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Musique mélancolique
...
Musique mélancolique
...
Musique dramatique et mélancolique
...
...
...
-En cette année-là ,
les bancs de Terre-Neuve avaient connu
PrĂšs de 3 mois sans voir plus loin
Malgré ces cloches de brume,
une goélette égarait parfois
et remettait Ă Dieu et Ă diable
Musique dramatique et mélancolique
...
Un marin tousse.
...
-Oh !
Oh !
-Au travail, nom de Dieu ! Bon, Ă vos postes !
De quel bateau vous ĂȘtes ?
-Goélette Fernande.
-On s'est perdus depuis 4 jours.
Moi, c'est Louis Ollivier. Lui, c'est Neel Auguste.
-Embarquez.
Musique oppressante
...
...
...
-Louis ! Louis !
...
-L'énoncé des faits authentiques
repose au greffe
...
Rires des marins
...
Brouhaha et rires
...
-Hop ! Hop ! Hop ! Hop ! Hop ! Hop !
...
...
Gras, je te dis. Le pĂšre Coupard, c'est un gras !
-Gros !
C'est ce qu'on va voir.
...
-Gras, je te dis ! C'est un gras !
-Pas gras ! Pas maigre, mais pas gras !
-Gras !
Louis et Neel rient.
Chut !
Croassements
...
Ils rigolent.
...
-Tu vois bien qu'il est gros.
Ils frappent.
-Qui est lĂ ?
Ils frappent.
Louis et Neel rigolent.
...
Qui est lĂ ?
Croassements
-Gras !
-Gros !
-Gras !
-Gros !
-Gras !
-Gros !
-Gras !
-Gras !
-Gros !
...
Coup de canon
-Parés !
Hennissements
Efforts
Hissez !
Efforts
...
Hennissements
-Hissoir bloqué !
Brouhaha
...
-Amenez !
-Allez-y doucement, lĂ !
Hennissements
Tintement du métal de la poulie
-Attention, poussez-le !
...
Hennissements
Tintement du métal de la poulie
...
Brouhaha
...
-Depuis le temps que tu l'attendais.
Il est trĂšs beau.
-Il a l'air d'aimer tes mains.
Tu auras moins de temps pour moi.
-Tu es jalouse ?
-Ăvidemment que je suis jalouse.
-Oh, tant mieux. Ăa te va bien.
-Capitaine ? On a saisi les assassins de l'Ăźle aux Chiens,
ceux qui ont tranché Coupard.
Bonjour, Mme La.
-OĂč sont-ils ?
-Sur le ponton, lĂ -bas.
-Comment ont-ils pu faire cette horreur ?
Tu vas les mettre en cellule ?
-Pourquoi ont-ils fait ça ?
Brouhaha de la foule
...
Musique triste
...
Musique symphonique triste
...
-Neel Auguste, vous m'entendez ?
-J'entends.
-Dites "monsieur le président" et levez-vous pour répondre.
-Monsieur le président.
-Qui a eu l'idée d'aller à l'ßle aux Chiens ? C'est vous ?
-Possible.
-C'est plutĂŽt moi, vu que j'y loge.
-Levez-vous, Louis Ollivier. Parlez plus fort.
On vous a vu au café du Nord. Il était...
Alors, il était ?
-Exactement, 10 h environ.
M. le président.
-Chut !
-Vous ĂȘtes entrĂ©s par la porte chez Coupard ?
-Non, M. le président, c'est lui qui est sorti.
-Il devait pas ĂȘtre rassurĂ©,
-Il avait son couteau quand mĂȘme.
Non, restez debout. Coupard avait
son couteau Ă la main ?
-C'est à Neel ou moi de répondre ?
-Vous, Louis Ollivier.
-Oui, il l'avait.
-Qu'avez-vous fait ?
-Pourquoi ?
Pourquoi derriĂšre lui ?
-Pour... Pour le tenir, M. le président.
-Donc, Louis Ollivier tient Coupard.
Et vous, Neel, vous étiez devant ?
Oui ? Vous aviez peur de son couteau ?
-Non. J'ai tapé sur son bras.
-Montrez-nous.
-Comme ça.
-Le couteau a dĂ» tomber.
L'avez-vous ramassé ?
-Bien sûr.
Pourquoi l'avez-vous ramassé ?
-On ne laisse pas un couteau par terre.
Murmures
(-Demandez-lui s'il l'a relùché.)
-Louis, vous avez relùché
qui était désarmé ?
-Il l'a relùché aprÚs.
-AprĂšs le...
coup de couteau.
-Nous y voilĂ .
Quel coup de couteau ?
-Vous savez bien, monsieur, celui que je lui... ai mis au pĂšre Coupard.
-Un seul coup de couteau ?
-Je ne sais pas. Je ne sais pas.
Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Musique dramatique
...
...
...
-Debout, Neel Auguste.
Vous devez rester debout !
Mme La rit.
-Comment s'appelle-t-il ?
-Je ne sais pas, il refuse de répondre.
-Faut lui donner un nom.
-Euh... Morue Salée.
Il rit.
-TrÚs sérieuse. Tu n'aimes pas ?
-Si, si, beaucoup. Morue Salée, c'est merveilleux.
Rires
Musique douce
...
Tu n'aimes pas ce cheval.
-Tu te trompes.
S'il te plaĂźt, il me plaĂźt.
Tout ce qui te plaĂźt, me plaĂźt.
C'est comme ça. Tu n'y peux rien.
...
Les 2 assassins, qu'est-ce qu'ils risquent ?
-Le pire.
-La guillotine ?
...
-Neel Auguste et Louis Ollivier,
si vous voulez qu'on en finisse, dites-nous
pourquoi vous avez essayé
Pourquoi vouliez-vous le découper ?
-Pour voir s'il était gras. Juste pour voir s'il était gras.
-On voulait voir... s'il était gros ou gras !
Gros ou gras !
Brouhaha dans l'assistance
...
-Délibérations !
Madame La chantonne.
...
-Ăa y est, ils ont jugĂ© les assassins !
Neel Auguste va ĂȘtre raccourci
Ăa y est, ils ont jugĂ© les assassins !
Neel Auguste va ĂȘtre raccourci
Musique triste
Brouhaha du café
Neel, on va lui couper la tĂȘte ! Pour Louis Ollivier, le bagne !
