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Une histoire vraie.
Loin, plus loin, toujours plus loin dans le passé.
Jusqu'où faut-il aller, bordel ?
Mes parents ont divorcé alors que je n'avais pas 2 ans.
Dès lors, mon père n'a jamais été assez impliqué dans ma vie,
et ma mère n'a jamais cessé de trop l'être.
Elle espérait, à travers moi, racheter ses erreurs.
Un soir, j'ai trouvé ma culotte pleine de sang.
Ma mère a dit : "Oh, non, tes règles.
"C'est le début des problèmes."
Et elle avait raison.
Papa et maman avaient enfin une raison de se disputer.
Moi.
Jusqu'au jour où mon père disparut.
Pas de numéro de téléphone où le joindre, pas de lettres, rien.
J'ai écrit au magazine Seventeen.
Une longue lettre sur notre situation.
Ils voulaient la publier mais me demandaient sans cesse :
"Ton père part. Mais revient-il ?
"Est-ce que ça finit bien ?"
Non, ça ne finissait pas bien mais je me suis dit : "Allez.
"Donne-leur ce qu'ils veulent."
Ça y est.
C'est l'heure de partir.
Maman, s'il te plaît...
Pas question d'arriver en retard.
On a tout le temps.
Ma chérie, l'inscription est à 16 h.
Allez.
N'oublie pas ton tapis !
- Maman ! - Quoi ? Allez.
C'est le jour le plus important de ta vie.
Je croyais que c'était le jour de mon mariage.
Non, ma chérie, ça, c'est la pire journée de ta vie.
Oui, elle ne tient pas en place.
Maman, elle est si belle.
Zut ! Je voulais faire psychotique.
Enfin...
Grand-mère est si émue qu'elle en pleure.
Une bourse en journalisme.
Journalisme. Elle veut devenir écrivain.
C'est le premier jour qu'on se fait des amis.
Je sais.
- Après, c'est plus difficile. - Je suis une grande fille.
Ne te fâche pas.
Je ne me fâche pas.
Pourquoi penses-tu que je me fâche ?
J'essaie juste de t'aider. Tu le sais bien.
Tu sais comme je suis fière de toi, Lizzie.
Tu es si douée.
Tu m'écoutes ?
Lizzie, que fais-tu ?
On va mettre tes affaires dans la voiture.
Je n'ai pas besoin d'aller à Harvard pour devenir écrivain.
Lizzie, qu'est-ce qui te prend ?
À Harvard, tu rencontreras des gens.
Tu rencontreras des gens qui pourront t'aider plus tard.
Je sais de quoi je parle.
J'avais la vie devant moi.
Tu ne veux pas aller à Harvard ?
Eh bien, attends un peu
de ne plus avoir de choix,
de ne plus rien avoir.
Rien. Personne. Personne pour veiller sur toi.
- Et là, on en reparlera. - Je n'ai pas dit que je n'irais pas.
Le Dr Isaacs m'avait prévenue.
Maman, j'ai dit que j'y allais.
Il a dit que tu t'isolerais
- dans ta chambre. - Je ne m'isole pas.
Je ne m'isolerai pas, d'accord ?
Je veux que les choses changent.
Parfait.
C'est tout ce dont tu as besoin.
C'est ce dont je parlais.
Tu verras, Lizzie.
Ce sera un univers complètement différent, là-bas.
J'étais si jeune.
Sois prudente. Quand j'y pense, j'avais un an de plus que toi
et j'étais déjà femme au foyer.
Je m'ennuyais tant que j'ai acheté un singe
pour pouvoir parler à quelqu'un.
Puis, tu es arrivée.
Oh, mon Dieu.
Lizzie, c'est si...
Harvard.
Mais tu es au 5e étage.
Je sais.
Comment va-t-on faire ?
Je me débrouillerai, d'accord ? Ne t'en fais pas.
- Non, non. - Bonjour.
Puis-je vous aider ?
Oui, merci. C'est trop aimable.
Mais je vous en prie.
Elle écrit
depuis le CE 1.
Cet homme est le type même de l'homme idéal pour ma mère.
Et maman ne va pas tarder à le confirmer.
J'ai toujours aidé ma mère à choisir ses amants.
Le seul qui ait compté, c'est celui que je n'ai pas choisi.
Mon père.
Ça, c'est quelqu'un de bien. Un vrai père.
Si ton père était comme ça, on serait encore à Manhattan.
Je lui ai dit que tu avais déjà été publiée.
Tu devrais rentrer. Il est tard, tu sais.
Oui.
N'oublie pas de manger.
- Au revoir. - Au revoir.
Ma mère et moi avons toujours passé tout notre temps libre ensemble.
J'avais du mal à m'intégrer aux autres enfants.
Ils me trouvaient étrange, et, du coup, je me sentais étrangère.
Et ma mère a très tôt su exploiter la situation.
Elle m'a fait faire du théâtre, m'a fait étudier,
m'a poussée à écrire, à aller à des concerts et à écrire encore.
Elle était sûre que c'était la voie du bonheur.
Harvard. L'endroit où j'allais enfin côtoyer des gens
avec qui j'avais des points communs.
Je ne demande pas grand-chose.
Je ne leur demande pas d'être des fans de Springsteen.
Ravie d'avoir fait votre connaissance.
- Salut. - Salut.
Tu es Elizabeth, non ?
J'ai vu ta photo dans le bulletin de Harvard.
J'ai lu l'article que tu as écrit sur le divorce de tes parents.
- Je l'ai trouvé formidable. - Merci.
- Je m'appelle Ruby. - Salut.
- On est dans la même chambre. - Super.
Tu ne peux pas savoir l'impact que ton article a eu sur moi.
Le fait que tu révèles la mesquinerie de tes parents et leurs mensonges.
Et les retrouvailles avec ton père et votre réconciliation.
J'ai trouvé ça exaltant.
Tu fumes ?
Je n'ai encore jamais fumé dans la journée.
On est à Harvard, maintenant. On peut faire ce qu'on veut.
Génial.
On va être comme ces marginales littéraires.
Brillantes, ténébreuses et sexy.
Le problème, c'est que je suis sérieuse.
Avant, les garçons ne me remarquaient jamais.
Je n'étais même pas dans leur liste des "possibles".
Ruby comprend tout. Elle me comprend.
Si c'était un garçon, ce serait idéal.
Quand Lou Reed avait 17 ans, les médecins déclarèrent
qu'il souffrait de sautes d'humeur.
