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1953 était l'année des valeurs américaines.
I Love Lucy était la série la plus vue.
Dwight Eisenhower devint le 34e président du pays.
Et la culture suburbaine était un mode de vie.
Mais sous la surface...
la société était très opprimée.
C'était une époque...
CARRIE PITZULO - AUTEUR, BACHELORS AND BUNNIES : THE SEXUAL POLITICS OF PLAYBOY
...très conservatrice.
Les hommes et les femmes devaient aller à la fac, décrocher un emploi,
se marier, fonder un foyer et une famille.
Le nouveau rêve américain,
la clôture blanche dans la banlieue.
Et c'est exactement la vie que Hefner vivait,
mais il la trouvait très insatisfaisante et ennuyeuse.
L'Amérique avait besoin d'un changement.
Donc, j'ai décidé de créer un magazine
qui défierait la conformité.
Un magazine pour l'homme moderne sur le style de vie...
MODERNE - URBAIN - HUMOUR MASCULIN COCKTAILS - STYLE DE VIE
...l'art, la culture et le sexe.
Et je l'appellerais Stag Party.
Et il me fallait la fille parfaite pour le premier numéro.
Et, après des mois de recherches,
je l'avais enfin trouvée.
Hef, j'ai des filles pour toi.
Qu'en penses-tu ?
Bien. J'ai aussi une option.
Que penses-tu de ça ?
C'est Marilyn Monroe.
C'est elle.
C'est notre pin-up.
Au printemps 1953,
j'ai acheté les droits des photos
d'une des femmes les plus célèbres du monde...
Marilyn Monroe.
On avait notre modèle...
J'ai travaillé à fond pour créer chaque aspect du magazine.
CHÉRIE DU MOIS - MARILYN MONROE VIP DU SEXE - HUMOUR
VOICI SHERLOCK HOLMES - FICTION LETTRE DE LA CALIFORNIE - PITTORESQUE
Ce qui serait inclus...
son design.
VOLUME 1, NUMÉRO 1
Il a créé le premier numéro.
ELDON SELLERS, PLAYBOY MAGAZINE, INTERVIEWÉ EN 1995
Il a revu le matériel, il a fait certains dessins lui-même.
"MINCE, ELLE EST CANON !"
Il était déterminé à créer le premier numéro parfait.
Il y avait une section de blagues...
une autre avec le design du bureau moderne.
UN CAVALIER DANS LE CIEL PAR AMBROSE BIERCE
On publiait même de la littérature classique
des auteurs les plus connus du monde.
ARTHUR CONAN DOYLE VOICI SHERLOCK HOLMES
Ce que Hef a fait de plus osé dans le magazine,
FICTION CONTES DU DÉCAMÉRON
c'est de démonter...
JASON BUHRMESTER - ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF, PLAYBOY ENTERPRISES
...l'idée de la masculinité des années 50.
Dans le premier numéro, dans l'éditorial,
Hef dit simplement :
"Les autres magazines pour hommes parlent de chasse, de pêche, de sports.
Pas nous.
On va parler de jazz, et de cocktails, et de Picasso."
On parlerait de culture,
mais aussi de sexe.
Les gens demandaient pourquoi on avait inclus le sexe dans le magazine,
je répondais toujours : "Comment faire un magazine pour hommes...
HUGH HEFNER - RÉDACTEUR ET ÉDITEUR, PLAYBOY MAGAZINE, INTERVIEWÉ EN 1996
...sans ce qui intéresse le plus les hommes ?"
L'idée, depuis le début, était d'incorporer le sexe
comme quelque chose de normal, et de logique, et de sain dans tout ça
qui parlerait au public masculin.
On avait des articles sur les rencontres modernes et le mariage...
MLLE CROQUEUSE DE DIAMANTS
...et comment jouer à un nouveau jeu provocateur
appelé Strip Quiz.
Je crois que c'est très incrusté dans nos têtes...
COOPER HEFNER - DIRECTEUR CRÉATIF PLAYBOY ENTERPRISES
...d'être mal à l'aise avec le sexe.
Mais c'est pourquoi je suis là.
C'est pourquoi vous êtes là, pourquoi on est tous là.
J'espérais que le magazine
rapproche le grand public du sexe.
"TU EN VEUX VRAIMENT UN ?"
