All language subtitles for 1984.Fort Saganne (fr)

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Original subtitles

---

Musique douce

Aboiements ---

---

-Qu'est-ce que tu fais là ? Va-t'en !

Allez !

-Charles. ---

Charles, viens, Charles. ---

Faut pas regarder chez les gens. ---

---

La musique s'amplifie

---

-Charles ! ---

---

Charles.

Viens, papa nous attend.

Maman serait contente. Elle est à nous, maintenant.

-Pas encore.

Tiens.

Rires

-Arrête !

Musique douce Bruits de marteaux

--- ---

-Alors ? Déjà fatigués ?

-Papa, j'ai réfléchi.

Ta nouvelle idée d'agriculture tropicale,

-Electrique. -Oui, électrique.

Tu vas dépenser tout ton argent.

Tu vas t'endetter pour une affaire incertaine.

-Incertaine ?

-Oui, incertaine.

-Tu n'y connais rien. C'est l'avenir, ça.

-Arrête, papa.

Je veux que Lucien, lui fasse Saint-Cyr jusqu'au bout.

Et il faut finir de payer la maison.

Ce sera notre maison.

Termine ton contrat à Madagascar et reviens.

-Je ne suis pas mûr pour la retraite.

Je t'empêche d'aller au Sahara, moi ?

Va l'ensabler, ta carrière, va !

-Toi, tu oses me dire ça ?

Tu m'as retiré du collège, fait moisir de caserne en caserne.

-Charles, papa !

Arrêtez ou je reprends le train. Pour une fois qu'on est ensemble,

tous les trois.

-Tu pars quand ?

-J'embarque dans 3 jours.

-Tu es comme moi. Il te faut de l'espace, hein ?

---

Arabe

---

Doucement, les pivots. Alignez-vous.

---

Regardez sur votre gauche.

Allez, nom de dieu !

Sonate au clair de lune (Beethoven)

---

Musique douce

---

Horloge

---

-Désolé pour l'attente, colonel.

-Mes respects, M. le Ministre.

-Alors, vos bédouins s'agitent ?

Ils nous mijotent des dissidences ?

-Je pars à Marseille ce matin.

-C'est pour ça que le Président m'a convoqué.

-Il s'intéresse aux nomades du Grand Sud ?

La République a découvert que mes bédouins sont ceux de la France ?

-Le Sahara est à vous, vous avez tous les pouvoirs,

ne vous plaignez pas de ce qu'elle vous fiche la paix.

-Vous allez avoir l'occasion de rendre service au Président.

Un service amical, pour une de ses cousines.

---

-Prends garde, Saganne.

Le père s'appelle De Saint-Ilette.

Du côté de la mère, c'est cousin du Président de la République

par les femmes.

Bête, d'accord, mais attention, méchant.

Tu leur fais peur, Saganne.

Tu n'as rien, donc rien à perdre.

Un seul moyen de te faire accepter d'eux,

mourir pour eux.

Alors ils font de toi un héros.

Ils t'ont laissé devenir officier.

Avec tes grosses pattes.

Tu sais pourquoi,

l'Ariégeois ? Pour les servir.

-Je suis là pour ça.

Je me fous de leur fille, de tout.

Ca fait 6 mois que je croupis dans ce bled.

-Ca y est, l'appel du Sud, le Sahara...

Sa Majesté Dubreuilh, l'empereur des oasis

va s'arrêter chez nous.

-Le colonel ? Je le croyais en France.

-Il redescend dare-dare. Ca bouge, dans le Sud.

Les tribus guerrières

qu'il avait ralliées sont parties.

-Il arrive quand ?

-Mercredi prochain.

On coupera pas au méchoui chez le Caïd,

avec tous ces pékins endimanchés.

-Laissez-moi lui montrer mes spahis. Les chevaux, les gars sont bien.

Je veux qu'il m'emmène.

Sacré Saganne.

Quand je te vois comme ça,

j'ai presque envie de vivre.

-Sabre en main !

-Sabre !

Main !

-En avant !

Arabe

Musique épique

---

Cris ---

---

-Formez la ligne !

Youyous

---

-Ah, c'est lui...

-Remettez...

...sabres !

Musique épique

---

Youyous

-Magnifique.

Applaudissements

---

---

Musique traditionnelle

---

-Alouette, gentille alouette,

alouette, je te plumerai

Musique traditionnelle

---

Hennissements

-Chouffe mon lieutenant, la Française.

Musique traditionnelle

---

Applaudissements

---

Murmures

---

-Descendez de ce cheval.

-Laissez-moi.

-Madeleine, descendez.

Vous êtes contente de vous ?

-Vous, lâchez ma fille !

-S'ils font des petits, dites à la mère de m'en garder un.

-Le salut d'une famille est entre vos mains.

-Le salut des hommes est entre les mains de Dieu.

Continuez à faire résonner la parole de Jésus sur cette terre.

-Lieutenant Saganne, mon colonel.

-Lieutenant, je n'ai aucun goût pour les mascarades.

L'armée n'est pas un cirque,

il est temps qu'on vous l'apprenne.

Et je vais m'en charger.

Départ demain matin,

cinq heures.

On va vers le Sud.

Jusqu'au Hodh.

Ce sera tout.

Rompez.

---

-J'ai fait ça pour toi.

-Je veux pas manger.

Je veux pas dormir.

Je veux pas vivre sans lui.

-Il reviendra.

---

-"Mon cher Lucien,

"as-tu reçu mon dernier mandat ?

"Il n'y a que le travail pour s'élever.

"Pioche, sors major de Saint-Cyr. Après, tu pourras

"te laisser aller à ta pente rêveuse.

"Nous plongeons

"vers le Grand Sud.

"Plus de la moitié du Sahara à parcourir.

"Là-bas, ça va mal.

"L'émir Mekalla, jusque-là allié de la France,

"s'est enfui avec ses tribus.

"De l'autre côté de la frontière, il y a un autre chef de tribu

"très puissant, Sultan Omar.

"Il n'a qu'une idée : la guerre sainte contre les Français.

"Dubreuilh est un modèle de chef.

"Mais en 3 semaines, je l'ai peu vu.

"Il m'écarte de la colonne : missions de reconnaissance,

"ravitaillement, les corvées sont pour moi.

"Il me met à l'épreuve, mais il ne m'aura pas,

"au contraire.

"Je savoure ces longues courses solitaires avec Embarek.

"J'apprends le désert.

