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Original subtitles

-

-

C'est un nouveau médicament ? - Je sais pas.

Plus fort ? - Pareil.

Ils ont dit quoi ? Rien. Tout va bien.

Pourquoi ils l'ont changé alors?

- Pourquoi tu me dis pas la vérité ? - Je viens de te la dire.

- Tu as quelque chose ? - Non.

10 000 pesos ?

Maman, tu ne penses qu'à l'argent. Donne-moi 20.

Non.

Prends pas ma voiture. Tu la laves et tu la gares !

Regarde cette lettre de la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande.

Elle est signée par son directeur, Paul Aschreiner.

Ça dit que cette semaine, le président des Etats-Unis

signera le décret qui débloquera les fonds.

- Rends-moi mon argent. - Fais-moi confiance.

- Tu dis ça depuis un an. C'est un investissement à long terme.

De quoi j'ai besoin ?

Attestation de compte bancaire et copie de ta pièce d'identité,

pour qu'ils te virent l'argent.

J'ai pas de compte bancaire. - Et ?

- Javier, rends-moi mon argent. - Poète, tu es stupide ?

C'est une opportunité en or.

Faut savoir flairer les affaires quand elles se présentent.

Ce que tu as investi, c'est rien comparé à ce que tu vas recevoir.

Écoute.

Mon contact me dit que les bons sont en cours de rachat.

Avec l'approbation du gouvernement du Zimbabwe.

Tu as investi dans des obligations d'une valeur de dix millions de dollars.

Je ferai de toi un millionnaire, petit salaud. Je te le dis.

Tu pourras écrire tes poèmes

dans une belle ferme avec une rivière.

- Je dois juste passer par ton compte ! - Je te donnerai rien.

Je te demande rien. On va me faire un virement.

- J'ai dit non. - Pourquoi tu me fais ça, maman ?

Maman ?

Maman ?

Maman ?

Maman.

Qu'est-ce que tu as ?

- Je dois m'asseoir. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu as quelque chose ? - Ça va passer.

Dis-moi la vérité.

Tu m'énerves. Moi ?

Je suis vieille. Je ne serai pas toujours là.

Tu veux mourir ?

Je t'aiderai.

Et je partirai avec toi, si tu veux.

Quoi ? Partir avec moi ?

Tu as bu ?

Óscar Restrepo, poète né à Santuario en 1968

Historien de l'Université d'Antioquia.

Grand admirateur et connaisseur de José Asunción Silva,

auquel il dédie certains de ses poèmes

En 1992, son livre Los Desusos

a reçu le premier prix du 5e Concours national de poésie

organisé par le Centre culturel Pepe Sixto Aguinaga.

Polita

Merci beaucoup. Bonsoir.

Tout d'abord,

merci beaucoup, Alonso,

de m'avoir invité à partager ma poésie

dans ce beau sanctuaire de mots

où chaque poète est un petit dieu,

et chacun de vous, en interprétant le poète,

est un autre petit dieu.

Óscar Restrepo se définirait comme un rêveur éternel, perpétuel.

Un chercheur de chimères à travers les mots.

J'ai commencéà lire à 12 ans

puis à écrire des vers.

À 15 ans, déjà, je me sentais, je me croyais poète.

C'était ma seule prétention.

Être un poète malheureux et vaniteux.

Je dis "malheureux"

parce que la souffrance a été la matière première de ma poésie.

Ceux qui ont lu mes livres peuvent en témoigner.

Je m'identifie à Wilde quand il dit...

Où il y a de la souffrance il y a un sol sacré.

Mais je dois admettre que nous, les poètes, sommes hyperboliques

Et cette hyperbole,

cette exagération constante de notre souffrance,

nous la poussons au troisième voire au quatrième degré.

Un de mes lecteurs m'a dit un jour...

"Poète...

"Comment pouvez-vous écrire un poème aussi beau, mais aussi triste

- Je lui ai cité Ernesto Sabato - Óscar !

Quel poème tu vas lire ?

Aucun poète n'a atteint la virtuosité de José Asunción Silva

dans ce putain de pays.

Sa scansion, son rythme, sa musicalité. En cent ans. Aucun.

- Me dites pas qu'il était meilleur que.. - Qui ?

Celui qui a gagné le prix, avec la moustache.

- García Márquez ? - Oui, qui a écrit L'Alchimiste .

L'Alchimiste , c'est de Paulo Coelho. - Non.

García Márquez a écrit Cent ans de solitude .

Oui. García Márquez, le meilleur.

García Márquez était assoiffé de reconnaissance.

José Asunción Silva, lui, n'a jamais écrit pour la reconnaissance.

- Et personne ne le connait. - Personne ?

Ah mec... Regarde ça.

Ça te parait pas important ?

- García Márquez sur le billet de 50. - Surestimé !

Achète à boire avec.

La vie de José Asunción était un véritable poème.

Il avait 30 ans quand il s'est tiré une balle dans le cœur.

Criblé de dettes. On en a tous.

...et dévasté par la mort de sa sœur bien-aimée Elvira.

Une nuit...

Une nuit pleine de parfums,

de murmures et de bruissements d'ailes. Une nuit..

où brûlaient,

dans l'ombre nuptiale et humide,

les fantastiques lucioles !

PREMIÈRE PARTIE - L'ÉCHEC

Fais tes valises et dégage. Je ne veux pas de toi ici.

Qui s'occupera de maman ? C'est moi qui vis avec elle.

Et tu veux la tuer pour ça ?

Tu peux te suicider, mais tu ne l'emporteras pas avec toi.

Carlos, sors, s'il te plaît.

Tu as 15 minutes pour faire tes valises.

Pourquoi tu as dit ça à maman ?

- Elle va mourir. - Elle ne va pas mourir.

- Elle va bien pour son âge. - Elle a quelque chose.

C'est toi qui ne vas pas bien.

Et ton problème d'alcool ?

Ça va relativement mal.

Si maman meurt, tu feras quoi ?

Y aura plus sa pension et Carlos te mettra à la porte.

- Je verrai. - Tu finiras à la rue.

Qu'est-ce qui t'est arrivé, Óscar ?

Tu étais brillant, tu enseignais, et regarde-toi.

Depuis quand tu ne travailles pas ?

- Je suis poète. - Tu es chômeur.

Poète je suis, si être poète...

- Arrête tes conneries. J'attends de l'argent d'une affaire.

Quelle affaire ? - Une très grosse affaire.

- Tu as pensé à Daniela ? - Non, Yolanda. Me fais pas ça.

- Qu'as-tu fait pour elle ? - Yolanda, parle pas de ça.

Tu l'appelles ?

Ça suffit. Évite ce sujet. Me fais pas chier ! Assez !

Pourquoi tu n'acceptes pas ?

Je ne vais pas être prof de lycée, et encore moins enseigner la philosophie.

Tu dois le faire, tu n'es pas en position de choisir.

- C'est pas mon truc. - C'est quoi, ton truc ?

J'écris un livre.

Un livre.. Óscar, bon sang !

On va faire une chose.

Je vais dire à Carlos

que toi et moi, on a passé un accord pour qu'il te mette pas à la porte.

Je vais dire à William que lundi matin, tu seras à l'école.

Mais tu dois t'engager envers moi.

- Je m'en vais. - Óscar.

Je m'en vais !

Prends pas ma voiture.

Salut.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Rien.

Je voulais juste dire bonjour. Comment vas-tu ?

Bien. Et toi ?

Bien.

- Je suis en train de déjeuner. - Ah bon ?

Pardon. Je repasse plus tard.

Toi, tu as déjeuné ?

Tu veux entrer ?

Ta mère est là ?

Elle sait pas encore, elle examine différentes options.

Mais elle doit se décider vite,

l'examen approche.

Qu'est-ce qui t'attire ?

Je sais pas

Communication audiovisuelle. Philologie. Langues.

Très bien. Où tu veux étudier ?

Idéalement, à l'Université d'Antioquia.

Moi j'aime pas trop l'Université d'Antioquia.

Elle finira comme ces trublions, à jeter des pierres. Non ?

C'est très difficile de toute façon.

Si elle est pas acceptée, elle ira à l'Université de Medellín.

Je sais pas.

Comment ça, tu sais pas ? Tu sais bien !

Elle a honte parce qu'elle est chère.

