All language subtitles for pyjama 2023

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Original subtitles

Chant des oiseaux

Musique douce

... ...

Musique légère

...

Musique douce

...

Rires, discussion

... ...

...

-Bonjour, M. Victor. -Bonjour.

-Pour votre dernier jour, il y a votre repas préféré.

-C'est très gentil, merci !

-De rien.

Léger brouhaha des élèves

-Buongiorno, professoressa ! -Bonjour, Victor.

Allora, c'est la dernière classe ? -Eh oui.

-Et on vous reverra ?

-Je crois pas. Pour moi, c'est fini pour l'instant.

-Vous en êtes sûr ou certain ? -Ni l'un ni l'autre.

-Vous savez ce que vous allez faire ? -Ah non. Ça, non !

-On ne vous changera pas, Victor.

Petit rire

Mais on vous regrettera, Vittorio...

...

-On va finir par une nouvelle de Dino Buzzati.

C'est l'histoire de Gino,

un garçon amoureux de sa fiancée, Marion, la plus belle fille de Trévise.

On siffle. Marion meurt.

-Oh, bah non !

-Gino est inconsolable. -Oh là là, pauvre Gino !

-Il a perdu le goût de vivre.

Deux années passent, et un soir, ses amis organisent une grande fête.

Ils y invitent toutes les beautés de Trévise, et y a une blonde...

-Forcément. -Ah ouais !

Rires

-Vous suivez, ça change.

... Cette blonde, donc,

ressemble à s'y méprendre à Marion.

Il fait froid, il lui met son pull sur les épaules.

-Bonne drague.

-Ils roulent, elle lui demande de s'arrêter.

-Pour niquer ? -Non, pas pour niquer.

Non. Elle descend, et il essaie de la retenir...

-Il la nique ou pas ?

Sonnerie -Bon, allez, on va arrêter là.

Bonnes vacances à tous. -Bonnes vacances !

-Pas "bonnes lectures"

car vous êtes vraiment... -Le prenez pas mal.

-Oh, mais je sais. -On va le lire, votre livre.

-J'en doute pas. -BONNES VACANCES.

Brouhaha

...

-Oui ? -C'est quoi, la fin de l'histoire ?

-Ça vous intéresse ? -J'adore quand vous racontez.

-Il essaie de la retenir, mais sans succès.

Il la regarde s'éloigner, et n'y tenant plus, il lui court après.

Elle est dans une ruelle.

Il s'avance à son tour. Il aperçoit, au fond,

une grille où un pull rouge est accroché.

Il s'approche... -C'est son pull ?

-Oui, et derrière, c'est le cimetière dans lequel est enterrée Marion.

-C'est comme Orphée et Eurydice. -C'est Orphée qui perd une seconde fois,

au seuil des ténèbres, l'amour de sa vie.

-C'est vrai

que vous revenez pas l'an prochain ? -Oui.

J'arrête pour un an.

-On va vous regretter. -Vous, peut-être.

-C'est si agréable d'avoir un bon professeur.

Quelqu'un qui vous intéresse. Sonnerie

-Allez-y, vous allez être en retard.

Hermine, prenez.

C'est pour vous.

Léger brouhaha

...

Cris des grillons

Chant des oiseaux

...

-Han ! Ah, il fait un temps magnifique !

-Ah non ! Le soleil, non ! -Enfin, il est 8 h, là !

Je pars en mission.

Tu pourrais au moins, pour une fois... Je dis pas me faire un café,

mais te lever sur un coude pour me dire au revoir.

-J'ai pas fermé l'œil. -15 ans que j'entends ça

et que je te dis de prendre des somnifères.

-Je suis contre

les paradis artificiels. Je suis pour l'enfer tel qu'il est.

-Ah ouais... -Et comme disait

notre philosophe grec favori, c'est-à-dire moi :

"Chaque matin, demande-toi s'il est bien utile de se lever pour les dieux,

"pour les hommes, ou pour toi-même." Téléphone

-Oui, Philippe ?

T'es déjà à l'aéroport ? Tu devais pas passer me prendre ?

J'ai dû mal comprendre. Je demande à Victor.

Oui, oui, je demande à Victor.

À tout de suite.

-Lève-toi, il faut que tu m'accompagnes. -Non, non, non.

-Debout, le philosophe ! Je suis en retard.

-C'est pas possible...

Voilà, je suis prêt. -Tu vas pas m'accompagner en pyjama ?

-C'est ma tenue quand t'es pas là. Et puis, il est très chic.

-Mets ça, au moins.

Allez, dépêche-toi ! -Oui, bah, je me dépêche.

(Premier jour de congé, faut se lever à 8 h.)

(Une journée qui commence bien.)

Il soupire.

-Tu te dépêches ? -Oui, oui. Je me dépêche.

-Qu'est-ce que tu fabriques ?

Musique enjouée

On peut rien te demander. Allez !

Coassement

... -Alors, ma Ninette ?

Quel temps, cette semaine ? Beau temps, pluie ?

-Victor !

-Tu me diras. -C'est pas drôle !

Dépêche-toi !

...

J'ai oublié mon dossier. Va chercher la voiture.

...

Non. Je vais conduire.

-T'es bien trop nerveuse. -Et toi, t'es trop lent. Allez.

Tiens. -"Mission numéro 7".

Vous me faites marrer avec vos missions humanitaires.

*Air d'opéra

-Pose ça, ça te regarde pas.

*...

-T'as pas plus triste ? -C'est magnifique.

Ça élève l'âme. -Ça élève l'âme, rien que ça.

-Ce que t'es terre à terre.

Mets ta ceinture.

-C'est aussi triste que si on suivait l'enterrement de la dernière créature

sur terre. -Tu peux pas être sérieux ?

-Surtout pas ! Le sérieux me traumatise.

Musique enjouée

...

-Excusez-moi, le vol de 9h15 ? -Porte A, à votre droite.

-Merci.

Philippe ?

*Sonnerie d'annonce

*-Dernier appel pour les passagers du vol de 9h15.

*Merci de vous présenter porte A

*munis de votre carte d'embarquement.

Léger brouhaha

...

-Tenez.

-Merci.

Vous sauvez souvent les inconnus ? -Seulement ceux en pyjama

dans les aéroports.

Et vous êtes pas un inconnu. -Ah bon ?

-Non, vous vous appelez Paul-Émile, dit Victor,

mari d'Anne, prof de lettres, et vous avez une grenouille.

-Vous êtes private detective ?

-Non, je suis Sofia Krüger.

-Vous êtes parente de Philippe Krüger, l'humanitaire,

le bon Docteur K ? -Je suis sa femme.

Ah ! Attendez, c'est pour moi.

-Vous êtes sûr ? -Sûr.

-C'est gentil. -Où est mon portefeuille ?

-C'est pour moi.

-Je suis confus. Merci, c'est trop gentil.

Oh, c'est pas vrai ! -Qu'est-ce qui vous arrive encore ?

-Anne a les clés de la voiture.

-C'est pas grave, je vous reconduis.

-Ça vous fait pas un détour ? -Vous êtes sur mon chemin.

Mais vite, j'ai ma valise à faire.

Je pars pour Compostelle à vélo. -Pas le pèlerinage ?

-Si, le pèlerinage. -Ça se fait pas à pied ?

-Si, mais à vélo, ça va plus vite. -Pas faux.

Vous partez en groupe ? -Non, seule.

-C'est un peu triste. Et si je venais avec vous ?

-Pourquoi pas ? Vous avez l'habitude de router ?

-J'ai fait quelques randonnées.

-Les cols ne vous font pas peur ? -Absolument pas.

Je suis un pur grimpeur.

Musique douce

...

Hennissement

Vous avez une petite laine ? Il va faire frais, dans les Pyrénées.

-Allez, on roule l'un derrière l'autre en se relayant ?

-D'accord.

Ça me paraît indispensable. Surtout avec le suroît dans le nez.

-Je vois que j'ai affaire à un spécialiste.

-Oh non, juste un amateur.

...

-Hm !

...

-À ce train-là, on tiendra pas 5 jours. Faudra vous économiser un peu.

-Votre grenouille météo, elle est fiable ?

-Elle a l'air de rien, mais avec elle, je sais le temps qu'il va faire.

Plus forte qu'Arpège.

-C'est qui ? Une autre grenouille ?

-C'est Action de Recherche Petite Échelle Grande Échelle.

-Et c'est quoi ?

-C'est un super ordinateur qui découpe l'hexagone en petits carrés.

