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Messieurs, si vous avez besoin d 'un renforcement.
Capitaine Marchand, brigade financière.
Allez -y.
Qu 'est -ce que vous faites ? Qu 'est -ce que vous voulez ? Vous ĂŞtes tous les
deux en garde Ă vie.
C 'est une perte de vie.
Monsieur Bonjean, vous pouvez venir.
J 'ai travaillé 12 ans chez monsieur et madame Farrère.
Je suis arrivé par une agence spécialisée.
Et là , on m 'a posé une question sur la cuisson des asperges.
Bon, j 'ai su répondre.
20 minutes Ă feu frissonnant.
Monsieur a apprécié que je vienne de province, que j 'ai fait l 'armée.
Vous ĂŞtes un homme de la terre, il m 'a dit.
Moi, j 'avais jamais connu ça.
Dès qu 'une lampe était cassée, il fallait la faire réparer, mais en
Je me suis dit que je ne tiendrais pas trois jours dans une baraque comme ça.
On met ça et puis on reste.
C 'est quoi encore ces fleurs ? Des lits.
Toujours sinistres, ces bouclières.
C 'est le menu pour ce soir.
M. Chirac adore la tĂŞte d 'eau.
Bonjour, Jérôme.
Bonjour, madame. Comment allez -vous ce matin ? Comme hier.
Et comme demain, je le crains.
Toujours votre migraine ? Entre autres, l 'une de leurs charlottes.
Bonjour, monsieur.
Bonjour, Jérôme.
Jérôme, avec ce bouquet, je ne vois pas Guy. Si vous pouviez enlever tout ça, on
se croirait à l 'aéroport de nos bébés.
Tu as bien dormi ? Tu ne m 'en veux pas d 'avoir organisé ce dîner ridicule ?
Mais non ! Et puis, ce n 'est pas qu 'une perte de temps. Le ministre était
d 'être passé à ta droite.
On avait bien obligé de les inviter au moins une fois, ne serait -ce que par
courtoisie.
Pierre avait parfaitement réussi la daube de bœuf.
C 'est vrai.
Tout le monde était ravi.
Mais est -ce qu 'on peut raconter sur lui ?
Jérôme, c 'est le même thé que d 'habitude ? Oui, madame. Vous êtes sûr ?
veux pas avoir ces brûlures d 'estomac.
C 'est bien le mĂŞme.
Madame, l 'ordre du jour.
À 10h, votre kinésithérapeute.
11h, monsieur de Verret. À midi, conseil d 'administration.
13h15, déjeuner à la cantine de l 'entreprise avec madame Jean -Marc.
14h30, rendez -vous avec Médecins du Monde.
15h30, retour ici pour cette interview avec ce magazine selfish.
Et 16h, tu es en photo.
C 'est quoi, ce selfish ? C 'est une revue. Tu n 'as pas oublié ? Frédéric y
tient, pour ton image.
Je n 'ai pas d 'image.
Elle pense que c 'est une bonne chose.
Si j 'avais dû en faire des bonnes choses, je serais devenue infirmière.
Ce qu 'il faut, je crois, c 'est sortir chaque année de nouvelles gammes de
produits. Nous renouveler toujours en fonction des études de marché que nous
faisons sur les modes, les tendances.
Nous ne suivons pas les tendances. Nous les lançons.
Il faut veiller à ce que de l 'extérieur, la marque ne donne pas l
de se reposer sur ses acquis, sans se réinventer, sans se remettre en
Merci, Jean -Marc. Mais au -delĂ de ces bonnes intentions, je ne suis pas
favorable à certains de ces nouveaux produits. Notre clientèle fait ce qu
achète chez nous. Et si nous communiquons sur 100 nouveaux
que deviennent nos classiques ? On pensera qu 'on avance sans boussole.
Au gré du vent.
On ne peut pas entrer dans le XXIe siècle avec les recettes du XXe.
Mon père disait qu 'il préférait effectuer 100 contrôles qualité pour un
produit. plutôt que d 'en avoir 100 nouveaux contrôlés une seule fois.
Le luxe et la beauté, ce sont nos critères et c 'est une tradition solide.
il nous faut conquérir de nouveaux territoires. On doit avoir une politique
développement plus offensive.
Oui, il y a le Moyen -Orient.
Toutes ces femmes d 'émir qui sont maquillées comme des charrettes
et qui cachent ça sous un voile.
Mon père disait aussi qu 'il ne faut pas consulter sans cesse les autres
actionnaires. C 'est une question de confiance, bien sûr, mais qui doit être
partagée. Vous restez le capitaine à la tête de la flotte.
Absolument. Les investissements que j 'ai faits cette année pour la boîte
vos bénéfices de demain.
Vous voulez faire des affaires, nous ferons des affaires.
Ben, j 'ai oublié.
Merci, Micheline.
C 'est très snob comme revue.
J 'ai pas du tout envie de faire ça.
J 'ai mal au dos.
Mais c 'est l 'occasion de raconter un peu qui tu es. Tes goûts, tes
aspirations.
Si les gens voient que tu es un être humain, ils auront une autre idée de la
femme la plus riche du monde.
J 'ai pas Ă me justifier d 'ĂŞtre qui je suis.
Non, bien sûr que non.
Mais en France, les gens détestent les riches.
Viendra avec la gauche au pouvoir ? On ne s 'en sort pas si mal.
Avec Mitterrand président, c 'est un économiste déplorable, mais on n 'a pas
fini devant le peloton d 'exécution.
Tu n 'es pas en train de m 'habiter à ta dépression.
C 'est qui, ce photographe ? Il a un nom, un prénom ? Pierre -Alain Fantin.
Ah, lui ! Il a une réputation épouvantable.
Qui en a une bonne ? Moi, je l 'ai trouvé charmant.
Tout le monde sait qu 'il a plumé cette pauvre Adèle Brunner, qu 'il l 'a même
poussée dans l 'escalier.
Cette vieille rumeur. C 'est ça ta trouvaille ? Je pense que c 'est une
idée.
C 'est ton amant ? Je suis mariée, j 'ai pas d 'amant.
Oh, mais si les femmes mariées n 'ont pas d 'amant, il y en a alors.
Vous ĂŞtes la femme la plus riche du monde.
Ça vous évoque quoi ? Riche, le mot n 'est pas très joli.
Fortune, c 'est mieux.
La fortune, ça va avec la chance.
La richesse, ça hérite, forcément.
Mais être riche, c 'est ne plus s 'appartenir complètement.
À partir d 'un certain chiffre, les gens déraillent.
Il faut beaucoup de talent pour ĂŞtre riche.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je ne suis pas la reine d 'Angleterre.
Je travaille, je suis une femme d 'affaires passionnée et j 'espère un peu
compétente. Où s 'arrête le pouvoir de l 'argent ?
Là où commence le goût de la vie.
Merci, madame.
Et oĂą va -t -on faire les photos ? C 'est le choix de Pierre -Alain. Il a un
imparable.
Je suis très heureuse de vous rencontrer.
Ah,
vous ne vous souvenez pas de moi.
Nous nous sommes déjà vus ? Oui, il y a quelques années, chez les Lazareff.
Et oui, mais vous ne parliez qu 'Ă Malraux.
Je posais vous aborder.
Vous paraissiez si inaccessible.
Si belle, si mystérieuse.
Vous faisiez penser à certaines stars du cinéma.
Oui, on m 'a dit ça déjà .
Ça ne vous embête pas de mettre un autre pantalon ? Vous voulez que je me change
? Ce sujet -là est très élégant, mais pardon, il est un peu banal.
Un peu bourgeois.
Je veux que cette photographie raconte parfaitement la femme que vous ĂŞtes.
Qui a eu un destin, mais pour qui tout n 'est peut -ĂŞtre pas fini.
Dans le sens oĂą elle a des choses Ă accomplir.
Bref, ce que je veux voir, c 'est une héroïne.
Alors ? On va rester sur un pantalon, ça permettra des poses plus variées.
Trop femme d 'action, ça.
Femme d 'action, c 'est pas si mal.
Pourquoi vous hurlez ? Je ne sais pas, on m 'a dit que vous étiez sourde.
Qu 'est -ce qu 'il ne faut pas entendre ? Non,
on dirait un pantalon de majordome, ça.
Voilà , ça c 'est bien. Alors mettez une chemise, quelque chose d 'un peu
masculin, pour ĂŞtre lesbos.
Celle -lĂ ? Formidable, lĂ vous allez ĂŞtre sublime, divine, exceptionnelle.
Je ne suis pas très sensible à la flatterie.
Oui, c 'est bien lĂ .
Oui, vous avez l 'air de dire, vous ne m 'aurez pas, j 'ai mis une chemise
dedans parce que je vous emmerde, et je ne porte pas de bijoux.
Justement parce que je suis riche.
Je peux vous décoiffer.
Ah, vos cheveux, c 'est pas possible.
Qu 'est -ce qu 'ils ont, mes cheveux ? Ils sont morts, c 'est mort, c 'est mou.
Ça ne bouge pas, ça ne respire pas. J 'ai vu des poupées bas de gamme au rayon
joué des Galeries Lafayette dont les cheveux étaient plus vivants. Regardez
ça. Qui a fait ça ? Qui est l 'assassin ? Alexandre Zouhari, à l 'Allemagne.
Ah, mais tout s 'explique.
La Zouhari.
La tueuse ! Et qu 'est -ce que vous faisiez à votre âge au rayon jouet ? Je
draguais pas, rassurez -vous.
Touchez pas vos cheveux.
Touchez pas cet animal mort.
Oui, mais c 'est ça la gamine.
Vous me faites rire.
Elle est magnifique, non ? J 'ai bien fait d 'insister ? Oui.
Voici un jeu que je vous prendrai en photo, Frédéric.
Regardez -moi.
Vous ĂŞtes jolie sans vos lunettes. Sans elles, je ne vois rien.
On s 'en fout. Ce qui compte, c 'est qu 'on vous voit, vous.
Merci.
Vous me les verrez, déjà ? Vous pouvez assister.
C 'est un état de grâce.
Merci pour vos conseils, M. Fantin.
Et quand verrai -je les photos ? C 'est moi qui les choisis.
Vous les découvrirez dans la revue.
Bon, on prouvera peut -ĂŞtre.
Je trouve qu 'on devrait.
Au revoir Frédéric.
Au revoir. Je suis dans l 'annuaire.
Mon mari est juif, mais ma famille l 'a accepté sans réticence.
Comme je dis souvent, je l 'ai connu en chaussettes, très jeune, et je l 'ai
attendu.
Oui, j 'ai fait un mariage d 'amour qui n 'était pas exactement ce que ma
famille avait imaginé pour moi. Mais ils l 'ont accepté.
On a trouvé un beau duplex juste en face.
On avait qu 'Ă traverser la rue pour se voir.
C 'était très gai.
Je crois pouvoir dire qu 'on était une famille unie.
Complice mĂŞme.
J 'ai remarqué mon père, ça m 'a beaucoup... Beaucoup.
Qu 'est -ce qu 'elle est belle ! Oui madame, on a fait acheter une centaine.
pour tous ses amis et nous tous dans la maison.
Regarde.
Oui, elle ne faisait pas un coup, lĂ .
Très belle photo.
Moi, j 'adore.
Elle est superbe.
Tu as vu ? C 'était une bonne idée.
Je suis ravie. Bonjour, Marianne. Bonjour.
Bonjour. Jérôme, on en était où de notre liste ? Baronne Philippine de
Rothschild, madame. Je crois qu 'elle est Ă Mouton pour les vendanges.
Alors après, deux exemplaires pour le professeur Bernard.
Il en mettra un dans sa salle d 'attente.
Voilà , il faut envoyer ça maintenant.
