quoi ?

De la vodka, des bières...

De l'herbe, si tu préfères.

Oui, c'est mieux.

J'évite l'alcool.

T'aimes bien vivre ici ?

Ce sera mieux avec des voisins.

S'il y en a un jour.

T'as des potes dans le coin ?

Non, pas vraiment.

Et toi ?

Pas vraiment.

Ils ont presque tous quitté Londres.

Ils veulent un jardin pour les enfants

et les grands-parents pas loin.

Mais toi, tu voulais pas partir.

Non.

Je ferais quoi, Ă  Dorking ?

C'est pas pour les gens comme moi.

T'es bien pédé, hein ?

Tant mieux.

Enfin, gay.

Pédé...

J'arrive pas à m'appeler pédé.

C'était violent, comme insulte.

Mais gay, c'est pareil.

Tout le monde disait...

"Trop gay, ta coupe."

"Trop gay, ton canap."

"Trop gay, tes baskets, ton sac..."

Du coup, pédé, ça ferait presque poli.

Ça fait oublier qu'on suce des bites.

J'imagine que t'es avec personne.

Je te vois toujours seul.

T'es souvent célibataire ?

Souvent célibataire ?

Je crois, oui.

- Et toi ? - Oui.

C'est pas faute d'essayer.

Et si je t'embrassais ?

D'accord.

Désolé.

Ça va ?

Ça fait longtemps...

Il faut que je pense Ă  respirer.

Ça va ?

C'est toi ?

Malheureusement.

T'étais mignon.

Je déteste les photos de moi.

Enfant, j'étais gros.

Mais bon...

Les gros, on leur demande pas s'ils ont une copine.

On aurait été potes.

On aurait séché le foot pour mater les garçons.

C'est ton père ?

Il est beau.

J'essaie d'écrire sur eux.

C'est ton métier ?

Ça se passe comment ?

C'est bizarre.

Je vois pas beaucoup mon père.

Et toi ?

Non, ils sont morts.

Juste avant mes 12 ans.

Tous les deux ?

Accident de voiture.

Pas très original.

Je suis désolé.

C'était il y a longtemps.

Ça change rien.

J'aimerais te revoir.

Je peux dormir ici, si tu...

J'ai une meilleure idée.

Pas ce soir.

Je veux te revoir, mais...

Te justifie pas.

Merci.

Mon chéri, tu es revenu.

Bien sûr.

Tu es trempé.

Enlève ça.

Je me déshabille pas.

Arrête un peu, c'est moi. Lève les bras.

Je les mets au sèche-linge.

Je suis toute seule, ça te va ?

- Bien sûr. - Super.

Je veux tout savoir.

Monte, va te changer.

J'ai tellement hâte !

Plus rien ne te va ?

Non.

Tiens, des affaires de ton père.

Enlève ça aussi, je le sèche avec le reste.

Allez, enlève-moi ça.

Franchement...

Dis donc...

Quoi ?

Tu étais un petit garçon.

Et tu l'es plus.

Tu as changé, mais c'est toujours toi.

Je te voyais poilu.

Comme ton père.

Désolé.

Un torse poilu, j'aime bien.

Tu sais qui tu me rappelles ?

Qui ?

Tu es le portrait de mon père.

C'est vrai ?

Dans mes souvenirs de petite fille.

C'est pas dingue ?

Je vous vois tous les deux en mĂŞme temps.

J'ai préparé ce que tu préfères. Enfin, j'espère.

Je fais chauffer l'eau

et tu me racontes tout.

Délicieux.

Super.

Ton père ne veut pas que je demande mais tu n'as pas d'alliance.

Tu as une copine ?

Je la vois châtain, pas trop mince.

Intelligente, évidemment.

Alors ?

Quoi ?

Tu en as une ?

J'ai pas de copine.

C'est dommage.

Je suis pas intéressé par les filles.

Par les femmes.

Comment ça ?

Eh ben...

Je suis gay.

Homosexuel ?

Oui, c'est ça.

C'est vrai ?

Depuis quand ?

Depuis longtemps.

C'est-Ă -dire ?

Depuis toujours.

T'as pas l'air gay.

Je vois pas ce que tu veux dire.