C'est 300 milliards d'opérations à la seconde.

Avec ma Ninette, une seule par jour,

mais toujours la bonne. -Si ni l'un ni l'autre ne marche ?

-Il me reste mon flair paysan.

Poitevin par mon père, et pour les grandes perturbations,

mon ascendance bretonne m'avertit, mon cher phare de Bénodet m'éclaire.

-Et quel temps va-t-il faire, M. le prévisionniste ?

-J'ai pas consulté ma Ninette.

Mais si je me fie à mon flair paysan, je dirais que...

on va avoir de l'orage.

-J'ai pas peur de l'orage. -Parfait.

Orage

...

-On s'arrête là ? -Parfait.

...

Il va saucer.

Je vais aller regarder s'il reste des chambres.

...

-Il me reste

une chambre avec un lit. -La baignoire est dans la chambre ?

-Vous avez une douche dans la salle de bain. Je vous laisse.

-Faites pas cette tête ! Vous avez insisté pour aller à l'hôtel.

Avec des tentes, on serait au large. -Peut-être, mais trempés. Regardez.

-Bon, j'avoue, un bon point pour vous. Bravo pour le flair paysan.

Alors, on s'organise. Je prends le lit, et vous, la baignoire.

-C'est très inconfortable. -Pas du tout.

-Bah si. -Regardez.

Et voilà.

Téléphone

C'est mon mari.

Allô ? Bien arrivés ? *-Je t'entends mal. T'es où ?

-On est sur le chemin de Compostelle.

On est dans notre chambre. *-T'es avec qui ?

-Victor, le mari d'Anne.

Mais il dort dans la baignoire. *-Tu fous quoi avec le mari d'Anne ?

*Bon, je te passe Anne. *-Bonjour, Sofia. Passez-moi Victor.

-Votre femme. Orage

-Allô ? *-Tu fabriques quoi avec Sofia ?

-On a fait connaissance à l'aéroport. T'es partie avec les clés de la voiture.

Heureusement,

Sofia m'a raccompagné. *-Ça n'explique pas Compostelle.

-Elle m'a proposé de venir. Et vous deux ?

*-Quoi, "et nous deux" ?

-Eh bah, comment ça va, là-bas ? *-Tout va bien.

*On a reçu un accueil fantastique.

*Y a des ONG du monde entier.

*On sent une volonté de faire bouger les choses.

-Ça doit élever l'âme.

*-Tu m'agaces, Victor. -Tout va bien, avec le bon Docteur K ?

*-On travaille en parfaite synergie. -En parfaite synergie ?

Je te souhaite une bonne fin de séjour. Amusez-vous bien.

*-Nous amuser, tu rigoles ?

-Vous vouliez peut-être lui reparler ? -Il rappellera.

-Ça va pas avec votre mari ?

-Vous avez pas vu ce qui se passe avec votre femme ?

-Une sorte de synergie ? -Synergie...

Leur truc, c'est plutôt "lune de miel en humanitaire".

-On peut dire ça comme ça.

-Je vous aide. -Merci.

-Victor. -Sofia.

-Victor. -Oui ?

-Victor. Je vous vois venir.

-Ma main gauche ignore ce que fait ma main droite.

-Honorons-la pour sa discrétion

et suggérez-lui de dire à votre main droite de se calmer.

-Je pensais qu'on pourrait, avec ce qu'ils font là-bas...

-On va pas se venger. Ce serait nul. -C'est dommage.

J'insiste pas, mais...

Vous n'auriez pas un somnifère ? -J'ai du Donormyl.

-Laissez tomber, pas de paradis artificiels.

-Bonne nuit.

-L'enfer tel qu'il est.

-Ça va, Victor, vous suivez ? -Non.

-C'est pas une petite pluie qui va vous arrêter.

-J'ai pas dormi de la nuit. J'ai encore la baignoire dans le dos.

Et vous appelez ça une petite pluie ? On est trempés.

-C'est pas un déluge. Et puis, c'est vous, l'expert.

Pluie

Il souffle.

Pluie

...

Musique douce

...

-Partez devant. On va monter chacun à son rythme.

-Allez, un petit effort !

-Non, allez-y. J'ai plus de jambes.

-Retrouvez-les, et rendez-vous en haut. Allez !

...

Allez !

-Sofia !

Sofia !

Orage

Il souffle.

...

Musique légère

...

Aboiements

...

Aboiements

...

Tiens. Et pourquoi pas ?

Allez. Au diable, Compostelle !

...

*Sonnerie d'annonce SNCF

*-Le TER...

-On peut faire des chansons sur n'importe quelles paroles,

prendre n'importe quel texte. C'est la mélodie qui compte.

Air à la guitare

Tu vois ?

-Je vais me faire choper. -Pour quoi ?

-Parce que j'ai pas de billet.

-On va se donner une contenance. -Comment ?

-On chante, on se dispute. On flirte... Enfin, on ferait semblant.

Ça vous dérangerait ? -Ils nous sépareraient.

"Hé, les inséparables, billets." -Attendez, j'ai une idée.

Avant, dans les trains internationaux, y avait une recommandation en 3 langues.

Et elles exprimaient

le caractère national. -Comment ça ?

-Le français exprime la loi : "Il est défendu de se pencher au-dehors."

L'allemand, lui, ordonne : "Nicht Inauslehnen".

Quant à l'italien, c'est la trouille : "È pericoloso sporgersi".

-Hm...

-Intéressant, j'y avais jamais pensé. Billets, s'il vous plaît.

-Bien sûr, tenez.

-È pericoloso

Sporgersi

-Quant à l'autre, il est dans la sacoche de mon vélo.

-Ne vous donnez pas la peine. Je vous fais confiance.

-Merci.

Les passagers chantent.

-Bon, c'est passé.

...

Vous avez quoi sur les doigts ? -Je peins.

-Ah bon ? -Oui, avec de l'encre de Chine.

Les gens dessinent avec, moi, je peins avec.

-C'est original.

Faites voir.

...

-Merci, en tout cas. -C'était rien.

Vous voyagez souvent comme ça ? -Parfois.

Pour un prix convenable, faut réserver 3 mois à l'avance.

On sait où on sera, 3 mois à l'avance ?

Vous savez où vous serez dans 3 mois ?

-Je sais pas où je serai dans 3 jours. Ni dans 3 heures.

-On s'est pas déjà vus ?

-Je crois pas, non.

-En tout cas, je m'appelle Antonella.

-Et moi, Victor.

-Enchantée. -Enchanté.

Musique calme

...

Je mets mon vélo là.

...

-Bon...

-L'amore è pericoloso !

Mademoiselle,

quand on resquille,

il faut prendre des trains bien remplis, bondés.

Comme ça, vous risquez pas de vous faire prendre.

Et surtout,

vous tomberez pas toujours sur un contrôleur aussi compréhensif

que moi.

-D'accord. -Resquiller è pericoloso !

-Merci.

-Vous avez une bonne étoile. -C'est vous, ma bonne étoile.

-Vous croyez ? -Oui.

-Redites "oui".

-Oui. -Encore.

-Oui, oui, oui.

-Dites "non", maintenant. -Non.

-Encore. -Non. Ça veut dire quoi, ça ?

-Je regarde si la bouche est plus jolie quand elle dit oui ou non.

-Et alors ? -Avec vous, c'est difficile.

-Moi, je préfère dire oui.

-Pourquoi on se quitte ?

-Parce qu'on m'attend.

D'ailleurs, il faut que j'y aille. Au revoir.

-Attendez !

-Non !

...

-... le débat sur le masculin et le féminin dans la littérature.

Christine de Pisan, Madame de Sévigné, Mlle de Scudéry, Madame de La Fayette,

George Sand, Colette...

Pendant longtemps,

les noms féminins sont peu apparus dans les manuels littéraires.

Mais la situation se modifie. Elle a même tendance à s'inverser.

Ça s'appelle...

la parité littéraire.

-Y a même plus d'écrivaines. -Je vous signale qu'"écrivaine"

est un néologisme récent, refusé par l'Académie.

Râlements, rires -L'Académie,

elle a refusé Molière, Balzac, elle a mis un temps fou

à accepter Labiche. -Ce qui me frappe chez les romancières,

ou si vous préférez, les auteur-euh... Râlements

C'est le côté parfois extrême de leur féminitude.

Comparez l'admirable "Baise-moi" de Louise Labé au 16e siècle...

-"Donne-m'en un

"de tes plus amoureux"...

