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...
Chant des cigales
...
Enfants qui jouent
...
Musique douce
... ...
-Maman, tu viens ?
-Nous sommes devenus parents, grands-parents,
même arrière-grands-parents.
-Poussez-vous !
-La plupart d'entre nous ont disparu.
Bientôt s'éteindra cette génération
qui ne devait pas survivre.
-Maman, regarde-moi !
-Le temps viendra aussi
où ceux qui nous ont interrogés disparaîtront à leur tour.
...
Les livres seront alors les seuls dépositaires de nos mémoires.
Ce n'est pas l'information qui fera défaut,
mais le contact unique, irremplaçable, bouleversant,
de celui qui dit...
-Attendez-moi !
-"J'y étais, et cela fut."
-Milou, Jean, Denise ! On rentre, maintenant, les enfants.
...
Tu vas te faire mal aux yeux, Simone.
-C'est pour ça que j'ai posé
-Simone, on a dit "au lit".
Les enfants,
-Tu viens, Simone ?
-Je veux encore lire.
-Tu liras dans la chambre.
Mais pas plus de dix minutes.
-Mais non, c'est toujours moi !
-Je veux rejoindre Milou.
-Simone !
-Attendez-moi !
-Allez, viens !
...
-Tu gâtes trop Simone, elle fait ce qu'elle veut.
Elle impose à toute la famille ses volontés.
Elle va devenir insupportable, si tu continues comme ça.
-J'ai grandi dans une famille heureuse.
Nous vivions à Nice,
mais nous passions nos vacances d'été à La Ciotat,
dans la maison que mon père avait construite en bord de mer.
Comme toutes les familles juives assimilées de cette époque,
celle de mon père était profondément patriote.
La laïcité était notre bien commun.
Quand le destin brouilla les pistes,
rien ne put ébranler la foi de mon père
pour la République française.
Il pensait que la république ne nous abandonnerait jamais.
Musique inquiétante
Coup de feu
Cris en allemand Aboiements
... ...
Coup de feu
... ...
Coup de feu
...
...
-Nous devons résister.
Si les conseillers techniques commandent, tant mieux,
mais alors mettons-les seuls et ils prendront les décisions.
Il faut savoir comment on considère la fonction maternelle.
Si on la considère comme celle d'aller planter des choux,
on ne dit pas que l'on veut faire une politique familiale.
-Certainement.
Mais nous n'aurons ni l'Eglise ni les médecins de notre côté.
-Nous présentons le projet à l'Assemblée dans dix jours.
Nous n'aurons pas la majorité si...
-Nous avons 200 voix acquises à gauche.
Il reste 90 députés à convaincre
dans notre propre majorité.
Antoine va parler aux députés
et à Claudius-Petit.
-Les catholiques comme lui
-Le débat va être télévisé. En direct.
-Ah bon ? Nous devions le rédiger ensemble.
-Vous pouvez tirer un peu le rideau, Colette ?
-Bien sûr, madame la Ministre.
-"Si j'interviens aujourd'hui à cette tribune,
"ministre de la Santé, femme,
"et non parlementaire,
"une profonde modification de la législation sur l'avortement,
"c'est avec un profond sentiment d'humilité
"et c'est aussi avec la plus grande conviction
"que je défendrai un projet
"qui a pour objet de mettre fin
"à une situation de désordre et d'injustice."
*-L'urgence, c'est l'avortement,
*interdit et passible de la cour d'assises
*depuis la loi de 1920.
*Mme Veil, comment défendrez-vous ce projet de loi ?
*-Après le vote de la loi Neuwirth,
*les propos tenus par certains, surtout au Sénat,
*ont été très durs.
*Certains traitaient les femmes de putains.
*Les hommes accepteront mieux l'avortement que la contraception.
*La contraception libère la femme.
*Qu'elles décident ou non d'avoir un enfant,
*c'est pour les hommes insupportable.
-Si nous légalisons l'avortement,
on nous demandera de légaliser les mariages homosexuels.
-Pour les esprits faibles, c'est un encouragement à la prostitution.
-Vous ne pouvez pas dire ça.
Propos mêlés
-On est concentrés.
Elle tiendra jusqu'au bout, M. le Premier ministre.
-Ces trucs de bonnes femmes deviennent des débats nationaux,
mais le président et moi-même sommes avec Mme Veil.
Je la soutiens.
-Il nous faut convaincre notre propre camp.
On ne peut pas accepter que seule la gauche vote notre loi.
Il faut parler à chacun de nos députés.
-Je vous ferai d'abord partager une conviction de femme.
Pardon de le faire devant cette assemblée
majoritairement composée d'hommes.
Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement.
Ecoutez les femmes. C'est toujours un drame.
Cela restera toujours un drame.
Parmi ceux qui combattent
une éventuelle modification de la loi répressive,
combien ont-ils aidé ces femmes dans leur détresse ?
Combien,
au-delà de ce qu'ils jugent comme une faute,
ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension
et l'appui moral
dont elles avaient tant besoin ?
que nous voulons mettre fin à l'avortement clandestin,
auquel elles auraient recours au risque de rester stériles
ou profondément atteintes.
-Elles l'ont cherché !
-Cessons de fermer les yeux sur les 300 000 avortements
qui chaque année mutilent les femmes de ce pays.
Lorsque des médecins, dans leur cabinet,
enfreignent la loi et le font connaître publiquement.
Lorsqu'aux mêmes fins sont organisés ouvertement,
et même par charters, des voyages à l'étranger.
Alors,
nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie
qui ne peut plus continuer. -Bravo !
-Mais personne ne peut éprouver une satisfaction profonde
à défendre un tel texte.
Personne n'a jamais contesté,
et le ministre de la Santé moins que quiconque,
que l'avortement soit un échec,
quand il n'est pas un drame.
-Monsieur le Député
-Faut-il qu'après avoir accueilli les immigrés du travail,
nous devions avoir recours aux immigrés de la famille,
car des Français veulent tuer dans l'oeuf
le fruit de leur propre chair,
en refusant de perpétuer leur race ?
-M. le Député Jean Foyer.
-Vous vous préoccupez davantage
des femmes qui veulent supprimer leurs enfants
que d'aider celles qui veulent les garder.
-M. le Député René Feït.
-Après l'introduction de l'avortement,
on peut préconiser des mesures contre les bouches inutiles,
contre les incurables, et en arriver au pire racisme nazi.
-Madame la Députée Hélène Missoffe.
est à la fois lâche et stupide.
-M. le Député Albert Liogier.
-On connaît, mes chers collègues, des manifestations publiques
au cours desquelles des femmes, ou plutôt des viragos...
-Stupide !
-...car elles se prennent pour des hommes...
-Vous insultez les femmes !
-Ces femmes donnent le triste spectacle
de leur propre avortement.
La pornographie...
-Ne parlez pas ainsi !
-Un lieu de devoir et d'honneur...
-Ne parlez pas ainsi !
-A la pratique du vice doit répondre la pratique de la vertu.
-Parlez-en, de la vertu !
-Pour Satan,
contraception et avortement sont deux chapitres
du grand et même livre de la sexualité !
-Monsieur le Député Bolo.
-Vous instaurez un nouveau droit,
celui de l'euthanasie légale.
Huées
-Vous osez parler d'euthanasie
à Mme Veil ? Connaissez-vous son histoire ?
-Si cette loi est acceptée,
elle fera deux fois plus de victimes
que la bombe d'Hiroshima !
Huées
-Antirépublicain !
Musique intrigante
...
-Ecoutez les palpitations
du coeur d'un petit être conçu le 4 octobre 1973
et enregistré 49 jours après.
-M. Hamel, vous n'avez pas le droit
de faire entendre une autre voix que la vôtre.
-C'est pas une voix.
C'est un coeur.
-Supposez que l'on trouve
l'un des médecins nazis qui pratiquaient la torture
et la vivisection humaine.
Y a-t-il une différence de nature entre ce qu'il a fait
et ce qui sera pratiqué dans les hôpitaux de France ?
On est allé jusqu'à déclarer
que l'embryon humain était un agresseur.
Eh bien, ces agresseurs,
vous accepterez de les voir jetés au four crématoire.
-"Madame la Ministre,
"vous allez tuer nos enfants, détruire notre pays,
"ses valeurs, sa jeunesse,
"pour satisfaire une poignée de féministes déchaînées,
"homosexuelles pour la plupart.
"Madame, pourquoi êtes-vous à ce point ignoble ?"
-Mange, Simone.
Arrête de lire ces lettres d'insultes
et prends des forces pour demain.
Claudius-Petit ne s'est pas engagé, mais il comprend la situation
et l'enjeu sanitaire.
Il me l'a dit.
Musique grave
...
-Pourquoi ils m'attaquent comme ça ?
...
-Ils ne supportent pas ce que tu représentes.
...
-Monsieur le Député Rémy Montagne.
-Personne au monde...
-Maman !
-...ne peut s'arroger le droit de supprimer la vie d'un innocent.
Ce ne peut être l'Etat,
à moins qu'il ne soit totalitaire comme le IIIe Reich.
Qu'avons-nous à reprocher aux nazis,
si ce n'est d'avoir été, dans ce domaine,
des précurseurs ?
-Les attaques d'une virulence inadmissible
que vous subissez
m'obligent à monter à cette tribune pour clamer mon indignation.
-Chienne !
-La Résistance française est derrière vous, Mme Veil,
pour vous défendre contre ces attaques hitlériennes.
-L'estimation des votes.
C'est défavorable.
-On verra bien.
-Nous perdons.
Nous allons perdre.
-J'appelle le dernier orateur
de ce débat, le député Claudius-Petit.
-Il était temps.
Musique grave
...
-Il peut tout faire basculer. -Je sais.
-En conclusion,
et parce que je n'ai pas laissé au vestiaire
mes convictions spirituelles et catholiques,
et pour obéir
à mes exigences,
je suis avec ceux qui souffrent le plus,
avec celles qui sont condamnées
le plus,
celles qui sont méprisées le plus.
Et je serai près d'elles parce que,
dans le regard d'une femme désemparée,
dans celui de la plus humiliée, de la plus fautive,
se reflète le visage de celui qui est la vie.
-Qu'est-ce qu'il veut ? -A cause de cela,
à cause de lui, je prendrai ma part du fardeau.
Et je lutterai contre tout ce qui conduit
à l'avortement.
Mais je voterai la loi.
-Traître ! Trahison !
Huées, applaudissements
-Bravo !
