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...
Musique douce
...
*Discours politique en italien
...
*...
...
Une voiture klaxonne.
*-On a dit que c'était un enfant qui avait dû tomber
d'une embarcation, un petit garçon noir.
*On sait pas ce qu'on va faire, on hésite à rentrer.
*-On va partir d'ici, c'est vraiment très difficile.
Je rêve.
Musique classique entraînante
...
On n'est pas en avance.
sur le corps retrouvé sur la plage, hier ?
Ca dépend, de quelle plage tu parles ?
Parce qu'avec le naufrage de jeudi dernier...
Celle où il y avait un bon glacier.
Ils étaient combien, sur le bateau ?
Tiens, c'est lui.
Nathalie Adler, officier de liaison.
Charles-Antoine Dubat, je suis conseiller spécial du PR.
Appelez-moi Charlan.
Timotei Bacalov.
Vous êtes de Pologne ? Je connais bien.
Bulgarie.
Le délégué allemand n'est pas là ?
Excusez-moi. Oui, je sais pas.
C'est qui, le PR ?
Le président de la République.
C'est Manu qui décide de...
L'Allemande revient, je te rappelle.
Voici Ute Lerner,
qui bosse avec la BK.
Je savais pas que tu étais ici.
Vous vous connaissez ?
De la frontière entre l'Autriche
et l'Allemagne.
On continue en français ? Ca sera mieux.
C'est une ancienne base de l'OTAN
construite pendant la guerre froide. 4000 militaires
américains y vivaient.
Y a des rampes de lancement pour missiles, plus loin.
Quand ils sont partis, le gouvernement italien
en a fait un camp d'accueil pour migrants.
D'après le protocole,
nous avons 20 minutes pour la visite du camp.
On sera accueillis par le médecin-chef.
Pas de médecin. On n'est pas au chevet de l'Europe.
Il y aura des journalistes en civil
avec des téléphones portables.
Du spontané, Nathalie, hein ?
Oui, je sais. En face, réception
par un migrant.
Reste à le trouver.
La France préfère une femme.
C'est vrai, c'est plus paritaire, une femme.
Et direction le centre des screaners.
Après les présentations,
Manu dira "Andiamo" et on le suivra tous.
Ou la chancelière pourrait
le faire, pour éviter que votre président
grille la politesse à une femme.
Bon.
Andiamo.
On devait y aller en voiture.
C'est un peu loin.
Après vous.
Bonjour, Nathalie.
La déclaration commune se fera ici.
On va réussir des représentants, des médecins en civil
et des volontaires, là, à l'arrière-plan.
Bonjour.
Oui, juste là.
Tout va bien ?
Très bien, merci.
Merci de participer.
Je vous présente Danilo, un screaner italien.
Je vous montre ?
S'il vous plaît.
Alors, je suis Boubacar Diallo, né le 25 août 48 à Dakar.
Je suis sénégalais.
Il parle très bien français.
ce que vous vouliez ?
On continue ? Y a un souci ?
Tout va bien.
Il y a des télés et des radios, qu'on se dise pas :
"Ca a été préparé."
C'est pas ce qu'on fait précisément ?
Attention au vocabulaire, pas de mots comme "précisément".
Je parle petit nègre ?
Non, le prenez pas mal. Je dis ça pour vous.
On continue ? On n'a pas que cela à faire.
Elle soupire.
Hey !
Barrez-vous ! Prendre des photos avec des migrants,
c'est dégueulasse. Barrez-vous !
Albert ?
Eh, salut !
Qu'est-ce que tu fais là ?
Je donne un coup de main, tu vois.
Euh... Pardon.
T'aurais pu m'appeler, on se serait vus.
Je savais pas que t'étais là.
Ouais.
Tu restes jusqu'à quand ?
Bah, c'est idiot.
Une prochaine fois ?
Tu vas bien ?
Albert !
Attends !
On peut prendre un verre ce soir, si tu as un peu de temps.