Ils lui prescrivirent des électrochocs trois fois par semaine.
Pour lui, chaque séance était semblable à une lueur aveuglante
et c'est en cela que réside son génie.
Il a accepté son carnage psychique
et crée des chansons d'une qualité rarement égalée.
Je sens sa froide étreinte,
sa caresse sournoise.
Je passe mon temps par terre dans ma chambre.
Tout est froid, sombre et argenté.
J'ai peur qu'il me fasse replonger dans les abîmes de mon désir
là où j'ai trop peur d'aller car je sais que je n'en reviendrai pas.
Je parie que tu en as plein chez toi.
Des paquets de cigarettes couverts de pattes de mouche.
L'histoire de ta vie ?
Ton journal ? Non ?
Le suspense est insupportable.
C'est un devoir.
Tu es l'étudiante la plus consciencieuse de Harvard.
C'est une critique.
Je crée une rubrique musicale dans The Crimson.
C'est génial.
Tu veux de l'ecstasy ?
Tu n'en as jamais pris.
L'acide va droit au cerveau.
L'ecstasy va droit au cœur.
Ça va ?
Que fais-tu ici ?
Tu veux y retourner ?
Il y a un gars.
Il te cherche, je crois.
J'entends sa voix, sous les couvertures.
"Viens, ma puce." Il est en moi, là où personne n'a jamais été,
dans mon moi, sombre et secret.
Je me donne à lui
mais mes craintes ressurgissent.
Je veux qu'il s'arrête.
Ça fait quoi, d'après vous ? Et ça s'arrête quand ?
Je ne veux pas de son emprise.
Je veux qu'il parte.
Je ne veux pas qu'il existe.
Regardons les choses en face.
"Lou Reed devrait être mort."
C'est génial.
Tu vas coucher avec moi ce soir ?
Je t'aurai prévenu.
- Que veux-tu dire ? - Que je t'aurai prévenu.
Génial.
Je voulais désespérément faire l'amour comme il fallait,
avec la bonne personne, au bon moment, au bon endroit.
- Ce n'était pas génial. - Ça l'est rarement.
- Ça aurait dû l'être. - Au moins, il est mignon.
C'était la première fois.
Bien sûr.
Je t'assure.
Tu plaisantes ?
C'est vrai.
Non, je ne te crois pas.
J'ai décidé de faire comme les filles normales de 19 ans.
Mais il faut fêter ça !
- On pourrait faire une fête. - Une fête ?
L'idée était censée être subtile,
mais, bien sûr...
Elizabeth, c'est génial. C'est une idée démente !
Tout le monde comprit.
Fête séminale en l'honneur de Lizzie.
Mais tout le monde n'apprécia pas.
Je regrette de ne pas avoir eu la même idée.
Merci.
J'adore ta robe.
Salut !
Comment peux-tu rendre public un événement si intime ?
Ça n'a jamais été intime.
- C'était bien. C'était intéressant. - Intéressant ?
Mais il ne s'agissait pas de moi.
Ça ne voulait rien dire. On a couché ensemble, c'est tout.
D'accord, je vois.
Tu n'as pas l'air d'être très d'accord.
Je m'étais gardée pour quelqu'un qui m'aimerait sincèrement,
qui saurait tout de mon être intérieur.
Noah n'était pas ce garçon.
Il m'a dit plus tard qu'au fond,
il se fichait autant du sexe que de la drogue.
Que c'étaient juste deux façons de s'éclater.
Ce qui est tout à fait acceptable
jusqu'au moment où une fille adopte la même attitude.
- Vous avez vu Lizzie ? - Non.
Lizzie, on te demande au téléphone.
- Qui est-ce ? - Rolling Stone.
J'ai l'honneur de remettre le 1er prix de journalisme de l'année 1985
à Elizabeth Wurtzel
pour son article paru dans le Harvard Crimson sur Lou Reed.
Je voulais oublier tout ce qui m'était arrivé jusque-là.
Je voulais que cet instant s'éternise.
À jamais.
Merci.
- C'est génial. - Non, tu es géniale.
- Merci. - De rien.
Tu pourrais écrire sur les groupes qui passent à Cambridge.
C'est rare que quelqu'un qui assiste à tant de concerts
écrive avec autant de clarté.
Je croyais qu'il me draguait,
alors que c'était l'éditeur de Rolling Stone.
Quel âge a-t-il ?
- Oh, mon Dieu. - Quoi ?
- C'est mon père. - Génial.
Regarde-moi ça.
- Quoi ? - Dire qu'il nous a quittées pour ça !
Quoi ? Qu'est-ce qui te prend ?
Je ne l'ai pas vu depuis quatre ans.
Quoi ? Mais je croyais...
Je sais ce que j'ai dit.
Papa, quand reviendras-tu à la maison ?
Je ne reviendrai pas. Tu le sais bien.
Mais maman a dit que tu pouvais si tu voulais.
Je suis sûr que ta mère n'a pas dit ça.
Mais si, elle l'a dit.
Ma chérie,
ça n'est pas possible.
Ce qui ne veut pas dire que je t'aime moins qu'avant.
APPELLE-MOI PAPA
Pour qui se prend-il ?
Il disparaît pendant 4 ans. Et il croit qu'il peut débarquer ici
et prendre des photos de son étudiante de petite fille ?
Cet endroit n'a rien à voir avec lui.
Il aurait au moins pu avoir la décence de le comprendre.
Tu devrais quand même lui parler.
Pour lui dire quoi ?
Je ne sais pas.
Comment vas-tu ? Comment va ton enfoirée de femme ?
Lizzie, c'est ton père. Il t'aime.
Non, tu ne peux pas comprendre.
J'avais 8 ans quand on a été voir The Last Waltz.
Il était sous tranquillisant.
J'ai dû voir le film trois fois de suite avant qu'il refasse surface.
Quel père ferait une chose pareille ?
Je ne savais pas.
Mon article,
c'était juste un fantasme.
J'écrivais ce dont je rêvais.
Quand les gens en parlaient,
quand tu en parlais, c'était comme si c'était vrai.
Il n'est peut-être pas trop tard.
Si. Je me raccroche à ce rêve depuis trop longtemps.
Je suis bien. Je n'ai plus besoin de lui.
On devrait y aller. Tu viens ?
Non. J'ai un article à finir pour la semaine prochaine.
Bon sang ! Il est 4 h ! Tu permets ?
Je sais. Excuse-moi.
La musique m'aide à me concentrer.
Springsteen me fait penser à un poète mécanicien.
