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Monsieur, le temps est compté Partez, je vous en conjure,
ils vont vous arrĂȘter
Apporte-moi des chandelles, je vais travailler tard cette nuit
- Mais monsieur - Et un verre de vin comme d'habitude
Il fallait bien que ce monde change
mais la révolution est devenue terreur
et Ă mon tour, je vais ĂȘtre emportĂ©.
Les certitudes rendent les hommes aveugles et fous.
Elles peuvent dĂ©vorer leur cĆur et les changer en BĂȘte.
C'est en l'an 1764
que la BĂȘte apparut sur nos terres et les fit siennes.
Un an plus tard,
sa renommée dépassait les frontiÚres de notre province,
et l'on commençait à penser que nul mortel n'en viendrait jamais à bout.
Sous ses assauts,
le pays de Gévaudan s'enfonçait peu à peu dans les ténÚbres...
Qui va lĂ ?
Qu'a-t-il fait ?
- Qu'a-t-il fait ? - C'est un voleur !
Et elle ?
Sa fille ! Foutue sorciĂšre !
Je suis guérisseur J'ai soigné leurs chevaux, ils refusent de me payer !
Ne l'écoutez pas, ils n'ont pas de parole !
- Les chevaux ont-ils guéri ? - Oui
Allez, file
Bienvenue au pays de la BĂȘte, Seigneurs !
Gare aux piĂšges Ă loups !
Le Chevalier Grégoire De Fronsac
et l'homme que l'on appelait Mani n'étaient ni chasseurs ni soldats.
Naturaliste au jardin du roi,
il avait une réputation bien établie
de libertin et de bel esprit.
Quant Ă celui qui le suivait comme son ombre,
c'était un étranger et l'on ne savait rien de lui.
à la nuit tombée, les deux hommes arrivÚrent au chùteau du Marquis d'Apcher
qui leur offrit asile
aussi longtemps que durerait leur mission.
Nos gens n'auraient pas peur d'un simple loup
La BĂȘte est diffĂ©rente
Elle fuit les hommes comme si elle savait devoir les craindre,
mais n'épargne ni femme ni enfant
- L'avez-vous jamais vue ? - Non
Alors comment savez-vous qu'il s'agit d'un seul animal ?
Ceux qui lui ont survĂ©cu en font le mĂȘme portrait
La bĂȘte est plus grande qu'un loup Elle ne craint pas les armes
Je comprends votre scepticisme, Fronsac
Pas plus que vous, je ne crois aux dragons,
mais j'ai fait établir pour vous
un mĂ©moire sur les crimes de la bĂȘte
Vous jugerez par vous-mĂȘme
Grand-pĂšre m'a dit que vous avez combattu les Anglais en Nouvelle-France
Oui ! J'y étais parti pour étudier les animaux et la nature
et je suis revenu avec des blessures et le grade de capitaine
J'ai fait ouvrir un hĂŽpital pour les victimes de la BĂȘte,
dans un ancien prieuré
C'est une femme de LorciĂšres
Elle rentrait de la foire quand la BĂȘte l'a attaquĂ©e
Deux hommes l'ont secouru La BĂȘte s'est sauvĂ©e,
mais a emporté la moitié de son visage
Dites-moi Chevalier Comment se porte M Buffon ?
Et comment se porte Paris ?
Et L'lngénu ? Vous avez lu L'lngénu ?
Il est un peu tard pour parler philosophie
Vous avez raison Parlons théùtre !
Vous connaissez des comédiennes ? Que donne-t-on au théùtre cet hiver ?
Vous pouvez poser lĂ
On dit qu'elles sont galantes
J'ai lu que certaines offrent leurs charmes
Racontez-moi
Voilà de quoi satisfaire ta curiosité
Le Mercure de France !
Ici, nous n'avons que le Courrier d'Avignon !
- Je vais te montrer la salle - Il va dormir ici
TrĂšs bien Bonsoir, Chevalier
Ce n'est pas Versailles, mais son vin est bon !
Grosse comme une vache
Jacques a vu de nombreux loups
L'animal qui l'a attaqué n'en est pas un
Son museau était allongé, ses dents ont des couteaux
- Si c'était pas un loup, c'était quoi ? - Un Diable !
Chevalier ! La BĂȘte a attaquĂ© une fille du cĂŽtĂ© de Saint-Alban
LĂ !
Du calme, il n'y a personne !
Halte lĂ !
Qu'est-ce qu'ils fichent ici ? Fils de putains !
Bonjour, capitaine
Monsieur le Marquis ! Je vous présente mes respects
Prenez garde ! Il y a des piĂšges partout !
Duhamel, voici le Chevalier Grégoire De Fronsac, du Jardin du Roi
Il veut regarder de prĂšs le corps de cette malheureuse,
avec votre permission, bien sûr
C'est donc vous qui avez brutalisé mes hommes !
Je savais pas qu'ils agissaient sur vos ordres
Ce n'est pas le cas
Vous avez bien fait et je vous présente mes excuses
Mes soldats ne sont pas d'ici, ils connaissent la guerre, pas la chasse
Prenez garde, on lui a vidé les entrailles pour y fourrer du poison !
Quelle sorte de jardinier ĂȘtes-vous ?
Quand vous aurez tuĂ© la BĂȘte,
le roi veut qu'elle soit ramenée et étudiée à Paris
Je dois en faire le portrait sitĂŽt aprĂšs la chasse
J'essaye de la connaĂźtre
Avec une telle mĂąchoire, cette bĂȘte doit peser 500 livres
Cette fois, je vais l'avoir,
avant les premiĂšres neiges
Si tout le monde vient, nous l'aurons
- L'avez-vous déjà vue ? - Une fois
Une fois en 13 mois je l'ai au bout du fusil
Je l'ai touchée, parole
Je l'ai vue s'effondrer et ressusciter
On l'a perdue au Mont Mouchet Elle s'est évanouie dans les bois
Est-ce qu'elle ressemblait à ça ?
Elle avait une raie noire sur le dos, avec des piquants
Mes amis, je vous présente l'auteur de ces esquisses,
le Chevalier Grégoire de Fronsac,
homme providentiel, puisqu'il vient de Paris pour
Croquer la BĂȘte !
Son Ăminence, l'ĂvĂȘque de Mende
Monseigneur le Duc de Moncan
Monseigneur le Comte de Morangias
et Madame la Comtesse,
leur fils Jean-François qui a voyagé lui aussi
- Belle patte, Monsieur ! - Merci, Monsieur
M Laffont, notre intendant
le pÚre Henri Sardis, curé de Saint-Alban
Alors, racontez-nous, Monsieur Parle-t-on de la BĂȘte, Ă Paris ?
- On en fait mĂȘme des chansons ! - On devrait dire des priĂšres !
Le capitaine aura besoin de l'aide de Dieu ?
