All language subtitles for Paris.Police.1910.S01E06.FiNAL.FRENCH.AD.2160p.WEB.SDR.H265-THESYNDiCATE

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Original subtitles

...

- Qui est B ? La salope est en taule.

- Chère amie ! - Comtesse !

- Ses riches amants jactent.

- D'après votre lettre,

vous la soupçonniez. - Dès le début.

- La pension ou l'avancement ?

- Ah, inspecteur.

- Commissaire.

- Des aveux complets ? - Elle m'a tout dit.

- J'ai serré la corde

autour de son cou.

- Vous êtes l'assassin. - Prouvez-le.

Rire - La garce !

La putain !

- "Le Matin" m'a offert

5 000 francs pour que j'endosse

leurs fantaisies !

- Que voulez-vous ? - Un acquittement.

- Pompe funèbre a dit

la vérité : elle a tout dit

et personne ne la croit.

- Ce fumier leur a fourgué

sa propre fille.

Marthe !

- La mère le savait ? - Non.

- Si elle l'a su, elle a un mobile.

- "La cour condamne Joseph Fiersi

"à la peine de mort."

- Vos dires ne seront pas répétés à l'audience.

Personne ne vous forcera à témoigner. Le commissaire

n'a pas le droit d'être ici.

- Joseph Fiersi était mon ami.

Je sais pas pourquoi elle les a tués.

Aidez-moi à comprendre.

Musique grave

...

- Julien. Gentil garçon. Mon père m'avait dit d'être gentille,

mais de ne pas coucher.

Mon père et ma grand-mère s'étaient mis d'accord.

Ils avaient des projets me concernant.

- Bon, ma chérie, je crois que tu es en âge de le savoir :

il n'y a que deux genres d'homme.

Ceux qu'on récompense et...

ceux qu'on laisse baver.

Tu sais comment ta mère nous fait vivre.

Il ne faut pas la juger. Elle le fait pour nous.

- Ta mère vieillit.

Elle plaît moins, tu as dû te rendre compte.

C'est toi qu'on regarde.

- Une seule fois.

Je te le demande, car j'ai confiance en toi.

Et je ne veux pas que tu t'inquiètes.

Nous connaissons des médecins, des spécialistes,

capables de restaurer...

- Tu seras propre comme un sou neuf.

- M. Borderel est un homme riche.

Il le sera un peu moins quand tu auras terminé avec lui.

C'est toi qui vas

le posséder, ma chérie.

Si je pouvais, je prendrais ta place.

- Moi aussi.

- Je me suis

renseigné.

Il n'est pas violent. Il ne te fera pas de mal.

Et ne t'inquiète pas, je serai là.

Juste là.

Musique de suspense

...

- Avec Borderel.

Dans cette chambre.

Et votre père était là.

- Des clichés.

- Et un phonographe.

Tout s'est très bien passé.

Le client était satisfait. Mon père m'a félicitée.

- Et il est allé récupérer l'addition.

- Ma grand-mère a été voir Borderel.

Il lui a ri au nez. Il lui a dit :

"Je vais commencer par prévenir Meg, elle appréciera."

Alors ils ont pris peur.

- Son mari a essayé de la faire tuer par Julien.

Que lui a-t-il promis en échange ?

- Moi, bien sûr.

Je savais que quelqu'un allait mourir.

Je pensais que ce serait elle.

Mais...

elle a trouvé les arguments pour retourner Julien.

Elle est plus douée que moi.

- Si tu plaides la légitime défense,

bon courage.

- Je ne vais pas lui demander de s'immoler par le feu à la barre.

- Si j'appelle Borderel, il viendra.

Il connaît le menu,

il y a déjà goûté.

"Volupté. Opulence. Blancheur."

Il viendra.

Musique de suspense

...

Quelqu'un ouvre la porte.

- 61, palais !

Cris des détenues au loin

- Tu peux me passer le seau ? - Laisse-la.

...

Musique de suspense

- Vous avez dix minutes.

...

- Ne ratez rien ! Demandez "Le Matin" !

Demandez "Le Matin" !

Demandez "Le Matin" ! Le procès Steinheil !

"Le procès Steinheil : la veuve défie

"les juges !"

...

- On a la liste des jurés.

- Enquêtes détaillées,

recoupe les noms avec les abonnements.

Sur 12, il y en a forcément 6 qui lisent "Le Matin",

3 qui sont abonnés et 1 qui croit mordicus à tout ce qu'il lit.