-"JE T'EN RENDRAI QUATRE PLUS CHAUDS QUE BRAISE.

"JE T'EN RENDRAI QUATRE

"PLUS CHAUDS QUE BRAISE."

-Voilà, par rapport

au tellement sérieux Baise-moi du 21e...

- Es ist doch ein Meisterwerk !

C'est un chef-d'œuvre !

-Ça suffit, les coupeuses de roustons !

À bas les écrivaines ! Je suis pour une écriture virile !

Hemingway, Hammett,

Horace McCoy !

-Horace McCouilles, oui ! -S'il vous plaît !

Brouhaha Un peu de calme !

On essaie de faire un débat sérieux !

-Camille.

-Victor.

Hm...

Toujours le même provocateur. T'as pas changé.

-Toi non plus. Ça fait un bail, dis donc.

-Tu fabriques quoi ici ? T'aurais pu me prévenir.

-Je préviens jamais.

-On sait jamais quand tu pars, ni quand t'arrives.

T'es comme ça, toi. Petit rire

Tu viens boire un verre ? -Oui, bien sûr. Attends.

-Et ta femme, ça va ?

-Elle est en mission. Ça va. -C'est un petit "ça va", ça.

-On est toujours mariés. Et toi ? -Plein de trucs.

Frédéric, du débat, on vit ensemble. Et puis, j'ai une fille.

-T'as une fille, toi ? Une fille...

Elle rit. -Elle m'a déjà dépassée.

-Dis donc...

-C'est là. Viens.

-Ça t'embête pas si je prends une douche ?

Elle le sent.

-Hmm ! Ça sent bon ! Elle gémit.

Souvenirs, souvenirs...

Ça te fera pas de mal de prendre une douche. Viens.

T'es mignon comme ça.

Petit rire

-Les concerts, t'en fais toujours ? T'as plus ton piano.

-Je l'ai vendu. -Ah bon ?

-Après la naissance de Victoria, j'avais du mal à monter sur scène.

Un jour, j'ai pas pu attaquer mon solo. Mes mains avançaient plus.

Alors j'ai tout arrêté. Et j'ai repris la librairie.

-T'as plus jamais joué ? -Si, mais pour le plaisir.

C'est ce qui compte le plus, non ? -Tu prêches un converti.

Alors t'as appelé ta fille Victoria ? -Oui.

Peut-être à cause du film qu'on avait vu ensemble, Victor Victoria.

-Ouais.

Tu te rappelles ? Tu m'avais appris ça.

Air au piano

-Attends, je me rappelle.

Je marchais au bord de la Seine

Un livre ancien sous le bras

Le fleuve est pareil à ma peine

Il s'écoule et ne tarit pas

Quand donc finira la semaine ?

Quand donc finira la semaine ?

-QUAND DONC FINIRA LA SEMAINE ?

QUAND DONC FINIRA LA SEMAINE ?

Air au piano

...

-Tu chantes toujours aussi faux. -Merci.

Et ton jules, il fait quoi, à part animer les cafés littéraires ?

-Il enseigne le français. -Comme moi.

-Il a une rubrique dans le journal local.

-Ah, bah comme moi.

-Et il anime le ciné-club. -Comme moi.

-Il s'occupe de politique. -Ah, quelle horreur !

Pas comme moi. Personne n'est parfait.

Et sinon, ça dure depuis combien de temps ?

-Un peu plus de 15 ans.

-C'est pour lui que tu m'as quitté ? -Je t'ai pas quitté.

T'étais marié, je te signale.

-N'empêche que tu m'as quitté. -J'avais mes raisons.

Porte

T'as encore perdu tes clés ? -Non, je les ai oubliées.

-Ça s'est bien passé, ta journée ? -Oui, ça va.

Vous êtes qui, vous ? -Victor, je te présente

Victoria.

Victoria, je te présente Victor, un vieil ami.

-Frédéric est pas là ? J'ai un devoir à faire sur les nuages.

-Parfait. Victor est expert en météo.

Enfin, était.

T'as toujours ta grenouille Margotte ? -Non, maintenant, c'est Ninette.

Mais auparavant, y a eu Paulette, Ginette.

Ah, et j'oubliais la Pomponnette. Elle est partie avec un gros crapaud.

C'est quoi ce devoir, mademoiselle ? -Ça se dit plus. Et tu peux la tutoyer.

-Je continue à dire mademoiselle. Et je tutoie rarement, surtout au début.

-Bah oui, on se connaît pas. Et puis, je trouve ça idiot.

Pourquoi on a pas gardé mademoiselle et appelé les garçons "damoiseaux" ?

C'est deux jolis mots. -Je suis d'accord.

-Montre-lui ton devoir.

-J'arrive.

-Elle est charmante, ta fille. Petit rire

Conversation indistincte

...

Ce qui est intéressant, pour terminer sur quelque chose de moins scientifique,

c'est qu'en peinture, les nuages exprimaient la rêverie.

C'était... -C'est Victor.

-Ah, c'est vous, Victor ! -Enchanté.

-Je m'en suis un peu douté quand je vous ai vu débarquer.

-J'ai pas trop foutu la pagaille ? -Non, au contraire.

Tu peux venir tous les jours, vu le mal que j'ai à les faire réagir.

Ça t'ennuie pas si je te tutoie ? -Si. Même à moi, il dit "vous".

Cloches de l'église

-Comme vous voudrez.

...

Oh là là ! Le ciné-club ! Je suis à la bourre.

C'est moi qui présente le film. -C'est quoi, le film ?

-Moonfleet.

-C'est une histoire de grenouille ? -Non, de contrebandiers.

C'est un film d'aventure.

-Un des plus beaux films de Fritz Lang. -Hm.

-Tu m'accompagnes ? Euh, vous m'accompagnez ?

-Pour Fritz Lang, évidemment !

-Tu dînes ici ? -Bien sûr.

Et Victor dîne avec nous. Tu dors où ? -Je ne sais pas.

-Tu dors ici.

-Bah oui !

-Dans la chambre du train ? -D'accord.

-À tout à l'heure. -À tout à l'heure.

-Tu l'as bien en tête, le film ? -Bien sûr.

-Tu le présenterais comment ? -À la façon d'un conte.

-Bah vas-y.

-Il était une fois un gentilhomme qui écrivait pour se désennuyer

d'horrifiques romans d'aventures.

-Il était une fois un metteur en scène du nom de Fritz Lang

qui aimait raconter des histoires

et qui fit de ce conte oublié l'un des plus beaux films du monde.

-Il était une fois un jeune garçon du nom de John Mohune

qui partit à la recherche de son père, un élégant mais redoutable brigand.

Il fut d'abord repoussé, il finit par doucement l'apprivoiser,

au point que le brigand se sacrifia pour lui.

-Pas mal.

-Il était une fois l'innocence aux prises avec le mal.

Un enfant égaré dans le monde pourri des adultes,

mais qui les obligeait à se révéler à eux-mêmes.

-Il était une fois la rédemption.

-Il était une fois la révélation de l'amour et de la beauté.

-Il était une fois Moonfleet .

T'es sûr que je poursuis ?

-Oui, ça m'intéresse.

-Mais y a personne. -Il y a quelqu'un : moi.

-Je vois ça. -Pour toucher la subvention, il faut :

une animation et une présentation par semaine. Tu tombes à pic.

En plus, tu m'as donné envie de revoir le film.

Vous pouvez envoyer ? Merci.

Bobine qui tourne

Il souffle.

Musique triste

Assieds-toi.

-Je te laisse.

-Tu restes pas ? -Je le connais par cœur.

-Commencez à dîner sans moi.

-Tu t'es brossé les dents ? -Arrête de me demander ça !

-Pas trop tard. Demain, y a la messe. -Oui, j'oublie pas.

M. Nuage ? -Oui ?

-Vous voulez bien me redire le poème ? -Bien sûr.

"Je m'imagine comme un nuage, Errant au gré des vents.

"Je ne suis que de passage. Je m'efface, volage, insensiblement."

Tu aimes ? -Beaucoup.

J'ai l'impression qu'on l'a écrit pour moi. C'est de qui ?

-De moi. -C'est très joli.

"Je m'imagine comme un nuage, Errant au gré des vents."

-Victor ? -Oui ?

-Tu viens m'aider à faire ton lit ? -J'arrive.

C'est à ta fille ?

-Non, à Frédéric. Son grand-père était chef de gare.

-Ah.

