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Zulu
Une moto démarre.
Respiration.
...
-Hé, tu m'envoies les résultats, n'oublie pas.
...
Il inspire et expire profondément.
...
-Bonjour, je vais pas me présenter, je pense qu'on se connaît.
Pour inaugurer le forum de la police rurale
de Lusagne, je vous présente l'extérieur de nos locaux.
Alors...
Voilà la devanture de notre police rurale
avec son joli logo.
Et je vais vous montrer ce qui se passe à l'intérieur.
Vous avez le bureau d'accueil de Tony Leblanc, de moi, quoi.
Ici, le bureau d'Alex Hugo.
...
Ce forum a pour but
qu'on puisse se contacter plus facilement
pour parler des problèmes et des choses qui marchent bien.
Comme ça, tout le monde sait tout ce qui se passe et chacun...
Le portable vibre. Oh non.
Oui, Alex ? *-Je suis à la plaine du Jacquet.
-Oui ? *-Viens vite.
Bon.
Les gars de l'IML sont en route, je leur ai donné ton numéro.
-OK. -Moi, je vais prévenir ses proches.
-Alex.
Je le connais.
Charles Cabaye.
On était ensemble au collège.
Il était parti à l'étranger faire ses études.
Il est revenu il y a un an pour monter sa boîte.
Il rachetait des matériels agricoles pour faire des meubles
un peu design.
Alex, je sais
que tu aimes bosser seul, mais j'aimerais participer
un peu plus aux enquêtes.
-Je suis chef que sur le papier, en attendant que quelqu'un vienne.
J'aime pas donner des ordres. -C'est pas des ordres.
Mais je peux t'aider.
-OK. Quand ils viendront chercher le corps,
dis-leur de laisser la combinaison. -OK, pourquoi ?
-Un truc à vérifier.
...
Alex lit le titre.
...
*Musique techno.
...
-Ah ouais, ça plane bien.
Des belles vacances, des copines à profusion.
Tu avais la belle vie, mon pote.
*Bip.
Déchirement.
Hurlement.
-Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
"RAS aux poumons, je respire enfin !" ?
...
-"T'aurais pas dû rentrer. T'aurais pas dû frimer.
"Ta richesse te sauvera pas. Bientôt, tu paieras."
"Tu voles nos mémoires. Tu profites de notre misère.
"Tu mourras, comme Icare, démembré.
"Face contre terre."
Corne de brume.
...
Brouhaha, cris.
...
-Lâche-moi, merde !
C'est pas moi ! -Cassez-vous !
-Me touche pas, t'es qui ?
Portable.
-Ouais, Alex, qu'est-ce que je peux faire pour roi ?
Tu as un nom ?
-Charles Cabaye.
Pas de casier, mais on lui a envoyé des lettres de menaces.
Regarde ce que tu as sur lui.
Je t'envoie les lettres.
-Je me renseigne et je te rappelle.
Ca va.
Allez, go.
...
-Bonjour, c'est incroyable
ce que vous faites. -Voler comme un oiseau,
tout le monde en rêve. Tu veux quoi ?
Tu viens nous rejoindre ? -Non, pas vraiment.
Charles Cabaye, vous connaissez ? -Ouais ?
Il s'est passé quelque chose ? -Il s'est écrasé
dans la plaine du Jacquet. Désolé.
Sa voile était endommagée.
-C'est bizarre à cet endroit.
La combi ne s'use pas,
les accidents, ça vient surtout du parachute.
-Il n'aurait pas pu la déchirer avant de la recoudre ?
-Recoudre sa combinaison ? Non.
-C'était un ami ?
-On s'appréciait, mais je peux pas dire qu'on était proches.
-Dans votre sport, il y a des rivalités,
des jalousies ?
-Non, on n'a rien à gagner.
On est peut-être une centaine
à sauter en France, on est une famille.
-Je vous remercie.
-Très bien, madame. Bonne journée, au revoir.
Les parents de Cabaye sont décédés.
-Tu peux utiliser le bureau d'Angelo,
il va pas t'en vouloir. -Je sais.
Mais ça me fait
encore bizarre.
-Oui, moi aussi, ça me fait bizarre.
Mais il va falloir s'habituer.
Bon, Cabaye a reçu des lettres anonymes et des menaces de mort.
-Un corbeau ? -Tu les scannes pour Marseille ?
-Bien sûr.
-Il avait quelle réputation, Cabaye ?
-Il était tranquille, solitaire.
Mais il y a un autre visage sur les réseaux.
-Ah oui ? -Il se montrait avec des filles,
évoquait ses problèmes de santé.
-Pourquoi il faisait ça ? -Ben, tu postes des messages
pour faire réagir tes contacts.
Ca te met dans une position d'attente
et dès que quelqu'un poste un message,
une micro-dose de dopamine t'arrive au cerveau, c'est comme une drogue.
-Le corbeau a voulu le punir pour avoir étalé sa vie privée ?
Il lui reproche d'avoir profité de la misère des gens, peut-être
un de ses clients. -Je vérifie son listing.
Tu penses qu'il a été tué ?
-Tu as ramené sa combinaison ?
Regarde, l'aile a été découpée
puis recousue.
Avec la pression de l'air,
les coutures ont lâché.
Tu peux me trouver son médecin ?
-J'irai voir son dossier, mais Cabaye habitait Lusagne.
Il devait aller chez le Dr Vassile. -Dr Vassile, tu le connais ?
-On voit que t'es jamais malade. Il est à la sortie de Marsian.
Sur la route qui file vers le Queyras.
-D'accord.
...
Bonjour.