-On est en république.
Quand quelqu'un tue, la République le tue.
-Vous ĂȘtes volontaire pour faire bourreau, M. le chef des douanes ?
-Ah non, certainement pas. Pas moi.
Musique triste
...
...
...
La porte claque.
MartĂšlement des pas
...
-Allez !
Fouet
Ouvrez la porte.
Sabots des chevaux
...
Poussez-vous.
Ăcartez-vous ! Ăcartez-vous !
Craquement des roues de la charrette
...
...
Les cailloux s'entrechoquent.
...
Craquement des roues de la charrette
...
Hennissements des chevaux
Petits cris de Neel et Louis
...
Hennissement des chevaux
...
-Ho ! Ho ! Ho !
Ho ! Ho ! Ho ! Ho !
Fracas
Musique triste
...
-Louis ?
Louis ?
...
Louis ? Louis ?
...
Dommage que c'est pas moi.
...
Madame La chantonne.
...
Le portail s'ouvre.
Musique triste
-Oh !
...
...
Tu as vu ?
-Quoi ?
-Il est mieux caché dans le noir.
...
-Hum...
...
-Je veux bien la trancher votre tĂȘte. Mais comment ?
Nous n'avons ni échafaud, ni bourreau.
Si nous sommes incapables de raccourcir cette brute,
de quoi aurai-je l'air ?
-Excusez, gouverneur,
mais ne peut-on faire venir une Veuve et un exécuteur de Paris ?
Ă la Martinique, ils...
-La RĂ©publique se fout de nos Ăźles Ă morues. Ăa traĂźnera.
-Si Paris veut de la justice, qu'ils nous en donnent les moyens !
Ce docteur Guillotin nous a mis dans la merde avec sa Veuve.
Excusez-moi, mais avant, on pendait, on fusillait, on écartelait.
Maintenant, il faut des bois de justice, un exécuteur !
-Demandons quand mĂȘme Ă Paris.
-Mais ça traßnera ! Demande, réponse, les courriers mettent des mois !
Ce n'est pas pour bientĂŽt que la tĂȘte de cette brute roulera au panier.
Je veux pas ĂȘtre dĂ©rangĂ© en conseil, les enfants.
-On amĂšne une lampe, papa.
-C'est vrai, nous étions dans le noir. Merci.
-Papa, on peut aller voir le bateau de France ?
-Allez-y. Mais dites au sergent d'atteler couvert, il va pleuvoir.
-Merci, papa. On lui dira.
-Alors ? Pas de recours en grĂące ?
Soit. Mais je vous préviens, il faudra raccourcir,
d'une maniĂšre ou d'une autre.
Je ne veux pas passer pour un con aux yeux de mes administrés.
Il soupire.
Un peu de porto, messieurs ?
Il pleut.
Tonnerre
...
-Il regarde mes plantes.
Combien de temps va-t-il rester lĂ Ă attendre qu'on le tue ?
-Je ne sais pas.
Tant qu'il n'y aura ni guillotine, ni bourreau.
-Tu aimes mon nouveau parfum ?
-Alors, il peut attendre des mois, des années.
-Des siĂšcles.
-Il n'y a pas de guillotine, qu'ils le laissent partir.
-Tu as raison. Demain, j'ouvrirai sa cellule et il pourra s'en aller.
-Je ne plaisante pas, Jean.
-Moi, non plus.
L'orage gronde.
...
J'ai l'air de plaisanter ?
...
La porte s'ouvre.
Elle veut te parler.
Ma femme veut te parler.
Mais t'es pas obligé. T'es pas obligé.
Monte, elle t'attend.
Musique dramatique
...
-Bonjour, monsieur.
Entrez. Asseyez-vous.
...
(En riant)
...
Euh... Pa... Parlez entre vous, je... Je vais faire du thé.
-Ma femme veut te demander de faire le jardin.
Enfin, de l'aider avec les fleurs.
Si ça te plaßt pas, tu dis non.
Mais si tu dis oui,
Tu t'y connais en fleurs, toi ?
-N'en parlons plus,
...
La théiÚre se brise.
-Nous n'aurons pas de thé.
Je... Elle a glissé.
Euh... Ce n'est pas Ă vous que...
prennent mal, dans la région.
Il n'y pousse que des mĂąts de bateaux.
Le climat n'est pas...
Bref.
Voulez-vous m'aider Ă faire un jardin dans la cour ?
Une serre, une toute petite serre.
Vous... savez ce que c'est ?
Mais ça fait rien.
-Je vous montrerai.
Je n'ai pas compris
si vous acceptiez de m'aider ou non.
-Si.
-C'est oui ?
-Eh bien ?
-Oui.
-Oh, merci ! Oh, merci vraiment !
Et toi aussi, Jean, merci !
Oh ! Euh... Vou... Voulez-vous manger quelque chose ?
-Non. Non.
-Tu peux t'en aller, alors.
Ah ! Euh...
Tu auras mieux Ă manger,
comme si je te payais.
La capitaine, non plus.
Et si ça marche, les fleurs, la serre, tout ça,
tu auras une lampe
On verra.
Allez.
Cris des oiseaux
...
Musique mélancolique
...
-C'est toi le chat !
Brouhaha
Tu m'attraperas pas !
Elle appuie sur les touches.
-Oh ! Regardez ! Regardez !
Cris admiratifs et applaudissements
-Bravo !
Des bûches de France !
Conversation inaudible
-Vive le gouverneur !
Pardon, les enfants.
-Le capitaine commandant le détachement
daignera-t-il un jour honorer vos dimanches de sa martiale présence ?
-Ne serait-ce pas plutĂŽt la capitaine, dont vous regrettez la contrebande,
M. le chef des douanes ?
-Malheureusement, votre tĂȘte n'est pas promise au couperet de la Veuve.
Et Mme La ne s'intĂ©resse qu'aux cas extrĂȘmes.
Son mari, d'abord et ensuite, l'assassin Neel Auguste.
-à moins que ça ne soit l'inverse.
-Elle s'applique à aider son prochain. Et bénévolement !
-Encore heureux.
Nourri logé, votre assassin devrait-il en plus toucher pour son élargissement ?
