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Commandant, bonjour.
C'est la femme de ménage qui a trouvé le corps ce matin.
Il était étendu sur le sol, dans son bureau.
Madame Tramiel, l'infirmière en chef, elle va vous conduire sur le lieu du
crime.
Je compte sur vous.
Merci.
Et le docteur Gallardo faisait quoi dans le centre ? Il était neurologue. C'est
lui qui a créé cet établissement. Le centre est une sorte de trait d'union
entre l'hôpital et l'extérieur.
Ici, nous traitons des malades qui souffrent des séquelles de maladies
neurologiques plus ou moins graves.
L'encadrement est le même que dans un hôpital. Il y a des infirmières, des
médecins, mais notre objectif reste la réinsertion.
Nous appliquons des règles beaucoup plus souples qu'en milieu hospitalier.
Le rapport au patient est individualisé.
Maintenant que le docteur Gallardo est mort, je ne sais pas comment nous allons
faire.
Le centre, c'était lui.
Bon, la prochaine fois qu'on revient ici, il faudra prévoir un stock de
petits cailloux blancs. Parce que moi, je ne sais pas du tout, du tout oĂą on
est. Docteur Valère, je suis neurologue au centre. Je suis... Enfin, j'étais l
'adjoint du docteur Gallardo. Je vous laisse.
Merci. Essayez de me trouver un maximum de renseignements. Et surtout, les
femmes de ménage.
N'ayez crainte, nous n'avons touché à rien. Bien, mademoiselle, maintenant que
la police est lĂ .
Merci.
La victime allongée sur le dos, sexe masculin.
Deux entailles profondes au niveau de la base du cou.
À 24 cm de l'épaule droite, un scalpel.
Jetable, nombreuses traces de préhension sur le manche. Merci.
Au niveau de la pliure du cou de gauche.
Une paire de lunettes.
A première vue, ce sont les siennes.
Pour Gallardo, le retour des patients à leur vie familiale et sociale était
primordial. C'est pour ça qu'il avait créé ce centre.
Il avait énormément travaillé pour en arriver là .
Vous savez si les proches ont été prévenus ? Je ne pense pas. Gallardo et
sa femme ont divorcé il y a un an. Il est parti vivre à l'étranger, en
Espagne, je crois.
Et Julien, son fils est médecin au centre.
On a essayé plusieurs fois de le joindre en vain.
On va se tenir, elle est lĂ .
Bonjour, bon, dites-moi comment ça s'est passé alors ? J'entends un bureau comme
tout matin, et lĂ , docteur Gallardo par terre.
Horrible, sans partout, horrible.
D'accord, ok, vous rentrez dans le bureau, vous découvrez le corps, et
après vous faites quoi ? Qu'est-ce qui vous prend là ? Qu'est-ce qu'il y a
? Demandez quoi, je vous dis que je crie, je crie parce que trop horrible.
Oui d'accord, merci.
Allez, merci.
VoilĂ .
Là , vous avez les noms et les coordonnées du personnel soignant.
Et ça, c'est la liste des malades. Bon, on va éplucher tout ça. On va se
partager les tâches. Hop, et voilà .
Donne un... Oui, et voilĂ .
Vous,
vous faisiez quoi hier soir ? Hier soir ? Euh...
J'étais au restaurant, je fêtais l'anniversaire de ma femme avec quelques
amis.
Tenez, la carte du restaurant, vous pouvez vérifier. Merci.
Cisco ! Je t'ai perdu.
Vous pouvez essayer de me trouver Julien Gallardo, le fils de la victime. Allez-y
avec l'agent, il se peut qu'il ne sache pas pour s'en perdre.
Bonjour, lieutenant Siskowski, régate criminel.
Je suis désolé de vous apprendre que votre père a été assassiné hier au
centre Bellevue, dans son bureau, monsieur Gallardo.
Qu'est-ce que vous racontez, lĂ ? Vous m'aviez dit Ă entrer ? Ouais, ouais,
ouais, à entrer, bien sûr, ouais.
J'ai passé la soirée chez un ami, un ancien camarade de médecine.
Il vient d'obtenir une belle promotion dans l'hôpital où il exerce. On a fêté
ça.
J'ai un peu trop bu.
Je me rappelle plus de grand-chose Ă partir de minuit, d'heure.
C'est lui qui a dĂ» me ramener ici, j'imagine.
Votre père était divorcé, c'est ça ? Ma mère est partie vivre à Barcelone.
Depuis, personne d'autre ? Pas de liaison connue ? Et vous savez, c'était
pas le genre de mon père de parler de sa vie sentimentale.
Je voudrais aller voir.
Vous savez, monsieur Galardon, nous...
Nous avons transporté son corps à l'institut médico-légal pour l'autopsie.
Je suis médecin, je tiendrai le coup. Vous, je le vois, s'il vous plaît.
Prenez votre temps pour vous habiller, je vais vous faire accompagner.
Merci.
Touche finale de l'artiste, épais perse, représentable, même à Ramsès II.
Dis donc, t'as vu cette nouvelle série américaine à la télé ?
C'est une famille américaine d'embaumeurs.
C'est extraordinaire.
Oui, je crois que cette oeuvre capitale ne m'est échappée, voyez-vous.
Ah oui, toi, tu regardes... Non, tu regardes pas la télé, toi.
C'est le théâtre à la colline, c'est la musique à l'IRCAM.
Moi, tu vois, je regarde tous les trucs les plus débiles à la télé. Je peux te
dire, il y en a... J'ai remarqué un truc assez amusant.
Plus l'émission est con, et plus la présentatrice...
Elle a une tĂŞte de salope.
Et ça, ça... Ça m'excite, ça.
Ah, tu peux pas comprendre.
Ici, ici. Bien sûr.
Ben voilà , je crois que nous allons pouvoir tirer les trois coups et élever
le rideau.