Quelqu'un vient.
-Personne suivante.
-Dr Vassile ?
-Non, monsieur,
ils étaient avant vous.
-Ce ne sera pas long.
-Excusez-moi.
Qu'est-ce que je peux faire pour la police de Lusagne ?
-Charles Cabaye est un de vos patients ?
-Il est venu me voir souvent au cours de l'année dernière.
Mais ça fait un bon moment que je ne l'ai pas revu.
Pourquoi ?
-Il est mort ce matin.
-Comment ça ?
-Il s'est écrasé en wingsuit.
Il souffrait de quoi exactement ?
-Fatigue nerveuse.
Maux de tête.
Douleurs dans la poitrine.
Je lui avais prescrit un IRM, un scanner, des radios,
mais les examens n'ont rien révélé de préoccupant.
Et puis, je me suis dit qu'il était allé voir ailleurs.
-Comment ça ?
-Il me demandait de lui prescrire toutes sortes de médicaments,
mais je ne suis pas un supermarché.
-Il était hypocondriaque ? -Oh...
Très informé sur les maladies, il s'inventait des symptômes,
mais, au fond, il allait bien.
Il avait juste peur...
de mourir.
-Et il pratiquait un sport extrême ?
-Si vous cherchez
une logique chez un hypocondriaque, bon courage.
Non, il voulait qu'on l'écoute.
-Il était dépressif ?
-Quand on pense aller mal, c'est plus facile de le dire au docteur.
Au final, les gens,
ils ont besoin de parler de leurs soucis.
Souvent, il n'y a rien qui cloche, mais ils se sentent perdus.
Ca leur fait du bien de se sentir écoutés.
Tout simplement.
-Il ne vous a pas confié qu'on voulait sa mort ?
Est-ce que ça,
ça vous évoque quelque chose ?
Il en a reçu des dizaines en quelques mois.
Il ne vous en jamais parlé ?
-Non.
Bon, si vous avez terminé,
j'aimerais bien finir de recevoir mes patients
avant la nuit, s'il vous plaît.
La personne suivante.
*Musique pop.
*...
*Elle change de morceau.
*...
-Je suis à vous dans 5 minutes. -OK.
*...
Grincement.
*...
*Elle change de morceau.
-Bonjour. -Bonjour.
-Je peux vous aider ?
-Alex.
Je peux te parler deux minutes ? -Ouais.
-Je t'ai pas prévenu,
mais j'ai obtenu qu'on recrute quelqu'un.
Je serai plus sur le terrain. -Oui, bonne idée.
-Mais je dois faire un entretien et j'ai envie
que ça se passe bien.
-Ca va bien se passer, oui. -J'ai bossé
quelques questions classiques, mais j'ai jamais fait d'entretien.
Alors, je me suis dit que tu...
-Que je... -Ben ouais.
Je vous en prie.
Nom et prénom.
-Madar Wendi.
Avec un "i" à la fin, pas comme celle de Peter Pan.
-Euh... oui.
Qu'est-ce qui vous a donné envie
de rejoindre la police rurale ? -C'est pour la police ?
C'est pas pour répondre au téléphone ?
-A la police rurale, on incarne la loi et l'ordre.
Mais aussi la proximité, le dialogue.
Vous répondrez au téléphone, mais au sein de l'équipe.
-J'aime bien le dialogue et la proximité.
Je trouve ça cool, très cool.
-Hm. Quelles sont vos compétences ? -Je peux répondre
au téléphone, utiliser un ordinateur
et j'ai fait un stage dans un jardin d'enfants.
Ma grande cousine bosse là-bas. -Hm, hm.
-Vous vous voyez où
dans 5 ans ? -Dans 5 ans ?
J'espère avoir mon appart.
Ou une maison.
Puis des enfants.
Au moins deux.
Comme je suis fille unique, je veux une famille nombreuse.
Un peu comme Wendy, en fait, car... -Non, mais professionnellement.
Le téléphone sonne.
-Justement, c'est l'occasion. Répondez.
...
-Allô ?
Oui.
D'accord.
Au revoir.
C'est qui, Alex ?
-C'est moi.
-C'était pour vous, un policier de Marseille.
J'ai oublié de demander son nom.
-Et il a dit quoi ?
-Il a les résultats du labo.
-Bien. Je te laisse finir. -OK.
-Ca va, c'était bien ? -Oui, très bien.
-On a retrouvé deux ADN sur tes lettres.
Celui de la victime et celui de Pierre Luxin,
né le 18 avril 1981, dernier domicile connu à Fermeil.
Il a purgé 18 mois pour trafic de drogue, sorti en janvier dernier.
Concernant Cabaye,
*pas d'alcool ni de drogue. -OK, merci.
Tiens-moi au courant. *-Ca marche.
...
-Une seconde.
-Tu connais un certain Pierre Luxin ?
-Oui, il est du coin. -Tu sais quoi sur lui ?
-Il a fait un peu de prison, et là, il bosse sur des chantiers.
-C'est le genre de mec qui pourrait écrire des lettres anonymes ?
-Il a pas bonne réputation. -Mais ?
-C'est pas un mauvais bougre.
-Vérifie s'il a vendu du matériel à Cabaye.
-Je vais voir ça.
Oui, il a vendu des essieux de charrue pour 400 euros.
Il a mis l'adresse de la ferme de ses parents, il doit y vivre.
-OK.
-Alex ?
On fait quoi pour Wendi ?
-Ben...
Je te fais confiance.
-Bon.
On va vous donner votre chance. -Merci.
Je commence quand ? -Maintenant. Installez-vous
à l'accueil.