-Ça te rappelle rien ? -Non.

-Le soir de la fête pour mon anniversaire.

-C'était ce soir-là ? -T'avais pris une sacrée cuite.

Tu te rappelles pas ? -Ah non, j'étais bourré. Excuse-moi.

Quand on l'a fait pour la première fois, c'était pas la première fois ?

-Passe-moi la taie d'oreiller.

Le train siffle.

...

Le sifflement s'amplifie.

...

T'es là depuis longtemps ?

-Avant que ça déraille.

Regardez-moi ce travail.

Il souffle.

Je me sentais un peu seul dans la salle. Maintenant, on est trop nombreux.

J'aimerais bien que vous partiez. -On se vouvoie, maintenant ?

-Que tu te casses.

-C'est juste un baiser de rien du tout. -Comment ça ?

-Oui, comment ça ? -C'est juste un baiser de retrouvailles.

-Ça, un baiser de retrouvailles ?

Un baiser aussi fougueux ? Ardent ? Voluptueux ?

-Baveux ! -Bon, ça va !

-Non, ça va pas. Il se tire ! -Écoute, ça fait des années

que j'avais pas vu Victor, gâche pas tout pour un petit baiser !

-Elle recommence. C'est vexant. -Vous allez me flanquer la migraine.

Tu passes à table ? -J'ai plus faim.

Et Victor, il a juste le temps de prendre un hôtel.

-Tu vas pas le mettre dehors comme ça ? -Il s'en va !

-Ton défaut, c'est l'importance que tu te donnes.

À 20 ans, se prendre au sérieux, c'est possible et pardonnable.

À 30, c'est fâcheux, à 40, c'est inacceptable,

à 50, c'est carrément pitoyable.

-Dehors ! La porte, monsieur ! -Oh, c'est pas toi qui me mets dehors.

Bonsoir, Camille. Merci.

"Un joli coup de passé", comme disait Jouvet.

Il rit. Dialogues de Jeanson.

Je vous souhaite un grand bonheur.

-Ah non ! Tu vas pas partir comme ça.

Musique enjouée

Au revoir. -Au revoir.

Au revoir.

...

-Et mon train...

...

Frédéric soupire.

Regarde-moi ce travail.

...

Il l'a cassé. Rire nerveux

...

Musique mélancolique

...

... Conversation indistincte

...

Cloches de l'église

...

Il expire.

Moteur qui vrombit

...

T'es encore là. Ça m'évitera de t'écrire.

-M'écrire quoi ?

-Ce que Camille t'a jamais dit. Victoria est ta fille.

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? -La vérité.

-Je me méfie des vérités qui surgissent comme ça.

-Tu sais quel âge elle a, Victoria ? Elle va avoir 16 ans.

-Mais ça veut rien dire, ça. Pourquoi Camille m'en aurait pas parlé ?

-T'étais marié. Et t'aurais pas été à la hauteur.

C'est moi qui l'ai élevée.

Le père, c'est moi, maintenant ! Tu peux oublier.

-Alors pourquoi tu me racontes tout ça ? -Pour t'emmerder ! Et je t'emmerde !

On s'est tout dit. Je te laisse digérer la nouvelle.

T'en as pour quelques années, et ça me plaît !

Connard !

Chant chrétien

...

Musique légère

...

... Il rit.

...

... ...

...

Conversation indistincte

-Bonjour. -Bonjour !

Corne de brume Elles rient.

-Vous avez peur qu'on vous le pique ?

Je m'appelle Karine. -Et moi, Delphine.

-Cette année, j'avais deux élèves avec les mêmes prénoms.

Deux inséparables. -Comme nous. Vous êtes prof ?

-Oui, mais j'arrête pour un an. -Vous allez faire quoi ?

-Peut-être la météo, tiens.

-Moins courant. -On a le droit à l'erreur.

-En météorologie,

il s'agit plutôt de marge d'interprétation.

-Et là, vous faites quoi ?

-C'est-à-dire ? -Vous êtes en vacances ?

-Non, je me balade. Je remonte le temps.

-À vélo ? -Oui, à vélo.

C'est léger, ça passe partout. Partout où le destin nous entraîne.

-Et si le destin t'entraînait sur un bateau qui descend la Maine ?

-Avec deux belles filles comme vous, j'aurais bien tort de refuser.

-Vous avez déjà navigué ? -J'ai même remonté l'échelle de Sardy.

-Quelle échelle ? -16 écluses sur le canal de Bourgogne.

-La Maine, c'est plus peinard. Y a que cinq-six écluses.

-On t'embarque ? -Oui.

Pourquoi pas ?

-Là, vous prévoyez quel temps ? -Pas de précipitations. Un ciel clair.

-J'ai faim. T'as mis où les tomates pour ce midi ?

-T'as toujours faim. -Il est presque midi.

Tu révises tes nœuds ?

-Oui, ça fait un bail.

-Tu sais cuisiner ?

-Sans me vanter, je sais tout faire.

Chez les Éclaireurs, mon totem, c'était Pinson serviable.

J'étais de corvée de patates.

On adorait mes frites. -Tu connais le chant des Éclaireuses ?

-Non. -"Dans la forêt lointaine" ?

"Chanter à perdre haleine" ?

L'appel de la forêt

-COUCOU JEANNETTE, COUCOU CHEFTAINE COUCOU, COUCOU, COUCOU

-Hé ! -COUCOU JEANNETTE

COUCOU, COUCOU, COUCOU -Vous pourriez pas passer plus loin ?

-Ta gueule, connard !

-Qu'est-ce que tu dis, pétasse ? -Gros lard !

-Descends un peu,

qu'on s'explique !

-Tu cours pas assez vite, gros con !

-Descends !

-Vous aimez les rapports conflictuels.

-Je peux pas blairer les pêcheurs. -Y a pas plus pacifique !

-Je hais les pacifiques. -Ah, d'accord.

J'espère qu'ils vont pas nous attendre à l'écluse.

-Tu vas voir ta gueule !

-Salut ! Vous voulez venir boire un verre avec nous ?

-Je vais préparer le dîner.

-Un bon vin du Layon !

-À plus tard ! -Merci !

-Ah, tu as ramené un bon dîner !

-Et voilà.

Cassoulet de Castelnaudary sur son lit de lingots du Quercy.

Si on se régale pas avec ça. -Comme maître-queux, tu te poses là.

-J'ai pas trouvé le pinard, il est où ? -On boit pas.

-Même pas une bière ? -Non, puisqu'on boit pas.

-Je vais passer chez les Suisses. -Pas d'alcool sur le bateau.

-Le capitaine Haddock serait bien malheureux.

-Bah il serait bien malheureux.

Elles rient.

Baisers, gémissements

-Oh, bah... Bah vous vous embrassez ?

-Bah oui.

-Mais vous êtes, euh...

-Oui.

-J'aurais jamais deviné. -Ça se voit pas ?

-Pas du tout. Enfin là, ça se voit très bien, mais...

Elles rient. Bon, bah je vais vous laisser.

-Tu veux pas plutôt

aller fumer une clope ? -Je fume pas.

-Alors va boire un coup avec les Suisses.

-C'est pas faux, oui. -Et prends ton temps.

Tout ton temps.

Elles rient.

Conversation indistincte

-On l'attendait ! -On m'appelle !

-Ah, bah venez donc ! Montez donc ! On a du bon vin du Valais.

On voyage jamais sans. -Tes copines viennent pas ?

-Elles dorment déjà. C'est des couche-tôt.

-Ah, bah oui, c'est couche-tôt, ça. Vraiment !

-Elles savent pas ce qu'elles perdent ! -À LA NÔTRE !

-Ah là là, ça fait du bien ! Ah !

-Un gars qui a soif. La petite sœur, hein !

-Formidable. Merci. -Tenez.

-Tu vas pas me dire qu'il te fait craquer ?

-Il est pas mal, quand même.

-C'est pas suffisant.

-D'accord, d'accord. Mais il a l'air très sain, ce Victor.

Et ça compte, ça.

Et puis, moi, il me plaît.

C'est pour ça qu'on l'a fait venir. -Bah moi, je préférais la PMA.

T'es sûre que c'est la bonne période ? -Je suis pile dedans.

On peut recommencer dans les jours qui viennent.

Plusieurs précautions valent mieux qu'une.

-Non, non. Je te vois venir, toi.

Il te plaît, en fait.

-Très bien. Merci beaucoup. -Glisse pas, attention.

-À bientôt !