Qui pourrait s'en passer ?
Duhamel est juste bon à déguiser ses soldats en filles !
Pour attirer la BĂȘte !
Duhamel fait ce qu'il peut
Je vous trouve bien indulgent
Duhamel est un incapable !
Ses battues épuisent nos gens, ses soudards dévastent nos terres
- Mais la BĂȘte, elle, court toujours ! - Certes !
Par Dieu, si c'est Ă payer Duhamel que sert l'impĂŽt que je verse Ă Paris,
j'aimerais mieux le donner Ă mes valets !
- Qu'en pensez-vous ? - Vous n'ĂȘtes pas obligĂ© de rĂ©pondre
M le Duc aime la chicane, mais c'est un bon chrétien
Quand vous ĂȘtes arrivĂ©, l'assemblĂ©e Ă©tait Ă me rabattre les oreilles
avec le Bon Dieu, le saint-frusquin
Il paraßt que le pape a envoyé un espion pour déterminer
si la BĂȘte Ă©tait oui ou non une manifestation du Diable !
Excusez-moi
De Morangias
Difficile, Chevalier, trĂšs difficile
Les beaux partis s'y sont cassé les dents !
- Qui est le futur Ă©dentĂ© ? - Des ForĂȘts Auteur de théùtre
- Alors, ce sera facile - Attention ! C'est une Morangias
Bonjour, nous devisions
- Maxime Des ForĂȘts ? - Oui
Quel joie de vous rencontrer Les bons auteurs sont rares
Le marquis d'Apcher m'a parlé de vous
Il désire un mémoire et il pense à vous
Vous croyez ?
Il est de bonne humeur C'est le moment
Mais faites cela finement, n'ayez l'air de rien
Surtout, attendez qu'il vous en parle
Mademoiselle, excusez-moi
- Vous n'avez pas honte ? - Par Dieu Non !
M le naturaliste, notre pays est à votre goût ?
Je n'ai pu qu'en entrevoir les beautés Tout du moins une
Est-ce ainsi qu'on parle aux jeunes filles, Ă la Cour ?
Non C'est un couplet que vous réservez aux innocentes de province
Je fréquenterais la Cour si on y rencontrait des filles comme vous
On va servir, Chevalier Allons dĂźner
Je ne vous quitte plus
Nous remontions le Saint-Laurent depuis 12 jours lorsque nous ramenĂąmes
le plus étrange animal que j'aie vu
Les Indiens m'ont parlé de leurs poissons sacrés
mais j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une légende
J'avais devant moi un poisson
Ă la forme et Ă la taille d'une truite
mais dont le corps était recouvert d'une fourrure noire comme le jais !
Un truite velue ? Monsieur, vous vous moquez !
Non, monsieur
Salmo trutta dermopila, du Canada
C'est doux comme de l'hermine
- La Nature est extraordinaire ! - L'eau doit ĂȘtre bien froide
Cela prouve que l'impossible est parfois possible
Bien dit
Découverte qui a dû valoir les honneurs du Jardin du Roi !
Mais, je doute que Monsieur les mérite !
Je dois vous reconnaßtre un talent pour la comédie !
Si j'avais deux mains, j'applaudirais !
- Veuillez l'excuser - Votre fils a raison, M le Comte,
cet animal n'existe pas
Mon maĂźtre embaumeur, au Jardin, est un homme habile
Pardonnez-moi cette farce
La morale de votre histoire est qu'il n'y a pas de BĂȘte en GĂ©vaudan
et que nous sommes des imbéciles ?
La morale de ma fable :
on a jamais vu de monstres que dans les livres, les poĂšmes
Les mensonges apparaissent parfois comme vérités
Prenez garde On finirait par ne plus savoir de quoi vous parlez
Et d'ailleurs, qu'ĂȘtes-vous ? Naturaliste ou philosophe ?
Ou pire comédien !
Je crois que M le Chevalier est surtout parisien !
Assez parlĂ© de cette bĂȘte : elle dĂ©vore que des vilains !
Si nous faisions des devinettes ? Des impromptus ?
Je viens de composer un petit compliment amoureux La Comtesse me permet
- Si ça n'est pas licencieux - Non !
C'est un compliment chaste, pur
C'est sans Ă©tude Ăa m'est venu comme ça
Ăa s'intitule Au loup, au loup.
"Je n'y prenais pas garde Tandis que sans songer Ă mal, je vous regarde
"Votre Ćil en tapinois frappe en mon cĆur un coup
"Au loup, au loup, au loup !"
Vous reverrai-je bientĂŽt ?
Avez-vous d'autre animal Ă me montrer ?
Vous avez sur moi une idĂ©e bien arrĂȘtĂ©e Permettez-moi de la changer
Essayez !
- Venez-vous Ă la battue de Duhamel ? - Certainement
Je vous l'interdis, ma fille C'est bien trop dangereux
L'obéissance est la premiÚre vertu des jeunes filles bien nées
Ce jeune homme a raison !
Ce jour-là eut lieu en Gévaudan
la plus grande battue jamais organisée dans le Royaume...
Le Roi offrait une prime de 6000 livres Ă qui tuerait la BĂȘte...
Aux paysans, aux gens d'épées, aux soldats,
s'ajoutĂšrent des chasseurs, des aventuriers.
Quelques heures durant, nous oubliĂąmes que c'Ă©tait la BĂȘte qui nous traquait.
Vous avez une carte et un point de ralliement Le mouvement commence Ă 7h00
Je vous remercie
Vous pouvez, capitaine ! Mes gens ont autre chose Ă faire !
Votre générosité est à la mesure de votre courage
Assez, Duhamel J'espĂšre que cette fois nous l'aurons !
C'est une certitude, M le Duc
Qu'est-ce que c'est que ce raffut ?
Belle arme, n'est-ce pas ?
Je l'ai fait faire par un armurier de Mende
Vous comprendrez qu'il me faille du sur mesure
Tenez, regardez, mĂȘme Ă Paris, vous trouverez pas de telles balles !
Je les fonds moi-mĂȘme
De l'argent ? Vous craignez les loups-garous ?
Non, mais j'aime signer mon coup de fusil
Je suis un chasseur, c'est une passion qui m'a déjà coûté
Que vous est-il arrivé ?
Disons que j'ai appris que certains fauves demandent plus d'une balle
Et quoi que dise Sardis, il faut plus que des priĂšres pour soigner la gangrĂšne
- C'est un ours qui vous a blessé ? - Un lion
Un lion ?
Oui, deux ans dans la marine m'ont fait beaucoup voyager
Vous ne connaissez pas l'Afrique
Messeigneurs Ma fille est cause de tout cela
Je vous l'amĂšne Punissez-la comme bon vous semble
- SorciÚre ! - Démon !
Oui, c'est la fille du Diable !