Vous pouvez vous familiariser avec le logiciel de dépôt
des mains courantes. Je suis là, n'hésitez pas.
J'ai longtemps fait ce job. -OK.
Merci.
-Je vais prendre mes affaires.
-C'est à vous, ça ?
-Ah oui, désolé, je...
Je devais l'accrocher,
mais je trouve pas le bon endroit.
-C'est votre père ? -Non.
L'ancien patron.
-Il est mort ?
-Non.
Il est parti à la retraite.
Bon travail.
-OK, merci.
(Maman ?
(J'ai un boulot.)
...
Ca va ?
Vous avez fait une sacrée chute, je vais vous emmener à l'hôpital.
-Non. -C'est vous Pierre Luxin ?
Vous n'êtes pas tombé
par hasard, quelqu'un a scié la balustrade.
Hé, vous !
Attendez !
...
-Allez !
Il essaye de démarrer.
...
Allez !
-Où tu vas, là ?
-A l'hôpital. -Non, je t'y amène, moi.
-Vous êtes qui ? J'ai rien fait. -Et les lettres anonymes à Cabaye ?
-Quoi ? -Charles Cabaye, tu le connaissais.
Tu lui as vendu du matériel. Il s'est fait tuer.
Il y a ton ADN sur les lettres.
"Tu mourras comme Icare." Pourquoi tu le menaçais ?
Il t'a fait quoi ?
-Rien.
Charles, c'était mon ami.
C'est le seul qui me traitait pas comme un pestiféré.
-Que fait ton ADN sur les lettres ?
-Il me les a montrées,
j'ai dû les toucher.
Il avait peur, j'essayais de le rassurer.
Je lui ai dit que ce mec
oserait pas passer à l'acte.
-Tu le connais d'où, Cabaye ? -De l'école.
On était au collège ensemble, à Jacques Prévert.
Sauf que lui, après le bac, il est parti.
-Et vous vous retrouvez quand il t'achète des outils ?
-Ma mère venait de mourir.
Je vidais sa maison, il est passé et m'a reconnu.
On a bu un coup.
-Que s'est-il passé entre vous ? -Rien.
Je vous promets, rien.
Une voiture arrive et s'arrête.
-Bonjour. -Bonjour.
-Alex est là ? -Il interroge un suspect.
Vous êtes qui ? -Vous êtes nouvelle.
-J'ai commencé aujourd'hui. -Vous êtes bien tombée, ici.
-Tu es attendu ? -J'ai des trucs pour vous.
-Pascal.
-Tiens, c'est d'autres lettres.
Elles viennent
d'un peu partout dans la région.
Dans chaque lettre,
on accuse le destinataire
des pires choses.
-Il n'y a pas eu d'enquête ? -C'est resté des menaces.
Mais la PTS a fait des relevés d'empreintes.
Quand les gars ont reçu
celles de Cabaye,
ils ont fait le rapprochement avec les autres lettres.
C'est sûrement la même personne. -Oui.
-C'est Luxin ?
-Oui. -C'est lui, ton corbeau ?
-Je sais pas. On se le fait à deux ?
-Allez.
-Vous, vous faites pas les interrogatoires ?
-Sur une grosse affaire comme ça, je reste sur le banc.
Comme ça, s'ils ont besoin de sang frais...
-Bien sûr.
-Ca te dit
quelque chose ?
-Non.
-Regardez-les.
-J'ai rien à voir avec cette histoire.
-Les analyses ADN
sont en route.
-C'est Charles Cabaye qui m'a montré ces lettres, il avait peur.
-Et ça, là, c'est arrivé comment ?
-Rien, je me suis appuyé
à la balustrade et... -Elle a été sabotée.
Pour que tu te tues.
Et on a saboté la combinaison de Cabaye.
Tu sais quelque chose, Pierre.
Il faut parler.
-Moi aussi, j'ai reçu des lettres. -Ah ouais ?
On peut les voir ? -Je les ai jetées.
C'est Dalmatte,
qui les envoie, Sébastien Dalmatte.
C'est le nouveau compagnon de mon ex-femme.
-J'aurais aimé voir ces lettres.
-Je reviens. -Il va où ?
-On va reprendre depuis le début, tranquille.
-Alors, c'est lui ?
-Sur le papier, oui, mais je vois pas le mobile.
Tu peux me trouver une plaque d'immatriculation ?
"FT-168-EM".
-Je m'en occupe.
...
-"T'es tellement drogué. Tu peux même plus bander.
"Tu fais si honte à ta femme qu'elle a dû te dégager."
Son portable sonne.
Oui, Tony ?
A l'école ?
OK, merci.
Sébastien Dalmatte ?
-Oui. -Suivez-moi.
-Un problème ? -Oui, vous voulez venir aussi ?
On y va. -Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il soupire.
Quelqu'un entre.
-Qui d'autre pourrait vous en vouloir ?
Un dealer,
un type que vous avez croisé en taule ?
Pourquoi vous êtes persuadé que Dalmatte est le corbeau ?
-Parce qu'elles parlaient
de trucs que seule ma femme pouvait savoir.
Mon ex-femme. -Quels trucs ?
-Des choses intimes.
A une époque, je prenais beaucoup de drogue.
De la cocaïne.
J'arrivais plus à bander.
-Et votre ex-femme l'a raconté à son mec.
-Qui d'autre ?
Quelqu'un vient.
-Espèce d'ordure !
-Ta gueule !
-Oh !
Allez !
-C'est lui qu'il faut interroger !
-Vous vous croyez où, là ?
Ca suffit !
C'est bon, assieds-toi !
