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[musique intrigante]
[ressac]
Ça va ? T'as bien dormi ?
[femme] Tiens.
Profite, il en reste presque plus.
On refera le stock à Puerto Edén.
- Tu veux que je barre ? - [homme] Mmh...
Non, non, ça va.
Tiens.
T'as pas bougé ?
[il ouvre puis referme le frigo]
On y va ou pas ?
"Les algorithmes de détection de la variabilité naturelle
ou des forçages dans les fluctuations climatiques."
Je l'ai pas trouvée, ton île.
Mais regarde, elle est lĂ . La petite tache au sud du Chili.
Enfin, c'est très au sud, quand même.
Ça fait faire un détour, mais bon.
C'est magnifique, la ligne des icebergs. Ça vaut le coup, non ?
Tu vas jamais tenir dessus, avec tes grands pieds.
Bon, comme tu veux.
[femme] Me dis pas on fait comme je veux.
Tu m'as posé la question quatre fois. Pas de problème, on y va.
Mais je dois être à la fin de la semaine à Puerto Edén.
- Quoi ? - [homme] T'entends ?
[chant de baleine]
Je te l'avais dit.
- Viens ! - Oui, j'ai entendu.
[la baleine sort de l'eau]
[femme] Merde, de l'autre côté !
Je l'ai vue !
[homme] Elle est conne, cette baleine ?
LĂ , non ? Non ?
Non.
[femme] Elle va ressortir.
Je suis sûre qu'elle va ressortir.
[homme] Allez !
Elle s'est barrée.
- Hein ? - Elle s'est barrée.
Elle s'est barrée.
[musique mystérieuse]
[soupir]
Laura !
Laura, viens voir !
Regarde.
[il soupire]
C'est bon, t'es prĂŞte ?
[elle rit]
Quoi ?
[Laura] Non, c'est rien.
C'est ton côté moniteur de ski, ça me fait rire.
[homme] Ouais.
J'ai checké la météo, il va faire beau.
Ça se gâte cet après-midi, profitons-en.
[propos indistincts]
Ah, la beauté !
Ah, la beauté de l'île, quoi !
[rires]
[Laura] Ça, ça devait être une base baleinière.
[homme] Elle était pas indiquée sur la carte.
[musique inquiétante]
[raclement de la chaîne]
[Laura] Ça devait être là -dessus qu'ils chargeaient les baleines.
C'est des treuils, ça.
Ça devait remonter jusque-là .
Ensuite, ils devaient les dépecer ici.
D'un côté, les os, de l'autre, la chair.
[homme] Et comment tu sais tout ça, toi ?
Parce que je lis des livres.
[homme] J'ai connu des baleiniers, gamin.
Des copains de mon père, des vieux.
Et c'était un boulot de chien.
[Laura] Ah ça, je veux bien te croire.
[homme] Fallait bien qu'ils gagnent leur vie.
Ils éclairaient des villes entières avec l'huile de baleine.
C'était une autre époque.
[musique mystérieuse]
T'es sûr de ton coup, là ?
T'inquiète pas pour ça, viens.
On aurait dĂ» prendre les autres gants.
Regarde pas en bas. Donne-moi la main.
Viens !
On est au bout du monde.
Y a plus rien derrière.
T'avais raison, c'est beau.
Ça vaut le coup.
On est peut-être les derniers à voir ça.
T'as pas l'impression de boucher la vue ?
- Allez, bouge ! - Ouais.
Je veux voir les icebergs, pas toi.
Ah ouais ?
ArrĂŞte.
ArrĂŞte quoi ?
[grondement]
Attends.
- Je croyais que t'avais vérifié la météo. - Mais je l'ai vérifiée.
Ouais, ça vient vers nous.
[orage]
Faut qu'on parte.
OK.
[violent orage]
[homme] Passe de l'autre côté !
Grimpe !
[cri affolé]
- Mais grimpe ! - Je vois rien !
[homme] Donne-moi la main ! Donne.
Allez !
[cri affolé]
[cris affolés]
[Laura] On y arrivera pas, Ben, reviens !
[musique dramatique]
[tonnerre au loin]
[Ben] On reste là en attendant que ça se calme.