"Ici, tout est immobile. Nous apporterons le mouvement."

---

Arabe

Yallah !

---

Musique solennelle

---

-Trop vite. Trop vite le colonel.

Dans trois jours, le chameau il tombe.

-Il ne ralentira pas, il est pressé.

Attention, voilà le chef du protocole.

Avec les ordres.

-Le colonel donne le dîner ce soir.

Il a dit "à 7 heures".

Toi aussi.

-Grandiose, non ?

Comme si nous étions en promenade dans le parc de son château.

-Vous préparez un ouvrage sur les sectes musulmanes ?

-Et c'est une curieuse idée ?

-Pourquoi, curieuse ?

-Parce que je suis juif, pardi.

Et qu'un Juif qui s'intéresse à l'Islam...

Vous ne le saviez pas ?

-Je n'y avais pas pensé.

Pourquoi les tribus de l'émir Mekalla sont parties ?

Le commandant en poste, Wattignies, n'est pas à la hauteur.

Dubreuilh et Mekalla sont de la même race.

Je leur ai servi d'interprète, dès le début.

Deux seigneurs du Moyen-Age.

En plein rêve.

-Chez les grands nomades,

nous devons donc nous appuyer sur les tribus nobles.

-Puis je vous faire une remarque ? -Une seconde.

Calon-Ségur, 1904. Ca vous va ?

Je vous en prie, M. Hazan.

Les nobles ne travaillent pas, ils vivent de la guerre,

de razzias, du pillage des oasis et des caravanes.

Notre mission est de mettre fin à l'insécurité, leur raison d'être.

Pour les seigneurs du désert, l'ordre, c'est la famine.

-Ce que vous dites est passionnant.

Mais à vous écouter, on finirait par se demander

ce que fait la France ici, M. Hazan.

-Qu'en pense le lieutenant Saganne ?

-Le lieutenant...

ses racines paysannes le protègent des idées générales,

lui.

Messieurs,

j'ai du travail.

Bonsoir.

-Vous devez penser, vous aussi, que nous ne faisons que critiquer.

Etes-vous antisémite, M. Saganne ?

Agitation

---

-Qu'y a-t-il ? ---

---

-Mon lieutenant, lui, c'est mon frère.

Il veut déserter. Il dit qu'on crève tous.

Alors j'ai donné un petit coup dans la jambe, pour qu'il

reste tranquille et ne perde pas sa solde.

-Fais-lui un garrot. J'appelle le colonel.

-Non, le colonel travaille, il a dit personne !

Pas le déranger !

Pas le déranger !

-Je ne dors pas ! Qu'est-ce que vous foutez là ?

Lieutenant !

Ca se traîne, cette colonne. A partir de demain, 60 kms par jour.

Donnez les ordres.

---

Le scorbut.

Il sera mort ce soir.

Musique lente

---

-Allah Akbar.

Arabe

Nous, les méharistes, on meurt partout.

Arabe

La colonne est loin, maintenant.

Tu te fatigues beaucoup.

---

-Mon colonel.

Nous arrivons au fort de Wattignies dans la matinée.

Tâchez d'être présentable.

Allez, dépêchons, dépêchons.

---

-Je te plumerai la tête, et le bec, alouette

Alouette, gentille alouette Alouette, je te plumerai

Cris

---

---

-Voilà le comité d'accueil.

Cris

---

-C'est rien. Ne vous laissez pas impressionner.

Ce ne sont pas des nobles. Petites tribus vassales. Rien.

Musique militaire

---

-Remontez... armes !

Musique militaire

---

-Mon colonel, voici le plus grand Jean-foutre du Sahara,

le commandant Wattignies !

-Saganne, emmenez-moi ce crétin.

Hennissement

Applaudissements

---

Youyous

---

Cris de joie

---

-Maréchal des logis, Vulpi Victor.

Dix ans de Sahara.

Deux fois cassé de son grade, j'ai pas honte de le dire.

Faites excuses, mon lieutenant.

Dubreuilh est là, fini les conneries !

Du balai, Wattignies !

-Ca suffit !

-Toi, l'enfant de Marie, va voir dans ton missel si j'y suis.

Jean-foutre, Wattignies ! Parfaitement !

Des guerriers, les hommes bleus. Et basta !

Wattignies, toujours sur leur dos.

"Cassez des cailloux, plantez des fèves."

Les corvées, les amendes.

Aux seigneurs du désert.

Ils ont foutu le camp, et c'est la merde !

-Taisez-vous !

-Tu iras les chercher avec de l'eau bénite ?

-Vulpi !

-Je sais...

Je vais aller au trou.

Attends-moi, je reviens.

Allons boire une canette. On trinque pas tous les jours

avec le fils d'un collègue.

-Votre père est bien sous-officier ? -Oui.

-C'est le téléphone arabe. Un pet de travers dans le nord,

et tout le Sahara est au courant.

-Bravo, Wattignies.

Beau travail.

Il vous vient parfois à l'idée de regarder la carte ?

Ici,

à l'abri derrière cette soi-disant frontière,

le sultan Omar attend une occasion de nous attaquer.

Pourquoi Mekalla et les tribus ralliées à lui sont-elles parties ?

Pour aller cueillir des fraises ?

-Elles désobéissaient.

-Pour quoi faire ? La carte, bon dieu, la carte !

Mekalla renverse son alliance avec moi. Pour Sultan Omar.

Nous sommes pris en tenailles, éjectés de la région.

C'est simple, Wattignies.

Même pour vous !

Je vous avais pourtant dit de leur foutre la paix.

-Ce sont des pillards. -Taisez-vous !

Vous ne pouvez pas les comprendre.

Je veux plus vous voir ici.

Vous remontez dans le nord.

Je vais aller chercher Mekalla là où il est.

Et le ramener par la peau des fesses.

Vous avez des chameaux frais ? Les nôtres ne tiendront pas.

-Ils sont près des ruines de Jhallaouia.

Il n'a pas plu, et... -Saganne !

Partez me les chercher. Vous vous reposerez en revenant.

C'est loin, mais vous aimez les promenades.

Et la ville fantôme de Jhallaouia vaut bien une suée.

Messieurs.

Prenez Vulpi avec vous.

Il vous sera utile.

On le cassera à son retour.

C'est la troisième fois, ça peut attendre.

En tout cas, c'est un vrai Saharien, lui.

---

-Je reviens.

-Ca va, mon lieutenant ?

