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Mars 1492
La France menace d'envahir la péninsule Italienne
les musulmans de Turquie aussi.
L'Italie est divisée par dix États en guerre.
Au centre se trouvent les États pontificaux,
gouvernés par le pape Innocent VIII.
Rome, sa capitale, est déchirée
par des familles ennemies, les Orsini, les Colonna, et les...
C'est pour avoir traité mon oncle de juif.
C'est pour avoir traité mon oncle de Maure.
Et ça, parce que je vais te massacrer.
Cesare, tu vas le tuer.
J'ai cru que tu ne viendrais jamais.
Maman !
Maman !
Maman !
Aide-moi, maman !
Je vais mourir !
Non, Lucrezia.
Tu es une femme, maintenant.
Viens. On va te laver.
Viens, Ottaviano.
Sa Sainteté ne recevra aucune requête aujourd'hui.
Il donne audience aux cardinaux.
Verbum Incarnatum.
Sa Sainteté, le pape Innocent VIII,
convoque l'assemblée des cardinaux,
en ce troisième jour du mois de mars,
de l'an de grâce, 1492.
Le souverain pontife, entendra d'abord
le vice-chancelier Rodrigo, Cardinal Borgia.
Saint-Père,
j'ai reçu des nouvelles du roi Ferdinand d'Aragon,
et de la reine, Isabelle de Castille.
Leurs armées ont chassé les musulmans de Grenade,
unissant ainsi toute l'Espagne.
En l'honneur de cette victoire décisive pour la foi chrétienne,
j'implore Votre Sainteté
de donner Ă Ferdinand et Isabelle,
le titre de "Rois très Catholiques".
Le souverain pontife va entendre le Doyen du Sacré-Collège,
Giuliano, Cardinal Della Rovere.
Saint-Père,
conférer aux Espagnols
un titre aussi extraordinaire
attisera la colère de tous les autres souverains.
Le roi Charles de France
n'a pas été moins ardent à défendre
la seule et vraie foi.
Vice-chancelier.
Votre Sainteté a demandé au roi de France
d'entreprendre une nouvelle croisade
contre les barbares musulmans.
Jusqu'ici Son Altesse a usé de faux-fuyants.
Bien que l'armée de France soit
la plus grande force militaire du monde,
il use de faux-fuyants.
Pourquoi ?
Peut-être que sa foi n'a pas épousé sa passion.
Qu'en dit le consistoire ?
Pour ?
Seize.
Contre ?
Quatre.
Vice-chancelier.
Nous avons une requĂŞte
de Lorenzo de Médici, en faveur de son fils, Giovanni.
L'être le plus évolué, c'est l'homme.
Mais nous devons donner un but Ă notre vie.
Dieu nous ordonne de penser, d'observer et de créer.
Non, Alessandro.
Il nous ordonne de nous consacrer Ă son service,
pour le bien de l'humanité.
Et c'est là , le seul moyen de sauver notre âme.
Une lettre de Sa Sainteté,
pour vous,
Giovanni de Médici.
Je suis nommé cardinal.
Bravo, cher ami.
Félicitations.
Une invasion des Français, des Allemands et des musulmans,
nous menace, telle une épée de Damoclès,
et l'Italie demeure divisée.
Dix États indépendants se chamaillent.
Vingt points.
Le spectre de la guerre entre Naples et Milan,
plane un peu plus chaque jour.
Vous, les Orsini, vous jouez avec le feu,
en signant un pacte avec Naples.
Vous, les Colonna, vous vouliez en faire autant,
mais on a été plus généreux que vous.
Quarante points.
Vous trichez.
Je triche ? Moi ?
Orsini, chien galeux !
Colonna, espèce de pute !
Fils de pute !
Ça suffit, au nom de Dieu tout puissant.
Ces querelles mettent en danger Rome !
Vous allez détruire la Ville éternelle,
pour prouver que votre famille est plus puissante ?
Les complots doivent s'arrĂŞter.
Nous devons ĂŞtre unis.
Gianbattista, Giovanni.
Donnez-vous le Saint baiser en signe de paix.