La poste est fermée, madame.
Dimanche. Faites -la ouvrir.
Jean -Marc, qu 'en pensez -vous ? Le rédactionnel à l 'armée.
Quel enthousiasme.
Faites attention Ă ne pas me le corder, j 'ai peur de ne pas en avoir assez.
Tu es contente ? Je suis enfin sortie du musée Grévin.
Le jico est prĂŞt.
Madame est servie.
Allons déjeuner.
Non, je ne donne pas un copec.
Attends, ils accrochent des merdes toute l 'année à Beaubourg. Il faudrait que
je paie pour ĂŞtre vu.
Les garants Hermès, vous ne pouvez pas leur mettre quelques billes ? Eh bien,
appelle -le, oui, maintenant, oui.
Oh lĂ lĂ , salut.
Attends, il faudrait que je paie pour les petits fours. Si ce soit, je rĂŞve.
Vraiment, ça concerne nos impôts.
Oui.
C 'est court, je suis Ă la bourre, je pense.
T 'es trop studieux, Raphaël.
Moi, à ton âge, j 'avais déjà écrit deux romans.
Et Aragon... Je comparais Ă Radiguet, qui, lui, est mort avant.
C 'est beau.
Mais la beauté n 'est pas une promesse de bonheur.
Tu sais ce que mon oncle Jacques m 'a dit quand j 'avais 18 ans ? Père Alain,
'es tellement beau qu 'on aura vite fait de t 'enculer.
Un visionnaire.
Assois.
Je suis désolé, madame et monsieur vont avoir un peu de retard. Alors, nous
comprendrons si vous leur proposez un nouveau rendez -vous.
Oh non, attendez, je suis lĂ , j 'attends.
Bon, alors suivez -moi.
Comment vous appelez -vous ? Jérôme.
Jérôme. C 'est un peu cintré, non, pour une tenue de majordome ? Pardon ? C 'est
ça.
C 'est innocent, Thomas.
On va venir vous chercher.
Décidément, je ne m 'y fais pas.
Y a -t -il rien de plus sinistre que le bon goût ?
Vous savez pourquoi vous ĂŞtes belle sur mes photographies ? Parce que moi, je ne
photographie pas les gens, je les emporte, je les embrasse.
Que les gens soient célèbres ou non, je m 'en fiche.
C 'est comme un gros appétit sexuel, une grosse faim.
Je déteste tout ce qui est faux.
Vous n 'êtes pas obligé de me passer vos grosses pattes sous le nez comme ça,
même si elles sont parfaitement manucurées. Je fais mon service,
'est ça.
Moi, je mène la guerre aux mensonges. C 'est pourquoi je ne photographie jamais
vos amis les politiques.
Avec eux, tout est comédie, simulacre.
Ce n 'est pas de leur faute. Même quand on est sincère, il faut la jouer, la
sincérité d 'un main sur le cœur. Autrement, les gens ne vous croient pas.
J 'aime beaucoup.
Vous changez le plan en or.
On disait ça de votre père, je crois.
En l 'affaire, mon père est un immense artiste. Il créait comme il respirait.
osait tout.
Rien ne le faisait reculer.
Mon père non plus, rien ne le faisait reculer.
Il me battait.
Il me giflait pour un oui pour un du soir au matin.
Il me pendait par les pieds et me cognait la tĂŞte contre le parquet.
horreur. Et votre mère, qu 'est -ce qu 'elle faisait ? Elle regardait ailleurs.
Mais arrĂŞte de glapir, Guy.
Je glapis ? Oui, c 'est exact, vous glapissez.
C 'est parce que, pardon, je trouve cette photo sinistre.
La photo, tu n 'y connais rien.
J 'ai été ministre des Affaires culturelles.
Deux mois et demi ? Et je suis membre de l 'Institut. Et puis toi non plus, tu n
'y connais rien.
Mais je suis bonne élève. Quand je vois ces photos, je me dis qu 'il y a un
monde, un univers différent que j 'ignorais.
Je l 'apprends.
Mais je vous demande de ne pas me refuser ce que je vais vous demander.
Combien vous faut -il pour la publication de votre catalogue d
Centre Pompidou ? 250 000 francs.
Tu vas payer 250 000 francs cette épave ? Pour moi, ce visage est aussi beau et
classique que ceux des dieux de l 'Olympe, Guy.
Tout le monde me demande de l 'argent. Ça me changera des ministres, des
médecins et des chercheurs qui promettent de sauver la planète et je ne
rien venir.
Et puis, qu 'est -ce que c 'est que ces sommes pour nous ? La place d 'une femme
riche n 'est pas sur une chaise longue Ă attendre la mort.
Moi, je veux ĂŞtre au contact avec le monde.
J 'en ai besoin.
Je veux que vous soyez reconnus.
Mais si je peux permettre, Pierre -Alain, pour votre exposition, pas de
Perdez quelques kilos, 4 ou 5.
Et pesez -vous tous les jours.
Ă€ la mĂŞme heure.
Soyez sortables.
C 'est passionnant de parler sur le talent d 'un artiste.
On risque Ă courir.
Et voilĂ .
Ça me gêne.
Croyez -moi, c 'est un meilleur placement que certains de vos tableaux.
Deux gars, un mauvais placement.
Surtout quand c 'est un faux.
Un faux ? Bon, enfin, évidemment, regardez, ça, c 'est pas son trait.
Le sien est beaucoup plus diffus.
MĂŞme le pigment, c 'est pas le sien.
Non, c 'est pas parce qu 'on a de l 'argent qu 'il faut acheter n 'importe
Regardez cette pendule, elle est absurde.
Et ces petits bronzes, là . Et ça.
Allez, hop, au grenier.
Ces deux fauteuils, lĂ .
Ils ne sont pas anciens, ils sont vieux. Cette maison n 'a pas les clacs que
vous méritez, Marianne. Moi, quand je rentre dans un endroit qui est mal
c 'est plus fort que moi. J 'ai des crises d 'étouffement, c 'est comme une
allergie. Des étouffements, vraiment ? Oui. J 'en ai, moi aussi.
C 'est vrai.
Encore quelque chose que nous partageons.
Décidément, on est comme deux frères et soeurs, vous et moi.
Mon grand -père, Isaac Spielmann, rabbin à Thionville, puis à Annecy, a toujours
refusé de quitter la France pendant ces années sombres.
Il voulait rester proche de sa communauté, partager leurs souffrances.
Il a pu sauver 700 d 'entre eux en les informant d 'une rafle qui était
Puis, déporté en avril 1943 avec ma grand -mère, il n 'est pas revenu d
'Auschwitz.
Mais aujourd 'hui, cette cérémonie pour la bar mitzvah de son arrière -petit
-fils témoigne à quel point il est encore présent parmi nous et dans nos
mémoires. Voilà .
Je vous remercie.
On a pensé plutôt à un livre sur les relations entre les juifs et les
J 'essaye modestement d 'éclairer ceux qui, comme nous, ont fait un mariage
mixte.
Et c 'est Alain Decaux qui va faire la préface.
C 'est pas un peu rasoir, la Bible ? Pas du tout.
Très beau. Je relisais le livre de Job, qui était donc l 'homme le plus riche et
le plus puissant d 'Israël. Et Dieu lui a tout pris, tout enlevé.
Eh bien, il a fini sa vie sur un tas de fumiers, heureux.
Il disait, Dieu me l 'a donné.
Dieu me l 'a ôté.
Fabrice, vous avez cet enveloppe ? Charles !
VoilĂ .
C 'est pour toi.
Assez de privation, ton premier million.
À ton âge, mon père m 'avait donné ça.
Mais ne le dépense pas n 'importe comment.
Merci, Marianne.
Tu plaisantes.
Pourquoi donc ? Il sera peut -être un jour à la tête de la boîte, c 'est bien
'il commence dès maintenant à gérer son argent.
Et puis c 'est un bon test, c 'est amusant.
S 'il le dit la pive, on sera fixés.
Et t 'en avais fait quoi toi, de ton premier million ? Ah ben j 'ai toujours.
Jean -Marc, ne me dites pas que vous aussi vous êtes choqué.
Marianne, c 'est pas possible.
Ça n 'a aucun sens. Un million à son âge, tu lui donneras quoi à son mariage
Non, je ne suis pas d 'accord. Tu sais très bien qu 'on essaie de l 'élever
une certaine rigueur.
Il n 'a que 1000 francs d 'argent de poche par mois, il prend le bus.
L 'argent, ça se mérite.
Parce que toi, tu as été contrainte de gagner ta vie.
Tu auras un travail qui m 'aurait échappé. Elle prend pas mal, mais c
Mais c 'est pas juste.
Écoutez la voix d 'un enfant.
Tu as des parents puritains, mon pauvre chéri.
C 'est pas à toi de décider.
T 'es sûre, Frédéric ?
J 'admirais profondément Marianne.
C 'est une femme remarquable, intelligente, singulière.
Nous avons échangé des milliers de lettres. Elle écrit comme elle parle,
une élégance nette.
Ce qu 'elle m 'a donné n 'est rien à côté de ce qu 'elle m 'a appris.
Notre amitié était belle.
Elle avait une couleur, le bleu.
Comme un matisse.
Allez, viens dans la tĂŞte, viens dans les bras.
Allons -y.
Servinus. Tout le monde descend.
Station Palais Royal.
Musée du Louvre.
Ça me donne envie de chanter la marche nuptiale.
Carrément.
Alors ? Ça vous plaît ? C 'est magnifique.
Alors ? ArrĂŞtez. Je vais vous
rouler une pelle. Si j 'ai envie. Devant la plèbe.
ArrĂŞtez.
Allez, virez -moi cette croutasse. C 'est atroce.
Vous l 'enlevez ? Ah oui, bon débarras. Ne mettez pas le masque africain devant
le rousseau, c 'est redondant. Créez du contraste, mettez -le devant le Turner.
C 'est créatif.
Vous ĂŞtes nuls en contraste. VoilĂ , vous n 'avez rien Ă faire lĂ , la bonicherie.
Dehors ! Allez, raus ! VoilĂ .
Jérôme, apportez -nous du champagne, vous restez des bras ballants. Une
flemmarde.
On a bien travaillé, non ?
Une collection, c 'est un regard, c 'est une fantaisie, c 'est une âme. Et
beaucoup de travail.
Et un peu d 'argent aussi.
Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler.
Qu 'est -ce que c 'est que cette horreur ? C 'est Frédéric ? Oui, à 13 ou 14
ans, je crois.
C 'est une photo que Guy aime beaucoup.
Vous n 'allez pas tomber dans les photos de vacances et de communion.
Je ne peux tout de mĂŞme pas priver Guy des photos de sa fille.
Famille, je vous aime.
Madame.
Merci, Jérôme.
Madame.
Vous méritez mieux que Guy.
Tout ce qu 'il fait est étroit, prudent.
Vous ĂŞtes une reine, c 'est un bourgeois.
Que voulez -vous que je fasse ? Que je me remarie ? Pourquoi pas ? Jim.
C 'est gai.
C 'est frais, maintenant.
Tout cela vous reviendra un jour.
Le masque africain, les tableaux, les lampes, cette collection, vous l 'avez
faite avec moi. C 'est normal qu 'elle vous revienne.
Vous savez qu 'on s 'embrasse pour moins que ça dans les bosquets voisins.
Ne plaisantez pas, je suis sincère.
Grâce à vous, c 'est comme si je revivais.
Je ne suis plus malade, j 'avais toujours quelque chose.
C 'est comme si je sortais de mon sarcophage.
Guy ! On disait du bien de toi.
Comment me trouves -tu ? Comme Ă maison.
Nouvelle.
C 'est un phallus ? Oui.