-Fous-moi la paix !

Toux

---

Musique orientale lente

---

---

Musique orientale lente

---

Blatèrement

---

---

-Les chameaux, c'est à moi.

Arabe

-Qui es-tu ?

-Les chameaux sont à moi.

-Aux bergers de Tit. -Le ksar de Tit est à moi.

-Les bergers, ils sont pas à toi ?

Arabe

-Ca, c'est à moi.

Je te le donne.

Prends-le.

---

J'ai 40 chameaux, je t'en donne 10.

-20. -15.

-17. -15, pas un de plus.

Arabe

Lieutenant Saganne.

-Tu connais mon nom ?

-Moi, c'est Amajar.

-Amajar...

Chef des Ouled Nemma. 50 guerriers.

Ta femme est la fille de l'émir Mekalla.

Arabe

Fais attention, Saganne.

T'es malade.

---

-Geindroz.

Allez voir s'il m'a bien ramené mes chameaux.

-Je suis aussi ariègeois. Je vais m'occuper de toi.

-Me touchez pas !

-T'es à bout, c'est tout.

-Laissez-moi.

Je me suis trompé. C'est trop dur pour moi.

Il a raison, Dubreuilh.

Moi, c'est la parade,

les costumes.

Mais pas ici, non, pas ici.

Pas ici, je suis fatigué.

Je suis fatigué.

-Classique. Le coup de bambou.

-J'ai pas besoin de bonne soeur.

-Je suis toubib.

-Foutez le camp !

-C'est bon. Démerde-toi.

De la quinine et beaucoup d'eau.

---

"Mon Lucien.

"On passe à travers ce pays comme une épée à travers le feu.

"Une vraie forge. Comment résister ?

"S'il suffisait de volonté et de courage...

"S'endurcir ne suffit pas.

"Il faut se simplifier."

Violoncelle

---

Violoncelle Percussions traditionnelles

---

Violoncelle

---

---

-Joue, continue.

---

-Elle s'appelle Demla.

Elle te tente ?

-Je suis pas ici pour passer mes nerfs sur des enfants.

-Pourquoi es-tu venu au Sahara ?

-Et toi ?

-Comme tout le monde, pour ne plus être ailleurs.

Mais j'ai un but.

Etre le seul à jouer du violoncelle à dos de chameau.

Méfie-toi, Saganne.

Méfie-toi de tout leur fourbi.

La mystique du désert, le dépassement,

la mission civilisatrice de la France.

-Mon lieutenant.

Départ demain matin.

On va au camp de Mekalla.

Garde à vous !

Je vous présente mes petits, César et Marius.

---

Musique douce

---

-L'émir Mekalla, c'est celui du milieu, à côté du colonel, en blanc.

Ils discutent depuis trois jours.

Mekalla accepterait de rentrer avec nous.

Mais d'autres chefs de tribus, non.

Des jeunes, pas faciles à raisonner.

-Toi, t'es guéri.

Hamdoullah.

Arabe

-Saganne !

-Attends-moi.

-Alors, ces fièvres ?

Vous êtes remonté sur votre bête ?

Tout le monde y passe.

Moi aussi, hein.

Vous avez gagné la confiance de cette tête de pioche.

Ca tombe bien.

Il m'emmerde depuis trois jours.

Vous allez me le retourner, Saganne.

Ou il est avec Mekalla, avec nous, ou avec Sultan Omar, contre nous.

-Mon colonel... -Je compte sur vous.

---

Bruit de toile

-T'écris la lettre à ta femme ?

-C'est pas ma femme.

Arabe

C'est bien.

Pourquoi ils t'ont envoyé ici ?

Arabe

---

---

Tu as tué ton frère ou quoi ?

-C'est moi qui ai voulu.

-Tu veux quoi ?

Arabe

Le colonel, lui, il sait ce qu'il veut.

-Et toi ?

-Je suis avec moi, et c'est tout.

Arabe

---

Avec les Français,

c'est toujours comme ça.

Ici,

c'est comme ça.

Rires

Violoncelle

---

-Ca y est, Saganne, j'y suis arrivé. Je suis le seul, au monde !

Violoncelle

-Mon lieutenant !

Mon lieutenant !

Amajar est parti avec tous ses guerriers.

Tous les Ouled Nemma.

-Amajar est ami avec le lieutenant, mais il fait ce qu'il veut...

Dubreuilh, a voulu aller trop vite.

Il racontait cette nuit à Mekalla qu'Amajar était rallié.

Grâce à toi.

-Personne ne lui demande de se soumettre.

Mais je ne peux pas admettre

et mon ami Mekalla non plus,

que les chefs de tribus se mettent à foutre le camp la nuit.

C'est une brèche impossible dans notre autorité.

Sultan Omar n'attend que ça pour nous déferler dessus.

Je compte sur vous.

Saganne,

ramenez-le.

Musique envoûtante

---

-"Mon cher Lucien, nous marchons depuis 17 jours.

"C'est le vrai désert, et je suis mon propre maître.

"Je poursuis les Ouled Nemma

"et son chef Amajar, dont on ignore les intentions.

"Va-t-il passer à l'ennemi ?

"En tout cas, une chose est sûre :

"si je ne le retrouve pas, les autres chefs suivront son exemple.

"Ce serait la débandade. Chaque jour compte.

"Devant nous, c'est l'Erg Chech.

"Aucun Européen n'y a pénétré.

"Nemchou Yallah. Marchons à la grâce de Dieu."

Musique lyrique

---

Tempête de sable

---

-Plus de trace des Ouled Nemma.

Il reste peu d'eau.

Si on continue tout droit, je sais pas quand on trouve le puits.

C'est toi qui décide.

-On continue.

-Inch'Allah.

-Encore en train de prier, Geindroz ?

-Non, je n'y arrive plus, je ne peux plus prier.

-Désolé, Geindroz.

Pour ça, je peux pas vous aider.

Musique lyrique

---

-Mon lieutenant !

Geindroz s'est arrêté.

Il veut plus marcher.

Mon lieutenant.

-Hé, Geindroz.

Fais pas le con, debout.

Geindroz.

Allez.

On sera au puits avant ce soir, je te le promets.

-Vous savez pas où est le puits.

Depuis le début vous savez rien !

Vous savez rien !

On va tous crever. A cause de vous.

Pour prouver à Dubreuilh que vous êtes un vrai chef ?

Il se fout de vous, Dubreuilh.

Il s'est toujours foutu de vous.