Je devrais faire un emprunt. Mais bon, quand il faut.

Combien ? 9 millions par semestre.

Je peux t'aider.

Tu as 5 ou 10 000 pesos ? Je te rembourserai.

Voici mon premier livre publié.

Et ça, c'est le deuxième.

- Le Prix national de poésie ? Oui.

Magnifique.

Oscar Restrepo

Tu étais très jeune. Je devais avoir 24..

25 ans.

Tu as déjà enseigné au lycée ?

Non, mais à l'université. J'étais professeur d'université.

Et qu'est-ce qui s'est passé ?

À la recherche de ma propre voie, je me suis consacré à l'écriture.

Je sais quel genre de personne tu es. Ta sœur a été très honnête avec moi.

Je ne te jugerai pas.

Je pars du principe que tu veux apporter à cette institution,

pour enrichir les étudiants.

Qu'il s'est senti mal. Que c'est pas pour lui.

Qu'il se voit pas enseignant. Qu'il est poète.

Óscar, parle à Yolanda.

Il veut pas parler.

Óscar, tu m'entends ? Il écoute.

Óscar, je suis furieuse. Qu'est-ce qu'on avait dit ?

Tu me ridiculises devant William. Si tu n'y retournes pas, oublie-moi, Óscar.

C'est un vrai gamin.

Óscar ! - Il veut pas parler. Non.

Je sais pas ce qu'on va faire

Il est capricieux.

Je sais plus quoi faire.

Salut, Óscar. Qu'est-ce que tu fais là si tôt ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Rien. Il n'y a rien.

C'est juste que..

Je me demandais s'il y avait moyen de mieux vendre mes livres.

Les rendre plus visibles, ou les proposer aux gens.

Tes livres sont là, exposés.

Tu sais que c'est pas facile.

En faire la publicité pour que les gens les achètent.

On pourrait organiser une lecture consacrée à ton travail.

Tu n'étais pas en train d'écrire un nouveau livre ?

Tu n'aurais pas un travail pour moi ici ?

Quel genre de travail ?

Je sais pas..

D'administration ou de coordination.

Ma fille va entrer à l'université.

J'ai besoin d'argent.

On est une petite structure.

Presque tout le monde ici est bénévole.

On a du mal à trouver des fonds pour le festival de poésie

Tu pourrais enseigner à l'école de poésie.

Mais je dois en parler à Efraín, c'est lui le responsable.

Il va pas tarder, il sera avec vous. On pourrait lui en parler.

Trois fois lauréat du Prix national de poésie,

Prix Vorágine pour son premier roman,

Prix de la ville de Buenos Aires pour son deuxième roman,

Prix Julio Estrada en essai, parmi de nombreuses autres distinctions.

Son œuvre, engagée dans la réalité latino-américaine,

explore ses racines

et dénonce ses mécanismes sociaux et politiques

Efraín Mendoza

est une des voix les plus révolutionnaires de la littérature colombienne

Bonsoir. Merci beaucoup d'être là.

Il y a 30 ans, Alonso et moi, avec des amis, avons fondé cette maison.

Ça n'a pas été facile.

Dans mon cas, mes nombreuses occupations m'empêchent

d'y consacrer le temps que je voudrais, mais...

Vous voir ce soir débordant d'amour pour la poésie

est vraiment merveilleux.

Je suis aussi ravi de voir ici ces jeunes si talentueux

de notre école de poésie.

Je suis très honoré d'être leur mentor cette année.

Je veux leur dédier ce poème.

Les arts sont stratifiés, réservés aux élites.

Les vrais artistes créent pour créer.

Bien sûr, il faut manger, mais pour continuer à créer.

Dis ça à un enfant d'un quartier pauvre, sans éducation, sans accès à l'art.

Oui, je suis d'accord.

Toi, par exemple, tu as eu une éducation, tu es une privilégiée.

Une fille qui grandit dans la pauvreté,

à 15 ans, a déjà deux ou trois enfants.

Vous croyez qu'elle va penser à écrire de la poésie

Non. Il faudrait faire quelque chose contre les grossesses précoces,

mais ça n'existe pas

L'art n'arrête pas les bombes. La poésie n'arrête pas la guerre.

Peut-être..

Mais l'art, la poésie, peuvent favoriser une société meilleure.

Je sais pas, Óscar, le prends pas mal,

mais je doute que tu aies les qualités pour enseigner à l'école de poésie.

Quelles qualités ?

On te connait.

- Vous me connaissez ? - Faisons la lecture dédiée à ton œuvre.

Tu aimerais passer à la télévision ?

Tu pourrais faire une interview de promotion.

Oui, une interview. Tu toucherais plus de gens. Tu crois pas

Bonjour à tous. Nous sommes ravis d'être avec vous. Au programme aujourd'hui,

de la musique, de la danse, de la poésie. Bienvenue à "Quels matins !"

Commençons par notre premier invité, Don Arnulfo Vélez, le maire de Sopetrán.

Il est venu parler du magnifique et délicieux Festival des fruits

qui se déroulera du 20 au 24 janvier.

Monsieur le maire, bonjour et bienvenue.

Bonjour. Bienvenue à tous au Festival des fruits !

Nous avons également un invité très spécial.

Óscar Restrepo, un poète reconnu. Lauréat du Prix national de poésie

du Centre culturel Pepe Sixto Aguinaga.

est venu partager sa belle poésie avec nous.

Commençons par un beau poème d'amour pour tous nos téléspectateurs ?

D'amour ? - Oui, de ceux qui émeuvent les cœurs.

Pendant qu'Óscar cherche le poème parfait,

accueillons une figure de la musique urbaine, JB.

La chanson qu'on écoute depuis le début de l'émission

est son nouveau titre, "Mouille mon jacuzzi"

qui compte déjà 80 000 vues sur sa chaîne YouTube.

C'est vrai, je me réinvente sans cesse pour mes fans.

- C'était de la merde ! - La télé montre pas de poésie !

- C'est un manque de respect. - C'est ce qu'il y a.

Qu'ai-je à faire avec ça ? - C'est ce qu'il y a.

Je sais pas

Je crois que..

Qu'est-ce que tu veux

Comment tu fais ?

Comment je fais quoi ?

Pour toi, je suis un bon poète ?

Pour toi, je n'ai pas de talent, n'est-ce pas?

Tu avais quelque chose.

Tu étais passionné, tourmenté.

Et tu as réussi à écrire deux ou trois jolies choses.

Je pensais que je serais mieux, à mon âge.

Mieux comment ? Plus reconnu ?

J'ai échoué

Le problème, c'est pas la reconnaissance. Le problème, c'est toi.

Tu es un poème, assez triste, je dirais.

Tu veux que je te dise la vérité ?

Tu changeras pas, tu peux pas changer.

Tu es comme tu es.

Et tu as de gros démons en toi.

Tu es peut-être comme Kafka,

ou José Asunción Silva,

de ces fous qu'on reconnaît après leur mort.

Mais pour ça,

tu aurais dû écrire un putain de poème génial,

et ça, franchement, tu ne l'as pas encore fait.

Tu vendrais plus de livres si j'étais ton agent.

Je te ferais connaître les bonnes personnes.

J'aurais dû me tuer à 30 ans.

Tu devrais écrire des poèmes sur la guerre, la violence,

la pauvreté, les indigènes, l'Amazonie, les pédés...

Toutes ces choses que les Européens aiment chez nous.

Il est lucide.

Écoute ce poème, c'est moi qui l'ai écrit.

Comme la lune est brillante Ronde comme un fruit

Si elle tombait Elle t'écraserait, espèce de..

Óscar, pourquoi tu me fais ça ? Viens pas ici, s'il te plaît.

Pardon.

Qu'est-ce que tu fais ?

Pardon. - Me demande pas pardon, me fais pas ça.

Pardon d'être comme ça.

De t'obliger à supporter ce père.

J'essaie.

Tu n'as rien à essayer. Je vais bien.

Je veux t'aider. Pas besoin, t'inquiète pas.

Je suis très sensible ces derniers temps.

Écoute, je dois y aller.

- Tu peux partir d'abord ? - D'accord.

Tu vas me ridiculiser devant William. J'ai honte, il a été si gentil avec toi.

Je lui ai dit que tu étais malade.