-Excusez-moi.
Je peux rentrer chez moi ? -Chez vous ?
Pas tout de suite, non.
-Tony, j'ai besoin de toi. -J'arrive.
On verra ça.
-Vas-y, enregistre.
Pourquoi vous avez scié la balustrade chez Pierre Luxin ?
-Je sais pas ce qui m'a pris.
-Vous connaissez Charles Cabaye ?
Il a été tué ce matin, victime aussi d'un sabotage.
-Vous pensez pas
que je l'ai tué ?
Bon, avec l'autre, j'ai déconné, mais je suis instit, je fais aussi
du soutien scolaire.
Tony, dis-lui. J'ai pas pu faire ça, tu me connais !
Tony !
-Pourquoi vous en prendre à Luxin ?
Parce que c'est l'ex de votre femme ?
-Je l'ai appelée.
Elle dit que vous avez déjà failli vous battre.
-C'est vous, les lettres ?
-C'est lui qui fout
la merde !
Il vient chez nous, pète les carreaux des fenêtres,
il bousille le jardin.
Il a jamais accepté que Sophie refasse sa vie avec moi.
-Il ment, je vous jure.
J'ai fait de la taule, donc, ce que je dis,
ça vaut rien ? -Personne a dit ça.
-Je sais que je galère, j'ai pas de taf, pas de baraque.
Sans la maison de ma mère, je serais à la rue.
Mais j'ai rien fait de mal.
-Vous ne les avez pas harcelés ? Vandalisé leur propriété non plus ?
-C'est lui qui me harcèle avec ses lettres.
-Il y en a eu combien ? -Plein.
Il veut ma peau, il veut me pousser à bout.
Il veut que je fasse un faux pas pour qu'on me renvoie en prison.
-Vous n'allez pas croire ce que raconte ce drogué ?
-Il a droit à une seconde chance.
-Il arrête pas de picoler, je suis sûr qu'il se came encore.
-Comment tu peux être sûr que c'est lui qui a cassé tes carreaux ?
-J'ai jamais pu le choper, j'ai voulu lui donner une leçon.
-Vous l'avez pas vu faire, mais vous êtes sûr que c'est lui ?
-Il a fouillé dans mes affaires. -Vous avez des preuves ?
-Comment il aurait su pour mes problèmes de santé ?
-Des problèmes de santé ?
-Ca fait quelques années que je fais une dépression.
Il n'y a que ma femme qui est au courant.
Et il me nargue avec ça dans ses lettres.
-Toi aussi, tu as reçu des lettres ?
-Ben oui.
-Il n'y en a pas un qui bouge de sa version.
On ne sait plus qui croire.
-Vous travaillez toujours aussi tard ?
-Non, mais...
-Pas de match ADN de Luxin et Dalmatte sur les autres lettres.
-Je pense pas que ce soit eux.
Quelqu'un essaye de les monter l'un contre l'autre.
-Pourquoi ?
-Luxin, Cabaye et Dalmatte,
il y a un point commun, mais les autres ?
-A chaque fois, le corbeau
a des informations confidentielles sur la santé des gens.
Il n'y a qu'une personne
qui peut savoir.
Bon, on les libère, mais qu'ils se tiennent à carreau.
Vous venez ?
-Viens, Sébastien.
-Je vous demande pas de vous serrer la main.
Mais si j'apprends que l'un ou l'autre a recommencé,
il part en garde à vue à Marseille. -Je saurai vous recevoir.
-On est d'accord ?
Vous pouvez rentrer chez vous.
-Moi aussi ?
...
-Avant d'être médecin,
je voulais devenir photographe.
-Vous avez changé d'avis ?
-J'ai surtout trouvé ma vocation.
Que voulez-vous, la médecine aussi, c'est une passion.
-Pourquoi être venu vivre ici ?
-Ca me rappelle la région où j'ai grandi.
Dans le sud des Carpates.
Du nouveau sur la mort
de Cabaye ?
-2 autres de vos patients ont reçu des lettres : Luxin et Dalmatte.
Elles contenaient
des informations médicales.
Vous seul étiez au courant.
-Souvenez-vous du serment d'Hippocrate :
"Je tairai les secrets qui me sont confiés."
-Qui d'autre a accès aux dossiers médicaux ?
-Personne.
Vous m'accusez ?
-Il y a eu un mort et un blessé, je dois vite comprendre
ce qui se passe. -Venez.
Je vais vous montrer
quelque chose.
C'est pas moi qui écris ces lettres.
-C'est la seule que vous ayez reçue ?
-C'est pour ça que j'étais troublé
en voyant celle de Charles Cabaye.
-Pourquoi vous n'avez rien dit ? -Je suis de la vieille école.
Ce qui relève de ma vie privée, je n'aime pas trop en parler.
Mes patients n'ont pas à connaître mes orientations sexuelles.
Je me suis habitué à vivre comme ça.
Je suis trop vieux pour changer. -Qui d'autre est au courant ?
Votre famille,
vos confrères ?
-Un seul homme est au courant, celui que j'aime depuis 15 ans.
Nous ne vivons pas ensemble, mais nous vieillirons côte à côte.
-Si vous êtes si discret, comment le corbeau a fait pour savoir ?
-Je l'ignore.
Mais j'ai eu l'impression de revivre
les heures les plus noires de ma jeunesse.
En Roumanie,
les hommes comme moi,
ils étaient dans le viseur de la Securitate.
On faisait circuler sur eux les rumeurs les plus honteuses.
Mais à l'époque, c'était un autre monde.
Comment pouvait-on justifier la présence des homosexuels
dans le paradis soviétique ?