Chez Gallardo, vous pouvez y aller.
R-A-Y.
Ok, voilĂ .
Le vrai Daniel, c'est ça ? D'accord.
Ben, merci beaucoup.
Merci, au revoir.
Oui, bonjour, madame.
J'aurais voulu parler Ă Georges Thomas.
Ah. Et vous savez quand est-ce qu'il revient à l'agence ? Euh... C'était pour
l'appartement du boulevard Voltaire, oui.
Euh... Ah ben oui, très bien, jeudi, oui.
16h. C'est parfait.
Merci. Au revoir.
Vous cherchez un appart ? Non, parce que sinon, j'ai une super affaire.
11e, 90 m2, refait à neuf, 5e étage avec ascenseur, garage.
C'est un peu cher pour moi, c'est pour ça que je peux pas le prendre, mais vu
la superficie, c'est vraiment un bon plan. Non, je cherche pas d'appart.
Ah.
C'était le fichier des empreintes qui vous appelait ?
Ils disent que les empreintes qu'ils ont trouvĂ©es sur le scalpel appartiennent Ă
un des patients de Bellevue, un type qui s'appelle Daniel Lebray. Un patient, et
il est fiché pour quoi ? Il est fiché pour Rix, dans des bars à Montpellier.
Jean-Louis Sisko doit ĂŞtre encore lĂ -bas, dites-leur de passer le voie.
Daniel ? Il y a eu un accident hier soir au centre...
Je suis ici avec deux policiers. Ils aimeraient vous poser quelques
questions. Des policiers ? Oui, des policiers.
On peut entrer ? Oui.
Ok, rentrez.
Bonjour, Daniel.
Oui.
Voici le capitaine Scandella et le lieutenant Siskowski de la brigade
criminelle.
La crime.
Vous connaissez ? Oui.
J'adorais les polars, j'en ai lu des quantités industrielles.
D'ailleurs, le dernier bouquin dont je me souviens, c'était une histoire qui
parle de la crime. Une histoire de meurtre assez dégueulasse.
Je vous tire le portrait.
Hein ? C'est pour mes archives.
Poussez-vous. Pardon ? Poussez-vous, s'il vous plaît.
Maintenant ? Jean, oui.
Scandella.
Vous êtes capitaine, vous, c'est ça ? Oui, c'est ça, oui.
Pardon.
Poussez-vous un petit peu.
Poussez-vous, s'il vous plaît.
Et vous, votre nom ? Siskowski.
Siskowski. J'ai un prénom, mais personne n'aime mon prénom.
C'est quand mĂŞme ĂŞtre Sisko.
Sisko.
Et vous, vous ĂŞtes en dessous ?
Oui, je suis en dessous.
Je suis le lieutenant.
J'imagine que le docteur vous a parlé de mon état.
Alors je ne sais pas si je peux vous répondre, mais si je peux vous être
utile. Hein ? Un des médecins du centre a été assassiné, probablement hier soir,
dans son bureau.
Assassiné ici, au centre ? Oui.
Docteur Gallardo.
Gallardo, ça vous dit quelque chose ? Gallardo ?
Galardo.
Galardo.
Galardo.
Non, mais... Galardo.
Non.
Non, non, non, mais je suis désolé, non, je vois pas.
C'est pas grave. C'est pas grave.
Est-ce que vous vous souvenez de ce que vous avez fait la nuit dernière ? Non,
je sais pas ce que vous a dit le docteur Valère à mon sujet, mais... Non, pour
répondre à votre question, je me souviens pas, non ? Enfin, j'imagine
que...
Je me suis couché, j'ai écouté un peu de musique.
Depuis que je ne peux plus regarder la télé ni lire, c'est ce que j'ai dû faire
avant de m'endormir.
C'est l'inter.
Au revoir.
Comme je vous l'ai dit, le vrai n'est pas fou.
Il ne souffre d'aucun trouble mental.
Il est simplement victime de ce qu'on appelle le syndrome de Korsakov. C'est
une destruction de certains neurones dans les tubercules mammilaires.
C'est irréversible.
Bon, d'accord, il oublie les choses au fur et Ă mesure, mais enfin, il y a
quand mĂŞme certains trucs dont il se souvient.
Le polar, par exemple. Il se souvenait l'avoir lu.
Il se souvenait mĂŞme de l'histoire.
Lebray a 39 ans, la maladie s'est déclarée en 98.
Ses derniers souvenirs remontent à cette année-là . Jusque-là , il se rappelle
tout. Ce bouquin, il l'avait lu avant cette date. VoilĂ tout.
Lebray est entré au centre en 98, c'est ça ? Non, il a été transféré du CHU de
Montpellier il y a six mois.
Gallardo pensait qu'il était tout à fait réinsérable à condition d'aménager cette
réinsertion et surtout d'organiser un suivi thérapeutique adapté à son cas.
Et quand Gallardo s'est occupé de lui, ça se passait bien ?
C'est moi qui le suivais.
Galardo ne s'est occupé que de son transfert. Mais comment expliquer qu'on
ait retrouvé les empreintes de Lebray sur le scalpel de Galardo ? Aucune idée.
Ce scalpel, c'était un objet fétiche pour Galardo.
C'était son premier mystery.
Il le gardait en permanence sur son bureau, sans servir de coup de papier.
Bon.
Cherchez la femme. Si Galardo était célibataire, il y a forcément une
gonzasse quelque part.
En tout cas, Lebray n'a pas pu tuer Galardo tout seul.
Et puis son état.
À moins que... À moins qu'il y ait quelqu'un derrière lui. Tu veux dire
quoi, ça ? Manipulation ? Quelqu'un se sera servi de lui pour le faire à sa
place ? Pourquoi pas ? En plus, avec
le vrai, au moins, le type n'aura pas peur de se faire dénoncer plus tard.