[tonnerre]
On aurait mieux fait d'aller à Puerto Edén direct.
[Ben] On aurait pu rester Ă Brest, aussi.
[elle rit]
[Ben] Si, tu vas voir.
Pourquoi tu ris ? J'ai déjà fait du feu.
[elle chuchote] Vas-y doucement.
[Ben] Ça y est.
[Laura] Je crois que mon portable est mort.
C'est pas grave.
On est trop loin du bateau, on aurait pas eu de réseau.
[Laura] Oh, merde !
- Putain ! - Tu t'es coupée ?
Non, je l'ai foutue dans le sable.
[Ben] Tu veux celle-lĂ ?
[Laura] Non, pas grave, je l'essuie.
T'as raison.
C'est peut-ĂŞtre le meilleur moment du voyage.
[musique mystérieuse]
Laura.
- Laura ? - Mmh...
Réveille-toi, mon cœur, réveille-toi.
Réveille-toi.
[Laura] Mmh...
Regarde.
T'en as déjà vu, toi ?
[elle chuchote] Non.
[Ben] C'est un bon présage.
[petit rire]
[musique inquiétante]
Le bateau est plus lĂ .
Je comprends pas, je...
Enfin, il a peut-être dérivé, juste.
Pas avec l'ancre qu'on a mise. Ça supporte
un chalutier, ces trucs. Tu parles...
Il aurait coulé ?
Ça coule pas comme ça, un bateau.
Il s'est pas envolé !
Je sais pas où il est ! Ça te va ?
Bah...
[Laura] Qu'est-ce que t'as fait ?
Rien, j'ai coupé le moteur.
On a intérêt à économiser l'essence, si jamais...
Il peut pas ĂŞtre loin, on va le trouver.
Putain, c'est pas vrai !
Ben.
[braiments des manchots]
Il manquait plus que des pingouins.
C'est des manchots.
Pas de pingouins dans l'hémisphère sud.
Ho, hé, s'il te plaît.
Tu vois, si on passe derrière ces rochers,
on verra plus loin, plus Ă l'ouest.
J'y vais tout seul, tu m'attends sur la plage ?
[musique intrigante]
[cri]
[gémissement]
Merde.
[braiments des manchots]
[braiments des manchots]
[Ben s'approche]
Alors ?
On peut pas aller plus loin par lĂ -bas.
Y a des falaises, on peut pas les grimper, impossible.
C'est immense.
On fait quoi, maintenant ?
On retourne vers les bâtiments avant la nuit.
Allez, viens.
Je te parle pas de ça.
On fait comment, sans bateau ? On a toutes nos affaires dedans.
Tu m'écoutes, je te parle !
Je sais pas ce qu'on va faire !
Je ne sais pas !
Ça te va, comme ça ?
- C'est ta réponse ? - Tu veux que je dise quoi ?
C'est hier qu'il fallait grimper dans l'annexe.
[sanglot]
J'arrive pas Ă le croire.
- C'est pas possible ! - Pardon, pardon.
Pardon, Laura.
- Pardon, mon cœur. - Laisse-moi !
Excuse-moi, excuse-moi.
Laura. Laura !
Hé, hé. Ma chérie.
Regarde-moi.
Respire.
Regarde-moi.
Mon amour.
HĂ©.
HĂ©.
C'est pas notre première galère, d'accord ? On va y arriver.
- C'est une grosse galère. - Une très, très grosse galère.
Demain, on fait le tour de l'île et je te jure, on trouvera le bateau.
Tu me fais confiance ?
On fera comme prévu, on filera à Puerto Edén.
Et de tout ça, on va en rigoler.
OK ?
Oui ?
[braiments des manchots]
[coup métallique]
Ça va ?
J'aurais jamais dĂ» acheter ce bateau.
[Laura] C'est réglé, maintenant, on l'a plus.
On est dans la merde.
Personne sait oĂą on est.
On a rien à manger et ça caille.
Si, Thomas peut savoir oĂą on est.
Comment ça ?
[Ben] On a mis une balise sur le bateau quand papa était malade.
Mon frère sait où est le bateau.
- Ah oui ? - Oui.
On était censés l'appeler en arrivant jeudi.
Il va s'inquiéter, on rate jamais d'appel.
