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- Déjà debout ? - C'est mon premier jour.
D'accord, bon courage.
- Bonne journée, maman. - Au revoir.
Merci.
Juste votre carte d'étudiant, ça ira.
Merci.
Suivant !
Bonjour à tous
et bienvenue dans ce cours de littérature de première année.
Installez-vous rapidement
pour ne pas perdre cinq à dix minutes à chaque séance.
Venons-en au cours,
c'est-à-dire à ce qu'est la littérature.
La littérature aujourd'hui c'est, pour simplifier,
l'addition des trois genres traditionnels
que vous vu au lycée :
le roman, la poésie, le théâtre.
Approchez-vous, il y a des places devant.
Descendez, au fond, venez-là.
N'ayez pas peur.
Les mots ne mordent pas.
Et moi non plus.
Donc je suis Anne Morel.
Cette année sera intense,
le programme est riche, mais à votre portée.
Vous avez choisi les lettres,
puis ce module de littérature comparée.
Excellent choix !
Un corpus rare,
c'est une révolution de l'étudier en première année à la Sorbonne.
Donc poésie arabe.
Courtisane.
Amoureuse.
Du désir, du désir
et encore du désir.
C'est de cela que la littérature est faite.
Même à votre âge vous le savez déjà.
Donc le désir...
"Majnoun Layla",
ça vous dit quelque chose ?
Littéralement "Le fou de Layla".
Et fou de quoi ?
D'amour, bien sûr !
C'est une œuvre majeure du Xile siècle.
De nombreuses influences sur la littérature occidentale.
Comme "Le Fou d'Elsa" que vous connaissez tous par cœur.
Ou "Layla" de Clapton. Non, vous ne connaissez pas ?
Mais c'est à écouter,
c'est vraiment un poème de Majnoun qui a été traduit en anglais.
Voici la liste des ouvrages à lire...
Mademoiselle...
Avec donc les adresses où vous pouvez les trouver.
Ceux avec une étoile sont à lire au plus vite
pour votre cours de TD,
dont je serai pour quelques chanceux la professeure.
Donc lecture rapide, mais qui doit prendre le temps
de savourer l'érotisme exacerbé de certains de ces textes.
Alors rentrons dans le vif du sujet.
Plus de cent mots décrivent en arabe les différents états amoureux.
Avec ses multiples subtilités.
De la tendresse à la passion,
de la séduction au manque,
jusqu'au transport mystique.
Ce sentiment est au cœur de deux courants poétiques principaux.
Celui du chant élégiaque où l'amour reste platonique,
au point de se confondre avec le divin.
En parallèle se déploie le second courant.
Il est dédié au plaisir de la vie
et de la chair
et où le désir est loi et la jouissance fait ordre.
- Salut. - Salut.
- Ça va ? - Ouais.
On a des cours en commun.
- Comment ? - On a des cours en commun.
Oui.
Tu vas acheter les livres ?
Je viens d'arriver, je me perds tout le temps.
- Tu viens d'où ? - De Tunis.
Tu parles bien français.
En Tunisie, tout le monde parle bien français.
Pardon, excusez-moi.
Toi, tu parles arabe ?
Je comprends un peu l'algérien, mes parents sont de là-bas, mais non.
Il paraît que c'est beau l'Algérie.
Peut-être, j'y suis jamais allé.
Ah ouais ?
Sinon, moi c'est Farah.
Ahmed.
Enchantée, Ahmed.
"Ils ont l'air de rien, les mots,
"pas l'air de danger bien sûr,
"plutôt de petits vents,
"de petits sons de bouche, ni chauds ni froids
"et facilement repris dès qu'ils arrivent par l'oreille
"à l'énorme ennui gris mou du cerveau.
- "On ne se méfie pas... - "...assez d'eux, des mots
"et le malheur arrive."
Mais tu connais par cœur ?
C'est une citation connue.
Tu connais celui-là ?
Tu l'as lu ?
Fais voir.
C'est un manuel érotique arabe
écrit au XVe siècle en Tunisie.
C'est de qui ?
C'est de Cheikh Nefzaoui.
Je ne connaissais absolument pas. Comment ça se fait ?
Putain. Non, mais c'est fou !
Chapitre 8 relatif aux noms des parties sexuelles de l'homme.
Alors pour le pénis, on peut dire
"El deukkak", le frappeur,
"El âouame", le nageur,
"El hakkak", le frotteur.
C'est rigolo !
"El Hammache", l'excitateur,
"El aâouar", le borgne.
Ça c'est quoi, ça ?
"El fortass", le chauve.
Ça y va fort, quoi !
"El mostahi", le honteux.
- Je le prends. - C'est pas de la littérature.
Tu décides ça comme ça, sans lire. Tu l'as pas lu.
Non, mais c'est évident !
- T'as cours samedi, toi ? - J'ai trop le seum !
- C'est Bilal ? - Emma m'a demandé les devoirs.
Arrête ! Qu'est-ce que tu fais ?
- Arrête ! - "Je t'aime bébé !"
- Arrête ! Médée stop ! - T'as écrit quoi ?
C'est pas tes affaires !
- "Je t'aime..." - Lâche mon téléphone !
Les enfants, bonjour.
- Ça va ? - Ça va et toi ?
Fatiguée.
Mme Rosa n'a pas fermé l'œil de la nuit.
- Votre père a eu son petit-déjeuner ? - Il peut se bouger.
Vous savez quoi, bonne journée.
Vas-y mettez les cartons à droite.
