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LE GAUCHO
Ce film a été tourné en décors naturels en Argentine.
La 20th Century Fox remercie le gouvernement argentin
pour son assistance et sa coopération.
Il y a 75 ans de cela, la pampa argentine n'était pas clôturée.
Elle était le territoire de ces hommes libres
qui, des générations durant, l'ont considéré comme le leur:
Les gauchos.
Cette race d'hommes unique,
n'obéissant qu'à ses propres lois et codes, a disparu.
La pampa qu'ils connaissaient n'est plus. Leur bétail enflammé a été remplacé
par les bêtes de race de l'Argentine moderne.
Mais la mémoire des gauchos demeure,
gravée à tout jamais dans le cœur de ce grand pays.
Don Miguel!
Florencio!
Martin!
- Bernal, Frasco, Anastasio! - Patron!
- Vous êtes venus exprès? - Toi, dans ce cercueil?
Voici l'étalon de ton père pour que tu arrives en vrai gaucho.
- Une fête en ton honneur. - Ce n'était pas la peine.
Un gaucho qui rechigne à festoyer est bon à enterrer.
Montre-leur une vraie milonga!
Martin! Laisse-moi te présenter à mes invités.
Voici Martin Penalosa.
Un vrai gaucho.
Pour apprécier un asado, il faut le couper à la gaucho.
- C'est-à-dire? - Montre-lui, Martin.
Attention à ne pas y laisser votre nez.
Ce fonctionnaire de la ville est un de tes amis?
Il est venu avec les Garcia.
Ton père lui aurait lâché les chiens aux trousses.
C'est notre invité, Martin.
- Désolé, patron. - Frère!
Frère!
C'est vraiment votre frère?
Non, mais mon père le considérait comme un fils.
Le curé nous a appris l'alphabet et Florencio, le b.a-ba de la pampa.
A notre nouveau patron!
Santé!
- Au patron! - Longue vie!
Brutos!
- Non, c'est un mauvais bougre. - Il va quand même boire au patron.
- Je bois quand ça me chante. - Alors, buvons.
Je suis venu travailler ici parce que le patron était un gaucho.
- Mais il est mort. - Son fils est là.
Le plus fort des taureaux peut avoir un veau faiblard.
Je ne bois pas à un chien de la ville.
Moi, si.
Libre à toi d'être le chien d'un chien.
Tu t'y connais en chiens, tu en es un!
- Il s'excusera. - On n'en est plus là!
- Eh, toi! - Martin!
Le couteau!
- C'était un combat loyal! - Loyal ou pas, il connaît la loi.
Tu la connais?
Oui, je la connais.
Je ferai ce que je peux pour toi.
Emmenez-le!
Tu ne connais qu'une chanson?
- Tu as donc bien une langue? - Je n'ai rien à dire.
On sait tous pourquoi tu es ici. C'était un combat à la loyale.
Je ne voulais pas le tuer. Il m'y a obligé.
Pas de chance. Tu sais comment la police m'a attrapé?
Ils ont dû entendre ta guitare.
J'ai poignardé un homme pour moins que ça mais...
si tu penses pouvoir mieux faire.
Il paraît que tu t'es battu pour moi.
Je t'en suis reconnaissant mais la loi est la loi.
Je ne pourrais rien faire, même si je le voulais.
Ton père doit se retourner dans sa tombe.
- Il aurait empêché l'arrestation? - Demande à tes gauchos.
- Et dépit de la loi? - C'était lui qui la faisait.
Oui, il était de la vieille école.
- Je suis comme lui. - Pour la loi du couteau?
Pour le droit de régler ses comptes et de défendre son honneur.
Ou ses amis. C'était ça le credo de ton père.
C'était un grand homme, en son temps.
Mais le passé a vécu. Finie l'ère du chef local.
Notre nation doit fonctionner différemment.
Tu as eu la chance d'être instruit. Pour tes enfants, ce sera un droit.
Oui, le droit d'apprendre la passivité des étrangers.
Tu ne peux pas aller contre l'histoire!
L'imbécile que j'ai tué était plus censé que toi.
Si tu refuses de comprendre!
J'aurai tout le temps d'y réfléchir en prison.
Tu n'as pas à y rester.