Vous ferez attention Ă l 'asticant, Guy.
C 'est une pièce de collection, c 'est pas un factoy.
Oui. Ça va, monsieur ? La foutue goutte.
Faites -moi couler un bain.
Qu 'est -ce que ça devient, votre frère, de chercher un hôtel ?
Il a vu quelques trucs en Bretagne, près de Quimper, mais... Avec son CV, les
gens... Les gens sont méfiants.
Vous auriez pu suivre le mĂŞme chemin que lui.
J 'étais pas loin, oui.
Qu 'est -ce qu 'il vous reste de cette époque ? Une gourmette ? Un tatouage ?
Tu mets
laquelle ?
La bleue ou la rose ?
Mais
la rouge !
Bon,
merci Amidou, va ouvrir.
Ouf, c 'est trop haut !
Je vais vous donner de quoi faire remettre un ascenseur.
Un ascenseur ? Vous me gâtez trop. C 'est égoïste. Je ne pourrai jamais
C 'est plus du mécénat.
C 'est illégal.
S 'il fallait la prendre au sérieux, la loi... C 'est un pigeonnier.
Je vous ai apporté mon pain grillé et mes fromages, de la mimolette vieillie
mon chèvre très crémeux.
Magnifique.
Amidou, oĂą est -ce que tu vas les mettre ? Au frigo.
Et voilĂ , l 'andouille. Au frais ! Sur le rebord de la fenĂŞtre.
Domestique. C 'est un monde d 'ignorance.
Ça va m 'entretenir au fil des siècles.
Leurs travaux sont atrophiés. Vous ne savez rien. Vous vous intéressez à rien.
Résultat, qu 'est -ce qu 'il se passe ? On passe les plats, on les lave et puis
on les repasse.
Vous vivez seul ici ? Non.
Ah non.
Oh non.
C 'est un peu étroit.
Il n 'y a rien de libre dans les appartements mitoyens.
Ça, c 'est mon rêve de m 'agrandir.
Ah ben, t 'es une foison.
Moi, je vais faire plus que ces femmes -lĂ . Je crois qu 'elles n 'ont pas
compris qui vous étiez.
C 'est vrai ? Vous croyez en moi ? Vous avez tous les dons.
La littérature, l 'image.
Vous ne m 'avez pas lu.
Vous peignez aussi.
Un jour, je souviens de mes dessins Ă Dali.
Il me dit, jeune homme, votre trait est trop épais comme l 'est peut -être votre
queue.
Mais ces femmes que vous avez connues, vous les avez aimées ? Oui.
Ah, vous voulez savoir si je les ai baisés ? Non.
Non, mais il y a plusieurs sortes d 'amour.
Il se crée un lien plus rare, plus fort, plus précieux.
Ah,
merci beaucoup, Amadou.
Amidou. Oh, pardon.
Amidou.
Vous avez eu un regard rĂ©probateur tout Ă l 'heure quand je me suis adressĂ© Ă
Amidou. Oui, je vous ai trouvé dur.
Je déteste les gens qui traitent leurs employés.
Avec égard, comme si c 'était des inférieurs.
Moi, je leur parle, je rentre dedans, comme si c 'était des membres de la
famille.
Je vous regarde et je n 'arrive pas Ă voir la femme d 'affaires en vous.
Détrompez -vous. Pour moi, c 'est une passion.
J 'adore mon père.
Que j 'adorais.
Les affaires, c 'est comme un grand jeu, une grande devinette.
Mais il faut une vision.
Un oeil sur ce qui va se passer demain.
Moi, je sais exactement oĂą est mon argent, oĂą il va, et ce que j 'en fais.
L 'entreprise, c 'est vraiment ce qu 'il y a de plus important pour vous.
C 'est important pour tout le pays, pour tous les gens qui y travaillent.
88 000 dans le monde, je ne peux pas les trahir.
Nous sommes les meilleurs, je ne veux pas cracher dessus, ça serait une folie.
Et Frédérique, comment va -t -elle ? Elle a fait un disque, ou elle veut du
Ah, mais elle est introuvable.
Nous les avons tous rachetés.
Elle se prépare d 'une vocation, elle fait ce qu 'elle peut.
Elle a un nom qui l 'aura porté.
Vous savez que j 'ai appris très récemment que mon père était juif.
Fantin, c 'est pour Fantaine.
Ah bon ? C 'est vite, ça.
C 'est fou quand mĂŞme, parce qu 'on passe notre jeunesse Ă se construire sur
quelque chose, et puis patatras, d 'un coup, on se rend compte que c 'est du
vent.
Je comprends.
Enfin, vous, vous ĂŞtes Ă l 'abri.
Pourquoi ?
Comment vous me voyez ? Enfin, vous n 'ĂŞtes pas assise sur un petit tas de
misérables secrets.
Vous avez de la hauteur.
Vous savez ce que disent les Américains ? You feel lonely at the top.
Abandonnez tout espoir. C 'est rentré.
Salut Pierre -Alain. Ben si.
J 'ai peur de ne pas te retrouver.
Je ne te voyais plus.
J 'ai pensé à toi.
Tu me gâtes.
Je te présente Marianne.
Enchantée, madame.
Vous ĂŞtes magnifique.
Je m 'en jalouse.
C 'est Marianne qui a acheté ta photo.
Ma photo ? Je ne veux mĂŞme pas la voir. Je suis affreuse.
Vous l 'avez vendue combien ? Non, ne me dites pas.
Voleur.
Betsy, c 'est une femme qui a choisi sa vie.
Elle était mariée avec un médecin sur le parc Monceau. Elle avait des relations,
des enfants, des tailleurs Chanel.
Et puis elle a tout plaqué du jour au lendemain.
Et vous, madame, vous faites quoi dans la vie ? Moi, je suis dans les
cosmétiques.
Et vous ne recrutez rien ? Non.
C 'est ma liberté.
C 'est mon luxe.
Betsy. Tu veux bien nous chanter une chanson de ton répertoire, s 'il te
Oui, si tu veux.
Mais je la vois fatiguée.
Merci, chérie.
J 'habite un pays étrange De vapeur et de fumée
J 'y dĂ©robe la part des anges Jusqu 'Ă
sombrer Pour que nul ne me dérange
Je joue les folles alliées, Je me roule dans la fange,
Mais je voudrais, Je
voudrais que me reviennent, Des jours passés,
L 'odeur d 'ivresses anciennes, Et de
baisers.
Mais c 'est parfois ce qu 'on fume dans le tabac,
tant l 'alcool qui les embrume Ă chaque fois.
Mais t 'as pas dormi là ? Je t 'ai amusé au moins.
Mais me regarde pas comme ça ! Je fais ce que je veux.
Avec Pierre Anna, je m 'amuse.
On vole, on frise.
Jérôme, je peux avoir des oeufs au jambon ? Je les prendrai dans ma
Bien, madame.
On dit beaucoup de molles des gens riches.
Ils sont plus durs.
Plus égoïstes.
C 'est vrai qu 'ils ne lâchent pas comme ça leur argent.
C 'est pour ça qu 'ils restent riches.
Mais au fond, ils ne sont pas plus armés que nous pour l 'existence.
Et mĂŞme, ils cherchent et essaient de vivre ce que tout le monde vit.
Ils sont sur une autre planète.
Allez, voilĂ .
Elle est là , ma petite chérie.
Comment ça va ? Mieux, puisque vous êtes là .
Alors, je vous présente Raphaël Dalloz.
Bonjour, Raphaël. Bonjour, Marianne.
Bienvenue. Merci.
Alors, les vacances de Guy et Frédéric, c 'est un peu comme une retraite chez
les Carmelites. Vous priez, vous ? Oui, il fait des patientes sur son lit. Puis
Frédéric, elle ramasse des coquillages sur la plage avec son fils.
et puis des tas de bestiaux.
Bonjour.
Frédéric, ça me fait tellement plaisir de vous voir.
Justement, Marianne était en train de me dire que vous passez des vacances
magnifiques.
Je vous présente Raphaël Dalloz.
Bonjour.
Bonjour.
Ça ne le dérange pas, ta mère, que tu passes tes vacances avec son ex ? C 'est
ça, lui, il a quand même planté ma mère pour cette bonne femme.
Quand je pense que t 'as failli ĂŞtre le fils de Spielmann.
Viens. On va se baigner.
Je vais mettre mon maillot.
C 'est pas la peine, Guy et Marianne se baignent Ă poil.
La chatte a l 'air.
Non.
Bouge pas.
C 'est magnifique dans cette lumière.
Je t 'ai accordé de bouger. Si tu bouges, je te tue.
Ne me regarde pas.
Viens dehors.
Je t 'aime.
Eh bien, dis donc, ça nous change de bac.
Nous n 'allons pas trop loin d 'une mer.
Vous ĂŞtes sur la Volga.
Vous n 'étiez pas des goélands qui planent sur les feuilles du Roland.
Ma femme avait mal au dos.
Et voilĂ .
Si une fois on pouvait passer des vacances ailleurs, le monde est vaste.
Pourquoi ? T 'aimes plus ici ? On ne manquerait pas beaucoup.
Comprenez -moi, Marianne, c 'est pas de l 'ennui. J 'ai besoin de créer, c 'est
tout.
Et lĂ , j 'ai envie de peindre. Je n 'ai rien.
Pas de pinceau, j 'ai pas de toile.
Désespéré. Qu 'est -ce qu 'on peut faire ? Eh bien, on va envoyer Eugène.
C 'est vrai ? Oh, merci, ma grosse ! Merci, merci, merci.
Oh, merci, merci.
Ah, Pierre -Agnan ! Faut vous couper les ongles.
Avec l 'hiver, ça pique.
C 'est une brute, hein ? Oui, c 'est vrai, je suis une brute.
Je suis une brute. Quand j 'aime, il faut que je me morgue.
Sous -titrage
Société
Radio -Canada
Frédéric, non plus vous n 'arrivez pas à dormir.
Votre seigneur compagnie ?
Vous
avez toujours été comme ça ? On va mieux quand on ose.
C 'est splendide.
Rien ni personne ne dérange le regard, sauf quand Jérôme fait le clavier.
C 'est dans notre chambre et merveilleuse.
Vous nous la réservez pour les 20 prochaines années.
Elle est Ă vous.
J 'aime bien quand vous êtes décoiffé comme ça, c 'est libre, ça respire.
Vous savez ce qu 'on va faire Marianne, comme un jeu, je vais vous aider Ă
déverrouiller tout ce qui est fermé en vous.
Vous qui avez la clé.
J 'aimerais porter un toast Ă Marianne.
Et à qui ? Qui nous accueille si généreusement, Raphaël et moi, les deux
sodomites.
On a l 'impression d 'être adoptés, de faire partie de la famille.
Ă€ Guy et Ă Marianne.
Vous pourriez vous faire tatouer, non ? Me faire tatouer ? Oui. Moi ? Un dragon.
Ou une rose, sauvage, comme vous.
Pleine d 'épines qui partiraient de l 'épaule jusque dans le creux du cou.
Non, comme au Japon, les yakuza.
Oui, c 'est très joli.
Et vous, Jean -Marc, vous n 'avez jamais songé à vous faire tatouer ? Je ne sais
pas, par exemple, les initiales d 'un amour de jeunesse.
Encore faudrait -il pour ça son souvenir ? Catherine.
Ça s 'appelle Catherine, non, ta maman ? Oui.
Non, ça ne vous dit rien, Catherine ? Côté du Cap -Ferret, un petit pfut.
Disparu, le prétendant.
Elle a appris votre mariage par le carnet du Figaro.
On peut s 'apercevoir qu 'on s 'est trompés.
J 'espère que votre mère va bien.
Oui, elle va bien, oui.
