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Original subtitles

TŌHŌ PRÉSENTE

LA FEMME DES SABLES

Impressionnant !

Vous faites une inspection ?

Une inspection ?

Non.

Il doit y avoir une inspection ?

Pas tant que vous n'en faites pas une.

Je ramasse des insectes.

Comment ?

Des coléoptères. J'en cherche.

Je suis spécialiste de ces insectes des sables.

Vous n'êtes donc pas envoyé par le gouvernement ?

Le gouvernement ?

Pas du tout.

Je suis enseignant !

Un professeur ?

Je vois.

C'est pour se justifier

qu'on a toute cette paperasse :

ces permis de conduire, cartes d'identité,

titres de propriété, immatriculations,

cartes syndicales, reconnaissances de dette,

déclarations de revenus... même des pedigrees...

Est-ce la fin de toute cette paperasse ?

Reste-t-il quelque chose dont on n'a pas la preuve ?

Les hommes et les femmes

doutent sans cesse de la vérité de l'autre.

Ces papiers servent comme preuve de leur innocence.

Personne ne sait où trouver le dernier certificat.

Il paraît que la paperasse est infinie.

Tu m'as reproché d'être trop logique.

Ce n'est pas moi, c'est la vérité.

Monsieur !

Qu'allez-vous faire ?

Que vais-je faire ?

Je vais revenir demain.

Mais le dernier bus est parti.

Bien sûr...

Je peux loger quelque part ?

Au village ?

Je préférerais plus près de la route nationale.

Vous allez marcher ?

Je ne suis pas pressé.

Pourquoi vous donner cette peine ?

Je vais me renseigner pour vous.

Le village est pauvre,

mais si cela ne vous fait rien...

D'accord !

Je vous remercie de votre aide.

C'est plus pratique.

et j'aime bien loger chez l'habitant.

Allons-y !

Attention ! Il y a des trous profonds.

En effet.

Hé, voisine !

T'as de la visite.

L'échelle est à côté de la balle de riz.

C'est bon ?

Mais oui. Vous serez bien, ici !

Bon...

De la corde ?

C'est du chanvre.

C'est un peu rudimentaire.

Oui, c'est l'aventure !

Tenez-vous bien !

Faites attention !

Ne levez pas les yeux, à cause du sable.

D'accord.

Par ici, monsieur.

Bienvenue.

Bonsoir...

Je vais vous préparer un repas.

Merci.

Mais avant, j'aimerais prendre un bain.

C'est que...

Ça ne fait rien.

Vous pourrez en prendre un après-demain.

Après-demain ?

Je ne serai plus là.

Je n'ai que trois jours de congé.

Excusez-moi.

C'est la seule lampe ?

Ça va, je n'en ai pas pour longtemps.

C'est gênant de ne pas avoir d'électricité.

Tenez.

Merci.

Des coquillages et une dorade...

La cuisine du pays, quel régal !

C'est quoi ?

Ça protège du sable.

Pourquoi ?

Il y a des trous ?

Non ! Même avec un toit neuf, c'est pareil.

Pourquoi ?

C'est pire que les perce-bois.

Les perce-bois ?

Oui, ceux qui percent le bois.

Vous voulez dire des termites.

Non, ils sont grands comme ça et ils ont la peau dure.

Alors des longicornes ?

Des longi... ?

Rouges,

avec de longues antennes ?

Non, bruns, et ils ont la forme d'un grain de riz.

Alors des chalcophora.

Ça fait pourrir

même une poutre de cette taille.

- Les perce-bois ? - Non.

Le sable.

Comment ça ?

Il attire l'humidité.

Impossible.

Le sable, c'est toujours sec.

Oui, mais il pourrit tout.

Mais réfléchissez un peu à ce que vous dites !

Les déserts

sont secs, par définition.

Je n'ai jamais entendu parler d'un désert humide.

Pourrais-je avoir du thé, s'il vous plaît ?

Pourtant, tout pourrit.

Même les sandales en bois

sont complètement pourries en moins de deux semaines.

Mais c'est absurde !

Le bois pourrit et le sable avec.

J'ai entendu dire qu'on avait fait pousser des concombres

là où une maison avait été ensevelie.

Si vous le dites...

Encore ?

Non, merci !

C'était délicieux.

C'est affreux !

Quand il fait du vent,

il en tombe jusqu'à 60 centimètres.

Vous voyez comme le futon est moisi.

Et les autres ?

Où est votre famille ?

Je suis seule.