Vous savez pourquoi il vous a pris ?

Pour que vous arrêtiez de compromettre

la fille de Saint-Ilette.

Tout le monde le sait, sauf vous !

-Mon lieutenant !

Mon lieutenant !

Viens vite ! Les pisteurs ont trouvé des traces !

C'est pas des Ouled Nemma.

Des Berabers.

Ils ramènent des prisonniers.

Ils ont encore attaqué le village de Ouled Cheikh.

Attaque.

Attaque, mon lieutenant.

Il y a du butin et des femmes.

Les Berabers,

tu approches, ils tirent.

Ils ont de l'eau.

Pas nous.

-Vous vous êtes déjà battu ?

-Non.

-Moi non plus.

Cris

---

Tir

---

-Allah Akbar.

Tirs

---

-Feu !

Tirs

-Feu !

Tirs

Feu !

Tirs

---

On les a eus ! On les a eus !

On les a eus !

-Embarek.

Va voir Messaoud, je crois qu'ils l'ont tué.

Sonne le rassemblement, on peut pas poursuivre.

---

Langue africaine

---

-Ils disent qu'ils ont marché longtemps, leur pays est loin.

Là-bas, il y a le fleuve, les animaux.

De grands arbres, mais pas des palmiers.

-Jamais je suis descendu là-bas.

Avec eux dans les bagages,

jamais tu rattrapes Amajar.

-Mon lieutenant !

Mon lieutenant !

Il y a des tirailleurs avec un capitaine.

---

-Section,

halte !

---

-Lieutenant Saganne.

Capitaine Baculard d'Arno.

Commandant du 3e district du Nord-Soudan.

-La providence vous envoie.

-Nous sommes tombés sur un réseau Beraber.

Je me demandais que faire d'eux.

-Vous savez où vous êtes.

-J'en suis pas sûr.

-En Afrique-Occidentale française.

Sur mon territoire.

Ce réseau m'appartenait.

Je le pistais depuis 15 jours.

-Je vous laisse le butin. Les chameaux et les fusils.

Et ces gens, qu'il faut ramener chez eux.

-Ils peuvent crever, vos nègres.

-Je dois poursuivre ma mission.

-Vous vous foutez de moi ?

Je vous l'interdis !

-Je suis seul habilité à parlementer avec les Ouled Nemma.

Je vous demande d'accepter de vous charger de ces gens.

-Je n'ai pas de consignes à recevoir d'un petit merdeux.

-Fermez-la et partez.

-Alors je les ramènerai.

-Nous partons pour

le Fleuve Sénégal.

-Petit trou du cul !

-Colonne, en avant !

-Demi-tour Saganne ! C'est un ordre !

Un pas de plus et je fais ouvrir le feu.

-Colonne, halte !

---

-Laissez-moi passer.

-En garde !

---

-Tirez vous-même. Et sur un officier français.

Colonne... en avant !

---

-Tape, mon capitaine. Vas-y, tape !

Cris

---

Musique lyrique

---

-Colonne, en avant ! ---

---

-"Si tu me voyais, mon petit frère, tu n'en croirais pas tes yeux.

"J'en crois à peine les miens."

Rires, cris de joie

---

Musique lyrique

"Quelle embardée j'ai faite.

"De la méditerranée au Sénégal.

"Tout un continent."

Musique lyrique

"Nos négrillons ont abouti à l'orphelinat des Soeurs Blanches.

"Retrouvera-t-on leurs familles ?

"Et les femmes, après ce qu'elles ont subi,

"quel père, quel mari voudra les reprendre ?"

Percussions

---

-Alouette !

Chant moqueur

-Alouette, alouette, alouette !

Percussions

---

-"Un homme a refusé de nous quitter.

"Il s'est attaché à mon sous-lieutenant.

"Encore une recrue pour la France."

-Si vous voulez qu'ils le laissent tranquille, dites qu'il est à vous.

Vous êtes choqué ?

-Oui.

-Cessez de vous torturer. Vous avez trouvé ce que vous cherchiez, vous.

---

"Mon cher père, ici je suis accueilli en libérateur.

"Ici, je suis un grand homme.

"J'aimerais tant que tu sois avec moi.

"Ici on juge un homme sur ses actes, pas ses origines.

"Maintenant je dois retrouver Amajar.

"Si je réussis, j'exigerai de mon chef, le colonel Dubreuilh,

"qu'il me dise si oui ou non il m'a emmené sur ordre

"pour m'écarter des Saint-Ilette."

---

-Les voilà,

tes Ouled Nemma.

---

-Vous aviez raison. Baculard d'Arno est un fou.

---

-Amajar.

---

-Qui t'a recousu ?

-C'est lui tout seul. Mais avec sa jambe, il est foutu.

-Mon lieutenant, vous imaginez ce que ça va être ?

-Non.

-Vous avez déjà fait des choses comme ça ?

-Non. Et surtout pas avec une boîte à outils.

Il s'est recousu, on peut pas le regarder crever sans rien faire.

---

-L'aiguille, vite.

---

Bon, on y va.

Tenez-le, nom de dieu !

Scie

---

-Il est mort.

-On verra après, faut terminer.

La plaque.

Crépitement

---

Embarek,

tu lui fais un pansement.

---

Il respire.

---

Arabe

---

---

Amajar ?

-Il a dormi longtemps, comme vous.

---

-Je sais.

Vous êtes tombés dans une embuscade. Il vous a massacrés.

C'était pas une bataille.

Tu marcheras. Tu remonteras à chameau.

---

-Out.

---

-Madeleine ?

-Je joue plus.

Je suis blessée.

-Ahh...

Alors ?

Saganne...

Qu'est-ce qu'on raconte sur les berges du Sénégal ?

-Mon colonel, je vous présente ma démission d'officier.

-Voyons les faits.

Rapport du gouverneur général de l'AOF, au hasard :

"insubordination,

"menaces à un officier supérieur", etc.

Y en a trois pages de cette encre.

Du Ministère de la Guerre, demande d'enquête.

Une autre encore du Gouverneur Général.

Et puis pour finir, du service de santé.

Demande de sanctions

pour exercice illégal de la médecine.

Effectivement.

-Je veux quitter l'armée.

-Pourquoi ?

-Baculard a massacré les Nemma dont j'avais la charge.

-Absurde.

C'était un accrochage.

-Ce n'était pas un accrochage, mais un massacre.

Par représailles contre moi.