-Mesdames, messieurs, s'il vous plaît.
A cette heure tardive de la nuit...
*-Ce matin, 29 novembre 1974,
*à 3h40, l'Assemblée nationale
*a adopté, par 284 voix contre 189
*sur 479 exprimées,
*le projet légalisant
*l'interruption volontaire de grossesse.
-Vous pouvez éteindre la radio, s'il vous plaît ?
Leur machisme, cette vulgarité, c'était médiocre.
Ils ont été grossiers avec moi parce que je suis une femme.
Pourquoi tu souris ?
-Parce que tu rentres dans l'Histoire.
-Je vais rentrer chez moi, oui.
-Bravo !
-Bravo, Mme Veil.
-Merci, Mme Veil.
-Merci !
-Encore des baisers.
-Mon amour.
-Tu restes avec moi ?
-Papa travaille dur, il a pas encore mangé.
-Milou peut me lire une histoire ?
-J'ai pas envie. -Moi non plus.
-On pourrait aller à l'Eden Théâtre, demain ?
-Voir le film de Fernandel. -On verra demain.
Jean dort déjà.
Tu sais ce que ton père pense des chansons.
-S'il te plaît, la chanson des roses.
-C'est aujourd'hui dimanche
Tiens, ma jolie maman
Voici des roses blanches
Toi qui les aimes tant
Quand je serai grand
J'achèterai au marchand
Toutes ces roses blanches
Pour toi, jolie maman
Allez.
(Faites de beaux rêves.)
-Bonne nuit. -A demain.
-A demain.
-Tu crois vraiment que t'es la princesse, toi.
-Et tu attends ton prince.
-Je ne suis pas une princesse
et je ne voudrai jamais avoir de prince charmant.
-Arrête de dormir par terre, Mlle Jacob, c'est plus possible.
-Il n'y a que sur le sol que je me sente bien.
-On n'est plus là-bas, Simone.
Musique douce
...
Tu es à Paris, chez la soeur de maman.
Tu étudies les sciences politiques.
-Il s'agissait de mes premières vacances
depuis La Ciotat avec papa et maman.
-Tes amis vont se moquer de toi si tu dors par terre.
-Personne ne le saura.
Personne ne saura rien de moi tant que je ne l'aurai pas décidé.
J'avais 19 ans,
et je reprenais tant bien que mal ma vie en main.
Je me tenais à l'écart des étudiants de Sciences-Po,
que je venais d'intégrer.
J'étais la seule fille
et je redoutais les remarques sur mon passé récent.
Antoine Veil suivait comme moi les cours de Sciences-Po,
mais nous nous étions peu connus avant ce week-end à la montagne.
Un ami commun nous avait invités au ski.
Je ne savais pas skier et j'avais honte de moi.
Je ne suis pas une bonne skieuse.
-Donne-moi la main, redresse-toi.
-Merci, Antoine.
J'ai honte.
-Tu ne devrais avoir honte de rien, avec de tels yeux.
-J'ai encore plus honte. -Pourquoi ?
T'as même honte des compliments ?
Tu me suis ?
Musique douce
...
-Bonsoir, mademoiselle. Je suis André, le père d'Antoine.
-Mettez-vous à l'aise.
-A table, tout le monde !
...
-Comment était la route de Sondernach à Nancy ?
150 km de bonheur.
-Et comment était la neige, Simone ?
-Euh... très bien, parfaite.
-Simone est une skieuse hors pair.
-Et comment se passe Sciences-Po ?
-Ecoute, pour l'instant, très bien.
Le travail est phénoménal.
-J'espère bien.
La France doit se reconstruire avec vous.
-Dans la laïcité et le respect de tous.
-Pourquoi tu souris ?
-Laisse cette jeune fille
sourire, si ça lui fait plaisir.
-C'est le mot "laïcité"
qui la fait sourire.
-Pardon,
j'ai peut-être blessé vos convictions.
Je suis d'accord qu'en 1946,
une famille juive comme la nôtre qui parle de patriotisme,
c'est surprenant.
-C'était le mot le plus employé par mes parents.
Mon père, surtout.
-Pour maman, c'était le mot "justice".
Je veux devenir avocat.
-Avocat ?
-C'est surprenant, pour une jeune fille.
-L'injustice est ce que je déteste le plus.
-Oui, l'injustice est la mère
de tous les malheurs.
-Vos parents sont d'accord ?
-Mylaine !
Ce n'est pas...
-C'est pas grave.
-Vous êtes ici chez vous, mademoiselle.
Elle fait un cauchemar.
...
-Je... Je peux pas.
-C'est pas grave. Respire.
depuis le retour.
-Attends.
Musique douce
...
C'est presque
un lit de princesse.
...
-Jean, rends-le-moi !
-Regarde, Simone ! -Rends le bonnet.
-Jean !
...
-Bonjour, Jean.
...
-Tu fais quoi ?
-Je suis en train d'écrire.
-Une lettre ? -Non, j'écris...
un brouillon.
Le brouillon de ma vie.
Je travaille encore un peu, puis on ira t'acheter une robe.
-Oui.
-Dis à Jean que je vais rester là un petit moment.
La guerre était finie depuis peu.
Il y avait bien eu quelques procès contre les collaborateurs,
mais les Français et le gouvernement
voulaient oublier le passé.
Au procès de Laval comme à celui de Pétain,
il n'y avait pas eu un mot sur la déportation et les déportés.
-Personne ne comprend.
-Non.
On dérange, Milou. -Après la reconstruction,
les gens pourront entendre ce qui s'est passé là-bas.
Tu as un fils magnifique.
T'es de nouveau enceinte.
Tu vas vite, Simone.
-Tu te souviens quand Paul est tombé amoureux à Bobrek ?
-Le pauvre, amoureux dans un camp de concentration.
-Il s'était fait un faux col
avec un bout de tissu rayé, pour l'impressionner.
-Elle était amoureuse aussi.
-Oui.
-L'amour l'a fait tenir.
-Il avait 19 ans.
Il fallait bien qu'il rêve un peu.
Je suis heureuse qu'il soit rentré.
-T'as revu Marceline ?
-Non, pas encore.
Gazouillis de bébé
-Qu'il est beau, ce bébé.
Il ressemble à...
-Nous, les rescapés, les témoins,
n'avions survécu que pour être rendus au silence.
"Qu'ils vivent, soit, mais qu'ils se taisent",
semblait nous dire le monde hors du camp.
-Que ce soit avec ma soeur
ou avec Milou, arrête ces conversations.
Tu te fais du mal. -J'ai besoin de parler,
Tu vas être maman pour la deuxième fois.
Quelle plus belle preuve de vie ? -Aucune.
Mais ne pas parler, c'est comme y être encore.
Seule enfermée dans le bloc.
-Je t'entends. -Non, tu es sourd. Et pire,
tu as honte !
Tu veux que la France soit sourde comme toi.
Fracas
-Simone !
-Non. Non, ne t'excuse jamais.
-Les faits sont si nombreux
qu'on ne peut les connaître tous. Les plus simples sont ceux
sur lesquels on raisonne le mieux.
C'est la méthode inductive qui part du particulier
pour aboutir au général.
Fin du cours, merci à tous.
-Allez, un petit effort.
-Je n'aime pas les devinettes.
-Boissieu m'a proposé d'être attaché parlementaire.
Je vais travailler avec le M.R.P.
-C'est extraordinaire, Antoine !
(Antoine, s'il te plaît. Je ne peux pas.)
(-Si, tu peux, ne t'inquiète pas.)
(-Antoine.)
-Ici, presque tous ont été résistants.
-Je ne peux pas. -Mais si.
-Non.
-Par ici, suivez-moi.
Ca me ravit de vous voir tous deux hors des bancs de l'école.
Je vais vous présenter Pierre-Henri Teitgen.
(-Il faut que tu t'y habitues.)
Musique grave
...
-Antoine, je suis terrifiée,
Mon épouse, Simone. -Madame.
-Sous la IVe république,
la valeur n'attend plus le nombre des années.
-Merci d'apporter votre jeunesse au M.R.P.
Vous avez un grand avenir.
Je suis heureux de vous avoir comme attaché parlementaire.
Il faudra soutenir votre jeune mari, madame.
En politique,
on a besoin de soutien de la part de son épouse.
-Pourquoi il travaille tout le temps ?
-Papa travaille pour nous tous.
-Pourquoi c'est lui qui travaille ?
-Les hommes veulent tout faire et tout décider.
Mais tu sais, ma soeur Suzanne a été la première femme docteur.
Et moi aussi, j'ai fait des études, plus jeune.
J'ai eu le bac.
-De chimie ? -Oui.
Et puis j'ai dû arrêter pour les convenances.
tu seras indépendante, tu feras des études.
Les femmes doivent être indépendantes et travailler,
comme Louise Weiss.
-C'est qui, Louise Weiss ?
-C'est une femme qui se bat pour le droit des femmes.
un ministère à Léon Blum,
en disant : "J'ai lutté pour être élue,
"pas pour être nommée."
-Milou ?
-Alors ?
Tu l'as ? -Je suis diplômée !
-C'est extraordinaire ! Antoine le sait ?
-Pas encore. Où est Jean ?
-Je l'ai mis là, il dort.
Je suis si fière de toi !
Et maman serait fière de toi.
Ca va ?
Viens, assieds-toi.
Attends.
Il faut le dire à Denise aussi, elle va être folle de joie.
Tu te rends compte
que t'es diplômée de sciences politiques ?
Musique douce
...
Ne pleure pas, ma Simone.
...
-C'est injuste, Milou.
-Maman est avec nous.
Tu reviens de loin.
Les gens finiront bien par l'entendre.
...
-En ma qualité de préfet,
je suis très heureux de vous accueillir ici, Mme Veil,
pour poser la première pierre
de ce qui sera le nouvel hôpital pour enfants
de cette ville que nous aimons tous.
...
Vous avez déjà une certaine technique.
-Oui, j'ai fait ça, vous savez.
J'ai fait ça en déportation, alors...
je fais ça très bien.
Ca a été mon métier dans les camps.
...
Arrêtez, il y a trop de lumière.
Vous pouvez...
baisser un peu la lumière, s'il vous plaît ?
-Madame, sans lumière, il n'y a pas d'image.
-C'est pas mon visage qui importe, c'est ce que je vais dire.
-Les Français veulent vous entendre,
mais aussi vous voir et vous connaître,
depuis votre allusion à votre travail dans les camps.