- Regardez-là , c'est le démon ! - Elle est malade
Elle n'est pas possédée !
Le Mal ! La marque du Diable !
- SortilÚge ! - On devrait la brûler !
EmpĂȘche-la d'avaler sa langue Elle Ă©toufferait
Elle n'est pas possédée
Je sais
Naturaliste, philosophe et mĂȘme rebouteux !
Bravo !
Elle n'est pas venue Vous me devez un louis !
Marquis !
Et les indigĂšnes ?
Des bĂȘtes superstitieuses, comme partout Comme ici
Les indiens mangent le cĆur de leur proie pour s'approprier leur force
Sont-ils des brutes pour autant ?
En Afrique, c'est celui de leurs ennemis qu'ils dévorent
M le Comte, il faut demander Ă vos gens de se rabattre vers l'Est
Tiens, vous voilĂ !
Madame votre mĂšre va se faire du souci
Elle s'en fait toujours Si je l'écoutais, je serais déjà au couvent
Vous me croyez pas, vous ĂȘtes un libertin
On n'est pas libertin quand on aime
Vous aimez ?
C'est ridicule ! Nous ne nous connaissons mĂȘme pas !
Vous pensez que je parle de vous ?
Il faudra lui apprendre Ă monter comme une dame
Il n'y a pas de mal Ă son age Ă faire un peu d'exercice !
- Mon pĂšre ne voit le mal nulle part - Mon fils voit le mal partout !
Des gens sont morts, ici
Comment le sais-tu ?
J'entends leurs cris
Mani, arrĂȘte avec ça
Il a raison Il y avait ici une commanderie templiĂšre
Lors de l'incendie, 25 hérétiques ont brûlé vif
Il serait donc devin ?
Nul besoin d'ĂȘtre devin
Il suffit d'observer
Petite fille, je venais jouer ici avec mon frĂšre
Vous n'aviez pas peur ?
Il disait qu'il me protégerait des fantÎmes
Vous n'aimez donc pas la chasse ?
Est-ce un crime, dans ce pays ?
Les Indiens disent que dessiner quelqu'un, c'est voler son Ăąme
Vous vous intéressez aussi à mon ùme ?
Que fais-tu Ă pied ? Tu veux te faire estropier ?
C'est ma faute
Je ne vous demande rien
- Qu'est-ce qui vous a pris ? - Il s'agit que d'un loup !
- Et si c'Ă©tait la BĂȘte ? - Je ne crois pas, Marianne
Merci
J'espĂšre pour vous que la BĂȘte est l'un de ces loups !
En tout cas, ceux-lĂ ne mangeront plus personne
Quel singulier personnage !
- OĂč l'avez-vous dĂ©nichĂ© ? - En Nouvelle-France
C'est un Comment dit-on un Acadien ?
C'est un Indien Un Iroquois de la tribu des Mohawks
Un Indien ? Un vrai ? Il n'a pas l'air de tout d'un Indien
Soyez avec nous ce soir Ă Saint-Alban Nous nous amuserons avec votre valet
Il n'est pas mon valet
- Alors que diantre est-il ? - C'est mon frĂšre
Tout de mĂȘme ! Comment avez-vous pu mĂȘler votre sang Ă celui de ce sauvage ?
On ne regarde pas comme sauvage celui qui partage votre malheur
Grùce à Mani, j'ai pu échapper à la bataille de Trois-RiviÚres
Je les croyais cannibales, ces animaux-lĂ
Comme vous pouvez le voir, Intendant, Mani n'est pas un animal
Pourrais-tu te reproduire avec une femme de notre race ?
Toutes les femmes ont mĂȘme couleur quand chandelle est Ă©teinte
Et oui, mon pĂšre, ils ont mĂȘme de l'esprit !
Ils ont couché avec des blanches, eu des enfants
Nous somme de la mĂȘme espĂšce
C'est vite dit ça C'est un peu comme les nÚgres, finalement
Qu'en pensez-vous, Sardis ?
Votre frÚre de sang est-il une créature de Dieu
- Il a été baptisé ? - Il ne me l'a pas demandé
Bonne raison ! Vous ĂȘtes de votre temps !
Mani a ses propres croyances
Chez lui, il était une sorte de curé, pourrait-on dire
Ils ont des curés ? Ils sont perdus !
Quelles sont au juste leurs croyances ?
Les Mohawks pensent qu'Ă chacun correspond un esprit animal : un totem
C'est amusant, mais je comprends pas
Mani ?
Tu veux bien ?
N'ayez pas peur, ce n'est pas douloureux
Caribou C'est une sorte de cerf
Oui, un cerf Et qu'en pensez-vous, ma femme ?
Suis-je un cerf Ă cause des cornes ou Ă cause d'une autre partie ?
Et mon cher Thomas, quel est son totem ?
Rat Rat de bibliothĂšque, probablement
Serpent
Serpent ?
Pour les Indiens, le serpent incarne la sagesse
Serpent sage
Et vous, Intendant ?
Un sanglier
Déridez-vous, Laffont
Chez ces barbares, les cochons symbolisent peut-ĂȘtre la noblesse !
Bon alors Ă qui le tour ? Sardis !
Non ! Non !
Et moi ? Que suis-je ?
Un demi-lion ?
Une moitié d'aigle ?
Allez, transforme moi-en lézard, que mon bras repousse
Jean-François, ça suffit
Qu'est ce qu'il y a ? Je ne suis pas de bon goût ?
Laisse-moi, laisse-moi, laisse-moi
Mademoiselle, voudriez-vous ?
Pardonnez-moi, mais je suis lasse de vos tours.
Je me retire avant que vous vous mettiez Ă jongler ou Ă danser.
Bonsoir.
Ăa vous changera les idĂ©es.
C'est la meilleure maison de Mende,
et on y dort mieux qu'Ă l'auberge.
Elles sont toutes Ă vous, Messieurs.
Et nous avons une nouvelle, trĂšs, trĂšs...
Mon petit marquis !
Viens.
Je coûte cher, Grégoire De Fronsac.
- Nous nous connaissons ? - Vu d'ici, le Gévaudan est tout petit.
Italienne ?
Si. De passage dans ce beau pays.
J'ai de l'argent...
Il ne s'agit pas seulement d'argent...
Alors ?
Veni con mi !
- Qui t'a fait ça ? - Une flÚche iroquoise.
Ton cĆur n'Ă©tait pas loin.
Je suis peut-ĂȘtre un homme chanceux.
Et ça ?
Un ours.
Il ne m'appréciait guÚre.
Tu n'as encore rien vu.
Je fais un métier dangereux.
Tous les hommes n'ont pas tes façons.
Cela te fera un souvenir de moi.
Non, mais c'est un scandale ! Dans ma maison !
- Qu'est-ce que c'est ? - Je ne couche pas avec les sorciers !
