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Ça t'excite ? Pourquoi, pas toi ? Tu sais, moi j'en ai pas l'air, mais je
suis un grand romantique, malgré tout.
Quand vous voulez.
Mais enfin, tu vas pas laisser partir ta fille sans lui avoir donné d'explication
sur ton comportement.
J'ai jamais dit que je voulais qu'elle parte.
Jean-Louis, je te rappelle que tu devais être chez toi.
Ça a été...
Tiens, l'ingénieur trouvait ça dans une des poubelles dans la rue. A mon avis, c
'est l'arme du crime, sans trop me gourer.
Petite hache.
Difficile a priori d'en définir l'origine.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit plaies.
Au niveau dorsal, c'est une neuvième. Au niveau frontal, provoqué par une arme
blanche, c'est probablement une hache retrouvée sur les lieux. Tous les coups
ont été assénés avec acharnement et une extrême violence.
L'un d'entre eux, frontal, vertical, a fendu la boîte crânienne.
Une idée approximative de l'heure du crime ? Au vu de la coagulation, je
dirais 3 et 4 heures du matin.
Une massacre, on se doutait que ce n'était pas le mobile.
Bon, une boîte d'allumettes, le savant mient, un bar du 12e.
Il y a un numéro de portable écrit dessus.
Un passeport américain, là, au nom de Mark Baker.
Après la photo, c'est lui.
Mark Baker, né en 1951, Columbus, état du Nebraska.
Heureusement qu'on n'a pas mangé avant de venir.
C'est la femme de ménage qui a découvert le corps.
Il paraît que c'était le patron de la boîte.
Oui, Marc Becker.
Ah oui, c'est ça.
La femme de Becker vient d'arriver. Elle attend sur la médecine.
Je pensais que c'était mieux qu'elle ne voit pas ça.
Sinon, on a deux issues. La porte principale, par où on est passé, et la
sortie de secours. C'est une porte blindée qu'on ouvre depuis l'intérieur
avec un interphone pour s'annoncer quand on vient de la rue. La femme de ménage a
ouvert la porte principale avec sa clé. Ce qui veut dire qu'après la fermeture
de la boîte, Becker s'est retrouvé seul avec son meurtrier.
Oui, ou alors le meurtrier est arrivé de l'extérieur.
Il a sonné à l'interphone pour rentrer dans la boîte.
Les clercs reconnaissaient ? Sinon, ils n'auraient pas ouvert.
Il ferme à trois heures.
Marc reste pour faire les comptes jusqu'aux alentours de quatre heures.
J'y rentre.
Il rentrait.
Vous lui connaissiez des ennemis ? C'est pas à vous que je vais raconter que le
milieu du strip c'est tout rose.
Et de la commettre une horreur pareille.
Peut-être qu'il avait eu des problèmes récemment avec quelqu'un.
Est-ce que votre mari vous en avait parlé ?
Il
a dû se faire attaquer par surprise.
C'était pas du genre à se laisser faire.
C'était quoi ? Son genre ? Mal dominant.
Si on parlait, on avait tendance à l'écouter.
Mais quand on le connaissait, on savait très bien comment ne pas aller trop
loin.
Donc, monsieur Raphaël, c'est bien vous qui l'avez vu en dernier ? Ceux qui l
'ont vu en dernier, c'est ceux qui l'ont tué. Oui, certes.
Mais nous, voyez-vous, ce que nous aimerions savoir, c'est comment s'est
déroulée cette soirée.
Comme d'habitude.
Spectacle jusqu'à 3 heures.
Hier soir, il y avait pas mal de monde, on a fait la fermeture.
Baker a fait la caisse pendant que j'ai réapprovisionné le bar.
Quand je suis parti vers 4h moins le quart, Baker avait pas tout à fait
terminé la caisse.
Et après avoir fait la caisse, il faisait quoi de la recette ? Il la
mettait dans une enveloppe spéciale pour la banque et il l'embarquait avec lui.
Il me paraît que votre patron avait des amers ces derniers temps. Vous êtes au
courant ? Mais moi je suis barman, ici je fais mon boulot point barre.
Le reste...
C'est pas mon problème.
Moi j'en sais mieux, je me porte.
Bon, et avant vous, qui est-ce qui est parti en dernier ? Olga.
Elle fait le dernier numéro.
Le temps de se changer, elle a dû se barrer 10 minutes après la fermeture.
C'est elle.
Je crains de ne pouvoir me rendre à l'institut médico-légal.
Je vous rejoindrai directement au 36.
Pas de problème.
L'autopsie a lieu à 10h.
Nous avons une volontaire ?
9 blessures provoquées par une arme prouvée d'une lame de 12 cm de longueur.
Ouais, on l'a retrouvée. C'est une petite hache.
Ah.
Parmi les blessures, une entaille frontoparietale.
5 cm de profondeur.
Suffisante à elle seule pour causer la mort.
Le coup était porté de face.
Viens, je vais te montrer.
Non, non, merci, sans façon.
Oh, bon alors, ma petite docteuse, on va la recommettre, là, parce que la
médecine légale, c'est comme le saut en parachute.
Ou la sodomie, hein.
Avec le premier pas qui coûte.
Ouais. Eh ben, je crois d'être faite. Ni pour le parachute, ni pour la médecine
légale. Par contre, elle parachute moi non plus.
Bon allez, on continue.
L'entaille mortelle a été orientée verticalement, alors que tous les autres
sont plutôt dans un plan horizontal.
Ce qui signifie que la victime est tombée après son premier coup sur le
crâne. Une fois au sol, l'assassin s'est un peu acharné sur le corps en se
plaçant de côté.
Mais il y a une chose qui cloche.
L'entaille frontoparietale indique un choc de haut en bas.
Là, notre bonhomme fait quand même 1m87.
Alors, à moins que l'assassin soit Michael Jordan ou un berger landais
monté sur ses échasses... Oui, alors c'est qu'il n'était pas debout.
Il était assis sur une chaise ? Non, pas quand on l'a découvert.