L'année dernière,

mon mari et ma fille ont été ensevelis.

Ensevelis ?

C'était effrayant.

Comme une chute d'eau.

Ils sont sortis et ne sont jamais revenus.

Enterrés vivants ?

Le vent soufflait très fort.

C'est affreux !

Vraiment affreux !

C'est le sable.

Vous êtes scientifique ?

Oui.

Je cherche des insectes comme ceci...

des cantharides.

Voilà.

C'est pourquoi je suis venu ici.

Il y en a plusieurs espèces.

Si j'en découvre une nouvelle, elle portera mon nom.

Les attraper par la queue c'est tout ce qui m'intéresse !

Hé, voici des outils pour ton assistant !

Quoi ? Il y a quelqu'un d'autre ici ?

Bien sûr que non !

Mais il a parlé de votre "assistant", non ?

Il parlait de vous.

Moi ? Pourquoi ?

Ça n'a pas d'importance.

Je n'y comprends rien.

Vous avez encore besoin de la lampe ?

J'aimerais la garder, oui.

Gardez-la. Je suis habituée à ce travail.

C'est dégoûtant !

Rentrez.

Je vous aide ?

Non, merci. Pas le premier jour.

Comment ça, "le premier jour" ?

Je ne reste que ce soir.

Vous faites toujours ça la nuit ?

C'est plus facile quand le sable est humide.

Voici le panier !

Merci !

Il descend !

Je vous aide.

Allez-y !

Oh ! Hisse !

Allez-y !

C'est dur pour eux aussi.

Dans ce village,

on partage le même esprit.

Quel esprit ?

L'amour de notre pays.

Mais bien sûr ! Formidable !

Vous en avez pour longtemps ?

Jusqu'au matin.

Jusqu'au matin ?

Le sable ne laisse aucun répit.

Allez-y !

Quelle ruine !

C'est bizarre.

Il n'y a plus d'échelle.

Madame.

S'il vous plaît...

Voulez-vous bien me trouver l'échelle ?

Elle n'est plus là.

Il faut que je m'en aille.

Je ne veux plus perdre de temps.

Mais...

c'était une échelle de corde !

Impossible de la fixer d'en bas !

Vous êtes leur complice !

Pardon.

"Pardon" ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Je vous le demande.

Pardon.

Ça ne veut rien dire !

Expliquez-vous ! Mon temps est précieux.

Vous n'avez donc pas compris ?

Compris ? Bien sûr que non !

C'est que...

pour une femme seule, cette vie est impossible.

C'est pas mon affaire !

Bientôt le vent du nord

amènera les tempêtes de sable.

Je suis donc votre prisonnier ?

Hélas, oui.

Mais vous plaisantez ! Je ne suis pas un clochard.

J'ai un travail.

Mes papiers sont en règle.

Vous aurez des ennuis si la police me recherche.

C'est un crime grave !

Si on n'enlève pas le sable,

la maison sera ensevelie.

Je m'en fous !

Ce n'est pas ma maison !

Après, la maison suivante sera menacée.

Alors qu'elle disparaisse !

Et vous avec !

Et pourquoi tenez-vous tellement à cette cabane ?

Vous êtes folle !

Écoutez-moi !

Vous ne devez pas la moindre fidélité

aux gens du village.

Je n'ai pas de compassion pour vous.

S'ils veulent vraiment lutter contre le sable,

qu'ils plantent une forêt...

Ils y ont pensé.

Mais comme ça c'est plus économique.

C'est n'importe quoi !

Appelez immédiatement le responsable !

Je lui ferai comprendre.

Pourquoi hésitez-vous ?

Vous avez sûrement un moyen...

de contacter les villageois, non ?

Qu'attendez-vous ?

On ne peut pas lutter contre la nature !

On ne peut pas changer la nature des choses !

"Quel est ce bruit ?"

"C'est le tintement d'une cloche"

"Quel est ce bruit ?"

"C'est la voix d'un ogre"

"Quel est ce bruit ?"

Vous êtes réveillé ?

Comment vous sentez-vous ?

Pas terrible.

Je vous essuie le dos.

Arrêtez ! Ça fait mal !

Ça fait mal ?

Oui.

- Si je vous massais... - Je ne plaisante pas !

J'ai peut-être une fracture.

Pourquoi vous n'appelez pas un médecin ?

Où sont mes sous-vêtements ?

Mieux vaut ne pas en mettre.

Pourquoi ?

Le sable irrite la peau.

Le sable ?

Il attire l'humidité.

Ça fait mal !