- Quoi ? - Il a des serpents sur le corps.
Mais notre réputation, il faut y aller !
Ce n'est rien, notre ami est un Indien, pas un sorcier !
- Pas d'Indiens ! - Tes putains sont délicates !
Allez, les filles. Qui veut aller avec M. Peau-Rouge ?
Allons, je double la prime !
- Moi, J'aime bien ses dessins. - Et voilĂ , tout s'arrange.
Alors, comme ça, tu es sorcier ?
Tu feras mon portrait ?
Si tu n'es pas sage.
Des semaines passĂšrent
sans que les soldats de Duhamel ne trouvent la BĂȘte.
C'était le troisiÚme hiver que nous allions passer sous son rÚgne,
et la neige, le froid ne l'arrĂȘteraient pas plus que nos fusils et nos chiens.
Souvenons-nous des menaces que Dieu faisait
par la bouche de Mose :
"Je viendrai à vous comme une ourse à qui on a dérobé ses petits !
"Je dévorerai vos enfants comme un lion et j'arracherai leurs entrailles.
"J'enverrai contre vous la BĂȘte farouche, qui vous consumera,
"vous et vos troupeaux,"
"et fera de vos chemins des déserts."
Jusqu'Ă quand, Seigneur, serez-vous en colĂšre ?
Une victime par cierge.
Croyez-vous vraiment que nous sommes au temps de la raison ?
Miséricorde !
Je demande pardon !
Miséricorde !
Bénissez-moi !
Que se passe-t-il, mon fils ?
Dieu m'a puni pour mes péchés. Mes petits ont disparu au Mont Mouchet !
Je suis maudit ! Nous sommes tous maudits !
Rassemble tes gens, nous partons sur-le-champ.
Préviens Mani, je vous retrouve sur la route.
Marianne !
Bonsoir, Monsieur L'ami-des-loups.
J'ai quelque chose pour vous.
J'aimerais vous voir, Marianne. Seule.
Dans dix jours, ma mĂšre va faire retraite et mon pĂšre sera en cure.
- Dix jours ? - Je ne suis pas aussi libre que vous.
AmĂšne la torche.
AmĂšne la torche !
La tempĂȘte se lĂšve. Nos gens sont fatiguĂ©s.
Nous ferions mieux de rentrer.
Non. Nous allons chercher la fille.
J'ai trouvé l'enfant !
Les piÚges que vous avez posé ont pris plus de paysans que de loups.
Vos hommes se sont livrés à des exactions sur la population.
Et depuis votre battue, le loup a tué 12 fois.
Je ne comprends pas. Il n'aurait pas dû nous échapper.
Comment ?
Jamais il aurait dû nous échapper.
Et vous, Chevalier,
savez-vous devant quelle sorte de loup nous sommes ?
Ma seule certitude, c'est qu'il ne s'agit pas d'un loup.
Les loups attaquent rarement les hommes. J'ai pu les observer en Nouvelle France.
Ces loups ne sont peut-ĂȘtre pas de la mĂȘme trempe.
Un loup enragé attaquerait n'importe qui.
Avec la rage, il crĂšve dans les deux semaines,
et voilĂ deux ans que la BĂȘte saigne vos campagnes.
J'ai vu des blessures que le loup n'aurait pu commettre.
Et j'ai trouvé tantÎt, dans le corps d'une victime
ce morceau de métal.
- Et alors ? - Et alors ?
Aucun animal n'a des crocs de fer.
La BĂȘte n'est donc pas un animal. Soit.
Dites-nous comment la capturer.
Pendant que nous spéculons, elle tue nos gens.
Je crois qu'il nous faut écouter M. de Fronsac avec une grande attention.
Ainsi donc Chevalier, selon vous,
la BĂȘte ne serait pas un animal ordinaire
mais nous pensons tous la mĂȘme chose,
et pour ma part, je suis heureux que vous conveniez
de son caractĂšre surnaturel.
Je ne conviens de rien, mon pĂšre. Je n'ai que des doutes.
Chevalier, avez-vous autre chose Ă dire ?
Non, messieurs.
Messieurs, j'ai reçu ceci de Paris.
Capitaine Duhamel, le roi a été informé de l'inefficacité de vos tentatives.
Il m'a demandé de vous relever de vos fonctions.
Vous et vos hommes rejoindrez votre régiment de Langogne sans délai.
Le sieur Beauterne, porte-arquebuse du roi, est en route.
Sa Majesté l'a chargé de tuer ce loup féroce,
et il est seul habilité à chasser sur le diocÚse.
Messieurs !
Vous m'avez donc pardonné ?
J'étais curieuse de connaßtre mon totem. C'est comme ça qu'on dit ?
Je dirais...
une sirĂšne.
Vous n'ĂȘtes donc jamais sĂ©rieux. Je demanderai Ă votre Peau-Rouge.
Et la BĂȘte ? L'avez-vous enfin aperçue ?
Non.
Vous ne voulez pas en parler ?
Je n'ai que des suppositions absurdes
qui me feraient passer pour fou !
Si je vous disais que la BĂȘte est constituĂ©e de chair et de fer mĂ©langĂ©,
qu'elle est douée de raison, et qu'elle a le don de disparaßtre à volonté,
que penseriez-vous ?
Que l'air d'ici vous fait croire Ă des chimĂšres.
C'est Ă croire qu'elle me fuit !
Vous ĂȘtes lĂ depuis trois mois et vous voudriez en avoir terminĂ© !
Croyiez-vous qu'elle allait se rendre Ă votre vue ?
Peut-ĂȘtre que vous lui faites peur ?
Suis-je donc si effrayant ?
On savoure mieux une victoire qui nous a coûté.
Jean-François m'a dit que vous vouliez partir en Afrique.
C'est qu'un rĂȘve de naturaliste qui en a assez de l'hiver.
Vous, n'avez-vous pas envie de découvrir d'autres horizons ?
Les filles d'ici ont plus de devoirs que d'envies.
Vous voyez Sardis, sur les remparts ?
Il vous surveille ?
Non, il veille sur moi.
Seule avec vous, Dieu sait ce qui pourrait m'arriver.
Rentrons, notre curé va attraper froid.
Bonsoir, Chevalier !
- Tu es amoureux ? - Je ne sais pas.
Moi je sais.
Les cartes ?
Pour toi, je n'ai jamais eu besoin d'elles.
Alors, buvons.
Ă Mademoiselle de Morangias !
- Comment ? - Son frÚre était là l'autre soir.
Tu as couché avec lui ?
Lui, coucher ? Il ne supporte pas qu'on le touche !
Il regarde, il boit.
Quand il a beaucoup bu, il parle en dormant,
comme tous les hommes.
Je parle dans mon sommeil ?
Et que dis-je ?
"Encora !"
"Encora !"