Bon, Pierre -Alain, taisez -vous.
Racontez -nous plutôt votre déjeuner avec Mitterrand.
Vous avez vu le président ? Oui.
C 'est un vieux magot, mais malin.
Vous savez ce que je lui ai dit ? Que je lui ai lu son avenir.
Je lui ai dit qu 'il était tout rose.
Je l 'aime beaucoup.
Jeunes, nous étions inséparables.
Mais nous n 'avions pas une seule idée commune sur la manière de gouverner un
pays. Ah oui, je sais ça.
Et puis, il y a eu Vichy.
Ah, vos folles années.
Que de souvenirs merveilleux pour vous deux.
Ouh, encore ces vieilles lunes.
Vous connaissez mal cette période.
Personne n 'ignore que mon père a reçu la médaille de la résistance.
Et que Mendès -France l 'a pris dans son gouvernement. C 'est une forme de
réponse, il me semble.
Pierre -Alain, plaisante, Frédéric.
Un obligé de trouver ça drôle.
Enfin, Guy, tu pars pas prendre ça au sérieux. Tu vois pas qu 'il se moque de
toi ? Ah, vous me taquinez.
C 'est affectueux, en somme.
Absolument. Jérôme, elle est où ? Oui, je suis là , monsieur.
Vous pouvez me resservir un peu de champagne, s 'il vous plaît ? J
porter un deuxième toast à la République, une et indivisible, et au
social. Alors, je vous le dis, Jérôme, Raphaël ne serait pas contre que vous
taillez une petite pipe.
Comme ça, vite fait.
Alors, promis, je ne regarde pas.
Oui, c 'est ça.
Qu 'est -ce que je dois dire, monsieur ? Monsieur Fontaine, crise.
Elle va passer.
Vous ĂŞtes incorrigible, Pierre -Alain.
Frédéric ! Oh, c 'est un peu loin, là .
Ils adorent ça.
Ah non, j 'ai jamais vu ça.
Telle grossièreté.
Et ces allusions graveleuses Ă longueur de temps devant Charles.
Je parle même pas de la bande -son de ces ébats sexuels.
Je reconnais pas ma maison.
Oh lĂ lĂ , on va pas en faire toute une histoire.
Et puis c 'était pas ta maison, c 'était la mienne.
C 'est ce qu 'il a osé dire à mon père.
Avoue que l 'air était respirable.
Je dis lui n 'importe quoi. Je dis lui qu 'on est obligé de partir, qu 'on
rentre Ă Paris.
C 'est impossible, c 'est très grossier.
Je n 'en ai aucune envie. Je m 'amuse, moi, ici.
Il est hors de question que je passe une seconde de plus avec ce pic -assiette.
Mais tu n 'es pas obligée de rester, ma chérie.
Ah, mais t 'es tout rouge.
Je peux vous mettre de la crème.
Nous avons ça en magasin.
C 'est divin.
Où sont les autres ? Frédéric, je vous en veux beaucoup pour hier.
Oh, ça va, un peu d 'humour, merde.
Qui vous a pris ? Pourquoi ça vous tient tellement à cœur, cette histoire ? Mon
père est juif, je vous rappelle.
Mais il avait aussi la maleste.
Je peux vous dire quelque chose ? Bien sûr.
C 'est une réflexion que je ne devais plus, j 'ai jamais.
Séduite par Fantin, ruinée par Fantin.
Vous ruinez, vous ? Mission impossible.
Enfin, la petite a fait tort, cette cruche.
Je suis un escroc.
Un imposteur.
Un voleur.
Un menteur professionnel.
Vous êtes févère.
Je ne suis ni un héritier ni un gigolo. Je suis un savant mélange des deux.
Je suis l 'homme qu 'on aimerait haĂŻr.
Alors, qu 'est -ce que je fais ici ? Ariane, pourquoi m 'avez -vous invitée ?
Je suis curieuse. Je veux savoir jusqu 'où ça peut nous mener.
Jusqu 'à ce que les chiens méchants vous mordent.
Il se commence avec son chien, mais c 'est pas vrai.
C 'est terrible.
Il a fait ça en arrivant chez Lippe. C 'est vrai, j 'ai léché les couilles de
gendarmes et son. Pas facile Ă trouver.
Viens lĂ .
T 'en es compte que j 'endure ? C 'est l 'heure de mon ananas.
Il est bĂŞte.
J 'ai fait des grandes photos et des petits livres. C 'est pas une question
format.
La précocité, c 'est une malédiction.
Parfois, on en meurt.
On attendait trop de moi.
Et j 'attendais trop de moi.
Je me suis éparpillé.
C 'était une façon de fuir.
On peut voir sa vie comme une œuvre.
En 20 ans, M. Fantin est passé de petit Mozart des lettres à une sorte de minou
droué quadragénaire.
Fantin, une imposture, c 'est le titre.
Les faveurs d 'Aragon ou Mauriac s 'adressaient plus Ă la frimousse de l
qu 'à ses qualités stylistiques.
Fantin, l 'ex -ségérie des années 70, est devenu une caricature de Dorian
Il porte sur son visage défraîchi, c 'est agréable, la trace de tous ses
Et mes photographies, c 'est pareil.
Aucune valeur sur le marché de l 'art. Un débouché possible pour Fantin, le
carnet mondain de points de vue et images du monde.
Merde, moi j 'arrĂŞte tout, lĂ ! Oh, que vous ĂŞtes bĂŞtes ! Peu importe ce qu 'il
y a d 'écrit dans ces torchons, ce qui compte, c 'est qu 'on parle de vous.
Tous les artistes en ont toujours pris plein la gueule.
Et vous êtes un artiste. Un véritable artiste. Donc un incompris.
Qu 'en savez -vous ? Je vais vous le prouver.
J 'ai l 'impression d 'ĂŞtre une imposture.
Je vais vous faire un contrat de 10 ans pour vos créations.
Un contrat ? 2 millions par an. Ça vous paraît une somme raisonnable pour que
vous ne vous consacriez qu 'à vos œuvres.
Raisonnable ? C 'est une pluie d 'or, Marianne.
Je fais ce que je veux de mon argent.
Après tout, ma fortune, je l 'ai faite sur de la mousse.
Mon père, avant de mourir, m 'a dit, tu as le monde entier pour toi.
Vous aussi, vous l 'aurez.
Les gens ne vous connaissent pas.
Ils vous divinisent ou ils vous traînent dans la boue.
Au fond, c 'est la mĂŞme chose.
La lutte ne me fait pas peur.
Je suis une lutteuse. Ça m 'exciterait plutôt.
Je ne souhaite Ă personne d 'ĂŞtre mon ennemi.
Je vous interdis de parler de mon père.
De le salir.
Enfin, il n 'y a pas de mal à reconnaître que votre papa était nazi.
'avez pas connu cette époque.
La France était par terre, les gens ont cru que Pétain allait sortir de là . Mon
père était bien trop pris par ses affaires pour s 'occuper de celle de la
cagoule. Il n 'a jamais été à la cagoule. Il l 'a financé, Marianne.
Financé. Et déjà avant la guerre.
Il y a des erreurs de jeunesse. Il avait 61 ans, le papa.
Et puis votre entreprise Ă©tait, et est toujours d 'ailleurs, une pĂ©pinière Ă
fachos. Il y a aussi beaucoup d 'israélites.
C 'était un homme plein d 'espérance, un optimiste, un visionnaire.
Il a créé un monde.
C 'était un homme remarquable pris dans des temps difficiles.
Mais Guy, à la libération, tout le monde croyait que vous étiez résistant. Alors
vous épousez la fille, le papa est blanchi et puis l 'argent continue de
rentrer. Ça coule, ça coule, ça coule, ça déborde.
Père Vincent, stop.
Si l 'argent est sale, pourquoi l 'acceptez -vous ? C 'est la vérité qui
gĂŞne.
Alors regardez -la en face, elle vous foutra la paix. Ou alors restez avec vos
badernes et tous ceux qui vous lèchent le cul.
Moi, je vous aime.
Alors je vous parle avec franchise.
Vous finirez sans moi.
Je ne veux plus vous voir.
C 'est du Bordeaux. À part de madame, du Haumédoc. Je pose là ? Oui.
Vous voulez un jus de fruits ? Oui.
Vous pouvez me lever les mains ? Oui, allez -y.
Qu 'est -ce que c 'est que ça ? C 'est la part de Madame Farrer.
Parfois, un pichet de Côte -du -Rhône est moins décevant qu 'un grand
Ne cassez pas ce verre.
Il appartenait Ă la princesse Mathilde.
Dites Ă Marianne que si je reviens, c 'est quand je l 'aurai choisie.
Comment va -t -elle ?
Sors pas beaucoup.
Voulez -vous partager notre modeste repas ? Je vous préviens, il n 'y a que
froid. À part moi.
Non, ça ira.
Oui, bien sûr, vous avez votre casse -croûte.
Votre petite gamelle.
Oui, je vous casse.
Au revoir, Jérôme.
Pierre se demande s 'il peut servir, Madame, la cuisson. Il n 'a pas appelé ?
Tu es malheureuse.
Tu crois ? Je suis seule avec ça.
Je suis lĂ .
Je ne suis pas armée pour ça.
Il faut qu 'il taille les buies, lĂ .
Oui.
Bonsoir, Raphaël.
Bonsoir. Bonsoir, Marianne.
Pierre -Alain n 'est pas lĂ ? Non, il est sorti.
Assieds -vous, je vous en prie.
Il t 'a pas dit où il allait ? Tu l 'as pas vu ce matin ? T 'es sûr qu 'il est
pas lĂ ? Dans le bureau ? Il est pas lĂ , je vous assure.
Il me dit pas toujours oĂą il va.
Parfois, il disparaît jusqu 'au lendemain.
C 'est un garçon tourmenté.
Mais toi, tu l 'apaises.
Peut -ĂŞtre.
Les temps ont changé.
Je ne croyais pas que deux hommes pouvaient ĂŞtre heureux ensemble.
Vous m 'avez attendu.
Toute la journée.
Oui. Je suis lĂ .
Et vous ĂŞtes lĂ .
Vous croyez que vous me manquiez ? Moi aussi, je vous attendais.
En disparaissant ? Je me sentais piégé.
Vous avez versé sur moi un torrent de bienfaits.
C 'est pas un piège, ça ? Pourquoi inventer des difficultés ?
La vie est assez compliquée comme ça, non ?
Vous avez à côté fêlé, vous savez.
Soyez simple.
Moi, j 'ai une ambition pour vous.
Je voudrais que notre amitié s 'inscrive dans l 'histoire.
Un jour, peut -ĂŞtre, vous ferez une fondation.
Eh bien, je souhaite qu 'elle porte nos deux noms.
C 'est ça qui serait beau.
Vous entendez ? Quoi ?
On les entend tomber alors qu 'il ne pleut plus.
Une Ă une.
Quand je me souviendrai de ce
moment, je saurai que la pluie s 'est arrêtée de tomber.
Rien que pour nous deux.
Si on me reproche de donner trop d 'argent Ă Pierre -Alain Fantin, je me
c 'est une bonne blague que la vie m 'a faite.
Ou que moi j 'ai faite Ă la vie.
Je ne sais pas ce que c 'est que l 'amour.
Je voulais juste que ça continue.
David Steiner, quand Guy Farrère se compromet dans La Terre Française,
provichy créé par les nazis, il n 'a que 20 ans. Et alors ? Il a écrit 64
articles qui ont tout fait pour dissimuler, faire disparaître.
Et c 'est grâce à un petit bibliothécaire de Versailles qu 'on peut
les lire aujourd 'hui. Et ils sont d 'une gravité accablante.
Quand il écrit...
Un juif sera plus facilement avare qu 'un chrétien.