Ah ouais, on voit du pays avec toi, Karim !
- Bonjour ! - Bonjour, madame.
Vous avez été rapides !
Faites très attention avec les cartons,
l'ascenseur est petit et c'est au 7e étage.
- Attends, Karim. On va t'aider. - Tu vas te faire mal au dos.
- Elle sait masser, Salima ? - Un peu de respect, toi.
- Vous allez pas faire que parler ! - C'est la base.
La base, c'est planter son clou.
"Livre-toi aux ébats des belles aux seins dressés,
"Et, comme les gazelles errantes, abandonne-toi aux jouissances.
"En ce jardin luxuriant, aux loups hurlants
"Répond là-bas un joyeux chant d'oiseau."
Très bien, merci. S'il vous plaît.
"Tout à l'entour s'allège, la brise souffle délicatement,
"L'éclair illumine les nuages et le tonnerre les secoue.
"Traversant les nues, telles les larmes de l'amant délaissé,
"L'ondée tombe et se perd.
"Délecte-toi du vin que voilée elle te verse,
"Et jouis du chant résonnant au lointain."
Bien. Jeune homme
à côté au premier rang, allez-y.
On en est à "Délecte-toi du vin..."
Allez-y, on inspire un bon coup !
Extinction de voix, ça faisait longtemps.
J'attends des efforts pour la prochaine fois. Entendu ?
Mademoiselle, continuez à sa place.
"Ce vin remonte à Adam,
"Il témoigne véritablement du paradis.
"Par sa salive, il coule,
"Elle te l'offre comme un bouquet de musc."
"Chant de l'ardent désir", Ibn Arabi, Xile siècle.
Alors, quelle est la métaphore filée principale de ce texte ?
Il y a des places en littérature du Moyen Âge
avec étude de l'ancien français
ou en littérature comparée :
Tragédie grecque, les réécritures du mythe d'Électre.
Le cours de Mme Morel ne vous plaît plus ?
Tragédie grecque, c'est bien aussi.
Elle est très appréciée, pourtant.
Alors tragédie grecque... Le CM est jeudi à 8h du matin.
Donnez-moi votre carte d'étudiant.
Monsieur, votre carte pour valider.
Je vais réfléchir encore un peu.
- Vous n'avez pas du liquide ? - Non.
Désolée, votre code ne passe pas.
Allez-y, redéposez votre plateau, s'il vous plaît.
Merci ! Quand je peux je te les rends.
Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
- T'es pas boursière ? - Mes parents m'envoient de l'argent.
On envoie de la thune au bled, pas le contraire.
Le bled ?
Tunis, c'est pas le bled. Arrête avec ça.
Les étrangers reçoivent de l'argent de leurs familles,
c'est un gros sacrifice, quoi.
D'accord. T'es une bourge en fait ?
Une bourge ?
Si moi je suis une bourge, t'es un zimigri.
Zimigri ?
Des ouvriers tunisiens en France.
Ils sont plus fermés, on les aime pas trop.
Tu dis que je suis fermé ?
Ouais.
Heureusement que t'es à la Sorbonne ! C'est un bon point.
- Tu distribues des points ? - Ça m'arrive, ouais.
De nous deux, c'est toi la zimigri-blédarde.
Moi ? Je suis étudiante, c'est pas pareil.
D'accord, j'ai pas tous les codes d'ici
et je traîne trop avec des Tunisiens, mais...
je ne fais rien de ce que je voulais faire.
Tu voulais faire quoi ?
Je voulais sortir, m'amuser, enfin profiter de Paris !
La bohème.
Tu peux me faire visiter, toi ?
Visiter quoi ?
Bah visiter Paris !
C'est ta ville, non ?
Oui.
Oui, oui.
Ferme pas mon Facebook, j'ai plus mon mot de passe.
Trouves-en un autre et tu le notes cette fois.
Ils posent trop de questions.
Tu connais bien Paris, toi ?
Tu veux dire les bibliothèques, les musées, les cinémas ? Oui.
T'y vas jamais.
J'ai fait le tour.
T'as commencé la fac ?
Ça fait trois semaines, papa.
C'est trop beau.
C'est le meilleur de Paris. Tu verras, c'est chanmé.
- Chaumé ? - Chanmé.
Chanmé ?
- Oui, c'est super ! - Ah, c'est chanmé !
Tu fais le ramadan, tu pries et tout ?
J'ai dû boire un ou deux verres vite fait.
Non, j'ai juste pas l'occasion.
Genre si je bois, tu me juges ou...
Non, non.
Toi qui aimes lire, tu es obligé de boire.
C'est quoi le rapport ?
Je sais pas,
le vin, c'est la vie !
- Voilà le rouge et le coca. - Merci.
Les livres aussi, c'est la vie.
D'ailleurs, tu devrais lire Abu Nawas et Omar El Khyam.
Ils ont fait l'éloge du vin, c'est juste...
magnifique !
Tu vas adorer.
On trinque ?
Au bled !
Au vin !
Médé ?
Malika, salut.
Je peux ?
Ça fait un bail.
Je savais pas trop si...
enfin, tu vois quoi...
C'est pas grave,
c'est comme ça.
C'est juste dommage, avant on était amis.
Ça va toi ?
Ça va. Les choses bougent.
Je vois quelqu'un, c'est sérieux.
Sérieux genre,
on va se marier.
C'est bien.
T'es heureuse, alors.
Bon et toi Médé, la fac, ça va, ça dit quoi ?
