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NETFLIX PRÉSENTE

- Mme Caruso ? - Leda. Oui.

Bonjour. Bienvenue.

Merci.

Vous avez fait bonne route ?

Ça devait bouchonner sur la nationale après Corinthe.

Vous attendez depuis longtemps ?

C'est pas grave.

- Désolée, je suis partie tard. - Laissez.

Désolée, ils sont remplis de livres.

C'est chez vous ?

Non, je l'entretiens. Depuis 30 ans maintenant.

Celle-ci et d'autres maisons de l'île.

Les énormes.

Tenez. Voilà la clé.

Installez-vous, je vais chercher le reste.

Merci.

Voilà. Je crois qu'on a tout.

Je mets la clim dans la chambre.

Je préfère l'air frais.

Juste un moment alors, pour la rafraîchir.

Si vous voulez couper plus tard, ne vous gênez pas.

Le petit-déjeuner est inclus, c'est au bar en bas.

Le petit-déj au bar.

Le phare.

C'est pas tout le temps.

Et donc vous…

écrivez des livres ?

Ou vous êtes prof ?

Oui, à la fac.

D'accord. Je vois.

- Je vous donne un pourboire. - Non, c'est bon.

Bienvenue à Kyopeli.

Merci.

- N'hésitez pas, au besoin. - Merci.

Excusez-moi, vous avez besoin d'aide ?

Vous êtes au soleil. Je déplace votre transat ?

Oui, je suis au soleil.

Je le mets sous le parasol ?

Oui.

Je travaille ici, alors…

Non, laissez.

Voilà.

- Merci. - De rien.

Au besoin, faites-moi signe.

Je suis Will.

Il y a du Nespresso, des glaces, etc.

- Super. Merci, Will. - De rien.

- Will ? - Oui ?

Quel genre de glaces ?

Attention !

Vous pouvez y aller mollo ? Hé !

Les gars, il y a quelqu'un, putain.

- Pardon. - Je veux une glace.

- C'est loin ! - Pas mon problème.

Je rêve !

Si, c'est ton problème, bordel !

- Bon, alors… - Vous voulez une glace ?

Pour les gosses. Tu les avais pas la dernière fois.

- Une glace comme ça. - Pas de souci.

Celle de toutes les couleurs aussi. Tu l'as ?

- Oui. - Tu vois ?

Besoin de rien ? Bien.

T'y es même pas allé. Il est pas…

Pourquoi les dinosaures sont morts avant nous ?

On va se sécher ?

Nina.

Habille-la, il fait froid maintenant.

Le peignoir.

Mets-lui quelque chose.

Tu vois ? C'est mieux.

Tu crois que j'aurai ma poupée ?

La vache.

Hé, enculé !

Je t'emmerde ! Fils de pute.

Maman, tu en veux encore ?

Oui. J'en veux encore.

Neni, et toi ?

- Je crois que oui. - Oui, s'il te plaît.

- Will ? - Oui ?

Oui ?

- Je peux avoir un verre d'eau ? - Bien sûr.

Ne la casse pas. Épluche-la en serpent.

Celui-ci est rond.

Je crois qu'il pleut.

- On le met en cage ? - C'est joli, non ?

- C'est délicieux. - Non ?

- J'ai une idée. - Quoi ?

On pourrait lui coller des yeux mobiles,

le mettre dans une cage et la décorer.

- Tenez. - Merci.

- Tout va bien ? - Oui.

- N'hésitez pas. - Merci.

Martha, trésor.

Je songeais à t'appeler. Je reviens de la plage.

"Fichus" ? Quoi donc ?

Pourquoi tu as choisi au hasard ?

Ils sont pas fichus.

Ils s'assèchent quand on les décolore.

Parfois, je mets un peu d'huile d'olive.

Ton père a une adresse ?

Je suis en vacances. Devant une vue magni…

Je t'aime aussi.

Bisous.

Allez sous le dernier parasol. Merci.

Il va vous chercher des sodas. Merci beaucoup.

C'est un peu tard. Cette dame doit se déplacer.

- Ça vous gêne pas ? - Si, je suis bien ici.

C'est juste pour que ma famille soit ensemble.

Oui, mais je n'ai pas envie de bouger.

C'est quoi, le problème ?

Rendez-nous service, on fera pareil.

Non, merci.

Grosse conne !

Je sais même pas quoi vous dire.

Pour quelques centimètres…

- Quelle pauvre… - Ça suffit.

Désolé.

On te met au régime, et tu te goinfres de gâteau.

- Un peu de gâteau ? - Non, merci.

Pardon pour tout à l'heure. D'accord ?

C'est mon anniversaire.

- Bon anniversaire. - Merci.

- Ça vous fait combien ? - 42 ans.

Joli ventre rond.

C'est une fille. Alors, vous savez.

- C'est pour quand ? - Dans deux mois.

Ma belle-sœur a eu la sienne direct.

Moi, ça a pris huit ans.

Ça arrive quand ça doit arriver.

- Profitez bien. - Vous êtes d'où ?

De Cambridge, à côté de Boston.

Non, je veux dire, votre famille.

- Ma famille ? - Oui.

De Leeds. Enfin, de Shipley.

- Chic. - Non, pas franchement.

Je vous croyais du Queens. Je vous jure.

Pas à cause de votre accent, mais y a un truc chez vous.

On est de là-bas,

mais on a de la famille ici depuis 300 ans.

Pas d'enfants ?

Si, deux filles.

Elles sont où ?

Quel âge ?