Mais si, tu vois très bien.

VoilĂ  un truc que tu dirais pas aux voisins.

Je reconnais que je suis surprise.

Je sais pas ce que j'en pense.

Tu t'es jamais dit que c'était possible ?

Bien sûr que non.

Aucun parent ne veut penser ça de son enfant.

Moi, je le vis bien.

Les gens ne se moquent pas ?

Non.

Les choses ont changé.

Personne ne se moque ?

Pas devant moi.

Tout le monde le sait ?

Tu le dis ?

Dans la rue ou dans les magasins ?

Ça dépend de la rue.

Les gens le savent. Ça les dérange pas.

Tu veux pas te marier, avoir des enfants ?

Je peux en avoir.

Les hommes se marient. Les femmes aussi.

Entre eux ?

Pourquoi ?

Comment ça ?

C'est le beurre et l'argent du beurre.

Tu veux te marier et avoir des enfants ?

Je sais pas. C'était impossible, avant.

C'était même pas la peine de se poser la question.

Il est froid.

Ça va ?

Oui.

T'es sûre ?

Je n'ai jamais su ce qui se passait dans ta petite tĂŞte bizarre.

Tu te sauvais tout le temps.

Une fois, tu es allé jusqu'à la gare,

mais tu avais perdu ton argent.

Tu te souviens ?

Oui, le billet de 5 livres de mamie.

Oui, c'est ça.

Où tu espérais aller ?

J'en sais rien.

Ă€ Londres.

J'imagine.

Ă€ Londres ?

Mince.

Une fois,

tu es allé jusqu'au bout du jardin,

mais tu t'es coupé

et tu es revenu, penaud, avec du sang partout,

et tu as frappé

pour que je t'ouvre.

Je la vois.

Ă€ peine.

On dit qu'ils ont une vie solitaire.

Non, on ne dit plus ça.

Tu ne te sens pas seul ?

Pas parce que je suis gay.

Pas vraiment.

Pas vraiment.

Et cette maladie épouvantable ?

J'ai vu les annonces à la télé,

avec les tombes...

- Je dois m'inquiéter ? - Non.

ArrĂŞte.

Tout a changé.

Tout a changé.

Ça, je peux pas le savoir.

Tes habits doivent ĂŞtre secs.

Prends les biscuits, je les mangerai pas.

Ça va pas ?

Si, ça va.

J'ai pris froid, c'est tout.

T'as de la fièvre.

J'étais...

J'ai pris la pluie.

Je te fais couler un bain ?

Ma grand-mère dit que ça guérit tout.

J'aime pas les bains.

Arrête tes conneries. Tout le monde aime ça.

Faut pas ĂŞtre timide avec moi.

Oui, facile Ă  dire.

Je ferme les yeux ?

S'il te plaît.

Ça va mieux ?

J'ai pensé à toi et moi, aujourd'hui.

On regardait des conneries à la télé le vendredi soir.

On mangeait sur ton canapé.

On regardait des vieux Top of the Pops d'avant ma naissance.

J'ai aussi pensé à autre chose.

Ă€ te baiser.

Ah oui ?

Ou toi, tu me baises, je m'en fiche.

Tu fais ça ?

Sinon, c'est pas grave. C'est pas obligé.

Je l'ai pas fait depuis longtemps,

évidemment.

Évidemment ?

J'avais trop peur

de mourir.

Ça doit être difficile à imaginer, pour toi.

Un peu.

T'as dit que tu voyais pas souvent ton père.

Et ta mère ?

Pareil.

Comme ça se fait ?

Ils savent que t'es pédé ?

Bien sûr.

Et ça leur va ?

Ça leur va.

Ils sont super vieux jeu.

Ça leur va moins qu'à beaucoup de gens.

Ça les dérange pas...

si t'en parles pas trop.

On peut dire que j'ai...

dérivé vers la limite du cercle.

Presque jusqu'Ă  la limite.

Presque de l'autre côté.

C'est-Ă -dire ?

Le cercle de la famille.

Ma sÂśur et ses enfants,

mon grand frère, qui s'est marié,

ils sont...

ils sont tous bien au centre.