Ce soir...
Ouais, d'accord. Pourquoi pas ?
20h ?
Votre président ne peut pas sortir
manches retroussées. Nathalie !
Le PR sort, il avance, il s'arrête à mi-chemin,
il regarde autour de lui, hume la situation
et retrousse ses manches. Le mec de BFM est au courant.
Que fait la chancelière pendant que votre président hume la situation ?
Elle aurait pu câliner un enfant malade.
La question se pose pas, il n'y en a pas.
J'y peux rien, moi !
Y a pas de misère, pardon, ça manque de sans-dents,
y a pas de drame.
Le programme fonctionne.
Nathalie, il faut un effet avant-après.
Une visite présidentielle, c'est comme un téléshopping.
Avant Manu, rien ne va.
Après, ça ira. "Achetez Macron."
Nathalie ? Nathalie ?
Vous êtes avec moi, là ?
Je savais pas qu'on recevait les présentateurs
d'Euro Shopping.
Tu plaisantes ?
Ah ! Ah, bah voilà !
Nathalie, pourquoi vous nous aviez caché
cette merveille ?
C'est une zone interdite, c'est dangereux.
Il y a des trous, plus d'eau ni d'électricité.
C'est cette partie du camp
que le PR doit visiter.
Déplacez tout ici.
Les migrants dormiront sous tente,
les téléspectateurs comprendront mieux
l'image.
Lors de la visite, le PR...
Constatent un problème d'infrastructures et de salubrité.
Grosse indignation franco... Germano-française. "Il faut agir."
Comme par hasard, deux semaines plus tard,
une équipe télé vient vérifier les promesses présidentielles
et là, il y aura un effet avant-après.
Bye, le camp de migrants tristounet.
Bonjour, Pierre & vacances !
Vous envoyez tout le monde dans deux jours
de l'autre côté.
Je sauve la visite du camp, là.
Ute, vous comprenez ça ?
C'est vrai que c'est difficile.
Vous nous demandez d'organiser une visite surprise, on le fait,
mais trahir la confiance du personnel, c'est pas ma mission.
Votre mission, qui est...
Permettre aux médias d'informer sur l'urgence.
Les Italiens ferment les ports,
mais le flux migratoire ne va pas se tarir.
Il y aura plus de noyés, c'est tout.
Hier, un corps s'est échoué sur une plage, plus au sud.
Oui, c'est ça.
Quoi ?
Mais vous savez,
ils ont l'habitude. C'est pas deux nuits en tente
qui va les tuer.
Il faut arrêter d'être européanocentré, c'est pénible.
Je peux te donner un coup de main.
Le protocole est plus simple, pour nous.
La France se montrera très généreuse.
Avec l'argent des Allemands.
Vous, on est d'accord,
je veux Oradour-sur-Glane. Je compte sur vous ?
Allez, hop, hop, hop.
Oh, non...
Y a pas de presse-agrumes.
Comment tu fais pour vivre en déplacement ?
C'est temporaire.
il y a deux ans.
J'aime pas les habitudes, je préfère les surprises,
surtout les bonnes.
J'adore planifier, savoir ce que je fais demain.
C'est une obsession.
J'ai un Epilady, si tu veux.
Ce soir, je dîne avec mon fils.
Il est là ?
Y a pas de cire, en Italie ? C'est fou.
Je savais pas que ton fils était là.
Je l'ai croisé au camp, il bosse pour une ONG.
Je devrais aller à l'hôtel.
Il sait que tu travailles ici ?
de contacts avec lui.
*Musique jazzy
*...
*Musique électro douce
*...
Oui, je t'attends au café. J'espère que tu m'as pas oubliée.
Prends ton temps. J'espère que t'auras ce message.
*Musique latine
*...
Brouhaha
...
Les jeunes chantent.
...
Tu chantes bien.
T'aimes le rap, toi ?
Il rappe.
...
Ils la huent.