Mais aujourd'hui, ici...
Je comprends pas d'où vient toute cette haine.
-Le corbeau vous accuse d'avoir du sang sur les mains.
Il pourrait s'agir
d'une erreur médicale.
-J'ai exercé aux urgences pendant 15 ans.
Quel médecin ne fait pas d'erreur quand il voit
30 patients par nuit ?
-C'est pas un flic qui va vous faire la leçon.
Je peux la garder ?
-Je peux compter sur la discrétion de la police ?
-Bonjour à tous.
Merci, on est une cinquantaine, déjà, à avoir rejoint le forum.
-Désolée.
Arrêtez ça. -Pourquoi ?
-L'image est trop moche. C'est dommage de vous montrer comme ça.
-Je suis censé faire comment ? -Vous permettez ?
-Oui.
-Déjà, on va changer de sens.
C'est comme ça.
Reculez.
Non, vraiment. Montez, montez.
Encore, encore.
Reculez encore. Voilà, stop.
Je rajoute un filtre trop stylé. Ca change tout.
Et action.
-Bonjour.
Merci, on est déjà une cinquantaine sur le forum.
C'est une réussite.
Mais je n'ai pas de bonnes nouvelles.
Plusieurs personnes ont reçu des lettres anonymes.
On fait notre maximum
pour retrouver le coupable, mais aidez-nous.
Si vous recevez ce genre de lettre, envoyez-la par mail à la rurale.
Le contenu restera strictement confidentiel.
Ca nous aidera à retrouver ce salopard.
-C'est dans la boîte. -Merci, Wendi.
-Le logiciel dans lequel vous consignez vos données,
il est sécurisé ? -On le paye assez cher pour ça.
Vous pensez que j'ai été piraté ?
-Ou alors, vous mentez. Portable.
-Pardon, c'est la ligne pour les urgences.
Allô ?
Non, calme-toi, tu dois arrêter le saignement.
Avec une ceinture, une écharpe, n'importe quoi.
Voilà, et serre fort. J'arrive.
Un patient s'est tranché la main.
Il risque de se vider de son sang avant que l'ambulance n'arrive.
...
Tu as pu stopper l'hémorragie ?
Il faut faire un tourniquet.
Tu as une bande d'étoffe, quelque chose ?
Ah ben, merci. Merci beaucoup.
L'homme crie. -Ca va aller.
Voilà. Tiens-moi le stylo.
-Oui. -Tiens-le bien.
Ne vous en faites pas.
On tourne, voilà.
-Voilà.
Ca va aller.
-Ah !
Ah...
-Ne t'en fais pas.
Il va s'en sortir.
-Vous n'allez pas avec lui ?
C'est votre père, non ?
-Je préfère rester ici.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Il s'est fait ça dans son atelier. Venez.
...
-Le carter a été dévissé.
-C'est pas un accident ?
-Pas vraiment.
Votre père a reçu
des lettres anonymes ?
"T'as trompé ta femme. T'as cogné ta fille."
Il y a un fond
de vérité là-dedans ? -Plus qu'un fond.
-Et vous vivez toujours avec votre père ?
-Quand il mourra,
comptez pas sur moi pour pleurnicher.
-Votre mère est où ? -Elle est partie.
Remariée avec un type qui voulait pas m'avoir dans les pattes.
-Qui a pu faire ça à votre père ?
Qui avait accès à son atelier ? -Personne.
Puis c'est vous le flic.
-Ca vous intéresse pas plus ? -Non.
-Vous êtes toujours aussi aimable ou c'est parce que je suis flic ?
-Je dis ce que je pense. C'est un problème ?
-Pas pour moi. -Ben, tant mieux.
...
-C'est beau ce que vous faites. -Merci.
Mais vous fatiguez pas, je prends pas les compliments.
-Vous peignez depuis longtemps ? -Depuis que je suis petite.
-Et vous vendez ?
-Oui, une de temps en temps. A des galeries et même à des gens.
-Des gens du coin ? -Non, j'ai pas la cote ici.
-L'archange que vous peignez,
ça vous rappelle pas le symbole
qu'on retrouve sur la lettre ?
-Cet archange, tout le monde peut le voir dans une chapelle du coin.
Vous pensez que je joue au corbeau avec mon propre père ?
-C'est plus facile
que de lui parler en face. -J'ai peur de personne.
-Vous connaissez
Pierre Luxin, Charles Cabaye, Sébastien Dalmatte ?
-Cabaye, oui, il est venu acheter du vieux matos de ferme.
-Pourquoi vous avez la haine ?
-C'est fini, les questions ? -Pour l'instant.
-Tant mieux.
-"T'as trompé ta femme. T'as cogné ta fille."
"Tu trompes ton mari comme une catin.
"Tu sais que j'ai des preuves."
"Un jour, tu paieras."
"Sale petit nazillon, facho, pourri jusqu'au trognon."
"Tu finiras lynché comme un rat."
"Des péchés pèsent sur ton âme noire.
"Aucun Dieu ne viendra te sauver."
-Alors, Wendi ?
Ca marche ?
Merci.
Vous avez l'air douée en informatique.
-Oui, mais c'est pas une passion. -C'est quoi votre passion ?
Moi, j'adore le cinéma. Les westerns, surtout.
-Quand j'étais petite, c'était les animaux, les chevaux.
-Plus maintenant ?
-Je vis seule avec ma mère,
faut que je bosse.
-On réalise pas toujours nos rêves,
mais il ne faut jamais y renoncer.
-On a une idée d'où sont postées les lettres ?