Pourquoi ? Le vrai ne s'en souviendra mĂŞme pas lui-mĂŞme.
C'est vrai.
Mais s'il y a un rapport entre le vrai et le tueur, il y a forcément une trace
de lui chez le vrai.
Une photo, par exemple.
VoilĂ .
Ça va.
Tu penses ça ? Bon,
alors, lĂ ... Alors ? C'est Ă gauche.
Non, Ă droite.
C'est Ă gauche.
Ă€ droite.
Oui, Ă droite.
C'est Ă gauche. Pourquoi Ă gauche ? Pourquoi Ă droite ? Pourquoi pas ? Bon,
attends, j'ai été louveteau pendant six mois, d'accord ? C'est à droite.
Non, attends.
Mademoiselle, est-ce que la chambre de M. Lebray ? C'est tout droit.
Cisco, scandéla, policier, meurtre, docteur Gallardo.
Un meurtre, ça s'est passé quand ? Ça s'est passé hier, M. Lebray, hier soir,
dans le bureau du docteur Gallardo.
C'était un médecin du centre, c'est ça ? Oui, M.
Lebray. Je peux vous offrir un thé ? Avec plaisir.
Nous sommes... Ah, d'accord. Bon, ben oui.
Nous aimerions, M. Lebray, relever les noms qu'il y a sur toutes vos photos.
Est-ce que vous y voyez un inconvénient ? Vous pensez que le crime a un rapport
avec moi ? Pas du tout. Pas du tout.
Simplement, nous sommes policiers et notre métier est d'explorer toutes les
pistes. Vous comprenez ? Comme vous voudrez, allez-y.
Le docteur Ballard nous a expliqué pour votre maladie.
Après mon grave accident de la route en 98.
Un accident de la route ? En 98.
On me rappelle plus les circonstances, mais c'est Ă partir de ce moment-lĂ que
je suis devenu amnésique permanent.
Mais... Et avant ? Vous voulez que je vous raconte ma vie ? Non, merci, non.
Un petit résumé.
Bah, rien de bien palpitant.
Je suis né à Montpellier.
Ma mère était VRP, ma mère était femme au foyer.
J'étais un gosse très perturbé.
Plutôt l'inverse de mon frère, qui était plutôt genre premier de la classe.
J'ai emmerdĂ© mes parents toute mon enfance et mon adolescence. Et puis, Ă
18 ans...
Je me suis barré, j'ai enchaîné les boulots sans intérêt et Corsacoff m'est
tombé dessus.
Fin de l'histoire.
Vous voulez peut-être un peu de lait dans votre thé ? Pour moi, nature.
Et votre frère, vous le voyez toujours ? Mon frère, c'était un gros bosseur, il
est devenu médecin. Il est surtout devenu très con. On s'est brouillé juste
avant mon accident.
Je ne sais pas si je l'ai revu.
Faudrait que je vérifie.
Marie, c'est pareil, je sais pas si je l'ai revue.
Marie ? Marie.
C'est la chose qu'elle plus comptait dans ma vie. C'est grâce à elle que j'ai
arrêté de boire.
Si elle pas eu ce putain accident de la route... Je peux vous poser une
petite question ? Bien sûr, bien sûr, vas-y.
La Coupe du Monde, en 98.
On l'a gagnée, ou pas ?
Salinas confirme que le docteur Gallardo a bien été égorgé. Il en est mort.
Merci. Bon, on a quoi sur Gallardo ? J'ai son agenda, rien de spécial, sauf
des dîners réguliers avec quelqu'un dont les initiales sont CT.
Et à part son boulot, rien, sinon qu'il était inscrit dans un club de tennis.
Il est un peu tard pour y aller.
Et chez Lebray, on a trouvé quelque chose ? Chez Lebray, moi j'ai relevé les
noms sur les polas.
Alors, une grande majorité de personnels soignants, aucune de galardos. Alors, si
quelqu'un a effectivement manipulé le vrai, ce quelqu'un a peut-être fait
disparaître les traces du tout-bib pour éviter toute réminiscence même fugitive.
Ouais.
Bon, et cette fille-là , Marie, dont il nous a parlé, on a trouvé quelque chose
? Non, non, rien. A belle vue, personne ne la connaît. Et le frère Lebray ? J'ai
appelé à son domicile, à son bureau, je suis tombée sur des répondeurs.
J'ai laissé des messages et j'attends qu'ils nous rappellent.
Bien, écoutez, on continue, hein ? On continue.
Dis-donc, toi, et mon invitation au resto, alors ? Ah, j'ai bien peur que ce
soir, ce ne soit pas possible.
Tu vois l'autre gland, je dis ça ? Jean-Louis, l'autre gland s'appelle
Marc. Et alors ? L'un n'empĂŞche pas l'autre.
Pas vrai, c'est des répondeurs portables qu'on a maintenant, c'est plus des
téléphones, y'a que les messageries.
C'est quoi le problème, lieutenant ? J'suis sûr que j'en ai là .
Ah, le problème, j'en ai ! C'est que je suis devant le Mario, depuis une plombe,
pour savoir quand est-ce qu'on aura les résultats de la myosynthèse, et t'as pas
moyen.
Wow.
Je sais pas moi, je vais les avoir quoi, au journal de France 2 ? C'est vrai que
c'est pas très bon.
C'est ça.
Toi aussi, tu es d'accord avec moi ? C'est très mauvais. D'accord ? Attends,
mets-toi Ă sa place.
Le médecin lui dit que le moum est normal, donc forcément, elle se pose des
questions. Elle se demande s'il est vraiment de toi.
Oui. Mais tant qu'il n'est pas de toi... Bon, Cisco, tranquillisez-vous. Rentrez
chez vous, buvez un coup. Enfin, vous arceauillez pas trop, parce que demain,
j'ai besoin de vous.
Et puis, toi, je passe le bonjour au gland de ta part.