J'ai expliqué que tu avais été obligé de te battre.
Tu pourras t'engager.
- Dans l'armée avec les autres. - Merci.
Je ne veux pas ta gratitude mais ton approbation.
Je te suis reconnaissant.
Une fois l'armée terminée, tu auras toujours ta place avec moi.
Dieu soit avec toi.
Avec toi aussi.
Il est beau, ton patron! J'en ai déjà vu des comme lui.
Habits étrangers, idées étrangères venues des égouts de l'Europe!
J'aimerais lui arracher le cœur et cracher sur sa tombe!
Ecoute l'ami. C'est mon patron et personne ne dit du mal de lui.
Mais cette façon de parler!
Il parle comme un imbécile mais c'est mon frère. Compris?
Maintenant, joue.
Garde-à-vous! Le major Salinas va procéder à l'inspection!
On veut que je fasse des soldats de cette racaille?
Vous avez la chance d'être dans la milice et non en prison.
Mon travail est de faire de vous des soldats.
Le vôtre est simplement de m'obéir sur-le-champ et sans discuter.
Si c'est le cas, votre séjour dans l'armée se passera bien.
Sinon, vous regretterez de ne pas être restés en prison.
Qui es-tu, toi, avec le regard de condor?
Un gaucho? Un barbare de la pampa.
Pourquoi es-tu ici?
Cambriolage? Brigandage? Meurtre?
Un protégé du très influent député Don Miguel Aldeondo,
qui devra être traité avec des égards particuliers.
Je ne demande pas de faveurs.
Bien répondu. Tu as appris la première règle du métier de soldat.
Je me ferai un plaisir de l'apprendre aux autres.
Recrues! A droite, droite!
Entrez!
Fais attention!
- Merci, sergent. - A vos ordres.
Ce poste est apprécié. Il permet de mieux manger.
J'ai perdu l'appétit.
- Tu sais pourquoi je t'ai choisi? - C'est évident.
J'étudie l'histoire et tu m'intéresses.
Je sais que c'est avec une poignée d'hommes comme toi
que le fondateur de ce pays, le général San Martin,
a traversé les Andes pour libérer la moitié du continent.
Ils se sont battus pour la liberté, pas contre elle.
Tu analyses l'histoire de travers. Un soldat a la liberté d'obéir.
Boutonne ton col.
Ils ont choisi d'être soldats. Pas moi. Je suis ici pour meurtre.
Je ne vois pas d'objection à tuer. C'est mon métier.
Mais là encore, c'est une question de discipline.
Pour certains, c'est une question d'honneur.
"Honneur" a plusieurs sens.
Si tu as peur de te brûler, prends une serviette.
Imbécile! Je t'avais dit de prendre une serviette. Sergent!
Trouvez-moi quelqu'un de moins maladroit.
Et dix coups de fouet pour cet homme.
Quel motif dois-je consigner?
Inscrivez: "incompréhension délibérée de l'histoire".
A vos ordres. Viens!
Laisse-le-moi, Martin. Ton dos a suffisamment souffert du fouet.
Mon dos cicatrisera!
Bonjour, major.
Bravo, gaucho. Tu sais tout des chevaux.
Mais tu ignores tout de la discipline.
Un soldat, comme un cheval, doit d'abord être maté.
Non! Il pourrait te faire exécuter.
- Qu'est-ce que c'est? - Encore un exercice à la noix!
C'est un raid! Les Indiens ont traversé la rivière!
Le coq rappelle sa basse-cour.
Qu'il s'égosille! Je n'y retourne pas.
- Tu vas déserter? - Oui.
Je n'aime pas plus le major que toi, mais tu risques gros.
Pas plus qu'en restant.
Je ne suis pas le premier à déserter.
Ni le premier à être pris et fusillé.
- Je ne serai pas pris. - Où vas-tu aller?
Il paraît que certains gauchos ont rejoint les Indiens.
Nos ennemis!
De deux maux, il faut choisir le moindre.
Dieu soit avec toi.
Tu es sûr de savoir ce que tu fais?
Tout à fait. J'ai déjà le sang d'un homme sur les mains.
Je ne veux pas du sien en plus.
Dieu soit avec toi.
Merci.
- Et l’Indien? - Mort.