-Le corbeau utilise
plusieurs bureaux de poste. -Oui, évidemment.
Et on n'a toujours pas de point commun.
-Peut-être qu'il en envoie autant pour noyer le poisson ?
-Comment ça ?
-Parfois, il va jusqu'au sabotage.
-Il se salit peut-être pas les mains, mais il veut
que tout le monde se fasse du mal.
Regarde, il y en a plein le forum.
"C'est Jacky, le corbeau." "Il lorgne sur ma femme."
"Il veut piquer mes terres." "Mon fils a réussi et pas le sien."
Ils voient le mal de partout.
Coups de klaxon. Je reconnais plus les habitants.
-Bonjour. -Bonjour.
-Signez là, s'il vous plaît.
-Merci. -Merci.
-C'est pour vous. -Pour moi ?
-Ah oui.
Non, touchez à rien.
Tony enfile des gants en latex.
Il n'aurait jamais dû faire ça.
Celle-là, il l'a fait livrer, et ça, ça laisse des traces.
"Pop-up party".
-Je te salue,
archange plein de grâce.
Que ta vengeance soit sanctifiée.
Je te salue,
archange plein de grâce.
Que ta vengeance soit sanctifiée. Que mon père aille en enfer.
Je te salue, archange plein de grâce.
-Tu nous quittes ?
-Je suis pas en congés non plus. -Tu vas nous manquer.
-Leblanc a reçu une lettre du corbeau
qui dit que tu lui aurais fait un sale coup pour sa carrière.
-Ah.
Après le départ d'Angelo,
on m'a demandé d'évaluer Tony.
J'ai dit qu'il était pas assez autonome.
C'était pas lui rendre service que de mentir là-dessus.
Comment le corbeau a appris ça ? C'était juste un échange de mails.
-Votre corbaque
a des talents de hackeur.
Je vais brancher
mon gars dessus, il peut faire des miracles.
-Attends.
Tony,
il l'a pris comment ?
-Comme un chef.
-Elle est arrivée ce matin.
-Vous avez un briquet ?
Je devrais pas,
mais parfois, ça sert à rien de savoir.
-Je vous aime bien. Vous parlez pas beaucoup,
mais vous avez un bon fond. -Merci.
Moi aussi, je vous aime bien.
...
-En ce moment, on apprécie particulièrement.
A vous aussi, docteur.
Bip.
Tony soupire.
Bip.
... Oh...
-Tony, je te cherchais. -Je viens d'avoir le Dr Vassile.
On a pu recoudre le bras de Ragin. -Ah, c'est bien.
A propos de la lettre que tu as reçue...
-Oui, j'ai une bonne
et une mauvaise nouvelle, -Ben, commence par la bonne.
Bip. Je suis désolé.
Je reçois beaucoup de messages.
Le corbeau a payé d'avance les livraisons.
Une centaine. -Quoi ?
-J'ai réussi
à faire stopper les envois.
-Bravo. Et la mauvaise ?
-C'est impossible de remonter jusqu'à l'expéditeur.
Tout se fait sur le Net,
les envois sont réglés via un compte anonyme.
-Tony, je voulais te dire...
Bip. -Désolé.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Des gens disent qu'ils savent qui est le corbeau et accusent Solène.
Et ils nous accusent
de rien faire ! -J'y vais.
*Chanson soul.
*...
Solène !
*...
Solène !
*...
Solène !
*...
Solène ?
*...
Solène ?
Oh, réveillez-vous. -Que faites-vous là ?
*...
-Mettez-vous à l'abri.
J'arrive.
-On va te crever !
-Que foutez-vous là ?
Barrez-vous !
-Défonce-le.
Un chien aboie.
...
Les hommes vocifèrent.
-Il y a une autre sortie ? -Oui.
-Arrête !
Arrête.
-Vite !
-Allez ! -Ils ont disparu !
-Oh, ils s'en vont par-derrière !
-Allez, on va les choper, allez !
...
-Merde, ils sont déjà là.
-Allez, allez, allez !
Accélère, vas-y !
-On les tient !
-Attention.
Accrochez-vous.
-Plus vite !
Plus vite !
-Je suis à fond !
-On va les perdre, allez !
...
-Je vous emmène dans un endroit où personne n'ira vous chercher.
...
-Que se passe-t-il ?
-Ils ont tous disjoncté. Je peux vous la confier ?
-Oui. Ca va ?
-Qu'elle reste ici, le temps que ça se calme.
-Sans vous... -Tout va bien maintenant.
-Merci.
-Où vous allez ? -Demander des comptes !
... -Oui ?
Ah, c'est gentil.
-Vous croyez que c'est la même personne qui les a postées ?
-Ce que je sais, c'est qu'il est malin.
Il les poste 10 par 10 et jamais du même endroit.
-J'ai bossé dans un café où il y avait une caméra de surveillance.
S'il a utilisé une boîte aux lettres
qui se trouve devant un commerce équipé d'une caméra...
-On le verra sur la vidéo.
Une amie a une brasserie
à Val-des-Champs, je l'appelle.
Anne-Flore, c'est Tony. La police rurale, oui.
Dis, de ta terrasse, on voit bien la Poste ?
-Bouge pas !
Merde.
Réveille-toi. Oh, reste avec moi !
Allez, allez !
Je vais te sortir de là. Allez !
-Les lettres ont été postées de cette boîte ce jour-là.
Avancez un peu.
Stop.
Avancez un peu.
Stop.
Vous pouvez zoomer ?
On le tient.
-Il a voulu faire accuser quelqu'un d'autre.
Mais Tony l'a identifié sur une vidéo.