Nos trois familles dirigent en maître la ville de Rome.
Nos enfants peuvent hériter, tout ou rien.
Choisissez.
Quand on aura sauvé la ville,
vous pourrez vous entretuer.
Lucrezia !
Tu ne m'entends pas ?
Si, maman.
Alors pourquoi tu ne réponds pas ?
Je ne trouverai jamais de mari.
Les garçons, allez m'attendre en bas.
Mon père est mort, deux de mes frères sont loin.
L'un combat les musulmans en Espagne.
L'autre est séminariste à Pise, les derniers sont trop jeunes.
Qui arrangera mon mariage ?
- Le Cardinal Borgia, ton oncle. - Quand ?
Qu'est-ce qu'il attend ?
Je suis trop ordinaire, trop laide...
Non.
Il veut pour toi le meilleur des maris.
Un conseil, pour avoir été mariée trois fois,
fais attention à tes désirs.
Maman.
Parle-moi de mon père.
Je l'ai déjà fait des centaines de fois.
- Est-ce qu'il était beau ? - Oui.
- Est-ce qu'il était courageux ? - Oui.
Est-ce que tu l'aimais tellement
que tu n'aurais pas pu vivre sans lui ?
Tu lis trop de romans.
Tu découvriras qu'il y a peu de belles
histoires d'amour, dans ce monde.
Il fait un drĂ´le de temps.
Horriblement chaud,
et ensuite glacial.
Un présage de calamité à venir ?
La mort du pape ?
Ou la guerre entre Naples et Milan.
Il va sans dire que cela apportera
la ruine Ă toute l'Italie.
Mais pire encore, Ă Rome.
Pour que l'un puisse attaquer l'autre.
Leurs armées doivent traverser les États pontificaux.
J'ai demandé au pape d'intercéder, mais il tarde,
il hésite entre chier sur Naples, ou pisser sur Milan.
Juan !
Pourquoi tu es revenu d'Espagne ?
Je ne t'ai pas demandé de revenir...
Pedro Luis est mort.
Il était l'avenir de la famille.
Va immédiatement à Pise.
Ramène ton frère Cesare.
Allez, allez !
La douleur te fait mal ?
Sept points pour toi.
Le vin va développer ton jeu.
Tu reviens de Valence ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Pedro Luis a été assassiné.
Par qui ?
J'ai tué tous les assassins.
- C'était la solution ? - La solution ?
On ne saura jamais qui les a envoyés.
Les Maures, par vengeance.
Pour la victoire de notre frère, à Randa.
Viens.
On doit rentrer Ă Rome.
Dieu me punit pour mes péchés.
Il m'a déjà pris ma fille, Géronima.
Maintenant, Pedro Luis.
Je les ai aimés comme mes enfants.
On ne devrait pas enterrer une fille ou un fils.
Ça pourrait ne pas s'arrêter.
Je veux que Lucrezia vienne vivre avec moi.
La mort de mon fils aîné,
m'a fait l'effet du supplice de la cloche.
J'ai besoin qu'elle soit près de moi.
Tu reconnaîtras enfin nos enfants ?
Non.
Le pape lui-même a reconnu ses bâtards.
Pourquoi pas toi ?
Il est le pape, il est intouchable.
Je suis exposé à la calomnie, aux humiliations, aux injures.
Que fais-tu de Goffredo ?
Il reste ici.
Tu as dit que tu voulais tous tes enfants.
C'est ce que j'ai dit.
J'espère que tu parviendras à avoir
la même confiance en moi, qu'en ta mère.
Quelle belle chambre, cousine Adriana.
Remerciez Son Éminence.
Je vais demander aux domestiques de venir.
Non.
Je voudrais...
rester seule pour prier.
Maman.
Seigneur,
accorde le repos éternel à ton fidèle serviteur,
Pedro Luis.
Que la lumière éternelle brille sur lui.
Tu l'as appelé hors de ce monde,
et il a désormais rejoint la communion des Saints.
Par Jésus-Christ,
ton fils, et notre Dieu,
qui vit, et qui règne,
dans l'unité du Saint-Esprit.