Le gars, il devrait rester allongé.
Au niveau des empreintes relevées au Black Moon, il y a de tout un peu
partout. Autant dire que de ce côté-là, on peut oublier.
Il y en a peut-être un peu partout, mais il n'y en a pas sur le manche de l
'arche. Je ne comprends pas.
Le tueur efface ses empreintes sur l'arme du crime, ou alors il porte des
gants pour éviter d'en laisser.
Et il balance l'arme du crime dans la poubelle, juste en face de la boîte. Il
la balance dans la poubelle parce qu'il sait que les éboueurs passent vers 6h,
soit environ 1h avant l'arrivée de la femme de ménage au Black Moon.
Et ce matin, les éboueurs ne sont pas passés ? Si.
Ils sont passés mais à 10 heures.
Suite à une plainte des riverains contre les nuisances sonores, la tournée a été
décalée. Et le nouvel horaire s'est appliqué aujourd'hui pour la première
fois. Ce qui prouve que le tueur est un familier du Black Moon et qu'il
connaissait Baker.
Et un autre truc un peu barjot aussi, c'est que, d'après le labo, les traces
de sang retrouvées sur la lame proviennent de plusieurs individus
différents. Hein ? Comment ça, plusieurs ? Oui, à part celle de Baker, il y a d
'autres traces de sang, très anciennes les traces.
Bon.
Ce qui veut dire qu'il faut aller chercher dans les archives les dossiers
des affaires non résolues qui correspondraient au modus operandi du
tueur. Michel, vous croyez qu'on peut avoir affaire à un tueur en série ? Dans
ce cas, pourquoi aurait-il abandonné la hache ? Je ne sais pas.
Bon, il faut quand même vérifier. Il faut aussi faire les cacailleries pour
essayer de retrouver le fabricant de la hache.
Ok.
Remontez ce numéro d'appel et allez dans ce bar, le Savognon.
Autre chose ? Oui, on a convoqué Olga, la dernière stripteaseuse, à être partie
de la boîte. Elle devrait pas tarder.
Moi, j'ai commencé à éplucher l'agenda de Becker, mais jusqu'à présent, y a
rien d'intéressant. Faudrait peut-être aller voir du côté du consulat
américain. Ils ont peut-être des infos à son sujet.
Michel, quelque chose vous chagrine.
Non.
Mais si.
Oui, j'ai repris une...
Le rapport d'autopsie de Becker.
Et voyez-vous, j'ai imaginé une autre possibilité quant aux positions
respectives du tueur et de sa victime.
Supposons que Becker se soit trouvé à genoux devant son assassin.
Cela expliquerait pourquoi le coup a été porté de haut en bas. Comme une prière
avant que s'abattent les colères divines.
La prosternation devant son maître.
Tenons l'hypothèse du tueur en série.
Pour l'assassin, imposer sa puissance en faisant agenouiller sa victime pourrait
être une forme de rituel dont ces tueurs sont coutumiers.
La prosternation devant son maître.
Franchement...
Tu y crois, toi, à cette histoire de serial killer ? Je sais pas.
C'est sans doute une possibilité.
Bon, dis-moi, qu'est-ce qui se passe ? Faut que je trouve un peu de temps pour
aller faire des examens à l'hôpital.
Mon père attend toujours sa grève de moelle osseuse.
Hélène.
Si t'as besoin de quoi que ce soit, t'oublies pas que je suis là, quoi.
Merci, Jean-Louis, je sais.
Bien, vous vous appelez Olga Galovitz, vous êtes de nationalité hongroise et
vous êtes âgée de 23 ans.
Depuis combien de temps travaillez-vous au Black Moon, mademoiselle ? Environ
trois mois, depuis que je suis arrivée dans votre pays.
Trois mois.
Ah, permettez-moi de vous féliciter pour votre excellent français.
Ma mère était d'origine française et puis j'ai enseigné le français pendant
un an avant d'émigrer.
Vous venez remontrer son cul par un mot de la langue, vous l'avez pensé ? Pardon
? Bien.
Revenons à votre soirée d'hier. A quelle heure avait-il été votre lieu de travail
? Je ne sais pas exactement.
Il devait être trois heures, trois heures et quart.
Quand je suis partie, il ne restait plus que Raphaël et M. Baker.
Et que faisait-il ? Je ne sais pas. J'étais dans le vestiaire.
Baker comptait ses sous et Raphaël recherchait le bar.
Ils ne font pas ça d'habitude ? Si.
Probablement. Mais alors, pourquoi vous ne le dites pas ? Vous ne le dites pas
parce que ce n'est pas vraiment comme cela que ça s'est passé, n'est-ce pas ?
Non.
Enfin... Enfin quoi ? En fait, pendant que je me rhabillais, j'ai entendu
M. Becker et Raphaël qui avaient, disons, une grosse discussion.
Oui, mais si vous avez entendu sonner le vestiaire, ce n'était pas une grosse
discussion. C'était une énorme engueulade. Alors c'était quoi le sujet
? Je ne comprenais pas vraiment.
Et puis quand je suis sortie, ils se sont arrêtés de parler.
Étaient-ils courants que M. Becker et Raphaël s'invectivent de la sorte ? C
'était déjà arrivé une fois, il y a plusieurs semaines.
Je croyais que Savornian, c'était arménien comme nom.
Eh ben non.
Belgrade ? Belgrade.
Ah oui.
Bonjour.
Bonjour.
Quelques petites infos sur ce monsieur.
Et deux cafés, dont un bien serré s'il vous plaît.
Ce type s'appelle Mark Baker.
Et c'était un de vos clients ? Il y a beaucoup de gens qui viennent ici, c'est
pas pour ça que je les connais tous.
Et lui, justement, il me dirait de...
C'est ça ? Ça ne vient pas de chez vous, ça ? J'en
ai fait faire 2000 comme ça, pour l'effet de fin d'année.
Cadeau. Merci beaucoup.