Mais c'est pas grave.

Pourquoi ?

Parce que

j'y vais pas souvent.

Ça te fait de la peine ?

Non, je crois que c'est inévitable.

Pourquoi ?

Je me suis toujours senti étranger, avec eux.

En fait,

le coming out, ça met un mot sur une distance qui était déjà là.

En fin de compte,

c'est la faute de personne.

Quoi ?

C'est drĂ´le.

C'est mieux maintenant, bien sûr.

Mais il faut pas grand-chose pour te ramener en arrière,

à l'époque, quand t'avais la chair à vif.

J'ai encore de la fièvre ?

Un peu.

Tu veux dormir ici ?

Elle va pas tarder.

Pas de problème.

Je voulais lui parler.

Je sais.

Le préféré de ton grand-père.

À l'époque, j'aimais pas trop,

mais j'y ai pris goût.

Si tu veux la voir péter un plomb, casse ce truc.

Allez, assieds-toi.

Elle t'a dit ?

Elle a eu peur que tu reviennes pas.

Mais tu la connais.

Lui en veux pas.

Je lui en veux pas.

Il faut qu'elle rectifie tout ce qu'elle s'était imaginé.

Elle va comprendre que ça la concerne pas.

Et toi ?

Quoi, moi ?

T'en penses quoi ?

Ça a pas été un choc.

T'étais un peu chochotte.

Incapable de lancer une balle. J'ai tout essayé.

Rien Ă  faire.

Impossible.

On dirait un horrible cliché.

Tu sais lancer ?

- Non. - Ben voilĂ .

Tu aurais voulu que je sache ?

Je sais pas.

Tu pleurais dans ta chambre après l'école.

Les garçons t'embêtaient ?

Pas que les garçons.

Ils faisaient quoi ?

Ils me traitaient de fille,

ils refusaient de jouer avec moi, me mettaient la tĂŞte dans les toilettes,

me lançaient des punaises.

Merde.

C'est vrai,

les gamins, c'est très con.

Pourquoi tu venais pas me voir quand je pleurais ?

Pourquoi tu me racontais pas tout ça ?

Réponds en premier.

Sois franc.

J'admettais pas que tu sois un souffre-douleur.

Je savais qu'à leur place, je t'aurais embêté aussi.

Je crois que moi aussi, je le savais.

C'est pour ça que je te disais rien.

Quand elle me l'a dit,

j'ai pensé aux blagues qu'on faisait.

Quand on imitait ton prof d'anglais

avec son côté efféminé.

Tu me disais tout le temps de pas croiser les jambes comme une femme.

C'est vrai ?

Oui.

J'y pense Ă  chaque fois que je les croise.

J'ai de bons souvenirs.

J'espère, merde.

J'espère bien !

Tu adorais décorer le sapin de Noël.

Ça te rendait dingue. Tous les ans.

Et tu me laissais toujours

mettre la fée en haut.

C'est vrai.

Je suis désolé de jamais être venu te voir.

C'est pas grave.

Si, c'est grave.

Je comprends.

Ça fait...

Ça fait tellement longtemps.

ArrĂŞte !

Je te prends dans mes bras ?

Oui, s'il te plaît.

Ça va, mon grand.

Ça va.

Après ça,

je veux sortir.

Toi

et moi,

ensemble,

dans le monde réel.

Tu bois quoi ?

Une pinte.

Merci.

Putain, ça m'a manqué !

J'entends rien.

Tu danses ?

Quand j'ai assez bu.

Alors on boit.

Où t'as eu ça ?

Dans mon portefeuille.

Je l'avais oubliée.

Ça doit être de la kétamine.

C'est vrai ?

T'en as déjà pris ?

Tu t'occuperas de moi ?

Je ferai de mon mieux.

Ils font une entrée fracassante cette semaine,

ils sont numéro 4, les Pet Shop Boys :

"You Were Always on My Mind".

Ça ne va pas ?

Tu as de la fièvre.

Il a de la fièvre.

Allez, tiens.

Viens.

Je me faufile.