L'homme juste est à jamais dans l'éternité.
Il ne craindra aucun mal.
L'homme juste.
Le Seigneur est avec nous.
Il réconforte celui qui faiblit.
Et il ne craindra pas
de braver ses ennemis.
Je m'adresse Ă vous comme Ă des hommes
sur des sujets importants, pour notre famille.
Rome est en danger.
Les jours du pape sont comptés.
La famille Colonna, ainsi que la famille Orsini,
espèrent nommer le prochain pontife.
Ils vont s'emparer des ponts,
des routes, des châteaux qui nous entourent.
Nos destins,
nos vies elles-mĂŞmes, seront en danger.
Ă€ moins...
Que les deux familles se concentrent sur un seul ennemi.
J'ai raison ?
Oui.
Et cet ennemi est le Cardinal Della Rovere ?
- J'ai raison ? - Oui.
Ă€ mes yeux,
vous avez tous les deux les mêmes qualités,
mais un seul pourra succéder
Ă Pedro Luis, comme duc de Gandie.
Juan,
je veux que tu ailles voir Virginio Orsini.
Écoute-le.
Fais preuve de compassion,
persuade-le que les Borgia sont de son côté.
Toi, va voir Fabrizio Colonna,
fais lui croire la mĂŞme chose.
Montez-les contre Della Rovere.
Vous ĂŞtes les fils de la famille Borgia.
J'ai foi en votre talent et votre discrétion.
Que Dieu vous accompagne.
Ils sont trop jeunes pour une telle mission.
Je n'ai pas le temps de les former et comme l'idéal n'existe pas...
Je dois savoir lequel est le plus apte.
Gandie ne doit pas rester sans duc.
La province est trop riche et ne tardera pas
à être avalée par une autre famille.
L'un des deux doit devenir duc
et épouser la princesse Maria Enriquez de Luna.
Je n'ai pas renoncé à l'espoir de voir
un Borgia sur le trĂ´ne d'Espagne.
On ne peut pas faire confiance Ă Bajazet.
Vous vous trompez,
les musulmans n'attaqueront pas Rome,
tant qu'il y a la guerre.
Ce que je veux dire, Fabrizio,
c'est que le pape va bientĂ´t mourir.
C'est la raison de votre présence ici ?
Vous voulez notre soutien pour que votre oncle
s'empare du trĂ´ne de Saint Pierre ?
Vous vous méprenez.
Le vice-chancelier...
Aucun Espagnol,
aucun bâtard des Borgia, ne volera le trône du pape.
Je le tuerai.
Oui.
Mais pas aujourd'hui.
Tu as échoué, Cesare.
Échoué lamentablement.
À cause de tes colères, tu as troublé l'équilibre...
Je suis navré.
Hors de ma vue.
Juan.
Pour avoir su gagner la confiance de la famille Orsini,
je vais demander au roi Ferdinand
de faire de toi le second duc de Gandie.
In Nomine patris et filii
et spiritus sancti.
J'accepte l'honneur d'ĂŞtre duc de Gandie,
avec gratitude et respect.
Je jure de servir fidèlement, Votre Sainteté,
le roi Ferdinand d'Aragon, et notre Seigneur Dieu,
aussi longtemps que je vivrai.
Pourquoi tu n'es pas couchée ?
Je suis trop excitée.
Cesare,
je voudrais être auprès d'eux,
pour écouter leurs conversations fascinantes.
Elles n'ont rien de fascinant. Ils discutent de l'alun.
Il est extrait des mines papales, près de Civitavecchia.
La cupidité du pape a saturé le marché
et le prix de l'alun n'a jamais été aussi bas.
Tu veux dire que le pape est ruiné ?
Il a mis la tiare papale en gage,
pour honorer les dettes de son fils.
- Seigneur... - Ne t'inquiète pas.
Le vice-chancelier a convaincu la banque
des Médici de lui accorder un prêt.
En échange d'un titre de cardinal pour ton ami, Giovanni.
Tu n'as pas Ă te plaindre des machinations de notre oncle.
