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Allez, le gros, viens-t'en.
Besoin de moi, aujourd'hui, monsieur Gagnon ?
Va faire le ménage des enclos dans la grande bergerie.
Léo Savard va tout vendre. Il démantÚle.
T'attends du monde ?
Ma plus grande, ses enfants et son mari.
- Et ta plus jeune ? - Frédérique ?
Avec elle, on sait jamais. Elle donne pas souvent de nouvelles.
Elle va peut-ĂȘtre me faire une surprise.
Ăa m'Ă©tonnerait.
Tiens, t'auras du dessert.
C'est gentil.
Je suis entré, c'était pas fermé.
Tu t'apprĂȘtes Ă entrer dans l'Ăšre moderne.
La ferme Gagnon et Fils se modernise !
Tout le génie humain chez mon ami Gaby.
Tu vas pouvoir faire toute ta compta. Factures, dépenses...
Tes rapports de traçabilité.
On va gagner du temps avec ta paperasse, mon Gaby.
Je préfÚre continuer à te donner mes papiers.
J'ai pas la place, ici.
Tu vas voir,
c'est tout simple.
- Combien je te dois ? - T'inquiÚte, c'est de la récup'.
C'est une assoce de jeunes qui les remet Ă neuf.
Des bidouilleurs d'électronique. Des voleurs de vélos.
Tu devrais voir ça, mon Gaby. C'est le troisiÚme que je récupÚre.
Le mec me dit :
"C'est réservé aux organismes à but non-lucratif."
Je lui réponds : "C'est pour une ferme, ducon !"
Moins lucratif que ça, c'est la charité !
Il veut une preuve de ta raison sociale.
Il peut se la mettre oĂč je pense, sa raison sociale.
Je les encourage en ramassant leurs merdes.
Ils me reverront plus. Le communautaire, j'ai donné !
Que des emmerdes. Ăa en finit plus.
On vérifiera plus tard si ça marche.
T'attends toujours ton monde, ce week-end ?
Tant mieux ! C'est le papi qui va ĂȘtre content.
La haute société qui débarque.
Je te dois combien pour l'ordinateur ?
Rien, je te dis, c'est gratis.
Faudrait que je te branche Internet, que tu mates les femmes Ă poil.
Qu'est-ce que t'en penses ?
Salue tout ton monde pour moi.
- T'as besoin d'un truc en ville ? - Merci, j'irai au village.
Tu m'appelles si tu t'ennuies.
Le gros, reste ici !
Salut.
Et ton mari ?
Trop de travail. Il a pas pu venir.
Frédérique, elle voulait pas venir ?
Elle avait pas d'argent pour le train ? J'aurais payé son billet.
J'ai proposé d'aller la chercher, mais elle m'a pas rappelée.
Ă croire qu'elle ne veut pas nous voir.
On n'est pas assez important pour elle.
- Tu la vois, de temps en temps ? - Pas plus souvent que toi.
Vous pourriez faire un effort.
Essayer de vous voir un peu. Qu'elle connaisse ses neveux.
C'est ta sÂur, vous n'ĂȘtes que deux.
Moi, je vis loin, mais vous habitez la mĂȘme ville. Y a pas de raison.
La mĂȘme ville, mais pas le mĂȘme monde.
Elle a ses amis dans le théùtre, à l'université.
Moi, c'est les enfants, nos amis, la famille de Steve.
Tu vois souvent tes frĂšres, toi ?
- Je peux avoir encore du pain ? - Non, pas ce soir.
Donne ton assiette.
T'as fini ?
Ils vont ĂȘtre tout embrouillĂ©s.
Ils seront pas embrouillés. Leur pÚre est anglophone.
Et par ici, quoi de nouveau ?
Rien de nouveau, que du vieux.
Je deviens paresseux.
T'as dĂ» t'arrĂȘter 3 jours en 40 ans !
Je suis chanceux,
ça aurait pu ĂȘtre que 2.
Ăa fait des mois que je suis pas venue, il y a sĂ»rement du nouveau.
Sais pas.
J'ai perdu un agneau, ce matin.
Mon voisin s'est acheté un tracteur neuf. C'est ça, le nouveau.
Parfois, il vaut mieux garder nos vieilles machines estropiées.
Il est souvent en déplacement. Des nouveaux investisseurs à rencontrer.
- Il y a quelqu'un dans la cour. - C'est le petit Bouchard.
Le fils d'IrĂšne et Jean-Marie.
Il vient me donner un coup de main. Ăa me donne un peu rĂ©pit.
On est samedi.
Eh oui, on est samedi.
J'ai déjà essayé de l'expliquer aux moutons. Ils comprennent rien.
Je lui ai demandé de venir aujourd'hui, sinon, j'aurais pas pu manger avec vous.
Je te dis qu'on deviendrait bons amis en un rien de temps.