T'as pas pécho ? C'est dur de vieillir.
...
On peut en parler ailleurs ?
Balance ton flow, bouffeuse
de "te-cha" !
T'as voulu me donner une leçon ? On est quittes ?
"-On est quittes" ?
Ca va pas ? Je t'emmerde.
Parle pas comme ça.
Viens dehors, on va parler.
On n'est pas quittes, t'entends ?
La bouteille explose.
Il siffle.
Musique douce italienne
...
Elle claque la porte.
Ute fait la vaisselle.
...
Tu es déjà de retour ?
Il est 3h du matin ! Tu dors pas ?
Je t'attendais. Tu viens m'aider ?
A quelques centimètres, j'étais dans le coma.
Bah, ouais.
Il dort en prison, là.
Au poste de police, faut pas exagérer.
D'un coup sec, faut arracher la racine.
Tu vas porter plainte contre lui ?
Je l'aurais fait pour un autre.
Justement, c'est pas un autre, c'est ton fils.
C'est pas un petit agneau. Une nuit au poste lui fera du bien.
Il rappera en connaissance de cause.
Tu l'as abandonné à 9 ans, normal qu'il t'en veuille.
Non, il y a 9 ans, pas à 9 ans.
Alors, c'est normal, pardon.
Il voulait plus me voir.
Il voulait de l'affection, c'est pas compliqué.
Accepte la violence d'un verre comme prix de ta liberté.
Et toi ? Et toi, c'est quoi, le prix de ta liberté ?
Pas sûre que ce soit une bonne idée.
Ca peut être doux, comme la dernière fois.
C'est bien de perdre la raison, non ?
Je suis raisonnable dans la mesure du raisonnable.
Ca veut dire quoi, ça ? Rien !
Musique classique
...
Tu veux que je te remercie d'avoir retiré ta plainte ?
J'ai pas porté plainte.
J'ai pas jeté cette putain de bouteille.
J'ai récupéré tes affaires.
Enfin, ce qu'il en reste.
Mais j'en ai rien à foutre !
Lâche-moi !
ou je porte plainte !
Tu comprends quand je te parle ?
Dépêche, j'ai pas que ça à faire.
T'as pas de vraies chaussures ?
Et tu me dois 600 euros.
Je te dois 600 euros ?
40 % de ce que j'ai payé à l'auberge.
Pourquoi 40 % précisément ?
T'es peut-être qu'à moitié responsable de la casse, donc 50 %.
Je prends en compte le fait que tu sois mon fils, donc 10 %.
10 % ? Ca fait pas cher l'instinct maternel.
Donc 600 euros.
Ecoute, c'est vrai que j'ai pas toujours été présente
quand il fallait.
Pas du tout, OK. Je m'excuse.
C'est bon. Je m'en tape, de tes excuses.
Tu préférais t'éclater
avec ta copine plutôt que de te coltiner papa.
C'est toi qui as voulu arrêter de me voir.
Ton choix m'a fait souffrir,
mais je l'ai respecté.
Je suis désolé de t'avoir fait souffrir.
Mange ton panini.
T'aimes pas ça ?
C'est interdit.
T'es juif, maintenant ?
Ouais, comme toi, si tu respectais.
On n'est plus pratiquants depuis trois générations.
Et pourquoi je suis circoncis ?
Tu faisais pipi pas droit.
T'es dégueulasse.
Je t'assure, c'était médical !
T'as trouvé ça où ?
Voler aux voleurs, c'est pas voler, si ?
Taxe révolutionnaire.
Elle rit.
Je t'ai rien vu prendre.
Je me suis pas caché,
j'ai agi dans mon bon droit, sans hésiter.
Elle est jolie, cette fille.
A partir de cinq messages par heure, y a aimantation.
*Bips de notification
Ca aimante sec, on dirait.
C'est une collègue, rien de plus.
Alors ?
J'ai cuisiné toute la nuit pour les Syriens qui montent les tentes.