Les jeunes doivent être partout les agents du maréchal.
Ou encore, pour l 'éternité, leur race est souillée par le sang du juste.
Ils seront maudits de tous.
La dénonciation est un devoir car elle sert véritablement à la collectivité.
Combien de gens ont suivi son conseil ? En encourageant la délation, combien a
-t -il de morts sur la conscience ?
Guy Farrère est un personnage public, officiel, plus gros sportif de France,
ministre sous De Gaulle, sous Pompidou, ami intime de François Mitterrand,
sénateur. Selon Serge Clarkfeld, il pourrait se voir retirer son visa pour
États -Unis.
Et sur TF1 ? Toi, je t 'avais dit à l 'époque de le racheter TF1.
Mais d 'où ils ont exhumé ces vieux trucs ? Je croyais que ça avait été
On est les plus riches de France.
On est aussi les plus gros annonceurs.
Eh bien, messieurs, vous n 'aurez plus rien. C 'est fini. Quick, rideau. Plus
sou. Et puis tout de même, nous sommes les meilleurs amis du président.
Qu 'est -ce qu 'il croit pouvoir faire contre nous, ce fouille -merde ? Je vais
céder ma place.
Jean -Marc doit reprendre les rĂŞnes. Non, non, non.
Mais si, Marianne, s 'il le faut, pour l 'entreprise, c 'est une question de
survie. On attend que ça se tasse. On est trop bouleversés, là .
C 'est le bazar.
C 'est bien ce que je dis.
C 'est pour ça que je dois quitter la boîte. Je ne veux pas qu 'on parle de
Et mĂŞme si on en parlait, ce qui n 'est pas le cas.
Ça ne fera sûrement pas Spielman. En plus, il est derrière tout ça.
Jean -Marc, ne me dis pas de sottises. Si je ne démissionne pas, demain, quand
la bourse ouvre, les actions sont en chute libre.
Si tout s 'effondre, faites -moi signe, il y aura peut -ĂŞtre un petit stop de
crème à récupérer.
Trouve au caca d 'autre, je t 'en supplie.
Sur un milliard de candidats, c 'est le dernier que je choisirais. Jean -Marc, c
'est la seule option.
Qu 'est -ce que tu lui reproches ? C 'est un sentiment, je ne le sens pas.
Il n 'est pas doué pour les affaires.
Il achèterait un cimetière, les gens arrêteraient de mourir.
Vous avez pensé à moi ? Avec lui, ça ne sort pas de chez nous.
Tu préfères que les autres prennent la marque, alors ? Tu imagines l 'œuvre de
ton père sortant de la famille ? C 'est ça que tu veux ?
Des belles pour la belle, il y en a lĂ .
Jérôme, êtes -vous mon ami ? Je ne voudrais pas dire ça, madame.
Je vais vous parler librement.
En ce moment, j 'ai toujours envie de pleurer.
Mais c 'est drĂ´le, je ne suis pas triste.
J 'ai envie de pleurer par fatigue.
Comme les enfants quand ils n 'ont pas dormi. Vous voyez ? Je ne sais pas si j
'arriverai à supporter tout ça.
Si, vous y arriverez.
Peu de gens y arriveraient, mais vous... Oui, oui.
J 'espère que vous avez raison.
Vous ne voulez toujours pas que je vous apporte les journaux ? Non, ça sent le
pourri. Des oui -dire, des calomnies.
Les journalistes sont des manges -merdes.
Les fleurs, elles se figent de tout ça.
Elles vivent en silence.
D 'aujourd 'hui Ă demain.
Elles sont belles, ces roses.
Elles sont belles, ces roses.
Mais il y a tout le reste.
Mon père m 'a demandé de toujours protéger notre entreprise.
Chaque jour, j 'essaie de répondre à son désir car il est toujours près de moi.
Ce qui s 'écrit ça et là me répugne.
J 'exige que nous suspendions nos annonces dans les médias qui relaient
ces malveillances contre le groupe.
Poser la question au patron des journaux et télé, qui est pour moi ? Celui qui n
'est pas pour moi est contre moi et devra assumer les conséquences de cette
position. Si on nous parle de censure, il ne s 'agit pas de censure.
Il n 'est pas forcé de se taire sur ce qui n 'existe pas.
Très bien. Au revoir.
Je ne te vois plus.
Tu sais très bien pourquoi.
Tu savais ? Qu 'est -ce que tu savais ? Tu les avais lus, ces textes ? Jamais.
Ou j 'ai oublié. C 'est la même chose.
J 'avais 20 ans, en 40.
J 'ai toujours regretté ces écrits.
Vous les regrettez en silence ? Surtout ceux qui concernent la communauté juive.
Dites les juifs.
Je n 'en connaissais pas.
Dans le catholicisme de mon enfant, c 'était eux qui avaient tué le Christ.
J 'étais habité par cette idée.
Ce n 'était pas moi qui parlais.
C 'était un milieu, une époque.
Et puis rendez -moi cette justice. En 1942, j 'ai rejoint Mitterrand et j 'ai
opté pour la résistance.
On peut avoir porté la Francisque, la jeter aux orties et devenir président de
la République.
Ma chérie, que la vérité change, que ça arrive deux ou trois fois dans une vie.
On peut devenir un autre, non ? Mais je suis censée faire quoi, moi, de tout ça
? Je fais comment ? Quel héritage ?
On me l 'a beaucoup reproché.
Certains n 'ont pas compris, mais j 'ai accepté.
Je suis devenu la caution de l 'entreprise. J 'ai ainsi assuré sa
Il faut admettre qu 'il y a des amendements, des corrections dans un
dans une vie.
J 'ai pensé à l 'avenir.
J 'ai pensé à mon fils.
L 'idée de dynastie est universelle.
Elle doit ĂŞtre plus forte que les circonstances.
Elle existe depuis toujours dans toutes les cultures.
J 'ai toujours su que Frédéric et son chapeau de mari voulaient me mettre à l
'écart, m 'effacer.
Ils sautent sur l 'occasion.
C 'est comme si tout s 'effondrait autour de moi.
Le travail d 'une vie, le travail de mon père, qu 'est -ce qu 'ils en savent
tous ? C 'est comme un secret qu 'ils ignorent.
Notre prise, c 'est un corps, c 'est une âme.
La vie, ce sont des choix affectifs.
Les affaires aussi, mais c 'est beaucoup plus vaste.
ArrĂŞtez ! Qu 'est -ce que vous faites ? Regardez.
C 'est une cochonne.
S 'il vous plaît, vous pouvez nettoyer ça et vous nous apporterez l 'addition.
Merci.
Je peux prendre votre main ?
Quand je ferme les yeux, je crois que je suis dans mon lit.
Venez vous reposer lĂ .
VoilĂ .
Je vous aime.
Ah, Jean -Marc, ça marche pas.
Ils ne l 'ont toujours pas réparé, cette machine ? Vous avez mis une pièce ? C
'est -à -dire ? Faut mettre une pièce dans la fente, là .
Tiens, c 'est nouveau, ça.
Qu 'est -ce qui vous ferait plaisir ? Un jus de cranberry.
Ah, merci.
Marianne.
Peu importe ce que Guy a pu écrire dans le passé, ça donne bien.
Merci, Jean -Marc.
Mais ce que j 'ai en tĂŞte de son fils, c 'est manger le dernier Eskimo. Tu
devrais pas manger ses sucrés.
Tu n 'es pas mon médecin.
Tu as parlé avec Jean -Marc ? Jean -Marc, il joue ses propres pions.
C 'est -Ă -dire ? C 'est bien toi aussi, tout sous tes pions.
Et moi, les miens.
Et c 'est quoi tes pions ? Tout le monde joue, ma chérie, c 'est la vie.
Tu n 'as jamais aimé Jean -Marc ? Non.
C 'est juste que... Et puis après, tu as raison, mais pas pour ce que tu crois.
Et qu 'est -ce que je crois ? Ça m 'a beaucoup blessée, le jour où tu m 'as
que je n 'aimais pas Jean -Marc parce qu 'il est juif.
J 'étais entourée d 'israélites dans ma vie, tu t 'en es rendue compte ?
Mais tu t 'en dis pas avec lui ? T 'as voir qu 'il manque un peu de
ton Jean -Marc.
Il est rusé, certes, mais il a pas d 'idée.
Tu es très injuste.
T 'aurais pu l 'aimer.
T 'as bien réussi à aimer papa.
Ah, mais j 'aime ton père.
C 'est juste que je ne supporte pas d 'être enfermée dans un rôle.
Celui d 'une femme qui dépend d 'un homme, qui se sent seule quand il n 'est
plus lĂ ou quand il meurt.
Il le sait, d 'ailleurs, quand nous sommes allés chercher mon allant, je lui
dit, surtout pas trop serré.
Tu peux me laisser travailler maintenant ? Je ne comprends pas.
Je ne comprends plus, vous allez me rendre dingue. Je ne demande rien et
après, un jour c 'est oui, un jour c 'est non.
Heureusement que je note tout ce que vous me promettez dans un carnet.
Je n 'ai pas rêvé, vous m 'aviez bien proposé d 'être au conseil d
'administration de la boîte.
Non, ça, je n 'en ai jamais parlé.
Vous déraillez, vous oubliez tout.
Et ce contrat d 'assurance, il est rédigé.
Il n 'y a plus qu 'Ă le signer.
Les assureurs me disent que ce n 'est pas judicieux en ces termes. En quoi ?
gens -là sont taxés sur votre argent.
Madame Farrer serait soumise à d 'énormes prélèvements fiscaux.
Bon, écoutez, d 'abord, monsieur, je sais à peine qui vous êtes. Qui êtes
? D 'oĂą sortez -vous ? Si elle casse cette assurance vie pour que vous en
bénéficiez, c 'est 60 %. Mais c 'est que du pognon, et moi, j 'en ai besoin,
Marianne, pour mener Ă bien certains projets.
Si vous avez besoin de ces sommes, pourquoi ne pas faire un prĂŞt ? Avec les
revenus qui vous sont acquis, il vous sera accordé sans problème.
Mais c 'est pas une question d 'argent.
Je m 'en fous, moi, de l 'argent. Oh lĂ lĂ , j 'en avais avant de rencontrer
Marianne. Et vous me l 'avez promis ! Promis ! C 'est comme les bijoux chez le
notaire. Vous avez dit qu 'ils me reviendraient.
J 'ai pas inventé, ça. Vous avez même menacé de les balancer par la fenêtre si
je refusais. On peut pas promettre ça à quelqu 'un et puis trahir sa confiance.
On peut parler d 'autre chose que d 'argent.
Vous m 'épuisez.
C 'est vous qui en parlez sans arrĂŞt. Vous jouez avec moi.
C 'est la carotte qui fait avancer l 'âne.
Bon, écoutez, maintenant, ça, je vous laisse signer.
Allez, on signe.
Allez, allez.
Ah, mais vous ĂŞtes mort !
ArrĂŞtez -vous ! Vous m 'avez fait mal.
Ou alors, est -ce que plus rien n 'a de valeur ? On ne peut plus rien saisir, c
'est que du vent ! Tant pis pour les impĂ´ts.
Finissons -en.
Merci, vous venez d 'aider grandement un ami qui a besoin d 'un atelier.
Un ami ? Oui.
Qui avez -vous ?
Autour de vous, qui sont vos amis ? Citez -moi un, une.
Allez -y.
Il n 'y a personne.
Avant de me rencontrer... Je suis fatiguée.
J 'ai envie de prendre le large.
Partons.
Allons Ă Saint -Tropez, Ă Saint -Joseph, Ă Saint -Maurice.
N 'importe quel saint.
Singapour.
Je suis très fatiguée.