Je pensais toujours Ă  toi

Je n'étais pas à tes côtés

Quand personne n'était là

Et je t'ai toujours caché

Le bonheur d'ĂŞtre avec toi

Si parfois je t'ai négligé

J'étais aveugle, pardonne-moi

Je pensais toujours Ă  toi

Dis-moi

Que ton amour ne va pas mourir

Donne-moi

Une dernière chance de voir ton sourire

Ton sourire

Rapprochez-vous.

PrĂŞts ? J'appuie.

C'est parti.

Joyeux Noël !

C'est vrai, tout ça ?

Tu sens que c'est vrai ?

Alors, voilĂ .

Mais combien de temps ?

Je ne peux pas te répondre.

Ce n'est pas à nous de décider quand c'est fini.

Vous sortez pas, hein ?

Pour aller oĂą ?

Chez les Walsh.

Les Walsh ?

Attends.

Promets-moi que vous sortez pas.

Je te le promets.

Je vais dormir à côté.

Je te le promets.

D'accord ?

Dors bien.

Quoi, mon chéri ?

J'arrive pas Ă  dormir.

Tu veux venir ?

- Je peux ? - Bien sûr.

Ça sent toujours la même odeur.

Tu venais toutes les nuits.

Tu n'arrivais pas Ă  dormir.

Tu avais toujours peur.

Des assassins qui allaient entrer, la rage...

la guerre nucléaire.

On attrape encore la rage ?

Je voulais tellement que tu grandisses pour que je puisse dormir.

Désolé.

Pourquoi tu dis ça ?

C'est moi qui suis désolée.

J'aurais dû profiter de mon petit démon.

Où es-tu allé ?

Après.

Chez mamie.

Elle m'a emmené à Dublin.

C'est ce que je pensais.

Tu n'es pas allé dans la famille de ton père, chez mamie May ?

Ils ont dit qu'elle était trop triste.

De quoi ?

D'avoir perdu son fils.

Ma mère avait perdu sa fille, c'est moins grave ?

Ça allait pas.

C'est fou, elle t'a vu grandir et pas moi.

Certains sont encore lĂ  ?

C'est logique.

Comment c'était, avec maman ?

Tu t'es mieux intégré, à l'école ?

J'ai fait ce qu'il fallait.

Je m'en veux qu'on ait pas été là quand tu as eu besoin de nous.

Et je m'en veux de ne pas avoir été vraiment là, avant.

Non, c'est pas vrai.

J'étais loin d'être une mère modèle.

Mais je me dis que je me serais améliorée.

Si j'avais eu le temps.

Quand j'étais ado,

ou même après,

même après vingt ans,

j'imaginais tout.

Quoi donc ?

Tout ce qu'on aurait pu faire ensemble.

Dans les moindres détails.

Le shopping au Whitgift Centre,

les anniversaires,

les journées à Londres.

Le Planétarium, le London Dungeon.

J'ai toujours voulu y aller.

Je sais.

Les vacances qu'on aurait pu passer ensemble.

- On est allés à Disneyland ? - Oui.

J'avais 14 ans.

Il a plu sans s'arrĂŞter.

Et ils ont fermé le Space Mountain.

On se disputait tous les jours.

Pourquoi ?

Les autres faisaient pareil avec leurs parents.

Ils s'écharpaient

comme si vivre ensemble était un cauchemar.

On se rabibochait ?

C'était pas la peine.

On était ensemble,

alors...

c'était pas grave.

Ça va ?

Non.

Ça va aller, mon grand.

Ça va aller.

Pourquoi t'es lĂ  ? Tu dois pas ĂŞtre lĂ .

Maman !

Tout va bien.

- On est quel jour ? - Dimanche.

Pourquoi...

Pourquoi on est que dimanche ?

T'appelais tes parents.

Tu hurlais dans toute la boîte.

Je savais pas quoi faire, alors...

Je t'ai ramené et je t'ai regardé t'endormir.

T'avais l'air terrorisé.

Je le suis.

Viens.

Je suis lĂ .

Ça va aller.

Je dormais dans leur lit le soir oĂą ils sont sortis.

Je devais aller avec eux.

Boire un verre chez les Walsh, pour les fêtes de Noël.

Vers minuit,

deux policiers ont frappé à la porte, un homme et une femme.

