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Oui, c 'est moi.
Je te réveille ? Tu faisais quoi ? Tu travaillais ?
Bon, j 'arrivais pas à dormir, alors je regardais un film qui passait à la télé.
Et qui était trÚs beau.
Je te raconte ? T 'es sûre ?
que ça se fasse la meilleure dans les années 40.
Au début, tu vois un gars, un gars qui s 'appelle Joe, genre un peu Joe tout le
monde, sauf qu 'il a quand mĂȘme un truc.
C 'est rien de particulier, c 'est juste que c 'est lui et c 'est pas quelqu 'un
d 'autre.
Ouais.
LĂ , c 'est beau.
Comme tous les acteurs, comme tout le monde.
Il est en uniforme parce que c 'est un soldat, il est en permission.
C 'est pendant la DeuxiĂšme Guerre mondiale.
Tu sais qu 'il peut vraiment partir au front.
Mais lĂ , il n 'a pas l 'air d 'y penser. LĂ , il est juste Ă New York, dans une
grande gare.
Et il hallucine un peu. Et en fait, il est un peu perdu parce que c 'est un
garçon de la campagne d 'une toute petite ville.
Alors là , il découvre.
Nous, on découvre avec lui.
On découvre que ce n 'est pas du tout normal, une ville. En fait, c 'est
Toi, tu te souviens que ce n 'est pas normal, une ville ? Non, non, non plus.
faut oublier parce que sinon, on n 'arriverait pas Ă y vivre.
Quand mĂȘme, ce n 'est pas normal. C 'est Ă©norme. C 'est Ă©norme.
Et pourtant, pourtant, tu vois, il peut y avoir des rencontres.
Tu vois, il peut arriver qu 'il y ait une fille qui marche dans la gare et
ne regarde pas par terre.
Alors forcément, elle trébuche et elle trébuche sur le pied de Joe qui était
assis lĂ en bas des escaliers.
Et lĂ , son talon se brise.
Mais c 'est une chance parce que sinon, il n 'y aurait pas eu de rencontre.
Sinon, elle aurait juste trébuché et elle aurait été un peu fùchée. Et puis
rien, quoi. Elle aurait continué à marcher toute seule dans New York.
C 'est un peu la liste.
Ouais, comme au Pays des Merveilles.
Mais alors là , c 'est pas le Pays des Merveilles. Là , c 'est une gare énorme.
En plus, elle a son talon brisé.
Heureusement, Joe, il est gentil.
On sait pas encore s 'il est merveilleux, mais il est gentil.
Il a envie d 'aider Alice.
Mais il s 'est pas réparé les talons. Par contre, il y a un truc qu 'il sait
trĂšs bien faire, c 'est embĂȘter les cordonniers. Et justement, lĂ , il y en a
cordonnier dans la gare qui est en train de fermer sa boutique parce que, tu
vois, il a fini sa matinée et il a faim.
Mais Joe, il insiste.
Genre garçon de la campagne, genre à la campagne, il n 'y a pas d 'horaire. Et
il insiste tellement que le corps de nuit finit par rouvrir sa boutique.
Juste le temps de réparer le talon d 'Alice. Et comme ça, Alice, voilà , peut
marcher de nouveau.
Oui, tu veux dire qu 'il est un peu chiant.
Tu vois, en mĂȘme temps, Ă le voir, tu te dis que parfois, c 'est bien d 'ĂȘtre
chiant.
Parfois, c 'est bien d 'insister un peu.
Parce que quand on insiste...
On donne la chance aux autres d 'ĂȘtre gĂ©nĂ©reux. LĂ , tu vois le cordonnier, il
rentrer chez lui, et il va raconter ça.
J 'ai aidé une fille, j 'étais pas obligée de le faire, mais je l 'ai fait,
il va ĂȘtre content.
Ăa va lui faire un petit souvenir, un tout petit souvenir, mais beau.
C 'est bizarre,
il y a de la buée.
Non, dans la chambre, sur les fenĂȘtres.
Enfin, dans les fenĂȘtres, c 'est ça qui est bizarre.
Non, dans le film, non. Dans le film, il fait beau, il fait toujours beau.
Et comme il fait beau et qu 'Alice, elle peut marcher nouveau, elle marche avec
Joe. Joe, il a envie de faire plein de trucs. Et Alice, elle fait toujours
non, je peux pas. Et finalement, elle l 'accompagne parce que... Merci.