C'est ce crétin-là qu'on veut coopter.

Il la fera condamner.

...

- "Le Matin !" - Demandez "Le Matin" !

Brouhaha de la rue

- Le procès du siècle ! Les places sont à vendre !

Messieurs, vous serez assis au premier rang !

Il y en aura pas pour tout le monde !

...

- Combien ?

- 50 la place, monsieur. - C'est cher.

- On a poireauté toute la nuit !

- Ne ratez rien !

- Demandez "Le Matin" !

Merci beaucoup. Demandez "Le Matin" !

Demandez "Le Matin" ! Ne ratez rien !

Brouhaha

- Veuillez m'excuser.

J'en voudrais deux.

- L'audience est pas autorisée aux femmes.

- Quoi ?

...

- Labruyère et Goulet ont approché un juré. Un abonné du "Matin".

- Lequel ?

- Poupard. Le chef du jury. Il devrait influencer les autres.

Brouhaha

- Je veux pas voir le procès ! - Silence !

- Messieurs, le prétoire est réservé.

Vous devez le respecter

par votre tenue et votre dignité.

Un peu de silence, s'il vous plaît !

- Goulet picole. Il aime bien se vanter.

On a lancé un pari : il a misé 600 francs sur "coupable".

- Labruyère a parié ?

- 1 000.

- A tout de suite.

- Bonne chance.

---

- Voyons, madame,

s'il vous plaît, ne donnez pas d'autographes !

- N'ayez pas l'air arrogante.

- Vous me dites de ne plus signer, je ne signe plus.

- "La dame Steinheil

"a-t-elle agi seule

"ou a-t-elle été aidée par des complices venus du dehors ?

"L'information n'a pas su faire la lumière à cet égard.

"Mais qu'elle ait agi seule ou qu'elle ait été aidée

"par des complices introduits par elle dans la villa,

"la situation reste la même.

"Mme Steinheil a joué le rôle principal et doit assumer

"la plus lourde responsabilité pénale.

"Par conséquent,

"Marguerite Japy, veuve Steinheil, 40 ans,

"détenue, est accusée,

"1, d'avoir, du 30 au 31 mai 1908,

"commis un homicide volontaire

"sur Mme Japy, sa mère légitime,

"2, d'avoir, du 30 au 31 mai 1908,

"commis un homicide volontaire sur Adolphe Steinheil, son mari.

"Les homicides volontaires ont été commis

"avec préméditation,

"crime puni par les articles 295, 296,

"297, 299,

"302 et 304 du Code pénal."

- Accusée, levez-vous.

Musique de suspense

...

D'après les pièces

qui viennent d'être lues, vous êtes accusée d'assassinat.

Vous pouvez donc encourir la peine de mort.

...

D'après votre dossier, le mensonge

est une habitude, chez vous,

depuis votre enfance. Une dame Mathiot, institutrice,

décrit "une enfant attrayante, mais malhonnête,

"douée pour se faire pardonner ses mensonges".

- J'avais 8 ans.

- C'est ça : à 8 ans, vous mentiez déjà.

A 16,

vous devenez romanesque.

Votre père ne vous a pas envoyée à Paris, car vous aviez une liaison ?

- Toutes les jeunes filles peuvent tomber amoureuses.

Je ne faisais pas exception.

Mais...

les mauvaises langues se sont toujours acharnées sur moi.

J'ignore pourquoi.

Le public rit.

...

- Commissaire,

Mme Steinheil vous a-t-elle fait une déclaration ?

- Avez-vous une piste concernant ses complices ?

- Peut-elle être acquittée ?

- Après le crime,

les journalistes campaient devant chez moi du matin au soir.

Il y en avait 40 ou 50,

et tous me disaient :

"Mme Steinheil,

"ayez confiance en nous."

Et j'ai eu confiance en eux.

Brouhaha léger

- Ne vous trompez pas de public.

Il y en a que 12 qui votent.

Musique grave

- Chaque article sera peut-être, pour son inventeur, la source

d'une magnifique fortune.

Samuel Fox, pour les parapluies...

- "Le Matin" s'est acheté un juré.

- Vous êtes sûr ?

- Ils vont la faire condamner.

- Pourquoi ? Pour augmenter le tirage ?

- Ou pour protéger quelqu'un.

- Le créateur du patin à roulettes a gagné 4 millions.

- J'aimerais que Mme Steinheil ait une chance raisonnable.