-Oui.
Excusez-moi.
-Simone, M. Jeannesson connaît son travail.
-Et moi, je connais mes émotions. Elles sont difficiles.
-C'est toi qui as voulu parler.
-J'ai toujours parlé,
mais je ne me suis jamais
exposée comme ça.
-Vous avez déjà beaucoup parlé, mais nous devons aller
-Quand vous voulez.
-Nous sommes partis un jour, en fin d'après-midi,
du petit camp, de ce petit commando où nous étions,
à quelques kilomètres d'Auschwitz.
Et là, nous avons marché plus de 24 heures
en nous arrêtant simplement une fois, quelques heures,
dans une briquèterie désaffectée.
Il faisait -20, -25 degrés,
pendant ce qu'on a appelé "la marche de la mort".
Nous étions très peu de femmes.
Il y avait plusieurs milliers d'hommes
et quelques dizaines de femmes,
qui nous connaissions toutes,
car nous appartenions toutes au même petit camp.
Et aucune n'est restée en route,
nous avons toutes survécu.
C'est très frappant
de voir que la résistance des femmes
était souvent plus grande que celle des hommes.
D'ailleurs, pour survivre dans les camps,
il fallait une certaine agressivité.
Ceux qui étaient trop bons ne pouvaient pas résister.
Et je crois que,
d'une certaine façon,
maman et Milou étaient peut-être un peu de cette catégorie.
C'est peut-être là que j'ai été utile.
Moi, j'étais plus dure.
Mais pour nous, la période qui a été
la plus épouvantable...
Musique grave
...
-Un peu plus tard,
en 1952, je crois,
une autre épreuve terrible vous attend.
Une épreuve de plus.
...
C'est pas possible.
-J'y crois pas, que tu veuilles y retourner.
-Je veux suivre Antoine.
-Comme maman, tu abdiques tout pour ton mari ?
-Je ferai une parenthèse, c'est tout.
-Tu pars en Allemagne, chez les assassins !
-Alain Poher est commissaire aux affaires allemandes.
Il veut emmener Antoine,
et Antoine trouve ça parfait pour le concours de l'ENA.
Il ne peut pas refuser.
Et je l'encourage.
-Je pars avec lui.
Musique douce
...
-Milou,
l'allemand n'est pas si perturbant que tu le pensais.
Je m'y fais, pour le peu que j'en entends.
Tout le monde parle américain, ici.
Tout est américain, du reste.
D'ici, je mesure à quel point les Allemands ont perdu la guerre.
Mais je veux surtout aller de l'avant avec ma famille.
Le soir, je me couche
avec nos bons souvenirs. Rires d'enfants
Te souviens-tu du camp de scouts,
quand je n'ai plus voulu de mon totem ?
-On ne change pas de nom.
-C'est la règle, obéis.
-Je veux m'appeler Reine de Saba.
Rires
...
-Simone, comment voudrais-tu que j'oublie ?
J'étais la cheftaine et j'ai refusé que tu changes de nom.
Simone !
Oui, je me souviens de tout, Simone,
mais tu me manques plus que tout.
-Milou, notre vie en Allemagne s'organise petit à petit.
Nous nous faisons des amis.
Les conversations portent souvent sur l'avenir de la France.
Antoine travaille avec succès au cabinet des affaires allemandes
et je l'aide à rédiger ses rapports.
Il n'oublie pas de préparer son concours à l'ENA.
Pour l'instant, j'ai mis en veilleuse mes propres études,
mais je les reprendrai, ne t'inquiète pas.
-Et vous, Simone, vous en pensez quoi ?
-Je suis aussi mal à l'aise avec la droite moraliste
qu'avec la gauche sectaire.
...
Dis-m'en plus, ma Milou,
sur ce jeune homme que tu as rencontré.
Comment est-il ?
Est-il gentil ?
Te mérite-t-il ?
-Pierre est adorable,
il est amoureux de moi.
Mais je ne peux pas parler du passé avec lui.
Seulement avec toi.
Musique classique
...
Simone,
j'ai quelquefois l'impression que notre retour est un échec.
Nous sommes vivantes,
mais je passe mes nuits avec les morts.
Dans mes rêves, j'attends maman, Jean et papa au Lutetia.
Je les cherche à la descente des bus, autour de moi.
Personne n'entend.
Dans cette France que tu reconstruis,
nous sommes des victimes honteuses,
des déportés raciaux, comme ils disent,
pas des résistants honorables, comme Denise ou d'autres.
-Milou,
ma colère est là, immense, à l'intérieur de moi.
Elle sort parfois comme d'une machine à vapeur infernale.
Mais je la garde en moi le plus souvent.
Musique grave
...
Alexanderstrasse 7, bitte.
-Les Français ont voulu l'image d'une France glorieusement unie,
résistante et antinazie.
Quelle mascarade, n'est-ce pas ?
Même les résistants n'ont pas eu de compassion
pour ceux qu'ils disent s'être laissés prendre sans combattre.
Que sommes-nous, finalement, Simone ?
Que sommes-nous ?
-Nous sommes l'épine plantée dans la mémoire collective.
Ils nous dépossèdent de la parole car nos mots sont la vérité.
Nos mots et nos morts ne supportent aucune politique,
aucune hypocrisie.
-Je hais leur hypocrisie et leur suspicion.
Une vieille dame m'a demandé si, jolie comme tu es,
tu avais couché avec les S.S. pour survivre ?
-Leur ignominie est à la hauteur de leur culpabilité et ignorance.
Laisse-les parler, fais fi de cette oppression mensongère.
Sois dure, comme je te le disais quand nous étions à Pitchipoï.
-J'essaie de l'être, Simone.
-Nous sommes pour toujours leurs fantômes,
ceux qui empêcheront la vérité d'être réécrite.
-Tes mots me font du bien.
Ta lucidité m'éclaire.
Tu seras une grande avocate.
-Je suis lucide et forte aujourd'hui,
car je l'ai toujours été.
N'est-ce pas, ma cheftaine ?
Mais tu as raison,
personne n'a eu l'idée de la force qu'il nous faudrait,
une fois revenus.
Elle hurle.
... ...
...
Pleurs de bébé
Pierre lave les voitures avec Antoine.
Ils cherchaient le savon en poudre,
impossible de mettre la main dessus.
Donne-moi cette merveille.
-Va voir tante Simone, mon coeur.
-Paule, c'est l'heure du bain de Jean et Claude.
dîner Luc avant, non ? -Oui.
-Viens, je dois te parler.
J'ai eu envie de t'en parler toute la semaine.
-Antoine est occupé par le concours de l'ENA.
Je lui ai dit que j'allais reprendre mes études
pour devenir avocat.
-Karl Bohm ! C'est un grand chef, t'es d'accord ?
-C'est indéniable, mais je trouve Fritz Busch plus admirable.
-En termes d'engagement personnel, je suis d'accord.
Mais si on parle de musique pure...
Bohm a embrassé les nazis.
En art, on ne sépare pas le blanc du jaune.
Ecoutez.
C'est extraordinaire, cette musique.
Debussy, quel génie absolu.
-J'ai une préférence pour Mahler.
-Oh non, Pierre !
-Mahler parle de lui, de ses sentiments, ses émotions.
Il écrit le roman de sa vie. Le roman d'amour d'un Juif...
-Justement, c'est toujours l'histoire d'un homme.
-Debussy arrive
après un siècle de domination du romantisme allemand
et il compose
"Prélude à l'après-midi d'un faune".
Il réinvente tout.
Il réinvente la musique,
il réinvente le monde,
à la fois à l'échelle humaine,
mais aussi à l'échelle de la nature,
des étoiles, du cosmos, de l'univers.
Et c'est exactement ça que nous devons faire aujourd'hui,
réinventer le monde.
-Pas de politique.
-J'ai l'impression de revivre.
-Je n'arrive pas à croire que vous repartiez à Paris demain.
-On va reprendre notre correspondance.
-Cela fait bientôt 3 ans que vous êtes expatriés.
-Je n'aurais pas pensé trouver l'Allemagne agréable.
-La vie est pleine de surprises.
*Musique douce
-Cette chanson...
Milou, c'est notre chanson.
Madame, s'il vous plaît.
*...
-Mon amour !
-Allez, les enfants. Dites au revoir.
-Non, mon amour,
on arrive.
-Au revoir ! -Attention, tes pieds.
Musique douce
C'est de bonne composition, ça.
-Les enfants, venez.
...
Un sourire, Pierre. Le petit oiseau va sortir.
...
-Merci, ma Simone.
...
-Vous voulez faire une pause, Mme Veil ?
Sonnerie du téléphone
...
Musique inquiétante
...
Paule, nous partons en France,
occupez-vous des enfants.
...
-Milou, Jean, Denise ! On rentre, les enfants !
-NON !
-Viens, Simone !
...
-Poussez-vous !
...
-Simone !
...
*-Nous ne pouvons rien vous dire par téléphone.
*Vous devez venir de toute urgence.
*Il n'y a pas de temps à perdre.
...
Son mari est hors de danger,
mais malheureusement pour votre soeur et son bébé,
nous n'avons rien pu faire.
-Non ! Où est Milou ?
Où est ma soeur ?
Où elle est ? Où est le bébé ?
Milou ! Milou !
Milou !
Où est ma soeur ?
Milou ! Milou !
...
-Coupez.
Merci, madame.
-Si, c'était très bien.
-Tu t'arrêtes jamais, même le dimanche.
Un peu de vin, Simone ?
-Mets-moi un peu de blanc.
-Je vois le préfet de Nice, tout à l'heure
en mémoire des 11 élèves juifs déportés de l'établissement.
-Je ne suis pas sûre que le lycée du Parc Impérial
ait tout fait pour préserver notre frère.
-Il y a quelques semaines, maman et papa
ont inauguré la première plaque qui recense les noms
-Nous voulons que Chirac leur rende hommage au Panthéon.
-La comptabilité du crime est toujours plus facile à faire
que celle du dévouement.
-Tu viendras pas, donc ?
-Tu inquiètes ta soeur, Simone. Elle viendra.
-Elle préside la fondation pour la mémoire de la Shoah.
-Ma petite Denise, je ne suis pas dans mon assiette.
-Simone écrit ses mémoires.
-C'est pas vrai !
Tu vas graver quoi, sur ton épée d'académicienne ?
-Il faudrait déjà que ma mémoire me lâche pas.
J'aime mieux garder les souvenirs des autres
que les miens.