Car de fait, c'en est un.
Mon assassin !
Papa, le commissaire de la marine a la langue plus vive que l'esprit.
C'est notre assassin à tous, hélas !
-Permettez !
-Sans rien pour trancher,
le condamnĂ© gardera encore longtemps la tĂȘte au corps.
Mon courrier pour une Veuve et un exécuteur a 3 mois.
LĂ , c'est l'hiver.
Tranchez vous-mĂȘme,
si le cĆur vous en dit.
-Pourquoi l'appelle-t-on Mme La ?
-Pour ne pas l'appeler Mme la capitaine.
Pas dans un pays de marins.
-Mme La... C'est trĂšs bien...
C'est trĂšs astucieux... Madame La !
-Madame La !
Musique triste
...
Pourquoi Mme La a-t-elle quitté le nom d'une grande famille...
pour celui d'un soldat... selon vous ?
-Parce qu'elle est amoureuse, pardi !
C'est une femme au cĆur chaud qui se laisse guider par ses passions.
-Espérons que ses passions ne la mÚneront pas trop loin.
Le vent souffle.
...
-Je sais que vous étiez ivre
le soir oĂč vous avez...
Alors, vous allez leur faire voir Ă l'Ăźle aux Chiens comment vous ĂȘtes,
maintenant que vous ne buvez plus.
Mais il vous faudra de la patience pour leur faire comprendre.
Eh oui... Ce n'est pas rien d'avoir tué un homme,
de l'avoir tué comme ça.
-Montez lĂ , je vais vous tirer.
-Non, merci.
-S'il vous plaĂźt.
-Vous n'ĂȘtes pas un serviteur, Neel.
Votre confiance me fait trĂšs plaisir.
Elle est essoufflée.
-Pourquoi vous faites ça ?
-Mme La, pourquoi vous faites cela ?
-Parce que... on ne reste jamais le mĂȘme, quoi qu'on ait fait.
Les hommes peuvent ĂȘtre mauvais un jour et bons le lendemain. Ils changent.
Et de ça, je suis sûre.
Oui, j'en suis sûre.
Le vent souffle.
...
Bonjour !
-BONJOUR !
-Il vient boucher le toit de la veuve Malvilain.
-Il en a bien besoin.
Et elle aussi.
Elles rient.
...
-En attendant mieux,
qu'il ramĂšne donc mon traĂźneau.
Tu te souviens oĂč est ma maison ?
Si tu t'intéresses aux veuves,
par ici... t'as pas fini.
Les femmes rient.
...
Hennissements
-Pourquoi "l'Ăźle aux Chiens" ?
-Ah oui...
-C'est vrai
qu'il y a beaucoup de veuves, ici ?
C'est vrai que...
Ben, Neel ! Voyons,
la Malvilain habite lĂ -bas.
-Par lĂ . Faudrait passer d'abord chez Coupard. Par lĂ !
-Ouvrez la porte !
Poussez-vous.
Gardez-le au chaud.
Voix des enfants qui jouent.
-Je vous reçois
sans tralala, mon cher. Ce bureau est la piÚce la mieux chauffée.
Mettez-vous Ă l'aise.
...
-Voulez-vous goûter de mon vin de Porto ?
Un vin portugais magnifique, trÚs réchauffant.
Comment se porte votre jolie épouse ?
Elle ne s'ennuie pas trop,
Ă Saint-Pierre ? Alors...
Alors, comment va madame La ?
Goûtez, dites-moi ce que vous en pensez.
...
Dites franchement, hein.
-Hum... Pas l'habitude.
Les gens n'ont plus de curiosité.
Ă propos de... votre Ă©pouse. Vous ĂȘtes au courant ?
-Sûrement.
-Et alors ? Trouvez-vous cela normal ?
-Qu'elle se fasse accompagner d'un assassin.
Pour ma part, vous savez, qu'il s'enfuie ou pas...
Mais imaginez que la métropole nous envoie
la Veuve et le bourreau qu'on lui réclame
et qu'il y ait plus personne Ă raccourcir.
Il ricane.
Alors lĂ ...
Alors de grĂące, pour une fois...
déplaisez à votre épouse
-Laissons ma femme tranquille.
-Vous ĂȘtes chef du dĂ©tachement,
mais vous commandez aussi la pénitentiaire.
-C'est exact.
Je conduirai le condamné à la Veuve, quand il le faudra.
D'ici lĂ , j'en suis seul responsable.
-En attendant cette bon Dieu de Veuve...
de tenir les condamnés à disposition de justice et en bonne santé,
je le fais.
-Sa santé a-t-elle besoin qu'il soit aux jupons de Mme La ?
-Les jupons de mon épouse ne regardent que moi.
Occupez-vous des vĂŽtres. Enfin, je veux dire, de ceux de votre femme.
-Capitaine, vous me faites chier avec votre irrévérence.
Et ça date pas d'hier. à Paris, on m'avait prévenu.
-De quoi, gouverneur ?
-Vous le savez trĂšs bien. N'en parlons plus.
Je voulais vous mettre en garde
Pour ĂȘtre assassin, on n'en est pas moins homme,
selon certains.
Et votre femme est...
-Ma femme sait ce qu'elle fait.
Celui qui lui manquera de respect devra me tuer pour sauver sa vie.
-Alors là ... Alors là , évidemment... vous me rassurez...
-Venons-en au sujet de votre convocation, gouverneur.
-Euh, ben... C'était ça.
-Bonjour, madame.
-Bonjour, madame La.
-C'est le condamné.
Il vient pour arranger votre toit.
-C'est gentil de penser Ă nous. Entrez donc, avec ce froid.
-Venez, Neel.
Ah, non, non.
Ils sont pour vous et pour Ămilie.
Tu veux un gĂąteau, Ămilie ?
Coups de marteau
Rires
Vous avez de la chance
-Vous n'avez pas d'enfants ?
-Depuis qu'il a arrĂȘtĂ© de boire, ce garçon est exemplaire.
-Je sais. Il n'est pas mauvais.
-Vous le connaissez bien.
Musique grave
...
-Vous avez terminé ?
-Oui.
-T'as perdu l'appétit ? Quelque chose te tourmente ?
-Pas faim, c'est tout.