Et que tu seras là lundi pour donner tes cours.

Et si tu n'y vas pas, je ferai tes valises moi-même.

Óscar ! Ouvre.

Souffrance. La pénombre.

Que dire de la pénombre ?

Ne serait-ce pas le crépuscule à l'aube frémissante du jour solaire ?

Des trous noirs où tout est oublié

dans la voracité des mâchoires englouties.

Des planètes asservies par le froid.

Un silence qui s'étend..

sur des lunes refermées.

Des questions ?

Et la poésie ?

La poésie !

La poésie, c'est..

Vous connaissez des poèmes ?

- Vous avez écrit ou lu des poèmes ? - Monsieur.

- Elle, elle écrit des poèmes. - Tu écris des poèmes ?

- D'amour, pour le petit ami ? Sur quoi ? - Yurlady, montre-lui.

Tous ces poèmes sont de toi ?

Oui, y a des poèmes et d'autres trucs que j'écris.

- Les dessins aussi sont de toi ? Oui.

Toi aussi tu vis dans une profonde tristesse ?

Tu es mélancolique ?

Non. Des fois j'ai envie d'écrire quand je me sens comme ça.

Tu lis ?

Un peu.

Parfois. Qu'est-ce que tu lis ?

Je sais pas.

J'aime bien Pizarnik. - Alejandra Pizarnik ?

"Alejandra, Alejandra

"Je suis en dessous, Alejandra"

Une prof nous a fait lire ses livres, et j'ai beaucoup aimé ses poèmes

- C'est elle qui t'a appris - Plus ou moins.

Tu veux être poète ?

Qu'est-ce que tu voudrais être ?

Je sais pas.

J'aime maquiller..

Coiffer...

J'apprends à faire les ongles.

Des choses comme ça.

Tu me prêtes ce cahier ? D'accord.

Ma chambre est bien rangée

Ma chambre est propre

Ma chambre a des couleurs

Rose

Violet et vert

Des couleurs de rêves

Des rêves emprisonnés dans cette chambre

Les murs sont de béton froid

Les carreaux du sol sont blancs et brillants

Mais une tache ternit un coin

Elle ne partira jamais

Elle restera toujours là

Foyer et prison

Refuge et piège

Ma chambre et moi, on est une seule et même chose.

Je dois passer des examens.

Óscar !

Quels examens ?

À la Renaissance,

l'autorité aristotélicienne fut rejetée

et discutée à la fin du Moyen Âge.

Le...

L'humanisme de cette période eut une orientation fondamentalement..

"néoplatonicienne".

Tu voudrais pas aller à l'université ?

- Je sais pas. Peut-être. - Pourquoi peut-être

- À la maison il y a d'autres priorités. - Quelles priorités ?

Tu vis avec qui ?

Avec ma grand-mère, mon oncle, mon petit frère,

mes deux autres sœurs et mes neveux.

C'est une grande famille.

Tous tes frères et sœurs ont des enfants ?

Oui. - Ils sont beaucoup plus âgés

Plus ou moins.

- Maicol est l'aîné. Il a 22 ans. - 22 ans et déjà un fils ?

- Et tes sœurs ? Quoi ?

Elles sont mères aussi ? Oui.

Veronica a deux enfants Quel âge a Veronica ?

20 ans, je crois.

- Et Karen a un fils. Quel âge a Karen ?

- 17 ans. - 17 ans ?

Elle bave devant son petit ami. Il l'a déjà mise en cloque.

Ma mère aussi vit avec nous,

mais elle vient que le dimanche parce qu'elle travaille dans une famille.

Elle est femme de ménage ?

- Toi, tu n'as pas d'enfants ? - Non.

DEUXIÈME PARTIE - MAGNUM OPUS

Ils sont bons. Très, et elle en a beaucoup.

Que veux-tu faire ?

Je sais pas.

J'ai l'impression qu'elle a quelque chose de spécial.

Je devrais faire quelque chose, non Comme quoi ?

Je sais pas.

Vous avez pas ce prix. Une bourse pour les jeunes poètes ?

- Elle les a pas copiés ? - Non, ils sont d'elle.

Amène-la.

- Elle entrerait à l'école de poésie ? - Je voudrais d'abord la rencontrer.

Je lui donne déjà des cours. Je pensais plutôt à...

un prix ou une bourse ou une autre forme d'aide.

On a le prix du festival de poésie remis à un jeune poète prometteur,

qui comprend un peu d'argent et la publication des poèmes.

Elle pourrait concourir ?

Seuls les élèves peuvent concourir pour ce prix.

- Amène-la et on verra. - Je sais pas, Efraín.

Si cette fille a du talent, pourquoi ne pas l'aider ?

Mais tu l'amèneras et la ramèneras.

On peut pas assumer ça. On a pas un sou.

Je sais pas. Je dois demander à ma grand-mère.

Tu veux que je lui parle ?

- Tu l'as dit à ta mère ? - Non.

Il faut demander à la maman. Elle vient le dimanche.

- Vous êtes son professeur ? - Oui, madame.

Elle aura un prix ? - Peut-être, si elle participe.

De l'argent ?

- Oui, madame, de l'argent. - Combien ?

Je ne sais pas.

- Tu ne déjeunes pas ? - Je reviens.

Je ne peux pas l'emmener, avec mes genoux, et je dois m'occuper des enfants.

Moi, je peux l'emmener.

Si on n'a rien à payer...

Ça va mal, on a même pas de quoi acheter un œuf.

Tu veux y aller ?

Chérie, sois pas bête, ils vont te donner des sous.

Il ne faut pas gâcher les opportunités que le Seigneur nous offre.

Merci. Karen, le bébé pleure. Veronica !

Baisse le volume.

Il est très moche.

Yurlady!

Professeur, excusez ma tenue.

- Edilson, je suis l'oncle. - Enchanté.

- Pardon, je cherche mes affaires. - Je vous en prie.

Bonjour, Géant

Je t'admire, Géant

Tu es si grand que tu es l'ami de la lune

Les oiseaux vivent dans tes cheveux

Tu vois ma maison d'en haut ?

Tu as déjà attrapé une étoile filante

Ta peau rugueuse sent mes coups de pied ?

Comment as-tu fêté ton 900e anniversaire ?

C'est pour ça que tu as toutes ces bagues

Tu ne réponds jamais à mes questions

Mais on reste amis

Si une fille

peut être amie avec un arbre

[Chanson à l'écran : « Feelings »]

Óscar, elle est fantastique. - Pas vrai ?

J'aimerais qu'elle lise à l'ouverture du festival.

- Et concourir - Bien sûr.

Je pense même qu'on pourrait faire une interview avec elle

pour promouvoir le festival.

est une très belle histoire qui mérite d'être racontée

et ce que tu fais pour elle est magnifique.

Je sais pas, ils sont bizarres.

- Ça t'a pas plu ? - Je sais pas.

Eux, ils t'ont adorée.

Vous êtes poète ?

J'essaie.

Pourquoi vous faites ça ? T'amener ici ?

Parce que tu as beaucoup de talent.

Mais en quoi ça peut m'aider ? Ça peut t'aider énormément.

Ici, tu peux cultiver ton talent.

Ils peuvent t'aider, tu peux gagner le prix.

L'art peut t'aider à trouver..

une voie différente de..

celle de quelqu'un comme toi.

- Quelqu'un comme moi ? - Oui.

Quelqu'un..

avec peu d'opportunités dans la vie,

qui risque de quitter l'école à cause de choses comme..

Avoir des enfants...

Quel mal il y a à avoir des enfants ?

- Tu veux avoir des enfants ? - Oui.

- Tout de suite ? - Ben...

Tout de suite, je sais pas.. Peut-être.

Plus tard. Tu dois réfléchir, te concentrer sur ton avenir.

Tu pourrais être une grande poétesse.

Pourquoi je voudrais être une grande poétesse ?

On peut en vivre ?

Tu as pas aimé la tarte ?

Je veux l'apporter à mes neveux.

Au fromage ? Oui, ou hawaïenne.

Quatre, c'est possible ?

Deux au fromage et deux hawaïennes, s'il vous plaît.

Vous vendez du lait en sac ? - Oui.

- C'est vrai cette histoire de poème ? Quoi ?

Que je peux conquérir une fille avec un poème

Oui. Comment ?