Je leur ai promis chacun un mouton, si vous venez habiter par ici.
Vous partez déjà ?
Vous pourriez rester jusqu'à demain, que ça vaille la peine.
Six heures de route, je préfÚre partir maintenant.
Tu vas passer voir ta mĂšre, en remontant ?
Je l'ai vue, il y a pas longtemps. Elle a passé une semaine à la maison.
- Tu peux venir nous voir, toi aussi. - Tu sais bien que je peux pas.
J'ai quitté Steve.
On va se séparer, c'est décidé.
Je voulais t'en parler le week-end dernier, mais j'ai pas pu.
Je l'aurais quitté bien avant, mais je suis tombée enceinte de Thomas.
J'aimerais garder la maison.
Pour les enfants, c'est mieux.
Steve ne veut pas de la maison. Il va garder l'appart en ville.
J'ai besoin d'argent.
Je veux racheter sa part.
Les voitures, la maison... Rien n'est Ă nous.
J'ai pensé qu'avec tes actifs, ta terre,
tu pourrais peut-ĂȘtre emprunter.
J'aurais besoin d'environ 200 000 dollars.
Un gros montant, je sais.
Emprunter.
Avec la ferme, j'en ai jusqu'au cou.
300 dollars, messieurs !
325 ! 350 ?
350 !
400 dollars !
J'ai 400, mes amis !
500 dollars !
700 dollars ! J'ai 700 dollars !
700 dollars.
Adjugé !
Y a du monde chez vous.
Vient un temps dans la vie
oĂč le seul moyen de voir du monde, c'est d'organiser des funĂ©railles.
Content de te voir, mon Gaby.
Tout le monde est venu, je suis content.
T'es pas un peu acheteur ?
Et toi, comment tu t'en sors ?
Je t'avoue franchement, j'ai pas beaucoup dormi ces derniers jours.
Mais ça va changer.
Qu'est-ce que tu penses faire ?
On va se reposer.
On va devoir se reposer, hein ?
La bĂȘte que vous attendiez tous. Magnifique.
Dans la lignée de Starbuck, regardez ça.
Vous avez vu sa mĂšre et sa grand-mĂšre dans les expositions agricoles,
celui-lĂ aussi vous allez le revoir.
Elle n'a qu'un an, cette bĂȘte-lĂ .
Quelqu'un offrirait 1500 pour démarrer ?
J'ai 1200. On le prend quand mĂȘme.
Tournez-la. Regardez-moi les pattes de cette vache-lĂ !
Et voilĂ , messieurs. Un lot : pelle, bĂȘche, rĂąteau.
Faites-moi une offre pour le lot.
Quelqu'un offre 5 dollars ?
J'entends 5 dollars. Quelqu'un m'en offre 6 ?
10 dollars !
Seulement 12 dollars ?
Vendu !
Gaby !
Je vais ĂȘtre dans la maison.
- Les filles à poil t'intéressent pas ? - Reprends-le.
Pour le mois prochain, je retrouve pas la facture d'électricité.
Je me demandais...
Combien je pourrais toucher si je vendais.
Vendre ?
Vendre quoi ?
Si je démantelais la ferme.
Pas toi, mon Gaby ?
Une estimation, juste pour donner une idée.
T'en veux, une idée ? T'auras presque rien.
Si tu démantÚles,
si tu vends tout, mais vraiment tout,
le troupeau, la terre, la maison.
Ta terre a une certaine valeur, mais c'est tout.
Et encore, elle n'est pas plate. Tu peux rien faire avec.
AprÚs avoir payé tes dettes, ton crédit, il resterait que dalle pour ta retraite.
C'est pas assez.
Vous n'avez aucune sécurité, les agriculteurs.
Faut voir, mais a priori, ça fait pas une grosse retraite.
Surtout s'il fallait que tu meures vieux.
T'irais oĂč ?
Au village, y a rien Ă louer.
Et toi en ville ? Tu rigoles.
Tu vas devoir trimer jusqu'Ă ta mort, comme tous les autres.
Mes frÚres ont eu la bonne idée de déguerpir à temps.
T'as tes moutons, le petit Bouchard qui vient t'aider.
Elle se sépare de son mari.
Tu les vois jamais.
Tu ferais n'importe quoi. Elles te mĂšnent par le bout du nez.
T'as tout fait pour elles. Toujours tout payé.
Tu t'es toujours privé de tout.
Faudrait pas pousser jusqu'à la déraison. Sois raisonnable.
Je suis encore leur pĂšre.
Vends pas ta ferme, c'est de la folie !
Les autres peuvent bien tous vendre, mais pas toi.
Ils sont une quinzaine de familles nouvellement arrivées en ville.
On les fait travailler comme dĂ©broussailleurs dans la forĂȘt.
Ils paient cash. C'est bon, ça.
Au début, je les ai emmenés chez Jean-Marie, à l'abattoir.