-Je veux passer le barreau.
-Je te l'ai dit, c'est hors de question.
-Je veux devenir avocat.
-Mon avis sur les avocats...
-Je veux travailler.
-Ce n'est pas raisonnable.
-Je serai dépendante ni de toi
ni de personne. -Et les enfants ?
-Laisse les enfants hors de ça.
Je t'ai soutenu,
suivi partout, à Wiesbaden, au Maroc.
J'ai fait des études
pour faire la bonne femme au foyer,
le toutou ?
-Tu veux être le toutou de tes clients ?
Avocat n'est pas un métier pour une femme.
-Je veux travailler, tu comprends ?
-Pardon.
Excusez-nous.
-Tu m'as connue à Sciences-Po, pas commis de cuisine.
Les enfants n'y changent rien.
Les femmes peuvent travailler.
-Mais pas être avocats.
-Magistrate ?
C'est autorisé pour les femmes depuis 1946.
-Vous êtes mariée. Vous avez trois enfants en bas âge.
De plus, votre mari... -Mon mari n'est pas moi.
-Et si un jour vous deviez emmener un condamné à mort à l'échafaud ?
Comment feriez-vous ?
-Si je faisais partie de la juridiction qui l'a condamné,
je l'assumerais.
-Vous êtes sûre de vous, pour une femme.
-Laisse-moi passer !
J'en ai assez de ses convictions.
Je respecte la loi française !
Nous devons être recensés.
Pousse-toi !
-André, écoute-la !
-Ce n'est pas une gamine
ni une femme qui va me dire quoi faire !
Elle est si arrogante !
-Le recensement est un piège !
Ils vont marquer "juif" sur nos papiers !
-Je veux être magistrate.
-Cela prendra 2 ans de formation.
Si vous y arrivez.
-Mme la Ministre, comme vous êtes en avance,
excusez-nous, on finit les préparatifs.
est ici.
-Le tournage se déroulera ici,
devant cette chambre. -Très bien.
Comment ça va se passer ? -Je vous explique.
La rédaction veut commencer le 20h sur l'image de cette porte.
Vous serez à l'intérieur,
On vous donnera un signal, vous sortirez
et vous donnerez votre discours, puis on lancera les titres.
-Je comprends pas bien.
Il n'y aura pas de malade dans la chambre ?
-Vous plaisantez ?
-Mais le spectateur croira qu'il y a un malade.
C'est symbolique.
-Comment ça, symbolique ? Je ne joue pas à faire semblant.
J'ai besoin de vérité.
Je veux parler avec un vrai malade, au moins pendant 20 minutes.
En tête à tête avec lui. On ne mentira pas.
Je ne veux pas une chambre vide.
-On pensait que pour votre confort...
-Je me fiche de mon confort.
Je préfère l'inconfort au mensonge.
-Il reste 20 minutes avant le direct.
-M. Greacen, pouvez-vous trouver un malade du sida
pour parler au ministre de la Santé ?
-Avec ce gouvernement qui ne comprend pas l'hécatombe,
peu voudront lui parler.
-Justement, c'est le moment. S'il vous plaît.
-Donnez-moi quelques minutes.
Mettez-le là, au fond.
David, au moindre problème, tu me le dis, on arrête tout.
Madame la ministre, je vous présente David.
-Bonjour, David. -Bonjour.
-Nous taperons à la porte à 20h précises.
-J'ai compris, vous pouvez nous laisser.
Musique intrigante
...
-Prenez une chaise.
...
-10, 9, 8,
(-Qu'est-ce qu'elle fait ?)
-On continue à tourner.
On continue. (-Allez voir.)
-Pas de caméras.
Pas de caméras !
Faites-les partir.
*-Le sommet contre le sida,
*cet après-midi à l'Unesco, est-il un échec ?
*La ministre française de la Santé, madame Simone Veil,
*s'est battue avec détermination pendant un an
*pour ce sommet international,
*mais seuls 13 chefs de gouvernement
*ont fait le déplacement.
*-Je sais ce que ce siècle a infligé à l'humanité.
*La réponse au sida sera humaniste ou ne sera pas.
Il était tellement maigre, ce jeune homme,
tellement faible.
L'apparition du sida a remis en cause toutes les certitudes.
Suis-je encore utile, Antoine ?
Certains ont commencé à réagir comme au Moyen Age.
Il a fallu des outrages, des humiliations,
pour que les malades et les associations
fassent appel à la raison et à la générosité.
Il a fallu que les droits fondamentaux de ces malades
soient menacés
pour que se pose le problème de leur protection.
-Je n'aime pas recevoir des femmes à cet endroit de la prison,
ni dans la prison en général.
-Je ne suis pas une femme, M. le directeur, je suis magistrat,
attachée titulaire à la direction pénitentiaire.
C'est le seul endroit chauffé de l'établissement.
Le trou au centre,
c'est pour les excréments.
-Comment les excréments sont-ils évacués ?
-Une charrette avec un cheval
passe une fois par semaine évacuer les déchets.
L'Etat a réduit les effectifs de gardiens
au moment où le nombre de détenus baissait.
Mais avec les terroristes du FLN qui arrivent en masse,
on fait quoi ?
Nous n'avons que 6 400 gardiens, contre 9 000 il y a 7 ans.
-Pardon ?
-Cette porte, ouvrez-la.
Quelqu'un tousse.
...
-Depuis quand n'ont-ils pas vu de médecin ?
Combien de cas de tuberculose, cette année ?
-Vous faites plus cas des repris de justice
que de nos gardiens.
-Que vous bénéficiiez des relations de votre époux
pour entrer à l'administration, je m'en moque.
Mais quand à la nomination d'une femme
à ce poste...
-Oui, je sais.
-Nous n'aurions pas dû vous donner le droit de vote,
ni l'accès à la magistrature.
La pénitentiaire, c'est pour les hommes.
Les femmes sont à l'accueil ou dactylos dans nos services.
-Pas moi, il faut croire.
-Ne soyez pas insolente.
Trois directeurs de prison se sont plaints.
On va où ?
-Ma vocation, M. Perdriau.
Ce n'est pas un travail,
c'est une vocation.
Il faut un contrôle sanitaire obligatoire.
de dignité, de démocratie,
si vous préférez.
Vous connaissez ce mot, il a du sens pour vous.
-Appelez ce numéro de ma part.
Et apprenez à rester calme.
-Docteur Fully,
la pénitentiaire demande
Nous devons y participer.
Antoine,
c'est bientôt prêt.
Pardon.
Je comprends.
Jean ! -Je comprends, mais...
Je comprends,
mais nous avons besoin de camions de radiologie.
-L'emmerdeuse est là.
Ils sont entrés avec un camion dans la cour, ordre ministériel.
-Je dirige cette prison. Puis-je voir l'ordre
du ministère de la Justice ?
-Docteur Fully, inspecteur général
de l'administration pénitentiaire.
Vous devez être Mme Veil.
-Votre réputation est détestable.
-Vous nous faites passer pour des geôliers du Moyen Age.
-La détention n'est pas l'élimination.
N'ajoutons pas à la privation de liberté
-Il ne s'agit que de dépister
les cas de tuberculose.
Comme dans les écoles.
-Ce ne sont pas des écoliers.
Aucun de mes prisonniers ne passera de radio.
Demandez à l'opinion française... -Au garde des Sceaux.
Pas à l'opinion française.
Et ce ne sont pas "vos" prisonniers.
Maintenant,
si vous voulez défier l'Etat français
et le ministre de la Justice,
nous pouvons partir.
-Nos rapports vont tous dans ce sens,
créer des centres médico-psychologiques
dans les prisons,
pour les plus jeunes ou pour ceux en préventive.
-Voilà autre chose.
-L'incarcération est traumatisante.
Il leur faut un psychiatre.
-Il faut aider les présumés innocents jusqu'à leur procès.
La justice est conservatrice. Elle tient aux valeurs sociales.
du nombre de détenus voulant un accès aux livres.
-Vous êtes sérieuse ?
Ouvrir des bibliothèques en prison ?
Pensez-vous que les Français,
-La lecture est un gage de réinsertion.
-C'est le but
de la prison, non ?
Où en est-on des prisons-écoles
pour mineurs ?
-L'administration vous a nommée. Vous êtes responsable
de sa future mise en oeuvre.
J'avais oublié de vous le dire.
-Merci, M. Perdriau.
-Ne me remerciez pas.
Vous savez comment je vous voyais il y a quelques mois.
Mais votre persistance
m'a convaincu.
-Souhaitez-vous commander ? -Absolument.
Mangeons un peu.
-Puisque je vous tiens,
parlons des prisons pour femmes.
Hurlements
-Quelles sont les vertus pédagogiques
de cette punition, madame la directrice ?
-On peut soigner ses pulsions.
Réprimer un vol. Toutes ces choses
-Elle trafiquait des rouges à lèvres,
et avait un comportement homosexuel.
-Ca n'est pas mon affaire.
Pourquoi la priver de lecture, de chaleur ?
-Elle a tué son fils et son mari.
-Seule sa dignité m'importe ici.
Ce qu'elle a fait dehors ne nous regarde pas.
...
Tu ne dors pas ?
(-T'étais où ?) (-Au travail.)
(-Jean a déchiré une page de mon Tintin.)
(-C'est pas grave.)
(Dimanche, on ira se promener tous ensemble.)
(Dors, mon chéri.)
-Pas trop fatiguée ?
-J'ai encore du travail.
-Courage. J'ai bientôt fini.
*-Le général de Gaulle a évoqué aujourd'hui
*une autre voie que la seule victoire militaire,
*parlant du droit des Algériens
*à l'autodétermination.
*Il a proposé trois solutions.
*Sécession,
*francisation ou association.
*On craint des réactions qui pourraient enflammer
*les milieux de l'Algérie française.
-J'ai été arrêtée le vendredi 8 mars à 11h du soir,
ainsi que mon mari
et mon frère.
On nous a emmenés à la villa Susini.
On m'a mis une cagoule en me donnant des gifles.
Puis on m'a emmenée à la salle de torture.
Ils m'ont déshabillée complètement.
Ils ont commencé la séance d'électricité.
Au bas du ventre,
aux seins.
J'ai hurlé.
Ils disaient...
"Elle va y passer, elle tiendra pas le coup."
Ils continuaient de plus belle.
Puis...
ils m'ont détaché les chevilles,
ils m'ont écarté les jambes
et ils m'ont mis l'électricité sur tout mon corps,
encore plus fort.