Les Camerounais ne veulent pas loger dans l'ancien cinéma.
Les Tchadiens ne veulent pas quitter l'église pour le centre commercial.
Il n'y a que les Irakiens qui sont contents.
De quoi vous parlez ?
C'est mon fils, Albert.
Elle vous a pas dit qu'elle avait un fils ?
Si, si, Albert, depuis le temps qu'elle m'en parle.
Les Italiens ne veulent pas
de la chancelière, ici. Ils n'en veulent pas.
Y a une mosquée dans la rue d'à côté,
le quartier est sensible.
Elle est pas apparue dans la nuit.
Tu dois être Albert ?
Ma mère n'a pas arrêté de vous parler de moi ?
Non, jamais. Pourquoi ?
On passe à la suite de la visite.
On annule le Goethe-Institut.
l'Institut français.
J'ai compris, j'appelle Charlan. Mais tu conduis.
Moi, je peux ?
Je t'ai à l'oeil.
Tu vis où, en Allemagne ?
Ah ouais, putain. Berlin, ça déchire.
T'y es déjà allé ?
Quand j'ai fait mon road trip pour Auschwitz.
Le Mémorial de la Shoah, c'est puissant, vraiment.
Ah oui, le Mémorial, ça... Ca déchire.
Et... Tu vis seule, là-bas ?
Non.
Tu vis avec ton mec ?
Tu... T'aimes les mecs, non ?
Toi, tu les aimes, les mecs ?
Ouais ?
Ca va pas ? Tu croyais que...
Ah non, ben non, je...
Bah non, je te demandais par curiosité, c'est pas...
Non.
Ah, ouais.
C'est cool.
C'est dommage.
Qu'est-ce qui est dommage ?
Qu'une fille comme toi collabore avec les nazis de l'UE.
Tu as été à Auschwitz, tu n'as rien appris.
Si, les lois néolibérales ont remplacé les lois raciales,
mais c'est pareil.
Si tu consommes pas, t'es éliminé du système.
C'est quoi, une fille comme moi ?
Il hésite.
Une fille encore sexy ?
Une fille toujours sexy, quoi, une belle femme.
C'est...
C'est un compliment.
Moi, ce qui m'excite,
c'est l'intelligence.
Ca me rend dingue, brûlante de désir.
Je te jure.
Je ferais n'importe quoi pour un homme
dont les propos m'étonnent, me traversent,
me pénètrent. Alors toi, là,
avec ta comparaison honteuse,
tout ça me laisse froide comme un cul.
On dit ça en français ? "Arschkalt" ?
Vous êtes convaincue par vos conneries ?
Pas toi ?
Avec vous, les Allemands, tout se finit
dans des camps.
Tout se passe bien ?
Oui, parfaitement.
Musique classique
...
Vous ne pouvez pas
vous asseoir comme ça. Là, vous êtes avachi.
Vraiment, pensez que l'Europe vous impressionne,
c'est ça, l'idée.
On m'a demandé de m'asseoir.
Faites comme si vous compreniez pas.
J'ai traduit tout Michel Houellebecq.
Restez assis. Ca vous concerne.
On va tout reprendre depuis le début.
J'aimerais qu'on soit sur une émotion...
"Dans".
On est "dans" l'émotion. On n'escalade pas.
*Musique rap
*...
Regarde au loin !
Quoi ?
Regarde au loin !
Ton regard, au loin !
Nathalie !
Par là !
Oh, écoute...
On y va ?
Je n'aurai pas le Goethe-Institut, mais la chancelière
aura son "italienische Reise".
A la suite de la visite émouvante du camp,
la chancelière s'arrêtera
pour prendre un peu l'air
et moi, je me posterai ici pour prendre une photo.
Quitte à faire une image,
autant que la chancelière voie la famille suisse dont les vacances
ont été gâchées par la découverte d'un corps sur une plage.
C'est loin d'ici ?