Ils vont lancer les recherches.
Ça va mettre quoi ? Une semaine, dix jours max ?
Il faut juste tenir, quoi.
Ben !
Regarde, lĂ ! LĂ , y en a plein, lĂ !
Attends.
Regarde.
[Ben] Ah !
Génial.
Ça se mange ?
[il crache] Ah, non. Cuit, alors.
Pas comme ça.
Ce soir, vongole.
[gémissement]
[ruisseau]
Oh.
[soupir d'aise]
Dix jours ?
Max.
On va tenir dix jours.
Fais voir.
[elle souffle]
Vas-y, toi le premier.
Alors ?
C'est salé.
Vas-y, essaie.
Ça va.
C'est pas le pire truc que j'aie mangé de ma vie.
[succion]
Mais doucement, quand mĂŞme.
[musique mystérieuse]
[musique rythmée]
Je pousse... Attention.
VoilĂ .
Attends, attends.
[musique mystérieuse]
Faut qu'on se barre d'ici.
On pourrait passer par la montagne. Bon, c'est...
Ça a l'air compliqué, comme ça.
T'as dit "impossible".
Pas si on se fait des crampons.
- Pour aller oĂą ? - Je sais pas.
Je sais pas.
T'as vu la pancarte, c'est une réserve naturelle.
Il doit y avoir une base scientifique.
Tu vois ?
T'en sais quoi ?
J'en sais rien, mais...
Pour observer les manchots.
Une station météo, une sorte de cabane.
C'est pas ce qu'on s'est fabriqué, une cabane ?
On a de l'eau, on a de quoi manger pendant dix jours.
Je croyais que ton frère allait venir.
Ce serait con qu'il arrive et qu'on soit pas lĂ .
J'ai un pressentiment, voilĂ .
T'en as jamais, toi ?
Faudrait déjà arrêter de prendre des décisions de merde.
- Tu dis ça par rapport au voyage ? - Entre autres.
Attends, t'étais contente de partir, toi aussi ?
- Non ? - Ouais.
[raclement]
J'arriverai pas Ă passer par la montagne.
Laura...
Pas grave. On va s'habituer. Demain, ça fera cinq jours.
[Ben] Six jours.
Six.
Alors ils vont bientĂ´t arriver.
[musique intrigante]
- Tiens. - Mets-la lĂ .
- OĂą ? - LĂ , lĂ .
Putain !
[musique dramatique]
[orage]
Qu'est-ce qu'il y a ?
- [sanglot] - Ça va ?
J'ai fait tomber le bidon.
- Allez ! Allez ! - [elle pleure]
Allez, mon cœur.
Je me sens un boulet, je te jure.
J'ai l'impression de tout faire mal.
Arrête, dis pas ça. C'est pas vrai.
Qu'est-ce qu'il y a ?
[soupir]
Je devais rendre mon mémoire aujourd'hui, c'était le dernier jour.
Ils vont croire que je m'en fous.
Mais non. Tu leur expliqueras, ils comprendront.
S'ils comprennent pas, franchement...
[Laura] C'est pas grave.
C'était écrit comme ça, pas grave.
J'irai pas à Genève et puis voilà .
De quoi tu parles, Genève ?
Tu te souviens, quand on était au Cap, j'ai eu un très long coup de fil ?
Avec le directeur d'un labo.
À la fin, ils m'ont demandé de les rejoindre.
C'est super, non ?
C'est un vrai boulot, c'est... Non ?
Ouais.
En plus, ça dépend vraiment d'une super fondation.
Mais bon...
- C'est à Genève. - J'ai compris, oui.
Tu leur as dit quoi ?
Tu leur as dit oui ?
[Laura] Non, qu'il fallait que je réfléchisse.
Et c'est pas sûr qu'ils me prennent.
Ils vont regarder d'autres profils et prendre un jeune.
Tu leur as dit oui.
Sans m'en parler.
[tonnerre]
[rire triste]
Je suis en couple, mais tout seul.
C'est ça ?
- Ça a du sens d'en parler maintenant ? - Oui.
C'est toi qui m'en parles donc ça a du sens. Alors, continue.
T'as prévu quoi, pour moi ? Je dois démissionner ?
