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(Transcribed by TurboScribe.ai. Go Unlimited to remove this message.) Alors la journée classique c'est, on va

arriver, on va faire quelques passages dans le

quartier pour montrer qu'on est présent, en

sachant où est-ce qu'il y a

des endroits susceptibles qu'il y ait des

vols à arrache.

On va faire un tour, on va faire

quelques prises de contact auprès des commerçants pour

savoir comment ça se passe, si c'est

détendu, s'ils n'ont pas eu de

soucis particuliers.

Puis ensuite essayer de faire un flagrant délit

de trafic de stupéfiants ou d'infractions à

la législation sur les stupéfiants, ou à des

jeunes qui peuvent se retrouver pour des règlements

de comptes et être sur place pour éviter

que ces règlements de comptes aient lieu à

la sortie de collège ou des choses comme

ça.

Prenez les UTEC, ça a été créé, l

'algo Marie a créé les unités territoriales de

quartier.

C'est une pseudo police de proximité qui

a été déguisée, puisque maintenant il ne faut

plus remplir ce terme.

Mais les policiers qui sont affectés aux UTEC

vont travailler aux UTEC pour l'instant en

vieillet parce qu'il faut réinvestir le diamant,

mais c'est compliqué pour eux.

C'est compliqué pour eux de réinstaurer un

dialogue avec des gens qui depuis des années

ont vu de l'état un désert complet.

Donc mettez-vous la place de ces policiers

-là.

En plus, très peu de ces policiers sont

d'origine parisienne.

Donc ils arrivent dans ces services, ils découvrent

un monde qui leur est complètement hostile.

L'idée c'est de créer une patrouille,

assez solide psychologiquement je pense, pour occuper la

place sur les quartiers difficiles.

Sans pour autant qu'il y ait forcément

des violences ou des tirs de flash ou

etc.

Notre but c'est de faire de la

présence et vraiment interpeller les gens qui créent

un trouble dans un quartier parce que sur

un millier de personnes qui peuvent vivre dans

un quartier, il y a peut-être quoi,

10 personnes qui créent un trouble à l

'ordre public ou qui dérangent les gens ou

qui vont faire du tapage.

C'est une minorité.

Mais il faut le savoir ça.

Pour le savoir, il faut y avoir vécu.

A partir du moment où il y a

vraiment de gros soucis, bien évidemment il faut

réinstaurer l'ordre républicain.

Mais à partir du moment où l'ordre

républicain est instauré, je pense que l'action

de la police c'est de renouer le

dialogue avec les gens.

Là actuellement, avec la police de proximité c

'était le cas.

Depuis 2002, c'est assez compliqué.

Donc je pense qu'il y a une

surenchère actuellement.

Et encore une fois, je mets de côté

les quartiers vraiment très très très difficiles où

là c'est, on parle plus de dialogue,

où là il faut vraiment réinstaurer parce qu

'à l'intérieur de ces quartiers très très

compliqués, il y a des gens qui habitent

dans ces quartiers qui ne peuvent pas déménager,

qui subissent.

Donc je pense surtout à ces gens-là.

Mais à partir du moment où on a

réinstauré l'ordre républicain, je pense qu'il

faut mettre une dose de prévention, une dose

de proximité, de police de proximité.

Alors, il ne faut plus employer ce terme

parce que ce n'est plus à la

mode, on l'appellera comme on veut, c

'est de la sémantique et puis à la

limite on s'en fout.

Mais il faut à un moment donné donner

les moyens à la police de renouer le

dialogue avec la population.

On peut y arriver, je pense qu'on

pourra y arriver avec cette police de proximité.

Il y a plusieurs entretiens et il faut

un certain nombre d'années d'expérience pour

pouvoir rentrer dedans.

Et puis lors de ces entretiens en général,

maintenant parce qu'il est poussé un peu

plus, il se sent tout de suite si

l'individu est mûr ou pas.

Parce que c'est bien de mettre des

policiers dans les quartiers difficiles, mais si on

mettait tous les chiens fous, les jeunes de

18 ans qui n'ont pas d'expérience

de vie, qui arrivent, et qui ont envie

d'interpeller à tout va, d'aller au

contact à tout va, ça ne sert à

rien.

Au contraire, on ne va faire qu'envinimer

les choses.

Et nous sommes là pour servir et protéger

les gens.

Et maintenant les gens ne le comprennent plus,

ils ont plus l'impression que nous sommes

là pour les violenter, pour leur donner des

contraventions, etc.

Alors qu'on n'est pas là pour

ça.

Vous êtes affecté sur le 93, vous avez

l'impression d'être frappé d'une condamnation

sociale, où c'est compliqué pour sauver, c

'est compliqué si vous avez des enfants, l

'action de votre travail est compliquée, les conditions

de travail se dégradent.

On ne vous demande plus, parce que c

'est là où c'est plus compliqué, donc

on vous demande toujours d'en faire plus,

toujours de travailler plus.

Ce n'est pas simple.

Là où je travaille, il y a le

recrudescence des vols à l'arrache, des vols

à la portière.

Et qu'est-ce qu'on peut y

faire pour fermer ces choses ?