STAG PARTY DIVERTISSEMENT POUR LES HOMMES
Mais tant qu'on mettait la touche finale au magazine,
tout s'est arrêté.
Apparemment, un magazine de chasse s'appelait déjà Stag.
Et quand Stag a entendu parler de Stag Party,
ils ont menacé de nous faire un procès pour violation du droit d'auteur.
Une semaine avant notre date limite,
on a dû rééditer tout le magazine
et trouver un tout nouveau nom.
PLAYBOY AMÉRICAIN
Face à un possible procès,
je réunis mon équipe pour trouver un nouveau nom pour le magazine.
Célibataire.
Donc, pas pour les hommes mariés.
Ça exclut plein de lecteurs.
Pourquoi pas "Monsieur", ou "Gentilhomme" ?
C'est trop littéral. Ça doit être amusant.
Pourquoi "Jaguar" pour une voiture ?
Rien à voir, mais c'est cool, non ?
Maman travaillait pour quelle compagnie de voitures, déjà ?
Playboy.
Playboy.
On a passé beaucoup d'heures à parler de noms.
Et je me suis souvenu que ma maman...
ELDON SELLERS - PLAYBOY MAGAZINE INTERVIEWÉ EN 1995
...travaillait pour une compagnie à Détroit appelée Playboy Automobile.
Et c'était une voiture très sportive, très belle,
et c'est ce qui m'a fait dire "Playboy" comme possibilité.
Playboy. Parfait.
DAVID EISENBACH HISTORIEN ET AUTEUR
Ce n'est pas agressif. Ce n'est pas très masculin.
Oui, c'est un magazine avec des photos nues, mais c'est sophistiqué.
On avait notre nouveau nom.
On doit vite revoir la couverture,
et enlever toute référence à Stag Party dans le magazine.
À l'époque, on collait...
DAVID GRANGER ANCIEN RÉDACTEUR, MAGAZINE ESQUIRE
...les textes sur la page.
Quelqu'un devait prendre un couteau, et couper
chaque "Stag Party" sur chaque page du magazine,
et le remplacer par "Playboy".
Même de nos jours, avec l'assistance des ordinateurs,
ça serait beaucoup de travail.
On a même dû changer notre mascotte, le cerf.
Et choisir un lapin.
Le lapin capture la sophistication...
JASON BUHRMESTER - ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF, PLAYBOY ENTERPRISES
...l'absurdité de la marque.
Il y a la sorte de connotation sexuelle du lapin qui transparaît.
Je n'en avais aucune idée,
mais ce petit changement définirait le magazine pendant des décennies.
On avait notre mascotte,
et avec Marilyn sur la couverture,
on était prêts.
Bien assez tôt, presque 70 000 copies de Playboy
se dirigeaient vers les grandes villes du pays.
La seule question était... se vendrait-il ?
STATION UNION
DÉCEMBRE 1953
En décembre 1953,
mon magazine est arrivé aux kiosques.
Quand le magazine est sorti dans les kiosques à Chicago,
Hef et moi sommes allés en ville, et on a regardé les gens
prendre des magazines, et il était si excité de voir quelqu'un en acheter un.
Et j'imagine qu'il était
ravi de savoir que d'autres personnes pensaient comme lui,
lui qui pariait sur quelque chose de nouveau.
J'avais hâte.
Mais j'étais aussi nerveux...
Á tel point que je n'ai inclus ni nom ni numéro dans la première publication
Je sentais que même s'il n'y avait pas d'autres numéros...
INTERVIEWÉ EN 1996
...j'avais eu mon opportunité.
Et à ce moment-là, je n'étais pas sûr pour la suite.
C'est pourquoi il n'y avait pas de date.
Que ça marche ou pas,
j'avais pu essayer.
Et puis, on a reçu les résultats.
Après deux semaines,
presque 80 % des 70 000 numéros
qu'on avait imprimés étaient vendus.
J'étais en rupture de stock.
Il avait rédigé le magazine pour lui...
RICHARD ROSENZWEIG - VICE-PRÉSIDENT EXÉCUTIF, PLAYBOY ENTERPRISES
...et il pariait que d'autres jeunes hommes
auraient les mêmes intérêts que lui.
Et il a gagné ce pari.
Ça suffisait pour que je rembourse ce que je devais,
que je récupère nos meubles...
et que je remplace ma vieille Chevrolet de 12 ans
par une toute nouvelle Studebaker.