Parce qu 'il est chiant.
Mais aussi parce que c 'est des trucs bien, tu vois, des trucs sympas. Ils
au parc, ils vont au musée, ils discutent.
Des trucs plus simples.
On a couru.
Non, pas vraiment. C 'est plus comme si c 'était une chouette journée de
dimanche entre amis.
AprÚs, ils se séparent.
Ils vont chacun de leur cÎté.
Sauf que Joe, il dit non, merde, il faut que je la revoie. Alors il se met Ă
courir à cÎté de son bus à elle et crie. Et elle, elle crie aussi pour se faire
entendre. Et lĂ , ils se donnent rendez -vous pour le soir en criant, en
T 'as déjà couru aprÚs un bus en criant pour appeler quelqu 'un, toi ?
Moi non plus.
Mais Alice non plus.
Je crois pas.
Elle est raisonnable.
Comme toi, comme moi.
Mais Joe, tu vois, il est pas raisonnable. Et grùce à ça, il se
soir.
Moi, je crois pas.
Ou alors, il le sait pas encore.
Mais tu vois, mĂȘme le soir, quand ils se retrouvent, il sait pas.
Il sait pas que c 'est de l 'amour. Il y pense pas.
Elle non plus.
C 'est vrai qu 'il fait quelque chose de drague, tu vois, il lui achĂšte une
fleur pour ses cheveux, mais ça c 'est juste parce qu 'il a vu un autre soldat
faire ça.
Donc il pense que c 'est ça qu 'il faut faire, c 'est un peu comme des enfants.
Il regarde les autres, il regarde les adultes pour voir comment il faut faire
dans la vraie vie.
Mais je ne sais pas si c 'est ce qui lui arrive.
Je ne sais pas si on sait quand ça nous arrive l 'amour.
Souvent c 'est seulement les autres qui le voient, non ?
Je crois pas.
Je crois pas que les autres puissent se tromper. Je crois que quand ça se voit,
ça se voit.
Et puis mĂȘme si aprĂšs, ça marche pas.
En tout cas, le film, il raconte ça. Le film, il raconte que c 'est les autres
qui voient d 'abord.
Tu vois, le soir, Alice et Joe, ils vont dans un restaurant.
Donc voilà , ça se fait d 'aller dans un restaurant.
Et ils sont lĂ , ils mangent et ils discutent. Ils discutent mĂȘme un petit
Et il y a un vieil homme qui est lĂ et qui mange tout seul et qui les regarde.
Et... Il doit se dire que c 'est beau les doigts quand mĂȘme.
Il voit qu 'il y a un truc entre les deux, un truc bien, et du coup il leur
offre une bouteille de vin.
Une bouteille assez chĂšre, trop chĂšre pour eux.
Pourquoi ?
Alors
non, crois -moi, il n 'y a pas de problĂšme.
Non, il n 'y a rien de cynique dans cette histoire.
Non, mais c 'est vrai qu 'on pourrait penser ça dans la vraie vie, mais là ,
dans le film, pas Ă ce moment -lĂ .
Parce qu 'Ă ce moment -lĂ , le regard du vieux, c 'est un peu le regard de la
ville.
Et c 'est ça qui est vraiment beau dans le film.
Il y a toujours la ville autour d 'Alice et de Joe. Et mĂȘme aprĂšs, le resto, ils
vont au parc.
Et ils pensent qu 'ils sont seuls. Et nous aussi, on pense qu 'ils sont seuls
parce qu 'il n 'y a personne autour.
Mais ce n 'est pas vrai, il y a les bruits de la ville.
Et Joe et Alice se rendent compte et ils écoutent.
Et ils s 'approchent l 'un de l 'autre.
En écoutant les bruits, tu vas émerveiller comme si c 'était magique.
Ils s 'approchent l 'un de l 'autre.
Et ils s 'embrassent.
Ils s 'embrassent parce que justement, il y a les bruits de la ville parce qu
'ils ne sont pas seuls.
S 'il n 'y avait pas eu les bruits de la ville, ils ne se seraient pas
embrassés.
Alors c 'est bien que New York les regarde. C 'est comme si...
Si la ville s 'occupait d 'eux.
Comme si la ville les protégeait. Ouais.
New York, elle protĂšge.
Ăa non plus, c 'est pas trĂšs rĂ©aliste.
Mais c 'est vrai.