Bianca a 25 ans et Martha 23.

Non !

Vous êtes si jeune ! Vous avez commencé très tôt.

J'ai 48 ans.

Merde. Non.

Vous les faites pas.

On vous donnait 40 piges, max.

Vous avez du bol.

- Vous vous appelez comment ? - Leda.

- Neda ? - Leda.

Leda. Leda quoi ?

Caruso.

Caruso du Queens.

Je suis Callie. Callisto.

"La plus belle".

Vous y touchez pas ? Même une bouchée ?

Comment vous pouvez résister ?

- C'est bon, non ? - Très.

Oui.

Je m'excuse aussi pour tout à l'heure. J'étais nerveuse.

Normal, c'est le soleil.

Et vos filles. Qui sont loin.

Oui, vous verrez.

Les enfants, c'est une responsabilité écrasante.

Bon anniversaire.

- Bonsoir. - Lyle. D'en haut.

- Oui. - Content que vous soyez descendue.

- C'est pas mal, hein ? - Oui.

- On ne vous dérange pas ? - Non.

Vous buvez quoi ?

Rien. Je cale déjà.

C'est sympa d'avoir un bar en bas des marches.

Surtout quand on est seul.

- Ça change des haricots en conserve. - Et des fruits gâtés.

- Parfois, j'oublie de manger. - C'est pas bon.

Je vous ai vue à la plage. L'anniversaire de Callie.

Je n'étais pas de la fête. Je ne vous ai pas vu.

Mais moi, si.

- Vous êtes bien installée ? - Oui, c'est super. Merci.

- Oui ? L'appart vous convient ? - Oui, il est très bien. Merci.

Vous avez trouvé la télécommande ? Pour le ventilo ?

Non, je préfère tirer sur la ficelle.

Pour le déclencher.

Tirer les ficelles, hein ?

- L'appart est super. - Il est bien.

Lumineux, blanc.

- On se croirait sur un bateau. - Oui.

- C'est pour moi. - Non, vraiment.

- J'insiste. - Merci.

N'hésitez pas, au besoin.

Entendu. Merci.

Je peux finir mon dîner, Lyle ?

Bien sûr.

- Oui. - Bien.

Un très beau jeu.

Pardon.

Merde !

T'en fais qu'à ta tête.

Et ton bébé ?

C'est moi que tu veux. C'est mon cul que tu veux ?

Quoi ? T'es vraiment un enfoiré.

Moi, un enfoiré ?

Va te faire foutre !

Elena ?

Elena !

Elena ?

Lena.

Elena !

Bianca ?

Bianca !

Elena !

Par là-bas.

Elena !

C'est notre pistolet à eau.

Elle porte votre grand chapeau. On va la retrouver.

Bianca !

- Bianca ! - Bianca, viens ici !

Coucou.

J'ai perdu ma maman.

On va la retrouver. Viens.

Oh, mon Dieu !

Seigneur !

Donne-la-moi.

Maman !

Maman !

Je voulais vous remercier.

Quelle frayeur.

J'ai cru mourir.

Oui.

Heureusement que vous étiez là !

Parfois, c'est plus facile pour des inconnus.

Je perdais la tête, je ne voyais plus clair.

On craint tout de suite le pire.

Y a des tordus partout.

La vache.

Vous avez quoi au dos ?

- Je me suis pris une pomme de pin. - Une pomme de pin ?

C'est vilain. Vous avez mis un truc dessus ?

Non.

J'ai ce qu'il vous faut.

Un truc top. Attendez.

- J'aime bien votre maillot. - Merci.

Elle ne se calme pas ?

Ouais.

Maman !

- Arrête. - Une journée bizarre.

On l'a retrouvée, puis elle a perdu

sa poupée.

J'avais la même poupée. Mina.

- Nina ? - Mina.

Ou Mini-Maman, comme disait ma mère.

Elle va réapparaître.

- Oui. - Tu veux un jouet ?

- Alors ? - Ça fait du bien. C'est froid.

Oui. C'est top. Ça va vous faire beaucoup de bien.

Dès ce soir, vous vous sentirez bien mieux.

- D'accord ? - Merci.

Allons-y. Allons retrouver la poupée. J'en peux plus, de ses cris.

À demain.

Maman !

Au revoir.

J'ai un beau cadeau pour toi.

Ouvre les yeux.

C'était ma poupée, quand j'étais petite.

- Elle s'appelle comment ? - Mina.

Maman ?

- Je peux avoir un câlin ? - Bien sûr.

Je vais te donner des médicaments,

comme ça, tu auras de jolis ongles.

Oui.

N'importe comment, et tu n'iras pas mieux.

Je ferme les yeux un peu, d'accord ?

D'accord.

Tu vois la couleur de mes yeux ?

- Marron ? - Non.

Rouge.

- Tu vois ? - Oui.

Je dois juste te brosser les cheveux.

Putain ! Aïe !

Bianca, non !

Aïe !

- On est en rendez-vous galant ! - Je peux pas la laisser pleurer.

Je te donne quelques secondes pour revenir.

Trois, deux, un.

Tiens. Va jouer avec Mini-Maman.

Brosse-lui les cheveux.

- Maman, viens ! - Je reviens dans deux secondes.

Bianca ?

Bianca ! Viens ! À table.

Ça m'a l'air bien.

Tu m'ignores ?

Je t'ai appelée plein de fois.

Bianca ?

Tu es assise sur quoi ? Bianca !

Lève-toi.

Lève-toi !

Elle te plaît pas ?