Passez dès que possible au 36, qu'il y a des orfères. Vous demandez le
commandant, le marchand.
C'est ça, merci, à demain.
Extinction des feux, Michel.
Je viens d'avoir l'épouse de Bertrand Lebray, le frère de Daniel Lebray. Il se
propose de passer demain.
Parfait.
Ça a à voir avec le centre Bellevue ? Non, non, disons que c'est une recherche
de documentation personnelle.
Bon, ben...
Je ne laisse plus qu'à vous souhaiter une bonne soirée. Bonsoir, commandant.
J'ai pris un rendez-vous avec mon père demain.
Et alors ? Tu lui as parlé ? Non.
J'ai su qu'il était agent immobilier.
Je vais visiter un appartement incognito.
Comme ça, si j'ai pas envie de lui parler... Ouais, mais tu vas lui parler,
Hélène.
Quand tu seras devant lui, tu pourras pas t'empĂŞcher, tu verras.
Je suis sûr que ça va bien se passer.
Faut pas que tu t'inquiètes.
C'est son mec ? Putain, qu'est-ce que ça peut te foutre ? Oh, ça va, j'ai rien
dit.
Bon, Ă demain.
Ouais, c'est ça, à demain.
Vous attendez quoi ? Que je la lise ? J'ai cru bien faire en vous proposant
cet établissement. Je me suis peut-être trompé.
Prenez au moins le temps de la réflexion.
Vous n'êtes pas obligé de vous décider tout de suite.
Est-ce que vous imaginez que je vais écouter vos conseils ? Oui.
Si cette solution ne vous convient pas, il va y en avoir d'autres.
Je trouverai.
Laissez tomber.
Mes beaux-parents et mon mari ont été assassinés.
Et grâce à vous, je vais sûrement rester aveugle.
Vous cherchez quoi ? À vous racheter ? Vous n'en avez pas les moyens,
commandant. Non, je veux tout simplement vous aider.
Vous ne voulez pas m'aider, c'est mĂŞme tout le contraire.
Vous cherchez Ă soulager votre conscience.
Et vous voudriez que moi, je vous aide.
En acceptant de vous écouter.
Vous ne comptez pas sur moi.
Maintenant, laissez-moi seule.
S'il vous plaît.
Au revoir.
Alex ? Tu m'as fait peur.
Qu'est-ce que tu fais dans le noir ? Tu te fous de moi, Mario ? Ça fait des
heures que je cherche à te joindre pour voir les résultats d'analyse.
Tu réponds nulle part.
Mais tout va bien.
Et pour la myosynthèse, j'aurai les résultats dans 15 jours, le labo est
débordé. Ah bah super, alors.
Écoute, j'ai essayé de te joindre plusieurs fois, mais je suis tombée sur
ton répondeur.
Je suis allée chez le médecin, et puis en sortant, j'avais envie d'aller voir
Julie.
On a bu un thé, on s'est remplis frais de gâteau, on a fumé un petit pétard, et
voilĂ , j'ai pas vu le temps passer.
Vous avez fumé un petit pétard ? Qu'est-ce qui te prend ?
Oh non Alex, tu peux pas commencer.
C'est toi, c'est moi qui le fabrique.
Alors tu vas pas essayer de me culpabiliser Ă chaque fois que je ne
suis pas Laurence Pernoud Ă la lettre, d'accord ? Toi qui le fabrique, ben on
dirait pas.
VoilĂ . Je sais pas Mario, moi si tu le voulais pas, ce gosse fallait le dire
tout de suite.
Si tu te trouves trop vieille, si tu le fais pour moi, si tout ça s'entend
merde, ben il fallait pas le faire, voilĂ .
Merde.
C'est immonde ce que tu viens de dire lĂ .
Je... Madame Lebray.
Votre mari a-t-il connaissance de la maladie dont souffre son frère ? Bien
sûr. Il était sa seule famille et c'est lui qui s'est occupé de son
hospitalisation à Montpellier après l'accident.
Mon beau-frère a Ă©tĂ© un enfant très difficile et il a fait vivre l'enfer Ă
toute sa famille.
Et Bertrand ne lui a jamais pardonné de ne pas être venu à l'enterrement de
leurs parents.
J'ai bien essayé de faire en sorte que Bertrand vienne le voir, qu'il pouvait
faire un effort étant donné l'état de Daniel, mais il a toujours refusé.
Monsieur Lebrun nous a parlé d'une certaine Marie dont nous n'avons pas pu
retrouver la trace. Seriez-vous nous dire de qui il s'agit ? Marie ? Oui.
Bien sûr, je me souviens.
D'après ce que nous avons cru comprendre, il s'agissait de la petite
amie. De Daniel Lebray.
C'était une fille un peu paumée.
Daniel l'avait rencontrée dans un bar.
Ça a été le coup de foudre.
Ils ont vécu ensemble environ un an et ils ont décidé de se marier.
Vous voulez dire que Daniel Lebray était marié ? Non, c'est pas exactement ça.
Enfin, pas officiellement.
En fait, ils ont loué un restaurant et c'est un ami qui les a unis.
Après la fête, quand ils sont rentrés chez eux, il y a eu cet accident.
Et Daniel a eu un grave traumatisme crânien.
Et Sam ? Sa femme ? Elle s'en est sortie avec quelques contusions et une coude
cassée.
Une fois soignée, elle est sortie de l'hôpital et on n'a plus jamais entendu
parler d'elle.
Oui, entrez.
Faites l'entrée.
Qu'est-ce que tu fais ici ? T'avais dit de ne pas venir.
Père Trance, ça peut plus continuer comme ça. Allez, viens.
J'espère que vous avez appris ce que vous vouliez savoir, parce qu'à partir
de maintenant, c'est Ă mon avocat qu'il faudra vous adresser.