Merci encore.
Je devrais plutôt remercier Dieu.
Je ne pensais pas Le remercier pour la mort d'un homme.
Où vous a-t-il capturée?
A l'hacienda des Aldeondo. J'étais en visite là-bas.
Don Miguel Aldeondo?
Oui. Vous le connaissez?
Les Indiens ont attaqué l'hacienda?
Non. Je me promenais à cheval. Seule.
Je croyais que c'était des gauchos.
A cheval, seule? Pourquoi Miguel vous a-t-il laissée partir seule?
Je ne lui ai pas demandé sa permission.
Alors, c'est vous, l'idiote!
Conduisez-moi à votre supérieur.
Je n'en ai pas.
Comment ça?
Il n'y a pas de soldats à 20 lieues à la ronde. Je suis déserteur.
Je n'avais pas compris.
Qu'est-ce que je vais faire de vous?
Je ne peux ni vous emmener dans la montagne ni vous laisser ici.
Si je suis le lit de la rivière jusqu'en bas!
Vous savez où vous êtes?
Vous savez à quelle distance est l'hacienda?
Dans quelle direction?
Je vous en prie! Laissez-moi seule et partez!
Venez, je vous ramène.
Vous n'auriez pas... Non, évidemment.
- Quoi? - J'allais vous demander un ruban.
- Prenez ça. - Merci.
J'ai dormi combien de temps?
On a passé la nuit à cheval et la matinée ici. C'est l'après-midi.
- Et vous? - J'ai dormi.
Où sommes-nous?
On a dépassé les forts dans la nuit.
C'est ici que commence la pampa.
Vous aimez la pampa, n'est-ce pas?
Question idiote.
Hier je n'ai pas aimé que vous me traitiez d'idiote.
Car ce n'est pas vrai.
Vous vous débrouillez plutôt bien pour une citadine.
Merci!
Je peux dire à Miguel ce que vous avez fait?
Vous pouvez lui dire ce que vous voulez.
Je sais qui vous êtes.
Vous êtes Martin.
Celui qu'il appelle son frère et qui est dans l'armée.
- Il vous a dit pourquoi? - Oui.
J'ai tué.
Heureusement pour moi, vous en êtes capable.
Vous avez faim?
On va manger un nandou?
Le nandou est le frère du gaucho et il est coriace.
Pardon, mon frère.
Ma sœur, plutôt.
Non. Chez les nandous, c'est le mâle qui couve.
Il vaudrait mieux dormir.
On partira tôt pour arriver à l'hacienda avant l'aube.
- Demain, on ne se reverra plus. - Non.
Parlez-moi de votre domaine.
Mon domaine?
La pampa. Vous en parlez comme si elle était à vous.
Elle est à tous les gauchos. Ou était.
Parlez m'en.
Je n'ai jamais rien connu d'autre. Et je n'en ai jamais eu envie.
J'ai conduit du bétail au nord, à des centaines de lieues.
Jusqu'à Tucuman, la vieille ville espagnole,
sur les hauts plateaux,
jusqu'à Salta où les palmiers poussent drus comme l'herbe.
Une fois, je suis allé dans le Chaco,
où des rivières surgissent de la forêt.
Là-bas, le chaleur vous empêche de respirer.
Les mouches recouvrent votre cheval comme un poncho.
Quand j'étais petit, mon père m'a emmené dans le sud,
en Patagonie, les terres du froid.
Là-bas, le vent balaie la pampa tel le balai de Dieu.
On est allés là où aucun chrétien ne s'était aventuré.
Au retour, les Indiens nous ont attaqués.
Ils ont tué mon père.
Je m'en suis tiré avec une blessure à la jambe.
Mais c'est ici, la vraie pampa.
Cordoba, Buenos Aires, Entre Rios, Santa Fé!
Ici, on peut parcourir cent lieues en ligne droite.
Dieu a donné cette terre aux gauchos.
Et ces étrangers, ces citadins, nous l'ont enlevée.
Et Miguel, qui était mon frère!
Je parle trop. Il n'y a que les imbéciles qui parlent.
Il n'y a que les imbéciles qui taisent ce qu'ils ressentent.
Il est bon que les hommes parlent de ce qu'ils aiment
et que les femmes écoutent.