Quand les militaires me battaient d'un côté,
ils me retournaient sur l'autre.
Je suis à la prison de Barberousse d'Alger.
J'ignore où se trouve mon mari.
Je m'appelle Zahia Hamdad,
épouse Orif.
Musique douce
...
-Je suis arrivée à Alger.
La situation ici est dramatique.
M. Perdriau,
il faut empêcher les soldats et l'extrême droite française
d'entrer dans les prisons pour exécuter les Algériens.
La Maison Carrée, Barberousse, Berrouaghia,
toutes ces prisons sont en dessous des critères d'hygiène
de la métropole et des lois internationales.
Je ne pensais pas possibles
de telles conditions de détention.
Les prisonniers sont parqués
dans des caves ruisselantes d'eau et de rats,
on ne les sort que pour les interrogatoires,
si l'on peut appeler ça ainsi.
-On m'a dit que vous aviez des mineurs enfermés.
-Des assassins, des ennemis de la France.
L'âge n'a rien à voir avec la chose.
A quoi jouez-vous ?
De quelle compassion malsaine Paris vous nourrit-elle ?
-Je suis ici pour rapporter ce que je vois.
cette prison serait vidée dans un cimetière pour chiens.
Musique grave
...
-Cette jeune fille devrait être à l'infirmerie.
-Elle devrait être morte.
-Taisez-vous.
-Ses jambes ont été arrachées par l'explosion d'une bombe
qu'elle destinait à la gendarmerie d'el Fouad.
...
-Seize ans.
...
Hurlement
Musique inquiétante
...
*Chant du muezzin
*...
-Votre rapport est une bombe.
Combien de détenus
Par manque de soins ou d'hygiène.
Plus de 300 hommes et femmes
seront liquidés par les militaires,
si on ne les rapatrie pas.
Michelet a sauvé des vies à Dachau.
Sa morale peut recadrer ce pays qui bascule dans l'ignominie.
-Je vais lui parler.
Il connaît votre sérieux et personne n'a envie de voir
ces terroristes se transformer en prisonniers politiques.
L'aveuglement des furieux de l'Algérie française
peut nous faire perdre de précieux interlocuteurs.
L'indépendance est inéluctable.
pour notre administration.
Les femmes.
Les femmes sont les plus en danger.
-L'objet
de ma mission a été reconnu.
Ils m'ont remis 2 postes émetteurs, 8 accus, 400 000 francs,
des tenues militaires, du cyanure.
Et le 19 juin, j'étais arrêtée sur la route d'Annecy.
ils m'ont remise à la Gestapo, à Lyon.
J'étais une terroriste pour les Allemands.
Ils m'ont torturée.
Comme tous les résistants,
le supplice de la baignoire toute la nuit.
J'ai pas parlé. J'ai pas dit un mot.
C'est la peur qui fait qu'on lâche, pas la douleur.
-Denise, je suis ta soeur. Tu ne m'as jamais rien dit.
-J'ai tout raconté en 1947 dans une revue de la Résistance.
-Tu sais...
j'ai fait des recherches
pour retrouver des traces de papa et Jean.
Je n'ai rien trouvé.
J'ignore s'ils ont été transférés plus tard,
et où véritablement.
-Continue.
Et résiste.
*-Le ministre Edmond Michelet et la magistrate Simone Veil
*ont fait transférer vers Paris, à la barbe des militaires,
*les prisonnières algériennes en danger de mort
*dans les prisons d'Alger.
*Mais s'agit-il d'un geste sanitaire
*s'inscrivant dans une réforme pénitentiaire,
*ou d'un geste éminemment politique ?
Tu n'as que le mot "prison" à la bouche.
On part demain en Espagne
et on doit s'arrêter à Nîmes deux heures
pour voir une de tes protégées ?
-Une heure.
-Maman,
c'est une terroriste, Djamila Boupacha ?
-Non, une militante du FLN.
-Si on ne t'intéresse plus, dis-le.
Ton travail devient obsessionnel.
C'est toi qui es en prison.
-C'est vrai, on te voit plus.
-Ca fait 7 ans que tu cours la France.
Tu as rénové la pénitentiaire, tu t'es battue.
Tu as obtenu tous les crédits envers et contre tous,
tu as été exceptionnelle, la magistrature l'a vu.
Mais, et nous ?
maman.
-Vous me manquez aussi.
C'est peut-être temps de changer.
D'arrêter la pénitentiaire
pour revenir ici.
Musique douce
...
Suis-je encore utile, Antoine ?
-Plus que jamais, Simone.
Les Français t'aiment et te font confiance.
-Arrête de t'inquiéter, Simone.
-Mitterrand et Balladur ne font pas avancer les choses,
je me sens impuissante à obtenir des crédits.
Et l'épidémie du sida...
Je sais pas s'ils savent de quoi on parle.
Le ministère de la Santé est la dernière roue du carrosse.
-Il y a dix ans, nous avons créé le Club Vauban
pour réunir des politiques de tout bord ici.
Le clivage gauche droite est obsolète.
Ce n'est qu'une question de temps. Patience.
-Moi, je suis pas patiente.
J'ai jamais été patiente en politique,
ni douée comme toi.
J'ai jamais eu ta vision ni ton recul.
-Tu as autre chose, Simone.
-C'est toi qui écris les livres intéressants, tu le sais.
J'ai toujours admiré tes livres.
-C'est l'heure des compliments ?
-Je t'ai toujours dit que...
La Mémoire longue m'avait bouleversée.
Petit rire
C'est vrai. T'es tellement clairvoyant sur l'état du pays.
Arrête de rire.
C'est toi qui aurais dû être ministre, pas moi.
-Je ne serais plus monsieur "Simone Veil".
Musique douce
-Tu me donnes de la force.
...
-On est bien, dans ce centre.
On est mieux que dehors, comme des chiens.
-La ministre de la Santé, Mme Simone Veil,
a souhaité rencontrer des patients
bénéficiant du nouveau protocole de distribution des soins.
C'est une révolution de ne plus tabler
sur la seule guérison de la toxicomanie par sevrage,
mais aussi de permettre d'éviter les contaminations
et de favoriser
l'accès aux soins.
-Alors, vous par exemple, vous étiez où, Jonas, avant ?
-Je suis dans la rue depuis que j'ai 16 piges.
J'ai commencé la dope en me faisant des rails à la scred.
Après j'ai tapé l'alu dans le trom,
mais y a rien de mieux que la pompe.
Enfin, se piquer, je veux dire.
-Hm. Et vous ?
-Moi ? Euh...
J'étais chez ma mère,
mais elle supportait plus de me voir comme ça,
alors elle m'a foutu dehors. C'est bien, vos centres,
Dehors, ils nous regardent mal.
-Vous savez, les gens,
ils ont peur de la douleur des autres.
Parfois, on sait pas pourquoi, on voudrait mourir.
-Je sais, oui.
Mais il faut surmonter ces moments,
absolument.
Je sais que c'est jamais facile,
mais on gagne de la force
à chaque fois.
Et vous, alors ?
-J'ai jamais vu de ministre.
Ni de gens célèbres.
-Peu importe ma fonction.
On est là, assis tous ensemble, on est bien,
Et vous, alors ?
-Ca fait plus de 15 ans
que je prends de l'héroïne tous les jours.
Du coup, je me suis beaucoup prostituée.
Je viens ici voir le docteur Hefez, qui m'aide.
-C'est bien.
Et pourquoi vous êtes-vous fait tatouer ces cercueils
sur votre bras ?
-C'est les cercueils de mes enfants.
Ils sont morts du sida après leur naissance.
Musique grave
...
-Mais vous, vous allez survivre.
Si, si.
C'est la seule chose à faire.
Personne n'est destiné au malheur.
Il faut garder
la confiance en l'amour.
Je ne dis pas qu'il faut devenir invulnérable.
On ne l'est jamais, vous le savez. Mais...
La limite entre la vie et la mort,
elle est infime.
Comme entre la destruction
et la résurrection.
-Vous avez rencontré
tous les présidents du monde, les reines,
le pape, aussi, j'ai vu.
Mais avez-vous le pouvoir de changer le monde
ou bien ça aussi, c'est foutu ?
Musique rock
-Oh là là, les garçons.
Je parle avec Marceline.
-C'est vrai que t'as chanté l'Internationale en 1941 ?
-Claude,
ferme la fenêtre.
-C'est quoi, ce scoop ?
T'as chanté l'Internationale sous Pétain, toi ?
-Qui t'a dit ça ?
-Papa.
-Je veux entendre cette histoire.
-Allez, raconte.
-C'était en pleine propagande collaborationniste.
On nous lavait le cerveau, avec l'amiral Darlan
qui viendrait à Nice
faire son discours. Nous, en réaction,
on s'était mis à chanter l'Internationale,
avec Denise et les cousins Weissman,
sur la terrasse
de la maison de La Ciotat.
-Un chant communiste !
C'est bien la peine que ton mari se moque de moi.
-On a été dénoncés à la police par les voisins.
-C'est tout ?
-Les parents ont été convoqués.
La police a fait une enquête très sérieuse,
qui a duré des jours.
Le juge a même menacé
de leur retirer la garde des enfants.
Ca a failli être un drame.
-Ca s'est fini comment ?
-Mme Jacob l'a punie de sortie !
-Non, j'ai pris...
6 mois de prison avec sursis.
-QUOI ?
-Non ! Pétain t'a collé 6 mois de taule à 15 ans ?
-Et sur le procès-verbal, ils ont écrit
que j'avais tenu
des propos de nature à exercer une influence fâcheuse
sur l'esprit de la population.
-T'as commencé jeune à emmerder le monde.
Brouhaha dehors
-Les CRS débarquent.
...
-C'est la lutte finale... -Non, Pierre-François !
Arrête, ça m'embarrasse !
Pierre-François, arrête !
-Laisse-le chanter.
-Pierre-François !
Pierre-François !
Pierre-François !
(En hébreu)
-J'adore cet endroit, maman. Le monde entier est ici.
En hébreu
(En anglais)
En hébreu
-Elle te demande si tu parles hébreu.
-Moi, j'apprends l'hébreu.
Bientôt, je parlerai parfaitement.
Mais la vie est si parfaite, ici.
-J'aime pas savoir la famille éparpillée.
-Je risque rien, ici.
Je veux apprendre la langue, faire l'histoire.
-Il a raison, Simone.
Vous devriez vivre en Israël, le seul endroit possible
pour tous les Juifs du monde.