Monsieur Lebray, nos intentions se bandent Ă recueillir des informations
sur le passé de votre frère et sur lui seul.
Nous savons par exemple qu'il était fiché pour rire sa répétition. Daniel
est un être foncièrement mauvais.
Il ne se complaît que dans les insultes et les coups.
Je n'ai plus de frère depuis longtemps, vous savez.
VoilĂ , j'ai plus rien Ă ajouter.
C'est à cause de l'autre con que t'es de bonne humeur comme ça ? Lâche-moi avec
Marc. Dis-moi plutĂ´t, je sais pas moi, qu'aujourd'hui je te fais beaucoup d
'effets. Tu sais ce que j'en pense.
T'es tellement mieux Ă poil.
Bien, j'ai contacté le SRPJ de Montpellier pour qu'il fasse une
recherche un peu plus poussée sur l'accident de Lebray. Et si nous
retrouvons cette fameuse Marie, elle nous en apprendra certainement un petit
peu plus sur lui.
Ouais, une chasse aux fantômes. Et elle existe vraiment, cette mystérieuse Marie
? Madame Lebray me l'a confirmé.
Tout Ă l'heure, quoi qu'il en soit, si nous voulons poursuivre sur cette piste,
il n'y a que cette option qui nous permet de remonter dans le passé de
Lebray, puisque lui-mĂŞme en est incapable.
Il n'y a pas que la piste Lebray.
C'est-Ă -dire ? J'ai eu le club de tennis de Gallardo.
Il payait deux abonnements.
Un pour lui et un au nom d'une certaine Catherine Tramiel.
Qui est-ce ? L'infirmière en chef qui nous a reçus à Bellevue.
Comme par hasard, les initiales de Catherine Tramiel, ça donne ? C'était
comme les dîners notés dans l'agenda de Gallardo.
D'après le planning du club, elle a réservé un cours aujourd'hui.
En moins d'une heure.
Eh bien très bien, puisque nous sommes très en forme, nous y allons.
Monsieur Gallardo et Madame Tramiel viennent chaque semaine pour une partie
et ensuite ils prennent un verre au clubhouse.
D'ailleurs, il me semble que j'ai perçu Madame Tramiel tout à l'heure.
Je tiens Ă vous dire que M. Gallardo est un excellent client et que je... Vous
pouvez ouvrir, s'il vous plaît.
Pardon, permettez.
Ben voilĂ .
Bonjour.
Réservatifs ? Poppers ? Vous jouiez simplement au tennis avec ce bon docteur
Gallardo ? Ou alors... Nous étions amants, c'est vrai.
Vous vous permettez ? Oui.
Ça se passait où ? Dans les vestiaires ? Nous allions à l'hôtel, à deux pas d
'ici.
Pourquoi ne pas nous avoir dit que vous étiez la maîtresse du docteur Gallardo ?
Vous ne me l'avez pas demandé.
Ne le prenez pas sur ce ton, Madame Tramiel. Il se trouve que nous avons
gardé votre emploi du temps et que vous étiez de service au Bellevue.
Ce qui fait de vous... un suspect très acceptable.
Je n'ai pas tué Antoine.
Je l'aimais.
Vous savez ce que ça veut dire ? Pourquoi j'aurais fait une chose
pareille ? Vous couchez ensemble depuis combien de temps ? Un peu plus d'un an.
Bon, écoutez, si je ne vous ai rien dit pour Antoine et moi, c'est parce que je
suis en pleine procédure judiciaire pour la garde de ma fille.
Mon ex-mari est prĂŞt Ă tout pour l'obtenir. J'ai pas envie qu'il se serve
de ça pour me discréditer.
On retrouve votre amant égorgé et le lendemain vous faites un petit tennis,
suivi d'un petit déj comme ça tranquille. Je peux pas me laisser
aller, il faut que je m'accroche.
Ne serait-ce que pour ma fille.
Oui bien sûr.
Vous perdez votre temps.
Vous feriez mieux de chercher l'assassin.
Au lieu d'échafauter des scénarios complètement absurdes.
Vous avez une autre idée ? Non mais... Non mais quoi ? Bon évidemment ça prouve
rien, c'est sûrement pas lui.
Lui qui ?
Julien Gallardo.
Le fils d'Antoine. Non mais de toute façon, ça tient pas debout.
Laissez-nous juger de ce qui tient debout.
Antoine m'avait dit qu'il devait voir Julien le soir où il est assassiné.
Ben voilĂ .
Monsieur Gallardo, pourquoi ne pas nous avoir dit que vous deviez passer au
centre Bellevue le soir du meurtre de votre père ? Qui vous a dit ça ? L
'infirmière-chef, Catherine Tramiel.
Elle a eu un peu de mal à le cracher, mais bon... Ça m'étonne pas d'elle.
Monsieur Gallardo, que vos rapports avec Catherine Tramiel soient bons ou
mauvais, on s'en cogne complètement.
Ce qu'on veut savoir, c'est si vous deviez passer au centre, et si vous
étiez au centre, le soir où votre père s'est fait trancher les carotides par
son bistouri fétiche.
Cette femme est ignoble.
Monsieur Gallardo,
Monsieur Gallardo, est-ce que vous saviez que Catherine Tramiel était la
maîtresse de votre père ? Elle vous en a dit des choses.
C'est pour discuter, restez en place, monsieur Gallardo. Monsieur Gallardo, c
'est pour discuter de ses relations avec son infirmière-chef que vous êtes allé
voir votre père ce soir-là ? C'était au sujet d'un de mes patients, il voulait
consulter son dossier médical et me demander mon avis à son sujet.
Pourquoi pas l'avoir dit ? Je n'ai pas tué mon père.
Parfait !
Alors qui ? Je n'en sais rien.
Mais ce que je sais, c'est que vous feriez mieux de regarder du côté de
cette femme.
Très bien.
On vous écoute.