Ça va. Y a que des filles par contre.
Ah ouais ?
Vas-y, raconte !
Sophistiquées, élégantes,
bourgeoises,
des blondes, des rousses...
Il paraît qu'on t'a vu sortir de la gare avec Malika !
Vous bossez avec BFM, en fait ?
T'as niqué ma vision, Krimo.
J'étais dans le XVle avec les stagiaires,
elles criaient "Saidou, Saidou !"
Et là, tu parles de Malika du CDI !
Une épouse parfaite pour Médé.
Solide, halal.
- Elle a trouvé, je crois. - Tu l'as pas touchée !
- Optimise l'espace au fond. - T'inquiète !
Médé, viens voir.
C'est normal, tu sais plus ce qui se passe au quartier.
Il se passe quoi ?
Je ne vais pas te prendre la tête avec ça.
Dis-moi, y a quoi ?
Si c'est pas moi qui vais te le dire...
C'est Dalila. Il se raconte des trucs sur elle.
Des trucs ? Quels trucs ?
Il paraît qu'elle sort avec Bilal.
C'est pas un mauvais bougre t'as vu,
mais elle est pas discrète.
Bilal c'est rien t'inquiète.
T'as pas capté. Les gens parlent au quartier.
La petite sœur de Médé a fait ci, ça. Faut que ça s'arrête, frérot.
C'est ta réputation. Et la mienne aussi derrière.
Les gens, ils te traitent de parisien.
Vous voulez des chouquettes ? Aidez-moi.
On arrive. Deux minutes !
T'as compris ?
J'ai gagné !
- Salut, ça va ? - Ça va et toi ?
- T'as triché ! - Je suis plus forte.
- Mais n'importe quoi ! - Mais si !
- Léa est en cours avec nous. - Salut.
Elle aussi, elle ne connaît pas bien Paris...
Oui, bah c'est par là.
En route pour la visite guidée, alors !
"Saha" on peut le dire pour l'alcool ?
Ouais, ça peut marcher.
Mais nous on dit plutôt "à ta santé", "cheers"
ou "nasdrovia",
tu vois ?
C'est par là, venez.
Les mousquetaires c'était des malades,
quand il y avait une embrouille, c'était des duels.
C'est pas des embrouilles de merde.
- Et même la drague. - C'était classe.
Il y avait plus de classe, de charme.
Tu vois, regarde téma le mec.
Bonsoir, gentilhomme plein de charme.
Bonsoir, gentes demoiselles pleines de charme !
Ah, tu vois !
- Voilà ! - Magnifiques !
Vous faites quoi ?
- Je vais voir un pote... - Tu vois pas qu'elles sont avec moi ?
Bah non. T'es pas là...
Pourquoi tu me tutoies ? Dégage.
- T'es un ouf... - Je t'ai dit de dégager !
- C'est votre pote, lui ? - Casse-toi !
Ok, mon gars !
- Laisse tomber ! - Dégage !
OK, bah écoutez, les meufs, bonne soirée.
- Tu cherches quoi ? Bouge. - Amusez-vous bien.
Faut se détendre ! Tu vas te faire du mal.
Dégage ! Toi tu laisses faire ?
Il a rien fait, en fait.
Pourquoi tu réagis comme ça ?
Il aurait pu te faire du mal.
Je suis grande ! Arrête de faire ton zimigri.
Arrête avec ça.
Désolée, mais c'est vrai.
- Et tu me juges en plus. - Je te juge pas.
Si, un peu quand même.
Tu vas pas nous laisser là, on sait pas où on est.
- Putain, mais non ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
Putain, sa mère.
J'ai envoyé à Maxence le texto pour Julien.
Je suis vraiment une boloss, truc de ouf !
- T'es trop douée. - En vrai, c'est passe-partout.
T'es pas hyper réglo avec eux.
C'est bon, c'est pas hyper sérieux.
- C'est des coups, quoi. - Des coups de cœurs plutôt.
Voilà !
Je sais pas du tout chez qui je vais dormir ce soir entre les deux.
- Chez toi c'est mieux, non ? - Non.
Ça dépend. Le meilleur au lit, c'est qui ?
Franchement, je sais pas.
Déjà l'autre fois, j'étais avec Julien,
et genre, on était en train de baiser,
et là il me fait genre "ça va ?".
Je dormais !
- Non ! - Je m'étais endormie.
- Ça m'a réveillée. - La honte !
C'est le missionnaire, ça me va pas. Je suis allongée, je me fais chier !
Si tu veux bien dormir, tu sais où aller.
Voilà.
En vrai, il a la peau douce, il sent bon, il est chou.
C'est pour ça, ça m'a... Je tombe direct !
Ça va mieux !
Tu peux venir m'aider ?
Ça s'est coincé !
- Ça s'est pris dedans ? - Ouais.
Merci, je suis vraiment désolée.
T'inquiète !
Je vais t'aider à descendre.
Attention à ta veste.
J'ai un peu mal ici.
Ça s'est déchiré.
- Si j'appuie, ça te fait mal ? - Ça me fait mal !
- Ça va pas ? - Je vais rentrer.
- On te raccompagne. - C'est bon, j'ai l'habitude.
- T'es sûre ? - Oui, c'est bon.
- Fais attention à toi ! - T'es sûre que ça va ?
- On marche un peu ? - Ouais, ouais.
Bienvenue.
T'as vu, c'est tout petit.
- Les toilettes ? - C'est sur le palier.
À gauche et à droite. Ça sera la seule porte en face de toi.