Tu reçois vingt mille ducats de rente, par an.
Vingt-cinq mille, mon frère.
Et Rodrigo a des projets plus ambitieux pour moi.
- Quels projets ? - J'ai juré de garder le secret.
Mais nos activités ne devraient pas
intéresser un homme d'Église.
Tu dois retourner au plus vite Ă Pise et te concentrer sur Dieu
et sur tes vœux.
Pauvreté, célibat...
Je ne suis pas encore prĂŞtre.
Pourtant,
tu en as l'odeur.
Lucrezia !
OĂą es-tu ?
Juan ! Cesare !
Vous n'avez pas vu cette enfant ?
- Non, cousine. - Il faut qu'elle dorme.
L'air du soir ne lui réussit pas.
Adriana a raison.
- Va te coucher. - Non.
C'est un ordre.
Je vais t'accompagner.
Je veux que ce soit Juan.
Innocent doit faire publier une bulle d'excommunication ?
Contre ceux qui se rebellent contre Henri VII.
Et la paix sera préservée.
Non !
Si Richard marche sur Londres, deux armées auront besoin d'alun.
Le pape va augmenter l'impĂ´t des putes,
Ă cinq mille ducats par an.
Leurs tarifs vont flamber.
Je vais devoir encore emprunter
ou apprendre à aimer les chèvres.
Giulia, pourquoi tu regardes ce livre ?
Tu ne sais mĂŞme pas lire.
Tu serais surpris de mes connaissances, mon cher mari.
Que Son Éminence t'a fourrées ?
Je t'en prie.
On ne serait pas dans cette situation
si on n'était pas venu ici.
J'ai l'intention d'y remédier.
Dorénavant on habitera sur nos terres de Bassanello.
Quitter Rome ?
Jamais.
Emprunte de l'argent Ă tes cousins Orsini.
Je leur dois déjà beaucoup.
Pourquoi je me suis unie Ă la seule branche
de la famille Orsini, qui n'a pas un ducat ?
Et les Farnèse ?
Vous étiez sur la paille avant nous.
Nous les Farnèse, nous lançons toujours la mode.
Alors, Monoculus,
qu'y a-t-il de si urgent ?
Je demande la permission de quitter votre maison.
Partir ?
- Pour combien de temps ? - Pour tout l'été.
- Quand ? - Immédiatement.
Je veux tenir mes engagements envers le Saint-Siège.
Il y a des jeunes gens capables, Ă Viterbo,
que je peux recruter pour la garde pontificale.
Si Naples déclare la guerre à Milan...
Naples ne déclarera pas la guerre.
Le Cardinal Carafa chemine vers le nord.
Nous sauverons la paix.
Quoi qu'il en soit, Monoculus,
tu dois remplir tes obligations envers le pape.
Oui.
Que Dieu t'accompagne.
- Suis-moi, femme. - Non.
Giulia reste Ă Rome.
Ă€ moins qu'Adriana n'ait plus besoin d'elle.
Mère ?
J'ai besoin d'elle.
Elle est une aide dans une grande maison.
Pourquoi tu es aussi doué ?
Le privilège de l'âge.
Non, non, non !
C'est quoi tous ces cris ?
Elle refuse d'apprendre Ă broder.
C'est ennuyeux, inutile, et servile !
Les travaux d'aiguille sont indissociables
d'une éducation respectable.
Je me moque de ce qui est respectable !
Tu voulais que ton oncle te trouve un mari,
pourtant tu fais tout le contraire.
Tu apprendras la broderie.
Tu n'es pas ma mère,
tu n'as pas Ă me commander. Sors d'ici !
Tu te tais et tu fais ce qu'on te dit.
Je te déteste !
L'ambassade de Naples tarde Ă arriver.
Le Cardinal Carafa a-t-il prévenu ?
Je te l'aurais dit s'il avait prévenu.
J'ai envie de pleurer quand je vois ça.
Il y a quarante ans, le pape Nicolas,
peiné du délabrement de Saint Pierre
voulait construire une basilique spectaculaire.