Vous sentez la sueur dans sa voix, la crasse, dans sa guitare.
Quand il chante, je vois les rues brumeuses,
les amants, main dans la main,
les pare-chocs enfoncés.
La crasse est sous ses ongles, la clairvoyance crève son regard.
Tu n'as pas dormi depuis plusieurs jours.
C'était parfait, avant.
Je peux retrouver cet état.
Ses paroles grinçantes accouchent à grands coups d'une histoire
mais sa guitare, sa voix vous vont droit au cœur.
La musique jaillit de ses entrailles qui vomissent les luttes du monde...
Springsteen est comme un poète mécanicien.
La musique jaillit de ses entrailles.
Qui vomissent les luttes du monde, la connaissance qui accompagne...
Il concentre le poids du savoir ancestral en
un seule accord dans nos âmes. Ce phare qui peut être touché...
Il a le pouvoir de l'émotion pure.
Une émotion si intense que le corps ne peut que réagir...
- Et les luttes... - Merde.
Elle n'a toujours pas dormi.
Je ne sais pas comment te le dire
mais tu commences à sentir mauvais.
C'est important.
Bien sûr, mais ta santé l'est encore plus. Il faut que tu dormes.
Foutez-moi la paix !
Je dois absolument finir cet article.
Tu veux des tranquillisants ?
- Hein ? - Oui.
Noah ? Noah, rends-le-moi. Noah !
Lizzie, c'est du gribouillage.
Quoi ? Qu'est-ce qui te prend ? Crétin !
Arrête. Noah, repose-la. Repose...
Elle est devenue la clocharde de Harvard.
- Que fais-tu ? - Elle a besoin d'un truc.
- Quoi ? - D'un médecin !
URGENCES
C'est bon. Je les ai. Je les ai. Ne t'en fais pas.
D'une émotion si intense...
Des corps flottent...
Lizzie. Lizzie, écoute-moi.
Calme-toi.
Ce n'est pas ce que tu disais quand je te suçais.
Vous vous êtes droguée récemment ?
Enfin, j'ai pris un peu de coke et j'ai fumé de l'herbe,
mais c'était pour prolonger l'effet de l'Ecstasy.
Vous n'oubliez rien ?
Quelques bières, peut-être.
Vous pensez que votre problème est lié aux abus de substances toxiques ?
Mon seul problème, c'est qu'il me faut des tranquillisants
pour atténuer l'effet de cette coke de merde.
Et ensuite ?
Tu n'aimes pas venir ici et tu n'as pas envie de parler.
Tu n'es pas obligée de parler. Tu n'as pas à parler
si tu n'en as pas envie, mais si tu ne dis rien,
si tu ne me parles pas, je ne pourrai pas t'aider.
Et inutile de me conseiller de suivre une thérapie.
Ça ne marche pas : regardez-moi.
- Que faites-vous ici, alors ? - Mes amis m'ont amenée ici.
Malgré vous ?
Allez-vous me prescrire quelque chose ?
Pas aujourd'hui.
Je tombe.
Je n'arrive même pas à finir mon article.
Noah a peut-être raison. C'est juste du gribouillage.
Je n'ai rien d'original à dire.
L'écriture ne peut pas me sauver.
Même Harvard ne peut pas me sauver.
Comment échapper aux démons qui me hantent ?
- Non. - Elle t'a taillé une pipe ?
- Tu lui... Quoi ? - Elle m'a taillé une pipe, ça te va ?
- J'étais soul. - Enfoiré.
Bordel, comment as-tu pu... Putain, comment...
Lizzie, attends.
Putain, Lizzie, je vais te tuer !
Je vais te tuer, salope !
Sam me l'a dit. Il m'a tout dit.
Tu as aussi menti pour ton dépucelage ?
Tu ne comprends pas. D'accord ?
Tu ne comprends pas. C'était un accident.
Un accident ? Tu appelles ça un putain d'accident ?
C'était... C'était, disons...
- Quoi ? - Une pipe accidentelle.
Va te faire foutre.
Je pourrais te tuer !
Je te jure, je pourrais te tuer ! Comment as-tu pu me faire ça ?
Hemingway a cette remarque dans Le soleil se lève aussi.
Quand quelqu'un demande à Mike Campbell comment il a fait faillite,
tout ce qu'il trouve à dire, c'est : "Peu à peu, puis tout d'un coup."
La dépression, c'est pareil.
On se réveille un matin, terrifiée à l'idée de vivre.
Nous voilà revenues à la case départ.
Tu crois que ça me plaît d'être comme ça ?
Je ne sais pas.
Je pensais que tout se passerait bien.
J'étais si fière que tu sois à Harvard.
- Tu m'attendais, c'est ça ? - Non, maman.
Je pensais que c'était fini. Et je reçois cet appel.
Ça n'a rien à voir avec toi.
Ce n'est pas de ta faute.
Tu as changé de chambre.
Je voulais être seule.
Pourquoi ?
Pour instabilité mentale.
J'ai dit que je n'arrivais pas à vivre avec les autres.
Tu leur as dit...
Tu leur as dit ça ?
Oh, Lizzie. Tes études.
Cette opportunité.
Je suis désolée, maman.
Je n'en peux plus.
C'est au-dessus de mes forces.
C'est insensé.
Je ne veux plus repasser par là.
Écoute-moi.
Je l'ai élevée ! Je l'ai élevée seule, sans que tu m'aides.
Sans que je t'aide ? Je fais tout et je n'ai jamais droit à un merci.
Tu prends toutes les décisions et elles te retombent dessus.
- Pas vrai ? - Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu ne fais rien pour elle ! Tu ne fais rien pour elle !
Tu ne viens jamais la voir.
Tu ne l'emmènes pas en vacances. Tu ne la prends jamais le week-end.
Jusque-là, qu'as-tu fait pour elle, Donald ?
Je suis son père. Je l'ai fait hospitaliser et tu es à Manhattan.
Espèce d'ordure ! Je te hais ! Je te hais !
Je te hais, sale enfoiré !
Que t'arrive-t-il ?
Rien.
Oh, mon Dieu. Tu n'es pas...
Enceinte ? Non, je ne suis pas enceinte.
Dans les années 80, ce n'est pas un problème.
Je t'en prie, ne parle pas comme ça.
Alors, qu'est-ce que c'est ?
Je ne te comprends pas.
Ta chambre est dégoûtante. Je vais t'aider à faire le ménage.
Maman, non.
Je ne vois pas de solution simple.
Je ne sais pas quoi faire.