Ne crie pas !

Reste tranquille !

Tu devras tenir quelque temps.

C'est toi qui m'as trompé d'abord.

C'est de ta faute.

Un homme n'est pas un chien.

On ne peut pas l'attacher à une chaîne.

Qu'est-ce qui se passe ?

Dépêche-toi, ma jolie !

On attend !

Tirez ! La femme est prisonnière !

Elle est attachée !

Si vous voulez la sauver, sortez-moi de là !

Oh ! Hisse !

Non !

Ils n'ont pas encore gagné !

La bataille commence juste.

C'est eux qui vont avoir des ennuis.

Je n'ai plus rien à craindre.

Je connais leur point faible.

En fait, je vais profiter de cette expérience.

Une fois rentré, je rédigerai toute l'histoire.

De l'alcool.

Regarde. On peut faire la fête.

Ils ne sont pas si méchants que ça !

Un coup d'État ?

Encore des troubles.

Tu veux une cigarette ?

Non, merci, ça donne soif.

De l'eau alors ?

Pas encore.

N'hésite pas.

Je ne t'en veux pas personnellement.

Tu as mal ?

Il faut économiser.

La ration d'eau doit durer une semaine.

La ration ?

Oui.

Seules les maisons avec un homme y ont droit.

Elle est offerte par le syndicat des villageois.

Je voudrais savoir...

Y en a-t-il d'autres comme moi ?

C'est que... on manque toujours d'hommes.

Quel genre d'hommes ?

Eh bien...

L'année dernière, un vendeur de cartes postales.

De cartes postales ?

Il voulait les vendre aux touristes.

D'autres ?

Oui, cette année...

un étudiant qui faisait des recherches.

Il se trouve à trois maisons de celle-ci.

Un autre privé d'échelle !

Les jeunes ne veulent pas rester au village.

À la ville, il y a plus d'argent.

Les cinémas et les restaurants

restent ouverts toute l'année.

C'est ridicule !

Qu'est-ce que tu as ? Tu as mal ?

Je suis désolée,

mais j'ai du sable dans l'oreille.

C'est mieux ?

S'il vous plaît,

donnez-moi de l'eau.

De l'eau, s'il vous plaît !

Je vous en prie !

Il ne reste plus que ça.

Quand sera la prochaine ration ?

Ça suffit ! Arrête !

Arrête ! C'est toi qui l'as voulu.

Je te détache.

Mais remarque,

c'est pas par pitié.

J'en ai marre de ton misérable visage.

Mais à une condition :

tu ne reprendras pas la pelle.

C'est promis ?

Oui !

C'est promis !

Je promets tout ce que vous voulez.

Si je dois souffrir, tu souffriras aussi.

Réfléchis bien à ça.

Où vas-tu ?

Tu ne peux rien faire ?

Ça fait deux nuits

qu'on enlève plus le sable.

C'est l'eau qui m'inquiète ! Pas toi ?

J'ai été assez gentil pour te détacher.

Tu pourrais pas m'aider un peu ?

Alors...

si on se remettait au travail ?

Ne plaisante pas !

De quel droit ils me forcent à rester là ?

On dit, "La bonne personne à la bonne place".

Je suis un enseignant,

un érudit en quelque sorte.

Ils pensent sûrement à un moyen de m'employer.

On pourrait par exemple...

réfléchir au meilleur moyen d'exploiter les propriétés du sable.

C'est pourquoi je suis là en fin de compte.

Je suis sérieux.

C'est probablement

dans un but similaire que le vendeur de cartes est là aussi.

Pour le développement d'une zone touristique.

Afin que le sable travaille pour, et non contre vous.

Mais...

pour le tourisme,

il faudrait un printemps plus chaud.

Eh bien, ce n'est qu'une idée bien sûr.

Le sable est peut-être bon

pour un type de récolte.

Oui.

Ils ont déjà essayé de faire pousser des plantes.

Comme des arachides et des tulipes.

Ils ont dit que les bulbes des tulipes

étaient si gros,

qu'ils les ont exposés à une foire agricole à Tokyo.

- Vous les avez peut-être vu... - Assez !

Ce travail,

même un singe pourrait le faire !

Un... singe ?

C'est du poison !

Ça brûle !

C'est inutile !

Le sable...

il pourrait avaler tout le pays d'un seul coup !

Tu as entendu parler

de Sabrata, la cité romaine ?

Et celle dans Les Robaiyat ?

Ensevelies par des particules d'un huitième de mm de diamètre.

On ne peut pas lutter !