Il est mort avant.
Si je devenais pape...
Aucun Espagnol ne sera plus jamais pape.
Quelquefois Francesco,
j'aimerais que tu sois moins honnĂŞte.
Cardinal Carafa ! Que s'est-il passé ?
On a été détroussé.
Des bandits de grand chemin !
Nous étions à dix lieues de la ville.
Ils nous ont tout pris !
Soignez les blessés et donnez-leur des vêtements.
Les voleurs avaient l'air milanais.
Déployez des gardes dans la campagne.
Dès qu'on pourra, on repartira
tout droit Ă Naples.
- Mais nos négociations... - Sont terminées.
Jusqu'Ă ce que cet outrage soit puni !
Jusqu'à ce que Milan présente ses excuses !
Bonne chance pour obtenir des excuses.
Le roi Ferdinand me dit qu'il a envoyé
un marin génois, pour trouver de nouveaux
itinéraires pour atteindre les Indes.
Les Indes ?
Le roi qui a délivré le pays des musulmans
va moderniser la grande inquisition
et expulser tous les non-chrétiens.
Tu veux parler des juifs ?
Les réfugiés vont s'entasser à Rome.
On ne pourra plus respirer dans le quartier juif.
Regardez !
Les bouffons des Colonna.
Notre oncle veut la paix.
- Prenons un autre chemin. - Pour être ridiculisé ?
On prendra un autre chemin !
Un Borgia te satisfera
alors qu'un Colonna ne pourra jamais le faire.
Mère n'est pas contente.
Qui la mécontente ?
Moi, car je suis restée là ,
alors que mon mari est Ă Bassanello.
Tu lui as dit qu'Adriana avait besoin d'aide ?
Oui, mais...
elle est trop vieille pour ĂŞtre dupe.
Eh bien...
je lui offrirai de l'or, ça calmera sa conscience.
Elle harcèle mon frère, Alessandro, à propos de ses vices.
Il boit et il dépense tout avec les putains.
C'est un mâle en bonne santé.
Quand il sera prĂŞtre, il renoncera Ă la luxure.
C'est ce que tu as fait ?
J'ai connu bien des femmes dans ma vie,
mais je n'en ai aimé que deux.
Tu es un monstre.
Bella, tu es l'une des deux.
Aucune femme ne veut ĂŞtre sur un tableau de chasse !
Surtout quand l'autre s'appelle Vannozza Catanei.
- Trop chaud pour se battre. - Je vais dans ma chambre.
Attends !
Et demain, je rentre Ă Bassanello.
Ă€ moins ?
Que Lucrezia me témoigne le respect que je mérite.
Juan, je suis encore mouillée.
Je dois y aller.
Allez, viens.
Tu oses forniquer avec ma femme,
sous mon propre toit.
Non.
Je t'en supplie.
Entrez !
Tu es bien matinal, cher neveu.
Je n'ai pas dormi.
Je suis perdu.
Vous avez fait en sorte que Juan devienne duc.
Vous avez de grands projets pour lui.
Giovanni de Médici est cardinal,
et il a deux ans de moins que moi.
Quelles sont vos intentions pour moi ?
Tu vas retourner à l'université de Pise
et continuer tes études ecclésiastiques.
Je ne veux pas devenir prĂŞtre.
Je n'ai pas la vocation.
Nous en avons déjà parlé.
Permettez-moi d'étudier à Rome.
Qu'est-ce qui te déplaît à Pise ?
Lorenzo de Médici y a fondé son séminaire.
Toutes les meilleures familles...
Je vous en supplie, mon oncle.
Je ne veux pas y retourner.
Écoute-moi, Cesare.
Tu seras prĂŞtre.
Tu auras une vie exemplaire, pieuse et chaste.
Tel est ton destin et ma volonté.
Vous voudriez Pedro Luis à vos côtés.
Pas moi !
J'ai peut-être été trop dur.
Je suis triste que Cesare soit blessé.
L'impatience de la jeunesse.
Tu étais comme lui quand nous étions jeunes.