Je te l'ai donnée pour que tu en prennes soin.

Tu manques vraiment de délicatesse.

C'est ma poupée. Ne la traite pas comme de la merde.

Non. Elle est à moi.

Maintenant, elle est fichue.

- Bonjour ! - Bonjour.

- Vous êtes restée au sec. - Vilain orage ?

Oui, du délire.

Ils se sont tous réfugiés dans le café, plein à craquer.

Tout s'envolait, parasols, livres, serviettes.

- Les gens flippaient. - Oh là là.

Et la petite fille, Elena, n'arrêtait pas de pleurer.

Elle a perdu sa poupée.

J'aime bien les orages.

Vos bouquins auraient été fichus.

- Les tiens ont pris ? - Oui.

Tu étudies quoi ?

- Le commerce. - En grec ?

Non, je vais à la fac à Dublin,

je suis ici pour un boulot d'été.

Je galère un peu avec les études.

J'ai perdu beaucoup de temps.

Tu as quel âge ?

- J'ai 24 ans. - Pile entre mes deux filles.

Vous êtes prof de fac ?

Il fallait répondre : "Ça me branche !"

- Quoi ? - Une blague salace.

Pris en sandwich entre les deux. Bref.

Oui, j'enseigne la littérature comparée. La littérature italienne.

- Mais là, je sèche. - Je vois.

Littérature comparée, d'accord.

- Vous parlez plein de langues. - Mais pas très bien.

Moi aussi, j'ai perdu du temps.

On dîne ensemble ?

Je dois me doucher, me changer…

Pas la peine.

- J'ai pas mon portefeuille. - Je t'invite.

D'accord.

C'était trop drôle.

Vassili est le mari de Callie.

Et pas de la femme plus âgée, plus costaude ?

- Arrêtez. - Quoi ?

Elle est grosse.

C'est la tante de Callie, je crois.

- Et Lyle, qui gère l'appart. - Leur employé.

- Et le mari de Nina, c'est… - Toni.

- Toni ? - Oui.

Il vient les week-ends.

Il a des investissements à Kalamata.

- Ça a l'air louche. - Oui.

Ils louent tous une grande villa sur la falaise.

Toute rose.

- Rose ? - Oui.

La même chaque année.

On dirait que je regarde un film dans une langue que je comprends mal.

Ça vous arrive de faire ça ?

- Oui. - Sans sous-titres ?

Oui.

Et vos filles ont mon âge, c'est ça ?

Oui, 25 et 23. Bianca et Martha.

Elles vous ressemblent ?

Difficile à dire. Sans doute.

Car vous êtes belle.

Tu es un petit malin.

Ma mère était très belle.

À l'âge de Martha, j'avais l'impression qu'elle n'avait pas partagé ça.

Comme si, en me créant, elle s'était écartée,

comme quand on repousse un plat qui nous dégoûte.

Mes filles, c'est marrant,

ce qui me fascine surtout, ce sont les ressemblances cachées.

Tu vois ?

Ce qui rend Bianca séduisante et pas Martha, et vice versa.

Elles m'en veulent.

Plus jeune, j'avais une petite poitrine.

Une fois devenue mère, une grosse.

Bianca a une grosse poitrine, Martha pas du tout, comme un garçon.

Elle n'a pas conscience de sa beauté.

Elle porte un soutien-gorge rembourré, ça la met mal à l'aise.

Elle pense que Bianca a hérité du meilleur.

Elle se sent flouée.

Et je comprends ça.

Il y a longtemps, j'ai envisagé,

sans conviction, des implants mammaires.

Mais ils viennent de nulle part, alors, quelle valeur ont-ils ?

Tu vois ?

Bianca est très différente,

elle refuse d'être privée de quoi que ce soit.

Elle aspire tout de moi. Tous mes talents secrets.

Elle a souligné ma maniaquerie quand j'épluche.

J'aime pas que ça casse.

J'aime quand ça forme un long machin-chose.

- Ruban… - Ruban.

Oui, je suis très rigide.

Et je l'ignorais.

Oui, bien sûr que je comprends.

Mais pourquoi ont-ils prévu ça à des dates si proches ?

Chérie…

C'est ton tour.

C'est Columbia.

Je travaille.

J'étouffe.

- Tu peux faire un bisou dessus ? - Assieds-toi.

- Maman, fais un bisou dessus. - Assieds-toi.

Pourquoi tu as fait ça ?

Pour éplucher en serpent, comme toi.

Tu peux faire un bisou ?

Ça fait trop mal.

Maman !

Fais un bisou.

S'il te plaît.

S'il te plaît !

Je peux pas vous laisser seules une minute.

María Guerra a écrit un très beau poème.

"Haciendo serpentinas" ?

Non.

Vous connaissez "Leda et le cygne" ?

Non.

Celui-ci est en anglais.

- OK. - En plus, c'est mon homonyme.

"Le centre ne peut plus tenir…" C'est un autre Yeats.

Ma mère avait des vertiges.

Dès qu'elle se levait, ça arrivait tout le temps.

Elle se levait trop vite, disait-elle.

Pauvres êtres nés de moi.

Ce que je trouve le plus beau chez elles m'est étranger.

Alors, j'en suis pas responsable.

- Je t'ai ennuyé ? - Non.

Nina est très belle.

Oui.

Pourvu qu'on retrouve la poupée.

Ils flippaient tous et…

J'ai dû ratisser toute la plage…

Ils la retrouveront.

Vous avez été épatante, hier.