Et lui, tu en fais quoi ?
Comment ça ?
On peut pas l'avoir dans les jambes lors de la visite des M&M's.
Lors des vagues d'arrivées massives de 2012,
les logiciels d'identification n'étaient pas utilisables.
Enfin, ils l'étaient, mais on n'a pas prévenu la direction
que la connexion Internet dans les îles italiennes
était pas suffisante pour assurer la liaison avec Bruxelles.
On est revenus au bon vieux système
des empreintes à l'encre.
Ouh là, un certain temps. Quand on a eu enfin
assez de puissance, on a été débordés par les arrivées.
Personne n'a eu le temps de rattraper le retard,
jusqu'à aujourd'hui.
Tu plaisantes ?
10 centimes par fiche scannée. En 6000 fiches,
on aura réglé nos comptes et tu seras libre.
En quoi c'est utile ?
de connaître le pays d'entrée des migrants.
OK. Tu fais de moi un collabo, c'est cool.
Règle tes dettes, Albert.
enfermeront les migrants.
Même s'ils réussissent à rejoindre Oslo ou Berlin,
ces fiches les ramèneront à l'ordre bureaucratique.
C'est ton idéal européen ?
Mais si, ça l'est !
Y a des principes sur lesquels on se construit.
Une chose que papa m'a apprise.
Il faut brûler tout ça !
Ton père et moi, on s'est séparés d'un commun accord.
La création de ce poste d'officier de liaison m'a permis d'être utile,
même si ça m'éloignait de vous,
enfin, surtout de toi.
Je comprends pas.
Tu t'es séparée de lui parce que tu as réalisé
que tu étais homo, non ?
Entre autres.
Entre autres ?
Bon, OK, principalement, mais j'ai pensé
que l'engagement professionnel résonnerait
avec les préoccupations d'un jeune homme.
Tu t'adresses pas à un jeune homme, mais à ton fils,
que tu as abandonné, à qui tu as refusé le plaisir
de te punir en respectant son choix de ne plus te voir.
Tout cela parce que c'était les filles qui te branchaient.
Ca va, on a compris.
Albert... Comment être honnête avec toi
si je le suis pas d'abord avec moi-même ?
Attention, quand même.
Tu vas réveiller
tout le quartier.
On y va ?
Des grandes filles comme nous.
Non, non, non. Je suis fatiguée.
Non.
Vas-y.
*Musique lyrique italienne
*...
"The Other Woman", Nina Simone
...
Un scooter approche.
...
Ca va ?
Mh-mh.
Ute est pas avec toi ?
J'avais encore du travail.
Désolé.
Ah non, c'est qu'une collègue. Y a pas de problème, je t'assure.
Faut que je te parle, demain.
Faudrait que je te parle de moi. Enfin, de toi aussi.
(J'aurais dû entendre ta colère, être là pour toi,
(pour que tu me détestes, que tu me pourrisses chaque jour.
(J'aurais dû être là pour récolter ta haine,
(ton incompréhension, tes reproches.
(Quand tu m'as dit que tu voulais plus me voir,
(j'ai cru respecter ta volonté.
(En réalité, je me planquais derrière ma peur,
(au lieu de tenir mon rôle,
(celui d'une mère qui a abandonné son fils.
Sale partition à jouer, hein.
C'est moi qui l'a écrite.
(Je voulais que tu m'aimes malgré tout.
*Musique lyrique italienne
*...
*Grésillements
*...
Allez !
*...
*...
Ah, les voilà !
On joue "L'Hymne à la joie" de Beethoven.
...
C'est quoi, ce merdier ?
*Bips de notification
Regarde !
*...
Brouhaha
...
Rumeur de déception
Allô ?
Rumeur de soulagement
Quoi ? C'est quoi, cette histoire ?
Faites comme moi, achetez sur place et jetez.
Appelez le ministre des Affaires étrangères pour savoir
comment se réorganise le protocole.