C'est étonnant qu'il ne me traite pas d'hypocrite
alors que je couche avec Giulia.
Il faut que je calme ses ambitions.
Je dois te rapporter un fait.
Fabrizio Colonna a tué son épouse.
Dommage. Elle était ravissante.
Condamne-le Ă payer huit cents ducats.
Fabrizio l'a tuée parce qu'elle forniquait avec Juan.
Della Rovere utilisera ça contre moi.
- Nous allons devoir... - Mon oncle ?
Mon oncle ? Je la déteste !
Une nouvelle querelle avec dame Giulia ?
Ce n'est pas une dame, elle m'a agressée.
Je pense que tu survivras.
Si elle reste ici, je retourne chez ma mère.
Cela ne risque pas d'arriver.
Alors, je veux aller au couvent de San Sisto.
Il n'en est pas question.
Je veux que tu lui obéisses.
Et pour te récompenser.
Non.
Tu respecteras Giulia ?
Une autre.
Son Éminence sait pourquoi tu ne veux pas retourner à Pise ?
Que tu ne peux pas ĂŞtre prĂŞtre ?
Non.
OĂą est oncle Rodrigo ?
Il est parti pour le Vatican.
Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Fabrizio Colonna.
Je veux que notre oncle le ruine.
On ne se venge pas comme ça.
On tue un scorpion en lui coupant la queue.
Ă€ quoi tu penses ?
Pas Ă quoi, mais Ă qui.
Le neveu de Fabrizio, Marco Antonio Colonna.
Vice-chancelier.
Saint-Père, il s'agit d'une affaire personnelle.
Ces vingt-six dernières années
j'ai servi sous cinq pontifes.
Durant cette période,
j'ai eu l'honneur de recevoir beaucoup
de titres et bien des privilèges.
Je suis évêque de Majorque,
de Carthagène, d'Erlau,
de Valence et d'Agria.
Je suis abbé de l'abbaye de Subiaco et de Bellefontaine.
Cardinal-diacre de Santa Maria in Via Lata.
Légat pontifical à Pérouse et à Bologne.
Interdiction d'entrer quand notre maître est présent.
C'est lui que je cherche.
Tu sais qui je suis ?
Je sais qui est ton oncle.
Le Catalan !
Aujourd'hui, je demande à Votre Sainteté
de me relever d'une de mes charges.
Ma toute première,
celle d'évêque de Valence.
Je vous prie de me remplacer par mon neveu,
Cesare.
Emmenez-le chez un médecin.
Pour qu'il m'écoute la prochaine fois.
Cesare Borgia
est trop jeune, trop inexpérimenté,
pour assumer le lourd fardeau d'un évêché.
Vice-chancelier.
Un évêque a moins de pouvoir qu'un cardinal.
Pourtant, votre cousin n'avait que seize ans,
lorsqu'il a reçu le chapeau rouge.
Le souverain pontife va entendre Giovanni,
Cardinal de Médici, Archevêque de Florence.
Votre Sainteté, je n'ai que seize ans,
mais j'ai passé l'année à étudier à ses côtés.
Son âme est bonne.
L'âge d'un homme ne peut déterminer qui il est.
Il y a aussi la naissance douteuse de Cesare.
Le droit canon interdit expressément
à tout enfant illégitime,
de s'élever dans la hiérarchie de l'Église.
Vice-chancelier.
Cesare n'est pas illégitime.
J'ai ici la preuve que Cesare est le fils
de Vannozza Catanei et de mon défunt cousin
Domenico Giannozzi d'Arignano,
signé par votre oncle,
le pape VI.
Puisque Valence est en Espagne
un tel transfert doit être approuvé par le roi.
Vice-chancelier.
Sa Majesté Très Catholique donnera son consentement.
Mais avant de lui demander, je voulais le vĂ´tre.
Qui est aussi celui du Tout Puissant.
Non, non, non.
Que dit le consistoire ?
Pour ?
Douze.
Contre ?
Huit.
Seulement douze voix, Borgia.
Oui ?
Je vis Ă Rome depuis trente sept ans,
et cependant, pour les familles,
Colonna, Orsini, je reste un étranger.