- J'ai pris deux jours de congé. - Non, il ne faut pas.
Je veux t'aider.
- Je n'en ai pas les moyens, mais... - Je suis bien mieux toute seule.
Si j'avais su que tu réagirais comme ça...
Écoute-moi. Il faut que je révise.
J'ai travaillé très dur et
ça n'a pas été facile pour moi. J'avais juste besoin de me reposer.
Je suis si inquiète.
Je te promets de veiller sur moi.
Ça te va ?
Et je viendrai te voir.
J'en ai assez vu.
On passera du temps ensemble à New York.
S'il te plaît ? Je te le promets.
Il faut juste que je finisse mon travail.
Pour ton anniversaire, peut-être.
Oui.
Je rentrerai pour mon anniversaire.
On pourra le fêter ensemble.
- On fera une fête. - D'accord.
Je te ferai les tartes aux poires dont tu raffoles.
Oui, ce serait génial.
Salut.
Lizzie, je t'aime beaucoup. Vraiment.
Mais tu n'entreras que si tu ne bois pas et que tu ne te défonces pas.
Tu n'es pas sérieux.
Si.
Dis non.
Mais il n'y a aucune raison d'être clean dans ta chambre.
Je veux dire à Noah à quel point je suis fatiguée.
Même dans mes rêves.
Comme je suis épuisée, au réveil.
Comme je suis en train de me noyer dans une grosse vague noire.
Mais je ne peux plus écrire.
Et de toute façon, ça ne l'intéresse pas.
- Tenez. - Merci.
Salut.
Salut.
Ruby, c'est dément. Il faut qu'on parle.
Je préfère pas.
Je suis désolée. Tu le sais.
Et je n'ai aucune excuse.
Alors, dis-moi pourquoi tu l'as fait ?
J'ai disjoncté.
Je suis un modèle défectueux
et il faut m'avoir fréquentée un peu pour le savoir.
Il y a des jours où je me sens tellement fatiguée, tellement mal
que je ferais n'importe quoi pour l'oublier.
Quand on est ensemble, tu vas bien.
- Tu es drôle. Tu es... - Je fais semblant.
- Comme tout le monde. - Non, pas comme moi.
On a tous des jours où ça ne va pas.
C'est ce que disent les gens quand ils ne savent plus quoi dire.
Eh merde.
Je ne sais pas quoi dire non plus.
Les gens t'aiment, Lizzie.
Je veux juste que les gens me comprennent.
Mais ils n'y arrivent pas.
Les platitudes me sont insupportables.
Les gens veulent t'aider.
Je veux t'aider, mais je ne sais pas quoi faire.
Épargne-moi les platitudes, d'accord ?
Très bien.
Bon sang. Écoutez-moi.
Je vois le mal partout.
Pauvre Ruby.
Je tue sa joie.
Comme elle est triste et découragée.
Je ne sais pas quoi dire.
Pourquoi pas : "Va voir un toubib, merde !" ?
Je vois. On se la fait à la Freud ? Je ne dis rien,
vous en faites autant. Puis, tout d'un coup, vous dites :
"Vous voulez coucher avec votre père."
Si je comprends bien, vous n'en avez aucune envie ?
Et je ne veux pas parler de mon enfance, non plus.
Je ne sais pas ce que je fais ici.
Vous avez bien une petite idée ?
Je n'arrive plus à écrire.
Et qu'écrivez-vous, d'habitude ?
Des nouvelles, des poèmes, des articles.
J'ai obtenu une bourse en journalisme.
J'ai toujours écrit. Je ne peux pas m'en empêcher.
Depuis quand avez-vous arrêté d'écrire ?
Un mois, à peu près.
Vous vous souvenez de votre premier écrit ?
C'était un poème.
Un poème. Sur quoi ?
Mon père.
Que disait-il ?
Je ne veux pas parler de mon enfance.
Ça me paraît si bête de suivre une thérapie.
Il y a des enfances bien pires que la mienne.
On ne parle pas des autres. On parle de vous.
Là, elle n'a pas tort.
C'est moi, le problème.
J'ai peur de suivre une thérapie.
J'ai peur de ne pas suivre de thérapie.
J'ai peur d'ennuyer le Dr Sterling.
Je me répète tout le temps que, si je pouvais être normale,
si je pouvais me lever le matin, tout irait bien.
C'est quoi, être normale, pour vous ?
Quand les gens se coupent, ils mettent un pansement et continuent.
Et que faites-vous ?
Je continue à saigner.
Pour vous, être normale, c'est avoir une blessure, la panser
et reprendre le fil de sa vie ?
C'est comme ça que ça marche.
C'est ça, la vie, non ?
Il faut continuer, coûte que coûte.
C'est comme ça que vous voulez vivre ?
Joyeux anniversaire Lizzie
Maman.
Allons !
Tu devrais t'attacher les cheveux. Ça met ton visage en valeur.
Les voilà.
Allez, viens, Lizzie.
Ma chérie !
Elle est rentrée ?
J'ai besoin que quelqu'un me ferme la tête et m'ouvre le cœur.
Eh bien, j'ai de longs cheveux châtains foncés et des yeux noirs.
Et je fréquente les toilettes des hommes !
Ah oui, la déesse de l'Ecstasy.
Oui. Je n'en reviens pas, tu te souviens de ça !
Excuse-moi une seconde.
Grand-mère et grand-père sont là.
Oui, j'ai entendu.
Si j'ai organisé ce dîner, c'était uniquement pour te faire plaisir.
Comment peux-tu me traiter comme ça ?
Tu peux me laisser seule ?
C'était ma mère.
C'est mon anniversaire. Elle a organisé une fête pour moi.
Cool.
Non, pas vraiment.
C'est juste ma mère, mes grands-parents et moi.
Je ne leur ai pas dit bonjour.
Tu devrais y aller, non ?
Tu parles comme un petit Juif bien élevé.
Encore faudrait-il que je sois juif !
Je voulais juste te dire bonjour.
On fera un truc ensemble à ton retour.
D'accord, génial.
Au fait, joyeux anniversaire.
Merci.
Rafe ne semblait pas avoir compris
que je venais de le choisir comme sauveur.
Le magazine Rolling Stone.
C'est la référence en terme de magazine de musique.
C'est merveilleux.
Ils veulent l'embaucher. La payer pour écrire dans Rolling Stone.
Elle serait payée ?
Elle a dû passer la nuit à écrire.
Tu as passé la nuit à écrire ?