-Pourtant, par ce froid...
...
-Hiver de merde !
-Si vous aimez pas l'hiver, c'est sûr, fallait pas venir ici.
-J'ai pas choisi.
-Et ta femme ? Elle supporte mieux le froid, Ă ce qu'on dit.
-MĂȘle-toi de ta soupe, s'il te plaĂźt. Messieurs...
-Vraiment bizarre, ce type.
-C'est pas un type. C'est un capitaine.
Et bizarre, il l'a toujours Ă©tĂ©, mĂȘme Ă Paris.
Musique mélancolique
...
-Ah ben, tu vois... Plus de marteau.
Ah ! Ah ! Ah !
Allez !
Efforts
Allez ! Plus de marteau ! Plus de marteau !
-Plus de marteau ! Plus de marteau !
-Eh non, plus de marteau.
Non, plus rien. Plus de marteau... plus de Neel et plus de maman.
Petits rires
-Attends. ArrĂȘte, Neel.
-Quittez-vous vite. J'attends dehors.
Musique d'aventure
...
Neel est essoufflé.
Neel ?
Si vous... Si... Si vous vous échappiez, ce serait terrible.
Mon mari irait à échafaud à votre place.
-Il y a pas de risques.
Musique mélancolique
...
-Neel, pourquoi faites-vous tout ce que je vous demande ?
...
Efforts
...
-BONJOUR, NEEL !
-Bonjour !
-Hé, le condamné !
T'es pas enfermé ?
-Je déblaye.
LĂąche cette pelle !
Tu vas lùcher ça, nom de Dieu !
Hennissements
Ton sabre !
Maintenant, tu vas la lĂącher !
Allez, dégage !
Dégage !
Galop du cheval
Le brigadier gémit.
-Reprends ton travail, Neel.
Agissez-vous sur ordres ?
Si oui, dites-leur qu'il pourrait y avoir un accident, dont je serais
le responsable involontaire.
La capitaine t'attend chez les Plantier.
Elle t'invite Ă manger.
-Une fois fini ça, j'irai.
Musique mélancolique
...
Les oiseaux gazouillent.
...
-Croyez-vous qu'elles puissent s'acclimater ?
-Oui.
-Moi, je ne sais pas si... je le pourrai jamais.
...
Orage
-Le pa-na-che des arbres.
...
-Le pa-na-ché...
-Panache.
de... des arbres.
-Le chant.
du ro-ssi...
...gnol.
-La char-man-te...
prai-rie.
-La...
char-man-te prai-rie.
-Lisez ça
pour vous-mĂȘme, en silence.
Non, tout seul, avec les yeux seulement.
-Le...
-Le... L'étoi...
-Non, lisez pour vous-mĂȘme.
-De...
-L'hiver. VoilĂ .
Gronde.
-Qui...
Euh... Euh...
...
Musique douce
...
Gémissements
...
-Je... Je ne veux pas que tu prennes de risques pour moi, Jean.
-Et pour qui d'autre en prendre ?
Je ne veux pas.
-Ils peuvent rien.
Ils peuvent rien contre moi. J'ai une force qu'ils n'ont pas.
-Quelle force ?
Quelle force ?
-Ăa...
et puis ça...
Et puis ça.
Gémissements
...
Tintement des chaĂźnes
...
Musique oppressante
...
Musique oppressante et notes de piano
Notes de piano
...
-Regardez comme il la dévore des yeux, sa capitaine.
...
Ils ne perdent pas leurs nuits
J'en donnerais mon mari Ă couper.
-On n'a pas la chance d'avoir un condamné
pour servir de rival revivifiant à nos époux.
-à défaut de condamné, essayez le capitaine,
ma chĂšre.
-Non, merci. Il serait capable
Ă vouloir n'aimer que sa femme.
-Le premier bateau du printemps nous apporte un message de France.
La mĂšre patrie daigne
-Comme quoi, il ne faut jamais
-Et l'exécuteur ?
-Ah ça... motus et bouche cousue.
Il n'est pas question d'un bourreau.
La Marie Galante nous apportera
mais rien d'autre.
-Comment ça ? D'oĂč vient cette Veuve ?
-De Martinique. Ils en ont touché une, jeune et fringante.
Ils envoient la vieille.
-Pas l'exécuteur ? Ils en ont un en Martinique.
-Ăa ne s'emprunte pas. Aucun capitaine n'en voudrait Ă son bord.
-Alors, il faut trouver un bourreau, ici.
-Trouvez-le, ce bourreau qui s'ignore,
qu'il se rĂ©vĂšle Ă lui-mĂȘme.
Je crains que nous ne trouvions personne.
-Parfaitement.
Tant mieux. Il n'y a pas de bourreau parmi les gens de St-Pierre.
-Madame,
n'étalez pas vos jupons au fumoir.
Déjà qu'ils narguent un futur raccourci.
-Oh !
-Soyez plus clair, commissaire. On vous a mal compris.
-C'est vrai. Moi non plus, je n'ai pas compris.
-Votre fumoir n'est-il pas
notre dernier refuge contre les dames ? Je vous cite, gouverneur.
-Ne me mettez pas une mauvaise affaire avec le capitaine.
-Vous parliez jupons, je crois.
-Pas du tout.
J'ai été surpris par l'irruption de Mme... Mme La au fumoir.
Rien de plus.
-Pff ! Rien de plus...
-Dans le doute, j'apprécierais des excuses,
ici, tout de suite et Ă haute voix.
Que tout le monde entende.
-Volontiers.
Je vous présente mes plus plates excuses,
madame, pour ce que vous avez cru
je n'ai pas voulu dire.
-Viens, Jean.
-Vous venez de perdre la face.
Pour le reste, il vous suffit d'un mot...
-Jean, viens.
-Non, je... Je serais ravi
Non ?
Tant pis, alors.
Une autre fois peut-ĂȘtre.
Si l'on peut dire...
-Il n'a mĂȘme pas besoin de nous foutre pour faire cocus nos maris.
Les femmes rient.
...
Les oiseaux gazouillent.
...
Brouhaha
Cris de joie
...
Efforts
...
Musique douce
...
Musique dramatique
...
Efforts
...
Brouhaha
...
Cris de la foule
Cri de femme
...