Lorsque mon oncle était pape, ils nous respectaient.
Mais après sa mort.
L'élite romaine, telle un déluge de feu,
a chassé notre famille de la ville, l'épée à la main.
Mon frère
est mort seul, en exil,
tandis que je vivais Ă Rome.
Qu'ai-je fait pour me défendre ?
Je suis resté en vie et je suis devenu vice-chancelier.
Sous quatre papes aussi différents que les saisons.
Comment ?
En demeurant un étranger.
En ne devenant jamais comme eux.
En ne m'abaissant jamais Ă leur niveau,
Ă leur sauvagerie romaine !
- Mon oncle... - Tais-toi !
Vous, mes neveux,
alors qu'il nous faut des alliés,
vous n'engendrez que des ennemis.
Forniquer avec la femme d'un autre
doit être basé sur le manque de personnalité du mari,
pas sur la luxure de sa femme.
Avant de frapper un homme,
renseigne-toi sur sa famille.
Les Colonna ont inventé la vendetta.
Nos actes ont des conséquences pour des générations.
Pour apaiser la colère des Colonna,
je dois vanter leurs mérites,
et en plus convaincre Sa Sainteté de nommer Fabrizio préfet de Rome
un poste pour lequel il est incompétent
et dont il se servira contre nous.
Un seul faux-pas, et nous sommes tous
bons pour l'exil, pour l'extinction.
Allez au Diable.
Retourne en Espagne, mon ami.
Et demande au roi Ferdinand d'approuver
Cesare comme évêque.
Voici l'acte de naissance de Cesare.
Ça paraît authentique.
Bobbo a réalisé un travail excellent.
La reine n'approuvera pas ce projet,
elle se méfie de ton ambition.
Rappelle à Sa Majesté que c'est moi
qui ai obtenu la dispense pontificale
qui lui a permis d'épouser Ferdinand, son cousin.
En dépit des objections d'Isabelle,
Cesare doit devenir évêque de Valence.
Cesare Borgia,
vous êtes à présent
évêque de Valence,
gardien des âmes.
In Nomine patris et filii
et spiritus sancti.
Je t'en prie, réjouis-toi.
Tu es évêque de Valence,
avec seize mille ducats de rente.
Juan a vingt-cinq mille ducats.
Ta mauvaise humeur est déplacée.
Et malgré ce que tu ressens, je suis fière.
J'aurais aimé venir à la cérémonie.
Tu es fière de moi ?
Pourquoi ?
Je suis nommé évêque et je ne suis même pas prêtre.
Je ne mérite pas cet honneur.
Rodrigo m'a donné ce titre
ce qui m'oblige Ă retourner Ă Pise.
J'ai dix-huit ans,
j'ai vécu la moitié de ma vie et je n'ai rien fait.
- Allez jouer dehors ! - Oui, maman.
Profite de ta nouvelle position.
Tu as été choisi pour réformer l'Église
et sauver Rome.
Ces huit dernières années, sous Innocent,
la qualité de la vie...
Je ne suis pas un réformateur.
Je suis un imposteur exactement comme les autres.
Comment bénir les fidèles en latin,
alors que les mots sonnent creux pour moi ?
Alors change !
Change les ténèbres en lumière.
J'aimerais pouvoir.
Maman.
Mon rĂŞve, c'est de diriger Rome.
Non, l'Italie tout entière.
Vers un âge d'or.
Rendre à la Ville éternelle sa domination sur le monde.
Améliorer la vie de notre peuple.
Comme avant moi, Jules et Auguste César.
Tu réussiras.
Je le sais au fond de mon cœur.
Dans ton cœur de mère désintéressée.
Que dirait mon père ?
Il est mort.
Non. C'est Rodrigo Borgia.
- Vice-chancelier. - Calomnie.
Arrête de mentir, j'ai appris la vérité il y a des années.
Juan, Lucrezia, Goffredo,
nous sommes les avortons du cardinal.
Si c'est vrai, ce que je ne confirme pas,
alors tu dois suivre ce commandement,
honore ton père, et retourne à Pise.