Je dis à mon frère de se démerder avec ses camions ?
Je fais quoi ? Je déménage à Genève ?
- Je te suis ? - Mais je t'impose rien.
On se verra le week-end, voilĂ .
Ouais, donc, t'y as quand même bien réfléchi, quoi.
Ça fait deux ans et demi que j'ai repris mes études.
Tu sais pas ce que c'est que ce labo. Je dois te consulter sur tout ?
Tu te fous de ma gueule ?
Tu te fous de ma gueule ?
Me parle pas comme ça.
Quand je te parle de moi, tu la ramènes sur toi.
Ton insécurité d'abord et moi après ?
Attends, hé !
Mon insécurité ?
Tu fais des crises d'angoisse.
- Mais je me soigne. - Ah oui ?
Mmh.
T'es pas capable de me dire que tu te barres à Genève.
Quand tu vas te taper l'autre truie, tu me consultes ?
Ça t'arrange bien, là , le couple tout seul.
À chaque reproche tu vas parler de Chloé ?
- Me dis pas son prénom. - Elle s'appelle comme ça.
Je me disais, trois semaines sans en parler.
Elle me fout la paix ?
Je te rassure, j'en ai rien Ă foutre.
Tu couches avec qui tu veux.
- Moi aussi. - Oui, toi aussi.
C'est ça, ouais. [rire]
T'imagines pas que j'aille voir ailleurs.
[Ben] Non, non.
- Non ? - Non, c'est pas vraiment ton truc.
Non.
Bah détrompe-toi.
C'est ça. T'es pas la personne la plus sexuelle que je connaisse.
Tu t'es jamais dit que tu t'y prenais mal ?
Avant toi, personne s'est plaint.
Personne est resté non plus.
- T'as pas vu un rapport ? - Qui est resté avec toi ?
Le connard qui t'a mal traitée pendant huit ans ?
- Six. - Six, huit, on s'en fout.
Un collègue de bureau, ça fait rêver.
Tu t'y connais en amour. Une grande amoureuse.
Souviens-toi, je t'ai ramassée,
t'étais par terre, t'étais rien.
Tu te rappelles ou pas ?
- T'as fini ? - Non, j'ai pas fini.
Je comprends pas pourquoi tu m'en as pas parlé.
J'ai pas le droit d'ĂŞtre au courant ?
T'es lourd.
C'est moi qui suis lourd ?
C'était pas bien non plus, sur le bateau ?
C'était l'enfer, sur le bateau.
Pourquoi j'ai écrit trois fois mon mémoire ?
T'as pas vu que je t'évitais ?
T'as un problème. Un putain de problème. Tu sais ce que c'est ?
Y a rien qui te rend heureuse. Rien !
Et t'entraînes tout le monde avec toi au fond. Putain !
Tu pèses 30 tonnes, mon frère a raison.
Il a raison.
- Je l'emmerde, ton frère. - Super.
Toute ta famille, je les emmerde.
Super. Tu te plains que t'as pas d'amis,
- mais tu t'entends ? Oui ! - [rire]
Je suis le seul Ă te supporter.
On se fout de ta gueule, t'es gĂŞnante.
C'est comme ça ? C'est ça, ton argument ?
- Personne veut de moi, tu t'y colles ? - VoilĂ .
- Ouais ! - VoilĂ !
C'est pour ça qu'on vit ensemble.
Non, attends, je rectifie.
Tu t'es pointé chez moi avec tes putains de cartons.
Je devais dire quoi ?
"Rentre chez toi" ?
Ça aurait été honnête et juste. Pour une fois.
Je voulais me barrer, tu sais.
Quand tu m'as invitée au resto pour parler voyage, moi, c'était pour...
Je voulais te quitter.
Tu sais quoi ? Vas-y. Va habiter à Genève, vas-y.
Fais ta vie.
Je ferai la mienne, je me débrouillerai très bien sans toi...
Ça ira très bien sans toi.
Ça ira très bien.
Je suis plus la chance de ta vie, alors ?
[petit rire triste]
[musique mystérieuse]
[coups métalliques]
[coups au loin]
[raclement]
[il a le souffle court]
Ça mord ?
Je pĂŞche pas, je guette.