-Et alors ?

L'émir Mekalla se dérobait, les autres aussi.

Résultat, une frousse monumentale.

Ils nous sont revenus dans les 24 heures.

C'était ce que nous voulions, non ?

-J'aurais dû laisser crever ces femmes, ces enfants,

et massacrer les Nemma ?

-Mais non. -Mais si !

Il faut être logique jusqu'au bout.

C'est pour ça que je démissionne.

-Si vous démissionnez maintenant, vous perdez la face.

Et vous la faites perdre aux Sahariens, moi compris.

-Je ne peux porter cet uniforme tant que des officiers comme...

-Comme Baculard, hein ?

Tenez, en souvenir. C'est de l'état-major de Paris.

Ordre de mutation du capitaine Baculard.

On l'envoie méditer à Châteauroux, en attendant l'asile de fous.

Je vais pas rester un quart d'heure le bras tendu !

Alors...

Saganne...

Ca vous va comme ça ?

-Non, mon colonel.

La famille de Saint-Ilette a exercé

des pressions...

-Question, Saganne !

Un président et sa parentèle m'imposeraient leurs caprices ?

Je m'entourerais d'officiers pour qui je n'ai pas d'estime ?

Auriez-vous préféré moisir ici, oui ou non ?

Je vous ai emmené car j'avais besoin de vous.

Et vous aviez besoin de moi.

Dernière question, Saganne.

Vous me prenez pour une marionnette, oui ou non ?

Vous démissionnez toujours ?

Oui ou non ?

-Non.

-A la bonne heure.

J'ai eu peur pour vous, mon petit.

Vous aviez pensé à votre famille ?

Vous faites bouillir la marmite, non ?

-J'y avais pensé.

-Vous déjeunez demain avec moi.

J'ai une mission formidable, pour vous.

Et puis d'ici là, détendez-vous.

Vous verrez ici,

tout le monde ne parle que de vous.

-Je lui avais demandé de m'épouser.

J'allais me convertir à l'Islam.

Arrêter l'absinthe.

Recommencer, quoi.

Elle est repartie le lendemain, la garce, sans un mot.

-Mais pourquoi ?

-Avec les Arabes...

J'ai vécu comme eux, maintenant je le sais,

même ceux qui nous aiment nous détestent.

Des chiens lancés sur l'Afrique.

C'est tout ce que nous sommes.

Et toi,

le beau lieutenant couvert de gloire...

Ca va ramper, les De Saint-Ilette.

Tu les tiens !

Musique douce

---

Porte qui s'ouvre

-Qui est là ?

Madeleine ?

Vous êtes folle ?

Si on vous a vue...

-Je vous ai attendu au tennis, pendant des heures.

Pourquoi n'êtes-vous pas venu ?

On dirait que j'existe pas pour vous.

Ou alors... dites-le-moi.

Dites-moi ce qu'il faut que je fasse, je le ferai.

-Vous êtes une enfant.

-Non, je suis pas une enfant ! Je suis pas une enfant !

-Ne pleurez pas.

-Moi, je vous aime.

-Madeleine, je...

-Je vous aime, moi. Depuis le début.

-Rentrez chez vous.

Je reviendrai, nous nous reverrons.

-Je vous avais prévenu.

Vous êtes l'homme du jour.

Il est exceptionnel que je déjeune en public

avec un de mes subordonnés.

Lieutenant,

je vais aller écraser Sultan Omar

là où il est.

-Derrière la frontière ?

-Les frontières, Saganne, sont des lignes sur des cartes.

A nous de les tracer.

Maintenant que Mekalla s'est rallié,

finissons-en avec la dissidence.

Je veux que notre présence là-bas soit définitive.

-Le gouvernement est d'accord ?

-En démocratie, Saganne,

on peut se passer de la permission du gouvernement.

A une condition.

Avoir l'opinion pour soi.

Du coup, je vous envoie à Paris.

J'ai besoin d'un héros pour les journalistes.

Ne protestez pas, mon petit. C'est comme ça.

Je veux que dans 1 mois, Paris ne parle que de vous

et du Sahara.

Vous vous sentez à la hauteur ?

-Non, mon colonel.

-Eh bien, vous grandirez.

Saganne.

---

Sifflement de train

Bruit du train

---

-Alors ?

-J'ai raté l'épreuve de trigonométrie.

Je ne serai pas major. Même pas dans les 20 premiers.

Je suis désolé.

-C'est pas grave.

Musique douce

---

La pluie, cette odeur... J'avais oublié.

La maison est presque à nous,

vas-y pendant les vacances, tu commencerais à l'installer.

-Charles...

Je vais me marier.

-Tu vas ou tu veux ?

-Je vais me marier, dès que j'aurai mon affectation.

Elle s'appelle Marthe Valin.

Je l'ai connue chez un ami. Elle est institutrice.

Elle vous plaira, à toi et papa.

-Lucien, t'as 20 ans.

-Bientôt 21. Pas de sermon... Je connais les objections.

-Tu as la chance de faire Saint-Cyr.

-Je sais ce que je te dois.

-C'est pas ça ! Tu prends le chemin des ratés !

A 20 ans, t'es déjà foutu.

Excuse-moi, Lucien.

-Je passerai te voir à ton hôtel.

---

-Neuf fois la France.

Sur ce territoire, tout est grand.

Le vent, le silence, l'espace.

Des phénomènes d'une intensité dont on ne peut avoir idée.

Pour ceux qui ont l'honneur d'y servir,

le désert est une école d'énergie.

Et surtout, de dépouillement.

Au Sahara, les hommes sont eux-mêmes.

Débarrassés des faux-semblants.

Et dès lors, plus qu'eux-mêmes.

L'oeuvre de la France au Sahara ne doit pas être menacée.

Hors, monsieur le Ministre,

mesdames et messieurs,

la paix y restera précaire tant que les dissidents derrière la frontière

ne seront pas réduits.

C'est nécessaire.

C'est possible.

J'ai fini.

---

-Je suis le baron de Soucy, président

des Amitiés Catholiques Coloniales.

Que faut-il penser de la théorie

selon laquelle ces Berbères

nomades seraient les descendants des croisés ?

En accompagnant

Saint-Louis en Terre sainte,

ils se seraient égarés au désert.

-Que faut-il penser ?

Rien.

-J'ai eu ton mot.

-Et moi le tien.

-Je n'ai pas eu de permission, j'ai fait le mur.