En refusant de vous déplacer.

- Mais évitez de recommencer. - Pourquoi ?

C'est pas des gens bien.

Parfois j'ai peur de pas savoir m'occuper d'elles.

Et si je m'évanouis, et que tu es en Arizona ?

Chérie, tout va bien.

Promis.

Tu sais t'occuper d'elles.

Je prends la robe, les chaussures et les chaussettes.

Et je laisse la…

Non, je prends la veste aussi. Merci.

Leda.

- Bonjour. - Bonjour.

- Vous allez bien ? - Oui.

Déjà grand-mère ?

Non.

Vous avez mis la pommade ?

Pour mon dos ? Oui, ça va mieux.

- Merci. - Bon.

Coucou, ma puce, tu as retrouvé ta poupée ?

- Je rêve. - Elena, ne fais pas ça.

- Pardon. - C'est rien.

Elle est crevée.

Raconte à la dame qu'on va aller

chercher Neni demain quand il pleuvra pas. Hein, ma chérie ?

Et là, on achète une poupée pour une grande fille.

Tu es la grande fille de maman. Ma grande fille.

Son ravisseur mérite de crever.

Arrête, c'est un truc de gosse.

On voit un jouet, on le prend.

Ceux d'Arruno sont pas des gosses.

C'est leur mère. C'est une conne.

J'ai parlé à Toni, les mômes n'ont rien pris.

- Il ment. - Dis pas ça.

- C'est vrai. - Ne dis pas ça.

Elle traverse un moment difficile.

Elle a eu de la fièvre, elle respire mal la nuit.

Il lui faut un mouchoir. On est furieux.

- Vous avez un mouchoir ? - Non. Désolée.

Elle avait combien ?

À peine 37,8. Ça va.

Tu laisses maman te poser un peu ?

Allez. Elena, laisse maman te poser.

Arrête ça.

Arrête. Ça suffit ! Arrête d'être comme ça.

Putain !

Elle me rend dingue.

Parce que papa est pas là.

Papa n'est pas là, et tu te défoules sur moi.

Viens voir tata, chérie.

Voilà, ma grande fille.

- Ma grande ! - Sors, que je souffle un peu.

Parfois, je craque.

Je sais.

Oui, tout ce que tu veux. Montre à maman.

Montre à maman et à la dame comme tu es gentille.

Voilà.

Tout va bien.

Ils nous en font baver, hein ?

- Votre premier enfant, c'est ça ? - Oui.

Vos filles étaient pareilles ?

De petits êtres obstinés ?

À vrai dire, je ne me rappelle pas.

Non, on n'oublie rien qui a trait à nos mômes.

Qu'en savez-vous ?

Je veux dire, vos filles vous ont mené la vie dure, petites ?

J'ai oublié.

- Ça va ? - Elle a oublié.

J'étais épuisée.

Pardon, désolée.

Pardon. Ne prenez pas une autre poupée, ça ne changera rien.

Elle réapparaîtra.

Maman, comment on écrit "volcan" ?

Comment on écrit "volcan" ?

Maman. Ça s'écrit comme ça ?

- Comment on… - Arrête !

T'avise pas de recommencer.

T'as pas intérêt à recommencer.

On ne frappe pas maman.

Jamais ! C'est compris ?

- Je… - Va-t'en !

- Non ! - Disparais !

- Lâche-moi ! - Accorde-moi 15 minutes de plus.

Assieds-toi.

Je veux pas…

J'ai pas envie de te voir, là !

Maman !

Seigneur !

J'aime baiser ta chatte mouillée.

- Putain, t'es bonne. - Ta bite me transperce.

Putain.

T'es pas dur ?

Si. Plus ou moins.

Oh, mon cœur.

Pas grave.

Faut que j'aille dans la salle de bains.

À ton retour, je te ferai jouir.

Nina !

Quel génie, Judy Garland.

Où le Dr Williams range-t-elle son café ?

Elle boit que du thé vert ?

Tu en as bu à Great Barrington.

- Lâche-moi. - Goûte-moi ça, bébé.

- Vas-y, goûte. - J'ai pas envie.

- Allez. Goûte. - J'ai pas envie.

Maman ! Enfin ! Trouvée !

Seigneur, vous êtes trempées !

Y a des moineaux, des rouges-gorges !

C'est la maison du prof de papa. Déchaussez-vous.

Enlevez vos chaussures. Il faut faire très attention ici.

- J'ai faim. - Papa mange votre goûter.

Et les blintzes pour faire sortir le soleil ? Tu les as mangés ?

On va en faire, promis.

Tu regardes quoi ? Un câlin ?

Mince alors.

Des randonneurs.

- Des randonneurs ! - Reste là.

Ils font le Catamount Trail.

C'est quoi, un randonneur ?

Tu plaisantes ?

- Offrons-leur le dîner. - On est pas en 1985.

- Sois sympa, ils sont trempés. - Ne les fais pas entrer !

Vous vadrouillez depuis un moment ?

- Oui. Depuis avril. - Grazie.

- Vous avez quel âge ? - 42 ans.

La vache.

Ça change tout de pas avoir de gosses.

J'ai des enfants.

Trois enfants.

De 12, 9 et 7 ans.

Ils sont à Londres avec leur mère.

Vous vous êtes enfuis ?

- On peut dire ça. - Oui.

On est obligés de faire tant de trucs débiles.

Dès l'enfance.

- "Obligés" ? - Oui.

Ce qui nous est arrivé est la première chose

qui a du sens dans ma vie depuis ma naissance.