Dis-moi qui c'est. Carolina.

- Non, pas elle. - Qui ?

Elle est pas de l'école Ça doit être un poème d'amour ?

Je peux écrire sur autre chose ?

- Bien sûr, sur quoi ? - Ma mère ou ma sœur.

- T'es fou d'Angela. - Pas du tout.

- Celle avec les tresses. - Pas elle.

- Écrivez-lui un poème pour la conquérir. Pas elle.

- Bonjour. - Professeur, comment ça va ?

- Bien, et vous ? - Bien, Dieu merci.

- Bien, et vous ? - Bien, Dieu merci.

Je voulais vous dire quelque chose. J'ai des encyclopédies très complètes.

Elles ont toutes les informations dont vous avez besoin.

J'ai pas terminé le lycée, mais je lisais beaucoup.

Je peux vous dire la capitale de n'importe quel pays. Demandez-moi.

- Yurlady est là ? - Je crois qu'elle est sortie.

Ces encyclopédies prennent la poussière, mais elles sont en parfait état.

Je vous les montre ?

Edilson, embête pas le professeur. - Je les apporte.

Professeur, je voulais vous remercier pour les courses.

Dieu vous bénisse. Vous imaginez pas comment on vit.

Edilson a acheté à crédit une télé énorme, alors qu'on est très pauvres.

Il a même pas payé la première mensualité.

Yurlady est là ? Elle est avec son amie Natalia.

Elle savait que vous veniez ? - Je lui avais dit.

Je vais être honnête avec vous. Elle est talentueuse, mais paresseuse.

Il faut la pousser pour tout. Un rien l'arrête.

- C'est pas vrai ! - C'est vrai.

- Professeur... Vous les donnez ?

Non, ce que vous voulez bien donner.

Tu viens pas ?

Maintenant ?

Oui, on est en retard.

Je sais pas si je peux.

Pourquoi pas ?

Je dois m'occuper de mes neveux.

Ta grand-mère a rien dit.

Tu peux venir un instant ?

J'irai demain.

Demain ?

Non

Tu dois faire un effort, des sacrifices.

Pense à ton avenir.

Où veux-tu être dans 10, 20 ans ?

Tu veux être mieux ou tu veux te vernir les ongles avec ton amie

Essayons encore quelques jours.

Si ça te plait pas, j'insisterai pas.

Mais si on essaie,

on essaie sérieusement. D'accord

Vous avez 10 000 pesos

Pour quoi faire

Pour un vernis violet avec des paillettes.

Salut Yurlady, ça va ?

Je te présente Frida, attachée culturelle de l'ambassade des Pays-Bas,

qui nous aide beaucoup pour le festival.

Je lui ai dit

que tu allais lire tes poèmes lors de la soirée d'ouverture.

Ur-ley? On me parle beaucoup de toi.

Yurlady.

Très connectées. Toi et moi.

Merci.

J'aime la poésie parce qu'elle me permet d'exprimer ce que je ressens.

YURLADY GUERRERO Joven Poeta

J'aime écrire des poèmes sur des choses qui m'arrivent.

Elle a ça depuis toute petite.

C'est pour ça que c'est très important pour nous qu'elle soit soutenue DAMARIS PALACIOS Tía

Si on les soutient, avec des moyens,

ils peuvent réussir à s'exprimer artistiquement

sans tomber dans la violence.

Dans notre ville, il y a des garçons et des filles de tous les quartiers EFRAÍN MENDOZA Poeta y Escritor

même les plus pauvres, avec beaucoup de talent et peu d'opportunités.

Grâce à notre école de poésie, nous cherchons à faire de l'art

un outil qui favorise le changement social.

C'est magnifique, émouvant !

Quel beau travail vous accomplissez avec cette école de poésie.

Et maintenant que vous êtes ici,

pour promouvoir le festival de poésie, j'aimerais poser une question à Yurlady.

Qu'est-ce que ça fait d'avoir l'opportunité de lire tes poèmes

devant un public aussi nombreux ?

Bien, je suis très heureuse.

C'est merveilleux, vraiment. Qu'est-ce qui te plaît le plus ?

L'opportunité qu'on me donne. Et d'apprendre.

Yurlady, quel est ton rêve ?

Tu pourrais lire n'importe lequel. Tous tes poèmes sont très beaux.

Mais tu sais quoi ?

Aucun n'est assez marquant pour l'ouverture du festival.

Tu pourrais en écrire un sur des sujets plus graves.

Par exemple les problèmes de ton quartier,

le manque d'opportunités, ta couleur de peau...

Tu comprends Je trouve ses poèmes très bons

Très, mais il faut penser

au public auquel on s'adresse.

Comment toucher un public plus large et l'émouvoir.

Ça pourrait toucher davantage le jury et te faire gagner le prix.

Ce serait un poème qui parle de toi, de ce que tu représentes socialement.

Je crois pas Elle aime écrire des choses simples

Óscar, tu es poète, tu t'y connais en poésie,

mais tu n'as aucune idée de ce que représente l'art pour le public.

Et c'est précisément pour ça que ton œuvre n'est pas, comment dire.

Très reconnue.

Il ne s'agit pas d'écrire un pamphlet politique,

mais d'insérer dans le sous-texte de ta poésie, qui est magnifique,

une couche subtile de thèmes importants qui interpellent les gens,

leur disant ce qu'ils veulent entendre.

Ça fera de toi une poète plus incroyable que tu ne l'es déjà.

Tu vas inviter quelqu'un à la lecture ?

Je sais pas.

Ma mère doit travailler,

et ma grand-mère doit s'occuper de mes neveux.

Mes sœurs aiment pas trop ça.

Peut-être mon frère,

mais il est occupé aussi.

Et ton père ?

Tu n'en as pas ? - Il ne vit pas avec nous.

- Mais tu lui parles ? Il est parti quand j'étais toute petite.

Il est ou

Je sais pas.

Et tu n'aimerais pas lui parler ? - Non.

Avant, ça me rendait triste.

Maintenant, je ressens plus rien.

J'attends rien. Et ça me met même pas en colère.

- Tu l'aimes pas ? - Non

J'ai une fille.

Elle a presque ton âge.

Elle s'appelle Daniela.

Elle vit avec vous ?

Non avec sa mère.

Mais vous allez la voir ?

Parfois.

En vérité elle ne m'aime pas beaucoup. Etje la comprends.

Pourquoi elle vous aime pas ?

J'ai pas été le meilleur des pères.

Vous l'aimez ?

Beaucoup.

Mais j'ai été..

assez.

problématique.

Je fais des efforts.

Pourquoi problématique ?

Je sais même pas.

J'ai pas été très..

Comment dire ?

Normal.

Je pense que c'est pas très drôle

d'avoir un père comme moi.

Je suis pas normale.

Si ton père revenait pour toi,

tu pourrais l'aimer à nouveau ?

Je crois pas.

Non.

Ton père est dehors. Tu sors ou je lui dis d'entrer ?

Ce que tu m'as prêté...

Quand est l'examen ?

La semaine prochaine.

Comment tu te sens ?

Je sais pas.

Tu révises

Oui.

Je peux t'aider.

Non, merci.

Je voulais m'excuser pour la dernière fois.

C'est rien.

Je suis très fier de toi.

Merci.

Si tu rates, je paierai l'université.

Óscar, non.

Je sais que tu m'en veux beaucoup.

Je t'en veux pas.

Tu ressens rien ?

Je devrais ressentir quoi ?

Je change.

Cette fois, c'est différent.

D'accord.

Tu t'en fiches. N'est-ce pas ?

Óscar, qu'est-ce que tu veux que je dise ? Tu es un enfant.

Pardon.

Tu me détestes ? J'ai pitié de toi...

Je dois retourner réviser.

Quand l'art se libère de la sphère régulatrice de sa proposition esthétique

par un contrôle social et financier,

dans la mesure où il revendique la suprématie de ses pouvoirs établis

l'artiste est un être autonome, et l'œuvre l'est encore plus.

"Revendique" équivaut dans ce texte à...

A : Se battre, B : Nier,

C : Atteindre, D : S'opposer.

A : Se battre.

Tu as trouvé la bonne réponse ?

Je suis meilleure en compréhension de textes.

Je garde le raisonnement logique pour la fin,

- j'ai pas le temps. Ça va aller.