Cris de la foule
...
Cri de femme
Cris de joie de la foule
...
-Neel Auguste, te voilà membre honoraire du café du Nord,
pour toute ta vie, qui sera longue.
Cris de joie
...
-Capitaine,
le président Venot est là ,
Il veut vous parler, mon capitaine.
Mon capitaine ?
-J'ai entendu.
Musique douce
...
-Capitaine, notre illustre condamné a encore réussi un exploit.
Il a sauvé le café du Nord du naufrage.
Que deviendrait Saint-Pierre sans le café du Nord ?
Bon... Faisons quelques pas, si vous le voulez bien.
La popularité de ce Neel Auguste devient préoccupante.
Alors, parlons-en, hein ?
Je comprends votre embarras, vous savez.
C'est vous qui ĂȘtes chargĂ© d'assurer l'exĂ©cution des condamnĂ©s.
Entre nous, je préférerais, comme vous,
que cette exécution n'ait jamais lieu.
Le Neel Auguste est aujourd'hui trop populaire.
On a condamné une brute criminelle et on va raccourcir un bienfaiteur.
Chaque foyer saint-pierrais voudra l'avoir à sa table les jours d'église.
Il faudra bien la lui couper. Paris l'exige.
Non... votre épouse a trop de compassion. C'est...
De quoi aurons-nous l'air, le jour fatidique ?
Que comptez-vous faire du condamné quand la Veuve débarquera ?
Alors, capitaine ?
-Le condamné est à disposition de la justice.
Quand vous aurez la machine et l'exécuteur,
je remplirai mes obligations.
-Et d'ici là ? Prenez garde, notre République est chatouilleuse.
-Merci. Merci de me prévenir.
Tenez, c'est votre futur raccourci qui vous l'offre.
Monsieur.
Le conseil devrait se préoccuper de l'entretien des chaussées. Non ?
Musique dramatique et oppressante
...
-Ămilie, tu pourrais manger seule,
-Mais non...
Elle rit.
Ăa me plaĂźt.
-Vous allez manger froid.
-Ăa vous a Ă©tonnĂ© que je vous demande de couper nos fleurs ?
-Oui, mais...
-Mais quoi ?
-Je me doutais que c'était pour Jeanne-Marie.
-Jeanne-Marie, tiens, tiens !
Elle rit.
Jeanne-Marie, c'est une forme
D'ailleurs, vous rougissez.
Musique douce
...
-Si c'est possible... on va peut-ĂȘtre se marier, Neel et moi.
Vaudrait mieux
-Excusez-moi.
-Vous n'avez pas Ă vous excuser, Neel.
Roulement de tambours
...
-Avis Ă la population !
Le conseil du gouverneur demande,
pour aider au respect des lois
que toute personne adulte et du sexe masculin,
n'ayant jamais été condamnée en justice
et qui voudrait assurer la charge d'exécuteur public,
avec tous les avantages
se présente au Palais du gouvernement.
-Dis-nous voir un peu, toi !
C'est quoi un exécuteur public ?
-Renseigne-toi au gouvernement.
-C'est pas pour couper la tĂȘte de Neel ?
-Possible. Mais je suis pas censé le savoir.
Quelqu'un veut profiter
-Ils ne trouveront personne pour vous couper la tĂȘte.
Personne n'est capable de faire ça.
-C'est pas trĂšs difficile de tuer un homme, vous savez.
-Moi, je sais.
Brouhaha
Le tambour annonce que le conseil veut embaucher le bourreau dans l'Ăźle.
Ils veulent payer quelqu'un d'ici.
-Les salauds ! Pour plaire Ă Paris.
-T'inquiĂšte pas Neel, il y a pas de bourreau dans l'Ăźle.
Des pauvres gars, mais pas de bourreau.
-Pas si sûr.
pour lui couper le cou, quand il sera attaché sur une planche ?
-Nom de Dieu ! Jamais je ferais ça.
-Ne te crois pas mieux que les autres.
Ici, il y a personne pour ce travail.
-Personne ne voudra de l'argent du bourreau.
-Il pourra pas rentrer en France.
Les marins n'embarquent pas de bourreau.
-L'avis est affiché partout.
Une affiche, ça s'arrache.
Musique dramatique et oppressante
...
-En présence de Dieu
et qui sera toujours avec vous,
nous allons échanger vos consentements.
Ariel Neel Auguste,
veux-tu prendre
ici présente, pour épouse ?
-Oui.
Léontine Jeanne-Marie Malvilain.
-Tout va bien, je suis lĂ .
-Veux-tu prendre Ariel Neel Auguste, ici présent, pour époux ?
-Oui, M. le curé.
-Je vous déclare
jusqu'à ce que la mort vous sépare.
Sanglots
...
-Mais enfin, M. le curé, cautionner un mariage de carnaval !
-Ne dites pas cela d'un acte consacré.
La Malvilain était dans le péché.
-C'est ridicule. Ce condamné finira par fonder un commerce,
ouvrir des voies maritimes, que sais-je !
Capitaine, étiez-vous en droit...
euh... étiez-vous en droit d'établir ce mariage ?
-Oui.
En doutez-vous ?
-Comment ? Quel droit ?
-Nous sommes outre-mer.
Le condamné est militairement sous mes ordres.
Jeanne-Marie est française.
Elle réclame une reconnaissance
reconnaßt cette paternité.
Je rends effectif ce mariage
si vous me pardonnez ce jeu de mots inattendu.
-Et voilĂ ! Mon conseil ne veut pas
écouter mes conseils. En refusant la grùce de Neel Auguste,
vous allez faire une veuve et un orphelin.
Tout ce que fait le capitaine, il le fait surtout pour nous emmerder !
Musique oppressante
...
-Qu'y a-t-il, LoĂŻc ?
(Essoufflé)
un gros cul est au petit large.
C'est... la Marie Galante .
Il est essoufflé.
Elle arrive de Martinique.
...
...
Elle est en panne.
Le gouvernail est cassé.
-OĂč est le capitaine ?
-J'arrive.
Grincement de porte
Qu'est-ce qui vous prend ?
Il ne désire pas qu'il sorte, ce matin.
-Il a dit de verrouiller la porte ?
-Non.
-Qu'a-t-il dit exactement ?