Cadeau aussi, c'est ma carte.
Par hasard, vous entendiez parler de Mark Baker.
Il est délicieux.
On reviendra ? Oui, on est comme ça. Quand on tient une bonne adresse, nous,
on ne la lâche plus.
Si ?
On
va faire un petit détour par chez moi.
Il faut que je voie Nat.
Ok. Ça, j'en profiterai pour faire une course.
Alors, ça te fait quoi d'être bientôt grand-père ? Formidable.
Je ne me suis jamais senti aussi bien. Je bête le feu.
C'est cool quand même, amour.
Ça m'arrivera à moi si je trouve un jour le oiseau rare.
Oula. Avec Ulysse, ce n'est plus le dépôt de bilan.
Je pense que ta mise sur Véran...
La sœur de la VRP.
Misé ? D'accord.
Je suis quoi pour vous dans cette équipe, moi ? Une sorte de cheval sur
lesquels on parie ? Ça va, c'est bon, calme-toi.
Si on ne peut plus parler d'entre collègues, maintenant... Bon, allez.
En attendant, je vous rechèterai l'obstacle, je te préviendrai.
Une engueulade, faut pas exagérer.
Une discussion un peu animée plutôt.
Sauf que ce n'était pas la première fois qu'elle s'animait la discussion entre
vous. Allez, faut arrêter de nous cacher des trucs, Raphaël. Mais c'était pour
des conneries, des histoires d'horaires.
Baker me faisait chier en permanence avec ça.
Y a-t-il aucune autre méthode que la confrontation brutale avec votre
employeur pour négocier les 35 heures ? Les 35 heures, vous rigolez ou quoi ?
Dans ce business, c'est plutôt 18h-3h du mat, non-stop tous les jours.
Sans compter que les bus entiers de touristes, il faut se les farcir, croyez
-moi. Vous étiez le seul barman ? Voilà, c'était ça le problème.
Baker voulait embaucher personne, moi j'en pouvais plus. C'est pour ça qu'on s
'est pris la tête.
Vous étiez pourtant parfaitement en situation pour faire valoir vos droits.
Oui, sauf que Baker, ne supportant pas la moindre contradiction, quand vous
avez menacé de traîner au prud'homme, la discussion a dégénéré.
Je rêve. Vous me croyez assez con pour faire ça ? Je bosse dans une boîte de
strip, on va pas à la poste. Alors vous avez fait quoi ? Je vous l'ai dit.
On a discuté une bonne fois pour toutes et on a trouvé un arrangement.
Et je vous demandais votre taille exacte. 1,85 mètre, pourquoi ? Parce que
le mec qui a tronçonné ton patron mesure exactement 1,85 mètre.
Comme toi, pile-poing. Vous délirez, j'allais pas tuer Baker pour une
histoire de reçue, merde.
Ça, c'est toi qui le dis.
Parce que nous, on commence à avoir pas mal de billes contre toi.
Donc, faudrait voir comment on peut arranger le coup, tu vois.
On commence à arranger le coup.
Je ne sais pas, moi, par exemple, t'as oublié de nous dire un détail.
Et ce détail nous éviterait de te coller au neuf pendant 48 heures. En attendant
mieux, hein.
Ok, j'ai compris.
C'est Olga qui m'a bavé dessus ? Très bien.
Olga et Baker couchaient ensemble.
Bon, c'était pas qu'une histoire de cul, c'était du sérieux.
C'était même tellement sérieux que la femme de Baker appréciait pas vraiment,
si vous voyez ce que je veux dire.
Oui ? Je t'attendais en bas.
Ça te fait quoi de quitter les lieux ? On va bien retrouver un autre appart.
Tu vas bien retrouver un autre appart.
Moi, je te signale que mon train est à 16 heures.
Quel train ? Bon, papa, ça va.
Ça va, non ? Ça va très bien puisque tu prends plus le train.
Vu que tu vas plus à Béthune pour rejoindre ton mec.
Ah bon ?
Tu voulais pas que mon enfant est un père ? Et que je fonde une petite
famille dans une petite maison avec une petite bagnole et un gros crédit ?
Je veux plus que toi tu veux plus.
Tu veux quoi alors ?
Que tu restes à
Paris avec moi.
Toi et le bébé.
Papa, s'il te plaît, ne me tente pas.
À une condition, alors.
T'évites de m'appeler papy à longueur de journée.
D'accord ? Ok.
J'étais obligée de faire ça.
C'était ça où je perdais mon travail.
Et son travail, plus de fiches de paie, donc plus de moyens de rester en règle
ici.
J'avais pas le choix.
C'était ça où la clandestinité et l'expulsion.
Mais Becker, lui, il était amoureux de vous, non ? Amoureux, lui.
Ce qu'il me forçait à faire, il les faisait faire à toutes les filles qui
travaillaient pour lui.
Enfin, il les forçait pas toutes.
Il y en a qui demandaient pas mieux.
C'était facile pour lui, il avait du succès.
Mais il ne pensait qu'à ça.
Il supportait pas qu'on lui résiste.
Oui, et ce n'est pas tout à fait la version du barman qui prétend que votre
relation avec Baker était tout à fait passionnelle.
Raphaël vous a dit ça ? Ah ben, il manque pas d'air, hein.
Je le vois mal me draguer si Baker avait été amoureux de moi.
Il raconte n'importe quoi.
Vous voulez dire que Raphaël a tenté de vous séduire ? Non.
Pas me séduire.
Coucher avec moi.
Je suis pas une pute, vous savez.
Avec Baker, je pouvais pas faire autrement.
Mais Raphaël, jamais de la vie.
Ils sont prêts à te recommencer depuis le début. Les couches, les petits ponts,
les nuits blanches, tout le bazar.
C'est un peu comme une deuxième jeunesse. L'expérience en plus, c'est
tout bénef, non ? Ah ! Purée, Ulysse.
C'est peut-être pas le moment, mais j'espère que t'as un petit creux parce
que ça va être l'heure des mises en bouche.