Dans la pampa, on a un dicton:
"Aussi beau que soit son sourire, une femme reste une femme."
"Et elles sont aussi nombreuses que les étoiles dans le ciel."
Il faut dormir.
- Très bien. Bonne nuit, Martin. - Bonne nuit.
Teresa.
Bonne nuit.
Tenez.
J'aimerais que vous preniez ceci.
- Je vous en prie, prenez-la. - Qu'est-ce que c'est?
Sainte Thérèse, ma protectrice.
Adressez-lui vos prières. Et quand vous le ferez, pensez à moi.
Elle est plus solide qu'elle en a l'air.
Dieu soit avec vous.
Avec vous aussi.
Pas celui-ci. Je veux une monture, pas une haridelle.
Je ne pensais pas que tu te ferais prendre.
Tu aurais dû savoir que je ferais surveiller l'hacienda.
- Tu as quelque chose à dire? - Je préfère économiser ma salive.
Ca m'aurait déçu que tu me supplies de t'épargner.
- C'est un pur-sang, major. - Belle bête.
- Combien? - 300 pesos.
Ton avis, gaucho?
Ce cheval est mal conformé.
Il boitera de l'antérieur droit dès qu'il galopera.
J'ai acheté cet étalon la semaine dernière. N'allez pas croire...
Que tu essaies de me rouler? Je m'y attendais.
Comme je m'attendais à la franchise du gaucho.
Ce serait dommage de t'exécuter.
C'est aussi mon avis.
Je t'estime plus que tu ne t'estimes toi-même.
Je ferai de toi un soldat.
Sergent Gomez!
Doucement, je ne veux pas qu'il soit écartelé. Alors, à l'aise?
J'ai connu pire.
Quand tu en auras assez, appelle-moi.
Faites donc un rapport.
Mais je pense que le ministère approuvera ma décision.
- De le torturer? - J'aurais dû l'exécuter.
Qu'espérez-vous obtenir?
Un soldat discipliné qui m'obéira comme il obéirait à Dieu.
Si je lui parlais, je pourrais peut-être le raisonner.
Vous pouvez toujours essayer.
Soldat, de l'eau!
Mon frère!
- Que fais-tu ici? - Ne parle pas, écoute-moi.
Le major m'a expliqué le bien-fondé de sa décision.
Tu es d'accord?
- Je réprouve la torture, mais... - Ecoute-moi.
A partir de maintenant... si je survis...
je ne me battrai que pour moi.
Compris... mon frère?
Pour les gauchos.
Ton père a dit...
avant de mourir:
"Des ennuis s'annoncent."
Trouvez un chef.
"Si vous n'en trouvez pas... devenez-en un."
Devenez-en un...
Rien à faire.
On rentre à l'hacienda!
Halte ou je tire!
- Où est mon cheval? - On ne l'a pas vu. Fiche le camp!
Pauvre cheval, c'est le seul ami...
La voie est libre.
Donne-moi ton couteau.
- Ne fais pas l'imbécile! - Ton couteau!
Le tien aussi.
Attendez-moi dehors.
C'est un imbécile, mais c'est un vrai gaucho.
Qui est-ce?
Je me suis suffisamment reposé.
Vous m'aviez dit de vous appeler.
Maintenant, c'est de la mutinerie.
C'est un combat à la loyale, major. Prenez ce couteau.
Tu me surprendras toujours.
Tu crois vraiment que je vais me battre avec toi comme un soûlard?
Prenez ce couteau!
Désolé, gaucho. Je ne voulais pas te tuer, mais je n'ai pas le choix.
Martin! Par ici!
- A vos ordres! - Penalosa! Rattrapez-le...
Va chercher le chirurgien! Appelez le lieutenant!
Eh, l'éclaireur!
- Alors, tu l'as aperçu? - Non.
S'il a pris cette direction, on l'a dépassé.
- On ne l'a pas dépassé. - En avant!
Soldat?
Je suis aussi gaucho.
Louée soit Marie...
Que t'est-il arrivé?
Un serpent a fait peur à mon cheval.
Il m'est tombé dessus. Ma jambe...
Je m'appelle Valverde...
- Des nouvelles? - De mauvaises nouvelles.