-Non, on fait le pot de yaourt. -Mais non, c'est galère.

Là, c'est l'occasion rêvée. Le type de passage...

On le reverra jamais. -Hm...

Pas qui approchent

Hm...

-Euh... voilà.

On a un petit service à te demander. -Allez-y, dites-moi.

-Karine et moi, on voudrait un enfant. On s'est demandé

si toi, tu... -Attention, on veut l'élever seules.

À deux, en couple.

On va pas te faire un dessin. -Attendez...

C'est pas très romantique.

Laissez-moi une seconde, il faut que je me parle.

Ce matin, j'apprends que j'ai une fille, on veut pas que j'en sois le père.

Là, on me demande de faire un enfant, on veut pas que j'en sois le père.

Ça doit être ça, le karma. Ça doit être mon karma.

-Alors ?

-Alors...

Alors... Alors c'est possible ! Chez les scouts, mon autre totem,

c'était Coq hardi, alors si vous y tenez, c'est d'accord.

Avec laquelle des deux... ? -Delphine.

-Super. On fait ça quand ? -Le plus tôt sera le mieux.

-Alors, allons-y.

Go. -Allez, c'est parti !

Il gémit.

Baisers, gémissements

... Karine se racle la gorge.

-Si vous me matez, ça va jamais marcher.

-Moi aussi, ça me coince. Laisse-nous seuls, mon loulou.

-Je vous laisse cinq minutes.

Il gémit. Mais je vous ai à l'œil !

Gémissements

...

Les gémissements s'amplifient.

...

-Oh non, c'est pas possible ! Dans ces conditions, je peux pas !

-Laisse-nous ! Il râle.

Gémissements

Delphine jouit. -Ah, ça suffit !

Ça suffit ! Oh, putain !

Delphine continue de jouir.

Gémissements T'as joui, là ?

-Oui, c'était bien. -Oui, c'était bien.

-Un homme, ça peut être pas mal.

-Tu te fous de ma gueule ?

-Calme-toi, Karine.

-Je t'ai pas sonné, tu te casses !

-Mais non. -Tu te casses !

Casse-toi ! -Hé oh !

-Mais oh !

Karine !

-Le plaisir, c'est bon pour la conception et ça fait de très beaux enfants.

Faudrait remettre ça, pour être sûr. -Je veux plus voir ta gueule !

-Dommage pour toi, ton fils sera mon portrait.

-Dégage ! -Vous avez choisi un prénom ?

Parce que moi, j'aime bien Eudes. Eudes ! Eudes !

Musique douce

...

-Vous avez rendez-vous ?

-Et vous ?

Vous attendez quelqu'un ?

-Depuis longtemps. Peut-être depuis toujours.

-J'espère que j'ai pas fait fausse route.

-Y a beaucoup de fausses routes. Peut-être qu'il y a que ça.

...

Vous me quittez encore ?

...

Vous allez où ?

...

Fracas

-Moins de bruit, bon Dieu !

Allez. Voilà.

Voilà. Allez, attention.

Oui, c'est lourd, c'est normal.

Tu veux ma photo ?

-Vous dérangez pas, je fais que passer.

-Victor ?

Paul-Émile,

dit Victor ?

Tu me remets pas ? Jules.

Jules César.

-Mon prof de latin ? C'est bien vous ?

-Je suis toujours Jules César, mais je suis plus prof de latin.

Tempus fugit ! Le temps passe. "Les Boitis..."

-"SONT DES TRICS ET DES TRACS ET DES MERDES DE RATES

"QUI CHIENT DES PLEINS PANIERS."

"LES BOITIS SONT DES TRICS ET DES TRACS ET DES MERDES DE RATES

"QUI CHIENT DES PLEINS PANIERS."

-Tu t'en souviens ?

-On la chantait à chacun de vos cours, après la sonnerie.

Vous êtes devenu déménageur ?

-Pas exactement. Bon, allez, dépêchons !

Dépêchons ! Donne-nous un coup de main.

-OK. -À trois pour porter une chaise ?

Allez, allez !

Alors, voyons un peu cette montre. Je crains le pire.

-Antonella ! Décidément, on se quitte pas.

-Vous vous connaissez ? -On a fait un bout de chemin ensemble.

-Faux !

Allez, allez !

Allez, allez ! Ce qu'ils sont tasons ! Roh !

-On s'est vraiment pas déjà rencontrés ? Je crois qu'on a couché ensemble.

-Je voudrais pas être goujat, mais je crois pas.

-Je suis sûre de pas me tromper.

-On opère dans toute la région, mais on vole que ceux qui se gavent.

Les gens absurdement riches.

Impôt révolutionnaire. -Ça a l'air un peu risqué, votre truc.

Vous pourriez vous faire choper. -Tu sais ce que disait Oscar Wilde :

"Il est jamais recommandé de donner un conseil.

"Mais donner un bon conseil,

"c'est proprement criminel."

-Vous et vos fameuses citations.

D'ailleurs, vous lisez toujours autant ?

-Oh...

Je relis. Mais même pour ce que j'ai aimé, je fais comme Stendhal,

je saute les passages trop pénibles, et il y en a.

Et toi, tu fais quoi ? -Je suis prof de lettres.

-Ouille, ouille, ouille.

J'ai dû rater mes cours. -Je prends une année sabbatique.

Je suis un vagabond pas rasé.

-Ah oui... Alors, en pleine crise existentielle ?

-Existentielle ? Non, pas vous ! Pas de gros mots !

-Finalement, j'ai pas tout raté. -Non, je suis

on the road, en vadrouille. -Monsieur ?

-Oui. Je reviens.

Aïe ! Il souffle.

Et encore, je porte rien.

Il rit.

Bon, allez, à nous.

-Un peu plus que l'autre fois.

-Alors, bon...

-Tarif de nuit.

-Oui, bah non, tiens. Vous ramenez que de la drouille.

-Le Grau-du-Roi. -Bah quoi, le Grau-du-Roi ?

-C'est pas là qu'on s'est rencontrés ? -J'y ai jamais été.

-Ça pourrait pas être à Henri IV ? J'y ai fait mon hypokhâgne.

-Non, et après, vous avez fait quoi ?

-La philo m'a beaucoup déçue.

C'est creux, c'est bavard, ça veut absolument rien dire.

-Bravo, mademoiselle !

Les philosophes n'ont aucun argument à opposer aux nihilistes.

-L'arrêt de vos études vous aura été bénéfique.

Il vous a permis de monter sur l'échelle de la délinquance.

-Oui.

Avant d'être délinquante, j'ai fait quelques métiers.

La philo, j'ai arrêté

parce que...

-Ce qu'aimait Antonella, c'est de pas suivre les règles...

-En fait, après la philo...

-Faire des expériences.

-J'ai peur des chevaux, et du coup...

-Sa présence ici en était une.

-Les pilotes et tout...

Je me rassois. Encore du saucisson ? -Non, merci.

-T'as jamais pensé à faire autre chose avec ce qu'est devenue l'école ?

-Avant non, maintenant j'y pense. Au lycée, les professeurs...

n'ont plus leur mot à dire, ça me fatigue.

-Ça te rend triste ?

-Triste, moi ? Certainement pas.

Moi, j'aime être heureux. -Ah, voilà.

Comme tous les vrais clochards, enfin, comme ils étaient avant.

Heureux du ciel, heureux du vent,

heureux des arbres, de la couleur des feuilles, de la naissance du jour.

Sans oublier...

Pour devenir un vrai clochard, faut que je te prête des vêtements neufs.

Allez.

Voilà. -Bah dis donc.

-Allez.

La première chose qu'on regarde, c'est l'état des godasses.

Oh là ! Tu chausses du combien ? -45.

-45. J'ai ça.

-Ah, c'est un peu plus rêche que ma peau.

-C'est vrai que t'as la peau douce. Il rit.

-Voilà !

-Merci.

-Alors ? -C'est du cachemire ?

-Cachemire millionnaire ! Ça appartenait à un sénateur socialiste.

J'ai même eu un lot de vigognes. C'était la veille des législatives.

Tout le monde pensait que c'était des mecs de droite.

Voilà, donc ils ont tout viré. Mais ça, c'est encore...

C'est de la belle qualité. -Ah bah ça !

-Voilà. Hm.

Eh oui.

Eh oui, ça... On sent bien la gauche, là.

Il rit.

Antonella gémit.

-Bonjour. Baiser

-Bonjour.

Musique douce

Baiser

Antonella gémit.