Si je rate, je me suicide.

Non, c'est pas si grave.

Si tu rates, tu recommenceras.

Mamie est seule quand tu n'es pas là ?

C'est mon état naturel.

Yolanda vient parfois, mais elle reste souvent seule.

Je pourrais lui tenir compagnie.

Si tu fais ça, je t'aiderai à réviser.

Je lui demande : "Ça va ?" Elle me regarde même pas

Je sais pas quoi faire, elle me fascine

Si elle disait juste : "Salut, Elkin", je serais heureux

Je lui offrirais une rose et l'emmènerais à la piscine

Elle est grande et belle, et elle s'appelle Carolina

Merci, Elkin.

Très bien.

Tu es inspiré, mais tu pourrais prendre ça plus au sérieux, écrire autre chose.

- J'ai trouvé que ça. - Plus rigoureux.

Je sais pas si Carolina sera ravie de ta dédicace

Vous n'aimez que les poèmes de Yurlady.

- Pardon, quoi ? - Rien.

Je t'ai entendu.

Vous n'aimez que les poèmes de Yurlady.

C'est pas vrai. Je vous fais des commentaires pour vous aider.

Vous lui dites rien à elle.

- Tu veux lire ? Comment je saurais si c'est bien ?

- Que Yurlady lise... - La poète.

- La poétesse. - Fils de pute.

- Quoi ? - Tu m'as entendu.

Calmons-nous. - Elle m'a insulté.

C'est une activité extrascolaire ?

Pourquoi j'ai pas été informé ?

- Elle a un talent énorme. Je l'aide. C'est délicat.

Tu dois suivre un protocole.

Rédiger une lettre précisant le type d'activité

à quelle heure, où, et signée par les parents

Et il n'y aurait aucun problème.

Maintenant, pour ce qui s'est passé en classe,

ne nous formalisons pas.

Parle-leur et fais qu'ils se réconcilient.

Très bien.

Je veux plus y aller.

Tu veux pas lire au festival de poésie

Bien.

Impossible. Elle était ravie à la télévision.

Elle veut pas. Elle a jamais voulu.

Elle sera la première à lire. Tout le monde veut l'entendre.

Les gens de l'ambassade hollandaise sont ravis.

Dis-lui que c'est important pour elle et pour son avenir.

- Pourquoi vous lui dites pas, vous ? - Parce qu'elle est ici grâce à toi.

Regarde ce que tu as fait pour elle.

C'est ton chef-d'œuvre, ton Magnum Opus.

Le plus beau poème que tu aies jamais écrit.

Écoute..

Achète-lui une jolie robe et fais des courses pour sa famille.

Voilà !

Ah oui ?

J'ai réussi

Tu triches.

Non.

Je triche pas.

J'ai gagné.

Au revoir papa.

Au revoir.

Les poètes, comme des entrepôts tristes,

ont tout un assortiment de fantômes.

De fantômes ?

La ville est si grande, et moi qui te cherche.

Souviens-toi, femme.

À ton spectacle de boîte à musique

ils ne viennent pas pour t'admirer mais pour être admirés.

N'oublie pas.

lls ne sont que des marchands de défaites.

Des monarques de l'échec. Et toi, leur terrain de jeu.

Que serais-je si j'étais moins noire ?

Si j'avais moins faim

Si mon avenir était assuré

Si la paix régnait dans mon quartier

Et si j'y marchais d'un pas léger

Sans crainte au coeur

Sans questions brûlantes

Sans un monde qui épie

Sans frontières qui aveuglent

Mais je suis tout cela

Et tout cela m'a rendue forte

Chaque ombre, chaque lutte

Chaque rêve que je poursuis

Sous ce ciel sans promesses

Je peux avoir plus de poulet, s'il vous plaît ?

Ce morceau aussi, s'il vous plaît.

Merci.

Regarde, deux.

Je peux prendre une de ces fleurs ?

Je pense que oui. Tu la prendras quand on partira.

- Santé ! Qui en veut ? - Moi.

Yurlady, non, pas toi. - Un verre..

Juste un.

Laisse-la boire un verre pour fêter ça.

- Et ton verre ? - Je bois pas.

Santé !

On nous paie moins.

Nous, ils nous ont pris nos terres.

On doit faire des enfants et tenir la maison.

- Vos traditions ont été anéanties ? - On vous a déjà touché les fesses ?

- Prenez soin du mari et des enfants. - Vos femmes servent à ça ?

Au lieu de lire de la poésie, vous devriez balayer.

Ça se dit poète. - Et j'en suis fier.

- Poète ! - Je représente ma communauté..

Santé !

- Que fais-tu ici ? J'écoute de la poésie.

Très beau. J'ai adoré le poème de la petite.

Je te présente mon nouveau partenaire, Baldomero Muñoz,

directeur d'un cabinet d'avocats.

Champagne !

Santé !

Tout le monde ne reconnaît pas un bon poème ou un bon poète.

Il faut de la sensibilité pour déceler la poésie là où on l'attend pas,

sous les pierres, dans la rue. C'est plus difficile que d'en écrire.

La poésie est partout, dans les mots les plus banals.

Tout le monde la voit pas. Il faut savoir regarder.

Je parle pas d'un coucher de soleil ou d'un arc-en-ciel. Non, monsieur.

Ce qui entre dans un trou noir disparaît, il aspire tout.

Je parle pas d'y jeter des choses.

Ça aspire le temps, l'absorbe, le réduit comme un mixeur.

Je me suis intéressée à ça. Vous savez ce qu'est un trou noir ?

On sait pas ce qu'il y a au-delà.

Ça pourrait être Dieu, un univers parallèle, le passé ou l'avenir.

- Le mythe est le réconfort des ignorants. - Vous savez de quoi vous parlez ?

Comment ça va, les cours ?

Bien.

Un nouveau talent ?

Non.

D'autres attributs alors ?

Quoi?

Des culs, des seins !

Ah, non.

Tu en veux ?

UN BAÑO LIMPIO HABLA BIEN DE QUIEN LO USA

Merde.

Elle est ivre.

- Faut l'emmener à l'hôpital. - Non, on va avoir des problèmes.

Je la ramène ?

Plutôt attendre que ça passe. Je reviens.

Tu veux vomir ?

Vomis.

Elle est lourde.

Vous m'aidez ?

Efraín !

-

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Putain de merde.

Mon Dieu ! Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

Yurlady, tu m'entends ?

- Quoi ? - Elle est ivre.

- On lui a donné quelque chose. - Quoi ?

On sait pas, elle était allongée là...

Qu'est-ce qu'on a fait ?

Elle est vivante.

Mon Dieu.

- Emmenons-la à l'hôpital. - Edilson dort ?

- Il est pas rentré. - Et Maicol ?

J'ai une voiture.

Si vous voulez, on peut l'emmener à l'hôpital.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Elle s'est saoulée. - Saoulée ?

Elle a quel âge ? 15 ans.

15 ans ? Si jeune et vous la laissez boire de l'alcool ?

Ce monsieur me l'a ramenée bourrée.

- Vous êtes le père ? - Non, c'est son professeur.

Je suis sa grand-mère, et elle, sa sœur.

Son professeur ?

- Vous étiez avec elle ? - On était à un festival de poésie.

Elle a lu ses poèmes, puis s'est mise à boire.

Je l'ai ramenée.

Vous l'avez laissé boire ?

Non. Elle s'est mise à boire avec ses camarades.

Vous le saviez ?

Elle devait être à une fête de l'école, mais elle rentrait pas.

Jusqu'à ce qu'il la laisse là.

Ben...

On était à une table

et quelqu'un a apporté une bouteille.

Tu as bu ?

Oui, je crois.

Assieds-toi.

De quoi d'autre tu te souviens ?

Pourquoi tu as des marques sur le corps ?

Tu as des blessures légères, marques d'un coup ou d'une compression.

Tu es tombée ?

J'ai dû la porter jusqu'à la voiture, puis jusqu'à chez elle.

On va la garder en observation jusqu'à demain.

Elle est très déshydratée.

Une seule personne peut rester avec elle.

Óscar.

TROISIÈME PARTIE - L'ART NOUS SAUVERA

Bonjour. Excusez-moi.

Je vous présente Doris Rodríguez.