T'as pas compté ? Ça fait dix jours.
Je sais, oui.
[Laura] Pourquoi ils sont pas lĂ ?
J'en sais rien, Laura, je...
T'avais dit dix jours.
J'ai dit ça comme ça, c'est pas à un jour près. Voilà .
En fait, on peut te faire confiance sur rien.
- Voilà , c'est ça, exactement. - C'est ça, ouais.
C'est quoi, ça ?
Faut qu'on chasse.
On tiendra pas, sinon.
[musique intrigante]
[braiments des manchots]
[musique inquiétante]
Allez.
[soupir]
Ah, putain.
[braiments des manchots]
Lequel ?
Y en a un tout seul, lĂ -haut.
[Ben] On dirait qu'il me regarde.
[il souffle] Allez.
Fais le tour !
Faut pas réfléchir.
[braiments des manchots]
[Laura crie]
[le manchot gémit]
[braiments des manchots]
[Laura crie]
[craquement]
[gouttes d'eau]
[il se lave les mains]
[Laura] Viens.
[souffles courts]
[musique douce]
[cri]
[gémissement]
[souffle court]
[toux]
[musique inquiétante]
[soupirs de dégoût]
[la musique s'adoucit]
[petits coups]
[il souffle]
T'imagines quand l'hélico va descendre sur la plage ?
Ils vont halluciner de nous voir comme ça.
En tout cas, si on survit à tout ça, on survivra à Genève.
[il joue "Amsterdam" à la flûte]
♪ Dans le port d'Amsterdam ♪
♪ Y a des marins qui chantent ♪
♪ Et qui chantent... ♪
♪ Elle est là , l'Amsterdam ! ♪
- [rire] - [flûte]
[rires]
[il joue Joy Division]
[rire]
[Laura] C'est quoi, ce truc ?
Si, ça, c'est... c'est...
- C'est "Eyes of Tiger". - Ça n'a rien à voir.
Bah.
Non...
- Pas mal ! - C'est "Billie Jean" ?
- Bah, non. - Non ?
Mais... attends.
Je refais.
Ah ?
- Je sais pas... - Joy Division !
- Ah, oui ! - Eh bah...
C'est ta chanson préférée.
- Mais j'ai pas reconnu. - Ah ben merde.
- [il joue de la flûte] - ♪ Love, love will tear us apart again ♪
♪ Love, love will tear us apart ♪
♪ Apart, again ♪
[cri joyeux]
- [rires] - [musique douce]
[Ben] Pas mal, non ?
Plus rien peut nous séparer maintenant.
Tu peux les ouvrir.
[rire]
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Ça fait un mois.
Faut que je souffle ?
Ouais.
Attends, attends.
Fais un vœu, avant.
[elle compte]
J'ai compté combien ? Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.
Un. Un, deux. Un...
Un, deux, trois, quatre, cinq... Cinq... Cinq, six, sept.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six... Six, sept.
Ça fait cinq semaines.
[soupir]
[musique dramatique]
C'est bon, t'es prĂŞte ? On y va ?
J'arrive.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Quoi ?
- Qu'est-ce que t'as ? - Rien.
Dis pas rien, je vois que t'as pleuré.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Viens, faut y aller tant qu'il pleut pas. Viens.
[il s'éloigne]
[Ben] Ils sont oĂą, les manchots ?
Ils sont oĂą ?
C'est pas vrai !
Comment on va faire, putain ?
Faudra laisser le feu allumé tout le temps.
Faudrait plutĂ´t qu'on parte.
Y a plus de gaz dans le briquet, on prendra l'essence de l'annexe.
On pourrait pas partir ?
L'annexe est pas complètement dégonflée. Avec une voile, ça irait ?
Il reste encore un peu d'essence.
Quoi ?
On va sûrement passer l'hiver ici.
- Mais ça, c'est pas possible. - C'est comme ça.
Je te dis, c'est pas possible.
Tu comprends pas ?
Je crois que je suis enceinte.
J'ai trois semaines et demie de retard.
On mange rien, c'est un dérèglement de...
Je suis déjà tombée enceinte, je connais.
[il soupire]
T'as envie d'avoir un enfant avec moi ?
Oui.
[rire] Bah alors...
Bah alors c'est super.