Il avait de beaux yeux, très doux,

et une barbe de deux jours, très noire,

comme dessinée sur son visage.

La voiture a dérapé sur du verglas.

Ils avaient bu tous les deux.

Papa a été tué sur le coup.

Ils ont emmené maman à Saint Mary et elle est morte quelques jours après.

Tu as pu la voir ?

Pour lui dire au revoir ?

Ma grand-mère a pensé que ce serait trop dur.

Elle était passée à travers le parebrise, elle avait perdu un œil.

Elle était bien amochée.

Merde.

J'ai voulu retrouver son Âśil.

Je voulais pas que quelqu'un d'autre le trouve.

Je l'imaginais, au bord de la route,

en train de me regarder.

"Salut."

Mais j'ai trouvé un petit morceau

du parebrise.

J'ai vu du sang dessus,

mais j'ai peut-être rêvé.

L'infirmière a dit que maman s'était réveillée juste avant de mourir.

Elle devait ĂŞtre perdue, elle voyait Ă  peine...

Papa était pas là, moi non plus.

Je peux même pas imaginer ce que tu as vécu.

Tu as dĂ» te sentir tellement seul.

Oui, mais je m'étais toujours senti seul.

MĂŞme avant.

Ça, c'était nouveau.

C'était...

la terreur...

de rester seul Ă  jamais.

En vieillissant,

ce sentiment...

s'est solidifié.

Un nÂśud, ici, tout le temps.

Perdre mes parents,

ça s'est mélangé avec tout le reste.

Avec le fait d'ĂŞtre gay...

L'impression que...

l'avenir n'a pas d'importance.

Ça te parle ?

Je sais que c'est facile de ne plus s'aimer.

Adam.

Tu viens avec moi ?

Où ça ?

Laisse-moi te montrer.

C'est chez qui ?

Mes parents.

Mais qui habite ici ?

Tout va bien.

T'inquiète pas.

Adam.

- Où ils sont ? - Qui ça ?

Qui ça ?

Mes parents.

C'est notre maison, la cuisine, le papier peint.

On mangeait un fish & chips le vendredi,

pour que ma mère se croie encore catholique.

Viens, je te ramène chez toi.

- C'est ici, chez moi. - Non.

Maman ?

Papa ?

On rentre.

Toi, tu rentres.

Rentre. Moi, je reste.

OĂą ils sont ?

Tu les vois ?

Ouvrez-moi.

S'il vous plaît.

Ouvrez-moi.

Il faut qu'il continue Ă  vivre.

On le laisse pas vivre sa vie.

Moi, je crois qu'on l'aide.

- C'est trop tĂ´t. - Non, c'est pas normal.

Pourquoi vous avez pas ouvert ?

OĂą il est ?

Harry est lĂ  ?

Mais on l'a vu.

Je voulais vous le présenter.

Je ne crois pas que ça marche comme ça.

Il est beau mec, en tout cas.

C'est ton

ami ?

Mon copain ? Vas-y, tu peux le dire.

D'accord. C'est ton copain ?

Je sais pas.

Tu l'aimes ?

C'est si bizarre que ça ?

Je sais pas. J'ai jamais été amoureux, alors...

Pas vraiment.

Alors, ça...

Je sais pas si c'est ça.

Mon chéri.

En tout cas,

il a l'air de tenir beaucoup Ă  toi.

Je le comprends,

mais je suis partial.

Tu voudrais ĂŞtre amoureux de lui ?

Mon grand, il faut qu'on...

Le dis pas.

S'il te plaît.

Il faut.

Avec ta mère,

on pense qu'il vaut mieux que tu ne viennes plus.

D'accord.

Tu ne pourras pas t'empĂŞcher de venir.

Et on voit ce que ça te fait.

Ça me fait rien.

Mais si.

Ça t'empêche d'avancer.

Alors, je viendrai moins.

Une fois par an.

Pour Noël.

Écoute, mon grand.

Ça peut pas durer éternellement.

C'est pas ce que je demande.

Mais...

Ça fait pas assez longtemps.

Vraiment pas.

Mais ça n'aurait jamais été assez.

Écoute.

J'ai une idée.

Et si...