Si je le fais, je serai détruit.
Par tes ennemis ?
Par mes passions.
Il y a une fille.
Je l'aime.
Ma passion est tellement violente.
Mon cher enfant.
Chacun de nous, tout au long de sa vie,
doit apprendre Ă contrĂ´ler ses passions.
Que ce soit l'amour, la jalousie, le pouvoir.
L'ironie dans tout ça,
c'est qu'on devient beaucoup plus fort.
Quand Rodrigo Borgia a quitté mon lit,
après dix ans de bonheur,
j'ai eu la sensation qu'un cancer me rongeait.
Mais je suis lĂ ,
dix ans plus tard avec une villa,
propriétaire d'un vignoble,
et de trois auberges...
L'argent ne fait pas le bonheur.
Il en est un joli substitut.
Et si je ne pouvais contrĂ´ler ma passion ?
Tu gouverneras le monde.
Mais la question est...
Est-ce que tu seras plus heureux ?
Tu as payé Lucrezia pour qu'elle me témoigne
le respect qu'elle me doit ?
"Payé", le mot est un peu fort.
Si elle tient Ă retourner
chez sa mère, laisse-la.
Il faut bien s'occuper d'elle.
Comme d'une pêche avant la récolte.
Alors marie-la vite.
Avant qu'elle ne pourrisse et tombe de l'arbre.
Sois une mère pour cette enfant.
Aime-la comme tu m'aimes.
Je vous obéirai, Votre Éminence.
Quelle chaleur.
L'été dernier, les températures étaient hautes
et la maladie s'est répandue.
Dieu rappelle Ă lui les plus faibles.
Je te propose
d'aller dans notre maison de campagne avec Lucrezia,
en attendant des jours meilleurs.
La maladie se propage...
Adriana,
si les femmes partent, Giulia devra partir aussi.
Ă€ Bassanello, oui.
Je ne peux pas vivre sans Bella.
Le dernier amour d'un homme
est le plus amer, et le plus doux.
Vous vouliez me voir ?
Chère enfant.
Je vais réaliser ton vœu le plus cher.
Un mari.
Puis-je savoir son nom ?
Juan Cherubino de Centelles.
Seigneur du Val d'Ayora, fils du comte d'Olivia.
Grand d'Espagne.
Je vais devoir quitter Rome ?
Éventuellement.
La route est longue entre les fiançailles et l'autel.
Je peux le dire Ă maman ?
Il faut te préparer pour ce soir.
Tu es la princesse de la maison.
Je veux que tu sois magnifique
pour montrer ta beauté.
Suis-moi, chère Lucrezia
allons te choisir une robe.
Sauvage !
Cet idiot a forcé la porte d'un couvent,
en apportant la violence entre ses murs sacrés.
Ce n'est pas un futur prĂŞtre,
c'est le fils de Satan.
Je me vengerai et ma vengeance sera terrible.
Ne pointe pas ton doigt sur moi, Colonna.
Juan ?
Si les musulmans envahissent Rome,
Saint Pierre va devenir une mosquée.
La ville va changer de nom ?
Il y a quarante ans, ils ont rebaptisé
Constantinople, Istanbul.
Et Sainte Sophie est devenue une mosquée !
Borgia !
Marco Antonio, nous devrions parler...
Plus jamais, tu ne pointeras ton doigt sur moi.
Le cri déchirant de Marco Antonio.
On aurait dit une oie !
Ces taches de sang ne partiront jamais.
Mes mains tremblent encore de peur.
Les ennuis sont terminés.
Tu crois ?
Le chaos te suit partout !
Au séminaire, j'ignorais que...
tu avais une telle violence en toi.
Silence !
Tu t'es encore comporté en brute.
Les Colonna nous ont attaqués.
Votre Éminence,
- Cesare m'a sauvé la vie. - Et la mienne.
Nous allons affronter bien plus qu'une querelle.
La fièvre dévore le pape. La mort a commencé son travail.
Préparez-vous à combattre !
MĂŞme pendant la messe.
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