C 'était pas déjeuner, M. Fontaine ? Pas faim.
Oh, je rigole.
Qu 'est -ce qu 'il a, M.
Jérôme ? Il aime pas trop la façon dont vous parlez, madame. Vous écoutez aux
portes ? C 'est mal.
C 'est une dispute de couple.
Il y a de l 'amour lĂ -dedans.
Vous vous en gâlez jamais avec Bobonne ? Madame n 'est pas votre épousée. Je
vous laisserai pas lui faire de mal.
Oh, chevaleresque, le macho.
Eh bien, je relève le défi.
Allez -y, faites -moi mal.
On ne me touche pas ! Je suis un enfant battu !
Même les bonnets sont tarés dans cette baraque.
Connard.
Vous dites qu 'il a été là combien de fois, ce notaire ? Trois fois.
Il était toujours là , bien sûr.
Oui.
Vous avez entendu autre chose ?
Ils ont parlé aussi de tableaux.
Quel âge avez -vous, Jérôme, maintenant ? J 'ai 38 ans, monsieur.
Tu es beau, toujours.
Tu aurais pu être acteur de cinéma.
Ne sois pas gêné. Tu rougis ? Non.
Moi, il y a longtemps, je ne rougis plus, hélas.
Jérôme, si un jour tu sors de ce musée, si nous sommes morts, Marianne et moi,
tu ne seras pas trop perdu ? C 'est pas mon choix.
J 'ai pas peur de la vie.
Donc on a percé le couloir entre les deux murs porteurs des deux immeubles.
installé des poutres.
Pour soutenir l 'ensemble.
Je ne veux pas constater qu 'il s 'agissait de deux immeubles séparés.
L 'appartement c 'est un prolongement naturel de l 'autre.
Nous passions de la partie galerie Ă l 'atelier jusqu 'Ă la piscine dans un
mouvement. Oui bien sûr mais ce sera le cas. C 'est pour ça qu 'on met le même
parquet dans les différents espaces. Vous allez forcément avoir cette
impression.
Vous pouvez vous mettre torse nu si vous avez trop chaud.
J 'ai eu Daniel Feo.
Il faut que je leur arrĂŞte Ă vendre.
Non.
Alors attendez.
C 'est merveilleux. J 'ai l 'impression de jouer au Lego.
Bonjour, Pierre Alain.
Monsieur.
Je vois que vous vous agrandissez.
Oui, l 'appartement d 'à côté s 'est libéré. Je fais abattre ce mur.
Bientôt, vous aurez tout le pâté de maison.
Vous viendrez barboter dans la piscine.
Je ne vous attendais pas, Guy.
Attention. J 'aime Raphaël. Je ne suis pas partant pour un adultère. Il y a un
plan Ă trois.
Je pars ce soir Ă Saint -Joseph avec Marianne.
Vous ne m 'avez pas invité.
C 'est un voyage de vieux amoureux.
Vous viendrez la prochaine fois.
Je veux vous parler, Pierre -Alain.
Quand Marianne ne sera plus lĂ , vous serez seul.
Tout le monde voudra votre chute.
Pourquoi ? Tout le monde m 'adore.
Écoutez -moi.
J 'ai vu la comptable et le notaire. Nous avons recensé toutes les assurances
que Marianne vous a données.
Vous ĂŞtes fou de vous faire donner des sommes pareilles.
Elle ne me demande rien.
Mais bien sûr que si. Je vous le répète.
C 'est une folie.
Quelles assurances ? Je n 'étais même pas au courant. Vous me l 'apprenez.
Ne jouez pas les ravis de la crèche avec moi.
Qu 'est -ce que vous comptez faire ? C 'est bravo.
C 'est somptuaire.
Il y a ma fille.
Elle apprendra tout ça. Je la connais.
Vous aurez un procès pour captation d 'héritage.
Oui, peut -être. Et alors ? Mais il n 'y a pas de Frédéric.
Il y a l 'entreprise. Tout ça est lié, inexplicablement.
Vous ne connaissez rien Ă ce monde.
C 'est un nœud de vipère. Ils vous sauteront au cou. Ils vous dévoreront.
Qu 'est -ce que vous voulez, Guy ? Vous venez chez moi comme ça ? Vous débarquez
comme un croque -mort ? Vous menacez ! C 'est insupportable ! Croyez -le ou non,
je cherche à vous protéger.
Fusse contre vous -mĂŞme.
Ne jouez pas une partie que vous ne pourriez que perdre.
Non, non, ne repars pas.
Ne me laisse pas.
Je vais l 'appeler.
Non, viens.
Non, je l 'appelle.
Qu 'est -ce que c 'est que cette histoire ? Comment t 'as osé lui dire ça
reste plus ici, je m 'en vais.
Lâche -moi ! Marianne, écoute -moi ! Mais c 'est mon argent ! Tu m 'entends ?
Celui de mon père est le mien ! T 'en as pas eu assez ? Qui a payé ta carrière
politique, tes belles chaussures et tes cigares ?
Merde ! Merde ! Merde !
Qu 'est -ce que je fais en Afrique ? On est en France.
Ça va aller maintenant.
Il va pas mourir.
Qui ? Mon père.
C 'est mon père qui est tombé, c 'est Guy.
Et non, il va pas mourir.
Oui, Guy.
Mais oĂą on va, lĂ ? Je veux pas rester seule.
Je n 'ai pas seul. Je suis là . Non, mais lâchez -moi.
Lâchez -moi.
Lâchez -moi. Je vous dis.
Il y a un diagnostic pour madame ? Oui.
Syndrome confusionnel dĂ» Ă une chute accidentelle et Ă la prise dentalgique.
Elle a pris trop d 'antidouleurs.
Ça va Jérôme ? Vous avez l 'air crevé. Vos yeux sont fatigués.
C 'est qu 'ils en ont trouvé depuis quelques temps.
Qu 'est -ce qu 'ils parlent ? Le personnel.
Ils demandent toutes les augmentations.
Même moi j 'ai redemandé, elle m 'a augmenté. Parce que... Y 'a pas de
elle a dit.
Des augmentations de combien ? Du simple au double.
Le chef Pierre, il est passé à 30 000 francs.
Et elle en dit quoi ? Elle ? Elle dit oui Ă tout.
Et Rasputin ? Fantin, il la harcèle.
Il en a jamais assez.
Ça contamine tout le monde, c 'est comme la grippe.
Vous devriez parler Ă la comptable.
Amen. Shabbat shalom.
Je suis allé au cinéma hier soir.
J 'ai vu Titanic.
Clac, clac.
Génial.
Ça va, ma chérie ? Oui.
T 'es sûre ? Oui.
Qu 'est -ce qu 'il t 'a dit, l 'autre Majordame ?
Ce qui se passe là -bas est obscène.
Vous ĂŞtes comme un fils pour moi.
Ça ne vous envie pas trop de dormir sur ce lit de camp ? Ça me rappelle l
'armée.
Vous avez mal ? Vous ne devez pas être là très longtemps, Jérôme.
Ne dites pas ça, monsieur.
Il faudra que vous preniez soin de Marianne quand elle sera seule.
Vous pouvez compter sur moi.
De quel droit tu annules mon déjeuner avec Bernadette Chirac ? Je voulais pas
'exposer trop tôt dans un truc officiel. Tu appelles ma secrétaire pour lui
donner tes instructions ? Pour te protéger. Non, tu veux m 'effacer.
C 'est parce que tu dis que tu perds la tĂŞte.
Ça t 'arrangera bien que je la perde ? Ça c 'est pas gentil.
Tu veux savoir ce que je dépense ? Je fais des chèques à qui je les fais. Mais
ça ne te regarde pas.
Reste Ă ta place.
J 'ai bien compris ton manège.
Mais je ne me laisserai pas faire.
Chez nous, on ne parlait pas d 'argent, on ne prononçait même pas ce mot,
argent.
On m 'a appris à ne m 'épater de rien.
On m 'a transmis des valeurs d 'humilité et de discrétion.
Alors l 'irruption d 'un mercenaire dans cet univers, le mien.
Un type arrogant, vulgaire, qui ne respecte rien.
Chez nous, on n 'étonne ni ses richesses, ni ses états d 'âme.
C 'est pas un dandy.
C 'est un rustre.
C 'est une brute.
C 'est plus fort que lui, il a le goût du sang, il faut qu 'il attaque.
Et moi, je défends ma famille.
Ne te lance pas dans une guerre contre Marianne.
Pas de mon vivant.
Qu 'elle ait raison ou tort, il faut la laisser faire ce qu 'elle veut.
Elle s 'aveugle, elle s 'égare, mais elle revit.
Il lui apporte quelque chose qu 'on était incapables de lui donner.
Je ne veux pas que tu réagisses avec passion, avec colère.
Comment ça s 'appelait, ce café, rue Royale, en face de la société ? Le
Ça n 'existe plus, non ? Depuis longtemps.
Pendant des années, quand je passais devant, je pensais que j 'aurais avalé
cafés crème en attendant que je m 'épouse.
Pourquoi tu repenses à ça ?
vivraient quand il sera mort.
Ils n 'ont plus de corps.
Simplement le prénom dit. Ravé.
Ravé. Ravé.
Ravé.
Ravé.
Ravé.
Ravé.
Ravé.
La maison est bien assez grande pour tous ceux qui veulent pleurer ton père.
Je ne supporte pas sa présence.
Si vous voulez, Marianne, je pars.
Certainement pas.
Alors je reste.
Tu veux me priver de mon meilleur ami ? Il n 'imagine pas diriger ma vie.
Je voulais partager un peu de mon chagrin avec toi.
Mon chagrin, respecte -le.
Je le partage avec qui je veux, avec qui mĂŞme vraiment.
Quelle disposition vas -tu prendre pour l 'enterrement ? Je vais me confirmer ce
que ton père voulait. Il a laissé des instructions précises.
Être enterré dans l 'intimité.
Je serai à vos côtés, Marianne.
Enfin, si j 'arrive à rentrer dans l 'église sans prendre feu.
Au bonheur de Marianne, vous vous empichez.
Ce que vous voulez, c 'est vous venger. Me venger de quoi ? De ne pas ĂŞtre comme
elle.
J 'ai aucune envie d 'ĂŞtre comme elle.
Et puis, tenez -vous, nous sommes en deuil.
Votre petit plan a très bien fonctionné, mais maintenant, c 'est fini.
Si vous le dites.
Jérôme, j 'ai envie de vous embrasser pour tout ce que vous avez fait pour
C 'est facile en vrai.
Mon papa.
Mon ami.
Merci à toi d 'avoir été comme ça.
Merci de m 'avoir protégée et d 'avoir su écouter mes désirs.
Peu importe les polémiques de ces derniers temps.
Et ceux qui ont voulu te salir, je m 'en soucie comme un poisson d 'une pomme.
Les moments avec toi passaient trop vite.
Tu es passé trop vite.
Ce que tu vas manquer.
Bravo ! Vous n 'êtes pas exprimé
au cimetière ? Il faut laisser les morts tranquilles.
Ils ont beaucoup Ă faire.
Vous ĂŞtes croyante ? J 'ai la foi de mon enfance.
C 'est peut -ĂŞtre un manque d 'imagination.
Te voilà ? Vous étiez passé où ? Vers une emplette.
Pierre -Alain, vous ĂŞtes fou.
Un jour comme aujourd 'hui ? Surtout un jour comme aujourd 'hui.
Madame ? Jérôme, je voudrais que vous restiez à mon service.
Que vous soyez responsable du premier étage.
Particulièrement du bureau de Guy.
Je veux que rien ne bouge, ni ses livres, ni ses objets.
Que l 'encre de ses stylos ne sèche pas.
Que personne ne s 'asseye dans son fauteuil.