Sais-tu comment les Florentines gardent leurs maris Ă la maison ?
Non.
Elles leur donnent chaque matin
un poison lent,
et chaque soir son antidote.
De sorte que le mari qui découche
passe une bien mauvaise nuit.
Tu n'a pas besoin de cela ?
Non.
Et puis, nous ne sommes pas mariés.
Place à Antoine de Beauterne, porte-arquebuse de Sa Majesté,
venu dĂ©livrer le pays de la BĂȘte !
- Je suis Grégoire de Fronsac. - Oui ! L'envoyé de Buffon !
L'embaumeur-naturaliste.
De Beauterne loge chez l'Intendant. Il vous attend lĂ -bas Ă 14h00.
Sa Majesté m'a demandé mon avis sur votre rapport.
Une fable bien compliquée que tout cela.
Je crois, moi, que la BĂȘte est un loup.
Je partirai en campagne demain.
Je ne souhaite pas que vous veniez avec moi.
Pourquoi cela ?
Le roi m'a chargé de l'affaire
et me laisse gérer la chose tout seul.
Je n'ai plus besoin de vous.
Il y a sur la table une lettre signée par le comte de Buffon
et notre bien-aimé roi.
Je suis Ă ses ordres. Mais il ne s'agit pas d'un loup.
J'ai déjà lu votre mémoire.
Ne vous mettez plus en peine de cette BĂȘte.
Je m'en occupe.
Vous pouvez disposer.
Viens, viens, viens...
"C'est une femme de LorciĂšres.
"Elle rentrait. La BĂȘte l'a attaquĂ©e."
"On l'a perdue au Mont Mouchet, elle s'est évanouie."
"La BĂȘte a attaquĂ© une fille de Saint-Alban !"
"Dieu m'a puni pour mes pĂȘchĂ©s, mes petits ont disparus au Mont Mouchet."
"Je ne crois pas aux dragons."
"Son museau est allongé et ses dents ont des couteaux."
"Ma seule certitude, c'est que ce n'est pas un loup."
- "C'est pas un animal ?" - "Un loup attaquerais."
"Mais comment la capturer ?"
"Aucun animal n'a des crocs de fer."
Venez tout de suite.
Je l'ai vu !
Il versait du poison, en prononçant des invocations sataniques !
Dieu sait depuis quand ça dure !
LĂąchez-le !
Il s'agit d'un remĂšde indien.
Seules nos priÚres peuvent la délivrer !
Mais, elle n'était...
Un miracle !
Dis-moi, qu'est-il arrivé à ton frÚre ?
- Un homme avec la BĂȘte ! - Elle ne sait pas ce qu'elle dit.
Oui ! La BĂȘte est morte !
Dix balles, elle ne s'en est pas remise !
On a apporté votre nécessaire. Mettez-vous au travail sans tarder.
- Ce n'est pas la BĂȘte ! - Au travail. M. de Beauterne va arriver.
- Ce n'est pas la BĂȘte. - Il faut attendre.
Je n'aime pas tes façons.
Bonjour, chevalier. Laisse-nous.
Alors ? Ma BĂȘte ne vous revient pas ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Cet animal n'est pas la bĂȘte.
Sa mĂąchoire est plus large que celle-ci !
Vous avez ce qu'il faut.
Comment ?
Je ramĂšne la BĂȘte Ă Paris.
Je n'ai que ce loup. Vous allez m'en fabriquer une.
- Vous espérez faire croire au roi ? - Mais non !
J'exĂ©cute Sa volontĂ©. Vous devriez faire de mĂȘme. Ce serait sage.
Vous me menacez, Monsieur ?
Ă mon Ăąge, allons donc. Vous savez qui je suis.
Vous ĂȘtes trop intelligent pour qu'on vous menace.
Si vous le faites, le roi sera reconnaissant.
Sinon, il sera trÚs contrarié.
Vous avez tout ce qu'il faut ? Je compte sur vous.
Ă tout Ă l'heure.
Bonsoir, chevalier Ă la triste figure.
Tu ne te réjouis pas de rentrer à Paris ?
La BĂȘte est morte, tu devrais ĂȘtre content.
Tu veux que je te dise un secret ?
J'en fais collection !
Beauterne n'a tué qu'un loup. C'est un imposteur.
Et moi je suis son complice.
Allez buvons Ă nos petites trahisons !
Tu n'as rien vu.
Vous n'ĂȘtes plus le bienvenue au chĂąteau.
Tu vas dire Ă Mlle de Morangias que je suis lĂ !
- Je vous ai dit... - Quand on parle du loup !
Mon fils et moi causions justement de vous, Monsieur.
C'est votre fille que je suis venu voir.
- Cela est impossible. - J'insiste !
Laisse-le entrer, mĂšre.
Fais attention Jean-François. Tu sais comment cela finit.
Laisse-nous !
Chevalier, Marianne est souffrante.
Je ne comprends pas.
Pourtant, Fronsac, vous n'ĂȘtes pas Ă©tranger au mal qui la ronge.
OĂč est-elle ?
Suivez-moi !
Vous ĂȘtes bon de venir me visiter.
Mademoiselle, que se passe-t-il ?
Je dois retourner Ă Paris Il ne tient qu'Ă vous.
Je vous souhaite bon voyage !
Je vous avais prévenu !
Vous m'avez naguÚre offert un présent
et je vous en rends deux. Pour votre collection.
On m'avait prévenue contre ceux de votre espÚce.
Ceux de mon espĂšce
ne condamnent point les gens sans les avoir écouté.
J'ignore comment ça a été fait, que je vous explique.
Ne vous donnez pas ce mal.
Ne rendez pas ce moment plus difficile qu'il ne l'est.
Convenez que vous n'Ă©tiez pas un homme pour ma sĆur,
et restons-en lĂ , mon ami, sans rancune.
Croyez-vous qu'elle restera votre garde-malade toute sa vie ?
N'ĂȘtes-vous pas heureux de pouvoir quitter notre beau pays entier ?
Ils auraient pu vous rosser pour l'avoir regardée.
Les temps changent.
Pas partout, en tout cas, pas ici.
Je suis désolé.
Me frapperez-vous aussi si je vous demande de sortir ?
Adieu.
Ne regrette rien, il ne te méritait pas.
En ce jour, je voudrais remercier le Chevalier de Fronsac.
du jardin du roi
La BĂȘte du GĂ©vaudan n'est plus, grĂące Ă lui.
Mais c'est avant tout, grùce à Votre Majesté.
Qu'on se le dise,
en votre personne réside la puissance souveraine,
seul un animal pouvait l'ignorer,
mais cet animal n'est plus.
Je n'ai que peu de mérite, en vérité.
Investi de votre puissance, je n'ai eu qu'à paraßtre dans le Gévaudan
pour que la BĂȘte rende les armes !
Que signifie cette mascarade ?