Charles,

je veux que tu rencontres Marthe.

-J'ai rien à lui dire.

-Qu'elle ait un enfant ne change rien.

-Tais-toi. En épousant une fille-mère,

en plus de ta carrière tu ruines ta vie. C'est comme ça.

Renonce à ce mariage.

-Tu me demandes l'impossible.

-Je te préviens,

je ferai tout pour empêcher cette folie.

-J'attendais autre chose de toi.

-Moi aussi.

Sonnette

-M. le Ministre vous attend.

-Cette opération derrière nos frontières ne se fera pas.

N'en déplaise à Dubreuilh,

qui court derrière ses 2 étoiles...

-Lui ? -Comme les autres.

Mais il n'est plus dans le coup.

Nous serons peut-être en guerre avec l'Allemagne, alors, votre Sultan...

Il fallait faire ça l'an dernier.

Là, c'est trop tard.

Laissez Dubreuilh à ses mirages.

Vous m'êtes sympathique.

Courageux, énergique. Vous connaissez l'indigène.

Passez aux choses sérieuses.

J'ai une proposition pour vous.

La société franco-algérienne de l'Alfa,

a besoin d'un directeur

pour remplacer Saint-Ilette.

Ne me répondez pas tout de suite. Réfléchissez.

-C'est tout réfléchi.

-L'archange libérateur, hein ?

-Comment ?

-Vous n'avez pas lu le journal ?

"L'archange libérateur". C'est le titre.

"Il est beau, brave et éloquent.

"Il a tout pour lui. Il nous a tenus sous le charme d'une voix chaude,

"et d'aventures qui le sont aussi.

"Qu'a-t-il appris dans le désert ?

"L'énergie, le dépouillement, la générosité,

"paraît-il,

"Mais la piste qu'il suit, où mène-t-elle ?

"Il est comme une superbe machine aveugle et empanachée,

"qui fonce sans savoir qui la fait marcher."

-Qui a écrit ça ?

-Louise Tissot, la George Sand d'aujourd'hui.

-M. le Ministre,

je croyais que cette mission à Paris serait utile.

Elle était grotesque.

Dubreuilh s'est trompé. Vous avez voulu m'acheter.

Si je ne réagis pas

à ses insultes, j'ai mérité qu'on me traite comme un pantin.

---

Sonnerie cassée

---

-Ah, vous voilà.

J'avais préparé une mise en scène et je me suis endormie.

-Une mise en scène ?

-Passez-moi mon peignoir.

Vous êtes allé au journal et on vous a donné mon adresse.

J'ai écrit mon article pour ça. Pour vous faire venir.

Mon peignoir.

---

Ca aussi, c'était prévu.

-Quoi ?

-Que vous approchiez,

votre main dans la mienne.

J'avais envie de vous voir.

Envie de vous.

Si vous n'étiez pas venu, je serais allée à votre hôtel.

Doucement.

Doucement, doucement...

Embrassez-moi.

Non ! Doucement, doucement !

---

Attends. Attends, pas encore.

Attends...

Attends.

---

Gémissement

Vous êtes un jeune homme pressé.

Pluie

---

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Je travaille.

Non, reste nu.

S'il te plaît.

---

-Je reste avec toi.

Orage

-Pour combien de temps ?

Non.

-Je ferai ce que tu voudras.

---

-Lâche-moi.

Lâche-moi !

Eau qui coule

J'ai rendez-vous.

-N'y va pas.

-Si j'arrête ma vie pour toi, elle sera comment ?

-Quoi ?

-Ma vie.

-Et moi ?

-Toi, ta vie, c'est là-bas.

-Là-bas, c'est pas un couvent.

On en sort, on en revient.

---

-Pars pas, pars pas !

Je t'en supplie !

-Louise. Louise !

Qu'est-ce que t'as, arrête.

Louise !

-T'es tout ce que je déteste.

L'uniforme,

la force, la bonne conscience.

-C'est si loin, tout ça.

J'ai découvert tant de choses, ici.

-Dans une chambre ? -Oui.

Dans une chambre.

Rires

-Non !

Non !

Rires

---

On frappe à la porte.

-Monsieur !

C'est une lettre pour vous.

---

On a fait suivre de votre hôtel.

-Merci.

---

-Qu'est-ce que c'est ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

-Laisse-moi, je vais être lamentable. Je préfère être seul.

-Qu'est-ce que tu as ?

Je te laisse. Appelle-moi quand tu veux.

---

-Alors j'ai fait ce que je croyais devoir.

Je suis allé au ministère de la guerre,

j'ai demandé qu'on interdise à Lucien de se marier.

Quand il l'a su officiellement,

il est allé voir la jeune femme,

il lui a dit.

Deux heures après, elle s'est noyée.

Porte qui se ferme

---

-T'es tout blanc.

Moi, dans ces cas-là, je jaunis.

Fallait pas faire ce que tu as fait. Et il fallait pas me le dire.

Maintenant, va-t'en.

---

Musique lente

---

-Ahh...

Arabe

---

-Vulpi !

Vulpi !

Vulpi !

---

Vulpi !

Musique lente

---

Debout ! Maniement d'armes, exercice.

Exécution !

-Vaut mieux roupiller que devenir maboule.

Arabe

Pas de gymnastique, marche !

Ordres en arabe

---

---

Pas de gymnastique, marche !

-Monsieur sort, ce soir ?

Maintenant que Dubreuilh est muté, combien de temps on va rester ?

-Encore longtemps.

Wattignies se venge sur moi.

-Et toi, sur eux.

Normal.

C'est ça, la hiérarchie.

-Tu devrais te laver, tu pues.

Violoncelle

---

---

Arabe

-C'est pas bon quand ils partent comme ça.

Ils ont juste laissé la vieille.

Arabe

-Elle dit quoi ?

-Sultan Omar va venir couper les glaouis à tout le monde.

-Va voir ce qui se passe à la frontière.

"Madeleine, je suis seul.

"Ici, il n'y a rien, rien, et rien.

"Ca me ressemble.

"Je pense à vous de plus en plus souvent.

"Je voudrais vous avoir,

"nue, contre moi.

"Ma peau contre la vôtre,

"tes jambes, ton ventre...

"Chère Madeleine, comment allez-vous ?

"Bien, je l'espère.

"Ainsi que vos parents.

"Jouez-vous toujours au tennis avec mon ami Hazan ?"

-Tu m'as piqué mon cognac !