Fais un petit café.
Je veux savoir ce que tu viens faire sur mon lieu de travail.
Ça t'a pas toujours dérangé ? D'ailleurs, le planteau en bas, ça l'a
pas étonné, c'est lui qui m'a laissé rentrer. Tu vois, c'est ça leur merde
avec les mecs.
C'est qu'on leur donne ça et ils prennent ça.
C'est parce que je te veux tout entière.
Tu m'excites.
Pas ou quoi ? Je suis pas un chien qu'on cible, hein.
Déjà, cette histoire de cheval sur laquelle on parie, mais je suis pas une
ménagerie. Tu veux dire quoi, cette histoire de chien, de cheval ? Bon, j'ai
dit ce que ça veut dire.
Ça veut dire qu'on arrête là, d'accord ? On avait faim, maintenant on est calés,
et tu me laisses digérer.
C'est comme ça que tu jettes les mecs ? Ouais, quand tu deviens lourd ! Je sais
pas ce qui t'est arrivé dans la vie de ma pauvre femme. C'est pas ce que tu me
l'as jamais demandé ! Ça a pas dû être marrant.
Est-ce qu'en plus d'être lourd, maintenant tu deviens odieux ?
Simplement parce que j'ai égratigné ta virilité ? Mais franchement...
J'ai l'impression que la carrière d'Olga Kalowitz ne se poursuivra pas au Black
Moon.
Je le crains.
Vous étiez au courant depuis longtemps ?
Depuis qu'elle a franchi le seuil pour passer le casting,
Mark avait une conception bien à lui de ce genre d'exercice.
Il n'y a pas de raison pour qu'une fille aussi jolie qu'Olga fasse exception à la
règle.
Je ne l'en veux pas plus qu'aux autres.
Il ne faut pas trop m'en demander quand même.
Et... Vous le laissiez faire.
Avec lui, c'était ça, Aurélien.
Je préférais ça.
Et si on parlait un peu de votre petit problème avec la Mandenne, il y a une
dizaine d'années ? Petit problème, comme vous dites.
Justement après ce petit problème, je suis partie pour les Etats-Unis, pour
travailler.
Travailler ? Comme quoi, girl ? Chacun ses débuts.
C'est là-bas que j'ai rencontré Marc.
Il y a un autre détail. Après la disparition de votre mari et en l
'absence d'héritier, vous récupérez le Black Moon et tout ce que possédait
votre mari.
Dans notre jargon policier, on appelle ça un mobile.
Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est où vous étiez la nuit dernière, entre 3 et
4 heures du matin.
J'étais dans mon lit, seule.
Marc me trompait à tour de bras.
Il l'a toujours fait.
Mais je l'aimais.
Vous pouvez comprendre ça ? Moi, je mise sur la mère Baker.
Elle n'a pas un, mais deux mobiles.
Le fric et la vengeance sentimentale.
Il lui suffisait d'attendre que Raphaël décanit, de se pointer à la boîte et de
buter le mari volant. Un détail important semble vous échapper,
Capitaine Scordella, c'est la taille de l'épouse. Celle-ci mesure 1,65 m.
Ce qui va vous obliger à accepter ma théorie de la généflexion, si vous
voulez pouvoir justifier, de l'angle.
Du coup, mortelle. Et puis, la hache, elle l'a traballée dans son sac à main.
En plus, c'est vachement original.
Une hache qui traîne dans une boîte de strips.
Moi, je suis d'accord avec Fred.
Personne n'a jamais remarqué une hache, ni à la boîte, ni au bureau, ni nulle
part. Bon, bon, bon, on s'éparpille, là. On a quoi sur cette foutue hache ? Le
labo confirme.
Trace de sang humain, trois groupes sanguins différents, et celui de Becker.
Et puis, c'est pas un modèle courant.
Je veux dire pas commercialisé, je me suis renseignée. Aucun quincailler ni
marchand d'outils n'a jamais vu un instrument pareil.
Il faut qu'on sache d'où elle vient.
Les militaires, les marins.
Si c'est une fabrication spéciale, on doit pouvoir y arriver, non ? L'agenda
de Becker ? L'agenda de Becker ? Des avocats, des pharmaciens, des gros
commerçants. Que des hommes et apparemment bourrés de thunes.
Et le numéro de téléphone sur la pochette d'allumette ?
Natacha Panathia, je me proposais d'aller lui rendre visite tout à l'heure
en rentrant. C'est sur ma route.
Vous savez qu'à deux, c'est plus cher.
C'est sympa chez vous.
C'est un peu rouge, c'est rouge même, mais c'est sympa.
C'est toi, Natacha ? Écoute, pour qu'il n'y ait pas trop mal d'hommes, on va t
'affranchir tout de suite, police.
Écoute, non, non, non, non.
On n'est pas de la bande d'aile, non.
Écoute, nous, on va te poser des questions.
Tu m'en réponds.
Nous, on s'en va. On s'est jamais vus, d'accord ? Alors, Natacha Panatia,
nationalité bulgare.
Arrivée depuis six mois.
T'es bulgare, toi ? Par mon père.
Remarque, vulgaire ou pas, à partir du moment où tu as un titre de séjour, il
faut que tu aies un titre de séjour.
Marc Becker, tu connais ? C'est ton Mac ? Non.
Tu peux le dire si c'est ton Mac.
Tu n'en risques plus rien, pour la simple et bonne raison qu'il est mort.
Mort ? D'accord, c'était ton Mac.
Tu n'aurais pas bossé au Black Moon par hasard ? Si.
Pendant trois mois au début.
Ok.
Baker embauchait des filles comme stripteaseuses.
Il les faisait bosser pendant quelques mois et puis après, il les foutait sur
son trottoir. C'est bien ça ? C'est lui qui t'a fait venir en France ? Non.
J'ai rencontré un Français à Sofia.
Il m'a proposé un travail en France et payer le billet et un logement sur
place.
Mais au bout de trois mois, mon visa était périmée.