Beauterne exécute les ordres reçus. Nous devons tous le faire.
- Quels ordres ? - Les miens.
Fronsac, je vous présente M. Mercier,
Conseiller spécial de Sa Majesté, chargé des Affaires Intérieures.
Il a eu l'idée d'envoyer Antoine de Beauterne en Gévaudan.
C'est Ă vous qu'on doit cette victoire sur la BĂȘte ?
Vos scrupules vous honorent, mais il s'agit de raison d'Ătat.
Avez-vous lu ceci ?
Vous ne le trouverez plus en librairie, gardez-le.
Vous l'avez fait interdire ?
On y bafouait l'autorité du roi.
Nous avons attendu, Ăa devenait gĂȘnant. Les gens sont crĂ©dules.
Si je comprends bien, mieux vaut mentir que de laisser dire des mensonges.
La vérité, c'est trÚs compliqué.
Pour gouverner, il faut aller au plus simple.
Plus de BĂȘte, plus de problĂšme.
- Elle va continuer Ă tuer. - On va l'oublier.
C'est ça qui compte.
Fronsac, j'oubliais, Sa Majesté tient à vous remercier pour tout.
Elle sait que vous désirez explorer l'Afrique.
Dans six mois, une goélette partira de Nantes vers le Sénégal.
Si vous le désirez, vous serez du voyage.
Bien entendu, nous ne reparlerons jamais du Gévaudan.
Bien, Fronsac ?
Marianne de Morangias ?
Madame, je ne crois pas vous connaĂźtre.
Nous avons toutes deux un ami en commun.
Que faites-vous ici ?
Inutile de vous cacher,
votre parfum n'est pas celui d'une dame.
Grégoire de Fronsac n'a jamais aimé qu'une seule femme...
C'est votre nom qu'il prononçait dans son sommeil.
Il va bientĂŽt partir. Pour un long voyage.
Peu m'importe.
Quand vous reverrez Fronsac, ne lui dites rien de notre rencontre
ou vous le perdriez pour de bon.
Qui était-ce, ma fille ?
Personne.
Celle-lĂ , dans la cale avec les autres.
Celle-ci et celle-ci dans ma cabine. Attention, c'est fragile.
Bonjour, Chevalier !
Marquis !
Quel bon vent.
Pas si bon que ça.
Deux jours aprÚs votre départ, tout recommençait.
Le roi n'envoie plus de soldats. On ne trouve plus de volontaires.
Je n'y peux rien. J'ignore comment l'attraper.
Pour ĂȘtre franc, ce n'est pas Ă vos talents que je songeais.
Mani a bien retrouvé la petite !
Une chasse, Fronsac ! Une seule ! Retour dans un mois !
Impossible. Le roi nous défend de retourner en Gévaudan.
- Il n'en saura rien. - Détrompe-toi.
La tranquillité du roi vaut-elle tous ces sacrifices ?
Tu ne me feras pas changer d'avis.
- Vous voulez parier ? - La derniĂšre fois, tu as perdu.
J'aurais aimé ne pas devoir vous convaincre,
enfin, c'est de Marianne.
Et Mani ?
Mon ami !
Comment vas-tu ?
- Nous repartons en chasse, Mani. - Nous le ferons à ta façon.
Alors, bonnes nouvelles ?
Les meilleures du monde, Marquis...
Dans le Gévaudan, les crimes continuaient.
Mais officiellement, la BĂȘte Ă©tait morte.
Ce qu'il advint en vérité n'est pas dans les livres d'histoire.
On s'est bien gardé de l'ébruiter.
Il nous souhaite la bienvenue ?
Il veut nous aider.
Partez au chĂąteau.
Je vous retrouverai plus tard.
Qu'est-ce que c'est ?
Tu connais la maison des Roulier ?
C'est tout droit. C'est la derniĂšre maison du village.
Je te présente Jeanne, ma nourrice :
Grégoire de Fronsac.
Pierre, va donc chercher du vin.
Ma mĂšre me surveille. On sait peut-ĂȘtre que tu es de retour.
Au diable ta famille, je t'arracherai Ă eux.
Je ne supporte plus ma mÚre, ni Jean-François.
Je veux partir loin d'ici.
Dans une semaine, je t'emmĂšne Ă Paris.
Pourquoi attendre ?
Je repars en chasse. Je l'ai promis au Marquis.
Tu étais pas revenu pour moi ?
Non ! attention !
Marianne, sauve-toi ! Doucement, sans courir.
Approche ! Regarde-moi.
Viens lĂ , toi ! Viens lĂ !
Allez, viens lĂ !
Allez !
Sauve-toi, Marianne !
Qu'est-ce qui se passe ici ? Ouvrez ! Pierre !
Mon Dieu !
Dites-moi, pensez-vous vraiment que nous allons trouver cette BĂȘte ?
Je nous imaginais plus nombreux.
Mani sait ce qu'il fait. C'est un homme que je chasse.
Un homme ?
La BĂȘte n'est qu'un instrument aux mains d'un esprit malade...
- Un assassin agirait secrĂštement ! - Tu as raison.
Le premier mystĂšre de la BĂȘte est sa cĂ©lĂ©britĂ©.
Son maĂźtre veut qu'on parle d'elle. Il lui faut faire peur.
Comment cela ?
Ce livre s'est vendu partout.
Il dit que la BĂȘte est venue punir le roi de son indulgence envers les philosophes.
- Sornettes. Qui a Ă©crit cela ? - Ăa, Je l'ignore.
Mais la BĂȘte a un maĂźtre et je le veux.
Finalement, ton arme sera peut-ĂȘtre utile...
Si c'est toi qui la porte !
Et toi, Mani,
tu vas prendre laquelle ?
Mani n'aime pas les armes Ă feu.
Trop de bruit... Trop de fumée... Mauvaise odeur !
Tout se passera bien, grand-pĂšre !
Vous inquiétez pas. On a tout préparé.
- Racontez-moi les Amériques. - Les Amériques...
Vous n'y retournerez pas ?
Je n'ai pas que de bons souvenirs.
Et Mani ? Sa tribu ne lui manque pas ?
Sa tribu n'existe plus.
Quand nous avons attaqué son village, la variole l'avait déjà décimé.
Nous avons eu l'ordre de tuer les survivants.
les femmes mais aussi les enfants.
Seul Mani en a réchappé.
- Comment ? - Mon chef voulait un interprĂšte mohawk.
Je lui ai appris notre langue.
Et trois semaines plus tard, il égorgeait le Capitaine.
Pourquoi vous ne l'avez pas dénoncé ?
Vous savez comment il livrait bataille ?
Il donnait aux éclaireurs draps et linges sales des hÎpitaux de Québec.
Les Iroquois achetaient, et trois semaines aprĂšs, nous finissions le travail.