Être présent, ça c'est clair.

On essaie de le faire.

Mais interpeller quelqu'un, en faire un grand

délit de vols à l'arrache, ce n

'est pas facile à faire.

Et pour que ça puisse se faire, il

faudrait par exemple noter des planches, faire une

surveillance discrète, et au moment où la personne

va commettre le délit, lui tourner dessus.

Et on ne demande que le résultat.

Donc on n'a pas le temps pour

ça.

Et depuis 2002, les autorités ont décidé de

mettre l'accent sur le tout sécuritaire.

Alors, c'est valable pour la lutte contre

la délinquance, c'est valable aussi, à l

'époque c'était une priorité nationale, la lutte

contre l'insécurité routière.

Il y avait trop de morts sur les

routes, et c'est tant mieux, plus on

baissera.

Ces deux ans, on ne va jamais arriver

à zéro mort.

À un moment donné, il fallait arrêter les

cartons de bain.

Mais là aussi, le tout sécuritaire routier à

ses limites, on voit bien que les gens

en ont marre un peu.

En région parisienne, c'est tout fait de

radars automatiques, alors ça va être le radar,

ça va être le téléphone portable, ça va

être la ceinture, ça va être le contrôle

technique, ça ne s'arrête jamais.

Donc nous, le message qu'on fait passer,

c'est attention, le coup de collier, je

reviens à ce que je disais tout à

l'heure, le coup de collier, à force

de trop demander, on en reste pas moins

des humains.

Et c'est nous, surtout en bout de

chaîne, qui sommes confrontés.

Donc voilà, ça devient très compliqué.

On va nous demander de faire un minimum

de contraventions, et puis si on en fait

plus, on va passer pour un bon fonctionnaire,

mais pas de trop, parce qu'après on

passe pour un fou furieux aussi.

Et ça, ça arrive, il y a des

collègues qui se perdent complètement, qui n'ont

aucun sens du discernement.

Et ça, on ne peut pas leur en

vouloir.

Ils font que de suivre bêtement, et sans

réflexion, sans recul, ce qu'on leur demande

de faire.

Moi, ce qui se passe sur des quartiers

difficiles, on a une réponse à apporter.

On a une réponse à apporter, et on

sait que cette réponse, hormis des quartiers très

très difficiles, mais cette réponse, elle n'est

pas que sécuritaire.

À un moment donné, il va falloir arrêter

tout ça.

Alors, à vrai dire, dans ma brigade, on

doit peut-être représenter, on doit être seulement

10% de parisiens.

Il y en a encore.

Et donc la plupart des collègues, ils viennent

de province, et c'est des collègues qui

ont été déracinés après la sortie d'école,

donc on a forcé à venir sur Paris,

qui n'en avaient pas forcément envie, et

qui ne peuvent pas forcément anticiper les réactions

des gens, parce que ce sont des gens

qu'ils ne connaissent pas.

Donc déjà, juste avec ça, il y a

un malaise.

Et ce n'est pas du tout les

mêmes mentalités.

Et donc, bon, après, tant bien que mal,

on essaie de rattraper les choses avec la

diplomatie, et il y a beaucoup de collègues

qui sont très intelligents et qui prennent beaucoup

sur eux, je pense.

Plus qu'ils ne le devraient, parce que

ce sont des gens qui n'ont pas

de famille sur Paris, qui sont seuls.

Et donc, en plus d'avoir des problèmes

au travail, de se faire agresser verbalement en

permanence, quand ils rentrent chez eux, ils ont

quand même un petit studio.

Ils ont pu trouver, avec les moyens du

bord, et conduire à l'agent les deux

bois à la fin du mois.

Ce n'est pas compliqué, à partir du

fin du mois, tous les collègues sont à

découvert.

Pourquoi ?

Parce qu'il y a la vie trop

chère à Paris.

On est comme tout le monde, on a

des problèmes.

Le salaire moyen, c'est 1800 euros, on

va dire 1800 euros.

Il arrive en région parisienne, alors on a

un service social.

On a un service social déjà, d'accord

?

Il peut toujours être amélioré, mais il faut

donner les moyens au préfet de police d

'avoir un service social pour la région parisienne,

digne de ce nom.

Même si, encore une fois, des efforts ont

été faits.

Mais le souci pour se loger, c'est

déjà la chèreté quand même, malgré tout du

loyer.

Quand vous êtes policier, vous avez par exemple

votre ami qui est aussi gardien de la

paix, voire peut-être officier.

Pour avoir un appartement, entre guillemets, dans le

domaine social, ça devient compliqué parce que vous

êtes hors plafond.

Mais d'un autre côté, vous ne pouvez

pas non plus vous loger dans le privé

parce que vous n'avez pas les moyens

de vous loger dans le privé.

Alors qu'est-ce que font beaucoup de

policiers ?

Soit ils décident que leur famille reste en

province, soit ils habitent très loin du lieu

de travail.

Donc il n'y aura pas de réelle

politique de faire une vraie mixité sociale.

Parce que dans ces quartiers, il ne faut

pas se leurrer.