"Je vous félicite pour votre premier numéro du magazine Playboy."
Et le courrier d'admirateurs commença à arriver.
JE VIENS DE LIRE LE PREMIER PLAYBOY ET OUAH !
JE VIENS DE LIRE L'INCROYABLE PLAYBOY. ENFIN, UNE REVUE POUR HOMMES.
Des lecteurs de l'Oklahoma, du Colorado,
et de l'Illinois chantaient les louanges de Marilyn et du magazine.
NOUVEAU VENU INSOLENT
Même la presse était positive.
Le magazine était parti de rien...
INTERVIEWÉ EN 1991
...et avait eu du succès dès le début.
C'était comme un moment ou un événement qui attendait d'arriver.
- Dos à dos. - Bien.
Oui, avec une petite explication. Et...
On était tellement surpris par le succès du magazine
qu'on n'avait même pas pensé au deuxième numéro.
Et on n'avait qu'une semaine pour le créer.
Pour que ce soit plus facile,
on a maintenu ce qui avait marché la première fois.
Avec plus de blagues,
de dessins et de littérature.
Mais cette fois, il nous manquait un élément clé.
ENTREPRISE DE CALENDRIERS BAUMGARTH
Non.
Rien n'est bon, là.
C'est tout ce qu'on a, une d'entre elles doit marcher.
Désolé, mais aucune d'entre elles ne marche.
Aucune n'est Marilyn, Hef.
Elles ne le sont pas.
Mais si tu veux un deuxième numéro, tu dois en choisir une.
Marilyn Monroe sur la couverture avait attiré les lecteurs,
mais je savais que je ne trouverais pas d'autre Marilyn.
Si Playboy devait durer,
il me fallait une autre accroche.
Et c'est là que j'ai compris.
ÉTUDIANTE DU MOIS DE SHAFT
Vous vous souvenez, à l'université,
quand j'ai lancé l'étudiante du mois dans le magazine
avec des étudiantes ?
Playboy pouvait faire la même chose.
mais on l'appellerait "La playmate du mois".
J'avais complètement oublié que la couverture du magazine Shaft
et la section à l'intérieur s'appelait "L'étudiante du mois".
C'était une révélation.
Donc, une pin-up appelée Margie Harrison
devint "Mlle Janvier".
VOICI LA PLAYMATE DE PLAYBOY DU MOIS DE JANVIER.
Publier des photos de femmes nues,
ce n'était pas nouveau.
C'était l'approche personnalisée de Hef,
il les appelait playmates.
C'était votre partenaire de crime. Vous faisiez des choses avec elle.
Notre meilleur numéro ?
Non.
Mais j'avais assez confiance pour y apposer mon nom et le numéro du bureau.
HUGH M. HEFNER, RÉDACTEUR ET ÉDITEUR
Et, croyez-le ou pas,
le deuxième numéro vendit 2 000 exemplaires de plus que le premier.
Maintenant qu'on avait du succès,
je savais qu'à trois, ça ne suffisait pas.
Que pensez-vous de Playboy ?
Je trouve que votre fiction pourrait être mieux.
Vraiment ?
Quand j'ai rencontré Ray Russell,
c'était un écrivain de science-fiction sans succès.
Mais il nous avait envoyé quelques histoires,
et son style me plaisait.
Même s'il n'avait écrit que des circulaires pour Walgreens,
j'ai fait de Ray mon rédacteur adjoint.
Ensuite, je devais m'intéresser aux images.
J'avais travaillé avec un gars appelé Vince Tajiri en maison d'édition,
et son talent n'était pas reconnu.
Il faisait des photos de mariages pour gagner sa vie.
Donc, il n'a pas hésité à devenir l'éditeur de photos de Playboy.
Ce petit magazine que j'avais lancé avec quelques amis
devenait trop grand pour ma cuisine.
Donc, au printemps 1954,
avec l'argent des deux premiers numéros...
Playboy s'est installé dans des bureaux.
- Bonjour, M. Hefner. - Bonjour, Julie.
Avec notre nouveau siège social,
mon équipe était prête à travailler.
Je peux te parler dans mon bureau ?
Le succès de mon père a beaucoup à voir
avec les gens dont il s'entoura.
Et ça, c'est son instinct.
Son instinct lui a toujours permis de savoir à qui faire confiance ou pas...