Si vous ne la connaissez pas, c'est la psychologue de l'école.

Bonjour.

Bonjour, monsieur.

Salut, les filles.

Bonjour.

Désolé, on est en train de manger.

Comment va Yurlady ?

Très mal. Déshydratée. Intoxiquée. Très faible.

- Elle sue, elle vomit. - On est désolés.

On n'était pas au courant.

Le professeur a fait ça en dehors de l'établissement et sans autorisation.

Ce n'était pas une activité scolaire ?

Comment vous permettez que ce prof la fasse sortir de l'école ?

- En fait.. - C'est aussi votre responsabilité.

Ça n'aurait pas dû se produire.

On est là pour empêcher ce genre de situation de se produire,

mais vous comprendrez que c'est difficile.

Et parfois, les choses échappent à notre contrôle.

Pourrais-je parler à Yurlady

pour l'évaluer rapidement ?

On vient de la ramener de l'hôpital, elle dort.

Si vous aviez vu comment il l'a amenée

et laissée devant la maison. Et il partait.

Si Karen et moi ne l'avions pas vu, il se serait enfui.

- Il l'a laissée là ? Oui.

À 2 heures du matin, et il est parti.

- Vous ne saviez pas qu'il l'avait emmenée ? - Non.

Il venait gentiment, il apportait des courses,

et il lui achetait des choses,

pour la soutenir parce qu'elle était très douée,

Ils l'ont même interviewée.

Mais toi.. Pourquoi tu l'as laissé entrer aussi ?

Je travaille toute la journée.

Je t'ai dit qu'il venait l'inviter à lire des poèmes à l'école.

Qu'elle n'aimaitpas trop ça mais qu'elle n'osait pas dire non.

Ça n'a rien à voir avec l'école.

On ne va pas raconter d'histoires. Il était très gentil.

On avait confiance parce qu'il disait qu'il était professeur.

Mais en vérité, elle a des marques étranges sur le corps,

et on se demande s'il lui a fait quelque chose.

Mais non.

Elle s'est saoulée et il l'a ramenée.

- Comment tu le sais ? - Connaissant Yurlady..

- Mais quelles marques ? - Des bleus dans le dos. me

Salut, Yurlady.

HUG me

Comment vas-tu ? me

HUG me

Tu veux t'asseoir ? me

Tu te souviens de ce qui s'est passé hier soir ?

Tu crois qu'Óscar aurait pu te faire quelque chose ?

Comment peux-tu en être si sûre ? Tu le connais bien ?

Il t'a dit des choses

ou il s'est comporté de manière inappropriée ?

Ou non ?

Il faut me prouver qu'il lui a rien fait.

J'ai l'impression qu'il essayait de la séduire.

Quel professeur va chez une élève lui achète des choses,

puis la fait boire, et la laisse comme ça. Dans quel but ?

C'est très grave, et en tant que mère, on doit se méfier.

Vous le connaissez

Vous pouvez me garantir que ce n'est pas un pervers ?

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je t'avais prévenu qu'il y avait des règles à respecter.

- Comment elle va ? - On ne te le dira pas.

- Elle va bien ? - Elle est perturbée.

Elle ne se souvient de rien.

Les jeunes de l'école de poésie

- confirmeront s'être tous saoulés ? - Oui, bien sûr.

Sa mère est très en colère contre nous et contre toi.

Elle parle de porter plainte.

Tu dois manifester très clairement que tu as agi sans le consentement

et à l'insu de l'établissement.

Et on doit te relever de ton poste d'enseignant

M. William, j'ai besoin de ce travail. Ma fille va entrer à l'université.

Il fallait y penser avant d'agir comme tu l'as fait.

- Non, écoute-moi. Tu m'as laissé seul.

Je t'ai dit d'attendre que ça passe.

Je suis allé chercher une chambre pour qu'elle puisse s'allonger.

Pas vrai ?

Pourquoi tu m'as pas dit ? - Je sais pas,

mais tu l'as emmenée. Et alors ?

Il fallait lui donner de l'eau, du bouillon..

Tout, sauf ce que tu as fait.

Tu les as fait boire.

Non. J'ai dit qu'ils pouvaient boire une coupe de champagne, pas plus.

Tu en avais la responsabilité.

Alonso. Parlons avec les jeunes de l'école pour éclaircir ce qui s'est passé

Ils sont en colère contre toi. Tu leur as montré ton cul.

Mon cul

Vous discutiez des trous noirs ou de je sais pas quoi.

Tu as baissé ton pantalon et tu as dit "Voyez ce trou noir.

- Non ! J'ai fait ça? - Tu as foutu un bordel monstre

Pourquoi tu l'as emmenée comme ça ? Avec ta réputation ?

SENOR Sobre

SENOR

Qu'avez-vous fait à ma sœur ?

Qu'avez-vous fait à ma sœur

Calme-toi, mon garçon.

- Je veux savoir ce qui s'est passé. - Rien.

Hier soir c'était l'ouverture de notre festival.

Elle a lu ses poèmes,

puis elle a commencé à boire avec ses camarades.

Vous lui avez donné de l'alcool ? Elle a 15 ans !

Je lui ai dit de pas boire.

Pourquoi vous l'avez laissée devant la maison comme ça

Ça parait louche. Ça parait très suspect.

Et ces marques sur le corps ?

Non, je voulais juste l'aider à écrire ses poèmes

L'aider ?

Tu veux quoi La vérité.

C'est la vérité. Tu veux de l'argent ?

À l'aide !

- Dis-moi ce que tu lui as fait ! - À l'aide !

À l'aide !

Dis-moi ce que tu lui as fait ! Enfoirés !

Vous finirez tous en prison. Fils de pute !

D

Tu l'as laissée ? Que lui as-tu fait ? Rien.

Tu vas parler à ce type, négocier, lui offrir de l'argent si nécessaire.

Tu l'as amenée, c'est ta responsabilité.

Allons éclaircir ça avec les jeunes. Ça n'a rien à voir avec nous.

Je tiens ce lieu à bout de bras et je ne vais pas te laisser tout détruire.

Óscar ! Óscar !

Efraín, laisse-moi leur parler.

- Óscar, va-t'en. - Je dois leur parler.

- Violeur ! - Ça va s'arrêter quand ?

- On se calme. - On ne se calmera pas. Misogyne,

- tu nous as montré ton cul. - Je ne me rappelle pas.

Tu as un grain de beauté tout poilu.

Je danse, je danse pour Yurlady, pour celles qui sont parties.

Je danse pour nous toutes, je danse parce que vous ne faites rien.

Vous nous tuez. Il y a de la violence.

Il y a de la violence !

Óscar, va-t'en, s'il te plaît.

Lâchez-moi !

[Salle Bukowski Auditorio Cámara de Comercio de Medellín]

Non...

Qu'est-ce qui s'est passé ?

William m'a appelée.

Alors ?

Pas maintenant, Yolanda. Je ne veux pas en parler.

Cette fille veut de l'argent.

- Qu'est-ce que tu vas dire à Daniela ? - À propos de quoi ?

Daniela était ici avec maman quand William a appelé.

Tu lui as dit ?

Elle a entendu. Entendu quoi ?

Óscar...

Les femmes sont mauvaises, je les connais.

Elle est très en colère et très triste.

Je vais lui expliquer. Elle te connait. Tu ne changeras jamais.

J'ai changé. C'est un malentendu.

On s'en fiche. Tu finis toujours par tout gâcher.

Daniela n'aime pas que ses amis la voient avec toi.

Elle est gênée qu'ils te voient ivre.

C'est ma fille. Et ?

- Je veux faire partie de sa vie. - Tu n'as jamais fait partie de sa vie.

Et elle ne veut pas te parler. Ne la fais pas souffrir, fous-lui la paix

Va vivre ta vie, Óscar, laisse-nous. Va-t'en !

- Daniela. - Va-t'en ! M'emmerde plus !

J'espère que tu mourras et que je te reverrai jamais

Va-t'en, Óscar !

Qu'est-ce que tu as dit à Daniela ?

Mais, William. Óscar ne fait pas ce genre de choses.

Je ne dis pas qu'Óscar lui a fait du mal.

C'est la famille de Yurlady.

Quel con

Certains élèves disent qu'Óscar enseignait ivre

et qu'il emmenait Yurlady chez lui

C'est pas vrai ! Qui dit ça ?