Mon père, il s'en moquait complètement.
Ce qu'elle voyait, c'était surtout la réputation, l'argent, le statut social.
C'est ce qu'elle pouvait rĂŞver de mieux pour sa fille.
Je l'avais dit à mon père.
Elle savait très bien ce que je pensais d'elle.
Pas étonnant qu'elle fasse tout pour m'enfoncer à présent. Monsieur Gallardo,
restez en place.
Monsieur Gallardo, une chose m'échappe.
Si elle couchait avec lui par intérêt, pourquoi le tuer ? Depuis quelques
temps, mon père voulait revoir ma mère.
Il regrettait d'avoir divorcé.
Il avait décidé d'aller la voir à Barcelone.
J'ai eu plusieurs fois maman au téléphone à ce sujet. Je suis sûr qu'ils
allaient se remettre ensemble.
Et ça ?
Catherine Tramiel le savait ? J'imagine.
Et alors forcément, elle a compris qu'elle était en train de tout perdre.
De ? Tout perdre. Restez en place, M. Gallardo.
Oui.
Une confrontation entre Catherine Tramiel et Julien Gallardo ? Oui, oui,
oui, pourquoi pas.
Écoute, je ne serai pas là tout de suite, alors vous commencez sans moi.
D'accord ? À tout à l'heure.
Comme vous pouvez le voir, c'est un appartement très lumineux.
L'avantage, c'est que la majorité des pièces ne donnent pas sur le boulevard,
ce qui limite considérablement les nuisances sonores.
Mais de toute façon, c'est du double vitrage partout.
Voilà , de ce côté-là , vous pouvez être tranquille.
Alors lĂ , pour terminer, il y a encore une chambre qui, vu sa disposition,
serait idéale pour une chambre d'enfant. Voilà .
Est-ce que vous avez des enfants ? Non.
Et vous ? Moi non plus, non plus.
Malheureusement. C'est un des grands regrets de ma vie.
Enfin, moi c'est trop tard, mais vous, vous avez encore largement le temps.
Je voudrais encore prendre quelques renseignements pour votre dossier, votre
nom.
Je m'appelle Hélène Vallon.
Val.
Mais je pourrais tout aussi bien m'appeler... Hélène Belmont.
Je vous demande pardon.
Agathe Belmont était ma mère et... Et... Il se pourrait
bien que vous soyez mon père.
Cette lettre était dans mon dossier à la DAS.
J'en ai pris connaissance il y a quelques semaines.
C'est inimaginable.
Je n'arrive pas Ă croire qu'Agathe ait pu vous abandonner.
Vous l'avez fait avant elle.
Excusez-moi, mais il faut que vous me croyez. Si j'avais su, jamais je n
'aurais laissé Agathe faire ça.
C'est monstrueux.
Oui. C'est pas terrible, en effet.
J'avais 20 ans. Je n'étais pas prêt pour avoir un enfant.
Puis Agathe est tombée enceinte.
C'était l'époque des faiseuses d'anges.
Agathe ne voulait pas entendre parler de ça.
J'ai bien essayé de me faire à l'idée de devenir père, mais c'était trop long.
Je n'ai pas réussi.
Quatre mois après ma naissance.
Vous savez, quand j'ai rencontré ma femme actuelle, j'étais plus âgé.
Elle avait déjà deux petits garçons. Je les ai élevés comme mes propres fils.
Si j'avais su ce qu'Agathe vous avait fait, je... Je suis désolé, je...
Vous en avez déjà dit beaucoup.
On a eu Mme Gallardo au téléphone qui nous a confirmé que son mari et elle
voulaient reprendre leur vie commune.
Docteur Gallardo, allez-vous quitter ?
Pour retourner vivre avec sa femme.
Le soir du meurtre, vous ĂŞtes de garde.
Vous allez voir Gallardo pour le faire changer d'avis.
La discussion tourne mal.
Un accès de rage.
Et vous le tuez.
LĂ , vous vous rendez compte de ce que vous venez de faire. Vous voulez faire
porter le chapeau Ă Lebray en lui faisant toucher l'escalpel avant de le
remettre sur le bureau.
Vous êtes complètement fou.
Jamais j'aurais fait une chose pareille.
Oui, mais... Madame Tramiel, vous saviez que le docteur Gallardo
voulait vous quitter ? Je l'ai appris le soir du meurtre.
Évidemment, j'ai voulu en parler avec Antoine, mais j'ai pas pu le faire.
On a eu une nuit très difficile avec plusieurs patients.
On était complètement débordés.
C'est toi qui leur as mis cette idée en tête, c'est ça ? Tu t'es gêné, toi, pour
leur balancer mon rendez-vous avec papa ? On se calme et on répond aux
questions.
Mais au fait, comment avez-vous appris la décision du docteur Gallardo ?
Par une patiente.
Une patiente ? Et comment était le courant de cette patiente ? C'est Julien
qui lui a dit.
Il faut dire qu'il couche avec elle.
Antoine n'aurait jamais permis une chose pareille.
Julien avait beau être son fils, il n'aurait pas hésité à prévenir le
conseil de l'ordre.
C'est probablement pour lui annoncer sa décision qu'il a voulu le voir ce soir
-lĂ .
Ça suffit maintenant ! Allez ! Allez, vite ! Regardez à vue tous les deux !
Vous arrĂŞtez peut-ĂŞtre de nous raconter des conneries. Allez ! Allez, allez,
allez !
Si
Gallardo avait promis le conseil de l'ordre, son fiston pouvait dire adieu Ă
sa carrière.
Ce qui lui donne un mobile aussi valable que celui de Catherine Tramiel.
Maintenant, lequel des deux va craquer le premier ? Comment ça s'est passé ?
Oui, ils sont aussi clairs l'un que l'autre, je les ai foutus en garde Ă
vue. Ok, je vais me rafraîchir un peu et on fait un point.