Et j'ai pas fini de rembourser.
Baker avait un réseau d'habitués. On a retrouvé des noms dans un de ses
carnets.
C'est lui qui trouvait tes clients ? Les Français t'ont rencontré, Sophia.
Comment il s'appelle ? Comment il s'appelle ? Oh ! Allez, tu peux le dire.
De toute façon, t'as jamais eu.
Je connais que son prénom.
C'est Raphaël.
Le barman.
Le barman du Black Moon.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que maintenant, tu sais y faire avec les
putes. Je t'en veux.
Ça va, excuse-moi, c'était pas méchant, hein ? On est en foutre, c'est pas ça le
problème. Ah bon ? C'est quoi le problème, alors ? Hein ?
T'as pas vu cette fille ? Elle a même pas 25 ans, elle est déjà bousillée.
Et l'autre, le gars, pareil.
Il y a que de la merde partout.
J'en ai ras-le-cul, Jean-Louis.
Ça va, pour l'autre, on a vu d'autres, non ? Justement, j'en ai trop vu.
Et là, le pédé de merde qui a remis son nid au tapas.
Ah oui, d'accord.
Mélange pas tout, Polo.
Ça sert à rien de te mettre dans un état pareil.
Rien. Ça sert à rien ? Tu vas voir si ça sert à rien.
Excuse-moi.
Fais-me le faire, ce pédé de merde.
Il est protégé ou pas par les stups, alors je me pisse à l'arrêt au stup. Je
me pisse à l'arrêt. Qu'est-ce que tu prends, Polo ? Qu'est-ce que tu prends,
la gueule ?
Je crois
que
tu viens de faire une énorme connerie.
Oh putain, j'allais oublier.
Ça va, calme-toi.
Allez, calme-toi.
Non, non, non.
Assez-toi.
Oh la vache.
Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ? C'est une connerie, là.
Ça va s'arranger, ça.
En résumé, c'était trois mois au Black Moon et après le trottoir.
Baker installait les gamines dans les studios et il envoyait des clients qui
avaient pu évaluer la marchandise sur la scène de la boîte. Mais c'est pas des
gamines, elles sont toutes largement majeures.
Ah, il a raison de préciser ce point, cela change tout en effet puisqu'il ne
tombe plus que sous le coup de l'article 225.8 du code pénal qui réprime la
constitution d'un réseau de prostitution.
20 piges de placard minimum, ça te branche ? Mais j'organisais que dalle, c
'est Baker qui faisait ça, moi j'ai été là juste pour leur proposer du boulot.
J'avais pas à les forcer pour qu'elles acceptent.
Ah, j'oubliais l'éventuel cumul avec homicide volontaire.
Dans ce cas, il peut prétendre à la perpétuité assortie d'une longue période
de sûreté incompressible.
Vous êtes cinglé ? Pourquoi j'aurais tué Baker ? C'est lui qui me faisait bosser,
bordel ! Bon, revenons plutôt à la rengueulade le soir du meurtre.
C'était quoi l'embrouille ? C'est à cause de cette connasse d'Olga. Elle a
tout marché bien, pourtant, il a pas lu qu'elle vienne foutre la merde.
Baker voulait tout plaquer à cause d'elle.
Tu veux dire que Baker voulait raccrocher ? Ça lui a fait péter un
câble. Les autres, ils se contentaient de les baiser, mais...
Allez savoir d'où elle sortait pour lui faire un effet pareil.
D'où elle sortait ? C'est pas toi qui l'a rabattue, peut-être. Mais elle s'est
pointée toute seule pour demander du taf.
C'est quand même une sacrée poupée. Pour Baker, c'était une aubaine, il l
'embauchait direct.
Une sacrée poupée qu'il serait bien envoyé lui aussi.
Olga ? Vous rigolez ou quoi ? Il convoitait Olga Kalovitz.
Baker l'apprend, le prend mal, d'où l'origine de leur altercation.
Leur conversation, si je puis dire, dégénère et... Il savait que ça pouvait
mal tourner.
Alors, il a prévu une hache ? Mais arrêtez vos conneries, on avait passé un
deal. Il me passait 50 000 euros sur la vente de la boîte.
Vous me voyez larguer 50 000 pour le cul d'une pute ?
Ça
va, Polo ? Oui, ça va.
J'ai eu du mal à m'endormir, alors j'ai un peu forcé sur le somnifère.
Bien. Les archives n'ont conservé aucune trace de meurtre à la hache, à l
'exception d'un bûcheron jurassien fortement alcoolisé qui a écopé de 15
ans de centrale.
Faut peut-être chercher à l'étranger.
Alors voyez-vous, moi, il y a quelque chose qui m'intrigue dans les
déclarations du sieur Raphaël.
Le temps qu'Olga Kalavitz s'est présentée d'elle-même au Black Moon.
Ben, ça change quoi ?
Moi, ce qui me chagrine, c'est que si Raphaël avait pas intérêt à éliminer sa
poule aux yeux d'or, question de suspect, c'est peau de chagrin, il reste
pas grand-chose.
Commandant ? Oui ? C'est Mme Piller pour vous, il est exceptionnel.
Ah, merci.
Capitaine, votre nouveau téléphone.
Ah, merci.
Qui l'a ? Qui a-t-il ? Excusez-moi de vous déranger, mais vu ce qui m
'arrive... Qu'est-ce qui vous arrive ? Madame Camille m'a renvoyée.
Comment ça, renvoyée ? Ce matin, quand je suis arrivée chez elle, elle m'a dit
qu'elle voulait plus voir personne.
Que c'était pas la peine d'essayer de l'aider, que sa vie était foutue, enfin,
vous voyez, ce genre de choses. Oui, oui, oui, je vois, j'étais très inquiet,
moi aussi. Elle ne répondait pas au téléphone, j'ai pensé qu'elle était
sortie avec vous. Mais non, justement, elle m'avait demandé de ne pas venir.
Elle était bien chez elle, simplement, elle décrochait plus.