-T'as assez bu comme ça.

-Elle est à moi ! Rends-la-moi.

"Chère Madeleine..."

C'est pas vrai. T'y crois encore ?

Mais c'est trop tard, pauvre con.

Maintenant, c'est toi qui es baisé.

Baisé, l'Ariégeois, sur toute la ligne.

---

J'en peux plus, Charles.

J'ai plus envie de rien.

-Pars.

Prends un congé, va au pays. En Ariège.

---

Alors ?

-Beaucoup de guerriers vont rejoindre Sultan Omar.

Des guerriers de trois tribus.

Hier, il en est passé trente.

-Tu les as vus ?

Non. Sultan Omar va avoir 500 guerriers.

-C'est des mensonges ! Il en trouvera pas 500.

Arabe

---

---

---

-Arrêtez vos conneries !

-Mon lieutenant,

chouffe le toubib.

-Louis !

Louis.

-T'approche pas, Saganne !

J'ai trouvé. J'ai trouvé pourquoi on est là.

Pour servir la France ?

Mais qui sert la France ? Les curés, les gendarmes,

les cons de chefs qui se branlent dans leur bureau !

On est venus là pour plus les voir !

Pour être libres !

On a oublié une chose.

L'ennui.

On s'emmerde !

-Fais pas le con !

-Tu vas m'écouter !

Et pour une fois, jusqu'au bout.

Toi qui vois rien, ni personne.

C'est pas d'aujourd'hui que je suis fini, je l'ai toujours été.

Mauvais soldat, mauvais médecin, mauvais musicien. Je suis rien.

-Descends.

-Et toi aussi t'es rien !

T'es Saganne !

T'es un mot.

Clic de l'arme

Regarde, Saganne.

Détonation

Musique triste

---

-Le toubib ?

-Oui.

-Tiens, c'est pour toi.

Et toi, Saganne...

Arabe

Je viens de là-bas.

Omar...

---

Il veut tuer tous les Français.

Arabe

---

Maintenant, personne peut l'arrêter.

-Quand va-t-il passer la frontière ?

-Demain, peut-être après-demain.

-Salue Mekalla.

-Oui. Et toi Saganne, reste pas ici.

Arabe

---

-Omar arrive.

On va l'arrêter. A Esseyen.

-Avec 48 hommes, et sans ordres ?

-Départ à 5 heures.

200 cartouches par soldat.

Tout pour établir un camp retranché.

Au moins, on le retardera.

Wattignies pourra s'organiser.

Envoie un homme lui porter un message.

-Je te fais une autre tombe, ça ira plus vite.

---

"Madeleine,

"la lettre que je vous écris est sans doute la dernière.

"Je m'aperçois que c'est aussi la première.

"Je vous aime, et je n'ai pas su le dire.

"Ni à vous, ni à moi.

"Demain nous attend une mauvaise bataille.

"Et je la veux quand même.

"Comme vous êtes perdue pour moi, et je vous veux quand même.

"Qui peut me comprendre ?

"J'ai rencontré une autre femme, après vous.

'Avant vous.

"Jusqu'à elle je ne me posais pas de questions,

"on ne m'avait appris que des réponses.

"Aujourd'hui, je voudrais vivre près de vous. Loin d'ici.

"Dans une maison où je n'ai pas réussi à naître,

"au fond d'un parc, où je voudrais vous faire des enfants

"et mourir un jour.

"Mais pas demain.

"Pas demain.

"Pas demain.

"Adieu, Madeleine."

Musique lente

---

-Le deuxième est à 250.

-250.

La première devant vous est à 200.

-200.

---

Trompette

---

---

-Alouette, gentille alouette...

Alouette, je te plumerai.

-Arrête.

Qu'est-ce qu'ils foutent, nom de dieu ?

Où ils sont ?

-Partout,

mon lieutenant. Partout.

Là-bas, chouffe !

Tirs

---

-Feu ! Feu à volonté !

---

-Yallah.

Arabe

Tirs

---

-Debout, ripostez.

-Ripostez ! Debout !

Tirs

---

-Position de tir.

-Feu

Tirs

---

-Feu !

Tirs

---

-Arrêtez, cessez le feu !

Tirs

Cessez le feu, arrêtez !

Tirs

Cessez le feu !

-Feu !

-Cessez le feu !

Cessez le feu !

---

Arabe

---

-Arrêtez, rentrez, couchez-vous !

-L'autre là-bas, c'est son cousin.

Tirs

---

---

-Restez à vos postes !

Laissez les chameaux !

Cris au loin

A vos postes ! Feu à volonté !

Feu à volonté !

Musique lyrique Tirs

--- ---

Arrêtez !

---

Ben Larbi.

Qu'est-ce qu'il y a ?

-J'ai une balle. Là.

-Vulpi !

-Tu mets quoi ?

-Du sucre. J'ai plus que ça.

Quand ça sèche, ça arrête le sang.

-Tiens bon, mon lieutenant.

L'honneur, il est pour nous.

Sultan Omar, maintenant il a peur.

Même s'il nous tue tous, c'est toi qui as gagné.

---

-Fais-les tirer un peu, qu'ils restent éveillés.

Coup de feu

---

Arabe, au loin

---

---

---

---

Réponse en arabe, au loin

---

Tirs

Chants au loin

---

-Les tribus arrivent.

Ils sont beaucoup.

Ceux-là, c'est des diables.

-Mon dieu, c'est pas possible.

Ils ont emmené une armée.

Ahmed Mouzned a déserté.

Il est parti, personne l'a vu.

Prière en Arabe, au loin

---

-Allah Akbar.

Arabe

Allah Akbar.

Allah Akbar.

Arabe

---

-Désigne six hommes. Les meilleurs tireurs.

Ils resteront ici en couverture.

-En couverture de quoi ?

-On va attendre leur charge, et on sortira la baïonnette.

Tous les autres derrière moi, baïonnette au canon.

-Foutus pour foutus, autant crever dehors.

---

Tirs

---

Cris

Cris, tirs

-En joue !

Tirs

---

-C'est bien. Attends.

-Feu !

Tirs

---

Cris

Cris, tirs

Feu !

Tirs

---

Nemchou !

Nemchou, yallah !

Musique lyrique

---

Nemchou ! ---

---

Cris ---

--- ---

-Halte ! En position de tir, sur 3 lignes.

Feu !

Tirs

Feu !

Feu !

Musique lyrique

---

Cris de joie

---

On se replie vite.