Ça fait des mois que je n'écris plus.
Elle a toujours des tas de projets.
Mais elle n'aime pas en parler.
Depuis quand lis-tu ce que j'écris ?
Lizzie, ce n'est pas très gentil.
Tu en veux une ?
Qu'est-ce qui lui prend ?
Rien. Maman. Absolument rien.
- Elle est ivre. - Bien sûr que je suis ivre.
- Elle est juste épuisée. - Elle est toute maigre.
Elle est vannée. Elle est surmenée, là-bas.
- Lizzie. - Elle se drogue ?
- Si seulement. - Lizzie.
- Vient-elle de dire que... - Non.
Tout va bien. Je t'assure.
Crois-moi, si je me droguais, je te le dirais.
Elle ne ferait pas ça si elle ne se droguait pas.
Moi si, bordel !
Je suis désolée, maman.
Je rêve à toutes les choses que j'aurais voulu dire.
C'est le contraire de ce que j'ai dit.
J'aurais voulu avoir dit : "Maman, pardonne-moi.
"Aide-moi, je t'en prie.
"Je sais que je n'ai aucun droit de me comporter ainsi."
- Allô. - Bonjour.
- Bonjour. - Comment va la reine du jour ?
Mon anniversaire, c'était hier.
Que veux-tu ? Tu sais comment c'est.
Je pensais tomber sur ta secrétaire.
Maintenant que tu écris pour Rolling Stone.
- Tu l'as lu ? - Surtout,
n'oublie pas qu'ils ont de la chance de t'avoir.
Ces gens-là sont futés. Ils sont très intelligents.
Ils savent reconnaître les grands talents.
Je serai probablement amenée à sillonner le pays.
Je pourrai peut-être venir te voir.
À qui parles-tu, Lizzie ?
- À personne. - Qui est-ce ?
- Personne. - Ne l'écoute pas.
S'il te plaît, maman.
Regarde-toi, regardez-vous tous les deux.
- Tu es folle amoureuse de lui. - Maman.
Tu comprends pourquoi je n'appelle pas ?
Était-il là pour toi ?
- Hein ? Où... - Arrête ! Arrête !
Je voulais juste lui parler.
Tu sais, je n'en peux plus.
Je fais des heures supplémentaires. Je ne sors plus.
Je ne m'achète plus de vêtements. Tout passe dans ta thérapie.
Tout ? Papa paie pour ma thérapie, maman.
Tu crois qu'il paie ?
Tu crois qu'il paie ?
Il ne paie pas un centime.
Pas un, tu m'entends !
Ce n'est pas vrai.
Tu veux que je te le prouve ? C'est ça ?
Tu veux savoir combien il me reste à payer
pour le trimestre dernier ?
Regarde. Vas-y. Regarde.
- Vas-y, regarde, Lizzie. - Je suis désolée, maman.
Tu veux savoir combien je paie ce Dr Sterling ?
Je suis désolée.
Tu ne t'en sortiras pas comme ça aujourd'hui.
Demande-lui qui la paie.
C'est entièrement de ma faute. Je t'ai trop gâtée.
Je me tue pour t'envoyer à Harvard et je récupère un zombie.
Je sais. Je suis désolée.
Je suis si...
Pourquoi refuse-t-il de payer ?
- Pourquoi ? - Je sais. Je sais, ma chérie.
Je me hais et je hais ce que je fais.
Lizzie, tout va bien.
C'est horrible. C'est horrible.
Et je blesse tous les gens qui m'aiment.
Mais quand il appelle...
Bon sang ! Une fête ?
Et ta tarte aux poires ridicule !
Pourquoi me fais-tu ça ?
Parce que je ne suis pas ton petit singe.
Je suis désolée, maman. Je ne le pensais pas. Je suis désolée.
Je ne le pensais pas.
Je suis désolée.
Cette petite fête, elle l'a faite pour elle ?
Non, pour ma grand-mère.
Pourquoi ?
Pour lui montrer qu'elle était une bonne fille.
Ce doit être douloureux.
Regardez-la. On n'avance pas, ma grande.
Ma mère te paie 100 $ de l'heure, pour ça.
C'est n'importe quoi. Vous avancez à tâtons. C'est comme le coup de Rafe.
Pas besoin d'être Freud pour savoir que j'ai peur d'échouer.
Et je sais que c'est dû à l'attitude de mon père.
Mais ça ne change rien.
- Je ne peux pas sortir avec lui. - Pourquoi ?
Je viens de vous le dire.
Vous ne m'avez rien dit sur Rafe.
Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il n'est pas fiable ?
Ne lui montre pas que tu es folle.
- Un singe ? - Qui s'appelait Percy.
Je n'en reviens pas.
- Elle avait besoin de compagnie. - Elle t'avait.
C'était avant ma naissance.
- Tu m'écoutes ? - Bien sûr que oui.
Je ne t'ennuie pas ?
Toi ? Je te rappelle que je t'ai connue aux WC.
- Tu es tout sauf rasante. - Qu'est-ce que je suis ?
Terrifiante.
Alors, on y va, à ce concert ?
Je ne suis pas sûr.
Je ne sais pas vraiment où c'est.
Tu vas à un concert et tu ne sais pas où aller ?
J'ai dit que j'étais venu voir un concert...
Tu comprends.
- Quoi ? - Tu fais exprès !
Non, tu as dit...
J'ai dit que je venais voir un concert
mais c'est toi que je suis venu voir.
Attendre, attendre, attendre.
Attendre qu'il fasse le premier pas.
Il ne le sait donc pas ? C'est lui, mon salut.
J'aime le fait qu'il soit attentionné,
compréhensif et politiquement correct.
Mais j'ai besoin qu'il m'embrasse.
Tout de suite !
Salut !
Salut !
J'ignorais que tu avais déménagé. Je te croyais encore ici.
Ruby m'a parlé des articles que tu avais l'intention d'écrire.
Les mots me viennent facilement.
Le Dr Sterling a dû l'appeler.
Sinon, que ferait-il ici ?
Il est peut-être venu voir ma déchéance.
Ou voir si sa fille pouvait encore tenir le coup.
Ou qui sait ?
Je lui manquais vraiment.
Ma fille.
Au fait, mes factures médicales...
Celles de mon traitement psychiatrique ?
Ils les envoient toutes à maman.
C'est parce que tu ne les as pas réglées ?
- Tu m'étonneras toujours. - Quoi ? Tu les as payées ?
Tu es froide et distante.
Et maintenant, tu me demandes ça ?