Le PR a pas peur d'une grippette.
Bilan médical exemplaire,
aussi bon que celui de Mitterrand en 81, sauf que c'est vrai.
Alors que votre chancelière...
Elle est un peu tremblante. Pâlotte.
Peut-être parce que l'Allemagne n'a plus de colonies,
pardon, de territoires d'outre-mer, où aller rayonner
tel le Roi-Soleil. Sauver l'UE, ça fait moins bronzer.
A Varsovie, elle a pas fini son assiette,
alors qu'à Coimbra, il fallait planquer
les pasteis de nata !
Qui les a prévenus ?
Putain, ça va ! Claque les portes,
te gêne pas.
Et vous ?
La France.
Pars pas comme ça.
mais si la BK n'a rien à faire en Sicile, moi non plus.
Eh oui, elle est désolée.
Rome, c'est pas la porte à côté.
Merci encore, Nathalie.
Ton fils ne veut pas d'une mère parfaite.
Ute ? Bordel !
Ah, j'arrive !
Ca va ?
Je suis fatiguée.
*Grésillements
Bon, il faut qu'on parle.
Tu peux pas enlever ton truc ?
C'est une voiture de fonction.
Ton Allemande était moins coincée.
Merci.
Quoi ?
Pas besoin de crier, putain.
Allez, descends. Descends, prends le volant.
Clignotant.
C'est pas pour ça
qu'il faut pas respecter la loi. T'as lu la Torah ?
Oui, Dieu voit tout, qu'on croie en lui ou pas.
Dieu voit quand tu voles dans la caisse de la synagogue
ou il vérifie mon clignotant ?
Arrête. Ton père m'a appelée.
Le vol à la synagogue, c'est quoi ?
T'as chouravé 1200 pounds à la cagnotte
pour financer ton don à World Citizen.
Taxe révolutionnaire puis impôt ecclésiastique ?
Mais il est cinglé, ce rabbin !
Tu mens aussi mal que tu cuisines. Serre à droite,
on roule à droite, ici.
C'est pathétique.
On dit qu'au moment du Déluge,
le mensonge a voulu prendre place dans l'Arche, mais Noé a déclaré
que tous les animaux étaient entrés par paire et que lui était seul.
Le mensonge trouva la malchance pour lui tenir compagnie,
mais exigea que toute affaire mensongère lui revienne.
Regarde dans le rétro.
Tu vois la malchance qui te colle au train ?
Tourne à gauche.
A gauche !
Le voyage des Terminale à Auschwitz est annulé,
à cause de toi.
A ton avis ?
Je te jure, je te jure, j'ai essayé de faire un keiss kuchen.
Tu sais ce que c'est, fonder la pâte ?
L'écraser au fond du moule avec les doigts.
Pourquoi ils disent pas ça plutôt que "fonder" ?
Ah, mystère des écritures.
On va continuer à pied.
Pour aller où ?
Un endroit où Dieu ne regarde pas, ça te fera des vacances.
Et à lui aussi !
Viens, ça va te plaire.
Musique douce
...
Gibellina a été détruite par un tremblement de terre en 1968.
Burri, un artiste contemporain,
a posé un sarcophage sur les restes des maisons et des commerces.
En-dessous se cachent les restes du village.
Le labyrinthe reproduit exactement les rues de Gibellina.
Il y a eu des morts ?
Les gens ont été surpris dans leur sommeil.
...
Echo
...
...
...
C'est pas aux enfants d'écouter leurs parents, mais l'inverse.
Il murmure.
...
Bruits métalliques
...
Le sol tremble.
...
Nathalie ?
Maman ?
Maman ?
Je veux rentrer. J'aime pas cette image.
C'est pas une image, c'est un lieu.
Mais on rentre, si tu veux.
Tout était nouveau, à l'époque. Tony Blair, le design, la musique.
Nous, on vibrait. On l'appelait Cool Britannia.