...

-T'avais raison. C'était pas toi, c'était un autre.

Elle gémit. Il rit légèrement.

...

On s'habille ? -Non, pas tout de suite.

-Ah bon ? Tu restes en pyjama ?

-Oui. Le pyjama, c'est l'uniforme de la grasse matinée.

Et la vie doit être une longue grasse matinée.

-J'ai une surprise pour toi.

-Ah ! On dirait ma Vespa.

-C'est ta Vespa.

-Celle que je vous avais vendue ? Vous l'avez gardée ?

-Je ne jette jamais rien. Numquam nihil auferet mittent.

-Et elle marche encore ? -Comme neuve.

On l'a chouchoutée. Si tu la veux, tu la prends.

Petit rire

-Waouh !

-Comme dirait Proust en croquant dans sa madeleine.

-Tous ces souvenirs qui me reviennent.

-Tada ! -Oh !

-Pas mal, hein ? -Mieux que ça.

Sirène -Je dois voir mamie. Tu m'emmènes ?

-J'ai des livraisons à faire.

-Je t'accompagne, si tu veux. -D'accord.

Il rit.

-Ave, Jules César.

Ça m'a vraiment fait plaisir. On se revoit avant 15 ans.

Le moteur vrombit.

-Comme neuve !

...

-"Les Boitis sont des trics et des tracs Et des merdes de rates

"qui chient des pleins paniers !"

-Alea jacta est.

Il rit.

Jeunesse...

Pourtant, je ne porte toujours rien. Il gémit.

-Mamie habite là et tu fais des casses ? -Et si c'était pour l'amour de l'art ?

-Si c'est pour l'amour de l'art, je dis plus rien.

-Tu vas voir,

ma grand-mère, c'est pas n'importe qui. -Vous êtes en retard.

-Je sais, Bernardo. Mi dispiace. -Presto.

-Dis-moi, est-ce que...

Musique triste

...

... Sanglots

... ...

(Elle est morte !) (-Je t'expliquerai.)

(-Je dérange, je te laisse.) (-Tu restes.)

-Qui parle ?

...

Et j'entends plus

grand monde pleurer. Elle rit.

... Oh non !

Non, Jacqueline, vous êtes censée sangloter.

Le fou rire, ce sera pour le véritable enterrement.

C'est pas la première fois qu'on répète.

Oh, Antonella, ma chérie ! Tu es venue à ma répétition.

Et t'as amené un beau jeune homme.

Je veux de la jeunesse. Vous comprenez, monsieur... ?

-Victor. Absolument d'accord. Surtout pour le "beau jeune homme".

Elle rit. -Allez !

Ça suffit pour aujourd'hui.

Elle soupire.

Allez, de l'air. De l'air, de la vie.

Elle rit.

Mais alors cette musique, c'est d'un sinistre.

Non, non. Qu'en pensez-vous, Bernardo ?

-Effectivement, vu le tempérament de Madame, je trouve ça un peu...

-Conventionnel. -Exactement. Trouvons autre chose.

-Pourquoi pas un tango ? -Oh non !

C'est lugubre, un tango. Borges le disait bien :

"Le tango, c'est une pensée triste qui se danse."

Non, non, il me faut de la gaieté pour mon enterrement.

Je... Oh, une samba !

Allez, venez, Bernardo.

*Musique rythmée

C'est pas du tout une samba, ça. -Boh...

*...

-Vous avez raison, c'est joyeux. Elle rit.

*...

Oui, oui !

*...

Victor ! Elle rit.

...

-Bernardo.

...

-C'était un plaisir, Victor.

On se tutoie, après s'être enlacés ? -Bien sûr.

-Alors souviens-toi, tous les premiers mercredis du mois, à la sirène,

il y a répétition.

-Je ferai de mon mieux.

-À tout à l'heure. -À tout de suite.

Musique triste

...

Je regrette que ça ait pas été avec toi.

...

Tu veux pas rester ? -Si, mais...

c'est compliqué.

-Pourquoi ?

C'est moi qui te le demande. Explique-moi.

-Pour expliquer, faut comprendre. Je me comprends pas.

-Moi non plus.

Personne se comprend.

...

... Le moteur vrombit.

... ...

...

Chant chrétien

...

-AU CIEL, AU CIEL, AU CIEL

J'IRAI LA VOIR UN JOUR

AU CIEL, AU CIEL, AU CIEL

J'IRAI LA VOIR UN JOUR

J'IRAI LA VOIR UN JOUR

C'EST LE CRI D'ESPÉRANCE

QUI CALME MA SOUFFRANCE

AU TERRESTRE SÉJOUR

AU CIEL, AU CIEL, AU CIEL

Moteur qui vrombit

...

-Elle est belle, votre Vespa !

-Vous êtes pas mal non plus !

...

Conversation indistincte

...

-Pourquoi vous nous regardez comme ça ? On vous plaît ?

-C'est pas ça.

Vous permettez ? -On vous en prie.

-En voyage en Bavière,

j'ai connu une Allemande qui vous ressemblait étrangement.

Elle s'appelait Erika.

-Vous l'aimiez ?

-Beaucoup, oui. Et elle, un peu trop.

-On aime jamais trop. -Hm.

-Elle était très romantique. On naviguait sur le lac Wannsee.

Elle voulait qu'on se noie en faisant l'amour.

Pour partir sur la plus haute note.

"Auf die höchste Note."

Comme le poète Kleist et sa fiancée Henriette.

-Et alors ? -Et alors j'ai pas voulu.

-Ah. Vous n'êtes pas très poète. -Pas comme ça.

Il gémit. -Ça va pas ?

-Je vais saigner. -La tête en arrière.

-Absolument pas. Trouve-moi un mouchoir.

-Je me sens pas bien. -Faut appeler un docteur.

-Je m'en occupe.

Dr Pascal, Dr Rostain,

Dr Laporte... -Laporte ? Quelle adresse ?

-Rue du Gué de la Dive. -Mais c'est ce bon vieux Jean-Félix !

Il est toujours là ? Il s'est enraciné.

-Mademoiselle, bonjour. -Vous saignez pas beaucoup.

-Mais ça va pas du tout. Pas du tout. -Non ? Levez le bras.

-Vos vertiges vont disparaître. -Merci, docteur.

-Allez, au revoir, Mme Prévot. Mes amitiés à votre mari.

-Docteur.

Le malade du canal vient d'arriver. -Merci, Rozenn.

-Jean-Félix !

-Victor ! Mais ce vieux Victor ! Mais ça me fait plaisir de te voir.

Et en plus, t'as la barbe ! Ça te va bien.

Qu'est-ce qui t'amène ? -Rien du tout.

-Quand même un petit malaise. -Mais non, regarde.

-Moi, je vous laisse. Les clés du scooter.

Au revoir, docteur. -Voyons ça. Tout de suite à droite.

-Alors ?

-Oh, mon pauvre vieux. -Quoi ?

-Pas toi... -Quoi ?

-Tes symptômes, c'est signe d'une angine de poitrine.

-Quoi ?

-La tête...

T'as rien, couillon !

-Oh, quel con ! Oh, dis donc ! -Parles-en quand même à ton médecin.

-J'en ai pas, je leur fais pas confiance.

Si je meurs, j'en ferai pas une maladie.

Rire forcé

Il rit. -Bon, en attendant,

tu vas me prendre ça. Un tous les soirs pendant trois jours.

Tu veux pas de nouvelles de Florence ? -Bah si.

Vous êtes toujours ensemble ? -Plus que jamais.

Elle est chez sa copine, elle rentre pour le dîner.

Tu nous fais le plaisir de rester ? -Bien sûr.

-Parce que j'ai un petit Jasnières de derrière les fagots.

Faut se soigner par le vin ! C'est un axiome !

-Si c'est un axiome, alors...

-La salle de soins est par ici.

Et voilà ta piqûre !

-Oh ! Téléphone

...

-C'est elle. Il décroche.

Oui, ma chérie ?

*-Ça va ? -Oui.

Devine qui est là. *-Je sais pas.

-Bah devine !

*-Aide-moi. -Victor.

*-Victor ? *Aboiement

-Oui, Victor.

Il aboie.

Le Victor de ta jeunesse.

...

Ton ex-fiancé.

*Aboiement *-Ah !

Il aboie. *Ah oui.

*Finalement, je rentre pas dîner. -Comment ça ?

*-J'ai promis à Hélène. -Il va être déçu.

*-Bisous. -À tout à l'heure.