Ils ont abandonné les recherches.
- Cela ne veut pas dire... - Il allait vers le désert.
Ca fait trois jours. S'il est encore en vie, c'est un miracle.
Il n'est pas mort, Miguel.
J'ai prié pour lui jour et nuit.
Dieu n'est pas si cruel.
Si Martin a besoin d'un miracle, Il lui en enverra un.
Les mois passant, une rumeur se répandit dans la pampa:
Des gauchos hors-la-loi auraient attaqué leurs ennemis.
Parmi eux, des gauchos en conflit avec les autorités civiles
et des déserteurs.
Et de plus en plus, on murmura le nom d'un nouveau chef:
Valverde.
Bonjour mon frère. Où conduis-tu tous ces étrangers?
Construire le chemin de fer.
Le chemin de fer? Et toi? Tu n'es pas étranger.
L’Anglais paie en or et je suis pauvre.
- Attention, le contremaître! - Eh, toi!
Déguerpis! Tu n'as rien à faire ici!
Écoutez-moi!
Nos couteaux ont soif.
Mais nous t'étancherons leur soif que si vous revenez.
Dites-le à vos frères et à vos amis.
Et aux gens du chemin de fer quand ils vous offriront de l'or.
Si on vous demande qui vous a dit ça, dites que c'est Valverde.
Rien à l'horizon?
Non. Les étrangers ne sont pas près de remontrer leur sale museau ici.
As-tu déjà vu les sauterelles noircir la pampa
et ne plus laisser un seul brin d'herbe en surface?
Ces hommes sont pareils.
Quand les sauterelles sont parties, l'herbe repousse,
le bétail engraisse et le gaucho a de la viande.
Ils ne partiront jamais et le gaucho mourra de faim.
Notre époque est révolue, Falcon.
- Sais-tu ce que je pense, l'ami? - Quoi?
Je pense que tu devrais te trouver une "chica".
Le chef Old Rosas a une fille belle comme le jour...
Va donc manger! Je fais le guet.
- Je te ramène quelque chose. - Je n'ai pas faim.
C'est ici.
- Laissez-moi vous aider. - Je me débrouille très bien seul.
Attends ici.
Pardonnez mon intrusion. Permettez-moi de me présenter:
Je suis le chef de la police.
Je m'appelle Salinas.
Vous me remettez.
Depuis que l'armée m'a réformé, j'ai de nouvelles fonctions.
- Je vous en prie, asseyez-vous. - Merci.
J'irai droit au but.
Que pouvez-vous me dire de Martin Penalosa?
Il est mort.
C'est ce que tout le monde croit.
Jusqu'à il y a peu, j'en étais moi-même convaincu.
Avez-vous entendu parler de Valverde?
- Le hors-la-loi? - Oui.
Qu'a-t-il à voir avec Martin?
Probablement rien.
Mais le vrai Valverde est un homme d'une cinquantaine d'années,
bien connu à Cordoba.
C'est un homme sans instruction, un rustre.
Valverde, le hors-la-loi, est beaucoup plus jeune.
Il est intelligent, instruit, sans pitié.
Et il est apparu peu après la disparition de Martin Penalosa.
Cela pourrait être n'importe qui.
Pas n'importe qui.
Peu de gauchos auraient pensé à faire ce que Valverde a fait.
Brillant stratège, grand meneur d'hommes.
Pourquoi êtes-vous venu?
Nous avons tous les deux des raisons différentes
d'espérer qu'il soit en vie.
Pardonnez-moi de vous avoir dérangée.
Ca pourrait marcher.
- Tia Maria, tu as du sang gaucho. - Par la grâce de Dieu.
As-tu entendu parler de Valverde?
- Qui n'en a pas entendu parler? - On dit qu'il a beaucoup d'amis.
- Je ne sais rien. - Tu ne sais pas mentir, Tia Maria.
Tu mens, n'est-ce pas?
Le major Salinas avait raison. C'est Martin.
Tia Maria! Essaierais-tu de le protéger de moi?
Ne vois-tu pas où est le véritable danger?
Peux-tu le joindre? Lui faire passer un message?
Je peux peut-être faire mieux que ça.
Espérons qu'ils connaissent vraiment le chemin.