C'est sans espoir !

Qu'est-ce que vous faites ?

Arrêtez !

Je vais fabriquer une échelle.

Ne faites pas ça !

Je t'essuie un peu... le sable ?

Mais...

les femmes de la ville,

elles sont toutes belles, non ?

Ne sois pas sotte !

Donne !

Merde !

Je crève de soif !

C'est dégueulasse !

Que puis-je faire ?

Aide-moi !

Je crève de soif !

Alors...

si on commençait à travailler ?

D'accord !

Ils ont gagné !

Ils m'ont battu !

Monsieur ! Ça va ?

De l'eau...

de l'eau arrive !

À mon tour...

Monsieur,

mettez la main gauche plus bas.

C'est plus facile comme ça.

Je n'ai pas assez dormi.

Reposez-vous un peu. Vous n'êtes pas habitué.

J'ai l'impression d'avoir du ciment

dans les muscles.

On est toujours plus fatigué au début.

Ah bon ?

Combien de temps faut-il pour s'y habituer ?

Ça viendra.

J'y comprends rien.

Tu ne trouves pas ce travail ridicule ?

Tu enlèves le sable pour vivre ?

Ou tu vis pour enlever le sable ?

Bien sûr, par rapport à Tokyo,

c'est moins intéressant, ici.

Je te parle pas de Tokyo !

Comment tu supportes

de rester enfermée comme ça ?

Parce que c'est chez moi.

Tu devrais revendiquer ta liberté.

Moi, je vais attendre qu'on vienne me délivrer.

Vous délivrer ?

Forcément.

Si je ne vais pas au travail quelqu'un va le remarquer.

J'ai laissé...

des livres ouverts sur mon bureau,

ma veste avec des pièces dans les poches...

alors ils vont sûrement s'inquiéter.

Toi, si tu ne te plains pas, tu resteras là à vie.

Mais leurs os sont enfouis ici.

Leurs os ?

Mon mari et ma fille sont ici quelque part.

Alors...

si on les retrouve, tu partiras ?

Je t'aiderai.

Tu connais le meilleur moyen

de leur faire descendre l'échelle.

Qu'est-ce que je ferais, dehors ?

Tu marcherais.

Marcher ?

Oui !

Marcher en liberté, il n'y a rien de mieux !

Marcher sans but, ça doit fatiguer plutôt !

Pas du tout !

Même les chiens ne supportent pas la chaîne.

Toi, tu es un être humain !

Mais, s'il n'y avait pas le sable,

personne ne s'occuperait de moi.

C'est vrai, non ?

Vous, par exemple...

Regarde, en voilà un !

Arrêtez !

C'est ce que j'étais venu chercher ici.

Une variété de cicindèle.

Tu as des ciseaux ?

Des ciseaux ?

Je voudrais me tailler la barbe.

Je dois en avoir quelque part.

Ils ne sont pas bien aiguisés.

Et en plus ils sont rouillés.

C'est à cause du sable.

Ils ne marchent pas.

Non ?

Ils ne ferment plus.

On demandera un rasoir lorsqu'ils apporteront les rations.

Tu vois ?

Le sable dans ma barbe la rend toute rugueuse.

C'est comme ça !

Le sable finit par tout abîmer.

On y va ?

Oui, merci !

Qu'est-ce qu'il a, ton "mari" ?

Il est malade.

Tu le dorlotes trop !

Allez-y !

Est-ce qu'on prépare le bain ?

Ça va,

je suis trop fatiguée, aujourd'hui.

Moi, je veux me laver.

Mais vous êtes malade.

La sueur me colle partout.

C'est désagréable... ça m'empêche de dormir.

Bon, je vais faire chauffer de l'eau.

Je peux t'aider ?

Non, merci, ça ira.

À quoi pensez-vous ?

À rien.

Tiens, une photo ! Mets-toi là.

Je veux pas...

Mais si !

Souris !

Voilà !

Vous voulez rentrer chez vous ?

Pourquoi ?

Si on avait une radio, ça vous distrairait ?

Une radio ?

On y apprend beaucoup de choses.

Des bêtises !

Vous sauriez ce qui se passe à Tokyo.

Ça ne m'intéresse pas.

C'est pourquoi je consacre ma vie aux insectes.

Je préférerais voir apparaître mon nom

dans l'encyclopédie d'entomologie.

Quand même...

Ce serait bien

d'avoir une radio.

Bon, d'accord.

Allons boire un coup.

Je croyais que vous étiez malade.