Ceux qui étaient pour Oasis,
ceux qui étaient pour Blur.
Oasis, évidemment, Manchester ! Le pouvoir au peuple.
Papa, c'était Blur, non ? "Country House", j'en peux plus.
T'as raison, j'aurais dû me méfier.
J'écoutais "Parklife" en boucle, en cachette.
Tu vois, tout n'est pas si simple.
Aimer Oasis et Blur.
Papa s'appelle Paul pour McCartney,
pourquoi vous m'avez pas appelé Damon ou Liam ?
Quand t'es né, les groupes
avaient explosé, Tony Blair faisait la guerre
en Irak pour les Américains,
le prix du billet d'Eurostar avait triplé.
On a quitté Londres et tu portes le nom de ton grand-père.
Je suis l'enfant du malheur.
Ton père et moi, on s'aimait follement.
C'est bon, je plaisantais.
Attends, j'ai quelque chose à te dire.
Je sais pas par où commencer,
le début de toute l'histoire est tellement loin de toi que...
tu perdrais patience. Enfin, je crois.
T'inquiète pas, je vais pas te parler de moi,
mais de ta colère envers moi. De ta colère.
T'as ma colère que je voulais pas te transmettre
et je te l'ai transmise.
Je m'en veux tellement, si tu savais.
Tu peux encore jouer ta partition,
comme tu dis.
Ton rôle de mauvaise mère qui a abandonné son fils
et qui l'oblige à passer du temps avec elle.
Il est pas trop tard.
T'es un adulte, j'ai plus d'autorité sur toi.
Ouais.
Tu sous-estimes mon rôle de fils en colère ultra revanchard.
Je suis pas douée pour le conflit.
Oui, comme pour le vol. Tu manques de pratique.
C'était un emprunt, j'allais le rendre.
C'est ce qu'aurait dit le banquier d'Hitler à son procès.
Une comparaison intellectuellement décevante.
Nathalie rit.
Les flammes consument la voiture.
...
...
...
Nathalie rit.
...
Bon.
Faut qu'on trouve du réseau pour appeler un taxi.
Un taxi ?
Tu veux que j'appelle qui ? La NASA ?
Allez, dépêche-toi, on va devoir marcher pour trouver du réseau.
J'appellerai les assurances,
ils s'en occuperont.
Les assurances...
Elle est folle.
Oh, purée.
Macron et Merkel débarquent.
Son téléphone vibre.
...
Ta copine appelle pour te remercier, c'est ça ?
De quoi tu parles ?
Une blogueuse a publié le programme de la visite de M&M's
et les a accusés de se dégonfler,
comme si les migrants étaient des pestiférés.
Et alors ? C'est la vérité.
Je risque de perdre ma place.
J'appelle Timotei.
de renverser des ordures ? C'est ça,
ton job ?
16 864 morts en mer depuis 2014, c'est pas le chaos, peut-être ?
Et vous, les bureaucrates, votre problème,
c'est un hangar d'empreintes. A part forcer les migrants à brûler
leurs doigts pour que vous puissiez pas les renvoyer en Libye,
ça sert à rien.
Ca vous donne bonne conscience. Ce sont des noms,
pas que des chiffres.
Alors, c'est quoi, le nom du type qui s'est échoué, l'autre jour ?
Bah, je sais pas. Et alors, ça prouve quoi ?
Si on tombe, nous,
les "bureaucrates de Bruxelles", les fachos européens dirigeront.
Je sais. Ils vous suivent, comme le malheur le mensonge.
Je dois répondre.
Une météorite s'est écrasée sur ta voiture.
C'est la plus incroyable des excuses pour ne pas répondre.
C'est un signe.
Son téléphone sonne.
Désolée, je crois pas aux signes.
Allô ?
Timotei ?
Allô ? Allô ?
Timotei, oui ?
Désolée, j'ai pas de réseau.
C'est une plaisanterie ?
Ils débarquent dans quelques heures.