Un juré...

peut être excusé, s'il tombe malade.

"Le Matin", j'en fais mon affaire.

Occupez-vous de Maurice Borderel.

- Nous souhaitons pareille fortune

à un des inventeurs d'aéroplanes

qui ont fait de ce 9e concours Lépine

un véritable paradis des enfants.

Applaudissements

- Vous avez été 10 ans l'amie intime

de hauts personnages de la République.

- Je n'ai rien à dire. - Les témoins sont nombreux.

Le grand luxe de vos soirées légendaires.

- Si j'ai eu un salon,

si j'ai fréquenté des gens influents,

c'est que la peinture ne se vend pas à tout le monde.

Mon mari vendait très bien... grâce à moi.

- Oui.

Et il le savait.

Comme il savait que vous aviez des amants.

- Ma cliente n'est pas jugée pour adultère.

Elle a déjà admis tout ça. - Au lieu de...

fouiller ma vie de femme,

on aurait mieux fait de rechercher les misérables qui ont tué mon mari

et ma mère

et qui étaient habillés avec des lévites,

comme je l'ai toujours dit.

- Vous avez donné trois versions !

- Cette nuit du crime,

je la vois toujours.

Ils étaient trois autour de mon lit

et il y avait une jeune femme rousse à ma droite,

avec un revolver.

Quand on a vécu cela, on ne l'oublie pas,

messieurs les jurés.

Je n'ai rien inventé.

- Et pourtant...

le 26 novembre,

je cite :

"J'ai inventé de toutes pièces

"les trois lévites et la femme rousse."

Avez-vous admis,

oui ou non, que c'était un récit de fantaisie ?

- Oui.

Exclamations de réprobation

Oui, c'est vrai.

Je l'ai dit.

Dans un état qui frôlait la folie.

Je ne mangeais plus, je ne dormais plus,

je sentais qu'on m'accusait,

pire, qu'on accusait ma fille.

Ce jour-là,

harcelée par la presse

et menacée par la police,

j'ai dit n'importe quoi,

mais pendant un an et demi, je n'ai fait que répéter la vérité.

Musique grave

...

- Monsieur le président !

- Que voulez-vous ?

- Un incident vient de se produire qui peut changer ce procès.

Un inconnu m'a transmis une lettre

dans laquelle il s'accuse.

Il s'accuse d'avoir participé au crime.

Il est dans la salle !

Exclamations de surprise

...

Voici le document qu'il m'a transmis.

Conversations

...

- Eh bien, qu'il comparaisse.

...

Votre nom ? - Jean Lefebvre.

- Vous le connaissez ? - Age ?

- 21 ans. - Profession ?

- Comédien.

Rires du public

- D'après cette lettre,

vous êtes un des 3 malfaiteurs décrits par l'accusée.

- Non, M. le président. Je suis la rouquine.

...

Conversations - Vous ne me croyez pas ?

Regardez !

Rires

- Ca vous arrive souvent ?

- Quelquefois, M. le président. Vous me croyez, maintenant ?

- C'est donc vous qui avez étranglé M. Steinheil ?

- Pensez donc ! Moi, une femme ?

Je jouais le rôle d'une femme, donc je suis resté en bas.

- Mme Steinheil n'a donc pas pu vous voir.

- Enfin, c'est-à-dire que... je suis monté,

sans entrer dans... les chambres.

- Et M. Steinheil, où était-il ?

Chambre ? Bureau ?

Salle de bain ?

- Je ne sais plus. - A l'étage ? Au rez-de-chaussée ?

- Je ne sais plus. - Et vous n'avez pas vu

la mère de Mme Steinheil. - Je... Je...

Je ne sais pas. J'avais peur.

- Vous commettez des crimes dont vous ne savez rien.

Rires du public

Conversations

- C'est un outrage à la cour.

Emmenez-le.

L'audience est ajournée.

Brouhaha

Applaudissements

Musique de suspense

...

- C'était de vous, cette farce ? - Je ne comprends pas.

En tout cas, il nous a rendu service.

Des lévites, une rousse,

peut-être, on ne sait pas.

Et quand on ne sait pas, on acquitte.

...

- Toute la femme est là, au complet :

hystérie, mensonge, comédie,

duplicité, absence de sens moral.

Raisonnement faux,

bêtise incommensurable qui la fait

s'enferrer sur des détails saugrenus.

Rien que de la passion. Aucune intelligence.