Qu'est-ce que tu racontes ?
- Si tu ne le sais pas... - Non, je ne le sais pas.
- Tu m'avais promis. - Tu ne m'as pas écrit.
Tu n'appelles jamais.
À croire que je n'existe pas.
- Pour qui me prends-tu ? - Je suis même venu te voir.
- Va te faire foutre ! - Attention !
- C'est comme ça que tu me parles ? - Écoute.
C'est toi qui es parti. C'est toi qui as disparu pendant quatre ans.
Tu crois que je ne le sais pas ? C'est ce que tu penses ?
Tu crois que je ne souffre pas ?
Tu crois que c'est facile pour moi d'être toujours loin de toi ?
Je déteste cette situation.
Et l'impact qu'elle a sur toi.
Sur ta mère et moi.
Je ne supportais pas de te voir au milieu de tout ça.
- Au milieu de nous. - Papa, je t'en prie.
S'il te plaît.
- Tu es mon père. - Oui.
Et tu refuses de régler mes factures médicales.
Alors que ça ne te coûterait rien.
Tu n'as qu'à signer les papiers.
C'est 10 pour cent.
- C'est presque rien. - Non.
J'ai perdu mon appartement, tout, après le divorce.
- Ça ne te coûterait rien. - Désolée, Lizzie.
C'est la responsabilité de ta mère.
Que veux-tu que je fasse ? Que je me taille les veines
pour qu'on m'hospitalise pour...
Moi aussi, j'en souffre.
J'en souffre aussi.
Je me sens impuissant.
Je repense aux erreurs que j'ai faites.
J'en ai fait beaucoup et je n'y peux rien.
Que vais-je faire ?
Salut !
Bonjour !
Devine qui c'est ?
Que fais-tu ?
Rien. Je marchais.
Je marchais avec quelqu'un.
Ne dis pas n'importe quoi. Je pourrais être avec une fille.
Bon, d'accord, tu as raison, c'est un garçon.
Il est grand.
Il est très grand.
Bien sûr qu'il est plus grand que moi.
Tu mesures combien ?
Je suis assez grand.
Je dirai 1,80 m.
Il a de longs cils et des yeux noirs.
Il a le côté sexy des intellos de prépas.
Quoi ?
D'accord. Je lui dirai.
Je lui dirai dès que j'aurai raccroché.
Très bien. D'accord.
Au revoir.
Qui m'imagine désormais comme un intello sexy ?
Ma mère.
Elle nous invite pendant les vacances.
Elle vient de déménager. J'y vais, moi.
Quand je suis avec lui, je m'imagine en train de faire des trucs atroces.
Je me dégoûte mais je ne peux pas m'en empêcher.
Et si vous pouviez le faire ?
Que changeriez-vous ?
Quand je t'ai vu avec elle, j'ai...
Je ne sais pas.
Je sais que c'est dément, mais...
Je ne peux pas m'en empêcher. Ça me prend comme ça.
Je suis désolé. Je ne savais pas.
Mais ça risque de recommencer.
Les jolies femmes ne résistent pas à mon charme.
- C'est du Earl Grey ! - Merde, désolé.
- Je vais le remplacer. - Non, ça va.
- Ça ne me dérange pas. - Non !
Un autre Earl Grey, je vous prie.
- Je n'en veux pas ! - Calme-toi, Lizzie !
- C'est juste une tasse de thé. - Ne crie pas.
Ne sois pas absurde !
Tu l'as sautée, hein ?
- Quoi ? Tu es folle ou quoi ? - Ne me crie pas dessus.
Je ne vois pas où est le problème.
Vas-y, continue à la sauter si c'est ce que tu veux !
- Va-t'en ! - Lizzie.
Lizzie. Allez !
Je suis désolé, d'accord ?
Je suis désolé. Je n'avais pas compris
que tu étais à ce point contrariée. Ce n'est pas ta faute, d'accord ?
C'est ma... C'est ma faute.
Tu vas me quitter, maintenant, hein ?
Non, je ne pourrais pas te...
Je t'aime.
Pourquoi ?
Parce que tout ce que tu ressens,
tu le ressens tout au fond de toi.
Tu es incroyable.
Je comprends pourquoi parfois, les gens veulent tuer leur amant.
Dévorer leur amant.
Respirer les cendres de leur amant mort.
C'est la seule façon de posséder une autre personne.
Ma mère va t'adorer.
- Tu veux un verre de jus de fruit ? - Oui, merci.
Lizzie, écoute.
Je ne pourrai pas venir chez toi pendant les vacances.
Ma mère a eu des ennuis
et je dois... Je dois rentrer chez moi.
Mais c'est les fêtes de fin d'année.
- J'ai besoin de toi à mes côtés. - Moi aussi.
Mais je ne peux pas me couper en deux.
Très bien. Je t'accompagne.
Je m'occuperai de ta mère.
C'est ce qu'il faut faire. Ma mère comprendra.
Ta mère vient d'emménager.
Mais je veux être avec toi.
Mais, pour l'instant, ta mère a besoin de toi.
C'est juste que la situation est un peu compliquée.
Lizzie, ma mère...
n'est pas à l'aise avec les gens qu'elle ne connaît pas.
Je me retrouve au milieu de tout ça et ça ne me plaît pas, crois-moi.
Je sais, je sais.
Je suis désolée.
Je t'aime et je voulais t'aider.
Tu m'aides. Lizzie, tu m'aides.
Parce que...
Parce que je sais que je vais te revoir.
On aura tout le prochain trimestre pour être ensemble.
- D'accord ? - D'accord.
Il m'a demandé de l'aider.
D'être forte pour lui.
Et j'ai dit : "Très bien."
Et j'ai fait ce qu'il fallait faire.
Je l'ai embrassé quand il est parti. Je l'ai aidé à partir.
Et, du coup, moi aussi, ça m'a facilité les choses.
- Et on est très heureux. - C'est merveilleux.
Le déménagement, ça a été ?
Oui. C'est petit, je sais.
Mais il est orienté plein sud. J'ai de la lumière toute la journée.
Et c'est bien plus facile à nettoyer.
Ta chambre devrait te plaire.
Ah oui.
Je vais juste ranger mes affaires.
- Je ne t'ai rien fait à manger. - Ce n'est pas grave.
Je lui revaudrai ça, un jour.
Je le jure.
- Alors, ton ami a eu... - Un problème de famille.
- Mais il allait venir. - Oui.
Il a... Il a dû rentrer au Texas parce que...
Je ne sais pas.