- Ah ouais ? - Bah oui !
Enfin, quoi ?
On va avoir un bébé, un enfant, mais c'est...
Y a des grosses questions. Comment on va l'appeler ?
[rire]
Je sais pas.
J'ai envie de hurler, d'appeler tout le monde.
On a mĂŞme pas de champagne !
- C'est nul. - Ah ouais, c'est nul.
Mon cœur.
[petits rires]
Quand je vais le dire Ă Alice, elle va pleurer.
Elle l'a dit avant qu'on parte.
Vous allez revenir avec un bébé. [rires]
Hé ! Hé, hé, hé...
Ça va bien se passer, je vais m'occuper de toi.
Je prendrai soin de toi.
Tout ira bien.
[elle renifle] Oui.
Je t'abandonnerai jamais, mon amour. Jamais.
Faut juste tenir encore un peu.
Encore un tout petit peu.
T'as dit qu'on passerait l'hiver ici.
Viens.
Viens lĂ .
Je vais marcher un peu.
Ben !
Ben !
Y a un bateau !
[musique oppressante]
[il crie]
[elle crie]
[ils crient]
[Ben] Ici, lĂ !
Ils nous voient pas. Il faut faire du feu !
- [Ben] Ho, regardez ! - Donne-moi de l'essence !
[Ben] Ho !
- Tu fais quoi, lĂ ? - HĂ© !
Non, faut faire du feu !
- Je vais le rattraper ! - Mais tu peux pas !
- Putain ! - ArrĂŞte-toi !
Ben !
[Ben] Ho !
- Ben, reviens, putain ! - Ho !
Mais me laisse pas lĂ !
- [il crie] - Ben !
Ben !
- Ho ! - Non.
Ben !
[Ben] HĂ© !
HĂ© !
Ho !
HĂ© ! HĂ© !
[il crie]
HĂ© !
HĂ© ! Ho !
Ho ! Ho !
- Ho ! - [le moteur s'arrĂŞte]
Merde !
Merde !
- [le moteur ne démarre pas] - Allez !
Non ! Non !
Non !
[il essaie de démarrer]
Allez !
[sanglot]
[musique dramatique]
[tonnerre]
[fracas]
- [quelqu'un gémit] - [raclement]
Ben ?
[quelqu'un gémit]
Mon ange !
[il tremble]
[Laura] Tu m'as fait peur.
Je croyais que je t'avais perdu.
[musique douce]
Je suis lĂ . Tout va bien.
Chut...
Hé, ça va, je suis là .
Allez, viens.
[il tremble]
Chut.
[il gémit]
Oh !
[il crie] Non ! Non !
[il crie de douleur]
[il pleure]
[elle gémit]
[elle souffle]
J'ai pas le choix.
Regarde pas.
- [il tremble] - Faut pas que tu bouges.
[elle cautérise la plaie]
- Souffle ! Allez ! - [il crie]
Allez, c'est presque fini.
Presque fini !
C'est fini.
C'est fini. C'est bon.
Chut, c'est fini.
[musique dramatique]
[coup métallique à l'extérieur]
[coup métallique]
Pourquoi tu t'es barré ?
Hein ?
Tu savais que j'allais revenir.
Tu le savais.
Non, je le savais pas.
Je...
J'ai essayé...
Je suis désolé.
Je voulais vous sauver.
- Toi, puis le bébé. - Arrête !
J'ai eu...
J'ai eu tellement froid, tu sais.
J'ai eu froid.
Je me suis...
arraché la jambe sur des rochers.
Je savais pas où j'étais.
J'avais tellement mal.
J'ai vu la mort arriver.
Je l'ai vraiment vue.
Alors, j'ai pensé à toi.
Et j'ai pensé au bébé.
[sanglot]
J'ai prié.
J'avais jamais prié de ma vie.
Je voulais que tu sois à côté de moi.
Pardonne-moi.
Pardonne-moi.
[musique dramatique]
[elle jette le bois au sol]
[elle ramasse le tisonnier et souffle sur les braises]
Je te voyais pas revenir.
[elle soupire]
Je m'inquiétais, il fait nuit.
[Laura] Il fait nuit tout le temps, maintenant.