Certains élèves. - Ils mentent. Demandez à Yurlady.

Elle aussi semble douter de toi.

Les jeunes de la Maison de la Poésie lui ont rendu visite

et lui ont dit que tu leur avais montré tes parties intimes.

Yolanda, je vous apprécie

mais c'était une erreur d'avoir accepté votre frère,

vu sa réputation.

Je dois couper. Au revoir

Óscar, qu'est-ce que tu as fait ?

J'ai peut-être une réputation d'ivrogne, de fou.

Mais j'ai agi pour le bien de Yurlady.

Je lui ai rien fait et Daniela doit le savoir.

Vous l'avez laissée boire de l'alcool,

participer à ces activités sans autorisation de sa mère.

Vous êtes responsables aussi.

On a peut-être été trop permissifs avec cette histoire d'alcool,

mais il faut comprendre. Ils sont jeunes, ils faisaient la fête.

Mais quand Óscar a emmené Yurlady à la Maison de la Poésie,

on avait convenu que c'était lui qui en assumait la responsabilité.

Je devais l'emmener et la ramener, rien de plus.

Je t'ai dit que je l'acceptais si tu en prenais la responsabilité.

Et il était logique pour nous de supposer

qu'Óscar avait l'autorisation de la famille et de l'école.

Vous m'avez dit de l'amener alors qu'elle ne voulait pas.

On oublie que le plus délicat dans cette situation

est la manière dont tu l'as fait sortir de l'hôtel.

Elle était ivre, que pouvais-je faire ? Tu as vu.

J'ai vu quand tu l'as sortie de l'hôtel.

Et tu l'as laissée là ?

Je n'aurais pas dû la laisser devant la maison. C'était une erreur.

- J'ai eu peur. - Pourquoi tu as eu peur ?

Tu l'as laissée parce que tu culpabilisais.

- On pourrait le penser. - Et les bleus ?

J'ai dû la porter. Le rapport médical dit..

"Des marques sans doute causées par des coups ou une compression"

Ça ne dit pas que c'est parce que tu l'as portée.

Je l'ai portée comme ça.

Ce n'est pas nécessaire.. Que faites-vous ?

- Je vous montre. - Asseyez-vous.

Tu n'as aucun témoin ni aucune preuve pour corroborer tes dires.

Qu'ils portent plainte, je m'en fiche. Je veux qu'on sache la vérité.

Notre institution a déjà pris la mesure de te relever de ton poste.

Nous devons maintenant accompagner l'élève et sa famille

auprès du parquet et du ministère de l'Éducation.

On ne devrait même pas être ici. Ce bordel, c'est toi qui l'as créé.

Mais on ne veut pas de problèmes juridiques en plein festival de poésie.

Les Hollandais peuvent retirer leur financement

si ça dégénère avec toutes ces rumeurs.

La solution est très simple.

Parle à la famille. Dis-leur ce qui s'est passé.

Présente-leur tes excuses. Convaincs-les de retirer leur plainte

M'excuser serait admettre ma faute

Je veux juste que ma fille sache que j'ai rien fait.

Si tu arrives à convaincre la famille, Yurlady pourrait parler à ta fille...

Excusez-nous...

Elle pourrait dire à ta fille qu'en effet, il ne s'est rien passé.

Personne ne veut d'un procès.

- Tu as le plus à perdre - Qu'ils portent plainte

Pourquoi s'embêter avec des choses qui n'en valent pas la peine ?

Óscar,

aide-nous.

Fais-le pour la Maison de la Poésie.

Tu en fais partie. Tu veux que ça s'arrête ?

Regarde ces filles de l'école de poésie

avec leurs aisselles poilues, toutes en colère. Ça craint.

La poésie n'est plus ce qu'elle était.

La poésie était plus..

Je crois pas que la famille de la fille accepte de parler à Óscar.

Salut !

- Votre grand-mère est là ? - Mamie !

Je n'arrive pas à croire que cet homme voulait juste l'aider à écrire des poèmes.

Écoutez, messieurs.

On ne peut pas être sûrs qu'il lui a fait quelque chose.

Mais en droit colombien, il y a un principe qui s'appelle

"au-delà de tout doute raisonnable"

Qu'est-ce que ça signifie ?

Que sur la base des preuves existantes,

il peut y avoir une "certitude" qu'il lui a fait quelque chose.

Vous comprenez ? - Merci beaucoup.

Madame.

Nous vous comprenons..

parfaitement.

Nous comprenons que vous soyez en colère. Je le serais aussi.

Mais je peux vous garantir une chose.

Nous recherchons toujours, à travers la poésie,

à promouvoir le bien-être des jeunes comme votre fille.

C'est ce que la poésie représente pour nous.

Et ce qui s'est passé n'est pas de la poésie

Ça ne représente pas cette merveilleuse expression

dont votre fille est une digne représentante.

Nous avons vu du talent en elle, et nous avons voulu la soutenir.

Écoutez-le.

Laissez Óscar vous expliquer ce qui s'est passé.

oto activewea

oto

oto

Óscar!

Non. Non, je ne vois pas de sincérité dans ses yeux.

Óscar, raconte tout. Fais un effort.

Madame...

C'est la vérité.

Yurlady, tu le sais.

Non, elle ne sait pas.

Elle ne sait pas qui vous êtes. Elle ne vous connaît pas assez.

Et vous ne la connaissez pas non plus.

Madame, ma fille est très en colère contre moi. J'ai besoin qu'elle sache.

Ce que votre fille sait déjà, c'est que vous êtes un pervers.

Moi, vous ne m'avez pas convaincue du contraire.

Mais maman. Toi, tais-toi.

Tu es punie.

On connait Óscar, on sait que c'est un problème ambulant.

Il est un peu con, maladroit, mauvais poète.

Mais, comme l'a dit Raúl Gómez Jattin,

les gens comme Óscar ne font du mal qu'à eux-mêmes.

Tout ce que vous imaginez qu'il aurait pu faire à Yurlady,

c'est jamais arrivé.

Non, je ne vois pas de sincérité dans ses yeux.

- Óscar est prêt à vous payer. Comment ça ?

En compensation du désagrément que vous avez subi.

- Vous m'offrez de l'argent ? - Ne vous braquez pas.

On est peut-être pauvres, mais on a de la dignité.

- Attends, combien ? - Comment, "combien"

- Un million. Un million ?

Quel manque de respect.

C'est comme me demander de vendre ma fille.

- C'est très grave. - Non, maman.

Viens discuter.

Yaneth, viens !

Qu'est-ce que tu fais ?

Je ne sais pas comment, mais tu me rembourseras tout.

Il y a un distributeur par ici ?

Oui, monsieur, au coin de la rue.

- Yaneth, réfléchis. Pas besoin.

Cet homme est venu expliquer qu'il lui a rien fait.

Bloque pas là-dessus. On a besoin de cet argent.

- Va-t'en, Yurlady. - Il m'a rien fait.

Un procès, c'est long et ça résout rien.

Pense à la petite.

Elle a déjà beaucoup souffert. Oui, maman, j'ai déjà assez souffert.

C'est pas pour toi. - Pour nous tous.

La moitié est à moi. C'est moi la victime !

Deux millions et c'est bon.

Impossible. Óscar n'a pas plus.

Il y a des choses à prendre en considération.

C'est le maximum.

Bon, ça va.

Mais encore une chose.

On a besoin d'une garantie que vous ne ferez rien après ça.

On signe un document stipulant que tout est réglé.

Il serait plus approprié de faire une vidéo.

- Comment ? - Une vidéo ?

Où Yurlady accepte toute la responsabilité de ce qui s'est passé,

que personne ne lui a rien fait, qu'elle s'est saoulée toute seule,

et s'excuse pour tous les désagréments.

- S'excuser ? - Non, Efraín...

Pour montrer où ? - Non, pas pour la montrer.

- C'est une garantie qui nous protège. - Je ne crois pas que ce soit nécessaire.

J'ai écrit à mon avocat, et il me l'a suggéré.

Ce sera un peu plus alors.

Non, impossible. On a que ça

Moi, Yurlady Guerrero,

assume toute la responsabilité de ce qui s'est passé.

On ne m'a rien fait.