Attends.
Ça va ? Oui, beaucoup mieux, merci.
Je crois que j'ai compris.
En fait, vous avez eu une aventure ensemble, et maintenant, avec le mec qu
'on a vu sur le parking.
Jamais tu lâches le morceau, toi ?
Ah mais c'était pas une question, j'attends pas de réponse.
Je vais le faire quand mĂŞme. Oui, on a eu une aventure.
On s'est arrêté avant qu'elle rencontre l'autre con.
Contrairement Ă ce que tu imagines, je suis pas jaloux du tout.
Mais j'imagine rien.
Tant mieux.
Je constate, c'est tout.
Je te ferai un café. Non.
Bon Hélène, je m'en branle, si tu savais.
Si vraiment on doit aller Ă la noce, laisse-moi le temps de m'acheter un
costard sur mesure.
Pourquoi la mairie ? J'ai retrouvé mon père.
Quoi ? Il y a une heure.
Il est agent immobilier.
Il est marié, il a élevé deux enfants.
Pour l'instant, c'est tout ce que je sais.
Merde.
Merde, je ne sais pas encore.
Ah, il n'y a rien à l'équipe ? Évidemment.
Vous n'avez pas l'air de comprendre.
Il a retrouvé son père, c'est énorme. Son père, son père. C'est son père, non
? Pas du tout. C'est son père, c'est quoi son père ? Bon, en résumé, Gallardo
et Tramiel ont le même mobile, le même scénario. Une discussion qui tourne mal
et le ou la meurtrière se démerde pour que Lebray dépose ses empreintes sur le
scalpel pour faire croire que c'est lui. Le capitaine Scandella semble négliger
un détail.
Le choix d'un malade comme Lebray ne résiste pas au simple bon sens. En
effet, comment imaginer que nous n'allions pas nous poser la question de
savoir comment Lebray aurait bien pu s'y prendre ?
Justement, il pensait qu'on se poserait la question et donc qu'on abandonnerait
cette piste.
C'est quoi l'idée, Michel ? Je suis convaincu que c'est chez Lebray que se
trouve l'indice qui nous permettra de compléter le puzzle.
Non, on y est dû aller et on n'a rien trouvé.
Précisément, c'est dans ce que nous n'avons pas trouvé que se trouve la clé
de l'énigme. Le lieutenant Siskowski l'a fait remarquer tout de suite, lui.
Quelle est la personne importante du centre Bellevue qui ne figure sur aucune
des photographies prises par Lebray ? Galardo.
Exactement. D'où la théorie du manipulateur qui aurait effacé toute
référence au docteur Galardo dans les archives mémorielles de Lebray.
Solution radicale pour se mettre définitivement à l'abri. Bon, et ça nous
mène où tout ça ? Faisons tout simplement ce que le manipulateur aurait
voulu éviter.
Montrons une photo du docteur Gallardo Ă Le Bray.
Ok, on tente le coup, Michel.
Ah, pour ceux que ça intéresse, mon père s'appelle Georges Thomas.
Poussez-vous là , s'il vous plaît.
Poussez-vous.
Votre nom, c'est quoi ? Commandant Le Marchand. Commandant Le Marchand.
Commandant Le Marchand. Le Marchand.
Commandant Le Marchand. Commandant Le Marchand, oui.
Bien, si vous avez terminé, le Commandant Le Marchand aimerait vous
montrer quelque chose. Monsieur Lebray ? Attendez un instant, s'il vous plaît.
Bien.
Ce visage vous rappelle-t-il quelque chose ou quelqu'un ? Attendez.
Ce qui est remarquable avec les cons, c'est qu'ils vieillissent vraiment très
mal.
Elle date de quand, cette photo de Bertrand ? De Bertrand ? Oui, Bertrand,
mon frère.
C'est vrai qu'aux lunettes près, la ressemblance est assez prononcée.
C'est un symptôme assez fréquent du syndrome de Korsakoff.
On appelle ça la confabulation autobiographique.
Et le sujet confond les gens dont il a le souvenir avec ceux du présent. Vous
voulez dire que Lebray aurait pu confondre Gallardo avec son frère ? C
'est tout Ă fait possible, en effet.
l'accident de voiture de Lebray.
Il avait bien avec lui une jeune femme du nom de Marie Mancini, serveuse dans
un bar Ă la Grande Motte.
Voilà . Alors, l'hôpital a bien gardé des traces d'une Marie Mancini qui a été
hospitalisée pour échymoses et fractures d'une côte flottante sans gravité.
Elle en est partie le lendemain de son admission.
Depuis lors, pas de nouvelles.
Et j'ai fait une recherche d'état civil. J'attends la réponse.
Bon, revenons à l'hypothèse Lebray.
Tu cherchais un petit verre d'eau, toi, quand mĂŞme.
Ah oui, j'ai bien, j'ai pas la tĂŞte.
Considérons le fait que le docteur Gallardo et Bertrand Lebray se
ressemblent physiquement.
Nous savons dĂ©jĂ que Daniel Lebray dĂ©teste son frère. Il nous reste Ă
envisager la possibilité suivante.
Daniel Lebray a pris le docteur Gallardo pour son propre frère.
Vous ĂŞtes en train de nous dire que c'est Lebray tout seul qui a fait le
coup parce qu'il a confondu les deux ? Mais attendez, même s'il déteste son
frère... Est-ce que la libide est un peu mince ? Il y a peut-être quelque chose
dans le passé de Daniel Lebray qui pourrait t'expliquer pourquoi.
Il éprouve une véritable haine pour son frère. Ah oui, quelque chose dont il se
souvient parfaitement et qu'il nous cache.
Même si la vérité, comment Lebray s'est démerdé pour agir seul ? Enfin, même si
on admet cette hypothèse, on la vérifie comment ? Organisons une rencontre du
genre fortuite entre les deux frères et examinons leur réaction.