COOPER HEFNER - DIRECTEUR DE LA CRÉATION PLAYBOY ENTERPRISES
...et à engager les meilleurs.
Avec la hausse des ventes,
il nous fallait quelqu'un pour gérer les abonnements
que les gens demandaient.
Allô ?
Non, bien sûr. Je peux le faire immédiatement.
Donc, j'ai engagé Charlaine Karalus.
Une jeune femme intelligente, déterminée,
qui se souciait des détails.
Sans problème. Je lui enverrai une copie. Au revoir.
Une amie m'avait dit que Playboy engageait,
donc, j'ai décidé d'y aller.
On s'est arrêtées à un kiosque...
CHARLAINE KARALUS - ANCIENNE GESTIONNAIRE DES ABONNEMENTS, MAGAZINE PLAYBOY
...pour acheter le magazine.
Elle l'a vite pris et l'a caché dans son manteau,
pour que personne ne le voie.
À la fin, mon amie n'est pas allée à l'interview.
Elle s'est dégonflée, mais pas moi.
J'espérais m'installer avec ce magazine,
et grandir avec eux.
Tous ces employés dont on parle,
on pourrait dire que Hef a eu de la chance.
Car personne n'est jamais sûr.
Mais son instinct lui disait que c'était les bons pour chaque poste.
OK, super. On a combien de temps ?
J'avais une équipe de talent prometteur, bien que non prouvé.
Mais je savais qu'il me fallait quelqu'un
qui donnerait de la crédibilité au magazine.
Donc, j'ai engagé un ancien rédacteur du New Yorker.
Auguste Comte Spectorsky.
Ou comme on l'appellerait, Spec.
Engager Spectorsky fut très intelligent.
ARTHUR KRETCHMER - ANCIEN DIRECTEUR DE RÉDACTION, PLAYBOY ENTERPRISES
Spectorsky donna au magazine une maturité qu'il n'aurait pas eu,
et c'est Hef qui a compris
que le magazine avait besoin de cette maturité.
J'avais enfin une équipe en place.
Et il était temps de voir ce qu'on pouvait accomplir.
OK, bien sûr.
Oui, d'accord.
- Donc... - Oui, juste...
L'équipe travaillait à plein régime pour faire sortir le magazine chaque mois.
Jour après jour,
on travaillait à fond,
week-ends inclus.
Playboy était un des endroits les plus géniaux pour travailler.
C'était très différent des autres entreprises...
RICHARD ROSENZWEIG - VICE-PRÉSIDENT EXÉCUTIF, PLAYBOY ENTERPRISES
...qui étaient à Chicago ou New York ou Los Angeles.
J'ai même acheté un divan-lit pour pouvoir dormir dans mon bureau.
J'ai commencé à passer tout mon temps au travail,
loin de ma famille.
Il passait la plupart de son temps dans ce bureau.
STEPHEN MARTINEZ ARCHIVISTE DE PLAYBOY
Il avait un petit lit, une petite cuisine.
Et il travaillait,
et hélas,
son mariage en souffrit.
Dans le mariage, je n'y étais pas émotionnellement.
Je suis le produit de mon éducation.
Alors que mon père avait été émotionnellement absent...
HUGH HEFNER - RÉDACTEUR ET ÉDITEUR, PLAYBOY MAGAZINE, INTERVIEWÉ EN 1991
...j'étais absent... tout court.
Je n'étais pas présent.
Le changement physique est venu du succès du magazine.
C'était plus facile pour lui de dormir ailleurs.
MILLIE GUNN (WILLIAMS) - EX-FEMME DE HUGH HEFNER, INTERVIEWÉE EN 1985
Et c'est là qu'il a dit :
"Je vais commencer à vivre au bureau certains jours."
L'équipe à Playboy devint mon autre famille.
On travaillait dur, mais on faisait aussi la fête.
Et avec le succès grandissant du magazine,
on était invités aux meilleures fêtes de la ville.
Et c'est là qu'on m'a présenté un certain Victor Lownes.
Victor, c'est l'ami dont je te parlais, Hugh Hefner.
Bonjour, ça va ?
Hef dirige le magazine.
M. Playboy.
Votre look me plaît. Sympa et décontracté.
Merci. C'est chez vous ?
Oui, en effet.
Quand j'ai rencontré Hef, je l'ai trouvé super.
Hefner était très ambitieux, intelligent.