Le cours Borderel, ça donne quoi ? - Stable !

- Où j'en étais ?

- "Rien que de la passion. Aucune intelligence."

- Puis-je vous offrir à boire ? - Non, merci.

- J'ai soif. Vous permettez ?

Marthe repose son verre.

- Le jury va la condamner ?

- Ca dépend de moi, et de vous, par ricochet.

- On peut encore la sauver ? - Très facilement.

Le chef du jury est abonné au "Matin".

Nous avons accès à lui.

- Sauvez-la. Sans condition.

- Ce serait un joli geste, mais j'en suis incapable.

Allons.

Faites un petit effort.

Ce serait même pas la première fois.

- Vous êtes ignoble.

- Sitôt que je suis sincère, on en vient toujours

à ce mot-là.

Et vous, Marthe, qu'est-ce que vous êtes ?

Vous faisiez pas de manière, quand papa commandait.

Retrouvez le goût du commerce.

Moi, je sais ce que j'offre. Vous donnez votre amitié ? Merci !

Faut payer. Faut payer comptant.

- Allez-vous-en.

- Ta mère a la tête sous la guillotine.

Je peux la tirer de là, et tu ne veux pas ?

- Nous nous verrons ailleurs. Pas chez moi.

- Je veux pas vous forcer.

Vous êtes trop chétive, Marthe, pour qu'il soit amusant

d'abuser de mon poids, de ma force.

Je vous ai dit que le jury allait la condamner, mais...

je peux le faire changer d'avis.

Je pars...

ou je reste ?

- Restez.

- Très bien.

Fermez la porte à clé.

Vous-même. J'y tiens.

Je ne vous oblige à rien.

Musique douce

...

Musique grave

...

Chanson lancinante

...

- Je te plais ?

- J'en ai eu beaucoup, des comme toi.

Je les ai eues pour du tissu, des souliers, du chocolat.

*Toi, tu m'as coûté une fortune.

Mais tu valais le coup, tu sais.

Musique grave

Tu valais vraiment le coup.

Jusqu'au dernier centime.

Explosion du flash

- Vous allez devenir très célèbre. - Qui êtes-vous ?

Que voulez-vous ?

Mais je vous connais !

Vous êtes du "Matin".

J'en parlerai à Labruyère, à...

- A qui vous voudrez, M. Borderel.

Nous serons heureux de vous faire de la réclame.

Musique grave

...

- Cette femme a des appétits très nombreux.

Avec moi ou un autre, elle les aurait satisfaits.

Quand sa mère est venue me présenter l'addition,

je l'ai envoyée sur les roses.

Je lui ai dit :

"Madame, c'est votre fille qui devrait me payer."

Rires du public

...

- Est-ce ainsi qu'on parle d'une dame ?

- Me Weidmann, veuillez...

- Si votre épouse était dans la salle,

ce butor se serait exprimé autrement.

- Veuillez dire à votre assistante qu'elle risque...

- Qu'elle risque quoi ? Outrage à la cour ?

Cet homme a insulté l'accusée, déshonoré le tribunal,

et vous l'avez laissé applaudir.

Et vous rabrouez maître Chauvin. Dans quel monde est-on ?

- Pourquoi ne pas autoriser les dames à assister au procès ?

De quoi a-t-on peur ?

Applaudissements et acclamations

...

- Si la justice l'exige, je suis prête à raconter en détail

les prouesses de ce monsieur.

Rires et applaudissements

...

- "Maître Chauvin

"défie le président Valles.

"'Pourquoi ne pas autoriser les femmes à assister au procès ? '"

- Et elle a raison. Pourquoi pas les dames ?

Pas une personne n'a pas envie d'y assister.

Moi, j'ai envie d'y assister.

Appelez le juge.

- C'est déjà fait.

Réservez vos places,

mesdames ! Désormais, le spectacle est mixte.

- Ne ratez pas

la dernière audience !

70 francs la place ! 70 francs la place,

pour voir la plaidoirie et le verdict !

C'est le dernier jour !

70 francs, et vous verrez la fin.

- L'audience est ouverte aux dames ? - Oui, par ordre du président.

70 francs la place.

- C'est d'un drôle, cette cohue.

On paie 70 francs pour pouvoir faire la queue dans la boue.

- Je ne regrette rien. C'est passionnant.

Musique légère

Conversations

- M. Poupard a pris froid. Il a une angine et une bronchite.