Il raccroche.

Désolé, elle a promis à Hélène de dîner avec elle.

Tu bouffes avec moi ?

-Oui, bien sûr. C'était marrant, ce truc.

-Quel truc ? -Les deux chiens, ils se parlaient.

-Comment ça ?

-Quand le chien du téléphone a aboyé, le tien a remué la queue.

-Ah, mais t'as raison !

T'as raison. Bah oui, c'est Léda.

-C'est qui, Léda ? -La chienne de Vladimir.

-C'est qui, Vladimir ? -Le maître de Léda !

Mon meilleur ami. Rhumato. -Ah, OK.

-Oh, nom de Dieu. -Quoi ?

-Oh, putain.

Oh, les salauds. Oh, la salope. Elle est avec lui.

-Qui, lui ? -Avec Vladimir.

Putain ! "Je dîne avec Hélène, je dîne avec Hélène."

Il m'a bien pris pour un con, mon meilleur ami !

-C'est toujours le meilleur ami !

Et il s'appelle souvent Hélène.

Jean-Félix !

On n'est même pas sûrs ! -Un aboiement, ça ne trompe pas !

-Je t'accompagne, tu vas faire une connerie.

Musique enjouée

Moteur qui vrombit

...

Gémissements

...

...

Fracas -C'est quoi, ça ?

-Tu t'en fous, viens.

-T'es dingue, pourquoi tu fais ça ?

Une Austin toute neuve.

-C'est moi qui l'ai payée !

(-Aïe, aïe. Oh là là.)

-Oh !

-Jean-Félix ! Tu regardes pas si c'est ouvert ?

...

-Oh ! C'est ton mari.

-Quoi ? -C'est ton mari !

-Jean-Félix ? -T'en as un autre ?

-C'est pas vrai ! Non, fait chier, merde !

-Je m'en occupe. -Mais qu'est-ce qu'il fait ?

Il se racle la gorge. -Jean-Félix !

Jean-Félix, c'est pas du tout ce que tu crois.

-T'es en caleçon dans l'escalier et c'est pas ce que je crois ?

Propos indistincts

Il gémit.

-Qu'est-ce qui t'a pris ?

-Arrête ! -Ça te fait quoi avec qui je couche ?

Me dis pas que tu savais pas ! -Non !

Non ! Pour les autres, je savais, mais pour Vladimir, non !

-Comment ça ?

-Quels autres ?

-Victor ? -Quels autres ?

-Vous allez pas tous vous y mettre ?

Qu'est-ce que tu fous là ? -Je suis là.

-Qu'est-ce qu'il fait là ? -Ça va, toi ?

-J'ai le poignet cassé. -Il t'a fait mal, ce con ?

T'as l'épaule de travers, mon chéri. -Il me faut un massage.

-Tu l'as vraiment abîmé. -Je l'ai pas touché.

-Comment ça ? Espèce de brute ! Hein ?

Brute ! Voilà ce que tu es.

T'as mal, hein ? -Bah oui, j'ai mal.

-Ma chérie.

-Bah et moi ?

-Victor, rends-toi utile.

Il t'a fait mal, ce con.

-Luxation acromio-claviculaire. -Ah bon ?

-Il t'a bien abîmé. -Il s'est fait ça tout seul !

-C'est ça, tout seul. -Je te ramène à la maison.

-Tu peux pas conduire. Puis faut que je m'occupe de Vladimir.

Bon, je vous emmène à l'hôpital. -AH NON, PAS L'HÔPITAL !

PAS NOUS !

-Oh,

ils sont douillets, ces toubibs. Au moindre bobo, ils font tout un drame.

-Excuse-moi, mais là, le drame, ils le font pour un autre genre de bobo.

-Oui, mais à notre âge, à notre époque, avec tout ce qui se passe,

et chaudasse comme je suis, faut qu'ils aient du temps à perdre.

Et tu vas où ? -Nulle part.

-On va faire un tour ? -Oui.

-C'est dommage. -Qu'est-ce qui est dommage ?

-Qu'on se soit séparés.

Souvent j'y pense, parfois je regrette.

-Tu m'as quitté pour Jean-Félix.

-C'était une erreur. -Une bourde.

-Une bêtise.

-Une ânerie.

-Une faute. -Une connerie.

-ET LE TOUT EST UNE OPÉRETTE. "SIX BOULETTES" ! "CIBOULETTE" !

-T'es faite pour le vaudeville. -Ça doit faire partie de mon charme.

-Tu sais lequel tu vas retrouver ?

-Bah non, je sais pas.

Je les ai peut-être épuisés tous les deux. Y en a d'autres.

Et toi, tu vas où ?

Tu sais où tu vas ? -Bien sûr que non.

Tu veux que je te le dise ? Car moi, je le sais.

Tu te cherches, comme tous les hommes.

-Ah bon ?

-Et tu ne t'es pas trouvé, comme tous les hommes.

Alors comme tous les hommes, tu vas rentrer chez toi.

-Chez moi ?

-Chez toi.

On va retrouver maman. Maman !

Maman !

Il rit. Ma petite maman que j'aime !

-Calmez-vous,

je ne vous en veux pas ! -Oh, grazie signora.

-J'étais emportée par le rythme.

-Qu'est-ce qui vous arrive ? -Oh, Victor !

Je me suis lancée dans une rumba avec Bernardo,

et voilà, une cheville brisée. -Oh...

-C'est foutu !

Un an de travail pour avoir un magnifique enterrement,

et ils sont capables de me faire crever dans cet hôpital.

-Si votre heure est pas venue, c'est pas un médecin qui va vous tuer.

Le bon médecin, c'est celui qui guérit un malade sur dix.

Les neuf autres guérissent spontanément.

-Sans son aide ? -Exactement, sans son aide.

-Vous avez raison, on peut rien prévoir.

Faut se laisser porter comme un bouchon à la surface de la rivière.

-C'est ce que je fais en ce moment. -Ah, c'est très bien. Continuez.

C'est ce que disait Auguste Renoir.

Ce peintre qui peignait des grosses.

Disons des femmes un peu fortes, avec plein de couleurs.

Il en faut pour tous les goûts.

Il disait : "Il faut se laisser porter comme un bouchon au fil de l'eau."

N'oubliez pas. Comme un bouchon au fil de l'eau.

Musique légère

...

... Moteur qui vrombit

... ...

...

Elle sursaute. -Oh.

Quel accueil. Qu'est-ce qui se passe ?

-Tu te fous du monde ?

Tu disparais, et quand je rentre de ma mission humanitaire épuisée,

qu'est-ce que je trouve ? La maison dévalisée !

-Quoi ? -Oui, on a été cambriolés !

-Beaucoup de vols ? -Oui !

Heureusement, pas mes bijoux, cachés dans les Pensées de Pascal.

-Ah, ton livre-boîte ? C'est une bonne planque, bravo.

-C'est tout ? -Hm.

Et Ninette ? -Y a plus de Ninette.

-Ils ont piqué l'aquarium ? -Non, mais il était en miettes.

-Elle est morte ? -Je sais pas.

Elle a dû se tirer par la porte, par la fenêtre !

-C'est pas possible, c'est pas possible !

-La maison a été cambriolée, mais y a que ta grenouille qui compte.

-Mais... je rêve !

Ça sert à quoi ce cirque humanitaire si tu te détaches pas du matériel ?

Tu peux me le dire ?

-Tu as parfaitement raison. -Merci.

-Et ce dont je vais me détacher, c'est de toi.

-De moi ? -Oui, de toi. Je te quitte.

J'ai décidé de vivre avec Philippe. Ou plutôt on a décidé de vivre ensemble.

-Mais alors, tu t'en vas ? -Non, tu t'en vas.

Moi, je reste. La maison est à moi. -Je vais aller où ?

-C'est toi, le prévisionniste. Ce soir, tu dors en bas dans ta cave.

-C'est mon sanctuaire ! Vous avez pas touché à mon vin ?

-Non, Philippe ne boit pas.

Il rit. -Il boit pas ?

Il a vraiment tout pour plaire. C'est quoi, ça ?

-Des somnifères, pour t'aider à dormir et à oublier tes malheurs.

Tu voudrais qu'on mette le lit où ? -J'aime bien dormir la tête au nord.

Anne rit. -Pourquoi tu dis ça ?

Musique pesante

...

Il souffle.

Coassement

-Pendant qu'elle s'envoie en l'air

Avec son humanitaire,

je préfère rester dans mon sanctuaire.