- C'est ainsi qu'on fait la guerre ? - C'est ainsi que nous l'avons perdue !
OĂč est-il passĂ© ?
- Il est allé parler aux arbres. - Aux arbres ?
Les arbres parlent !
Les Blancs ne savent pas écouter, et pas voir...
Voir quoi, Mani ?
Tu veux apprendre ?
- Qu'est-ce que c'est ? - Une hostie Indienne !
à tes risques et périls, Marquis...
- Qu'est-ce que cela fait ? - Ăa dĂ©pend des gens.
Les Indiens disent qu'on voit ce qui ne peut ĂȘtre vu.
Alors, Mani ?
La BĂȘte est dans la forĂȘt... Les loups nous aideront.
Je ne vois pas plus.
Cette nuit, nous danserons la danse du sang.
Et la BĂȘte viendra Ă nous avec le soleil.
Cela ne me fait rien, cela ne me fait...
Cette nuit-lĂ , Mani invoqua les esprits de la forĂȘt
dans une langue que le Chevalier de Fronsac lui-mĂȘme ne comprenait pas.
Et les loups leur amenĂšrent la BĂȘte.
Ne t'en fais pas, va, je vais t'arranger ça.
Ăa va aller, ma belle, je vais te soigner.
Je vais m'occuper de toi.
Thomas s'est endormi. Il s'en est fallu de peu.
Je suis désolé pour l'Indien.
Qu'est-ce qui se trouve lĂ ?
Quelle est cette demeure ? J'ai besoin de savoir !
C'est un domaine. Un domaine de chasse.
Chevalier... Il faut vous reposer.
DĂ©pĂȘchez-vous, il y a le feu !
Il est lĂ ! Tuez-le ! Tous !
Fronsac revint auprĂšs du corps de Mani.
Sa vengeance Ă©tait loin d'ĂȘtre assouvie.
Mais selon la coutume indienne,
c'est aux lueurs de l'aube qu'il devait aider son ami Ă rejoindre ses ancĂȘtres.
Qu'est-ce que vous voulez ?
Le sang n'a que trop coulé sur ces terres.
Vous risquez le pire si vous ne quittez le pays.
Je ne partirai pas, j'ai une affaire à régler.
Vaut-elle que vous y laissiez la vie ?
Depuis quand savez-vous ?
Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Allons Sardis, Comment ?
Comment en est-on arrivé à ça ?
Personne ne vous croira.
Allez-vous en, Sardis.
Dieu vous garde.
Et que le Diable vous emporte !
Vous ĂȘtes en Ă©tat d'arrestation.
Par les pouvoirs qui me sont conférés,
suivez-nous sans résistance.
C'est ridicule.
- Chef ! Une dame veut vous voir. - Plus tard ! Ce soir !
Allez, debout ! T'as de la visite, lĂ !
- Je ne suis plus au secret ? - Ăa dĂ©pend pour qui, mon gars.
Désolée.
AmÚne donc à souper à ton invité.
- Comment ? - J'ai beaucoup d'obligés...
Tu dois m'aider. Il faut que j'écrive au roi !
MĂȘme si je t'aidais, tu serais pendu avant qu'il ait ta lettre.
Non ! Je n'ai pas encore été jugé.
Allez !
- Que sais-tu de la BĂȘte ? - C'est un animal dressĂ©
recouvert d'une cuirasse. Je l'ai blessé.
Depuis quand t'intéresses-tu à ça ?
Il y a deux ans,
une lettre confidentielle de Sardis a été remise au Pape.
Elle annonçait la constitution d'une société secrÚte,
ayant pour but, disons, de faire entendre
et de dĂ©fendre par tous les moyens la parole de l'Ăglise :
"Le Pacte".
Sardis... Il se servirait de la BĂȘte ?
La BĂȘte est un avertissement lancĂ© au Roi :
tenez compte du pouvoir de Dieu ou vous risquez l'Apocalypse.
Les conjurĂ©s se nomment eux-mĂȘmes les Loups de Dieu.
Le Pacte Ćuvre pour l'Ăglise ?
Sardis ne travaille que pour lui. Les LumiĂšres l'ont rendu fou.
Et Rome n'a aucun contrĂŽle sur son organisation.
Toi, pour qui travailles-tu ?
Ceux qui m'emploient me paient pour qu'on ne le sache pas.
Et toi ? Tu en sais bien assez...
Mademoiselle de Morangias ! Que me vaut cet honneur ?
Comment se porte la Comtesse ? Je vous en pris, asseyez-vous !
Et votre pĂšre ? Toujours en cure ?
Cet homme-lĂ aime trop la bonne chair !
Intendant, vous avez fait arrĂȘter Fronsac.
Oui, qui aurait cru qu'un homme comme lui tomberait si bas.
- Il n'est ni brigand ni assassin. - Ah bon !
Ăcoutez, le Chevalier avait sĂ»rement ses raisons.
Ses hommes avaient peut-ĂȘtre tuĂ© cet Indien.
Mademoiselle, ça n'a rien à voir !
Quand bien mĂȘme, on ne venge pas un sauvage avec le sang d'un chrĂ©tien.
Je veux lui rendre visite.
C'est impossible !
TrĂšs bien.
Nous verrons ce que l'on pense de ça à Paris !
Vous ne comprenez pas,
Fronsac est décédé
dans la nuit...
De toutes façons, on l'aurait pendu.
Si on y réfléchit, il a eu de la chance.
Il était sous votre responsabilité.
Il s'est peut-ĂȘtre Ă©touffĂ©.
à moins qu'il ait attrapé la peste.
Vous mentez ! Vous mentez tous !
Soyez courageuse ma fille, c'est la volonté de Dieu.
Marianne, viens.
- Je vais te ramener. - Mlle de Morangias doit se reposer.
- Non ! Laisse-moi ! - Tu ne peux plus rien pour lui.
Il sent déjà mauvais. Enterrons-le et oublions de mettre un nom sur sa tombe.
Elle a menacé de prévenir le roi. Cette fille, elle est dangereuse.
On enterra GrĂ©goire de Fronsac le soir mĂȘme,
avant que la nouvelle de sa mort ne fut arrivée à Paris.
Nul ne savait au juste quels secrets il emportait dans la tombe.
Depuis quelques jours, la BĂȘte ne tuait plus,
mais la disparition brutale de son plus acharné adversaire
avait des airs de sombre présage.
Andiamo.
DĂ©pĂȘchez-vous.
Je m'accuse mon pÚre, parce que j'ai péché.
Pardonnez-moi.
Marianne ! Jour et nuit je pense Ă elle !
J'entends son cĆur battre Ă chaque instant !
Je veux qu'elle soit à nos cÎtés, Sardis !
- Le Seigneur te mets à l'épreuve. - Vous ne savez pas ce que j'endure.