-Que Neel ne sorte pas.
-C'est un ordre précis ?
-Précis... Non.
-Alors, pas de zĂšle. Ouvrez.
-Mais il désirait...
-C'est à moi de satisfaire ses désirs, maréchal des logis.
Ouvrez cette porte ! Foutez-nous la paix !
Musique oppressante
...
-Capitaine, le commandant de la Marie Galante réclame de l'aide
pour remorquer son bateau.
J'ai pensé à vos chaloupes militaires.
-Refusez-vous le concours de votre détachement,
sachant que ce bateau transporte des bois de justice ?
-En effet, je le refuse. Allez le dire à vos supérieurs.
-Et l'aide aux marins en mer ?
Ceux de la Marie Galante
-S'ils sont pressés, qu'ils la remorquent à la nage.
-S'ils foutent la Veuve Ă l'eau, on les aidera.
-Oui, qu'ils la foutent Ă l'eau !
-Venez, venez, approchez !
dans le ventre de sa mĂšre
Ăa n'a pas marchĂ© pour eux en Martinique. Et les voilĂ chez nous !
On n'avait pas eu de migrants depuis longtemps.
Qu'ils soient les bienvenus !
Allez !
Une porte s'ouvre et des pas approchent.
-Venez, le conseil vous attend.
-Approchez. Approchez. Asseyez-vous.
Soyez le bienvenu, M. Chevassus.
Avez-vous été condamné
en justice ?
-Euh... Non, je ne crois pas.
avez-vous fait de la prison en France ou en Martinique ?
Votre parole nous suffira.
-Non. Parole d'honneur.
-Bien. Vous avez besoin
-Oui.
-Un travail bien payé, facile à faire,
qui demande dignité et discrétion.
-Et utile à la République.
-Bref. Voulez-vous faire bourreau ?
Le commissaire Ă la marine rit.
a peu de temps Ă vous consacrer. Pesez bien la question.
Une telle proposition ne vous sera pas faite deux fois.
-De votre réponse dépendra la décision du conseil à votre égard.
Ou vous ĂȘtes capable de vous Ă©tablir honorablement parmi nous,
c'est ce que nous vous proposons.
Ou vous n'ĂȘtes qu'un simple demandeur d'asile.
Et là , à moins de posséder un pécule suffisant,
c'est... Vous en avez un ?
Dommage.
Le chef des douanes arbitrera votre cas.
-Sans pécule, pas question.
-Savez-vous travailler le bois, M. Chevassus ?
-Oui. Oui, un peu.
-Tant mieux.
-Autant dire tout de suite à M. Chevassus, les avantages matériels
attribués au rÎle de bourreau... d'exécuteur public.
Qu'il puisse faire son choix en connaissance de cause.
Alors, un logement gratuit,
ici mĂȘme, Ă l'entrĂ©e de la citadelle,
et 2 000 francs répartis comme suit :
500 pour réparer et monter l'échafaud,
1 000 pour exécuter
et 500 pour démonter et ranger.
Ce qui fait bien 2 000 francs.
Vous voyez,
-Et vous pouvez solliciter
une avance, dĂšs signature de ce contrat.
-Alors,
c'est oui ou merde ? Dites-le avant que je sorte.
Hésiter serait amoral.
Tu veux couper des tĂȘtes, oui ou non ?
-Oui.
-Bon.
Il souffle.
T'avise pas de changer d'avis, Chevassus.
DĂšs cet instant, tu es bourreau...
L'un ou l'autre.
Au revoir, messieurs.
-Mes félicitations, M. Chevassus.
Musique oppressante
-Réjouissez-vous, madame,
-Vos ennuis sont finis. Vous avez de la chance.
...
-Criée d'embauche à marins !
Criée d'embauche à marins !
Pour tirer la Marie Galante ,
le commissaire de la marine
comptera 4 francs la ramée
de 4 heures en journée
et 6 francs la ramée
de 4 heures aprĂšs soleil !
-C'est pas gros pour tirer une Veuve !
-Vas-y toi-mĂȘme, commissaire !
-Avec le crieur et les 2 gendarmes,
-Le commissariat de la marine comptera une demi-ramée de plus
pour l'aller et le retour !
Soit 6 francs la ramée en journée
et 9 francs aprĂšs soleil !
-Que faites-vous, Neel ? Vous ĂȘtes fou !
-C'est pour Jeanne-Marie et le petit.
-Neel !
-Neel Auguste, combien de ramées ?
-Toutes !
-Rentre, Pauline. Il faut le laisser, maintenant.
-Sans dormir ?
-Inscrivez-le.
-Rentrons, tu ne peux plus rien pour lui.
Viens, je te dis !
-Mais non !
Musique mélancolique
...
Ils rament en rythme en criant :
...
-Maintenez la cadence !
...
Chaloupe de tribord, en ligne,
...
TroisiĂšme de bĂąbord !
Souquez plus ferme !
...
-Dieu ne veut pas que la Veuve arrive chez nous.
-Y a pas que Dieu qui décide.
-DeuxiĂšme de tribord, revenez en ligne !
...
...
...
DeuxiĂšme de chaloupe de tĂȘte,
-Pardon. Merci.
-La Veuve arrive. Le bourreau est embauché.
On va finalement raccourcir ce pauvre garçon.
-Moi, je dis qu'il nous manquera.
Mon époux était pour la grùce.
N'est-ce pas ?
-Vous me l'avez dit.
-J'étais pour ne pas promettre une exécution
dont nous n'avions pas les moyens.
Nuance.
-Comme vous,
je pense qu'il nous manquera.
Nous allons retomber dans une routine assommante.
L'Ăźle va ĂȘtre d'un ennui !
-Oh, Eugénie ! Si vous vous ennuyez, occupez-vous, faites du crochet.
-Du crochet ?
Mon pauvre ami ! On voit que vous n'en avez jamais fait.
-Je suis malheureusement persuadé
que le sentiment de nos femmes reflÚte l'opinion générale.
-BOURREAU, FAIS TON OFFICE !
BOURREAU, FAIS TON OFFICE !
-Les enfants, ce n'est pas bien de couper une grande personne.
-Ah, vous voyez, vous le dites vous-mĂȘme !
Le pĂšre du gouverneur rit.