Et si on allait au truc qu'on aime

le plus au monde ?

Ça existe sûrement encore.

Presque comme Disneyland.

Et moins cher.

Ça te dit ?

La formule Famille, s'il vous plaît.

Ça fait beaucoup.

Ça ira.

J'ai pas très faim.

Moi non plus.

J'ai une question.

- ArrĂŞte. - Je veux savoir.

Ça été rapide ?

- Faut pas demander. - C'est important.

Et si c'était lent et atroce ?

- Ça change quoi ? - Tout !

Ça a été rapide.

C'est vrai ?

Pour nous deux ?

Tu n'as pas l'air si sûr. Ne mens pas.

Ça a été rapide.

Très rapide.

C'est un soulagement.

Si on veut.

Ça me trottait dans la tête.

Qu'est-ce qu'il faut se dire ?

J'ai pas de grandes vérités à partager.

Mais puisque Adam est plus vieux,

il en a peut-ĂŞtre ?

Faut peut-ĂŞtre rien dire.

Peut-ĂŞtre.

Mais maintenant qu'on te connaît, on est très fiers.

J'ai rien fait d'extraordinaire.

- J'ai surnagé... - Mais t'as tenu.

Ça a été dur.

Mais t'es encore lĂ .

On est fiers de toi.

Papa.

Reste.

Reste encore un peu.

Je peux pas.

Je t'aime, mon chéri.

C'est vrai ?

Parfois, j'avais un doute.

C'était pas facile, mais je suis heureuse qu'on ait été ensemble à la fin.

Moi aussi.

Alors...

Je sais que j'ai jamais su le dire.

Les mots sortaient pas.

Mais je t'aime énormément.

Et encore plus depuis que je te connais.

C'est important que tu me croies.

Je te crois.

Et je t'aime, moi aussi.

Papa ?

Tu m'as entendu ?

Adam, tu es lĂ  ?

Je te vois plus. Pourquoi je te vois plus ?

Je suis lĂ .

Tu es lĂ .

Je sens que tu es lĂ .

Ta peau est douce et chaude.

Écoute bien.

Promets-moi

que tu vas essayer avec Harry.

Je l'aurais bien aimé, je le sais.

Il faudra l'aider un peu.

Il a l'air triste.

Tu m'entends ?

Je t'entends.

C'est bien.

J'espère qu'ensemble, vous serez un peu plus heureux.

Un petit garçon si gentil et si doux.

Bon appétit.

Merci.

Harry ?

Qu'est-ce que tu fais lĂ  ?

Je voulais te voir.

Pourquoi tu viens ici ?

Je leur ai dit au revoir, alors je viens te voir.

- Ça va. - Non, ça va pas.

J'avais trop peur, l'autre soir. Je pouvais pas rester seul.

Je sais.

Je suis désolé.

J'avais trop peur

pour te laisser entrer.

Je suis à côté, c'est ça ?

- On monte chez moi. - Non.

Je veux que tu me le dises.

Je sens l'odeur.

Je la sens dans ma gorge.

Pourquoi personne m'a trouvé ?

Où étaient ma mère et mon père ?

Je t'ai trouvé.

Je veux pas que tu me voies comme ça, là.

T'es pas lĂ -bas.

T'es ici.

T'es ici.

Avec moi.

Montons chez moi.

Je l'ai vue.

Ta mère.

Ton père aussi, dans la maison.

Eux aussi, ils t'ont vu.

C'est vrai ?

Mon père trouve que t'es beau mec.

Ils t'auraient adoré.

Tous les deux.

C'est bien.

Tu as pu dire ce que tu voulais dire ?

Je sais pas, mais j'étais avec eux.

C'est bien que vous ayez été réunis.

J'ai peur.

Je sais.

Je suis là, près de toi.

Le laisse pas se nouer encore.

Viens.

Pas un bruit.

J'ai jamais supporté ce silence dans l'immeuble.

Tu mets un disque ?

- Tu veux écouter quoi ? - Choisis.

Je te protégerai de la griffe sans visage.

Je chasserai les vampires loin de ta porte.

D'après le roman Présences d'un été, de Taichi Yamada

Sous-titres : Sylvestre Meininger

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