Bon, alors, vous savez ce que vous allez faire, vous allez rentrer chez vous, et
j'irai la voir plus tard, je vous tiendrai au courant. D
Il me disait qu'il voulait refaire sa vie avec moi.
Il voulait vendre la boîte et qu'on oublie le passé.
Comme si on pouvait oublier son passé.
Mais sa femme savait, non, ce qu'il y avait entre vous ? Oui, elle est venue
me voir plusieurs fois dans la loge. Elle m'a menacée, elle disait qu'elle
allait me massacrer, qu'elle allait massacrer Marc aussi.
Et vous ne l'avez jamais prise au sérieux ? Non.
Enfin, je veux dire qu'elle exprimait ce qu'elle ressentait.
Mais elle n'aurait jamais osé s'attaquer à moi.
Elle aimait trop Marc pour faire ça.
Et vous, Olga ? Vous voulez mieux ?
Donc, vous ne
pensez pas que Jean Baker ait pu tuer son mari ?
Je ne sais pas.
Peut-être que oui, après tout.
Elle devait tellement souffrir.
Peut-être qu'elle aurait pu faire ça.
Camille ! Camille ! Je vous ai cherchée partout.
Vous avez fait une de ces pas.
Moi, Michel, vous ne croyez pas que je crève de trouille ?
J'ai compris que je resterais aveugle.
Que vous avez voulu me cacher la vérité pour m'aider à affronter la situation.
Mais ça suffit.
Je ne vous ai jamais menti, Camille.
Je sais, c'est un combat difficile.
N'oubliez pas la seule chose qui compte.
Il y a une chance pour que vous recouvriez la vie.
Alors n'essayez pas à passer, surtout.
J'y crois plus.
J'en peux plus, j'ai plus la force.
N'êtes pas seule, Camille.
Je suis là avec vous.
Vous êtes là, mais pour combien de temps ? Quel intérêt pour vous de rester avec
moi ? Vous avez fait ce que vous jugez être de votre devoir.
Maintenant, laissez-moi.
Laissez-moi avant de m'être complètement indispensable.
Je ne vous abandonnerai jamais, Camille.
Jamais.
Vous savez ce que nous allons faire ?
Nous allons nous battre.
Ensemble.
Ayez confiance en moi comme j'ai confiance en vous et... Nous allons y
arriver.
Je vous le jure.
Merci. Là, il se passe rien.
Rien de bien arrivé.
Sonia, elle sait se défendre, je le sais. Et l'autre enculé, qu'est-ce que
tu veux qu'il lui fasse ? C'est quoi son intérêt de s'adapter à elle ? Rien.
Bon, on aurait dû commencer par là.
Mark Baker n'existe pas. Enfin, je veux dire, il n'existe pas de Mark Baker sur
la liste d'état civil de Columbus, Nebraska.
Un faux passeport. Oui, l'ambassade américaine me l'a rendu et je l'ai
envoyé à l'IG.
Oh putain, déjà on n'avait pas grand-chose et en plus on n'a même plus
son identité.
Mais il a cascoué un peu le barman.
Peut-être qu'il a quelque chose à nous apprendre.
Justement, près de moi, on a un truc à vous apprendre. On s'est tapé le
voisinage des Becker et on est tombé sur un vendeur de primeurs qui a une
boutique juste en face de leur immeuble.
Ouais, il a dit que la nuit du meurtre, il avait entendu le bruit d'une bagnole
qui se garait juste en bas de chez lui. C'était aux alentours de 4h, 4h30.
Un épicien insomniaque ? Non, c'est l'heure à laquelle il se lève pour aller
à Régis.
En fait, il garde toujours une place en bas de chez lui pour les livraisons.
Donc il a jeté un coup d'œil. Il a reconnu une de ses clientes qui habite
dans l'immeuble d'en face. Et cette cliente, c'est Jeanne Baker.
4h30 du matin.
C'est un horaire qui vous permet d'attendre le départ de Raphaël, puis de
rejoindre votre mari.
Je ne suis pas allée au Black Moon.
Alors vous êtes allée où ? Une de mes amies a eu un malaise, elle m'a
téléphoné, je suis allée la voir.
Ok, nom, prénom, adresse ?
Natacha Panathia. Elle habite à deux pas de l'Opéra Garnier.
Natacha Panathia.
Je croyais que vous aviez raccroché, vous.
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Madame Baker, nous savons que votre mari avait
monté un réseau de prostitution, et qu'il se fournissait parmi les jeunes
filles travaillantes au Black Moon.
Mademoiselle Panathia faisant partie de celle-ci, nous ne pouvons pas imaginer
un seul instant que vous puissiez ne pas être au courant.
Pute et mère mackerel.
C'est ce qu'on appelle l'avancement au mérite, ça, non ?
Évidemment, j'étais au courant.
Mais je n'ai jamais joué le moindre rôle dans cette affaire.
Arrêtez de me prendre pour un con.
Vous débarquez en pleine nuit chez une gamine que votre mari vend au plus
offrant. Et vous voulez nous faire croire que vous faites du samu social ?
Vous savez pas de quoi vous parlez.
Tu l'as mieux placée dans cette pièce pour savoir ce qui se passe dans la tête
de Natacha.
Le salopard de pharmacien lui a promis de l'épouser. Elle avait fini par y
croire. Quand il lui a rappelé qu'elle était qu'une pute, elle a craqué.
De mieux en mieux.
Après le samu social...
Masha Biranger.
À votre emploi du temps, à quelle heure avez-vous quitté votre domicile ?
Natacha m'a appelée vers 2h. Le temps de m'habiller, je suis partie tout de
suite. Ce qui ne change pas grand-chose, voyez-vous, entre 2h et 4h30 du matin,
vous aviez largement le temps de faire une petite visite à Mlle Panathia, puis
de rejoindre votre mari au Black Moon.
Je suis restée avec Natacha jusqu'aux alentours de 4h, et puis je suis rentrée
chez moi.
Je ne suis pas allée au Black Moon.