Regardez!
- Valverde! - Attends!
Maintenant!
Bonjour, major.
Vous ne vous souvenez pas de nous?
Si, très bien. Deux déserteurs qui seront repris et fusillés.
Venez! Valverde a deux mots à vous dire.
Et moi aussi. Et Julio aussi. Pas vrai, Julio?
Je commets toujours l'erreur de te sous-estimer.
Alors, gaucho, tu n'as rien à dire?
Julio va parler pour moi.
La dernière fois, il était question d'un combat à la loyale.
Les temps changent. Valverde est moins regardant.
Qu'est-ce que tu attends?
Tu crois que je vais te supplier de m'épargner?
Non, ça me décevrait.
Au risque de te décevoir, je vais le faire.
Je te supplie de m'épargner.
Vous tenez donc à la vie?
Tu ne m'as laissé qu'un bras, mais il peut tenir un revolver.
Je veux vivre pour t'avoir un jour dans ma ligne de mire.
Et je te promets, si tu es assez bête pour m'épargner,
que ce jour viendra.
- Pas avec ce revolver, major. - Peu importe.
- Tu ne le tues pas? - Non!
Mais tu l'as entendu!
Oui, je l'ai entendu.
Il est plus courageux avec un bras que certains avec deux.
Je te suis reconnaissant mais tu fais une erreur.
On verra bien.
Vous avez une longue route devant vous.
Dieu soit avec vous.
Le diable soit avec toi.
Bandez-leur les yeux et conduisez-les au camp.
Je ne vous ai pas demandé de venir.
- Alors je m'en vais. - En sachant où est notre camp?
Si vous ne me faites pas confiance, bandez-moi les yeux.
Je fais confiance à la vieille femme, la belle-mère d'Anselmo.
Merci de lui faire confiance.
Je vous en prie, je voudrais partir.
Moi, donnez-moi une de ces Indiennes
qui ne demandent qu'à être battues trois fois par jour.
Bonjour.
Bonjour.
Vous avez eu mon message?
Si leur gouverneur veut des troupes, qu'il écrive au ministre.
Vous êtes député, vous êtes sur place à Buenos Aires,
et étant donné les circonstances...
Quelles circonstances, major?
Une jeune femme a été kidnappée.
Quinze jours qu'on est sans nouvelles. Cela fait scandale
et alimente les spéculations quant à votre position.
Ma position n'est dictée que par ce que je considère être mon devoir.
Je comprends très bien.
Très bien. J'informerai le ministre
que la police locale est incapable de s'occuper de quelques bandits.
Merci.
- Je vous suis très reconnaissant. - Un instant!
Ce sont des hors-la-loi, mais aussi des Argentins
et des patriotes, à leur manière.
Capturez-les si possible sans bain de sang afin qu'ils soient jugés.
- Je comprends. - J'espère bien!
Le père Fernandez a été notre instituteur, à Miguel et à moi.
Bonjour mon père.
- Vous ne me reconnaissez pas? - Si.
Tu es de l'hacienda de Don Sylvano.
- Tu es Martin. - Et voici la señorita Chavez.
- Je vous connais de nom. - Pouvez-vous nous marier?
Je serais ravi de marier Martin, mais Valverde c'est autre chose.
- Vous êtes gaucho. - Je devrais donc défier la loi?
C'est l'affaire de Dieu, pas celle de la loi.
Tu as du sang sur les mains!
Dieu m'est témoin, j'ai toujours été loyal.
Qui t'a jugé loyal? Dieu, dont tu invoques si librement le nom?
Mon père!
Il a tué, c'est vrai, mais il n'est pas mauvais.
Savez-vous qu'il finira contre un mur?
Je sais que je l'aime.
Moi pas! Dois-je aussi lui pardonner ses péchés?
- C'est le devoir d'un curé... - Vous êtes pire que lui.
Au moins, il n'essaie pas de m'apprendre mes devoirs.
Eh toi!
Veux-tu arrêter? On ne s'entend plus penser avec tout ce bruit.
Mais vous avez raison. Je ne peux pas refuser de vous marier.
- Maintenant? - Il faut d'abord te confesser.
Enlève ça.
Attendez ici.
Depuis combien de temps tu ne t'es pas confessé, gaucho?