Il se doutait pas. Quand il a vu arriver l'imam avec son couteau
et sa dĂ©lĂ©gation... Ils devaient ĂȘtre 25 !
Pauvre Jean-Marie, il était vert !
Il voulait tuer le mouton avec sa batte de baseball.
Les autres étaient scandalisés, t'imagines bien.
Fallait voir le champion de baseball face aux musulmans !
Non, ça sera jamais rentable.
Ăa va aller ?
Je vous laisse, j'ai des courses Ă faire en ville.
Monsieur Gagnon ? Merci de nous avoir donné rendez-vous.
On peut encore petit-déjeuner ?
Je mangerais bien, moi.
On pense que le travail d'une vie,
ça vaut la peine de confier ça à des pros.
C'est quoi, cette affaire ?
T'as fait ça tout seul ? Une vente aux enchÚres ?
Ta maison !
La terre de ton pĂšre. Tes putains de moutons, Gaby !
Tiens, ton putain de Courrier agricole !
Calme-toi, lĂ .
Je dois me trouver un logement.
Je vous ai dit de rien laisser traĂźner dans le couloir.
Ramassez votre bordel, merde ! Je veux plus avoir Ă le redire.
Il faut nettoyer, donner un coup de peinture.
Les locataires sont partis hier. C'est encore Ă la traĂźne.
Ils étaient huit là -dedans. Des jeunes de la CÎte-Nord.
Partis Ă la cloche de bois.
Ici, c'est toujours pareil.
Ils se sauvent, on les expulse, ou bien ils meurent.
Ceux qui meurent, c'est comme ceux qui se sauvent.
C'est rare qu'ils reviennent pour s'excuser et payer.
Ils laissent leurs bouteilles vides.
Au moins, on récupÚre la consigne. C'est toujours ça.
Voilà . Si vous décidez de le prendre,
il me faudra des références.
C'est pour l'appartement Ă louer.
C'est au mois ou Ă la semaine ?
T'es malade ou quoi ?
C'est quand mĂȘme pas un palace, ta piaule !
Putain, y a une piscine ou un truc que j'ai pas vu sur la photo ?
Tu te prends pas pour une merde. C'est comment ton nom ?
C'est pas des menaces, je te demande ton nom.
Tu veux que je te le dise en face ? C'est quoi, ton adresse ?
C'est ça. Va te faire foutre !
Y a pas grand-chose Ă ce prix-lĂ .
Je suis à court d'idées.
Pourquoi aller dans un trou pareil ? T'es pas un chien !
On avait une salle commune, mais personne n'y allait. On l'a fermée.
Plus de salle commune,
juste des appartements individuels.
C'est ici.
Vous avez des enfants ?
Une voiture qui s'arrĂȘte ici, ça crĂ©e l'Ă©vĂ©nement.
Vous ĂȘtes encore en forme. Pourquoi venir ici ?
C'est temporaire. Le temps que les choses se replacent.
Vous vous demandez sans doute d'oĂč vient l'odeur ?
Ăa sent le renfermĂ©.
La dame d'avant n'ouvrait jamais les portes et les fenĂȘtres.
Cette odeur-lĂ me prend au nez.
Je vends tout.
Pourquoi ? Ăa t'intĂ©resse ?
Il disait que tu parcourais encore ta terre, chaque jour.
Que t'avais pas perdu l'habitude.
Tu devrais reprendre le petit Bouchard. Ăa m'arrangerait.
C'est un garçon vaillant. Il est fiable.
Je serais content de lui dire que je lui ai trouvé une place.
Elle va revenir, la dame ?
C'est ton ami Louis qui m'a appelée.
Aujourd'hui, j'ai l'occasion d'avoir mon dĂ». De la faire payer.
Tout le monde se trompait.
Les pĂšres doivent toujours donner pour ĂȘtre heureux. C'est comme ça.
La vente a lieu demain.
Je garde rien.
Je pourrai aller à Montréal.
Tu repars pas tout de suite ?
Les Texel que vous voyez lĂ : des brebis de trois ans.
Garanties gestantes depuis septembre.
8 brebis. Vendues à l'unité.
Une offre pour les brebis.
Qui m'en donne 200 pour démarrer ?
100 dollars pour démarrer.
260, c'est pas leur prix, des pur-sang pareils.
Vendu ! 300 dollars pour les brebis.
Amenez-en d'autres, les gars. On est prĂȘt !
Ton ami Louis a acheté un truc.
C'était pour te faire plaisir.
Mon compresseur bleu.
Y a longtemps qu'il le voulait. Il arrĂȘtait pas de me le rĂ©clamer.
Ils ont vendu le troupeau.
Je vais y aller à Montréal.
Promis.
Comment ça s'est passé ?
Pas fameux.
Viens-t'en, le gros.
Adaptation : Martin Fournier
Team KINeMA
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