Personne ne m'a fait quoi que ce soit, à la soirée du festival de poésie.

Je me suis enivrée toute seule

et je m'excuse pour les désagréments causés.

Et je souhaite bonne chance à Poesía Viva et à son festival.

Parfait. Tu te souviens de tout ?

Efraín, je ne crois pas ça nécessaire. Donne-leur juste l'argent.

Et si vous étiez avec elle sur la vidéo ?

Approchez, s'il vous plaît. Oui, les enfants à l'arrière.

Allez-y.

Edilson, toi aussi, s'il te plaît.

Oui. Allez-y, s'il vous plaît.

Rapprochez-vous pour être dans le cadre.

Prêts ?

Ça tourne. - Alonso, attends.

- Quoi ? - Óscar, va-t'en.

Ce n'est pas nécessaire.

On essaie de résoudre le bordel que tu as causé.

Tu vois une autre solution ? Pourquoi leur imposer ça ?

Tu empires ton cas.

Laisse-moi arranger les choses.

Tu ne voulais pas arranger les choses avec ta fille ?

Prêts ? Prêts. Ça tourne.

Moi, Yurlady Guerrero,

assume toute la responsabilité de ce qui s'est passé.

Tu fais quoi ?

Pousse-toi. - Donne-moi mon téléphone.

Où veux-tu en venir ?

- Donne-moi ce téléphone. - Ne filmez pas.

- Et l'argent ? - Pas de vidéo, pas d'argent.

- Donne-leur, je te le rendrai. - Où vas-tu trouver l'argent ?

- Je peux le faire. - Tu vois ? Elle veut le faire.

Ça ne m'affecte en rien. Je m'en fiche de vous.

- Vous n'enregistrez rien. - Donne-moi le portable.

- Donne-le-moi. - Non.

- Donne-le-moi. - Non.

Donne-le-moi. - Non.

On a presque fini.

Donne Non.

Non !

On a presque fini.

Sortez !

Dehors !

- Pas de vidéo, pas d'argent. - Je m'en fous de ton argent ! Dehors !

Tu es le poète le plus médiocre que j'ai vu de toute ma vie.

Moi je souhaite que tu sois le plus grand poète de ce pays

et que tu écrives de nombreux vers magnifiques.

Pardon.

QUATRIÈME PARTIE - UN POÈME JOYEUX

À la lumière des événements malheureux qui se sont récemment produits

au cours de notre festival de poésie,

le Centre culturel Poesía Viva précise qu'il n'a aucun lien

avec le poète Óscar Restrepo.

Il ne sera invité à aucun de nos événements futurs.

Nous condamnons fermement tout comportement inapproprié

qui enfreindrait les valeurs et les principes de Poesía Viva

en tant qu'espace sûr visant au bien-être de notre communauté,

un lieu où règnent l'amour, la tendresse et la poésie

dans leur sens le plus fort.

Enfants de salauds.

- Je vais me suicider. - Commence pas avec ça.

J'en peux plus. J'ai tout raté. Je renonce.

Je renonce à la poésie, à la vie. Je renonce à tout.

Je vais sauter par la fenêtre. Saute ! Je te regarde.

Tu n'as même pas ce courage.

Tu ne comprends pas. Comme si je ne te connaissais pas

Tu es complètement prévisible. Tu vas te saouler, n'est-ce pas ?

Qu'ai-je fait pour mériter autant de malheurs ?

Tu adores jouer les victimes. On dirait que ça te fait plaisir.

Tu n'es qu'un lâche qui n'a pas eu le courage d'affronter la vie.

C'est difficile pour tous. Personne n'est responsable de ce qui t'arrive.

C'est toi qui t'es chargé de tomber dans ce trou noir,

convaincu que tu es un poète triste qui porte une fatalité et une malédiction

Réveille-toi, sors de ce trou

Tu n'as pas besoin de ces gens.

Ce ne sont pas tes amis.

Tu es peut-être un ivrogne,

mais noble.

Et tu m'as, moi.

Tu veux manger quelque chose

Merci, maman.

[À l'écran : El triunfo de la muerte — Gabriele D'Annunzio]

Salut Daniela

Tu ne me connais pas.

Tout d'abord, je voulais m'excuser d'avoir pris ton cahier.

Je le trouvais joli.

Et comme le mien était presque plein, j'ai pensé l'utiliser.

Pardon.

C'est là que j'ai trouvé ton adresse.

Deuxièmement, j'ai entendu dire que tu détestais ton père

parce qu'on t'a dit qu'il m'avait fait quelque chose.

Il ne m'a rien fait. Il voulait m'aider.

Il voulait que je devienne une grande poète,

mais c'était son rêve, pas le mien.

Mais il m'a fait comprendre que je n'aime pas la poésie,

ou du moins pas la poésie telle qu'il me l'a montrée.

J'aime juste écrire ce que je ressens. Et dessiner.

Mes rêves sont plus simples.

Avoir une maison,

un travail,

aider ma mère,

ma grand-mère, mes frères et sœurs.

Des choses comme ça.

Je ne pense pas qu'il faille grand-chose pour vivre bien.

Ton papa m'a parlé de toi.

La relation distante que vous avez.

Je te comprends.

J'ai un père comme ça aussi.

Et ce n'est pas ta faute.

On doit porter le fardeau

d'avoir ces pères pour le reste de notre vie.

La seule chose que je peux t'assurer,

c'est qu'il t'aime beaucoup

et qu'il essaie de changer.

J'espère vraiment qu'il y parviendra

et que cette lettre t'aidera à ne pas le détester.

Bon,

c'est tout.

Je te souhaite le meilleur dans ta vie.

À plus tard. Yurlady.

Salut.

- C'est celui de ton père ? Oui.

Je préfère l'autre.

Un jaune, qui était quelque part.

Tu as lu celui-là ?

Non ? Voyons voir.

Las Flores

Lis ce poème.

Ton père l'a écrit quand j'étais enceinte de toi.

Ma belle petite fleur

Que j'ai plantée dans le jardin

Je veux te protéger et t'aimer

Mais sans eau et sans terre J'ai peur de te gâcher

Cette petite fleur, c'est toi.

Salut.

Salut.

C'est chouette ici. Tu viens souvent ?

Parfois

Ils ont Bukowski.

J'aime pas Bukowski.

Je ne te déteste pas.

Et je ne veux pas que tu meures.

Mais je ne veux pas qu'on soit plus proches.

Je ne pense pas que ça me fasse du bien

Honnêtement, je veux que les choses soient comme avant.

Parler de temps en temps

ou quand je vais rendre visite à Mamie.

Quand c'est strictement nécessaire.

Tu sais ce que je pense

Tu es un bon poète.

Mais je m'en fiche.

- Sois juste quelqu'un de bien. - J'ai essayé.

Ce n'est pas suffisant.

Tu veux quoi, que je t'aime ?

Tu ne peux pas avoir une chose si tu t'es pas battu pour elle.

- Je me bats, c'est pas facile. Pas assez.

Fais-toi aider.

Prouve-moi que tu as changé. Mais m'entraîne pas avec toi.

Reviens me voir quand tu auras vraiment changé.

D'accord.

Je comprends.

Je t'aime beaucoup

Au revoir.

Yurlady...

J'espère ne pas te déranger avec ces mots.

Je te promets que ce seront les derniers.

Je veux te remercier pour la lettre que tu as écrite à ma fille.

[À l'écran : El triunfo de la muerte — Gabriele D'Annunzio]

Aujourd'hui, j'ai eu envie d'écrire un poème.

[À l'écran : El triunfo de la muerte — Gabriele D'Annunzio]

Je n'avais pas fait ça depuis longtemps.

Je veux le partager avec toi.

Je voulais que ce soit un poème moins triste.

Moins mélancolique.

Comme les tiens.

Je ne sais pas si j'ai réussi,

mais j'ai été surpris qu'il me plaise.

Óscar !

- Appelle les secours. - Qu'est-ce qui se passe

- Appelle les secours. - Qu'est-ce qui va pas ?

Le poème que j'ai écrit dit ceci…

Me voici

Un homme

Dinosaure à l'ancienne

Porteur de griefs

Méritant la condamnation

Rêveur fragile

Mais ne perds pas encore la foi

En ce triste poète

Qui essaie d'écrire

Un poème joyeux.

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