Ton italien est si beau.

Si féminin.

Leda est la plus grande spécialiste de littérature italienne moderne.

Joe, enfin !

J'ai fait des études de traduction.

Et de littérature comparée.

Tu bosses sur quoi ?

J'avance pas.

- Elle traduit Yeats. - Yeats ?

- Non. - En italien ? C'est…

C'est comme du chocolat sur du chocolat.

C'est quoi, ça ?

- Je sais pas. - Du Auden.

"Le frisson de l'aile tordue parcourt mon corps."

C'est ridicule.

Un truc que je leur ai appris.

Tiré de "La Crise".

Une blague entre nous.

C'est beau.

Tu es douée.

Merci !

Je pourrais lire un truc de toi ?

- Un truc de moi ? - Oui, ton travail.

Oui, bien sûr.

Comment vont ses filles ?

Elles vont bien ?

Pas des filles.

Des fils.

- Ne lui en donne pas. - Pourquoi ?

UNE FILLETTE PLEURE SA DISPARITION

RÉCOMPENSE

Oh non !

Oh, petite puce.

- C'est qui ? - C'est Lyle.

Je me suis ouvert en bas.

- Je veux pas déranger. - Ça va.

J'ai vu que vous étiez rentrée de la plage.

Oui.

Je veux pas vous embêter,

mais si vous aimez le poulpe, il nageait y a une heure.

Oh, du poulpe.

- Vous parlez grec. - Un peu. Je suis là depuis longtemps.

- Vous voulez entrer ? - Volontiers.

- Vous avez dîné ? - Non, ni déjeuné.

Il est presque 17 h.

Il est si frais, on pourrait le manger cru.

Ce serait dégoûtant. Ou c'est une blague salace ?

Pardon.

- Et frit ? - Je ne saurais pas le nettoyer.

C'est fait. Ça prendra deux minutes.

Quand je suis arrivé ici,

on attrapait à mains nues des poulpes à même le rocher.

On les pendait sur des cordes à linge, comme font les vieilles dames.

Santé.

Mon beau-père disait qu'à une époque, on pouvait marcher

de Martha's Vineyard à Nantucket sur le dos des baleines.

Vous êtes marié ?

Pas depuis les années 80.

Vous avez un citron ?

Vos enfants devaient adorer le coup du poulpe.

Une chouette enfance.

Ils ont grandi chez leur mère, à Philly.

Mon aîné est plus âgé que vous.

J'en doute. Je suis vieille.

Comment ça, vieille ? Vous avez quoi, 40 ans max, non ?

Quarante-deux ?

Quarante-trois ?

Quarante-quatre ?

Quarante-cinq ?

Quarante-six ?

Quarante-sept ?

J'ai 48 ans, Lyle.

Deux grands enfants.

Des filles. De 25 et 23 ans.

Martha s'inquiétait pour moi.

Vérifiait que je mange, que je respire la nuit, une petite maman.

Bianca est comme son père.

Elle avait envie de me remodeler.

Elle était méchante pour mon bien…

Mon aîné a 50 ans.

Non, 51.

Alors, j'ai gagné.

Trois fois grand-père.

Ils sont si doux, petits. Leurs petits corps.

- Ils vivent sur l'île ? - Non.

Leonard Cohen venait ici, depuis Hydra.

On composait des morceaux. Ça leur a plu de l'apprendre.

Pas de vrais morceaux, on s'amusait. Ça leur a plu.

Les uni, vous voyez ?

Non ? Des sortes d'oursins…

Violets, magnifiques.

Je les emballais et les envoyais pour leur anniversaire.

J'en chercherai pour vos filles.

La famille compte pour vous.

Oui.

Oui, je leur ai appris…

Je leur ai appris à nager.

Sauf au plus jeune.

Pardon. Je suis trop méchante.

Non. On s'en fout, ma petite dame.

Je suis méchant aussi.

Alors on fait la paire.

C'est joli. Je trinque à quoi ?

Ça signifie "méchant".

"Cruel".

C'était dur, la solitude ?

Non, c'était l'éclate.

- Vous vous sentez mal ? - Non.

Allongez-vous un peu.

Ça va passer.

Rien ne va passer. Je me sens bien.

- Du café ? - Non, merci. Restez là. Ne bougez pas.

Voilà. Vous avez retrouvé des couleurs.

Vous étiez très pâle.

Oui.

Je sors fumer, OK ?

Elle est pleine d'eau.

Une villa rose.

On m'appelle.

Laisse-moi répondre. Non.

Allô ?

Allô ?

Maman !

- Le Pr Cole est au téléphone. - Quoi ?

Le Pr Cole est au téléphone.

- Au téléphone. - Professeur Cole…

Je doute de pouvoir m'offrir un billet de dernière minute.

Oh, seigneur. C'est…

Je prépare une présentation ou…

Non, ça ne fait rien.

Merci d'avoir pensé à moi.

C'est rien.

Merci.

On va voir papa ?

J'ai laissé mon numéro, celui de Joe,

et celui des écoles des filles.

Et du pédiatre…

Martha a un petit rhume.

Rien de grave, mais qu'elle avale une cuillère de sureau le matin.

Donne-lui ça après. Pour la récompenser.

J'ai laissé un humidificateur près du lit, à brancher la nuit.

Et elle adore Guépard.

Si elle n'arrive pas à dormir, donne-lui son Guépard.

Et le numéro de la mère de Joe,

j'appellerai chaque soir avant le dîner. Merci !