Fais attention.
Attention.
Ah ouais !
C'est ta petite cachette.
C'est mon petit paradis.
- Tiens. - C'est cool.
Merci.
- Ça t'embête si je fume un joint ? - Non, vas-y.
Tu vois l'homme en face, là ?
Il est insomniaque.
Et ce qui est marrant, c'est que la dame à côté, tu la vois ?
Elle regarde toujours la même chose que lui.
Y a juste une pièce qui les sépare.
Ouais.
Au bout de deux mois,
j'ai compris que c'était le même appart.
Je peux ?
Merci.
On n'est pas obligés d'aller aussi vite.
Y a quoi ?
On en a envie tous les deux.
Tu t'en vas ?
Je dois faire des trucs tôt demain.
Dalila ?
Putain !
- T'as fait quoi ? - J'ai pas fait mon devoir.
- Juste t'as pas fait ton devoir. - Il m'a mis un mot.
- Vous foutez le bordel. - T'es sage, toi ?
- J'ai rien fait. - Dalila !
J'arrive. Les darons vont bien ?
- T'as dormi où ? - Quoi ?
- T'as dormi où ? - Ça va pas ?
- Réponds ! - Je vais t'expliquer.
T'as pensé à la famille ?
- Arrête de m'afficher. - Si maman l'apprend.
Arrête, qu'est-ce que tu fais ? Vas-y lâche-moi.
T'es malade ?
Ça dure depuis quand ?
J'ai rien fait de mal.
- Et ta réputation ? - Je suis discrète.
Tout le monde en parle !
- Tu fais ce que tu veux. - C'est pas pareil.
Vas-y, bouge. Lâche-moi.
- T'étais où ? - Arrête !
- T'étais où ? - J'étais obligée.
Comment ça ?
T'étais avec Bilal ! On va aller le voir.
Vous allez faire quoi ? Vas-y dis-moi !
Tu traînes les rats et tu me parles de ça ?
Je fais ce que je veux !
Bouge maintenant, tu m'as soûlée !
Certains n'arrivent toujours pas à faire un plan.
- Mlle Farah Kallel ? - C'est moi.
Il faut partir du texte et pas inventer des idées farfelues.
J'ai pas l'habitude de faire des commentaires de texte.
En Tunisie on fait pas de...
Sarah Vincent ? Plus d'efforts ne seraient pas superflus,
mais c'est bien.
Léa Philippon ?
C'est un brin original, mais correct.
Léa Philippon ?
Non, pas là.
Ahmed Ouannas ?
C'est simple, c'est sobre, efficace.
C'est conventionnel, pourtant.
- C'est ce qu'on vous demande. - Du formatage.
Maîtrisez la forme et vous pourrez imaginer ensuite.
Rose Petit ? Les idées sont bonnes, mais gagnez en confiance.
Théophile Sesmat ?
Insuffisant.
Bonne semaine à tous.
Pensez bien à relire "Les Orientales".
Et n'oubliez pas votre livre !
Bonne semaine.
M. Ouannas, il faut que je vous parle.
Vous n'êtes toujours pas inscrit à un exposé.
- Je suis pas à l'aise à l'oral. - Tout le monde doit y passer.
Donc là il me reste une place juste avant Noël.
Je vous enverrai les textes au choix.
On compte sur vous pour nous sortir du formatage.
Elle te voulait quoi ?
Que je fasse un exposé.
T'as oublié ça.
Ah c'est vrai.
Merci.
De rien.
Tu sais, si c'est nouveau pour toi,
on peut prendre le temps.
Nouveau pour moi ?
Enfin ça ne me dérange pas.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Qu'est-ce que tu dis ?
Non, mais attends, attends. Attends-moi.
Attends !
- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? - Rien.
J'avais des trucs à faire.
Des trucs à faire ?
T'avais des trucs à faire ?
Je vais aller par là.
Donc on fait quoi ?
Ça change rien.
Ça veut dire quoi "ça change rien" ?
On est potes.
OK, cool.
Salut.
"Donne-moi seulement ta main, et ensuite je m'en irai.
"Elle lui donna sa main qu'il posa sur son cœur. Puis il partit.
"Il faudra que j'eusse embrassé ce corps,
"avant que tu sois mienne.
"Donne-moi seulement ta main et ensuite je m'en irai."
Il faut mettre le belgün sur le belstagen.
La planche A sur la B.
Y a pas de planche A et B.
C'est ça dans ça.
Attention.
- On fait quoi pour l'EVG ? - L'EVG ?
L'EVG à Karim.
Tu sais quoi, je dis on va à Amsterdam, quartier rouge,
un petit tour de vélo...
T'inquiète, c'est moi qui paie pour nous tous.
Tu veux payer pour ta première fois ?
Si tu veux mourir puceau, c'est ton problème.
J'y vais pas.
Vas-y...
Tu fais quoi, là ?
- Tu me la tiens de travers. - Je la tiens droit, regarde.
Non, elle est pas droite déjà. Mets-la droit...
- Je l'ai mis droit. - S'il te plaît.
- Regarde. - Voilà.
"Si tu lui apportais ô l'ami, mon bonjour,
"Ployant sous le chagrin, elle fondrait en larmes,
"Et le secret amour de son cœur en alarme,
"Éperdu d'un seul mot de moi, viendrait au jour
"Amour pur..."
Elle était tellement belle, elle a des yeux perçants.
Ses cheveux... Tu lui ressembles.
Ah ouais ? C'est gentil.