-Excu... Excusez-moi.
Elle rit.
Musique triste
Les marins rament en rythme :
...
-En rythme sur la chaloupe de tĂȘte !
...
-Tu m'en veux ?
...
-Oui.
...
Non.
...
Qu'est-ce qui va se passer ?
-Je sais pas.
...
-DeuxiĂšme de tribord, revenez en ligne !
-Tu le vois ?
-En ligne Ă tribord !
-Pourquoi fait-il cela ?
-Pour aller plus vite en enfer.
Elle frissonne.
Les marins rament en rythme :
-Il rame depuis si longtemps, sans manger ni boire.
...
Il pourrait ramer jusque chez les Anglais de Terre-Neuve.
-Il pourrait mĂȘme aller si loin ! Si loin qu'on ne le retrouverait jamais.
...
Hennissement
Craquement des roues
...
(Le crieur compte.)
(Les marins et le crieur)
31... 32... 33...
34... 35... 36...
37...
38... 39... 40...
-Capitaine, des journaux de Paris pour vous.
-41... 42... 43...
44 !
Cris de joie et applaudissements
...
Musique mélancolique
...
...
...
...
...
...
-Tu vois quel homme il est devenu.
On condamne quelqu'un et... c'est un autre qu'on punit.
-Je sais. C'est toujours comme ça.
Ăa va mal Ă Paris.
Agitation, émeutes... répression.
ExĂ©cutions, mĂȘme...
-Quelle horreur !
-Mon commandement militaire
Des pas montent rapidement.
-Capitaine, on vous demande au port. C'est urgent.
-J'arrive.
Cris hostiles de la foule
...
-PAS DE VEUVE A SAINT-PIERRE !
...
...
...
Rentrez chez vous !
-N'obligez pas
la troupe Ă intervenir.
...
-Arme au pied !
...
Imbécile ! Restez passifs quoi qu'il arrive.
...
Allez, rentrez chez vous !
Une Veuve sans bourreau, c'est rien que des bouts de bois.
Faut pas se battre pour des bouts de bois.
Allez, rentrez chez vous ! Allez !
Elle rit.
Elle rit.
Demain, on ira porter
les 44 francs Ă votre femme.
Vous pourriez ramer jusque chez les Anglais.
Cet affreux bateau n'a plus besoin d'aide.
-Non.
-Qu'il aille au diable !
On va donner les 44 francs Ă Jeanne-Marie.
Et des affaires, aussi.
-C'est bien.
-Quel est ce regard ?
-Un homme qui aime sa femme et qui peut lire dans ses yeux.
Musique mélancolique
-Tu lis quoi ?
...
-Sois prudente, Pauline.
...
-Merci, Jean.
...
Efforts
...
J'espĂšre qu'ils auront la tempĂȘte.
-Il faut pas souhaiter ça aux marins, Mme La.
-Foutez-moi la paix avec votre bonté.
-Messieurs...
Il faut revoir le cas du condamné Neel Auguste.
Son exécution provoquerait une émeute.
-"Il faut" ? Qui vous permet de forcer la porte du conseil ?
Tenez-vous ces droits
-Non.
-M. Hugo, dont vous appréciez
a dit : "Une émeute raffermit les gouvernements qu'elle ne renverse pas."
S'il devait s'en produire une, votre détachement la contiendrait,
n'est-ce pas, capitaine ?
Je refuse de donner les armes contre la population
et mĂȘme de les pointer sur elle.
-Ah ! Enfin... nous y voilĂ !
-Capitaine, des raisons sentimentales
ne vous portent-elles pas à juger cette exécution
de façon personnelle,
votre femme et vous ?
-Mon épouse vous tracasse-t-elle, monsieur ?
Dorénavant, abstenez-vous.
Je suis venu vous avertir qu'en toute conscience,
je refuse de faire assurer l'exécution du condamné, Neel Auguste,
par des détachements militaires. La chose n'est pas à négocier.
-Tout de mĂȘme !
-Non.
Ă des travaux de bien public, l'a maintenu Ă disposition de justice.
Rien à dire. Mais seule la loi dit ce qui est légal et ce qui ne l'est pas.
-Et vous venez de sortir de la loi, gravement.
Votre humanisme sera jugé, à Paris encore plus qu'ici,
comme une insoumission majeure.
Pire, je crains pour vous.
-Je délivre le conseil de toute solidarité
concernant mon destin personnel.
Je l'autorise mĂȘme Ă s'en fĂ©liciter ouvertement. Messieurs.
-Vous n'ignorez pas l'état d'esprit qui rÚgne à Paris, en ce moment.
-Je sais cela.
Revenez sur votre décision.
-Vous vous perdez.
-Merci, messieurs. Merci de tout mon cĆur.
Tic-tac de l'horloge
...
-Il est foutu.
-Avez-vous confiance en moi, Neel ?
-Oui.
-M'aimez-vous assez pour m'obéir ?
-Oui.
-Sauvez-vous chez les Anglais.
Je m'arrangerai pour que votre femme vous rejoigne.
Vous pouvez ramer jusqu'Ă Terre-Neuve.
Il y a lĂ de la nourriture pour 2 semaines.
Partez. Sauvez votre vie !
-Je ne peux pas faire ça, Mme La. Non.
-"Merci, Mme La ! Vous ĂȘtes bonne ! Dieu vous bĂ©nisse !"
J'en ai assez d'ĂȘtre bonne ! Assez !
Allez-vous-en ! Sauvez votre vie !
...
...
Elle sanglote.
...
-Vous m'avez cherché ?
-Non.
-Mme La n'a rien dit ?
-Non.
-Je m'étais évadé.
-Et pourquoi t'es revenu ?
-Pour... pas emmerder personne.
-Tant pis.
...
-Capitaine ?
Mme La est rentrée seule.
-Le condamné n'est pas là .
-Pardon ! Pardon, Jean.
Neel m'a obéi, il s'est évadé.
Pardon.
Tu comprends ? Tu comprends ?
-Il n'a fait que t'obéir ?
-Oui.
-Viens voir.
Viens.
-Mais pourquoi ?
-Je ne conduirai pas cet homme Ă la guillotine.
-Alors, c'est vrai ? Vous avez accepté ?