Il s'appelle Rafe.
C'est un beau prénom.
Il te plairait.
Il est beau garçon et il est studieux.
Et il est juif.
Et il travaille vraiment d'arrache-pied.
- Une prochaine fois. - Oui.
Il voulait te rencontrer.
Il est très proche de sa mère.
C'est bien.
Il faut que je passe un coup de fil.
Lizzie, non. C'est la dixième fois aujourd'hui.
Et alors ?
Et alors, tu vas le rendre fou et tu vas finir par l'exaspérer.
Tu ne sais pas ce que tu racontes.
Va te faire foutre.
Allô, Mme Stevenson ?
Bonjour, c'est Lizzie.
Lizzie. Je suis une amie de Rafe.
Est-il là ? Oh, il est occupé.
Pourriez-vous lui dire que c'est urgent ?
Entendu. Au revoir.
Pourquoi ne répond-il pas ?
Je ne lui ferais jamais ça, moi !
Comment va-t-il ?
Je ne sais pas. Il était sorti.
Je me demande si je lui manque
autant qu'il me manque ?
As-tu déjà aimé quelqu'un, Ruby ?
Je veux dire vraiment aimer.
Tu veux rire ? Bien sûr.
Tu crois avoir aimé. Mais tu ne sais rien de l'amour.
Parce que toi, tu sais tout ?
Le véritable amour est total.
C'est comme la vie ou la mort.
Sans l'autre, tu meurs à petit feu
parce que le besoin est si pur.
Si complet.
Tu ne connais que le sexe.
Dieu sait que tu m'en as fait baver pour Sam.
Tu n'as jamais aimé Sam. Comment aurais-tu pu l'aimer ?
Quoi, j'ai été cruelle ?
Tu ne le supportes pas, toi, la fille branchée ?
Lizzie, je ne pleure pas parce que tu es cruelle.
Mais parce que ce doit être si douloureux d'être toi.
Écoute, je suis à l'aéroport.
Non. Non, je veux dire ici,
à l'aéroport d'Austin.
Oh, mon Dieu.
Je me suis transformée en un vrai cauchemar.
Tu devrais peut-être appeler ta mère.
Pour lui dire que tu vas bien.
Je ne peux pas.
Tu te souviens, je t'avais dit
qu'il fallait mieux pas que tu viennes ?
Si tu m'aimais assez...
Très bien, alors, écoute-moi.
Il y a un truc que je ne t'ai pas dit.
- Ne me regarde pas comme ça. - Dis-le-moi.
- Ce n'est pas ce que tu crois. - Salaud.
- Ordure. - C'est ma sœur.
C'est ma sœur, bon sang !
Vous êtes de New York ?
De Manhattan. J'ai grandi dans le Upper West Side.
Rafe m'a fait lire vos articles.
C'est excellent surtout pour une première année.
Arrête, s'il te plaît. Allez, s'il te plaît.
Allez, mange. Allez.
Tu m'as promis d'aller gentiment te coucher.
C'est bien. C'est bien.
C'est ça. Arrête.
Allez. Arrête.
Couche-toi gentiment et demain, on ira au parc, d'accord ?
Allez. Allez, sois mignonne. S'il te plaît.
Tu veux aller au parc demain ?
Il faudra peut-être la conduire chez le médecin.
Ça dure depuis trop longtemps, je ne sais plus quoi faire.
Qu'est-ce qui te prend ?
Ça t'éclate !
Quoi ?
C'est ton truc !
- De quoi parles-tu ? - Tu me l'as cachée.
Et tu sais pourquoi ?
Tu crois que je ne comprends pas ?
Oh, Seigneur.
Tu es une sorte de voyeur glauque.
- Tu te complais dans le malheur. - Tu es malade.
Tu es... Tu es vraiment malade.
Dis-moi que ce n'est pas vrai.
Rafe, s'il te plaît.
Je vais chercher la voiture.
Maman ? Comment vas-tu ?
À ton avis ?
Bon sang, Lizzie, mets-toi à ma place !
Je suis désolée. Il fallait que je file à l'aéroport.
Je te l'aurais dit. On a eu quelques problèmes.
Ça a été très difficile, mais tout va bien, maintenant.
Il m'aime. Je le sais.
C'est juste que...
Sa situation familiale est particulière.
Il veut aider sa famille et moi.
Mais, c'est de lui qu'il devrait s'occuper.
Et quand il l'aura compris, tout ira mieux.
- J'en suis sûre. - Je sais que tout se passera bien.
Je le sais. Tu ne le crois pas ?
Je ne te suis pas d'un grand secours, là où tu es, Lizzie.
Je sais. Je sais.
Je suis désolée pour le déménagement.
Je le sais, ma chérie.
- Je vais raccrocher, d'accord ? - Maman ?
Appelle-moi...
Maman ?
Quand tu auras...
vu le Dr Sterling.
Maman ?
- Au revoir, ma chérie. - Maman !
J'aurais dû l'écouter.
Il m'avait dit de ne pas venir.
Je suis un désastre ambulant.
Et tes révisions ?
Non, non.
Il faut que tu étudies.
Lizzie, ça ne va pas du tout.
Je sais, je sais.
Je te préparerai un planning de révision.
Je n'en ai pas besoin. Je n'en ai pas...
Je t'appellerai.
Non, surtout, ne m'appelle pas, d'accord ?
Nous deux, ça ne marche pas.
Ce n'est pas ma vie.
C'est fini, tout ça.
Que veux-tu alors ? Tu t'es réveillé en te disant
que tu voulais baiser des filles de 1re année
et te défoncer à l'acide ?
C'est ce que tu veux ?
Oui.
C'est exactement ce que je veux.
Je veux faire la fête. Je veux m'amuser.
Vous m'aviez dit de me fier à quelqu'un.
Et regardez ce qui est arrivé.
- Votre confiance n'a rien... - Non !
Tout ce que je veux, c'est que Rafe revienne
et vous me parlez de cachets ?
Comme les choses sont plus difficiles pour vous,
- cela peut vous aider. - Vous disiez que je progressais.
Parfois, juste avant une...
Vous disiez qu'on avançait bien.
Toute cette foutue agonie.
Et mon discours est le même.
Et après tout ça, vous voulez me fourguer vos cachets.
Je vous conseille simplement d'essayer ces cachets
pour prendre un peu de distance et ne pas perdre tout contrôle.
N'est-ce pas ce que vous voulez ?
Il faut compter deux à six semaines avant de voir des résultats concrets.