Elle avait une présence, c'était incroyable.
Pardon.
On n'a rien commandé.
Vendredi, on offre le couscous.
Bah merci !
C'est pas comme en Tunisie, la graine cuit pas dans la sauce ?
- C'est algérien ? - J'en sais rien.
- Merci. - Merci beaucoup.
T'es pas algérien ?
Certains rebeus font pas le couscous.
Ouais, c'est clair.
On fait pas de blanquette non plus chez moi.
Vous vous connaissez comment ?
On a grandi ensemble dans le même bled, en Bourgogne,
ça fait très longtemps qu'on se connaît.
Mes parents sont partis à Paris, on s'est perdus de vue.
- Il m'a abandonnée ! - Voilà.
- Vous vous êtes retrouvés. - C'est ouf, d'ailleurs.
Et Damien s'est incrusté ce soir parce qu'il est très intéressé, attiré
par tout ce qui tourne autour de l'Orient.
Tu vois ce que je veux dire ?
- C'est vrai ! - Oui, c'est vrai.
Il adore le couscous.
Ça fait plaisir, devant une si belle femme.
Merci beaucoup.
Je te sers des légumes ?
Y a plein de trucs, genre ça se trouve il est impuissant
ou éjaculateur précoce ? C'est horrible.
Putain...
Tu complexes de ouf avec ça.
Si ça se trouve, il est puceau.
Ça n'arrive qu'à moi en fait.
Ou peut-être c'est un homo refoulé. Ça veut dire il est... C'est possible !
- Un homo ? - Bah je sais pas...
Il se peut...
Une petite bite ?
Salut.
Tu fais quoi là ?
L'exposé, t'as eu une bonne note ? J'ai besoin de conseils.
Tu veux bien m'aider ?
Ma technique à moi, c'est d'apprendre par cœur.
Comme ça, je regarde les gens. C'est intéressant.
Il faut toujours que tu sois en contact avec eux, tu vois ?
- Quoi ? - J'y arriverai jamais... Non.
Pourquoi tu dis ça ? Franchement.
T'as rien à perdre, tu réfléchis trop.
T'as rien à perdre. Essaie au moins.
C'est plus facile à dire qu'à faire.
T'as peur de quoi ?
Les autres ça va les intéresser, ce que tu vas dire.
De quoi t'as peur ?
Pour une fois, faut que t'essaies d'aller...
au bout des choses, quoi.
Quel rapport ?
Moi, j'ai lu ton commentaire.
Explique-moi ton premier axe.
- Mon premier axe ? - Oui.
Je sais pas, j'ai...
J'ai cherché une idée, c'est la première qui m'est venue.
Pourquoi ?
La première idée, c'est pas forcément la meilleure.
Il faut que tu voies si elle marche avec tout.
Il faut que tu lises plusieurs fois avant de commencer.
Ouais, t'as tout à fait raison.
J'ai envie d'aller vite, c'est sûrement pour ça.
Bah oui. Ça gâche tout.
C'est bien aussi de savoir, des fois, prendre son temps.
C'est bon, j'ai compris.
Tu sors avec Damien ?
- Bof. - Comment ça "bof" ?
Bah, on s'est rapprochés.
Il est collant, mais il est mignon.
Il est cool.
Il m'a invitée pour Noël.
N'y va pas si tu l'apprécies pas.
J'ai jamais dit ça.
J'ai jamais dit ça. C'est juste que...
j'ai pas envie de rester seule le soir de Noël.
C'est un peu nul comme plan.
Je t'aurais bien proposé de venir chez moi,
mais chez nous, on fait juste un petit dîner,
c'est pas incroyable.
Ah ouais ?
Mais c'est super ça.
Je préfère clairement venir chez toi.
Oui, c'est parfait.
J'annule si tu préfères.
Mais non écoute, ça se fait pas. Puis tounssiya, c'est bien.
- C'est juste une amie, maman. - Bien sûr.
Si, y a rien du tout avec elle.
Pas à ta maman quand même.
Tu sais que moi, je suis d'Annaba.
C'est juste à côté de la Tunisie, donc c'est la même chose.
Et après elle va pas rentrer, elle va dormir dans la chambre à Dalila.
De quoi Dalila ?
Ahmed ramène sa copine et elle dormira dans ta chambre.
Elle dort pas dans ma chambre.
Pas le soir de Noël !
Si. Tu sais,
je me sens responsable vis-à-vis de ses parents.
C'est toujours moi qui dors sur le canapé.
Toi ça va, t'invites une meuf à la maison ?
Et elle a pas de parents ? Elle a personne ?
Mais si, mais ils sont en Tunisie.
Ça va, c'est la fête !
En conclusion, je souhaitais évoquer la fin du poète.
Le mythe raconte
qu'après avoir consacré sa poésie et sa vie à Layla,
Majnoun, le fou donc,
a reçu la visite de celle-ci.
Son mari venait de mourir.
Elle était libre de ce qui les avait empêchés d'être ensemble.
Vous avez fait le plus difficile et on vous entend à peine.
Donc ne nous privez pas de ces délices et élevez la voix,
du moins pour votre conclusion.
Donc Majnoun reçoit la visite de Layla.
C'est la femme dont il rêve.
Tous ses poèmes lui sont consacrés
et elle vient s'offrir à lui.
Plus rien les empêche d'être ensemble.
Pourtant, Majnoun refuse de la voir.
Pourquoi ?
Cet épisode nous semble significatif.