Son état de santé lui interdit de venir au palais.

- M. l'avocat général, à vous de choisir.

Préférez-vous un report ou un remplacement ?

- Prenez le 13e. Qu'on en finisse.

- Pardon ! Pardon.

Musique légère

...

Pardon. Excusez-moi.

- Monsieur le président, messieurs les jurés,

toute cette affaire n'est qu'un gigantesque gâchis.

18 mois de recherches, 4 500 pièces,

15 000 pages de dossier, deux instructions,

pour arriver à une accusation impuissante à s'exprimer

et qui, au dernier moment, s'effondre sur elle-même.

Elle seule coupable ?

Même l'accusation n'a pas osé le prétendre.

Ma formule, la voici :

ça n'est pas "elle seule", ni "elle avec d'autres".

C'est "d'autres qu'elle".

Brouhaha léger

Musique douce

... ...

Je voudrais vous parler de ma cliente.

De son enfance,

de sa jeunesse,

de sa vie de femme

et des calomnies qui se sont abattues sur elle

au cours de sa douloureuse existence.

- Oui, Maurice, je sais, je sais.

C'est un moment difficile pour vous.

Mais vous avez manqué d'élégance, à la barre.

Non, Maurice. Non, je suis désolé.

Pour des raisons d'éthique

et préserver son indépendance et sa probité,

"Le Matin" ne diffusera plus les réclames Borderel.

- Vous n'allez pas me faire ça ! *- Oui, ben... C'est...

Le commerce ne fait pas tout. N'oublions pas la morale.

Voilà. Bon courage, Maurice.

Vous allez vous en remettre.

Quelqu'un ouvre une porte et entre lentement.

- Qui êtes-vous ?

- Commissaire Jouin, brigade de recherche.

- C'est à quel sujet ?

- Un partenariat

avec le concours Lépine.

Le concours, c'est les jouets.

Les jouets, c'est les enfants.

Les enfants aiment le sucre.

On y trouve de tout, c'est magique.

Des cylindres permettent d'enregistrer les voix.

On les utilise pour les chansons ou...

*- Je te plais ?

- Qui êtes-vous ?

- Marthe. *- J'en ai eu,

des comme toi. Je les ai eues

pour des bouts de tissu, des souliers, du chocolat.

- Je vais t'en donner, moi, du tissu et du chocolat.

*- Toi, tu m'as coûté une fortune.

Mais tu valais le coup, tu sais.

Tu valais vraiment le coup.

Jusqu'au dernier centime.

Musique de suspense

...

Chute

Hurlement de peur

- Oh mon Dieu ! - Maman !

- Préfecture de police, brigade de recherche.

Ici le commissaire principal Jouin.

Deux inspecteurs et six agents au 43, rue de Vaugirard.

Suicide.

Musique grave

...

- Vous l'avez vu tomber ? - Non, j'ai jamais de veine !

- De quelle fenêtre c'était ?

- Ca devait être du 3e. - Non. C'était plus haut.

Il a fait du bruit, en tombant !

Comme un fruit trop mûr.

Brouhaha

- Car au fond, son seul crime fut d'être délaissée par un mari

qu'elle n'a jamais cessé de soutenir.

Devons-nous condamner à mort toutes les femmes adultères ?

Ronflement

Mais que ferons-nous des hommes

qui trahissent sans vergogne les liens du mariage ?

Non.

Nous ne condamnerons personne.

Car tout péché n'est pas un crime

et nous suivrons le conseil de ma cliente,

en lui pardonnant sa vie de femme.

- Le suicide, OK, mais le sang sur le tapis ?

- Il y en a pas.

Le commissaire vous le dit. Demandez au préfet.

- S'il avait laissé une lettre...

*- Je te plais ?

*- J'en ai eu beaucoup,

des comme toi. - Ca ira comme lettre ?

*- ... pour du tissu, des souliers, du chocolat.

- Quemener, je vous laisse annoncer la nouvelle à la presse.

Le préfet apprécie vos prises de parole. Il me le disait hier.

- Pourquoi n'a-t-on pas amené les coupables ici ?

Mais...

c'est que ce crime est affaire d'étrangers.

La police n'a pas cerné assez vite le Théâtre Hébreu

et les étrangers sont partis

vers un pays ignoré. Voilà !

En vérité, si ma cliente

est ici, c'est uniquement à cause de la négligence policière.