Ça aide à dormir.

Je dors très bien sans ça...

Bien sûr !

Je n'en veux pas, vraiment !

T'en fais pas. Aujourd'hui, je veux boire.

L'eau est chaude.

Bois d'abord.

Vous êtes terrible.

Cul sec !

Ça rafraîchit !

Vous êtes cruel.

Je suis épuisée.

Au secours !

Aidez-moi, s'il vous plaît !

Au secours !

Tiens, attrape ça !

Je vous en prie, tirez sur cette corde.

Pas facile, c'est pas comme si on arrachait une carotte.

Je vais te déterrer.

Accroche-toi à cette planche.

On est arrivés juste à temps.

Cet endroit est plein de sables mouvants.

Même les chiens en ont peur.

De nombreuses personnes ont disparues ici !

Oui, des randonneurs

qui connaissent pas le pays.

Si on creusait,

on trouverait plein d'objets de valeur.

Plusieurs appareils photo, pour commencer !

Calme-toi.

Je suis désolée.

Vous voulez du thé ?

Il est quelle heure ?

Je ne sais pas...

Environ 8h30.

J'ai échoué.

Oui.

Un échec complet.

Avez-vous...

une femme ?

À Tokyo ?

Cela ne te regarde pas.

Non.

En tout cas c'est dommage.

Si j'avais réussi,

j'aurais acheté une radio que je t'aurais envoyée.

Une radio ?

Tu en voulais une.

C'est vrai.

Mais c'est inutile.

Je peux travailler et en acheter une ici.

J'ai échoué.

Vous voulez que je vous essuie ?

Il aurait fallu connaître le coin.

Ils chercheront à me retrouver.

Derrière moi il y a des amis, une coopérative,

le ministère de l’Éducation, les associations d'enseignants...

Ils ne me laisseront pas tomber.

Allez, je vais vous laver.

C'est quoi ?

- C'est l'espoir. - L'espoir ?

Un piège à corbeaux.

On met l'appât ici.

Quand le corbeau vient le prendre,

il tombe là-dedans.

Mais les corbeaux sont rusés.

La faim les rend stupides.

Pourquoi vous appelez ça "l'espoir" ?

C'est l'espoir...

parce que j'attacherai un message au corbeau

pour qu'on vienne à mon secours.

Personne n'est venu.

Ça fait trois mois et personne n'est venu.

Quoi ?

À votre secours.

On croit sans doute que vous avez pris la fuite.

La fuite ?

Que vous en aviez marre.

C'est pas possible.

J'ai même oublié mon carnet de chèques.

Et il y a les livres ouverts sur mon bureau.

Tout le monde va s'en apercevoir.

C'est comme si tout mon bureau criait, "au secours".

Qu'est-ce qui vous attire ?

Comment ça ?

À Tokyo.

Si tu y allais, tu verrais.

J'en peux plus !

Hé ! Votre ration !

Une minute, s'il vous plaît ! Attendez !

Est-ce que je peux sortir un peu ?

Trente minutes par jour suffiront.

Je veux voir la mer.

Je n'essaierai pas de m'enfuir.

Vingt minutes, alors... Dix minutes !

Je suis là depuis trois mois.

Je vais devenir fou !

J'en parlerai au syndicat.

Je vous en prie !

Vous me surveillerez, bien sûr !

Tu travailles trop.

Encore vingt et ça fera mille yens.

Des conneries !

Je ne veux pas crever ici comme un chien !

Cette foutue radio ! On va crever ici !

Ce ne sont pas tes amis...

crois-moi !

Les gens ne pensent qu'à eux-mêmes.

On nous exploite,

et nous, on remue la queue.

Et un beau jour, ils nous abandonneront.

Ce n'est pas vrai ! Il y a le sable.

Le sable ?

À quoi ça sert ?

Ça n'apporte que le malheur.

Il se vend !

À qui ?

Aux chantiers.

C'est illégal d'utiliser du sable salé.

On peut le vendre à moitié prix.

Peu importe le prix, les maisons s'écrouleront.

Je ne me soucie pas des autres.

Eh bien...

Les autres... peut-être.

Mais il y a quelqu'un ici qui s'enrichit grâce à ça.

Pourquoi tu les aides ?

Le syndicat s'occupe de nous.

Il nous achète le sable et le revend.

Je vais utiliser le tamis pour ça.

C'est comme si tu construisais ta maison sur de l'eau,

alors qu'il existe des bateaux.

Tu es têtue.

Tu ne quitteras jamais ta maison.