La plus grande partie des gens qui vivent,

ce sont des immigrés.

Donc sur cette grande partie d'habitants, on

a forcément une petite partie de jeunes qui

créent un trouble.

Ce sont forcément des jeunes d'origine africaine

et qui sont français.

Mais qui ne se revendiquent pas français.

Pourquoi ?

Parce qu'ils sont peut-être un peu

perdus, je pense.

Je pense que c'est un peu une

génération sacrifiée qui est un peu comme moi.

Quand je vais dans mon pays d'origine,

je suis un sale français.

Et quand je suis en France, je ne

suis pas tout à fait français.

Je fais partie d'une génération sans repère.

Certains vont prendre pour vrai ce qu'ils

voient à la télé.

Je ne connais pas, par exemple, un banlieusard

qui n'a jamais vu le film Scarface.

Et pourtant, Scarface, qu'est-ce que c

'est ?

C'est l'apologie d'un immigré qui

devient un grand trafiquant de drogue.

Et au final, comment il finit ?

La tête dans sa farine avec quelques pattes

dans le corps.

Quand on regarde bien, on se dit peut

-être que ce n'est pas forcément le

mauvais temps.

Après, chacun a son interprétation des choses et

sa vision des choses.

Et donc, c'est une génération qui n

'a pas de repère, qui s'est créée

de sa propre culture par rapport au rap.

Le rap, c'est venu des Etats-Unis.

Les premiers rappeurs, c'était Key, MC Solar,

NTM.

Ça envoyait des messages forts à l'époque.

Un des premiers morceaux de NTM disait «

Quelle chance d'habiter la France ».

Et comme maintenant, j'écoute le rap d

'aujourd'hui, c'est « Nique sa mère

la France ou baisera la France jusqu'à

ce qu'elle nous aime ».

On va où ?

Ce n'est pas comme ça que ça

marche.

On a fait sur le 93 tout ce

qu'il ne fallait pas faire.

C'est une espèce de bordel.

Milieux urbains, concentration de logements sociaux qui peuvent

amener à des ghettos.

Communautarisme, faillite de l'Etat.

C'est bien gentil dans certains quartiers chics

et je ne cible pas géographiquement.

L'accès à la culture, l'accès aux

transports en commun, c'est toute l'éducation

nationale.

Les jeunes policiers, mais je pense que c

'est valable aussi dans les collèges et lycées,

ce sont des jeunes professeurs des écoles qui

viennent travailler à reculons.

Il faut leur donner aussi envie d'aimer

leur métier.

Arrêter les agressions à l'intérieur des lycées

et des collèges.

Pendant plusieurs années, la police nationale n'a

pas eu accès.

Et le métier de policier, ce n'est

pas d'aller dans la cour d'école,

ce n'est pas ça.

Mais à un moment donné, je pense que

le racket est généralisé dans un établissement public

ou privé.

Dans un établissement où on transmet le savoir,

je pense que le prof est dépassé.

À un moment donné, il faut qu'il

y ait l'action de l'Etat.

Et l'action de l'Etat, ça passe

aussi par la police, ça passe aussi par

la justice.

Donc, qu'on se mette tous autour de

la table, et les élus avec, qu'on

arrête un peu de se regarder comme ça

dans le blanc des yeux, qu'on arrête

de se suspecter, mais ça va être très

long.

À l'endroit où j'ai grandi, il

y a des gens avec qui j'ai

grandi et avec qui on a vécu ensemble,

dans le même bâtiment, c'est des gens

qui sont diplômés, qui ont monté par plus

4, qui sont devenus carrément extrémistes et qui

sont partis faire des stages en Afghanistan.

Après des stages de quoi, je ne sais

pas, mais c'est dingue.

Il y a une radicalisation des choses qui

ne sont même pas compréhensibles.

Alors que ces mêmes personnes, je parlais avec

leurs parents, ils ne comprenaient pas comment ça

se faisait que leur enfance soit devenue comme

ça.

Eux qui étaient venus en France en tant

qu'immigrés, qui étaient mis en France pour

travailler avec leur culture, leur religion, tout en

tolérant tout ce qu'ils faisaient en France,

vu qu'on les acceptait comme ils étaient.

Donc forcément, eux, ils se disaient, je suis

comme je suis, mais on m'accepte comme

je suis, donc je vais faire en sorte

de m'intégrer.

Et le problème, c'est que j'ai

l'impression que c'est le phénomène contraire

des jeunes français comme moi qui décident de

s'exclure carrément de la société.

Le syndicat est important dans notre corps, parce

que c'est vraiment le baromètre de ce

qui se passe dans un service de police.

C'est le rôle du syndicaliste d'expliquer

que la pression hiérarchique, à un moment donné,

il va falloir qu'elle s'inverse, il

va falloir qu'elle s'arrête, parce qu

'encore une fois, on ne fait pas n

'importe quel métier.

Et là, on vit une période assez compliquée.

Alors en plus, on nous parle de baisser

les effectifs, je ne sais pas comment ils

vont faire, c'est une question.

On crée des services à droite et à

gauche, je ne sais pas comment ils vont

faire.

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