Environ trois ans.
Ca va prendre un peu de temps.
J'ai entendu. Des troupes fédérales qui vont vers les montagnes.
Ils ne nous chercheront pas ici.
Un étui à revolver de l'armée? Il y a beaucoup de vols.
Eh, toi! Ce sont tes chevaux?
- Oui, lieutenant. - Tu as un revolver de l'armée?
Eh bien? Tu as perdu ta langue?
Capitaine!
Désolé, mon père. Viens!
Colonne... halte!
Tu es ma femme!
Les troupes fédérales.
Mon vieil ami, pardonne-moi de t'avoir entraîné là-dedans.
En traversant les montagnes, on arrivera au Chili
avant que la neige ne bloque les cols.
Les Indiens nous fourniront des mulets.
Il y a du travail pour un gaucho au Chili. On se mariera là-bas.
Et je te promets que mon couteau restera dans son étui
jusqu'à la fin de mes jours.
J'aurais dû prévoir que ce serait trop dur pour toi.
Ce n'est pas ça, Martin. C'est autre chose.
J'aurais dû t'en parler avant.
Je pensais le faire une fois en sécurité au Chili.
Teresa... Un enfant?
- Tu es content? - Quel homme ne le serait pas?
- Allons-y. - Non, on n'y arrivera pas.
- Mais... - Il faut faire demi-tour.
J'ai des amis chez les Indiens.
On pourra peut-être aller au sud, où il n'y a personne.
On campera ici cette nuit.
Il est tard, il faut dormir.
Tu as prié pour nous?
Pour celui qui ne peut pas prier.
- Notre enfant? - Ce ne sera pas notre enfant.
Je priais pour notre pardon.
- Parce qu'il n'aura pas de nom? - Comment en aurait-il un?
Si on doit vivre parmi les sauvages. Sans curé.
Il sera baptisé. On retournera voir le père Fernandez.
On ne pourra pas, ils te tueront! Ils te cherchent partout.
Ils me cherchent depuis longtemps. La police et la moitié de l'armée.
- Ils ne m'auront jamais. - Mais tu ne peux pas...
Dors, maintenant.
On fera demi-tour dès qu'il fera jour.
Nous sommes désormais entre Tes mains.
Protège-la. Elle ne T'a jamais fait de tort.
Les blanches.
Pour ton mariage.
Je suis sûr qu'il est ici.
Il y a un enterrement. Attends-moi ici.
Un instant, sergent.
Excusez-moi.
Au poste de police, vite!
- Il faut que je le voie. - Désolé, il est en train de prier.
Conduisez-moi à lui ou il priera à vos funérailles.
Qu'est-ce que c'est?
Qui ose élever la voix ici?
Quitte cet endroit. On ne veut pas de violence ici.
Mon père!
Je suis bien tel que vous le dites.
Mais ne me renvoyez pas avant de m'avoir écouté.
Pas Valverde. Martin.
Très bien, Martin. Parle.
Recule! N'as-tu donc aucun respect?
Avez-vous vu un homme? Un gaucho?
Emmenez-la!
Martin, sauve-toi! Par là!
Protégez-la!
- Oui. Dépêche-toi! - Je la contacterai.
Vous êtes dans la maison de Dieu!
Entrez!
Entre, Miguel.
- Où est Martin? - Je ne sais pas.
Je viens de chez le père Fernandez. Il m'a tout raconté.
Où est-il, Teresa? Tu ne l'aideras pas en mentant.
Je suis allé voir le gouverneur.
Si Martin se rend maintenant, sa peine n'excédera pas trois ans.
Vu les circonstances, c'est une offre clémente.
- Trois ans? - Il devra payer sa dette.
Mais ensuite, il sera libre.
Complètement libre. Tout sera effacé.
Tu ne le connais pas. Au début, moi non plus.
Mais maintenant que j'ai vécu avec lui, comme sa femme,
je crois que je le comprends un peu mieux.
Il n'est pas comme nous.
Pour lui, la liberté n'est pas une vue de l'esprit.
Elle coule dans ses veines, elle fait partie de lui!
On ne peut pas plus le mettre en cage
que le vent de la pampa.
Laisse-moi lui proposer ça directement.