Vous êtes marié depuis combien de temps, Jérôme ? Je ne suis pas marié, madame.
Moi, j 'étais marié depuis... Et puis voilà , c 'est un effondrement.
Quand on prend un repas...
MĂŞme quand on ne se dit rien, que votre mari est lĂ , il y a les gestes.
Les mains.
Mais vous savez, il n 'avait pas besoin de parler.
Il va regarder.
Et ça suffisait pour dire oui ou non.
Son regard.
Bonjour, Jérôme.
On pensera me faire le plein.
Ce n 'est pas mon travail.
Un peu de botanique.
C 'est très bon pour les plantes.
La prochaine fois, je ferai caca.
Je chie gros.
Je suis très anal.
C 'est ma décision.
Vous êtes sûr de vous ? Pas une procédure trop compliquée ? Le notaire a
le dire, c 'est de l 'adoption simple.
L 'affaire de quelques mois.
Et tant pis pour ce que les autres en disent.
Je suis vierge de toute filiation.
Mes parents, je les ai répudiés, châtés de ma vie.
C 'est pourquoi cette folie, je veux la faire avec vous.
Il faut me prendre comme je suis.
Comme un vieil enfant et fier de l 'ĂŞtre.
Oh, mon gros bébé.
C 'est Alain Farrère ? Vous l 'avez entendu le dire, lui ? Oui.
C 'est ce qu 'il voulait depuis le début, c 'est ce qu 'il veut.
Cet homme, c 'est le mal.
Qui, Ă part le diable, pourrait envisager une chose aussi perverse ? C
amoral.
C 'est monstrueux.
Il semble que ce soit Madame qui suggère l 'idée.
Vous n 'avez pas fini d 'en voir avec lui.
C 'est un salopard comme j 'en ai rarement vu.
Et je sais les reconnaître.
Qu 'est -ce qu 'il y a de si urgent pour que tu m 'obliges Ă annuler un rendez
-vous ? Je veux que tu fermes définitivement ta porte à Fanta.
Arrête avec ça, ta jalousie est grotesque.
Tant que mon père était vivant, je n 'ai rien dit.
Et parce que je suis veuve, je ne peux être que dépendante ? Maintenant, je ne
laisserai plus faire.
J 'irai en justice s 'il le faut.
Mais tu peux pas faire ça.
Je ferai ce que j 'ai Ă faire.
Mais comment peux -tu ? T 'as eu quoi, Nathalie, qui ne vienne pas de moi ? J
'irai jusqu 'au bout.
C 'est de ma faute.
Je t 'ai gâtée et pourrie.
Est -ce que tu m 'as aimée ? Et maintenant, c 'est trop tard. On ne peut
sauver de toi -mĂŞme.
Je suis navrée.
Navrée que tu sois pas de taille pour ce milieu.
Il faut grandir.
Tu peux écrire des livres, jouer du piano, ok.
Mais ce monde, Frédéric, non.
Tu n 'as pas la carreur.
Elle ne le fera jamais. Elle est trop consciente du nom qu 'elle porte.
Elle ne peut pas se donner un spectacle devant le corps de justice.
Elle n 'était pas là .
Elle n 'est pas souvent née dehors.
Elle vit comme une pomme de terre dans une cave.
Le tribunal sera attailli par les journalistes. Il faut que tu te prépares
spectacle.
Si tu brises l 'omerta de la famille, tu compromets la marque.
Ils voudront te culpabiliser, te salir.
Marianne est entourée de tueurs.
C 'était quoi pour elle ?
Un accessoire sur la faute de famille ? Elle était même pas méchante, elle était
absente. Non.
Absente, c 'est pas juste, elle était indifférente.
C 'est pire.
Je peux la perdre ? Ouais.
Je tiendrai ? Je serai lĂ .
Il faudra que tu donnes une image de toi moins austère.
Il faut que tu souffres et que les gens le voient.
Ça m 'a échappé des mains.
C 'est rien, j 'aurais dĂ» le faire moi -mĂŞme.
Je l 'aimais pas.
Je suis désolée, madame.
Madame, on a apporté cette lettre.
Chère Marianne, j 'ai porté plein de contrix pour abus de faiblesse sur ta
personne.
Récemment, tu m 'as reproché de ne pas aimer tes amis.
Là ne serait pas le problème s 'il s 'agissait d 'une vraie relation amicale.
Mais tel n 'est pas le cas, compte tenu de ce que j 'ai pu constater
personnellement au sujet de...
Ah voilĂ .
Et j 'arrĂŞte pas de la faire entrer.
Tu vas attraper la mort.
Tu es lĂ .
Tu es repentante.
Allez, rentre.
Tu vas attraper le froid.
Non, c 'est ça qui est bon.
Sentir la pluie sur son visage, les gouttes sur ta peau glisser le long de
dos.
Petite fille, j 'adorais ça déjà .
Mais c 'est un peu fortiche pour toi, non ?
Je vous aime bien, Jérôme.
J 'aime votre sourire.
Vous vous donnez beaucoup de mal.
Ce que je fais pour vous, je vous le dois.
Monsieur et vous, vous avez fait de moi ce que je suis devenu.
Vous m 'avez donné un cadre, une éducation et des valeurs.
Bon, ça fait longtemps que tout ça n 'existe plus.
Est -ce que ça existait un jour ? Vous n 'aviez pas l 'idée d 'un hôtel en
Bretagne ?
Si. Avec mon frangin, oui.
On verra la mer depuis les chambres ? Oui.
Donnez -moi mon séquier.
Donnez -moi mon séquier ! Vous avez vu que nous sommes entrés ? Ce silence.
Une apparition.
Vous ĂŞtes une sorte de garbeau, mais accessible.
Vous ĂŞtes lĂ .
En majesté.
Souriante. Sereine.
Sympathique. Et puis surtout, vous faites taire toutes ces conneries de
recluses. La séquestrée, alors pas de Poitiers, mais de Neuilly.
Oui, c 'est ça.
Une royauté avec son page.
Son vieux page, ma rĂŞve.
Et puis surtout, on les emmerde.
On vous emmerde.
Votre table est prĂŞte.
Merci.
Regardez -nous.
Vous trouvez qu 'on a assorti ?
Je sais pas, mais en tout cas, on s 'est trouvés.
Vérifiez ma bonne santé mentale.
C 'est terrible de devoir en passer par lĂ .
Ça n 'a pas de sens de me soumettre à ces examens.
J 'ai toute ma tête et de la mémoire à revendre.
Vous ne sentez pas ? Quoi donc ? L 'air de cette pièce.
Il est chargé de souvenirs.
Ça me transporte parfois.
Comme une décharge de souvenirs.
Parfois, je cligne les yeux pendant une seconde et j 'ai des flashs qui me
reviennent.
Frédéric est joué du piano, là .
Elle était mignonne.
Ça ne vous fait jamais ça ? Frédéric, tu sous -doies les médecins.
On me ment sur les DRM que je ne veux pas passer.
Ceci est un dernier avertissement.
Je n 'ose mĂŞme pas imaginer le risque d 'une fuite qui est chaque jour plus
importante devant des interlocuteurs qui sauraient qu 'une procédure basée sur
ma soi -disant déficience mentale intellectuelle est en cours.
Si tu ne renonces pas à ta plainte, j 'engagerai une procédure en révocation
pour ingratitude des donations que j 'ai consenties.
Accordez -moi une minute, Frédéric.
Je ne pars pas avec vous.
Je ne veux léser personne.
J 'ai assez d 'argent pour tout le monde.
Je me demande ce que vous me faites dire, Frédéric.
On peut trouver un arrangement.
Pourquoi faire éclater un scandale ? Le scandale, c 'est votre ADN, non ? Le
seul arrangement possible, c 'est que vous sortiez de la ville, Marianne.
J 'ai toutes ces lettres.
Elle m 'a autorisé à les publier.
Les gens découvriraient une autre vérité.
La seule chose que ça prouvera, c 'est qu 'elle est sous votre emprise. On peut
avoir une influence sur Maria, elle a beaucoup trop de personnalité.
Il n 'y a jamais rien de vrai ou de sincère dans ce que vous dites.
C 'est fascinant.
Cet argent, vous devez le rendre et vous allez le rendre puisque maintenant c
'est entre les mains de la justice.
À la charge du récipiendaire.
Entrez, Jérôme.
Étiez -vous au courant que les droits d 'enregistrement... Ce ne sont pas les
questions qu 'il faut apprendre par cœur, ce sont les réponses.
En jaune, vous avez les questions et en rose, les réponses. Ah, d 'accord.
Eh bien, posez -moi cette question -lĂ .
Alors, avez -vous acquis en septembre 1998 une œuvre d 'Odilon Redon dont la
propriété reviendra de droit à M.
Fantin après votre décès ? Cette donation a -t -elle fait l 'objet d 'une
déclaration fiscale ? À l 'époque...
Mon notaire a dit que... Dans le respect... Dans le respect des
usages... Et de la loi à procéder... Aux
déclarations afférentes auprès des organismes concernés.
Ouf ! On continue ? Je ne vais pas tomber dans leur sale patte, Jérôme.
Connaissez -vous le montant total de vos dons Ă Pierre Linfantin ? Lesquels ?
Tous. Le total, depuis que vous le connaissez.
Je l 'ignore complètement.
Vous l 'avez payé, Mme Farrère.
Pas plus que d 'autres.
Mais eux, ils se taisent.
Lui, non.
Vous ne pensez pas que M.
Fantin a pu abuser de votre amitié ? Enfin ! Je vais bien répondre à vos
questions d 'épicier, mais quand on est des moyens financiers, ce genre de
questions ne nous vient pas Ă l 'esprit.
Vous ĂŞtes tĂŞtu, vous ne comprenez pas vite.
Un milliard d 'euros, c 'est beaucoup.
Pour vous ? Pour tout le monde.
Pour moi, oui.
Elle a travaillé plus, monsieur le capitaine.
Le chauffeur, il est partant ? Oui.
Le jardinier ? Non.
Il refuse de témoigner contre elle.
C 'est dommage.
J 'ai raison.
Faire tout ça, je voudrais que tu m 'encourages.
Alors je me couche, je laisse tout tomber.
On n 'a pas fait tout ça pour en arriver là .
Elle ne peut pas t 'avoir aux sentiments, des sentiments qu 'elle n
mĂŞme pas.
Et pourquoi vous faites tout ça contre Malilou ? Je comprends pas.
Ça fait quoi qu 'elle distribue son argent ? Elle t 'a déjà tout donné.
T 'es plus riche qu 'elle.
C 'est pas une question d 'argent, mon cœur.
Ne t 'inquiète pas.
Dieu n 'aime que les fins heureuses. Si c 'est pas heureux, c 'est que c 'est
pas la fin.
C 'est bien que tu sois revenue au CA.
Merci pour les actionnaires.
Merci pour l 'entreprise.
Et merci pour la famille. Ça m 'a aimée.
Tu n 'as pas à m 'émouvoir, je n 'ai pas à t 'émouvoir.
Ce que je fais, tu sais très bien que je ne le fais pas contre toi, je le fais
contre lui.
S 'attaquer Ă Pierre -Alain, c 'est s 'attaquer Ă moi.
Non, il n 'est pas trop tard, M.
Jérôme. Je ne crois pas que le moment soit bien choisi, monsieur.
C 'est toujours un plaisir de vous voir, Jérôme, mais laissez -moi vous donner
un petit conseil relationnel. À l 'avenir, vous me direz bonjour,
comment allez -vous, puis vous irez prévenir madame de ma présence. Madame
couchée dans sa chambre.
Oui, comment je vais ?