Je sais que vous ne le sentez pas.
Mais, moi, je vois l'effet qu'ont les médicaments sur vous.
Votre mère a appelé. Elle voudrait venir vous voir.
La navette a atteint 94 %
de sa vitesse maximale.
Sa capacité moyenne est de 104 %.
Trois moteurs tournent. Trois cellules de carburant.
Trois bons groupes auxiliaires d'énergie.
Vélocité : 677 mètres par seconde.
Qu'est-ce qui vous prend ?
- Rien. - Vous essayez de voler mon sac.
- Challenger, vitesse maximale. - Vitesse maximale.
La navette spatiale Challenger explosa comme une boule de feu
peu de temps après le décollage.
... des fragments de...
Selon nos sources, rien ne laisse
supposer que les astronautes ont survécu.
Le président Reagan...
L'équipage de Challenger s'est comporté de façon exemplaire.
Les débris de la navette sont...
Le pire accident de l'histoire spatiale de l'Amérique...
... annonçait une catastrophe imminente.
- Ruby ? - Bon sang !
Attends. Attends !
Ruby, s'il te plaît, c'est sérieux.
- Quoi ? - Ma mère s'est fait agresser.
Je dois aller à New York. Il faut que tu m'accompagnes.
Ruby, s'il te plaît.
Je te demande de m'aider.
Lizzie, j'en ai assez de t'aider.
Tu en as assez ? Comment...
Je ne peux plus.
J'en ai assez fait.
C'est clair ? Je n'en peux plus.
Il faut que ça s'arrête.
La semaine prochaine, il y aura une autre crise.
Un petit pour la route.
Elle refuse de prendre du Démérol.
Elle refuse des analgésiques ?
Comment peut-elle être ma mère !
On va la garder en observation, mais sa vie n'est pas en danger.
Elle aura besoin d'aide, une fois sortie.
Mais, tout se passera bien.
C'est terrifiant.
Pour la première fois de ma vie, je n'arrive pas à pleurer.
Je ne sais pas ce que je fais.
Regardons les choses en face.
Ma présence ici est d'une ironie cruelle.
Je n'ai même plus le vertige.
Tu as meilleure mine.
C'est ce que tout le monde dit.
Tu sais, Lizzie,
je vais bien.
Tu peux tout à fait rentrer à Cambridge.
J'ai parlé aux infirmières, elles m'ont dit que tu avais besoin...
Ma chérie, tes examens approchent.
Quelqu'un doit s'occuper de toi, au moins, les premiers jours.
Je me débrouillerai. Je l'ai toujours fait.
Je ne te laisserai pas rentrer seule.
L'autre placard.
Je ne sais pas.
Grand-mère.
Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans Lizzie.
- Rien de tout ça ne serait arrivé... - Ne dis pas ça.
... sans elle.
Ils sont partis.
Je n'avais pas très envie de leur dire au revoir.
Et dire que je ne t'ai même pas demandé des nouvelles de Rafe.
C'est fini.
Il ne veut plus jamais me revoir.
Tu sais, quand Donald m'a quittée,
ça m'a paru incroyable.
Je n'arrivais pas à le croire.
Et je crois que je t'ai oubliée, Lizzie.
Tu te rends compte ?
Tu n'étais qu'une enfant.
Tu étais si petite.
Mais tu avais besoin de moi.
Et ça m'a forcée à faire de nouveau attention.
Tu comprends ce que je veux dire ?
Il fallait que je veille sur toi.
D'une certaine façon, tu m'as ramenée à la vie
et tu es devenue ma vie.
Je ne vivais que pour toi.
Tu étais pleine de promesses.
Et je voulais tant que ta vie soit riche
que je n'ai pas vu que ce n'était pas bon pour toi.
Tu voulais que
je sois tout et je ne pouvais pas.
Je ne peux pas.
Écoute-moi, Lizzie.
Je ne te demande rien.
Tu n'as pas à être en forme pour moi.
Tu comprends ?
Tu n'as pas besoin de faire semblant.
Ça ira, maman.
Je m'en sortirai.
Je te le promets.
Je m'en sortirai.
Et il y a une raison.
J'appelle cet endroit la crack house, c'est là que je me fournis.
Le Dr Sterling est mon dealer.
J'ai l'impression que tous les docteurs sont des dealers.
Parfois, j'ai l'impression de vivre dans une nation Prozac.
Les États-Unis de la Dépression.
Je ne sais plus qui je suis.
J'ai ma personnalité.
Elle est mal en point, mais c'est moi.
Et je me vois devenir cette personne qui agit normalement,
qui dit ce qu'il faut dire,
mais ce n'est pas moi.
- Vous vous sentez différente ? - Bien sûr.
C'est le but de mon traitement, non ?
Oui, c'était en effet le but.
Vous n'êtes pas à l'aise avec celle que vous devenez.
Je ne peux pas être cette personne sans cachet.
Les cachets vous aident à prendre vos distances.
J'ai l'impression que c'est une opération de camouflage.
Je vous encourage vivement à continuer le traitement.
Mais c'est à vous de choisir.
Voulez-vous arrêter le traitement ?
Viens là, ma chérie.
Viens là, tout va bien.
Tout va bien.
Si seulement ma vie pouvait ressembler davantage à un film.
Je veux qu'un ange m'apparaisse, comme pour Jimmy Stewart,
dans La vie est belle et qu'il me convainque de ne pas me suicider.
J'ai toujours attendu ce moment de vérité pure
dans l'espoir qu'il change à jamais ma vie.
Mais l'ange ne viendra pas.
Ces choses-là n'arrivent jamais.
Tous ces cachets, toute cette thérapie,
les disputes, la colère, la honte, Rafe, les pensées macabres.
Tout ça faisait partie d'un long processus de guérison.
J'ai refait surface de la même façon que j'ai coulé,
peu à peu, puis tout d'un coup.
Les cachets ne m'ont pas complètement guérie, loin de là,
mais maintenant, j'y vois plus clair,
ce qui m'a permis de recommencer à écrire.
Mais, cette fois, ce n'était plus une question de vie ou de mort.
SEPT ANS PLUS TARD,
"PROZAC NATION" D'ELIZABETH WURTZEL
FUT UN BEST-SELLER INTERNATIONAL.
CHAQUE ANNÉE AUX ÉTATS-UNIS,
PLUS DE 300 MILLIONS D'ORDONNANCES DE PROZAC
ET AUTRES ANTIDÉPRESSEURS SONT PRESCRITES.
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