VICTOR LOWNES - ANCIEN DIRECTEUR DE PLAYBOY EUROPE
Que n'importe qui puisse lancer son propre magazine...
J'étais impressionné.
Enchanté, Hef, mais j'ai des affaires.
Et si on buvait un verre à Walt and Walt vendredi ?
D'accord. Très bien.
Oui. Venez avec des amis.
D'accord.
Pendant un an, je créais un magazine appelé Playboy,
mais un soir à une fête,
j'en rencontrai un.
En 1954,
Victor Lownes était le plus grand célibataire.
Il venait d'une famille nantie à New York,
et avait eu tout ce qu'il voulait.
À l'âge de 26 ans, il avait déménagé à Chicago,
et vivait le rêve de tout célibataire.
Il avait le super appart, l'attitude charmante,
et les femmes.
Victor était le chef de la meute.
MARILYN COLE, ANCIENNE LAPINE PLAYBOY ET PLAYMATE
Tout le monde voulait le côtoyer.
Il a le don de la vie.
Il avait un super style, de l'élégance.
On ne s'ennuyait jamais avec Victor Lownes.
Victor pouvait apporter un truc au magazine.
Donc, j'ai fait de lui mon manager de promotions.
Et il était parfait.
Donc, on a deux filles, non ?
L'une d'elle met sa jambe sur moi. OK ?
- Ça n'a pas de sens. - La main dessous.
Victor Lownes avait un grand rôle dans l'entreprise.
Il était ce que Hefner n'était pas,
effronté, impétueux.
Il complétait Hef...
ARTHUR KRETCHMER - ANCIEN DIRECTEUR DE LA RÉDACTION, PLAYBOY ENTERPRISES
...qui était, après tout, un peu timide et cérébral.
Entre-temps, je suis à l'avant, il...
Victor vivait la vie dont les hommes rêvent.
Et je voulais en faire partie.
Je rigole pas. Pas de chaussettes ni de cravate.
Je sortais avec Victor presque toutes les nuits.
Il entrait dans tous les clubs à Chicago,
et avait toujours une superbe compagnie.
J'avais une très bonne relation avec Hefner.
On travaillait tard...
VICTOR LOWNES - ANCIEN DIRECTEUR DES PROMOTIONS, PLAYBOY MAGAZINE
...et on sortait et on buvait ensemble.
Et c'est devenu une habitude.
Bon... on va danser.
Victor, en quelque sorte, était plus...
CHRISTIE HEFNER - ANCIENNE PRÉSIDENTE ET PDG, PLAYBOY ENTERPRISES
...l'image du rédacteur, éditeur de Playboy que mon père,
car Victor était quelqu'un qui aimait la bonne cuisine et le vin,
qui aimait voyager,
qui était plus sociable.
Alors, vous allez m'inviter à danser ?
Bien sûr.
Hef n'avait ni l'exemple ni la sophistication...
PATTY FARMER AUTEUR, PLAYBOY SWINGS
...de quelqu'un qui a grandi pour devenir un playboy.
Ce n'était pas avant son association avec Victor Lownes
qu'ils sont devenus un ensemble.
Faire la fête avec Victor m'a ouvert les yeux à un monde tout à fait différent.
Et je m'y suis plongé.
Le début de Playboy m'a montré une vie de célibataire
qui a tous les points positifs, et aucun négatif.
Je ne me sentais pas du tout coupable.
Je sentais que j'explorais les limites
de ce que c'était d'être moral,
mais en vérité, je m'enfuyais, je crois...
des traditions.
C'était les années 50.
On devait se marier et avoir des enfants juste après l'université.
Mais les temps changeaient.
Mon père sentait
qu'il en voulait plus de la vie que ce qu'il avait vu son père
en tirer, et une partie de ça,
c'était d'avoir du temps avant de se marier et s'installer.
Et il s'est marié jeune, trop jeune, je crois, et il le disait.
Vu que je vivais la vie d'un homme célibataire,
il était temps de mettre à jour le message du magazine.
LE MAGASIN DES HOMMES
Quand j'ai lancé Playboy,
il y avait plein de sujets qui m'intéressaient, moi.
PLAYBOY VA À UN BAL ARTISTIQUE
Mais là, je voulais en faire plus.
Je voulais faire du magazine un guide
pour devenir l'ultime playboy.
Qu'est-ce qu'un playboy ?
Lancez-vous.
Un célibataire.