-Je suis française.
Toute ma culture est française.
-Regardez autour de vous.
Cette jeunesse, il y a tout à construire ici.
-C'est vrai, c'est un endroit magnifique.
-Vous croyez en Dieu ?
-Je suis agnostique.
Mes parents l'étaient déjà,
-Oui, mais je n'ai aucune instruction religieuse.
C'est mon héritage.
-Pierre-François m'a dit que vous étiez féministe.
-Non...
je le suis.
du Conseil supérieur de la magistrature par Pompidou.
-Mazel tov.
Félicitations.
Pardon de vous dire ça, mais...
dans quel autre pays qu'Israël
une femme peut être nommée chef du gouvernement ?
-Elle veut que tu restes ici.
-Non, mon combat est en Europe.
Je suis bien plus utile là-bas.
Musique douce à la guitare
-C'est un psaume.
"La splendeur et la magnificence
"sont devant sa face,
"la gloire et la majesté sont dans son sanctuaire."
...
-J'ai soif.
-Ca va aller.
Pleurs
-De l'eau, pitié !
Pour le bébé, de l'eau !
-Où on est ?
Dis-moi.
-Je sais pas.
-Pour le bébé, de l'eau !
-De l'eau !
Par pitié, pour mon bébé !
De l'eau !
-Tiens les enfants, Myriam.
Le train se met en marche.
-De l'eau !
De l'eau, par pitié, pour le bébé !
De l'eau, je vous en prie !
-C'est quelle gare ?
-J'ai pas pu lire.
-Pitchipoï.
Ils disaient ça, à Drancy. Le bout de la route.
-Ca n'existe pas.
-La température va baisser. Serrez-vous contre moi.
Mets ton écharpe, Simone.
-Mets-la, toi, autour de ton cou.
-Il faut rester ensemble, rien ne doit nous séparer.
-J'espère que...
J'espère que Jean est bien resté à Drancy.
Que c'est pas encore un piège.
-On a bien fait de lui dire de rester.
Il travaillera pour l'organisation Todt,
il ne peut rien lui arriver.
-Il a 18 ans, ils ont besoin de bras,
il risque rien.
-Pleure pas, maman.
-Je veux voir André.
-Papa est bien caché, il est malin.
Et si Denise est cachée aussi, ils sont trois à l'abri.
On va les voir bientôt.
Sanglots
Musique mélancolique
...
-T'as passé le bac sous ton vrai nom ?
-T'es dinguotte ou quoi ?
Tout le monde se cache,
et tu passes tes examens sous ton propre nom.
-J'avais pas le choix.
-On promène ?
Coups de sifflet
-Papiers !
Musique inquiétante
-Vos papiers.
...
-Entrez vite.
-Je passais voir comment va Milou.
-Ils ont arrêté Simone.
Non ! Non !
Sanglots
...
-Mathieu est venu me prévenir,
il était avec elle quand ils l'ont prise.
Coups de sifflet
Milou est dans le cellier.
Jean est sur le chemin.
Ils savent que vos papiers sont faux.
Quelqu'un a dû parler.
-Où est Simone ?
-A l'Excelsior.
-Où est votre mari ?
-Il se cache chez Bolleti.
On frappe à la porte.
...
-Rentre vite.
-Jean.
...
-Qu'est-ce qui se passe, maman ?
-Ils ont pris Simone.
-Vite, je vais vous cacher dans le cellier avec Milou.
-Je dois rentrer.
...
-Calme-toi, mon coeur.
...
-Je me souviens de la première question
que l'on m'a posée il y a deux mois.
"Pourquoi, m'avait-on demandé,
"vous êtes-vous engagée dans cette élection européenne,
"vous qui avez toujours refusé d'adhérer à un parti
"et, jusqu'à aujourd'hui,
"refusé de participer à une élection ?"
-Bravo, Simone !
-Voici ce que je n'ai pas cessé de répondre
depuis...
-Sale Juive !
-Si je m'engage aussi pleinement
sur la question de l'Europe,
c'est pour tirer la leçon de mon passé
et en pensant
à l'avenir de la France !
-Bravo !
-Bravo !
-Au four !
-Bravo !
-Bravo !
-J'ai trop souffert
personnellement,
dans mon affection et dans mon corps,
pour accepter que mes enfants
et mes petits-enfants
subissent un jour ce que j'ai subi, et ce que tant d'autres,
et ils sont nombreux dans cette salle, ont subi !
-Sale Juive ! -Bravo !
-Abrogation loi IVG !
-Si je dis oui à l'Europe,
c'est parce que l'Europe me paraît le seul moyen
de mettre un terme
à ces horreurs !
-Assassin d'un million de petits Français !
Voilà ce que vous êtes !
-Le FN veut mettre le bordel, il faut partir.
-Je reste.
-LIBERTE D'EXPRESSION !
-Les promoteurs de la construction européenne
ont compris que la paix
doit être beaucoup plus que l'ombre de la guerre.
Je le dis,
et je le répète,
l'Europe, c'est la paix.
Je vais vous dire
encore quelque chose.
Vous ne me faites pas peur du tout !
J'ai survécu à pire que vous !
Vous êtes des S.S. aux petits pieds !
-Bravo !
-Venez.
Suivez-moi.
*-Après avoir fait voter la loi sur l'IVG,
*soutenu les revendications des prostituées de Lyon,
*lutté,
*au sein de son propre gouvernement,
*contre l'expulsion de 500 000 travailleurs immigrés,
*après avoir été envisagée par l'UDF
*comme une maire de Paris possible,
*qui est donc cette madame Veil
*que les Français plébiscitent
*depuis 1974
*et qui a démissionné de son poste de ministre
*pour se consacrer pleinement
*à sa campagne pour les européennes ?
-Les gens consacrent tellement
d'énergie à se faire élire
qu'ils oublient, quand ils le sont,
pourquoi ils ont été élus.
-Moi, ça m'arrivera pas.
Je ne suis pas politicienne.
Je ne le serai jamais.
-Je retourne au bureau. Merci pour le déjeuner.
-A tout à l'heure.
-On a rédigé un nouveau planning.
On a plein de demandes d'interviews,
depuis le cirque de Le Pen
et de ses sbires.
-Mme Veil, M. Klarsfeld est là.
-Ravie de vous rencontrer. Asseyez-vous, je vous en prie.
Je suis très impressionnée par votre travail d'historien.
Votre Mémorial de la déportation des Juifs de France,
c'est une somme historique fondamentale.
Le seul moyen de constituer
est de commencer par répertorier les noms des 76 000 déportés.
Votre famille, la mienne.
-J'ai trouvé ça bouleversant.
La manière que vous avez eue
de réunir tous ces noms, tous ces...
ces numéros de convois, ces enfants,
ces gens qui allaient disparaître de l'histoire
et grâce à vous,
ils sont là pour toujours.
Moi, j'ai cherché...
toute ma vie,
par tous les moyens, à retrouver une trace.
Avez-vous des informations sur mon père et mon frère ?
-Madame,
comme je vous l'ai dit,
il m'est impossible de répondre à toutes vos interrogations.
de rejoindre les volontaires de l'organisation Todt.
Après son arrestation à Nice,
suite à une rafle,
votre père, André Jacob, l'a rejoint au camp de Drancy.
Le convoi 71,
c'est-à-dire le vôtre, était déjà parti.
Ils sont restés à Drancy un petit moment.
-Donc ils se sont retrouvés à Drancy ?
-Je ne sais pas, mais c'est probable.
Ils sont montés dans le même train le 15 mai 1944.
Le convoi 73.
Voulez-vous que je m'arrête ?
-Non, non, continuez.
-Le convoi 73 était composé de 878 hommes et adolescents.
A la gare de Bobigny,
en direction de la Lituanie.
-La Lituanie ?
Pas Auschwitz ?
C'est le seul convoi sur les 79 partis de Drancy
à avoir pris cette destination.
-C'est incroyable.
Pendant tout ce temps où on était...
à Auschwitz,
on pensait...
qu'ils étaient...
dans le camp d'à côté, le camp des hommes,
tout près de nous.
On essayait d'envoyer des messages,
d'avoir des nouvelles.
Maintenant, de savoir qu'ils sont...
Allez-y, continuez.
-Ils sont arrivés en Lituanie,
dans une petite ville qui s'appelle Kaunas.
Là, le convoi s'est divisé en deux.
Une partie des hommes est restée à Kaunas,
et l'autre partie a été déportée vers Reval,
en Estonie.
A partir de là,
plus rien n'est sûr.
n'a pu citer leurs noms à leur retour en France,
Pas de traces non plus au camp de Stutthof en Pologne,
où une partie du camp de Reval fut déportée.
-Donc en fait...
ils seraient restés à Kaunas ?
-C'est possible.
Mais...
Mais si c'est le cas...
Seuls deux hommes ont réussi à s'échapper.
Les deux survivants ont réussi à identifier l'endroit.
Les Allemands l'avaient caché.
Et il y a une phrase gravée dans la pierre.
"Ici, nous sommes 900 Français."
Il est possible, madame,
que votre frère et votre père...
ont été exécutés dans la forêt, à côté du Fort IX.
Exécutés dès leur arrivée.
Musique mélancolique
...
-Dis donc, tu t'es garée comme une merde.
-Tu pourrais me parler mieux.
On aurait dû la prévenir. Tu crois qu'elle sera là ?
-Où tu veux qu'elle soit ?
-C'était où, tu t'en souviens ?
-Bonjour.
-Bonjour, madame.
-Merci pour ce que vous faites pour les femmes.
-Merci infiniment. Bonne journée.
-C'est gentil.
-Bonjour. -Bonjour.
-Tout le monde te regarde.
-Madame Veil, bravo.
Je travaillais dans une crèche,
et depuis que vous avez créé le statut
d'assistante maternelle, ma vie a changé.
Bonne journée, madame.
-Dis donc, t'es une vedette.
J'ai pas cet accueil pour mon film sur la mort de Mao.
-Ah, bonneterie.
Musique douce
...
-Simone ?
Qu'est-ce que tu fais là ?
-J'avais besoin de prendre l'air.
-Prends la caisse. Je reviens.
...
-Comment tu t'appelles ?
-Cherkasky, Ginette.
C'est mon frère, Gilbert,
et mon père.
-Moi, c'est Marceline Rozenberg.
Je suis avec mon père aussi.
-On va travailler dur, il paraît.
-Ca fait trois nuits
qu'on roule, déjà.