Ronflement M. Cochefert, paix à son âme,

était un homme comme nous tous et il faisait des erreurs.

Ma cliente

devra-t-elle les payer de sa vie ?

(- Il faut qu'il termine. C'est long.)

- Le seul crime de Mme Steinheil

est d'être influençable.

Certains en ont profité.

Quand ils écrivaient

leurs articles, on emmenait

la pauvre femme à la prison de Saint-Lazare.

- Excusez-moi.

Excusez-moi. Brouhaha

...

- Madame ! Madame, vous êtes à bout de force.

Retirez-vous, si vous le souhaitez.

- Elle s'est évanouie ?

...

- Je vais bien.

Je veux rester jusqu'au bout.

...

- Ma cliente vécut des journées terribles.

Elle se redressait sur son lit.

Elle appelait sa fille :

"Marthe ! Marthe !"

Elle ne souffrait pas pour elle, mais pour sa fille.

Sa fille, qui est une enfant admirable,

est venue chaque semaine dans sa prison pour la voir

et pour lui répéter sa foi dans son innocence.

Est-il un sort plus douloureux que celui de cette jeune fille ?

Par un joli mois de mai,

en ce printemps

où la terre est fleurie d'espérance,

elle endure

la catastrophe !

Son père, sa grand-mère assassinés,

et bientôt sa mère

enfermée à tort !

Marthe. Marthe !

Vous ne la voyez pas, mais elle est là, à côté de moi.

Je la veux à côté de moi.

Ah !

Les deux malheureuses !

Combien de larmes versées ?

Messieurs les jurés, rendez-leur la vie.

Donnez-leur

le moyen d'arriver à se consoler,

un peu seulement.

Et dans bien longtemps,

en bénissant votre justice.

- Messieurs les jurés, une dernière observation.

Si votre verdict est rendu

avant minuit, vous daterez la feuille des questions

du 13 novembre. S'il est rendu après minuit...

- C'était comment ? - ... mettez la date du 14.

Première question.

- Le suicide Borderel offre un autre éclairage à l'affaire Steinheil.

Un témoin crucial met fin à ses jours en plein procès.

- Il y aura mille rumeurs, bien sûr.

Mais enfin, Borderel était un homme tourmenté.

- Ah... Les passions.

La jeunesse. - Le commissaire Jouin

a toute ma confiance.

Ses conclusions seront les miennes.

- Il y a pas que Borderel qui ait plongé. Il y a aussi les cours.

- Tant qu'il y aura de la betterave, il y aura du sucre.

Peu importe le nom

sur la boîte.

Le procès doit bien vendre.

- Sensationnel. - Formidable.

Mais attention aux excès de zèle.

Après le vol de courrier, les faux témoignages,

suborner un juré, ce serait embarrassant.

- Pourquoi ferait-on ça ?

Pour "Le Matin", peu importe l'issue.

A chacun de nous, une tâche est assignée.

La police doit réprimer. La magistrature, condamner.

Les bien-pensants, s'indigner.

Et la presse

doit obliger les gens à penser ce que nous pensons.

Tout le monde fait son devoir.

Face à tout cela, que pèse l'innocence ou la culpabilité

d'une quelconque salope ?

Musique grave

...

Nous avons mis le paquet sur le concours.

Paris est couvert d'affiches.

...

- Nous nous verrons à l'ouverture.

Nous couperons le ruban.

Petit rire tendu

...

- Vous pensez qu'ils vont le dire au jury ?

- Alors ?

Brouhaha

- Il n'y a pas eu débat.

Un garde avait déjà cafté. Les jurés sont au courant.

Musique de suspense

... ...

Vous le saviez ?

Borderel ? Vous le saviez ?

- 5e étage ! - Non !

...

...

- Messieurs, êtes-vous parvenus à un verdict ?

Faites entrer l'accusée.

Monsieur le chef du jury,

veuillez lire l'énoncé du verdict.

- "En mon âme et conscience, devant Dieu et les hommes,

"la réponse du jury est 'Non' à toutes les questions."

Acclamations et applaudissements

Musique de suspense

... ...

- Merci !

- "Ovation formidable,

"inouïe. Le public applaudit."

... ...

"On dirait que personne n'était pour la condamnation."

- Merci !

- Par ici !

- "C'est le chaos, la cohue, le triomphe.

"L'héroïne est en larmes. Elle se tourne

"vers son public et dit : 'Merci.

"'Merci. '"

Musique douce

Quelqu'un approche.