Quoi d'autre ?
Charmant.
- Sophistiqué. - Intelligent.
- Urbain. - Oui.
À chaque fois que quelqu'un prend une copie de Playboy,
je ne veux pas
qu'il s'imagine être le genre de gars qui a qui il veut.
Je veux lui apprendre à l'être.
À acheter le bon costume,
la bonne bouteille de vin, la bonne musique quand la fille est là.
Je ne veux pas suivre les règles,
je veux les créer.
Et c'est pourquoi chaque article, chaque photo,
chaque page doit montrer cette vision unique, singulière...
du mode de vie Playboy.
Le message était très clair.
On parlait de vivre comme un homme célibataire...
HUGH HEFNER INTERVIEWÉ EN 1991
...et personne ne l'avait fait.
Mon équipe avait ses ordres,
et on travaillait d'arrache-pied,
à redéfinir les sections du magazine pour montrer le mode de vie Playboy.
Tajiri traduit son style photographique pour en faire un guide.
PLAYBOY BIEN HABILLÉ
On enseignait à nos lecteurs comment choisir le bon costume,
PRÉPARATION D'UN MARTINI PARFAIT
comment préparer le cocktail parfait,
comment décorer la meilleure garçonnière...
LE JEU DE DEVINETTES
...et comment organiser le rencard parfait.
PLUS DE TUYAUX PERTINENTS POUR SÉDUIRE LES FEMMES SANS EFFORT
Une génération d'hommes disait :
"Je ne vais pas épouser la fille dans ma rue...
JASON BUHRMESTER - ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF, PLAYBOY ENTERPRISES
...je vais marier une fille de la ville."
Ça a ébranlé l'Amérique,
et je crois que ça a aidé Hef à sortir
et inventer l'idée du célibataire.
QU'EST-CE QU'UN PLAYBOY ?
Je crois que ce qui a rendu Playboy spécial,
c'était qu'on a intégré le mode de vie
et le contenu sexuel
avec des valeurs contemporaines.
Donc, les autres médias ne parlent pas de ça.
ARTICLE : PÉCHÉ AU PARADIS
Nos lecteurs augmentaient.
Oui, c'est bien.
Et je me suis rendu compte qu'on n'était plus qu'un magazine,
on devenait une marque.
Mais il manquait toujours une chose.
Playboy avait besoin d'un logo.
Donc, j'ai dit à Art Paul de le dessiner.
Quatre minutes plus tard, il avait dessiné le symbole parfait.
Une image si parfaite, que 60 ans plus tard,
elle reste inchangée.
La tête de lapin de Playboy est une icône.
C'est une des icônes rares
qui, très tôt, est devenue très identifiable.
Notre fameuse mascotte était dans tous nos numéros,
Art Paul en fit un jeu.
Il défiait nos lecteurs de trouver le lapin caché sur chaque couverture.
La meilleure comparaison pour Hef,
je dirais que Hefner est Walt Disney, et le lapin est son Mickey Mouse.
BRETT RATNER PRODUCTEUR/DIRECTEUR
C'est une image de marque, c'est du marketing, c'est brillant.
DÉCEMBRE 1954
Faites passer, messieurs.
Avec le recul, 1954 fut une année incroyable.
Les bureaux du magazine que j'avais lancé
avec trois personnes occupait maintenant quatre étages à Chicago.
J'avais engagé 25 employés,
et on vendait quelque 185 000 copies tous les mois.
Plus du double de notre premier numéro.
C'était remarquable que le magazine soit rentable sa première année.
Personne ne fait ça.
Sports Illustrated, pour comparer,
a commencé en même temps que Playboy,
et leur premier bénéfice date du début des années 60.
PAPA
Mon père n'était pas là souvent quand j'étais petite.
En priorisant le magazine, ce que Hef faisait clairement,
il n'allait évidemment pas avoir la même vie de famille...
CHRISTIE HEFNER ANCIENNE PDG, PLAYBOY ENTERPRISES
...qu'il aurait eue s'il ne l'avait pas fait.
Il était si occupé par l'entreprise qu'il n'avait pas de temps,
mais c'était mon papa, et papa était gentil...
MILLIE GUNN (WILLIAMS) - EX-FEMME DE HUGH HEFNER - INTERVIEWÉE EN 1985
...et papa était attentionné.
Mais il n'était pas vraiment présent.