Laisse-moi lui donner le choix.
S'il ne se rend pas de son plein gré, ils le traqueront.
Salinas y veillera. Dis-moi où il est!
- Je ne peux pas! - Alors tu le condamnes à mort.
- Donne-moi du temps... - Salinas ne perdra pas de temps!
Si tu l'aimes vraiment, Teresa...
- Tu le protégeras de Salinas? - Evidemment!
Personne ne le saura?
Fais-moi confiance.
Mais tu sais que s'il refuse tes conditions,
je l'attendrai, j'irai où il voudra
et je vivrai la vie qu'il aura choisie pour nous,
quelle qu'elle soit, si brève soit-elle.
Je comprends.
Il est sur tes terres avec le vieux Florencio.
Au camp près de la rivière.
L'endroit que vous appelez Santa Helena.
Merci. Tu ne le regretteras pas.
Suivons-le de loin.
Il est là?
- Comment m'as-tu trouvé? - Aucune importance. Ecoute-moi.
C'est ta dernière chance.
Sergent.
Restez avec votre groupe. Les autres, avec moi!
Pense à Teresa et à ton futur enfant. Est-ce qu'ils seront libres?
- Je m'occuperai d'eux. - Comment?
En les condamnant à vivre traqués et à te voir un jour abattu?
Tu veux construire ce simulacre de liberté sur leur vie en ruines?
- Trop tard. Voilà tes amis! - Martin, attends!
Il est parti devant!
Je savais que tu viendrais!
Miguel est mort.
Je sais. Florencio est venu me le dire hier soir.
Il t'a dit comment il était mort?
Il était né gaucho.
Il est mort en gaucho.
Petit, il adorait voir le soleil se lever sur la pampa.
Il disait que c'était Dieu qui nous montrait le paradis.
Maintenant, il y est.
Tu es épuisé.
J'ai chevauché toute la nuit pour réfléchir.
Pense à toi, maintenant.
C'est ce que j'ai fait.
Et je n'ai pas aimé ce que j'ai pensé.
Un par un, je les ai détruits.
Tous mes amis.
Parce que j'ai été un idiot incapable d'écouter
et de comprendre.
Miguel a essayé de me parler.
Toi aussi.
Même Salinas a essayé, à sa façon.
C'est vous qui aviez raison.
- J'avais tort. - Inutile de te fustiger.
Le passé est passé. Il faut penser au présent.
Salinas va savoir que tu es ici.
- Il faut que tu partes. - Pour aller où?
D'abord en ville. J'ai des amis qui nous cacheront
jusqu'à ce qu'on prenne le bateau pour le Brésil ou l'Europe.
- As-tu toujours peur? - Pour toi.
Miguel n'avait pas peur.
La dernière chose qu'il m'a dite,
ses derrières paroles ont été:
"On ne construit pas sa liberté sur les ruines de la vie d'autrui."
Il voulait dire qu'aucun homme n'est libre
de détruire ceux qu'il aime.
Voilà ce que tu vas faire:
À midi, viens à la cathédrale. Seule.
- Où vas-tu? - Fais-moi confiance. Sois-y!
Vous m'avez fait appeler, mon père?
Etes-vous croyant, major?
Je me considère comme tel.
Alors, vous savez que Dieu nous a appris
que la miséricorde est la plus grande des vertus.
Vous êtes curé, je suis soldat.
Et un soldat ne peut pas pardonner à ses ennemis?
- Il y a des choses impardonnables. - C'est vrai.
Personne ne peut être aussi fort qu’il l'a été.
Nous sommes humains et donc faibles.
Vous vouliez me faire un sermon sur mes faiblesses?
Non, major. Pour vous donner une chance de prouver votre force.
Tout comme Martin prouve la sienne.
Il vient ici de son plein gré.
- Sans arme et sans compagnon. - Pourquoi?
Parce qu'il le doit à ses amis qui sont morts pour lui.
Voilà une raison qu'un soldat devrait comprendre.
Il n'y a rien d'autre à ajouter, major.
C'est à vous de décider.
Eh bien, gaucho?
Je viendrai avec vous après la cérémonie.
Je peux attendre.
Major, je...
Que personne n'oublie, major, que je l'ai épousée en homme libre.
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