Comprenez bien que mon client a certes accepté de se rendre à votre
convocation, mais qu'il reste libre de ne pas répondre à des questions
concernant des faits qui ne concernent tant rien.
Bien, mais donnez-nous au moins une dernière chance de trouver les mots qui
vont nous permettre de convaincre M.
Le Bray de coopérer avec nous, maître.
Écoute-moi bien, espèce de salaud ! Si tu touches ta mariée, je te crève, t
'entends ? Je laisserai pas t'approcher.
Ne t'inquiète pas.
Je t'aime.
Julia, je veille sur toi.
Raconte n'importe quoi, c'est un alcoolique.
Il est devenu complètement fou.
Qu'en pensez-vous, madame Lebray ? Laissez-la tranquille.
Vous voyez bien que ce fou l'a terrorisée.
Elle n'est pas en état de répondre à vos questions.
Votre frère n'est pas fou, Lebray.
Malade, oui, sûrement, mais pas fou. Et vous savez très bien.
Madame Lebray, ou plutĂ´t devrais-je dire Marie.
Marie Mancini.
Dites-moi la vérité, je vous prie.
Que s'est-il passé après cet accident ? Vous avez eu la paix ! Arrête, Bertrand.
Ça fait trop longtemps que ça dure, il faut en finir avec tous ces mensonges.
Ils m'aimaient tous les deux, et moi aussi je les aimais.
Mais Daniel était imprévisible, coléreux. Il buvait aussi beaucoup trop.
Lors de notre mariage dans ce restaurant, Bertrand m'a prise Ă part.
Il m'a montré cette bague.
Et il m'a dit que lui, c'était un vrai mariage qu'il prévoyait pour nous.
Une vraie vie Ă deux.
Sans hurlements, sans cris, sans beuveries, sans violence.
Daniel nous a surpris.
Ils se sont battus, mais c'est Daniel qui a eu le dessus. Il m'a entraîné de
force dans la voiture et il a démarré.
Il conduisait comme un fou.
Il hurlait.
Il ne voulait pas que Bertrand me touche.
Il m'aimait qu'il veillerait sur moi, qu'il serait toujours lĂ .
Depuis l'accident.
Votre futur mari est venu vous chercher Ă l'hĂ´pital.
Et vous l'avez suivi ? Nous avons quitté Montpellier et nous sommes venus nous
installer ici, loin de Daniel.
Il y a six mois, le docteur Gallardo a appelé à la maison.
Il venait de faire transférer Daniel dans son centre.
Il avait fait des recherches et souhaitait que nous venions le voir ne
serait-ce qu'une fois. Alors vous n'avez rien dit à votre mari, vous y êtes allé
seul. Daniel vous a vu ensemble.
Vous et le docteur Gallardo, mais la ressemblance entre le docteur Gallardo
et Bertrand est telle qu'elle l'égare, qu'elle le trompe et qu'il croit vous
voir en compagnie de son frère.
Daniel a dĂ» faire des photos, non, lors de cette rencontre ? Oui.
Il nous a regardés longtemps, il était très agité, très nerveux.
Il a pris une photo et il a disparu brusquement.
Je ne l'ai plus jamais revu depuis ce jour-là . Seulement, nous avons cherché
chez lui et nous n'avons trouvé ni photo du docteur Gallardo, ni photo de vous.
Mais parce qu'il reste un endroit auquel nous n'avons pas pensé.
Vous êtes une collègue du commandant Lemarchand, c'est ça ? C'est exact.
Monsieur Lebray, puis-je vous demander de, s'il vous plaît, doter votre veste
et votre chemise ? Docteur Valère, elle vous a pas expliqué de quoi je
souffrais, ou ? Si.
Du syndrome de Korsakov.
Vous perdez la mémoire en permanence. Oui.
Nous sommes au courant, oui.
Monsieur Lebray, qu'y a-t-il de si important sous votre chemise ? Non, mais
ça, c'est des choses... Des choses qu'il faut pas que j'oublie, c'est...
C'est des pensées secrètes, intimes, je... Vous pouvez pas me demander ça,
là , hein ? Y a des photos, c'est ça ? Je sais plus, moi.
Je sais plus.
S'il vous plaît.
S'il vous plaît. Mais arrêtez, je sais pas ! S'il vous plaît.
Allez.
Je sais plus.
Je sais plus.
Un, Marie est ta femme.
Deux, Bertrand veut te la prendre.
Trois, il faut tuer Bertrand.
Bertrand t'a enfermé à l'hôpital, il va te prendre Marie.
Début escalier, perçu d'escalier, itinéraire détaillé pour se rendre au
bureau du docteur Gallardo.
C'est une photo du docteur Gallardo.
Elle a été prise juste après sa mort.
Je suis désolé, Mario.
Je vends pas ce qui m'a pris.
N'en parlons plus, j'ai déjà oublié.
Moi, j'ai rien oublié.
Depuis... notre première rencontre dans ce club de jeux... jusqu'à aujourd'hui.
Toute notre vie ensemble.
J'ai rien oublié.
Rien.
Génial.
Comme ça, tu vas pouvoir raconter à notre enfant quelle femme merveilleuse
je suis.
Et ce que j'ai dĂ» endurer Ă cause d'un type comme toi.
Je sais.
J'ai juste eu la trouille.
Je me suis dit qu'il se passait peut-ĂŞtre quelque chose de grave avec le
petit. Franchement, Alex.
Est-ce que tu crois que s'il y avait quelque chose de grave, je te le dirais
pas ?
Mais il faut faire très attention, parce qu'ils sont comme ça, les nouveaux
pères, maintenant.
Ils sont pires que les anciennes belles-mères.
C'est exactement ce que j'ai dit Ă maman.
Il est encore pire que toi.
C'est pas peu dire.
Mon amour.
Ma Mario.
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