*Du nouveau pour le hacking ? -J'en ai parlé à l'informaticien.
C'est pas à la portée du premier venu.
Ca veut dire que votre gars a accès à du matos très pointu, Alex.
-On va vérifier.
Il va s'en sortir ? -Sûrement.
L'ambulance est en route.
Je l'ai réhydraté, je lui ai donné du valium.
Et un bétabloquant pour ralentir
son rythme cardiaque. Alors, c'était lui, le corbeau ?
-Sur le papier, oui.
-Vous n'en êtes pas convaincu ? -Je le serai quand j'aurai compris
pourquoi il a fait ça.
Vous la connaissez bien ?
-Ah oui.
Elle est un peu étrange,
mais moi, l'étrangeté, ça ne m'a jamais dérangé.
Elle est toujours aussi solitaire ?
-Oui.
J'aimerais savoir pourquoi.
...
-Ca va aller ?
-Si je dis non, ça change quoi ?
-Ca change que je vais rester là jusqu'à ce que ça aille mieux.
Pourquoi ça vous gêne autant qu'on puisse vous aider ?
Qu'est-ce qui vous est arrivée ?
-Après le départ de ma mère, mon père s'est mis à boire.
Il a perdu son boulot.
Il est devenu violent, pour moi, c'était l'enfer à la maison.
Je venais d'entrer au collège.
J'étais timide, mais j'avais mes potes du primaire.
Puis un jour, papa est arrivé dans la cour de récré.
Il avait trouvé un job
comme surveillant.
Il n'a pas fallu longtemps pour que tous les élèves le détestent.
-Et vous étiez sa fille.
-Mes potes ont pris leurs distances
et les autres m'ont traitée comme si j'avais
la lèpre.
Je passais mes récrés toute seule.
Comme personne n'est venu me chercher, ça n'a jamais changé.
-Je suis désolé.
-Etre seule, ça n'a pas que des désavantages.
Quand je voyais ce que d'autres prenaient dans la gueule.
Je me disais que moi, on me foutait la paix.
-Comment ça ?
-Quand tu participes pas, tu as le temps d'observer.
C'était l'enfer
pour certains.
-Tous les gamins de Lusagne allaient à Jacques Prévert ?
-C'était ça ou descendre en vallée. -Qui se faisait harceler ?
Vous vous souvenez ?
-Cette période, j'ai préféré l'oublier.
-J'aime aussi être seul, mais à un moment, on a besoin des autres.
Il vaut mieux s'en rendre compte à temps.
Tony.
Parmi les cibles du corbeau, vérifie qui était à Jacques Prévert
*avec Solène Ragin ? -Tout le monde était à Prévert.
*-Luxin et Cabaye aussi ? -Oui.
*Ils étaient en 3e et moi en 6e. Il y avait même le Dr Vassile.
Il était médecin scolaire.
Quand je suis allé consulter chez lui, ça m'a fait drôle.
-Le surveillant, Claude Ragin, tu te souviens de lui ?
*-Il foutait les jetons.
-Mais ça n'a pas empêché certains élèves
*de se faire harceler. -Tu sais, les gamins...
*-Tony, sors-moi
des documents sur le collège, genre photos de classe.
Ca va mieux ?
-Tant que je garde ma main, je peux pas me plaindre.
Vous savez qui a saboté mon outil ?
-J'y travaille.
Vous avez été pion à Jacques Prévert pendant 10 ans.
Vous en avez vu des gamins. Pierre Luxin, vous vous souvenez ?
-Après tout ce temps, les noms...
Pourquoi ?
-On l'a vu en train de poster des lettres, il voulait qu'on soupçonne
votre fille.
Il essaye peut-être de se venger d'avoir été harcelé au collège.
-Et il s'en prend à moi ?
-Vous devez bien vous souvenir des gamins qui en ont bavé, non ?
On voit des choses quand on est pion.
-Ma fille a demandé de mes nouvelles ?
-J'essaye de trouver un enfant qui a souffert, vous pouvez m'aider ?
-Il y en avait un, tout timide.
Il se faisait emmerder par un groupe de plus grands.
Il osait pas se défendre, alors, ils sont allés loin.
On a fini par choper ces saligauds,
mais le mal était fait.
Le gosse n'est jamais sorti
de sa coquille.
A l'époque, on ne parlait pas de harcèlement scolaire.
Les enfants se débrouillaient.
-Alors, sur ces photos de classe, vous pourriez le retrouver ?
-Non.
Ah, là, c'est lui.
-Charles Cabaye.
-C'est lui, le corbeau ?
-Viens avec moi. -OK.
...
Qu'est-ce que tu fais ?
-C'est détaché.
Le parachute
serait parti sans lui s'il l'avait déclenché.
-Il a été saboté ?
-Un parachutiste vérifie son matériel avant de sauter.
-Je comprends pas.
Il saute avec un parachute qui s'ouvre pas ?
-Il s'est suicidé.
-Et fait croire qu'on l'a tué. Il a manipulé tout le monde.
-D'accord, mais Luxin ?
*Propos inintelligibles au haut-parleur.
Le portable sonne.
-Ouais, Fred ? *-Salut.
*J'ai coincé ton gars.
*Ton hackeur s'appelle Cabaye. Préviens tes copains de la rurale.
-Beau boulot. Merci.
...
-Attendez, j'ai à lui parler.
Pierre tousse.
...
Pourquoi tu as posté les lettres ? Cabaye faisait
pression sur toi ?
-Le corbeau, c'était lui ? -Tu savais pas ?
-Pour moi, c'était Dalmatte.