Et quoi que vous en pensiez...
Je n'ai pas tué Marc. C'est un homme difficile.
Il couche avec des filles.
Mais je l'aimais.
Bon.
On va vérifier son alibi auprès de cette Natasha.
S'il n'y avait pas cette histoire de hache, ça ferait bien plonger, mais là,
il y a quelque chose qui cloche.
Vous en pensez quoi, Apollo ? Pas grand-chose.
Allô ? Quoi ? Mais attends, attends, où ça ?
Bon, attendez-moi, j'arrive.
Qu'est-ce qui se passe ? Il faut que je parte.
Je suis là,
mon amour. C'est trop tard, Polo. Il m'a frappé.
J'en pouvais plus.
Dégage, dégage, dégage.
Arrête, Polo, c'est trop tard, je te dis.
Faut que tu me lâches, maintenant.
Qu'est-ce qui t'a pris, merde ? J'aurais mieux fait de pas t'appeler.
Excuse, je suis désolé.
Elle est bien arrangée.
Tout bif, c'est pas s'il pourra s'en sortir.
On a donc conclu que votre mari ne s'appelait pas Marc Becker.
N'avez-vous jamais eu le moindre doute sur son identité ?
C'est impossible.
Marc ne me racontait pas tout.
Je ne peux pas le croire.
Avec son faux passeport, votre mari ne prenait pas le risque de se déplacer à l
'étranger. C'est pourquoi il a eu recours au service de Raphaël pour
rabattre les filles dans les pays de l'Est.
Le Savognon, un bar serbe dans le 12e, ça vous dit quelque chose ? Marc
connaissait le patron.
Durane, Durane, un nom comme ça.
Quel rapport y avait-il entre votre mari et ce Durane ? Marc lui envoyait des
filles.
Oui.
Mais c'est gratuit, allez, dehors, plus vite, plus vite ! Allez, allez !
Franck Sénétisme, t'es mal barré, mon petit Duran.
Tu vas avoir de nombreuses années pour potasser les subtilités du code pénal
français, d'accord ? On mettait juste les clients en contact avec les filles.
Ici, il ne s'est passé rien. Bon, on verra ça. Quel est votre nom de famille
? Vassilievitch.
Bien, monsieur Vassilievitch.
Parlez-nous de Marc Becker.
Qu'est-ce que vous voulez savoir ? Son nom.
Comment ça, son nom ? Je ne comprends pas.
Arrête, Duran.
T'es dans la merde jusqu'au cou et tu continues à faire le combat.
Je te laisse une dernière chance. Et je te répète la question, comment s
'appelait réellement Mark Baker ? Stanic, Mirko, Stanic. Très bien,
nationalité ? Serbe. Pourquoi est-ce qu'il a changé d'identité ? Vu ce qui s
'est passé dans notre pays, on ne peut pas dire qu'on soit très bien vus à l
'étranger. Et Stanic a pu avoir des faux papiers quand il était en Amérique. Il
pensait que c'était lui.
Ça faciliterait les choses d'être pris pour un Américain.
Très bien, quoi d'autre ? Rien, rien.
Stanislas, je ne le connaissais pas plus que ça.
Et puis, entre les Serbes immigrés, on n'aime pas trop parler du passé.
Vous l'avez vu quand, la dernière fois ? La vie de sa mort. Il est passé ici, il
avait pas mal bu.
C'était pourtant pas dans ses habitudes.
Il avait l'air déprimé. Et ça non plus, ça ne lui ressemble pas.
Déprimé, vous voulez dire quoi, déprimé ?
Une histoire de fille, je crois.
Il a dit que c'était une connerie de tomber amoureux.
Parce qu'un jour ou l'autre, on vous trahit.
Olga aurait trahi Marc Becker, ça veut dire quoi, au juste ? Écoute, Polo, si
son mec est sorti d'affaire, c'est déjà une bonne nouvelle pour Sonia.
L'objectif de mes sites sera d'enculer pareil, crois-moi.
Elle aura de quoi faire peur à les jurés.
C'est de dormir.
Demain.
Bonsoir. C'est pour des résultats d'analyse.
Hélène Vallon.
Ce mirentol, tu crois que Polo peut continuer à bosser ? Il faut qu'il enlue
son job et là, il va crever.
Mademoiselle Vallon.
Merci.
Alors ? C'est bon, je suis compatible pour l'agression.
T'es vraiment sûre que t'as envie de faire ça ? Y a quand même des risques,
non ? C'est mon père, Jean-Louis.
Je sais que c'est ton père, mais écoute... Dis-moi, t'hésiterais, toi, si
c'était Nat ?
Mademoiselle Adjilovic, Amila Nea Ionia, Bosnia-Herzégovine.
Pourquoi nous vous dissimulez votre véritable identité, Mademoiselle
Adjilovic ? Becker avait un faux passeport. Il s'appelait Stanic. Il
était serbe, ex-Yougoslave, comme vous.
C'est une drôle de coïncidence, non ? Vous connaissiez Mirko Stanic avant de
venir à Paris. Et vous saviez où le trouver.
Au Black Moon.
Mirko habitait un village voisin de celui de mes parents.
Quand il y a eu la guerre en 93, lui, il n'a pas voulu rester.
Moi, j'avais 13 ans, j'ai continué mes études.
Il y a six mois, un de mes cousins est arrivé à Paris.
Il travaille pour une société française à Sarajevo.
Il est allé dans un bar, fréquenté par des Yougoslaves, et il a reconnu Mirko.
Je croyais qu'on se fréquentait pas beaucoup entre Serbes et Bosniaques.
Qu'est-ce que vous croyez ?
On a toujours vécu ensemble.
À l'étranger, il n'y a plus de différence.
Mirko lui a raconté sa vie.
Il lui a dit qu'il cherchait des filles pour sa boîte.
Vous vouliez partir, vous parliez français, vous avez choisi Paris, puisqu
'un de vos ex-compatriotes pouvait vous fournir un travail.