Ils nous emmènent où, comme ça ?
...
-Je sens plus mes jambes.
-Appuis-toi sur moi.
-C'est bientôt à notre tour de s'asseoir.
Une femme crie.
-Il est mort !
Le monsieur est mort !
Cris
Le train freine.
Cris
-Allez, tous dehors !
Cris à l'extérieur
...
-Allez, sortez !
On descend !
Allez !
Musique inquiétante
...
Ordres en allemand
...
...
Ordre en allemand
...
Pleurs de bébé
Cris de douleur
...
-Ne regarde pas !
-Maman !
-Lâchez mon père ! -Marceline !
-Papa ! Papa !
...
-Dis que t'as 18 ans.
...
-Messaoud !
Messaoud !
Messaoud !
S'il vous plaît, j'ai perdu mon mari.
Je dois trouver mon mari !
-On monte pas dans les camions.
(En allemand)
-43.
-Et toi ?
-21 ans.
...
Ordre en allemand
...
Elle crie.
...
-Je suis avec ma belle-fille et mes petits-fils. Myriam !
-T'inquiète pas !
Prends les petits avec toi !
Pleurs d'enfants
-Non ! Non !
...
-On aurait dû prendre les camions.
-Te plains pas, avance.
-Maman !
-C'est mes fils !
C'est mes fils dans le camion !
Mes fils !
Elle pleure.
...
-Vous déposez tout sur les tables.
Vos bijoux, montres, boucles d'oreilles, sacs à main.
Tout ! Vous ne gardez rien !
-Vous déposez tout sur les tables.
Vos bijoux, vos boucles d'oreilles, vos montres.
Vous déposez tout sur les tables, tout !
Les bijoux, les montres, les boucles d'oreilles.
-Simone !
-Blanche ?
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-J'ai vu Simone, dehors.
-C'est Blanche de la rue Cluvier.
-Ma mère est partie en camion, je sais pas où elle est.
Je suis contente de te voir.
Ces boches vont tout prendre.
-Chut, les bagnards sont français.
-Je vais essayer de garder le dé à coudre.
Et ça aussi.
-Laisse tout ça là.
-Je veux pas le laisser aux boches. C'est du Lanvin.
Tiens, c'est le luxe.
C'est le luxe ! -Arrête.
-Ils peuvent pas tout avoir.
-Parlez moins fort.
-Vos boucles d'oreilles !
Déposez tout !
...
(En polonais)
...
-Vous cachez quoi que ce soit,
vous sortirez par la cheminée.
Daleï!
Daleï!
...
-On aurait dû sauter des trains.
-Ils auraient tué tout le wagon.
-On aurait dû sauter en partant de Drancy
ou à Bobigny, même.
-Peut-être qu'ils vont encore nous trimballer.
-On va travailler comme des chiens.
-Mon père et mon frère
doivent être dans un autre hangar, un hangar pour hommes.
-Où est ma mère, alors ?
-La bagnarde là-bas dit que cette odeur,
c'est des corps de gens qui brûlent.
-Faut pas écouter les rumeurs.
-Tu penses quoi, toi, Simone ?
Musique inquiétante
-C'est ici, le bout de la route.
Ordres en allemand
... ...
...
Hurlements
...
Juron en polonais
(En polonais)
...
...
-Apprenez votre numéro par coeur.
Oubliez vos noms.
Répondez à l'appel par votre numéro.
Je vous dis d'apprendre
votre numéro par coeur.
Est-ce que c'est clair ?
Apprenez votre numéro par coeur.
...
-Toi.
Danseuse ?
-Avec ton joli visage,
chanteuse,
peut-être ?
-Actrice parisienne ?
-Présidente du Parlement européen !
J'en reviens toujours pas.
Tu vas lui montrer à l'Europe,
Tu l'as toujours été.
-Au camp, elle m'a sauvé la vie avec une robe.
Elle m'a redonné mon humanité.
Tu m'as fait tenir.
Tu m'as sauvé la vie, avec ce cadeau.
-C'est mieux que nos haillons.
-Tu vas gagner.
C'est notre revanche.
Ne serait-ce que pour fermer sa grande gueule à Le Pen.
-Ils me font peur, on dirait la milice.
Je t'ai découpé un truc.
Ecoutez ça. Attends.
"Simone Veil, tête de liste pour l'élection européenne ?
"Comment imaginer cela ?
"Pour qui l'a entendue sur Europe 1 dimanche,
"c'est une flâneuse dans ce jardin européen,
"qui joue de son ombrelle
"en espérant vaguement
"des pommes pour Eve."
-Quel machisme.
-OK, on le jette. Monsieur, vous avez une poubelle ?
-Veuillez accueillir madame Louise Weiss.
-J'ai conduit en France
pour l'égalité hommes-femmes,
dans un climat si désuet
que nos adversaires pouvaient arguer,
avec succès,
que les mains des femmes étaient faites pour être cajolées
et non pour déposer des bulletins de vote dans les urnes.
Applaudissements
...
Le suffrage universel a décidé.
Madame Veil a obtenu
la majorité absolue des suffrages exprimés.
Je félicite madame Veil
et je l'invite à prendre place
au fauteuil présidentiel.
-Bravo !
Musique douce
...
-Lorsque j'ai été portée,
en 1979, à la présidence
du premier Parlement européen élu au suffrage universel,
le bureau était essentiellement constitué d'hommes.
Quand j'ai proposé de mettre en place une commission
des droits de la femme,
je me suis heurtée à de fortes résistances.
Mais je suis arrivée à l'obtenir.
Merci, madame, pour votre travail,
ma génération a été inspirée par vos écrits
et vos prises de position. Merci.
-L'Europe a permis aux femmes de faire de grandes avancées.
Chaque avancée,
même mineure, est importante.
...
Mes chers collègues,
mesdames, messieurs,
c'est un très grand honneur que vous m'avez fait
en m'appelant à la présidence du Parlement européen.
Aussi,
l'émotion qui est la mienne
en prenant place à ce fauteuil
est-elle plus profonde que je ne saurais l'exprimer.
J'ai exprimé la gratitude
que nous devons avoir à l'égard de Louise Weiss,
qui a si bien guidé nos premiers pas.
Vous me permettrez d'y revenir d'un mot sans vous formaliser,
que je cite la part éminente qu'elle a prise
dans toutes les luttes menées pour l'émancipation des femmes.
Applaudissements
L'Europe est une grande espérance,
parce qu'elle est le bastion de la démocratie et de la liberté.
Comment ne pas être conscient de la nécessité de nous unir
pour nous épauler les uns les autres,
et résister ainsi à tout retour du totalitarisme ?
...
-Simone ! Tu vas où ?
-Marcher. Je sens plus mes jambes.
-Simone !
Simone !
...
-T'en penses quoi ?
Cri
-Un rat m'a mordue !
Hurlements
...
Arrêtez ! Arrêtez !
Elle n'a rien fait !
-Tu la touches pas !
-Simone !
Simone !
-Fermez vos gueules, compris ?
Dans vos perchoirs !
-Il faut l'aider.
Il faut l'aider.
-On va pas revenir.
Sonnerie du téléphone
...
*-Bonsoir, j'aimerais parler à Mme Simone Veil.
*-Je suis Alain Génestar, directeur de Paris Match.
*Je vous dérange ?
-Non, je vous écoute.
*-En janvier, ce sera le 60e anniversaire
*de la libération du camp d'Auschwitz.
*Nous voulons faire un sujet pour cette commémoration.
-Oui, je vous écoute.
*-Accepteriez-vous, madame Veil, d'y retourner avec nous ?
-Tu es sûre ?
-Je suis sûre, oui.
Je vais y retourner.
Mais je veux...
y aller en famille.
Avec les enfants et les petits-enfants.
-Veux-tu que je leur demande ?
-Non, je vais le faire.
-J'ai souvent pensé à les emmener.
-Alors, c'est le moment de le faire.
La mémoire ne passe pas par les images,
elle passe par la parole. Tu le sais.
-Au fond,
l'image de maman
et l'image de Milou sont tellement mêlées.
J'étais, je dirais, à la limite d'âge inférieure
pour entrer au camp,
maman était à la limite d'âge supérieure.
Il y avait très peu de femmes de plus de 40 ans.
-On les tuait tout de suite, les femmes de plus de 40 ans ?
-Oui, elles étaient emmenées à la chambre à gaz.
m'ayant vue à la sortie...
On sortait chaque jour travailler dans des commandos de terrassement.
Elle m'a dit : "Tu es jeune, jolie.
"J'aimerais faire quelque chose pour toi."
Il y avait un camp dont on parlait, un peu mythique, pas très loin.
"Je vais t'envoyer à Bobrek."
Comme nous étions peu nombreux,
C'était une chance, et j'ai dit :
"Je n'irai nulle part sans maman et Milou."
On doit s'approcher du bloc 7.
-Pourquoi ?
-Je veux une cuillère pour maman.
-Donne-moi ça ! -Lâche-la !
Tu la laisses ! Laisse ma mère !
-Je m'en moque, j'applique la loi !
-La loi des monstres ?
Elle s'occupe de vous toute la journée !
Vous êtes des bêtes ? Des animaux ?
-Simone !
-14 morts dans notre commando. Je veux pas crever de faim.
-Elle a raison, la petite !
Elle a raison, la petite.
Sa mère m'a cachée quand je me suis évanouie
sur la rampe.
Ils ont tué ma soeur pour moins que ça.
...
-Ta mère est une sainte. Elles le savent toutes.
-Je veux une cuillère pour maman.
Musique mélancolique
...
(-Simone.)
(Simone.)
(mais y a eu un train de Hongrois)
(ce matin très tôt.)
(Une amie travaille au centre de tri.)
(Tu me rappelles tellement ma nièce qui vit à New York.)
(Elle doit se demander où j'ai bien pu passer.)
(-Tiens.)
(Prends ça.)
(Prends.)
...
-Alors ? -Elle avait pas de cuillère.
Elle m'a donné ça.
C'est des robes.
Elles sont toutes neuves.
On dirait que c'est ta taille.
Elle est pour toi.
-Je sais pas quoi dire.
...
Au moins, si on meurt demain, on sera belles.
...
*Ordres en allemand dans un mégaphone
*...
Cris en allemand
...
*...
avec mère et soeur.
*...
-Nous sommes parties au camp de Bobrek,
un camp proche de Birkenau,
dans un commando moins dur que les autres.