-Comment il faisait
pression sur toi ?
Il m'a envoyé des lettres
disant qu'il savait que j'avais repris la coke.
Qu'il avait des preuves
pour me renvoyer en taule.
Il me donnait des instructions.
Quelles lettres poster, de quel endroit.
Quelle date.
-Pourquoi il t'a choisi ?
C'est toi qui le harcelais au collège ?
Tu lui as fait quoi ?
-On était toute une bande.
On le traitait de tous les noms, on lui crachait dessus.
Puis c'est allé beaucoup plus loin.
Il devait nous filer sa bouffe.
Son argent.
On le tabassait.
On savait pas ce qu'on faisait.
-Mais tu t'en souviens encore.
Vous lui avez fait plus que ça.
-Un jour, on l'a forcé
à boire notre pisse.
On l'a raconté à toute la classe. On lui a foutu la honte.
A partir de ce jour-là,
personne ne lui a parlé jusqu'à la fin du lycée.
-T'as jamais cherché à t'excuser ? -Si. Quand je l'ai revu.
Il m'a dit : "Laisse tomber."
J'ai pensé
que c'était derrière lui.
Qu'est-ce qui va m'arriver ?
-Je travaillais à Prévert à cette époque.
Tout ça s'est passé sous mon nez.
-Et ça a pourri 30 ans
avant de refaire surface.
Cabaye a peaufiné sa vengeance dans les moindres détails.
Déchirement.
Jusqu'à la mise en scène de sa mort.
Il a saboté sa wingsuit.
Il a poussé Luxin à détruire le matériel de Claude Ragin
pour qu'il ait un grave accident.
Il a écrit les lettres du corbeau.
Il a fait en sorte
que je les trouve.
Ce type a manipulé
tout le monde.
-Pourquoi il a fait tout ça,
s'il a fini par se suicider ?
-Et tu n'avais aucune idée de l'enfer
que vivait Cabaye ? -J'étais gamin et il n'y avait pas
les réseaux sociaux.
Un téléphone sonne.
Police rurale.
Tony Leblanc, j'écoute.
Oui, je mets le haut-parleur.
*C'est Renard. *-Salut, Pascal.
-Salut, Alex. Quitte pas. Je récupère un dossier.
Bonjour.
Votre hackeur avait bien masqué ses traces,
mais on est remontés jusqu'à l'IP de Charles Cabaye.
-Ca explique pas le suicide. -Non.
Mais comme il était hypocondriaque, j'ai demandé son dossier médical.
Il s'est rendu aux urgences il y a 6 mois pour des douleurs au thorax.
On lui a diagnostiqué une tumeur maligne au stade 4.
Cancer des poumons.
Et il a interdit que ses résultats soient communiqués à son médecin.
*-Il comprend qu'il va mourir, il le vit comme une injustice
et se donne le rôle de victime pour qu'on compatisse à son destin.
Il s'est dit qu'on ne soupçonnerait jamais la 1re victime du corbeau.
Et pour qu'on ne remonte pas jusqu'à lui après sa mort,
il fabrique un faux coupable. -Pierre Luxin.
L'ex-taulard retombé dans la came. Et il décide de le faire chanter.
-Et de se venger de tous ceux qui l'ont fait souffrir
*ou qui ont laissé faire. -Il avait sa vengeance.
*-Merci, Pascal. Tu nous as bien aidés.
-De rien. A bientôt, les gars.
-OK, je suis prête.
Et... go.
-Bonjour à tous. On a enfin bouclé notre enquête.
Le corbeau qui nous tourmentait est hors d'état de nuire.
-Oui. Il a piraté vos ordinateurs, le logiciel de votre médecin,
il a trouvé des informations
et il les a utilisées
pour qu'on se haïsse tous.
Ce qui nous ressemble pas. -Alors, maintenant,
il faut arrêter ou il aura gagné. -Jetez les lettres.
Arrêtez de vous en vouloir. On vaut mieux que ça, non ?
-Parfait. Du premier coup.
Je poste la vidéo ?
-Oui, utilisez le bureau d'Angelo.
On peut lui proposer un poste à plein temps ?
-C'est toi qui décides, Tony.
-OK.
Quand je suis arrivé à la rurale, j'étais pas le candidat idéal.
Angelo a cru en moi et j'ai trouvé ma voie.
C'est peut-être un peu tôt, mais on est très satisfaits de vous.
Vous avez un vrai potentiel pour ce métier.
Avec Alex, on s'est dit qu'on pouvait vous proposer un CDI.
Je pourrais même vous aider à passer les concours internes.
J'ai dit un truc qui fallait pas ?
-Je suis pas une ingrate, mais j'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit.
Je pense que je ferais mieux de refuser.
-Vous voulez pas être flic ?
-J'ai pas envie de bosser dans un bureau, je préfère être dehors.
-Avec les chevaux ?
On continue la journée ?
-Bonjour. -Bonjour.
Merci. -Au revoir.
-Tony, je te cherchais.
Ce que le corbeau disait dans sa lettre,
c'était vrai.
J'ai dit que tu manquais d'expérience pour enquêter seul.
C'est vraiment ce que je pense.
Mais depuis le départ d'Angelo, je vois comment tu gères,
et tu te débrouilles bien.
Puis je remplacerai pas Angelo.
-Personne ne le remplacera.
-Tu as raison. Bon, ben, on va se débrouiller.
On fait une bonne équipe, non ? -J'espérais que tu me parles.
Allez.
...
On va où, là ?
On va se faire un sommet. -Un sommet ?
-Tu vas voir.
Fais-moi confiance.
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