Il y a ces images...
il y a ces images damnées qui me viennent sans cesse !
Délivrez-moi, mon pÚre !
Délivrez-moi, je vous en supplie !
Au mal qui te ronge, il n'est qu'un remĂšde.
Non !
Non, ne boit pas, petite sĆur.
Ils veulent te tuer,
mais je les en empĂȘcherais.
Mais qui, Jean-François ?
Qui ?
Nous allons partir, Marianne. Juste toi et moi.
- Tu aimerais l'Amérique ? - Jean-François...
Tu m'as fait souffrir, tu sais, mais je te pardonne.
Je t'en prie, qu'est-ce que tu fais ?
Reste !
- Tu crois que je veux te faire du mal ?! - Ne t'approche pas.
Marianne, j'ai besoin de toi.
Tu m'as sauvé quand j'étais malade, et personne d'autre.
C'est ton visage que j'ai vu aprĂšs mes cauchemars.
Tu as chassé mes démons.
J'ai tout fait pour te garder.
Je t'en supplie, ne me repousse pas...
Pourquoi ?
Je te dégoûte ?
Tu ne me fait pas peur. Sors d'ici.
C'est à cause de ça ?
Ne t'inquiĂšte pas,
désormais, c'est moi qui m'occuperai de toi.
Regarde,
personne ne le sait, que Sardis et moi.
Va-t'en ! Sors d'ici !
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Tu n'es pas mon frĂšre.
C'est quelqu'un d'autre qui est revenu d'Afrique.
C'est vrai ! Mais c'est Ă cause de toi que je suis parti.
Marianne, sans toi, rien de tout cela ne serait arrivé.
Tout cela ?
C'est ton odeur, c'est ta sale odeur que cette BĂȘte a senti sur moi.
Oui !
Nous sommes du mĂȘme sang, Marianne, du mĂȘme sang.
Quand pĂšre reviendra, il te tuera !
Et si c'Ă©tait moi qui le tuais ? Depuis le temps qu'il nous gĂȘne...
Vas-y ! Fais le, vas-y...
Pourquoi tu l'as pas fait ?
Ce n'est pas difficile ! Regarde.
- ArrĂȘte ! - Alors, tu m'aimes ?
Marianne...
Marianne, je t'aime !
FrĂšres, le Seigneur me l'a fait savoir,
la BĂȘte va revenir,
annonçant le retour de nos valeurs dans le Royaume en décadence,
et de la France nouvelle qui va renaĂźtre,
nous serons les princes invisibles, car Dieu est avec nous.
Le peuple n'a encore rien vu de la colĂšre de Dieu !
L'injuste censure du roi
va se heurter Ă la terreur de la populace.
Et quand celle ci sera Ă son comble,
alors nous pourrons proposer un marché au roi.
S'il n'a pu en soumettre une,
imaginez, frĂšres, ce qu'il pourrait faire si de toutes les provinces
surgissaient d'autres BĂȘtes...
L'heure approche oĂč nous allons rĂ©colter ce que nous avons semĂ©.
Lisons le livre de Malachi
"Les lĂšvres du prĂȘtre seront les dĂ©positaires de la Science,
"c'est de sa bouche que l'on approchera de la connaissance de la loi
car il est l'Ange du seigneur des armées".
"Si quelqu'un adore la BĂȘte ou son image,
"celui-lĂ boira le vin de la colĂšre de Dieu,
"et il sera tourmenté dans le feu et le souffre,
"devant les Anges
"et la fumée de ses tourments s'élÚvera dans les siÚcles des siÚcles !"
Je suis revenu vous nommer devant Dieu !
Pierre-Jean Laffont ! GeneviĂšve de Morangias !
Maxime des ForĂȘts !
Gontrand de Moncan ! Henri Sardis !
Jean-François de Morangias !
Amen !
Feu !
Bougre de fils de putain, vous ĂȘtes en Ă©tat d'arrestation !
Tout fantĂŽme que tu es,
je vais te couper en deux.
Tu n'as plus besoin de retenir tes coups.
Je n'en avais pas l'intention.
Trop tard, Fronsac, La BĂȘte est immortelle maintenant.
Elle, peut-ĂȘtre. Pas toi.
- Sardis t'a dressĂ© comme la BĂȘte. - Comment as-tu su ?
Tu signes d'une balle d'argent.
Marianne ! Regarde !
Marianne n'est pas lĂ , pauvre fou !
Tu nous a unis Ă jamais, Chevalier !
Alignez-moi-les en rang, les gars !
Pour qui vous prenez-vous ?
Regardez-moi ça !
On fait moins les fiers, à présent.
OĂč tu vas ? Allez !
Allons, pressons !
- Il est mort. - Maintenant c'est sûr.
Et Sardis ?
OĂč qu'il aille, nous le retrouverons ! Ou la montagne se chargera de lui.
Et si nous fĂȘtions dignement notre succĂšs ?
Tu m'as déjà tué une fois.
C'était pour mieux te ressusciter.
Je pourrais te présenter à Rome. Tu viendrais avec moi ?
Trop tard...
Je t'aime bien, Fronsac. Tu me fais oublier tous mes devoirs.
Va-t'en, avant que je change d'avis.
- Marquis que se passe-t-il ? - C'est Marianne...
Je l'ai faite emmener chez nous. Elle se meurt
Sortez ! Dehors ! Allez-vous-en ! Tous !
Marianne ! Réveille-toi !
Marianne !
Marianne ! Pardonne-moi.
Je t'aime !
Bien des années ont passé, mais Grégoire de Fronsac
et Marianne de Morangias n'ont jamais quitté ma mémoire.
Le monde qui avait crĂ©e la BĂȘte est en train de mourir
et je dois me hĂąter, car mon histoire, elle aussi,
touche Ă sa fin.
Je me revois encore, accompagnant le Chevalier
au repaire secret de Jean-François de Morangias,
oĂč la BĂȘte attendait sa derniĂšre heure.
Le vieux guérisseur nous raconta tout ce qu'il savait.
Jean-François avait rapportĂ© d'Afrique une bĂȘte Ă©trange
qui avait mis bas.
Il n'avait gardé qu'un seul petit. Le plus fort.
Avec patience et cruauté,
il l'avait dressĂ© Ă ĂȘtre le plus mĂ©chant.
Ainsi mourut le BĂȘte du GĂ©vaudan.
Et moi, Thomas d'Apcher,
je suis sans doute le dernier à savoir toute la vérité.
Le Chevalier me proposa de le suivre en Afrique.
Mais le pays était à reconstruire,
je me devais Ă mes gens, Ă mes terres.
J'ai souvent songé à Grégoire et à Marianne,
durant toutes ces années qui m'amenÚrent doucement vers la vieillesse.
Je ne les ai jamais revus,
mais je me plais à croire qu'ils vécurent heureux,
loin d'ici...
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