-Je n'ai pas le droit d'en parler.
-Un bourreau, ça ne parle pas. Et personne ne lui parle.
Les gens refusent mĂȘme de toucher son argent.
Comment ferez-vous quand on saura qui vous ĂȘtes ?
-C'est arrangé. On nous apporte tout
ce qu'il faut,
Je gagnerai jamais autant.
-Sortez avec moi. Je dois vous montrer quelque chose.
Monsieur ! Voici la tĂȘte que vous allez couper !
Vous entendez ?
C'est ce cou que vous allez trancher.
-Vous inquiétez pas, Mme La...
c'est pas encore fait.
-Vous ĂȘtes comme mon mari, vous... Vous ĂȘtes fataliste.
Elle pleure.
Musique symphonique
...
Voix des enfants qui jouent
...
-Papa ! Papa ! C'est le capitaine.
-Tais-toi !
Ne regardez pas. Continuons notre pique-nique.
Soyez naturels. Oubliez ce cheval.
Hennissements
Papa ! Mangez !
Ne regardez pas, surtout.
-Beaucoup d'allure, ce capitaine ! Bon cavalier.
-Papa,
j'ai demandé son rappel pour raisons politiques graves.
-Politiques ?
-Crotte, papa, Ă la fin !
Ce cosaque déconsidÚre votre fils jusqu'à Paris. Parfaitement !
-Sornettes !
-Sornettes ?
Mme La et son mari sont tellement cul et chemise...
-Charles-Paul !
-Oh, merde, madame ! Merde !
Oui, tellement cul et chemise
avec ce Neel Auguste,
que je n'ose sortir par crainte d'un face-Ă -face ridicule.
Vous savez de... de quoi je l'ai... accusé dans mon courrier ?
De sédition.
-Ma parole... vous voulez le faire fusiller ?
C'est ça ?
Les enfants jouent.
...
-VoilĂ , elles seront bien, lĂ .
Ah ! Tu es là . Tu vois, on prépare l'hiver.
-Un vaisseau de guerre arrive dans la rade.
-C'était prévu ?
-Je vais me mettre en tenue.
Présentez armes !
-Capitaine, votre état-major vous réclame expressément.
Le capitaine Dumontier
vous relĂšve Ă la tĂȘte du dĂ©tachement.
Voici vos ordres, capitaine.
Nous aurons le plaisir
-Quand, commandant ?
Votre épouse peut nous accompagner ou vous rejoindre.
Que décidez-vous ?
-J'ai l'habitude de lui laisser le choix.
-Venez.
Capitaine, je tiens Ă mettre
d'homme Ă homme.
Nous rejoindrons
puis nous irons croiser
Ne vous attendez pas Ă toucher
Vous serez libres d'aller et venir Ă mon bord,
ainsi qu'aux terres que nous toucherons, comme mes invités,
disons.
-Nous serons libres ? C'est-Ă -dire ?
-Donnez-moi votre parole que vous resterez Ă disposition
jusqu'Ă ce que je vous remette
Ă la compagnie disciplinaire de Saint-Malo.
La cour martiale vous attend, capitaine.
La chienlit de Saint-Pierre veut votre peau
et la République des exemples.
En France, deux officiers attendent d'ĂȘtre fusillĂ©s.
Quand le pouvoir se sent menacé, il devient féroce.
Le gouverneur et le commissaire de la marine me chargent de transmettre
un rapport, que je viens de lire. Accablant.
-Merci de votre confiance, commandant.
-Désolé capitaine. SincÚrement.
Qui est ce Neel Auguste, nom de Dieu ?
-Le protégé de mon épouse.
J'aimerais qu'elle ignore tout ceci jusqu'Ă St-Malo.
TrĂšs important pour moi.
-Vous pouvez compter sur moi. Votre parole me suffira.
-Vous l'avez, commandant.
Mme La chantonne.
...
Je suis relevé.
On m'attend Ă Paris.
-Mais qu'est-ce qui...
Et Neel ?
-Nous partons dans 2 jours.
-Risques-tu une sanction disciplinaire grave ?
-Pas une promotion, en tout cas.
-Non, mais dis-moi, Jean. Dis-moi.
-On verra bien.
-C'est de ma...
C'est de ma faute.
C'est pas de ta faute si je t'aime.
Je t'aime parce que tu es ce que tu es.
Je n'aurais pas voulu que tu agisses autrement. Tout est bien.
Elle pleure.
...
-J'ai peur.
J'ai peur.
J'ai peur.
...
Mon amour !
-Fais voir ta tĂȘte.
Elle respire fort.
...
Sa femme part en courant.
Musique triste et oppressante
...
Ambiance de port
...
Cheval au galop
-Regardez bien votre pĂšre, vous apprendrez beaucoup.
Musique triste
...
Allez !
...
Il sera Ă vous ce soir ou demain. DĂšs qu'il reviendra seul.
...
-Présentez
armes !
-J'oubliais. Il s'appelle Morue Salée.
...
Long sifflement
Hennissement
...
Nous allons enfin le faire, notre voyage de noces.
...
-La voi-le du bateau.
Le bord fleu...
...ri de l'eau.
Le chant...
du rossignol...
La porte s'ouvre.
La charman-te prairie.
-Neel Auguste n'eut pas le temps
La porte se referme.
Musique lourde et oppressante
...
Neel pleure.
...
-Allez-y.
Crissement de la lame
-Il ne manifesta aucun geste de révolte.
Sans doute, jugeait-il lui-mĂȘme
et sa peine justifiée.
La Veuve était hors d'usage.
Et Neel Auguste fut achevé à la hache.
Les oiseaux gazouillent.
...
-Ă mon commandement, garde-Ă -vous !
Présentez armes !
Armez !
Les oiseaux gazouillent.
En joue !
...
-Ils ne peuvent rien contre nous.
Je t'aime.
...
-Feu !
Tirs
Sanglots
...
Musique triste
...
-Mon mari fut condamné
Moi, je serai madame La, sa veuve,
sa femme, jusqu'Ă mon dernier soupir.
Quant à l'exécuteur public,
il disparut mystérieusement de l'ßle,
quelque temps plus tard.
...
Musique mélancolique
...
...
Sous-titrage : HIVENTY
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