J'ai laissé le numéro de ma mère, mais qu'en dernier recours.

J'ai préparé les repas,

ils sont étiquetés pour chaque jour.

J'ai fait tremper des haricots noirs… Tu sais cuisiner ?

La recette est sur le frigo. Je ne veux pas qu'ils tournent.

Bonjour…

Vous me monteriez du vin ?

Non, juste un verre.

Merci. Non, attendez, vous avez du champagne ?

D'accord. Non, c'est pas grave…

La bouteille est à combien ? Je fête quelque chose.

Bonjour, Leda.

La conférence que je donne.

Je ne sais pas si c'est très convaincant.

Camus avance

que le vide ontologique de l'univers

se rebiffe contre le désir humain intrinsèque

afin d'obtenir un sens métaphysique.

Par conséquent, on s'étonne que Le Théâtre de l'absurde d'Esslin…

Bourdieu…

Son erreur était d'oublier la première partie de son nom.

Pardon, Walter. Walter est sensible. Il est où ?

C'est terrible.

Mais ce qui m'intéresse

et, promis, je ramènerai tout ça à Auden,

c'est ce qui est de nature non seulement ineffable,

mais non pensée.

J'ai vraiment été séduit par les observations de Ricœur

sur l'hospitalité linguistique et…

Mais son nom, Ricœur…

J'insiste sur la seconde syllabe,

sur le "cœur". C'est fou.

La pomme…

Un objet…

Je lis le stupéfiant article de Leda Caruso sur "La Crise" de Auden,

et je trouve qu'elle a anticipé

les récentes observations de Ricœur.

Pour elle,

l'hospitalité vient du fait que l'on conserve son attention,

même en pleine crise.

Pour citer Simone Weil :

"L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité."

D'un coup, il citait mon nom. Et c'était…

C'était fou.

Il était… Non, il parlait de mon article sur Auden.

Il disait que…

Il disait que j'avais anticipé le travail sur la traduction de Ricœur et…

Que j'avais anticipé le travail de Ricœur sur la traduction,

et c'était si… C'était vraiment

du délire.

Et Cole faisait une de ces têtes…

Il s'est retourné lentement, fou de rage.

Leda Caruso pénètre dans la mythologie privée de Auden.

Heureusement, parce que dès qu'on tente de supprimer le doute,

la tyrannie naît.

Elle a la varicelle ?

Je rêve, elle n'avait qu'un petit rhume. Elle a de la fièvre ?

C'est pas vraiment de la fièvre. Non.

Je n'ai même pas encore lu ses derniers travaux.

Tout sort de mon esprit.

Oui. Passe-la-moi.

Coucou, ma puce.

Coucou. Ça te gratte ?

Je sais. C'est pas très marrant.

Papa t'a donné un DVD ?

N'oublie pas que ça fait un peu peur quand…

Attends une seconde, trésor.

Oui. Entrez.

- Pardon de vous déranger. - Pas du tout.

Je venais vous féliciter pour votre succès de ce soir.

Merci.

Vous devez finir votre article sur Yeats après ça.

- Publier autre chose, c'est important. - Oui.

Je dirai à Hardy comment on travaille.

Le dîner est dans 20 minutes.

Une place vous attend.

Dites donc. Merci.

Pardon, je crois que c'est ma voiture.

- Vous croyez ? - Oui. C'est une location.

Excusez-nous.

- Lyle m'a dit que vous louiez ici. - Ah oui ?

Les profs ont deux mois de vacances. Sympa.

Qu'on passe à travailler.

Moi aussi.

Merci d'avoir aidé Elena, l'autre jour.

Et Nina. Elle plane un peu, parfois.

Pas de problème. Pardon.

- C'est pas ma voiture. - Non.

Au revoir.

Au revoir.

J'ignorais que vous étiez là.

- Ravi de vous rencontrer. - Moi de même.

Votre travail est passionnant.

Merci.

Passionnant.

Merci.

C'est un chercheur sérieux,

mais quand il s'y met, il m'épate.

- Comment ça ? - Disons que…

Ce sera intéressant de voir sa stratégie de conquête ce soir.

Excusez-moi.

Où est le serveur ?

Du champagne.

Non, ne pleurez pas !

J'ai adoré la blague sur leurs noms.

- Ça vous a rendu plus humain. - Humain ?

- Au lieu de quoi ? - Au lieu de divin.

Votre prénom. Leda. C'est très provocateur.

Vous pensez à Yeats.

Des sentiments nobles. On pense toujours au viol.

Bon Dieu.

Vous devez le connaître par cœur.

En italien.

Fille déconcertante.

J'ai envie de toi.

Mais tu as l'air mariée, alors…

Tu devras faire le premier pas.

Coucou !

Coucou, les petits singes câlins.

Vous m'avez manqué.

- Et moi ? - Oui.

- Oui ? - Oui.

Je la baiserais bien, cette bonnasse.

Arrête, c'est une vioque.

Je la laisserais me sucer la bite, sans regarder sa gueule.

Excusez-moi, on essaie de regarder le film.

OK.

Contrôlez-vous, ou j'appelle l'ouvreuse.

L'ouvreuse ? L'ouvreuse, quoi !

Vas-y, poufiasse, appelle cette salope d'ouvreuse !

Ohé ?

Ohé ?

Il y a quelqu'un ?

Oui. Bonsoir.

Des jeunes dérangent tout le monde en salle 2.

- Ah ? - Ils jettent du popcorn, hurlent,

vers l'écran, le public. Ils gênent.