Avant notre départ, nous avons subi une visite médicale.
Sans l'insistance de la kapo,
le docteur Mengele aurait sûrement écarté maman,
car sa santé déclinait déjà beaucoup.
Musique douce
...
A Bobrek, nous avons été affectées aux travaux de terrassement.
Nous avons dépierré un terrain,
puis j'ai été affectée à des travaux de maçonnerie.
...
Faire des murs inutiles avec une truelle.
Puis j'ai travaillé dans l'usine Siemens.
...
Nous sommes restées à Bobrek de juillet 1944 à janvier 1945.
...
Pendant toute cette période,
Maman, Milou et moi avons réussi à ne pas être séparées.
...
-Tu es sûr de ne pas vouloir venir ?
-C'est entre maman et vous, maintenant.
...
-Je suis prête.
Maman s'affaiblissait,
nous faisions tout pour la protéger.
Nous étions terrifiées par le typhus. Maman l'avait.
Bientôt, l'avance des troupes soviétiques
fit paniquer les autorités allemandes.
Le 18 janvier 1945, nous sommes parties de Bobrek.
Ce jour-là,
dans la panique et la peur,
maman, Milou et moi sommes parties
avec les 40 000 déportés encore en vie.
Encadrés par les S.S. qui fuyaient les Russes,
nous avons entamé cette marche que nous appelons depuis
"la marche de la mort".
...
...
Coup de feu
Ordres en allemand
Coup de feu
...
L'espoir, c'est en l'Europe que je le place.
L'Europe qui a surmonté la haine et la barbarie
pour s'engager dans la voie de la démocratie
et de la solidarité entre les peuples qui la composent.
...
*-L'Ex-Yougoslavie, donc,
*et les nombreuses protestations.
*Des hommes politiques de tous pays
*souhaitent intervenir pour arrêter le massacre
*et aussi les camps de concentration.
-Le droit, les documents... on intervient quand ?
De qui se moque-t-on ?
On a entendu ça
De nouveau, on va s'opposer ? Parler de confidentialité ?
Faut distinguer les prisonniers, les civils ?
Peut-on dire
qu'on n'a pas le droit d'entrer dans les camps ?
Si la Croix-Rouge ne peut pas intervenir, qu'elle le dise.
Et qu'on fasse cette commission d'enquête.
Ne mettons pas tout sur le même plan !
Je ne veux pas entendre les mêmes choses qu'il y a 50 ans,
que la seule priorité, c'était d'arrêter la guerre,
alors que des gens étaient exterminés !
Je ne veux pas les réentendre !
-J'ai lu que tu avais dit dans une entrevue :
"Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle."
C'est une belle phrase.
-J'ai fait ce que j'ai pu,
j'ai l'impression que c'est une goutte d'eau dans l'océan.
sur toutes ces guerres, sur le génocide au Rwanda,
sur toutes ces magouilles de partis,
sur Darquier qui a nié les chambres à gaz, sur Papon,
et Bousquet, et Barbie que tout le monde a protégé.
Je sais pas ce que je dois écrire sur tous ces crimes
qui sont restés impunis,
ces innocents qu'on a oubliés,
tous ces morts.
ce que je dois écrire
sur mes parents,
sur mon frère,
mes soeurs,
nous,
nos enfants,
toi.
-Ecris ton sentiment.
-On a marché. On a fait la marche, toutes les trois.
Maman était très malade.
Maman avait été opérée peu de temps avant son arrestation.
Elle avait toujours une plaie non refermée.
Elle a marché quand même.
Je pense à tous ces gens tombés pendant cette marche.
Les gens s'accrochaient les uns aux autres.
Quelqu'un s'est accroché sur maman et sur Milou,
je les ai détachées avec l'aide d'un autre déporté.
Il fallait avoir le courage,
si c'est du courage ou de l'égoïsme,
de ne pas chercher à sauver les autres,
et de défendre sa nourriture,
de défendre la couverture que l'on avait sur soi.
Il fallait survivre, sans savoir où nous allions.
Les gens mouraient ou étaient exécutés sur le bord de la route.
Ceux qui ont pu dépasser la limite de l'épuisement
sont arrivés à Gleiwitz.
Là, c'était l'Enfer de Dante.
Les S.S. pensaient que les Soviétiques
arrivaient pour les tuer,
et nous, que les S.S. nous tueraient
avant que les Russes n'arrivent.
Ceux qui avaient survécu, mais qui étaient en mauvais état,
ont été exécutés.
Il y avait très peu de femmes,
et des hommes qui n'avaient pas vu de femmes depuis longtemps.
Les S.S. cherchaient aussi des femmes,
alors que jusque-là, le problème avec les Juives ne se posait pas.
Pour eux, c'était absolument interdit.
Mais là, il n'y avait plus aucune règle.
Certains cherchaient à s'évader par tous les moyens,
mais personne ne pouvait passer les lignes.
Ceux qui s'évadaient revenaient.
C'était la fin.
Et alors qu'on entendait les canons de plus en plus près,
les S.S. ont pu encore trouver des trains
pour nous emmener.
Ils ont de nouveau séparé les hommes des femmes
et nous sommes partis vers Mauthausen.
Mais il n'y avait pas de place.
Nous sommes partis plus loin.
Nous étions dans des wagons à bois, très bas, découverts.
Nous étions si nombreux que l'on pouvait à peine s'asseoir,
et nous avions la hantise qu'en se battant,
certains arrivent à nous projeter hors du wagon.
Les mitrailleuses des S.S. sur leurs toits
nous auraient immédiatement exécutés.
Beaucoup sont morts dans ces wagons,
de faim et de froid.
A chaque gare, ils sortaient les cadavres du train,
les laissaient sur les quais.
Dans les faubourgs de Prague, on passait près des maisons.
Les gens nous envoyaient du pain par les fenêtres
ou un peu d'eau dans les gares,
quand les S.S. tournaient le dos.
C'est comme ça qu'on survivait.
En Autriche, ce fut différent.
Ensuite, l'Allemagne.
Nous étions 35 femmes d'Auschwitz avec un groupe de femmes tsiganes
qui avaient été regroupées avec nous.
La nuit où nous sommes arrivées à Dora,
une de ces femmes tsiganes a accouché.
Le bébé a été tué tout de suite.
Mais elle a survécu.
Le lendemain, nous sommes partis pour Bergen-Belsen,
dans un wagon fermé.
A Bergen-Belsen, dès fin janvier,
l'avance russe se précisait.
Cela a été de pire en pire.
Les déportés sont venus de partout, à pied,
dans des conditions terribles.
Il n'y avait plus d'appel à Bergen-Belsen.
Peu de gens travaillaient.
Les gens commençaient à mourir en masse,
soit de faim, soit du typhus.
J'ai entendu dire qu'à la fin,
des femmes prélevaient les chaussures des cadavres
pour les manger.
On ne travaillait pas,
on cherchait à travailler,
c'était la seule façon d'avoir un peu à manger.
Ceux qui ne pouvaient pas n'avaient plus rien.
-Mange, Milou.
Mange.
-Tu dois manger aussi, Simone.
-C'est là que j'ai retrouvé cette chef de camp polonaise.
Elle m'a reconnue
et m'a aidée une seconde fois.
Musique mélancolique
...
-Milou.
Simone.
Faites le bien.
Ne veuillez pas
le mal aux autres.
-Sans aucuns soins, maman a tenu ce qu'elle pouvait.
Nous pouvions seulement lui donner quelques bouts de nourriture.
Les jours passèrent
et nous assistions, impuissantes,
à la fin lente de celle que nous aimions le plus au monde.
Musique grave
... ...
...
Où est maman ?
-Maman est partie.
C'est mieux.
...
-Je n'ai jamais pu m'y résigner,
ni accepter sa disparition.
Tous les jours, je vois maman.
Elle est partie tôt le matin,
ils ont pris son corps,
je n'ai pas pu lui dire au revoir.
Musique mélancolique
...
Elle n'a jamais disparu.
Elle se tient à côté de moi. C'est ma force
et mon modèle.
Plus généreuse que moi,
plus indulgente,
plus douce, plus calme aussi.
Tout ce que j'ai fait dans ma vie,
c'est grâce à elle.
Tous mes combats,
c'est elle.
Pour elle.
Par sa main.
...
-Maman, maman !
Saute !
Maman, regarde-moi !
-Oui, ma chérie, je te vois.
-Poussez-vous !
-Jean, fais attention
à ta soeur.
-Arrête !
-Maman, il est où, papa ?
-Sur la plage.
-Papa, viens te baigner !
-Papa, viens te baigner !
-Maman, regarde-moi !
...
Maman, ma chérie.
...
Comment définir la mémoire ?
Elle se distingue de l'histoire
en ce qu'elle désigne une relation personnelle, directe,
ou par une intermédiation familiale,
avec un événement du passé,
lourd de conséquences.
Pendant deux ou trois générations,
mémoire et histoire sont intimement liées.
Cette mémoire n'est pas simplement contemplative
ou constituée d'informations.
Elle ne peut être complètement objective,
car elle constitue une forme de conscience,
une forme d'identité.
Que nous le voulions ou non,
que nous le sachions ou non,
nous sommes responsables
de ce qui nous unira demain collectivement.
Nous sommes faits de ce qui nous a précédé
et pour partie, nous engageons l'avenir.
Ce sujet de la mémoire hante en premier lieu les témoins,
ou plutôt les victimes,
ceux d'entre nous qui ont survécu,
vécu dans leur chair
les souffrances que certains disent passées,
mais qui en fait ne passent jamais
et ne passeront
que lorsque nous ne serons plus.
L'attention à la souffrance des autres a été,
tout au long de ma vie,
un impératif de conduite,
au plan politique
comme au plan personnel.
Aussi, lorsque j'entends aujourd'hui
des revendications mémorielles,
qui, quelle que soit leur légitimité,
banalisent la Shoah comme un épisode à relativiser
et à passer aux oubliettes de l'Histoire,
je me demande vraiment si notre société
n'est pas en train de se perdre
et de confondre tous les combats,
de confondre droit et devoir,
et de confondre le mensonge avec la vérité,
et d'entraîner la jeunesse sur les chemins de la haine,
du racisme,
de l'antisémitisme
et de la xénophobie.
Les faux prophètes sont nombreux aujourd'hui en France,
en Europe et dans le monde,
pour entraîner les plus faibles d'entre nous sur ces chemins.
Il nous appartient d'y faire échec.
...
Musique douce
...
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