Hein, ma p'tite mère ?

Il rit.

...

Il expire. Ma p'tite mère.

Hm.

J'aurais dû me finir au vin rouge. Au Médoc.

Médoc sur médocs.

Il rit. C'est bon, ça.

Du Médoc. Médocs.

Il vomit.

Il toussote.

-Il a de la chance, l'alcool et le benzodiazépine font contre-effet.

-Faudrait pas l'emmener à l'hôpital ? -Surtout pas.

-Une bonne nuit de repos, et il ira mieux.

-Et ta clinique ?

-Pitié, pas chez les fous !

-Tu pourrais suivre une cure... -Je veux pas faire de cure !

Plutôt crever !

-Si tu voulais crever, fallait pas te rater.

-Vous... Vous...

C'est pas parce que vous baisez ma femme que je vous autorise

à me tutoyer !

-C'est bien la peine de te soigner, t'es qu'un sale con !

-Sale con toi-même !

Il halète.

Salaud

d'humanitaire, va.

Espèce de saloperie d'humanitaire.

Victor halète.

-Oui, allô ?

Musique mélancolique

...

Il sursaute.

-Je suis où ? Qu'est-ce que je fais ici ?

-Vous êtes à l'hôpital.

Vous avez un peu forcé sur l'alcool. Vous vous souvenez pas ?

-Rien du tout.

-Vous devriez vous rendormir.

...

-"Gino, nous comprenons tous ta douleur, mais inutile d'en rajouter.

"Toi qui étais le plus joyeux d'entre nous."

Pauvre Gino. -Vous connaissez ?

-J'adore ce livre.

-Moi aussi.

C'est ma fille qui me l'a fait lire. Elle a eu un super prof de français.

-Vous êtes la mère d'Hermine. -Comment le savez-vous ?

-C'est moi, son prof de français. -Vous êtes M. Paul-Émile ?

-Dit Victor, oui.

-Vous vouliez mourir ?

-Ma femme s'est barrée avec un autre.

Mais je m'en fous. Il bâille.

Je crois que je vais dormir.

Elle est chouette, votre fille. Ravi de vous rencontrer.

-Allez, reposez-vous.

Rires d'enfants Musique rythmée

... ...

-C'est quoi, la fin de l'histoire ?

... ...

C'est vrai que vous revenez pas ?

-Oui, c'est vrai.

Sonnerie du lycée

Musique douce

...

Hermine ? Qu'est-ce que vous faites ici ?

-Maman a dit que vous étiez à l'hôpital. -Elle sait que vous êtes là ?

-Non, elle dort. Je voulais vous tenir compagnie.

-C'est gentil, mais vous pouvez y aller. -Non.

-Comment ça, non ?

-Je t'aime et tu m'aimes aussi. -Quoi ? Mais vous n'y pensez pas ?

-Où est le problème ? -Vous savez pas ce que vous dites.

Vous avez pas 18 ans. -Si, je les ai.

-Mais c'est impossible ! Si on rentre, j'aurais l'air de quoi ?

-D'un professeur amoureux de son élève. -Bah c'est impossible !

Ah non, je vous en prie.

-Qu'est-ce que tu fais là ? -Je cherche ma mère.

-Elle a déjà fini son service. -Je me suis trompée, je me sauve.

-Qu'est-ce que tu fais là ? -Victor !

Monsieur !

Conversation indistincte

Monsieur !

Sirène des pompiers

...

Musique mélancolique

...

-Salut !

Fracas Il crie.

...

Musique mélancolique

...

Chant chrétien

...

... Cloche

...

-Qui êtes-vous ?

-Je suis Sibylle, et je préside ce tribunal.

-Quel tribunal ?

-Ces femmes sont là pour te juger. Tu leur as fait du mal.

-Mais du bien aussi. -Au jugement dernier,

seul compte le mal que tu leur as fait.

-Et celui qu'elles m'ont fait, il compte pas ?

-Tu te défendras en temps utile.

Nous allons procéder par ordre chronologique.

Il y a 25 ans, un été, t'as gravement lésé une jeune Allemande.

Elle m'a parlé d'une barque,

celle où vous avez fait l'amour sur le Wannsee, à Berlin.

-Oui, Erika,

je me souviens.

C'était formidable. -Tu l'as offensée.

-Comment ça ? Elle avait l'air très satisfaite,

très contente. -Elle t'a fait une proposition.

Que tu as refusée.

-Elle voulait qu'on se noie en faisant l'amour.

Pour partir ensemble... -Ensemble "sur la plus haute note".

-Oui. -Comme le poète Kleist et sa fiancée.

-J'avais aucune envie de mourir.

-Bref, tu l'as déçue,

et elle t'en veut toujours.

-Elle était folle. T'étais folle ! Je l'ai échappé belle.

-Pour faire le malheur d'autres femmes, Florence la première.

-Florence ? C'est elle qui m'a quitté,

pour Jean-Félix, qu'elle a quitté pour Vladimir.

-Florence t'accuse de n'avoir rien fait pour la retenir.

Tu t'es même marié tout de suite après. -Là, tu te goures.

J'étais déjà marié. -C'est vrai.

C'est ce dont Anne se plaint.

T'as jamais cessé de la tromper. Y compris avec Camille.

Et tu lui as fait un enfant dans le dos. -En toute innocence.

Je l'ai appris y a quelques jours.

-Et pourquoi faire à Camille l'enfant que t'avais pas fait à Anne ?

-Parce qu'Anne n'en voulait pas. -C'est vrai.

Mais t'as profité de sa mission pour t'acoquiner avec Sofia,

la femme

du bon Docteur K.

-Alors là, j'hallucine. C'est Anne qui a commencé !

En installant son toubib chez moi pour baiser au-dessus de ma tête.

Quant à Sofia, je l'ai même pas touchée.

-C'est précisément ce qu'elle te reproche.

Tu l'as laissée tomber, en pleine forêt,

bien avant Saint-Jean-Pied-de-Port.

-C'est pas de ma faute. J'arrivais plus à suivre.

-Victor.

Alors ça n'est jamais ta faute, avec les femmes.

Classique !

-Classique, peut-être, mais vrai.

-Karine et Delphine peuvent aussi en témoigner.

-Karine et Delphine ?

Elles voulaient un enfant, je leur ai fait.

On me reproche quoi ?

-Delphine se plaint de ne pas être enceinte.

Tu n'as pas rempli ta mission.

-J'avais prévenu qu'il fallait remettre le couvert.

-Attention,

ta vulgarité alourdit ton dossier.

-Bien sûr,

ça y est.

J'ai compris. Avec toi, j'aurai toujours tort.

-Une fois de plus, tu te débines. Tu as passé ta vie à te débiner.

-Je vais vous dire, pour moi,

la première qualité d'une femme,

ça doit être l'indulgence.

Huées Oui, parfaitement ! L'indulgence !

...

Si, l'indulgence.

...

Cloche

-Désolée, Victor.

-Ouais.

Et Antonella ?

-Antonella, elle est là.

C'est même la seule à te défendre.

Musique douce

...

Elle expire, puis inspire profondément.

Il toussote.

Soupir de soulagement -Erika ?

Elle rit. -Victor, je suis Elke, pas Erika.

Vous avez dû rêver, c'est à cause du choc.

J'ai jamais voulu me noyer.

...

-Ça va aller ?

On va repartir. Vous voulez venir avec nous ?

On visite la France. -Je viens de la visiter.

À vélo, à Vespa, à pied, en train, en bateau même.

...

-Alors, Victor,

vous venez ?

...

-On se met là ? -Oui.

Elle gémit.

Il expire.

-Ah, il bouge. -C'est vrai ?

-Attends, là.

Tu sens ? -Oui.

Elle rit.

-Eudes ! Eudes !

-Mon chéri, va pas trop loin !

-Eudes ! Eudes, attends-nous.

-Attends-nous !

-Eudes, c'est pas mal comme prénom, t'en penses quoi ?

Cri, rires

Il rit. -Ouais, c'est pas mal.

-Moi, ça me plaît.

Conversation indistincte

...

Eudes...

-Je passais au bord de la Seine

Un livre ancien sous le bras

Le fleuve est pareil à ma peine

Il s'écoule et ne tarit pas

Quand donc finira la semaine ?

Quand donc finira la semaine ?

Quand donc finira la semaine ?

Quand donc finira la semaine ?

Musique mélancolique

...

Musique légère

...

...

Musique rythmée

...

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