Bonjour, monsieur. Comment allez -vous ? Très bien, merci. Dans sa chambre,
dites -vous. Parfait. Aurez -vous la gentillesse de mettre un peu d 'essence
ma mobilette ? Je vous ai déjà dit que ce n 'était pas mon travail, monsieur.
vous entends.
Alors ? Vous allez faire
dodo, ma petite chérie ? Vous ne deviez pas venir ce soir.
Et votre soirée ? Rasoir.
Je suis parti avant pour vous voir.
J 'ai sommeil. J 'ai eu une grosse journée au bureau. J 'ai une terrible
migraine. Je dormais presque.
Je suis rentré trop tard dans votre vie pour pas rattraper le temps perdu.
Vous vous rendez compte que je vais exposer Ă Francfort.
Grâce à vous.
J 'en suis très heureuse.
Mais pas maintenant.
Demain.
Demain soir, si vous voulez.
Je me sentirai mieux.
J 'ai pas pris mon Leica, c 'est dommage.
Le petit coucher de la reine.
Vous êtes un enfant. J 'espère bien.
J 'ai repéré un petit dessin de Goya.
Une encre très belle, très noire. Très belle occasion.
34 par 40.
Pour vous ou pour moi.
Il me reste un petit peu de place à côté du Fragonard, dans la salle de bain.
Demain.
Vous m 'en parlerez demain. Je ne dors pas avec mon chéqué sous mon oreiller.
Ah bon ? C 'est vrai, c 'est un son.
Il est où, le chéqué ? Il est où, il est là ? Il est où ? Où qu 'il est ?
Il est oĂą ? Je vais le trouver.
A
demain.
A demain.
Vous croyez aux signes, Jérôme ? Pas vraiment.
Mais une éclipse de soleil, ça veut dire quoi ? Ça veut dire...
qu 'elle reviendra.
Vous n 'aimez pas M. Fontaine, n 'est -ce pas ? Non.
C 'est une crapule.
Mais vous ne le dénoteriez pas à la police.
Madame.
On vous a regretté hier soir.
La chorale était magnifique.
Une chorale ? C 'était plein.
J 'étais assis à côté du fils de Frédéric, ça faisait longtemps que je ne
'avais pas vu. Je l 'ai trouvé bien. Grand, élégant.
Merci beaucoup.
Ça va.
Oui, monsieur, ça va très bien, merci.
On ne vous demande pas de vos nouvelles, Jérôme.
Ah, pardon.
Ce qui m 'embête le plus, c 'est que les Spielmann nous dénoncent. Vous croyez
Frédéric capable de faire ça ? Je ne sais pas jusqu 'où elle est capable d
'aller. Elle est prĂŞte Ă tuer Marianne. Ce compte -lĂ , on va le mettre Ă
Singapour. Alors, le deuxième chèque, c 'est le ministre du budget. Mais si
jamais Frédéric arrivait à vous mettre sous tutelle, si vous signez ça, le juge
sera obligé de me désigner comme tuteur.
Ça me permettrait d 'acheter le bateau de mes rêves.
Plus jeune, Frédéric était jalouse.
Mais elle m 'a aimé.
Je me méfie de Jérôme.
Jérôme ? Et le troisième chèque, c 'est pour le président.
On reprend.
Monsieur le Président, je vous ai soutenu pour votre élection avec
Je continuerai Ă vous aider personnellement.
J 'ai des problèmes graves avec Mme Friedrich -Spielmann qui peuvent avoir
conséquences pour mon entreprise, donc pour l 'économie du pays.
Marianne, nous sommes d 'accord ? Oui, oui, oui.
Comprenez que les temps ont changé.
Plus personne ne s 'intéresse aux tragédies des rois.
Fini.
On vit à l 'ère des victimes.
Notre boulot, c 'est de faire de vous une victime.
Si tout se passe bien, que restera -t -il de la plainte de Frédéric ? Et un
café, mademoiselle ? Ne dites rien, je ne suis pas déclaré.
C 'est parti.
allait annoncer que la demande de Frédéric était irrecevable.
Donc, lĂ , c 'est l 'affaire. Donc, voilĂ .
Non, moi je veux la protéger.
Je pouvais pas rester sans rien faire.
Mais je vous fais confiance, quelle que soit l 'utilisation que vous faites de
ces bandes, moi j 'accepterai les conséquences. Je veux juste que M.
Fantin et que tous ceux qui abusent d 'elle se retrouvent devant des tribunaux
par la peau des fesses.
Elle, elle sera un tout chamele.
Je m 'en fous, je prends tout sur moi.
Ça veut rien dire ça, enfin tu sais ce que tu fais, c 'est de la bombe, c 'est
des écoutes, ça va nous péter à la gueule.
T 'as peur ?
Écoute -moi, tu ne pourras pas revenir en arrière. Si tu veux divorcer,
Ne dis pas de conneries, Frédéric.
Je suis avec toi, mais réfléchis. Qu 'est -ce que sera la vie de Marianne
ça ? Et celle de l 'entreprise, la mémoire de ton père ? Le remugle
le foutoir que ça va faire ? On sera là à poil. Les impôts, les comptes
offshore, la honte, les journaux. Et l 'avenir de notre fils ? Ça lavera tout.
On paiera et on repartira à zéro.
Ça va, papa ?
Madame Spielmann.
Vous ĂŞtes tous les deux en garde Ă vous.
De quel droit ? A raison d 'une plainte déposée contre vous pour un but faible.
Sur la personne de Madame Marianne Farrère.
Vous pouvez aller en cours, j 'ai prévu Marianne pour le dîner. Non, non, je n
'y vais pas, je viens avec vous.
Moi aussi.
D 'où vient cette initiative ? Est -ce que le président est au courant ? On
quoi, madame ? Je ne sais pas.
Comment expliquez -vous l 'hostilité de madame Spielmann à votre endroit ?
Frédéric Spielmann croit que je lui ai volé sa place, mais cette place n
'existait pas.
Mais tout cet argent, colossal, pourquoi autant ? Et pourquoi, Ă un moment
donné, ne pas s 'arrêter ?
C 'était comme un roman sans fin.
Comme un absolu.
Et vous n 'avez jamais eu l 'idée de céder ces bandes à M. Fantin ? Non.
J 'ai pas un méde chanteur.
Vous risquez un an de prison, vous le savez ? Mon hĂ´tel, je l 'ai jamais
J 'ai pas touché d 'argent, rien.
C 'est pas vrai ce qu 'on a dit.
J 'ai pas trouvé d 'autre place.
Toutes les portes se sont fermées.
J 'étais devenu le mouchard de la maison.
Plus personne n 'a confiance en moi.
Et il n 'y a rien qui me répugne plus que ça, rien.
Votre histoire passionne la France entière.
Vous avez réussi à éviter les chiens ? Oui, j 'en aurais bien tué un ou deux.
Puisque selon vous, je suis un assassin.
Sur une des bandes magnétiques de votre valet félon, vous dites que vous avez
peur que je vous tue.
Moi, j 'ai dit ça ? Et ça vous a choqué ? Non.
C 'est encore plus romanesque.
Alors, qu 'est -ce qu 'on fait maintenant ? Un voyage, très loin, loin
meute. Au Chili, non ? Ou en Mongolie extérieure. Il parait qu 'ils ont une
architecture stalinienne magnifique.
Ah non, je sais ce qu 'on va faire.
On va créer une bourse pour tous ces jeunes qui veulent faire des choses mais
qui sont empêchés par une bourgeoisie en costume cravate parce qu 'ils sont
pédés, noirs, arabes, blancs, que sais -je.
Ça fait beaucoup de monde.
Oui.
On n 'a besoin de personne.
Vous et moi.
Vous avez l 'air fatigué, mon chéri.
J 'ai pris tout ce que claque.
C 'est une histoire de fou, non ? On oubliera tout ça.
Justice, l 'heure des réquisitions au tribunal correctionnel de Paris. Le
procureur a requis ce matin une peine de deux ans de prison ferme Ă l 'encontre
du professeur Pierre -Alain Fantin. Les conseils de Frédéric Spielmann lui
réclament 120 millions d 'euros de dommages d 'intérêt, ainsi que la
d 'une partie de ses biens immobiliers à l 'héritière Windler, Madame Marianne
Farrer.
Ils ont qu 'Ă garder leur sale fric.
On dit souvent qu 'il est mort sans le sou comme si c 'était une catastrophe.
contraire, moi, je trouve que c 'est un très beau timing.
J 'ai quelque chose Ă te dire.
Les communicants sont lĂ . Pas besoin.
Regarde toujours un peu au -dessus de la tĂŞte des gens.
Tu m 'aideras ? Bien sûr.
On t 'aidera.
On t 'aime.
Méfie -toi de tout le monde.
MĂŞme de nous.
Je prendrai.
Merci.
Je vais procéder à la lecture du document.
Les points principaux seulement.
Marchons. Madame Marianne Farrer.
s 'engage Ă accepter une mise sous tutelle, ce qui ne l 'autorise plus
Ă disposer de ses biens et de son argent Ă sa guise. Plus loin.
C 'est M. Charles Spielmann, qui est désigné tuteur de Mme Farrère et
administrateur général de ces sociétés. Allons voir ce qui concerne M. Fantin.
Cet accord stipule que M. Pierre -Alain Fantin conservera la totalité des dons
faits Ă lui par Mme Farrère, et ce, pour un montant de 700 millions d 'euros, Ă
condition qu 'il n 'existe plus aucune communication directe ou indirecte entre
Mme Farrère et M. Fantin.
Cet accord met fin à toute poursuite judiciaire de la part de Mme Frédérique
Spielmann, tant vis -à -vis de Mme Farrère que de M.
Fantin. Mignon.
Attends ! Qu 'est -ce qu 'il y a ? Tu viens me demander pardon ? Non.
Ce que j 'ai fait... Ce que t 'as fait, tu l 'as fait pour toi.
Maintenant, t 'as trouvé ce que tu cherchais ? J 'ai juste envie qu 'on se
revoie. C 'est tout.
Qu 'est -ce que tu veux que je te dise ? Que je t 'aime ? Mais je ne sais pas si
je t 'aime.
Je n 'en sais rien.
Marianne Farrer et Frédéric Spielmann se sont rapprochés pour mettre un terme
aux conflits qui ont perturbé leur vie familiale et ont décidé de se tourner
vers l 'avenir.
La décision que Frédéric et moi avons prise est pour ma source d 'espérance.
Cette entente nous fait enfin retrouver l 'harmonie familiale.
Madame Marianne Farrer et Madame Frédéric Spielmann n 'entendent pas
'autres commentaires et souhaitent désormais vivre en toute sérénité.
Ça parle à Marianne ? Non.
De facto, Tom, c 'est moi que je ne connais pas.
Ça fait barrage.
C 'est comme si elle était morte, qu 'on ne le disait pas.
C 'est pas grave.
On peut vivre avec les morts.
Passe -toi.
Je vais me laisser.
Bonjour. Ça va ? Bien et toi ? Assez -toi.
Je suis contente de te voir.
Mais qu 'est -ce que tu fais lĂ ? J 'ai des papiers Ă faire signer.
Oui, mais t 'as retrouvé pourquoi ? Où as -tu trouvé une chemise comme ça ?
Elle est très blanche.
C 'est bizarre.
Tu vas rester quelques jours ? Non, je peux pas. Je suis juste venu t
'embrasser. Je dois aller Ă DubaĂŻ. Ah bon ? Parce que toutes les chambres sont
libres.
Madame ? Bon, je vais me baigner un petit peu.
Excuse -moi, t 'attends -lui pas. Je pars m 'allonger. 15 minutes.
C 'est les médicaments avec cette chaleur.
Tu te sens pas bien ? T 'inquiète pas pour moi.
Je suis increvable.
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