Vous voudriez bien rentrer chez vous, n'est-ce pas ?

Oui...

Je veux au moins...

garder l'espoir...

que ça peut changer demain.

Moi,

j'ai peur.

Chaque soir, quand je me couche,

je crains

de me retrouver de nouveau seule au réveil.

C'est vraiment effrayant !

Mets-les là-dedans.

Tu travailles dur, hein ?

Qu'est-ce qu'il me veut ? Je ne suis pas encore prêt.

Tu voulais voir la mer, non ?

Oui !

Est-ce que c'est d'accord ?

Ce n'est pas impossible...

Je vous en prie.

C'est tellement dur pour moi.

Une heure par jour, c'est tout.

Montrez-nous comment vous le faites...

vous deux, ensemble.

Dehors,

pour que tout le monde puisse voir.

Quoi ?

Oui, "ça" !

Ouais, fais-le avec la petite !

Ouais, on veut voir ça !

Tout le monde est d'accord.

Montre-nous et tu auras ton heure !

Qu'est-ce que t'attends ? Dépêche-toi !

Que faire ?

C'est n'importe quoi !

Mais c'est ma seule chance.

C'est hors de question.

Oui, d'accord.

Mais on pourrait faire semblant.

Quoi ?

On n'est pas des dégénérés !

On n'est que des porcs, après tout !

On peut faire semblant.

Rentrons.

Idiot ! Idiot ! Idiot !

Comment c'est arrivé ?

Bizarre !

Ça fait plus de trois semaines

qu'on n'a pas eu de pluie.

C'est la capillarité.

Oui, c'est ça !

Si ça marche, on ne manquera pas d'eau.

L'évaporation

extrait l'eau qui est dans le sable.

Le sable agit comme une pompe.

C'est comme si on était assis sur une énorme pompe.

Avec un peu de travail, on aura un très bon réservoir.

C'est terrible.

Je ne peux pas respirer.

On est bientôt en décembre.

Toujours ça ?

Si les corbeaux ont faim,

ils seront plus faciles à attraper.

Ah, les hommes !

Pour changer,

ça me plaît d'être le poseur de piège.

Si on avait une radio,

on pourrait écouter la météo.

J'ai peur.

Je vais voir si ça marche.

Je dois tenir jusqu'à demain.

Ohé ! Il y a quelqu'un ?

Venez, s'il vous plaît !

- Qu'est-ce que c'est ? - Elle a mal.

Elle est enceinte.

Enceinte ?

- Depuis quand ? - Depuis octobre.

- Ça fait mal ? - Oui.

T'as la nausée ?

Qu'est-ce que c'est ?

Une grossesse extra-utérine ?

Comment tu sais ?

Il était maréchal-ferrant chez un vétérinaire.

Appelez un médecin, vite !

Il n'arrivera pas à temps.

Les médecins d'aujourd'hui...

On peut aller chercher une charrette.

Ils arrivent.

J'ai peur.

Est-ce que le vent est tombé ?

Oui, ça s'est beaucoup calmé.

On fait comment ?

On l'enveloppe.

Allons-y.

Mettons une planche dans le panier.

Voici ta radio.

Une planche...

La radio.

C'est pas le moment, hein ?

Tu veux l'écouter ?

Tu veux l'emporter avec toi ?

Voilà, elle est dans le futon.

Vous avez une autre planche ?

Prenez celle-là... là-bas.

En dessous. Celle-là.

Non... je veux pas...

S'il vous plaît... Une minute.

Que veux-tu ?

Non, ce n'est rien. La prochaine fois.

Je veux pas.

C'est bon ! On y va !

Non, je veux pas.

Non... non... !

Attrape le panier !

Je ne suis pas obligé de m'enfuir tout de suite.

Mon billet de retour est vierge.

Je remplirai la date moi-même.

D'ailleurs, je meurs d'envie

de parler à quelqu'un de mon réservoir d'eau.

Personne ne s'y intéressera autant

que les villageois.

Sinon aujourd'hui,

je leur en parlerai demain.

Mais je vais leur en parler, c'est sûr.

Je penserai à ma fuite après.

PROCÈS-VERBAL DE DISPARITION

N'AYANT DONNÉ SIGNE DE VIE

DEPUIS SEPT ANS,

NIKI JUNPEI, NÉ LE 7 MARS 1927,

EST OFFICIELLEMENT DÉCLARÉ DISPARU.

TRIBUNAL D'INSTANCE DE TOKYO, LE 10 JANVIER 1964.

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