On voit à quel point l'objet chanté et désiré,
ne tend pas à devenir concret,
mais à être source de poésie.
C'est en restant fantasme qu'elle est poétique et quasi divine.
Si cette histoire rappelle le modèle classique
dans la littérature occidentale
de deux amants empêchés de vivre leur amour,
il y a ici une différence fondamentale :
c'est le poète-amoureux lui-même
qui refuse de vivre charnellement son amour.
Pour Majnoun, la poésie naît de l'empêchement.
Layla doit rester une muse.
La réalité sera forcément décevante.
Vivre leur histoire la rabaisserait.
Dans la poésie arabe, les poètes meurent par chagrin d'amour.
Leur seul obstacle :
eux-mêmes.
L'amour pur peut-il être consommé ?
Doit-il l'être ?
La question reste ouverte.
Merci, M. Ouannas.
Vous avez fait des recherches.
En revanche, votre théorie privilégie une version du mythe.
N'oubliez pas que d'autres courants coexistaient
et chantaient les plaisirs de la chair.
Mais beau travail, merci.
Bonnes vacances à tous,
et travaillez bien vos partiels.
La Tunisie a toujours été un pays moderne.
Avec Bourguiba et surtout pour les droits de la femme.
Après on ne parlait pas. Bourguiba avait déjà tout muselé.
C'est pour ça que la révolution a surpris en Algérie.
Après voilà, c'est un long processus.
Est-ce qu'il va y avoir une relève digne de ce nom ?
Franchement, moi j'ai des doutes.
C'est comme chez nous,
personne n'a une véritable vision pour le pays.
Les gens ont en marre, tout est défaillant.
C'est de plus en plus dur. Heureusement que la société est là.
C'est pas dur d'être loin ?
Ça me fait plus du bien qu'autre chose.
J'ai envie d'intégrer une bonne école de journalisme,
c'est bien de faire la Sorbonne.
Moi aussi, j'étais journaliste.
Ah, je savais pas.
On a dû quitter l'Algérie à cause de la menace.
Et je me retrouve ici,
moins que rien.
Ou plutôt un chômeur de plus. C'est ça.
J'aurais préféré mourir là-bas.
Ta maman ne te manque pas trop ?
Si elle me manque, mais on s'appelle beaucoup.
Elle est contente que je sois ici.
Elle veut même pas que je revienne
parce qu'elle pense qu'il n'y a pas d'avenir.
Ah d'accord.
Mon espoir, c'est mon fils.
Petit, il inventait des histoires.
Peut-être qu'il sera écrivain.
L'Algérie a une belle littérature.
C'est vrai.
Ici, on s'en fout des meufs.
- C'est pas les filles... - Arrête.
S'il y en a une qui doit réussir, c'est toi.
T'es trop forte.
Ça va t'as fini, le fayot ?
C'est pas facile, mais toi, tu te laisses pas faire.
Pour les mecs, ça se voit moins.
- On va pas vous plaindre ! - Grave !
Ça m'a fait trop plaisir, leurs cadeaux.
C'est normal.
Attends, je reviens.
Oh, mais t'es chou là !
- J'aurais dû les enlever. - Non, c'est mignon !
Tu veux vraiment que je le lise.
C'est juste que je trouve qu'il est très moderne.
C'est beau !
"L'Étranger", "Discours de Suède"...
"Pour te faire découvrir ce que j'aime. Ahmed."
Tu m'as pas dit que t'écris.
Je sais pas pourquoi il a dit ça.
Ça m'a toujours fasciné que ce soit écrit à l'envers.
À l'envers ? Pourquoi ça serait à l'envers ?
Pour moi, c'est à l'endroit.
Alors c'est écrit : "Pour Ahmed Ouannas,
"promis à une somptueuse carrière d'écrivain."
Médé ?
Faut qu'on la rejoigne, on a une tradition à Noël.
- Médé bouge, ça commence ! - On arrive !
C'est mon moment préféré.
Trop drôle.
- T'aimes bien ? - Ouais, c'est drôle.
"Le regard langoureux connecte une âme à une autre.
"Les baisers servent d'intermédiaire entre le membre et la vulve.
"On prétend que le baiser fait partie intégrante du coït.
"Le meilleur baiser est celui déposé sur les lèvres humides,
"avec un sucement des lèvres et de la langue,
"qui provoque, de celle-ci principalement,
"l'émission d'une salive douce.
"C'est à l'homme à amener cette émission chez la femme,
"par un mordillement léger,
"moelleux
"et délicat,
"et qu'enfin
"au moment où la langue en éprouve l'effet,
"elle sécrète une salive particulière,
"douce,
"exquise,
"plus agréable que le miel délayé dans l'eau pure,
"qui ne se mélange pas avec la salive...
"Lorsque je l'ai baisée,
"j'ai bu dans sa bouche.
"Le baiser doit être sonore.
"Son bruit léger prendra naissance
"entre la langue et le bord du palais lubrifié."
Tu veux quoi, là ?
Putain. T'es con, tu m'as fait flipper !
Regarde ce que j'ai acheté.
- Tu l'as achetée ? - Eh ouais.
Je t'attendais. Monte, je t'emmène.
- Non, j'ai pas besoin. - Comment ça ? C'est le 31.
Ah ouais, non !
Non, le gars est beau quoi !
Tu vas à Paris ?
Je t'emmène, j'ai deux casques.
Je te connais, tu t'incrustes, frérot. C'est non.
- Arrête de faire ton fragile. - J'ai dit non.