- Quelqu'un veut vous voir.

- Bravo. Bon papier.

Portrait de l'avocate en page 3. Faut tailler. On s'emmerde.

- Photographie ? - Et puis quoi encore ?

Borderel, nécro en 6, et 15 lignes en éco.

Le patron veut qu'on mette le paquet sur le concours.

On a rien à dire, alors on répète :

"Tous les gagnants ont fait fortune."

Musique légère

...

- Ma chérie, embrasse-moi.

- Après tout ce qui est arrivé, je suis venue te dire adieu.

Je te félicite pour ton acquittement,

mais je ne veux plus jamais te revoir.

- Mais que t'ont-ils fait ? Tu es... Ils t'ont...

Que t'ont-ils fait ?

Ils t'ont droguée ?

Ils t'ont hypnotisée ? Ils veulent te mettre au couvent ?

- Non. - Mais où iras-tu ?

- Je ne veux pas te le dire. - Je ne te laisserai pas !

- Elle est sa propre maîtresse. Vous l'avez émancipée,

quand vous étiez à Saint-Lazare.

- Je veux partir. Maintenant.

- Non !

Marthe ! Marthe, attends !

Marthe ! Attends !

- Vous pleurerez plus tard. Vous devez sortir.

Maître Weidemann vous a trouvé un hôtel.

Marthe, elle aura de quoi vivre. J'y ai veillé personnellement.

- Vous m'avez volée.

- Faites-moi un procès.

Musique légère

...

- Vous avez fait un travail remarquable dans cette affaire.

Non, vraiment, une vista extraordinaire.

Le procès ne fait que confirmer votre triomphe.

Le million journalier,

même moi, j'y croyais pas.

- Merci, monsieur. - Je réfléchis

toutefois à une évolution de la ligne éditoriale.

Votre édito

sur le caractère féminin a été mal reçu, il faut le dire.

Une petite fausse note dans un très beau concerto, certes,

mais hélas, voilà ce que les gens retiennent.

- Ce n'était pas toutes les femmes, mais une seule.

- C'est trop subtil.

Une femme, les femmes... Nos lecteurs font la différence ?

Et nos lectrices ?

Eh oui !

De nos jours, les femmes lisent !

Il y en a même qui écrivent, figurez-vous.

- Vous comptez les embaucher ?

- Pourquoi pas ? "Le Matin" doit suivre

son temps. Le public change.

Nous ne pouvons pas nous mettre à dos la moitié de la population.

Et voilà !

Vous m'avez fait rater.

A vous.

Tenez, le jeune Hutin

m'a proposé un portrait de l'avocate.

Brillant. Une vision d'avenir.

Oui. Je veux dire, là on est loin

de la suffragette énervée avec ses petits pétards.

Une orpheline qui se bat pour la justice,

l'égalité des droits, c'est beau.

Et elle passe très bien en photo.

Ah, raté !

Dommage, vous y étiez presque.

A moi.

Le public a tranché.

Des femmes jeunes, intelligentes,

si possible attrayantes,

auront toujours plus de succès qu'un vieil industriel dépravé.

Musique légère

...

- Bonne journée, hier ? - Excellente.

J'ai commis un meurtre et j'ai classé l'affaire.

Et le préfet Lépine m'a félicité.

Et vous, mademoiselle,

que diriez-vous d'aller à l'exposition des jouets ?

- Il y aura des aéroplanes ? Tu m'en payeras un ?

- Il y a pas que des aéroplanes. Il y a toutes sortes

de jouets mécaniques.

...

- Au moins, elle est vivante.

...

Quelqu'un siffle la mélodie légère.

... ...

...

- Regarde.

- C'est que des ballons !

...

Chanson joyeuse

- Certains disaient : "Quelle femme malheureuse"

Mais d'autres vont crier : "Ah, quelle gueuse !"

Il faut le croire, puisque le jugement le dit

Elle n'a pas tué sa mère ni son pauvre mari

Voici la fin provisoire

Du drame de l'impasse Ronsin

L'acquittement de la veuve

Vous en bouche tous un coin

Les assassins sont tous dehors

Ils courent encore et encore

Le modèle de pureté

Est avec eux

En liberté

Certains disaient : "Quelle femme malheureuse"

Mais d'autres vont crier : "Ah, quelle gueuse !"

Il faut le croire, puisque le jugement le dit

Elle n'a pas tué sa mère

ni son pauvre mari

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