Je savais que j'aurais dû être chez moi
pour être un père pour Christie...
mais quelque chose au bureau me retenait toujours.
Bon, c'est un thème sur la plage.
J'incorpore une image du lapin dans le sable,
pour utiliser le maillot.
On voit qu'il y a des jambes, qui s'éloignent.
Suggérant que c'est peut-être son maillot de bain,
et, bien sûr, qu'elle ne porte rien du tout.
C'était juste une idée.
Je peux trouver d'autres options
si ça ne te plaît pas, Hef.
Non. C'est une bonne couverture. Super.
C'est mieux que la page centrale.
C'est inspiré.
Ça, c'est juste bizarre. OK ?
Et si on faisait nos propres photos ?
Pourquoi pas ?
Elle a raison. Pourquoi pas ?
Voyons si on découvre d'où ils sortent leurs filles.
Oui. Je m'en occupe.
Merci à tous.
À l'époque, Playboy utilisait des photos de calendrier pour sa page centrale.
CHARLAINE KARALUS ANCIENNE GESTIONNAIRE DES ABONNEMENTS
MAGAZINE PLAYBOY INTERVIEWÉE EN 1980
C'était des mannequins professionnels,
et les photos n'étaient pas exclusives.
La qualité et le calibre déplaisaient à Hefner.
Il voulait quelque chose de différent, nouveau, unique,
et de spécial que Playboy aurait.
Charlaine.
Si tu as des idées, ma porte est toujours ouverte.
Charlaine était une belle femme, talentueuse.
Plus on travaillait ensemble, plus on se rapprochait.
Et on est vite devenus plus que des collègues.
Je vais chercher un verre d'eau. Tu en veux un ?
D'accord.
Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Tu as déjà pensé à être dans le magazine ?
En faisant quoi ?
Mlle Juillet.
Non, je suis sérieux.
Ça ne te plairait pas d'être dans un magazine ?
Je suis sûre que beaucoup de filles
seraient heureuses de poser pour toi.
Je ne veux pas ces filles, je te veux, toi.
Pourquoi ?
Car tu n'es pas le genre de fille qu'ils attendent.
J'avais envoyé mon équipe chercher la fille parfaite...
et je me suis rendu compte qu'elle était sous mon nez.
J'ai vraiment fait la photo de playmate
pour rigoler, ça avait l'air amusant à faire.
C'était par loyauté au magazine,
et c'était super amusant.
La seule condition de Charlaine était de ne pas utiliser son vrai nom.
Donc, je lui ai trouvé un pseudonyme,
Janet Pilgrim.
Et j'ai écrit un petit texte pour la photo.
Expliquant pourquoi elle n'était pas comme les autres mannequins,
qu'elle venait de nos bureaux.
Et pour les lecteurs de Playboy, ça serait la fille d'à côté.
Tu es ravissante.
Quand j'ai fait ma première photo de playmate,
j'étais très nerveuse,
car je savais que des centaines d'hommes allaient ouvrir ce magazine...
CHARLAINE KARALUS - ANCIENNE RESPONSABLE DES ABONNEMENTS, MAGAZINE PLAYBOY
...et me voir comme ça.
Mais je ne montrais pas grand-chose.
Avec ce numéro,
notre gestionnaire des abonnements est devenue la plus populaire des playmates.
On a reçu plein de lettres de tout le pays,
et je me suis rendu compte que la voisine...
était un succès.
C'est super.
Rapproche-toi un peu.
L'idée qui en est ressortie était d'utiliser...
Quand on parle de la fille d'à côté, enfin, d'utiliser une fille du bureau,
ou quelqu'un qui va à l'université, ou une réceptionniste.
Et ce qu'on ne savait pas,
c'était que ça allait faire une telle fureur.
Et ça a fait fureur.
MLLE JUILLET EST AUTEUR
ELLE A UNE MAÎTRISE, LE TITRE DE PHI BETA KAPPA, ET ELLE EST PLAYMATE AUSSI !
Elle n'est pas inaccessible.
Hef voulait saisir ça, l'essence de la fille d'à côté...
JASON BUHRMESTER - ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF, PLAYBOY ENTERPRISES
...la drague, mais aussi, l'accessibilité.
On avait commencé avec la femme la plus connue au monde
pour continuer avec les filles de notre entourage.
Et j'ai su qu'à partir de ce moment-là
tout serait différent.
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