Je peux parler comme vous.
Ils te connaissent pas.
C'est la meuf de la dernière fois ?
Vous bossez tous chez les keufs, ici.
Tu sais quoi, vas-y.
Va faire tes trucs de ton côté, je m'en fous.
- Tout ce que j'ai fait pour toi... - Quoi ?
Va à ta soirée, espèce de collabo.
T'es qu'un traître, en fait.
En plus tu pars ?
Il pleut, y a rien à faire.
- T'as pas du feu, s'il te plaît ? - Non.
Ils ont peur de nous ?
- Ils nous prennent pour des zonards. - Tu crois ?
C'est des rebeus aussi.
Pas comme ceux que je connais.
C'est pas des vrais rebeus.
On dirait des bounty.
Vingt ans en 2020 !
Tu bois ?
T'as voulu venir, tu la fermes.
- Léa, je te présente Saidou. - Salut.
Je te sers ?
Grave.
Vous êtes là depuis quand ?
Une demi-heure.
- C'est du punch. - Cool, merci !
Santé !
Fais attention, il est traître.
- Il est fort hein ? - Il est bien corsé.
Je vais te donner une mission :
si je suis trop bourrée, tu m'amènes un verre d'eau, OK ?
J'ai envie de durer toute la nuit, c'est le nouvel an !
- C'est bon ? Cool, merci ! Santé ! - Ouais.
Santé.
J'adore ta chemise.
Dix, neuf, huit,
sept, six,
cinq, quatre, trois ! Deux ! Un !
Bonne année !
Tu t'en vas ?
- Tu t'en vas ? - Ouais.
- J'ai envie de rentrer... - Il se passe quoi ?
T'es sérieux là ? Tu te fous de moi ?
J'ai tenté de t'embrasser et tu vérifies qu'on te regarde pas.
Tu trouves ça normal ?
C'est normal ?
C'est tes potes aussi, ils sont racistes, y a un truc.
Ils me font sentir que je suis différent.
Je les connais à peine, tu le sais très bien.
De toute façon, t'es tout le temps fermé,
tu te braques...
Je voulais t'aider, mais je peux rien pour toi.
- M'aider ? - Oui.
M'aider pour quoi ?
Tu sais quoi, reste là où t'es, tant pis pour toi.
- Pourquoi tu réagis comme ça ? - Bonne année, les amoureux !
Pourquoi tu réagis comme ça ?
T'es sérieux là ?
Pourquoi je réagis comme ça ?
Parce que je suis amoureuse de toi, tu vois pas ça ?
Tu vois pas ! Arrête, recule.
Je veux pas de quelqu'un qui sait pas ce qu'il veut.
Si tu crois que j'ai eu plein de mecs, c'est faux.
Un seul, c'est tout.
Arrête.
C'est fou, ça me rachète. T'es incroyable.
Écoute,
on s'arrête là. Je ne veux plus rien du tout.
Pas d'amis, rien du tout.
C'est juste que j'en peux plus...
Allez-y, installez-vous.
Installez-vous rapidement, l'examen va commencer.
C'est bon, vous pouvez commencer.
Vous avez deux heures.
Bon travail.
M. Ouannas, vous savez ce que ça implique ?
Vous avez pas bougé ou quoi ?
Médé, t'es pas en cours ?
Il s'est fait tej de Paname, ce ouf.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Ils veulent plus de lui. Regarde-le.
Il donne plus de nouvelles, il a disparu pendant deux mois au moins.
Truc de ouf. Paris ça rend fou, ça change !
Regarde comment il s'habille !
- Vous êtes des bons à rien. - Il rigole !
- Vous servez à rien ! - Ferme-la.
- Vous servez à rien ! - On est pareils !
- T'es dingue ? - Je m'en fous !
Déjà pourquoi t'es pas à la fac ?
Je te parle !
- C'est pas pour moi. - Pour faire quoi ?
C'est pour toi là, t'es prof, t'as des vacances scolaires.
C'est à cause de Farah ?
Léa m'a dit que Farah, elle te kiffe.
- Tu sors avec Léa ? - Bah ouais.
- T'es con en fait. - Pourquoi ?
Elle se tape tout le monde !
C'est ça qui est bon. La go, elle a de l'expérience.
Elle commence à venir, elle me fait des bisous,
j'étais pas prêt, moi !
- T'es pas content pour moi ? - C'est super.
Depuis le temps que tu nous casses les couilles.
Farah, Farah, Farah...
Le stress du moindre mot, l'attention du moindre geste.
Le moindre geste,
tension et sourire béat. À en crever.
Plus rien qu'un être idiot qui rabâche des idioties.
Plus rien qu'une peau qui appelle ta poésie.
Tendus, nous sommes vers autre chose.
Tension et tension.
Tension et rien.
Tout est bêtise, tant qu'on ne s'embrassera pas.
Tout est idiot, tant qu'on ne se touchera pas.
Et toujours rien.
Mais des moments de grâce aussi :
le temps passé avec toi.
Un échange qui me suffit qui te suffit qui nous unit.
Regard évité, regard croisé, croisé baissé de l'impatience.
Peux plus mentir, devrais rien te dire. Envie de toi.
Mais je fuirai, envie de toi.
J'attends que tu me rattrapes.
Je fuis, mais tu ne me rattrapes pas.
Farah. Farah. Farah.
Envie de toi, mais je fuirai. Envie de toi et je fuis et je fuis.
J'attends que tu me rattrapes.