Je vous rembourse ?

Non, allez les faire taire.

Désolée, vraiment. Je m'en occupe.

J'arrive.

- Merci. - De rien.

Je t'emmerde !

Je vais couper vos petites bites et vous les faire bouffer !

C'est inacceptable ! J'appelle les flics.

Vas-y, te gêne pas, salope.

Blue Lives Matter !

Ça suffit !

Je t'emmerde !

Maman, tu as le goûter ?

Tu l'as apporté ?

Merde.

On achètera un truc plus tard. Va jouer.

Maman, le marchand de ballons !

J'en veux un baleine.

Je sais qu'il sait les faire.

Tu es si brillante, putain.

Maman.

Je ne veux pas jouir dans ta bouche.

Je veux attendre que tu ne sois plus en moi.

Ça te fera du bien de ne pas avoir exactement ce que tu veux.

S'il te plaît, maman.

Oh, oui, putain.

Oui, trésor. Je te rapporterai des bonbons de Londres.

Quoi ?

J'en…

Bia… J'ent…

Bianca, tourne le combiné, j'entends pas Martha.

Moi aussi, j'ai hâte, mes chéries. Je vous aime.

Non, raccrochez en premier. C'est mieux.

Je vous aime. Gros bisous. Ciao.

Je vous aime.

Je déteste leur parler comme ça.

Quoi ?

Je déteste leur parler au téléphone.

- Elles aussi. - Ne dis pas ça.

Je t'assure.

Ne dis pas ça.

Oui ?

Oui ?

Merde.

Allô ?

Oui, c'est elle-même.

Tout va bien ?

Je suis à la boutique du bout, près des bateaux. Celle des bijoux rétro.

Je ne bouge pas d'ici.

Je vous suis depuis dix minutes.

- Vous m'avez dit. Tout va bien ? - Oui.

Votre numéro s'est affiché sur mon portable hier.

- Vous m'avez appelée ? - Oui.

La dame.

Coucou, petite. Ça va mieux ?

Elle doit prendre ses cachets.

- Ta poupée ? - Elle s'en remet pas.

Elle la veut. Merde.

Il tombe tout le temps.

Je peux ?

Ma grand-mère m'a montré, ça ne tombera plus.

Le chapeau.

Ça va ?

Il faut être à l'aise.

Depuis la perte de sa poupée, elle me rend dingue, putain.

Elle tourne pas rond. Elle dort pas.

Du tout. À moins que je vienne dormir avec elle.

Et si je bouge…

Je suis épuisée. Vraiment lessivée.

Je me souviens.

Vous m'avez vue avec Will.

Ne me jugez pas trop durement.

Je ne juge pas les autres.

Oui.

Je le savais. Dès que je vous ai vue…

J'ai voulu être comme vous.

C'est pas sérieux, ce que vous avez vu.

Ah bon ?

Non.

Je veille à ce que ça le devienne pas. C'est juste…

Mais je suis heureuse.

Je suis comblée, avec Elena, et le reste.

Je suis…

On s'est mariés si jeunes.

Mon mari est fou de moi.

Et d'elle.

Il dit que mes seins font pile la taille de ses mains.

Et s'il savait pour Will ?

Il me trancherait la gorge.

Je veux pas en parler.

J'ai cinq minutes avant que Callie finisse ses achats.

- Elle veut pas qu'on parle ? - Elle me laisse rien faire.

On s'en tape.

Je me demandais…

Oui ?

C'était quoi, au magasin ?

Vous parliez de vos filles,

et vous avez changé.

Vous vous souvenez ?

Oui.

Je suis partie.

Quand elles avaient 7 et 5 ans, je suis partie.

Je les ai abandonnées. Trois ans sans les voir.

Vous les avez pas vues pendant trois ans ?

Non.

Qui s'en est occupé ?

Leur père et ma mère, puis je suis revenue les prendre.

C'était comment sans elles ?

C'était génial.

Comme si je pouvais enfin exploser.

Ça n'a pas l'air génial.

- Voilà Callie et votre mari. - Mon mari ?

Qu'est-ce qu'il fout là ?

Il devait rentrer demain.

Merde. Je dois y aller.

Coucou, tout le monde.

- Salut. - Salut.

Vous faites quoi ? Dites bonjour à maman.

Martha. Allez. Dis bonjour.

Tout va bien.

- Je peux avoir un câlin ? - Vas-y.

Tu es rentrée pour de bon, maman ?

Pour aujourd'hui.

Tu me laves les cheveux après le dîner ?

Je devrai partir avant, ma puce, j'ai un avion.

Mais j'apporte des cadeaux.

Et de belles robes.

Les voilà.

Coucou.

Pour vous !

Vous avez réveillé le monstre aux chatouilles !

Bianca ? Je t'aide avec les boutons dans le dos ?

Non.

D'accord.

Montre-moi ta robe.

Trop jolie.

- Leda, je peux te parler ? - Oui.

S'il te plaît, ne fais pas ça.

Tu veux quoi ? Que je me mette à genoux ?

Que je me coupe les burnes ? Tu veux quoi ? Dis-moi.

T'as sa bite en bouche, tu peux pas répondre ?

Joe, ça n'a rien à voir.

J'hallucine !

- Je l'ai quitté. - Oui ?

Bravo, chérie, t'es une spécialiste.

Tu me prends pour un con ?

Pour un connard ?

Allez !

C'est des gamines, putain. Comment je vais faire ?

Joe, j'ai la tête qui tourne.