Ăa dit quelque chose de juste sur la ville, sur le monde.
Ăa, c 'est aprĂšs qu 'on le comprend.
AprĂšs le parc.
Parce qu 'il cherche un taxi pour rentrer.
Parce qu 'il est trĂšs tard, qu 'elle veut rentrer.
Et en fait, il n 'y a pas de taxi, il n 'y a pas de voiture, il n 'y a pas de
bus, il n 'y a rien.
Il y a juste un type avec sa camionnette. Lui, c 'est le livreur de
Un vieux type sympa qui leur propose de les emmener avec lui.
Mais il ne peut pas les déposer tout de suite parce qu 'il doit d 'abord faire
sa tournĂ©e. Ăa, c 'est son boulot.
Alice et Joe disent pourquoi pas, ils n 'ont rien d 'autre.
Alors, ils vont avec lui. Et mĂȘme, ils finissent la tournĂ©e Ă sa place parce
le livreur, il se prend un coup.
Ă cause d 'une connerie, Ă cause d 'un ivrogne qui parle en faisant des gros
gestes.
Et à cause de ça, il ne peut plus conduire, il ne peut plus livrer le
Et il faut que quelqu 'un fasse la tournée à sa place. Parce que c 'est
important. La ville a besoin de lait. La ville a besoin d 'Alice et de Joe. Tu
vois, Ă la base, c 'est leur nuit Ă eux.
C 'est la nuit de leur amour.
Mais en fait, ils ne sont jamais seuls. Ce n 'est pas du tout des amoureux seuls
au monde.
C 'est le contraire. Il y a toujours la ville autour d 'eux.
Et si ça marche entre eux, c 'est justement parce qu 'ils se donnent au
ensemble.
Ils aident le livreur, ils livrent le lait Ă la ville.
Ils sont lĂ Ă la ville, c 'est le monde entier.
Dans les films, souvent, l 'amour c 'est contre le monde, c 'est deux ĂȘtres qui
se détachent, qui se séparent de tout, qui s 'aiment contre le monde.
Et lĂ , ils s 'aiment parce qu 'ils sont dans le monde ensemble.
Non, pas encore.
Mouais. Et elle m 'attend aprĂšs.
Tu veux vraiment savoir ça ?
se faire se marier.
Ouais.
Non, ça, je veux pas te le raconter, ça.
Si, mais je veux pas le raconter.
C 'est vrai que ça continue, comme dans la vie.
Dans la vie aussi, parfois, on a envie que ça s 'arrĂȘte, on a envie que j 'ai
moment durĂ©. Moi, j 'ai envie de m 'arrĂȘter lĂ , avant le matin d 'aprĂšs, au
de la nuit.
Quand ils savent Joe, ils ont livré tout le lait et ils sont fatigués.
Et Calice, elle s 'endort à cÎté de Joe qui conduit.
Et Joe lui caresse un petit peu la main, mais pas trop, pour pas qu 'elle se
réveille.
Et ils roulent, comme ça, dans New York, tous les deux.
Ensemble, dans le monde.
Tu peux imaginer ça ? Vas -y, imagine.
Ouais, je suis lĂ .
T 'as imaginé ? C 'est beau, non
?
La
guerre ? C 'est vrai, j 'avais oublié, il y a la
guerre.
Tu penses vraiment que c 'est parce qu 'il peut mourir bientĂŽt qu 'il s 'aime
fort si vite ? C 'est pas Ă cause du lait ? C 'est pas plus beau si c 'est Ă
cause du lait ?
Oui.
Il pourrait s 'enfuir, oui.
Peut -ĂȘtre que s 'ils s 'enfuyaient tous, il n 'y aurait plus de guerre.
Peut -ĂȘtre.
Les jeux comme ça, ils sont un peu cons, les amours.
C 'est bon ça, parce qu 'il est trÚs fort, qu 'il a besoin du monde.
Qu 'il a besoin de se donner aux autres.
Et si le monde, c 'est la guerre, alors c 'est la guerre, mais c 'est pas ça qui
compte.
Tu ne me crois pas alors ?
Non,
je ne suis pas triste.
Ce n 'est pas juste ça, on ne parle pas juste pour parler.
Pardon ? D 'accord.
Ouais, ça va mieux.
Oui, on joue encore demain soir, une date Ă Bordeaux.
AprÚs, on va au Théùtre de la Cité, Toulouse.
Tu veux dormir ?
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