Je fuis, mais tu me rattrapes pas, tu ne me rattrapes pas.
Farah. Farah. Farah.
Médé ?
Médé, t'es mort ou quoi ?
T'es sérieux là, tu dors ?
- Papa 2, on glande ? - Sors.
Allez, réveille-toi là !
Debout, il est tard.
Qu'est-ce que t'as ?
Les mecs, vous êtes vraiment faibles.
Il en faut peu pour vous déprimer.
Réveille-toi !
T'as raison, les gars galèrent. Tu peux sortir, s'il te plaît ?
Non. Qu'est-ce qu'il y a ? Dis-moi.
Ça me rend vraiment triste de te voir comme ça.
Si tu veux, je peux te donner des conseils.
Tu dis tout à ta sœur ?
Vas-y, bouge.
Allez, Ahmed !
Je vais regarder un film si tu veux.
- Je prends l'ordi. - Non !
- Tu fais quoi ? - Donne !
- Doucement, taureau. - Déjà retire ta main.
- Tu veux quoi ? - Donne.
Allez-y, je vous écoute.
Désolé de pas avoir passé le partiel. J'ai pas pu faire autrement.
Donnez-moi une deuxième chance.
Vous avez une bonne raison ?
Oui.
- Mais c'est personnel. - C'est un peu facile.
Vous repasserez ma matière l'an prochain.
Si je valide pas, j'ai pas ma bourse.
Vos camarades vous ont vu partir, je ne vais pas vous privilégier.
Faut se battre un peu plus que ça.
Y a pas de place pour moi.
Votre attitude conforte ceux qui souhaitent votre échec.
C'est dommage.
- Faouzia, viens voir. - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Viens. - Quoi ?
La révolution est en marche. C'est fini pour eux.
- C'est quand ? - Aujourd'hui.
D'accord.
- Tu connais ce quartier ? - On est en plein centre.
Là, c'est l'artère principale. J'habitais là-bas.
C'était son quartier.
Au fait, tu as reçu une lettre.
Magnifique !
Je me demandais, est-ce que tu lis l'arabe ?
Non. Même pas.
Mais Salima, oui.
Pourquoi tu veux apprendre, inchallah ?
Non.
J'ai un poème que j'aimerais traduire.
Je peux lui demander, si tu veux.
Je sais pas exactement ce qu'il y a dedans.
Y a moyen qu'il y ait des trucs un peu...
un peu érotique, tu vois.
C'est pas sûr, mais...
Un poème arabe érotique ?
Oui.
C'est des textes du Xe siècle.
Pourquoi tu veux traduire ça ?
Pour mes cours.
Comme par hasard.
C'est l'image qu'ils veulent montrer de nous ?
J'ai réagi exactement comme toi au début.
Mais en fait les arabes d'avant,
ils avaient des manuels,
ils prônaient la jouissance, l'ivresse...
Les seuls qui lisent l'arabe ici,
c'est Salima, mon père et l'imam.
Arrête de rigoler, c'est pas drôle.
C'est pas dingue qu'on connaisse pas notre culture ?
Mais c'est pas notre culture ça, arrête.
Si, justement.
T'es vraiment en train de changer, c'est un truc de ouf.
Je change...
T'es heureux, toi ?
Vraiment heureux.
Bah oui.
J'ai un métier,
j'ai un projet,
avec le mariage en plus, bah oui.
Je sais pas...
T'as pas l'impression d'avoir acheté
la vie parfaite du rebeu en kit, tu vois.
T'es pile à ta place,
tu fais pas de bruit, tu bouges pas,
dans la case qu'on t'a donnée...
T'es venu ici pour m'insulter ?
Ça y est, t'es devenu blanc ?
Non, pas du tout.
Pourquoi tu dis ça ?
Sors de chez moi.
Je pensais qu'on pouvait discuter.
Sors, je t'ai dit.
Sors de chez moi !
T'as lu tout ça ?
La plupart.
Vous nous avez pas appris l'arabe.
Ça ne vous aurait servi à rien.
C'était à toi de décider ça ?
Tu t'es mis à l'écart de tout,
même de nous.
Tiens, approche. Assis-toi.
Tiens, viens-là.
Quand on est arrivés,
y avait du travail dans les métiers durs, physiques.
J'ai choisi de ne pas le faire.
C'est douloureux de pas trouver sa place.
J'ai juste préféré garder ça pour moi.
Tu sais, tu peux toujours apprendre, c'est pas trop tard.
Déjà petit, je te parlais en arabe et tu comprenais bien.
T'as lu l'ancienne poésie arabe ?
Oui.
Y a des trucs un peu...
Un peu quoi ?
Un peu osés, non ?
Allez...
C'est bien ! C'était la belle époque.
Tu pourrais traduire ça ?
Oui, il souffre là, l'amoureux.
"Les nuages sont de mes yeux tourments, les disciples
"Abreuvant l'univers d'une pluie monotone
"Et cette nuit, en pleurs, me consolera-t-elle de toi demain ?
"Ou, en veille, me tiendra-t-elle compagnie ?
"Car si elle dissipe les ténèbres,
"Le sommeil ne saura clore mes paupières.
"Je ne sais plus le chemin de la lumière,
"En chaque instant s'accroît l'insomnie
"Comme si la nuée voilait l'éclat des astres
"Aux regards qui voudraient les contempler.
"Tel ton amour, au fond de mon âme,
"Ô mon désir invisible, ne se laisse déchiffrer."
Sous-titrage TITRAFILM
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