On a passé la journée à réinstaller tout le monde dans le vrai camp.
On bosse pour quoi, là ?
Albert, on doit parler.
Albert ? Tu voulais du conflit, tu vas être servi !
Albert ?
Les oiseaux chantent.
...
...
Des travailleurs chantent.
...
Bonjour.
Il faut pleurer. Vous devez pleurer.
Je pleure pas sans raison.
Faites semblant.
Des femmes pleurent.
...
Quelqu'un du village est mort ?
...
Ils récitent des prières.
...
Les vagues s'écrasent sur le rivage.
...
Reprise jazz de "L'Hymne à la joie" de Beethoven
...
On va au camp, la visite a été écourtée.
Voici le nouveau protocole.
Change-toi, je ne regarde pas.
Ils scandent leur slogan.
...
Stop !
Stop !
Tout le monde s'arrête.
Vous êtes chez nous, ici !
C'est notre camp, ici. OK ?
Vous avez écrit...
"It's not good..."
"You stop war." Je sais pas, je parle pas anglais.
Commencez par les bases.
On vous demande des trucs très basiques.
C'est simple, ce qu'on demande !
Elle a pas tort.
Moi,
j'ai des questions. Je comprends pas.
Je comprends pas.
On l'applaudit.
...
La première :
pourquoi, quand les responsables des camps nous trouvent du travail,
ils prennent 50 % de notre salaire ? Pourquoi ?
Est-ce que c'est légal, pour vous, en fait ?
Il y a une autre chose que je pige pas,
que j'aimerais bien qu'on m'explique.
Pourquoi, quand on dit qu'on a mal, vous sous-estimez notre douleur ?
Pourquoi ?
Selon vous, la peau noire résiste plus à la douleur,
alors que non. On n'a pas le sang vert.
Il est rouge, comme le vôtre.
C'est pas parce que j'ai failli crever en mer
que je suis immunisée contre la douleur. Non !
Vous nous filmez comme des pots de fleurs.
Vous nous filmez aux champs, quand on va faire du vélo.
Ca vous va bien, vous faites bonne figure.
Mais vous vous souciez de nos sentiments ?
Personne me répond ?
Y a pas de réponse ? Personne me répond ?
Ah bon.
Ils l'acclament.
...
...
Elle a du mal à ouvrir.
Attends.
La porte grince.
"Un jour tu verras", Gino Paoli
...
Elle rit.
...
Il crie.
...
Tu m'as manqué. Tu m'as manqué !
Tu m'as manqué !
...
*Sonnerie d'annonce
*Annonce en italien
*...
Le détecteur de métaux sonne.
...
T'aimes les chaussures, finalement ?
Vous allez vous revoir ?
Il hésite.
Dans un mois, elle vient me rejoindre à Brighton, j'espère.
Et nous, on se revoit quand ?
En septembre, à Bruxelles, non ?
Non, c'est trop loin. Je veux te voir chaque jour.
Inutile d'être chiante pour rattraper le temps perdu.
T'as voulu une mère juive, t'es servi.
Ca va être la guerre.
Ca va être la révolution.
Très bien ! Super !
Merci, merci.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Brouhaha
*Sonnerie d'annonce
C'est quoi, ce bordel ?
Mais non, putain.
Je dois rentrer à Paris.
On va trouver une solution.
La population va être confinée, on doit se replier au camp.
Je rejoins Nina ?
Non, tu viens.
Ordre de Bruxelles.
Pourquoi t'es encore là ?
Sois heureuse.
Soyez heureuses.
Tu n'as pas honte ?
Merde. C'est l'Italie.
Oui, l'ouverture du Salon... Vous faites quoi ?
N'importe quoi.
Ils peuvent pas bloquer un continent.
Ils en font un peu trop.
Dai, dai, dai.
Musique douce
...
...
...
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Les vagues s'échouent sur le rivage.
Reprise jazz de "L'hymne à la joie" de Beethoven
...
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