Ta mère va les prendre. Je gère pas.

- Sérieux ? - Oui.

Tu me menaces ?

Tu te venges.

C'est paresseux.

Si tu les lui laisses,

tu les plonges dans un trou à rat.

Dans la même merde où j'ai grandi !

Oui, t'es un connard.

- Ma mère a pas fini l'école. - Et alors, putain ?

- Maman. - Oui ?

Tu peux éplucher en serpent ?

Quoi ?

Tu peux éplucher en forme de serpent ?

S'il te plaît.

- Tu peux tout éplucher ? - Je peux.

Ne la laisse pas se déchirer.

Non, comptez sur moi.

C'est un monstre terrestre ou marin ?

C'est un serpent des mers.

Ne la laisse pas se casser. Fais-en un serpent.

Fais attention.

Il est très long.

Plus long que jamais.

Il peut se replier sur lui-même ?

En tortillon.

Il se tortille.

Maman, tu vas où ?

Tu vas où, maman ?

- Maman ? - Tu reviens ?

Tu reviens quand ?

Maman ?

- Tu vas où, maman ? - Maman !

Maman !

- Ça vous dit ? - Non, merci.

- Allez ! - D'accord.

Vous pouvez laisser votre sac ici.

J'adore cette chanson !

Leda, vous feriez mieux d'y aller.

Will ?

Tout va bien ?

Vous savez, c'était magnifique.

Votre cadeau à Nina. Votre gentillesse l'a vraiment touchée.

J'ai un truc à vous demander.

- Quoi ? - Je peux monter ?

Je ne préfère pas.

Nina se demandait si vous nous laisseriez votre appart quelques heures.

Tu peux lui dire que j'aimerais lui parler ?

- Quand ? - Quand elle veut.

Son mari ne part que dimanche, donc, pas avant.

Lundi, c'est bien.

Vous êtes fâchée ?

- Non. - On dirait.

Non. Le concierge connaît Nina et fait des affaires avec son mari.

Lyle ? Filez-lui 20 euros, il la bouclera.

Pourquoi me demander ça à moi ?

Une idée de Nina.

Bonne soirée.

Lève-toi !

- Debout ! - Elena.

Debout.

Allez.

Lève-toi !

Lève…

Lève-toi !

Maman, lève-toi !

Viens voir la mer, maman.

- Viens voir la mer. - Je vais l'emmener.

J'y vais.

Lâche-moi.

Allez, viens.

Besoin d'aide avec vos sacs ?

- Quoi ? - Besoin d'aide ?

C'est ma tante qui m'envoie.

Non, merci.

Oui ?

C'est Nina.

- Bonjour. - Bonjour.

Je vous attendais lundi.

Non.

Une seconde, je m'habille.

Non, j'ai à peine une minute.

J'ai dit à Callie que j'allais chercher des gouttes pour Elena,

qui passe sa vie dans l'eau.

Son rhume est coriace…

Asseyez-vous.

C'est charmant, ici.

Oui. Vous voulez les clés ?

Si vous êtes d'accord.

Ça ne me regarde pas.

Non ?

Vous vous disiez heureuse avec votre mari.

J'ai dit ça.

Vous vous disiez comblée.

Je le suis.

Je sais pas…

Vous en pensez quoi ?

Que vous devriez agir à votre guise.

Vous habitez où ?

Cambridge, près de Boston.

- Je viendrai. - Je vous laisserai l'adresse.

- Ça va passer ? - Quoi donc ?

Quel nom lui donner ?

Je fais une dépression, ou un truc du genre.

Mais ça passe.

Je vous croyais pressée.

En effet.

Si c'était génial, pourquoi vous êtes revenue ?

Je suis leur mère. Elles me manquaient.

Je suis très égoïste.

J'ai autre chose pour vous.

Tout va bien ?

Oui, ça m'arrive quand je me lève trop vite.

Quoi ?

Vous l'avez retrouvée ?

- Où ça ? - Non, je l'avais prise.

Pourquoi ?

- Je sais pas. - Vous savez pas ?

Je comprends pas.

Vous pensiez qu'on ne la méritait pas ?

- C'était juste pour jouer. - Jouer ?

On était tous bouleversés.

Vous nous avez vus.

Je suis une mère contre nature.

- Merde. - Je suis désolée.

Putain ! J'hallucine !

Nina, prenez les clés !

Je pars ce soir. L'appart sera vide jusqu'à la fin du mois.

- Pardon. - Je ne veux rien de vous.

Vous êtes si jeune, ça passera pas.

- Rien ne passe… - Espèce de sale tarée.

Fais gaffe à toi, connasse !

C'est quoi, ça ?

Ça s'appelle un ombilic.

- Pourquoi ? - C'est…

Parce que…

- Il a un autre nom. - Quoi ?

Nombril !

Le nombril, c'est ça.

- Nomprout ! - On dirait un nombril.

On dirait un nombril.

Celui-là ressort.

Celui-ci est rentré.

- Allô ? - Bianca, c'est maman.

Maman ! Martha !

Vous êtes là toutes les deux.

- Salut, maman. - Martha, ma puce.

J'ai laissé plein de messages. Je t'ai crue morte.

- Morte ? - Oui.

Tout va bien, maman ?

Je suis bien vivante.

Allez-y.

Racontez-moi tout.

Épluche en serpent. Ne la casse pas.

Épluche en serpent…

D'APRÈS LE ROMAN "POUPÉE VOLÉE" D'ELENA FERRANTE

Sous-titres : Louise Monge

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