Je pensais faire ça quelques temps avant de trouver autre chose.
Pourquoi une fausse identité ? Vous croyez que je l'ai choisi, ce travail ?
Je n'avais pas le choix. C'était ça ou je ne partais pas.
Je voulais pas qu'on sache. Je voulais pas laisser la moindre trace de tout ça
derrière moi.
Dans ma région, il y a beaucoup de Hongrois.
C'est très facile de leur acheter un passeport.
Bon, allez.
Calme-toi, Polo. On doit boucler l'enquête.
Allez.
Et vous, Polo, vous en pensez quoi ? Dolga.
Je ne comprends pas pourquoi on s'acharne sur cette pauvre fille quand
on a ce petit fumier de barman et cette mère mackerel qui ont des mobiles grands
comme des camions. Je ne comprends pas.
Exact. Mais Olga a aussi pu tuer Stanich. Il suffisait qu'elle se cache
dans les vestiaires justement en attendant la sortie du petit fumier.
Tant que l'argument qu'elle avance pour justifier son changement d'identité ne
me paraît hier convaincant, voyez-vous, si la pudeur en effet l'empêchait de
dévoiler son véritable patronyme, à défaut...
de son anatomie, pourquoi ne pas avoir utilisé un pseudonyme comme il est usage
dans ce genre d'activités ? Et le sang sur la hache ? Des tueuses inséries, ça
ne coupe pas les rues.
Justement, j'ai peut-être la réponse.
Je viens de voir un capitaine du génie dans sa casque bleue.
Il m'a dit que des haches comme la nôtre, il en avait déjà vu. Vous savez
où ? En ex-Yougoslavie.
Exact.
D'après lui, elles sont de fabrication russe et l'armée yougoslave en était
équipée. Super.
Ça nous avance à quoi ? Capitaine Monroe, si cette hache a servi à tuer
plusieurs personnes, ce n'est pas parce qu'elle a été utilisée par un tueur en
série. Non, c'est parce qu'avant le meurtre de Stanic, elle a été utilisée à
plusieurs reprises lors du conflit.
Yougoslav, un conflit qui, je vous le rappelle, a opposé, dans des conditions
atroces, l'armée serbe à la population bosniaque.
Stanic, les Serbes, mademoiselle Adilovitch. Les Bosniaques.
Mademoiselle Adilovitch.
Nous avons consulté les archives des commissions d'enquête de l'ONU
concernant les crimes de guerre commis en ex-Yougoslavie.
Et plus particulièrement à Janja, votre village d'origine.
Parmi les victimes des massacres de 93, il y en a trois qui portent votre nom.
Adjilovic, c'est un nom très courant là-bas.
Ecoutez mademoiselle, si nous comparons l'ADN des sangs retrouvés sur la hache
avec le vôtre, il sera facile d'établir des liens de parenté.
Cela ne prendra pas plus de 24 heures.
C'était le 8 mai 1993.
Stanic est arrivé dans notre village avec ses hommes.
Il a exigé que tous les bosniaques sonnaient.
Beaucoup ont eu peur et sont partis.
Mais pas mon père.
Mon père voulait discuter.
Il connaissait Stanic, ils avaient travaillé dans la même usine ensemble.
Et Stanic s'en est pris à vos parents ?
Il a pris une hache dans sa voiture.
Il riait.
Il a commencé par mon père.
Mon frère s'est jeté sur lui, alors il l'a tué aussi.
Il a traîné jusqu'à l'intérieur du village pour
que tout le monde puisse voir.
Ensuite, il s'est tourné vers moi.
Il m'a sauvée.
Et il m'a dit, toi, tu peux rester si tu veux.
J'ai refusé d'admettre ce que j'avais vu de mes propres yeux.
J'étais persuadée que mes parents allaient revenir.
Je faisais des cauchemars toute la nuit.
Je voyais cette hache qui s'abattait.
Alors, il a fallu que vous acceptiez la vérité.
Vous avez décidé de trouver Stanice et vous l'avez traqué dans tous les
endroits fréquentés par les Serbes exilés en Europe.
Pourquoi ne pas l'avoir tuée dès que vous l'avez retrouvée ? Je voulais
comprendre.
Je voulais savoir s'il avait des regrets.
Une fois, j'ai même essayé de le demander s'il n'avait pas des choses qu
'il regrettait d'avoir faites.
Mais jamais il ne m'a parlé de ça.
Comme s'il avait tout effacé.
Tout.
Je ne comprends pas.
Comment vous avez pu coucher avec lui ? C'était un monstre.
Mais en même temps, il me disait qu'il m'aimait.
C'était vrai, il m'aimait.
Cette trahison dont Stanic a parlé, c'était quoi ? C'est quand il a
découvert votre véritable identité ? Il est venu chez moi pour fouiller et il
est tombé sur mon vrai passeport.
Et... La... La hache... Vous l'avez
gardée pendant toutes ces années ? Je l'avais enterrée dans le jardin.
J'ai même fini par l'oublier comme tout le reste.
Mais quand j'ai su que Stanic vivait en France, j'ai décidé de l'amener avec
moi.
C'était comme si elle m'attendait.
Il y a encore une chose que je ne m'explique pas, voyez-vous, c'est
comment se fait-il que Stanic se soit agenouillé devant vous avant que vous ne
portiez le premier coup.
Quand il a compris, il n'a pas eu un geste pour se défendre.
Il s'est mis à genoux devant moi.
Il disait qu'il regrettait que c'était la folie de la guerre.
Il disait qu'il m'aimait.
Mais j'ai revu ma famille.
Je ne l'ai pas.
Je les ai tous vus.
Ils oubliaient Stanislas avant de mourir.
J'aimerais pas être à la place de ceux qui auront à la juger. Et ceux qui
auront à la juger se diront qu'ils n'auraient pas aimé être à la nôtre.
Mais comment elle a pu tomber amoureuse de cette pourriture ? L'amour a ses
raisons, que la raison ignore.
Je t'aime
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