[Ben] Le feu s'est éteint.
C'est ma faute, je me suis endormi. Désolé.
Faut faire un effort.
Je peux pas tout faire pour nous deux.
Pour nous trois.
Je suis désolé, je t'ai dit.
Je m'en fiche que tu sois désolé.
J'ai pas envie de mourir ici.
[succion]
[elle s'éloigne]
[raclement]
[coups]
[vent violent]
[craquements de tĂ´les]
[musique dramatique]
[craquements de tĂ´les]
[elle s'approche]
[Laura] Ça sert à rien, tout ce qu'on a fait.
Ben, il faut qu'on se barre d'ici.
En passant par la montagne ?
C'était ton idée.
Tu feras comment ?
Tu vas me porter ?
Laura, regarde-moi.
Laura. Regarde-moi !
Pourquoi tu fuis, comme ça ?
Qu'est-ce que tu fabriques, la nuit, en secret ?
C'est des crampons ?
Pourquoi tu les caches ?
Je les cache pas.
- J'allais t'en parler. - [rire triste]
Ça sert à quoi de survivre toute seule ?
Tu t'es posé la question ?
[Laura] Tu comprends que si j'attends, je pourrai plus traverser.
Non, s'il te plaît, non.
Me dis pas quand tu partiras.
[musique mystérieuse]
[raclement métallique]
[musique sombre]
[musique mystérieuse]
[souffle du vent]
[elle grelotte]
[gémissement]
Oh, non !
[petit gémissement]
Oh, non.
[soupir]
[le vent souffle]
Six...
Sept...
Huit...
Neuf...
Dix...
[sanglot]
[elle halète]
[gémissement]
[vent]
[elle pleure]
[vent]
[elle gémit]
[vent]
[sanglot]
[musique dramatique]
[elle grelotte]
[gémissement]
[musique mystérieuse]
[souffle court]
[gémissement]
[soupir]
[elle gémit]
[fermeture éclair]
[sanglot]
[clapotis de l'eau]
[écoulement d'eau]
[elle renifle]
[vent]
- Vers "on". - [bip]
Je fais ça ?
[vrombissement] [cri]
Oh, ça marche !
- [grésillement] - [onde]
[grésillement]
AllĂ´ ?
- [grésillement] - [onde]
AllĂ´, quelqu'un m'entend ?
S'il vous plaît.
- [grésillement] - [bribes de voix]
[grésillement]
Y a quelqu'un ?
Help !
Help !
Do you hear me ?
Please...
Do you hear me ?
- [soupir] - [musique dramatique]
[grésillement]
["Volver" Carlos Gardel]
[effort]
["Sonate pour piano n° 26 - Les adieux" Beethoven]
[hurlement d'effort]
[musique rythmée]
[craquement de tĂ´le]
Ben ?
Ben ?
Ben ?
[sanglot]
[elle chuchote] Tu m'entends ?
Je suis lĂ .
Regarde-moi.
Regarde-moi.
Mon ange !
Mon ange...
Pardon.
- Pardon. - [musique dramatique]
Allez, chéri, on lâche pas.
Allez !
Un, deux...
[effort]
Oh, put... Ah !
[gémissement]
On est arrivés.
On est lĂ .
[gémissement]
On est lĂ .
On est arrivés.
On est arrivés.
Allez !
Un, deux...
[hurlement d'effort]
[tintement de vaisselle]
[gémissement]
[tintement de vaisselle]
J'ai perdu le bébé.
Et ça t'a fait mal ?
Non, ça va.
[musique mélancolique]
J'arrivais pas Ă retourner lĂ -bas.
J'avais trop peur.
Je sais.
J'arrive pas Ă vivre sans toi.
Moi, j'arrivais pas Ă mourir sans toi.
[coups de ciseaux]
[elle chuchote] Voilà . Comme ça.
J'ai essayé la radio.
Y a pas de signal. À mon avis, personne nous entend.
Ils finiront bien par nous retrouver.
Et on est pas pressés.
On rentrera Ă la maison quand on en aura envie.
C'est toi, ma maison.
["Volver" Carlos Gardel]
[sirène de bateau]
[musique douce]
["Love Will Tear Us Apart" Joy Division]
[musique mystérieuse]
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