On leur a foutu la trouille mais ça va pas durer.

-Omar rentre chez lui, tu peux être sûr.

Ils ont jamais vu ça.

-J'y croyais pas à ta putain de charge.

---

-Merci, Madeleine.

A demain, au tennis.

-Bonjour, Madeleine.

-Bonjour. Comment allez-vous ?

-Très bien.

-Eh bien au revoir.

A demain, René.

Allez !

-Charles...

Je suis content de te revoir.

Tu es entré dans la légende saharienne.

Dans l'histoire.

-Faut que je te parle.

-Quoi, maintenant ?

-Quels sont tes sentiments pour Madeleine ?

-Ca te concerne ? -Fais pas l'idiot.

-C'est toi qui fais l'idiot.

Ca changerait quoi si je te disais que je l'aime ?

-Tu la connais mal.

Si elle te veut, elle t'épousera.

-Ca t'arrangerait, ça.

Une compétition à la loyale, que tu gagnerais, bien sûr.

Je ne peux pas jouer avec toi.

Tu vois les Saint-Ilette à la synagogue ?

-Tu m'énerves avec ça. Tu es riche, toi.

-Tu as le succès. -Et alors ?

Je l'ai payé, et à quel prix.

-On sait que tu es courageux.

-Je suis pas plus courageux que les autres.

Je suis comme tout le monde.

Merde, j'y peux rien si t'es juif et si tu aimes Madeleine !

Excuse-moi.

-Y a rien à excuser.

Tu n'y peux rien, en effet.

Arabe

-En vertu des pouvoirs conférés au Président de la République,

je vous fais Chevalier de la Légion d'Honneur.

Musique douce

---

Madame de Saint-Ilette, monsieur...

je viens vous demander la main de votre fille.

Madame, monsieur...

J'ai fait le projet d'épouser Madeleine.

-Non...

-Si, maman.

Musique douce

---

Chant des oiseaux

---

---

---

---

Je veux plus qu'on se quitte.

Je veux plus qu'on se quitte.

---

-Je vous dérange pas ?

-T'es chez toi, ici. C'est ta maison autant que la mienne.

T'arrives bien, tu vas m'aider. J'ai du travail.

Tout doit être prêt pour papa.

-Je repars ce soir. -Ce soir ?

-Avec ce qui se prépare...

-Quoi donc ?

-Tu plaisantes ?

Jaurès a été assassiné hier soir.

Tu le savais pas ?

-Non, je le savais pas.

-Je vais rejoindre mon régiment à Nancy.

-Les cons.

C'est la dernière des conneries, cette guerre.

-Si l'Allemagne attaque, il faut bien nous défendre.

-Viens.

Je veux que tu voies Madeleine.

Viens.

-Pourquoi me parles-tu de Baculard maintenant ?

Tu n'as pas démissionné.

-Non.

-Une fois je les ai vus, tous, devant moi.

Le grand-père, papa et lui.

Assis en ligne, exactement dans la même position.

C'était comme un mur, un bloc.

-Tu viens dehors ?

Tu nous fais du café ?

-Allez-y, je vous rejoins.

Musique douce

---

-Un jour papa sera ici, avec vous deux.

Tout continuera.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Fais pas l'idiot, Lucien.

S'il y a la guerre, fais pas l'idiot.

-Ce sera pas une grosse perte. Pour personne.

-Pour moi, oui.

-Toi, tu n'as plus droit à la parole.

---

Tu comprends qu'on ne te pardonne rien et qu'on t'aime quand même ?

-Pourquoi es-tu venu ?

-Pour te dire adieu.

-Charles ?

Charles !

O Marie, O Mère chérie

Garde au coeur des Français La foi des anciens jours

Entends du haut du ciel Le cri de la patrie

Catholique et français, toujours

Entends du haut du ciel Le cri de la patrie

Catholique et français, toujours !

Catholique et français, toujours !

Vois nos regards tournés vers toi

C'est ta lumière qui nous guide

Vient dans nos coeurs à chaque fois

O Marie, O Mère chérie

Garde au coeur des Français La foi des anciens jours

Entends du haut du ciel Le cri de la patrie

Catholique et français, toujours

Entends du haut du ciel Le cri de la patrie

Catholique et français, toujours !

Catholique et français, toujours !

-Capitaine.

J'ai donné

nos dernières confitures à vos hommes.

Ils sont perdus, ici.

Je voulais vous dire, aussi...

Pour votre frère, qui a été tué,

j'ai fait une prière.

J'en ai fait une autre pour vous.

-Pardon, mais je ne suis pas croyant.

-L'ordre est arrivé.

On remonte au front dans 1h.

Le boche il attaque.

Alouette...

---

-Mon capitaine.

-Tu m'écris la lettre, avant qu'on retourne au casse-gueule ?

"A mon capitaine Marcheaux,

"troisième dépôt,

"Essendi,

"Alger."

Tu écris comme ça.

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance

qu'ici, c'est la merde.

De cinquante

du peloton d'instruction,

on reste que douze entier.

Les autres,

tous morts ou blessés.

El Arbi, il a le bras coupé.

Le grand Mohammed, un oeil crevé.

J'ai compris à quoi on sert, ici.

A marcher devant avec les Nègres.

Et tu mets : "Je te fais le salut militaire".

Donne, je signe.

Merci mon capitaine.

---

-Ca fait si longtemps que je te cherche.

Des mois.

-Tu m'as trouvé comment ?

-Par ton ami, René Hazan.

T'es passé chez lui à Paris.

-Oui.

Soupir

-Tu es marié ?

-Il ne te l'a pas dit ?

-Non.

Je la connais ?

Tu l'aimes ?

-Oui.

Plus que tu m'as aimée ?

-Non.

-Je veux un enfant de toi.

C'est pour ça que je te cherchais.

-Mon capitaine, excuse.

Tout le monde est embarqué.

-Tout le monde est embarqué.

---

-Le vaguemestre m'a donné ça pour toi.

-Tu es belle.

Ne bouge plus.

Ne bouge plus jamais.

---

Explosions

---

En avant !

En avant !

Explosions

---

Hurlement

---

---

Explosions

---

-Ils se couchent !

-En avant !

Explosions

---

En avant !

Cris

Explosions

---

-C'est foutu, mon capitaine. -Faut y aller.

Explosions

---

-Ils iront pas, mon capitaine.

-C'est ça ou 12 balles dans la peau.

-Quand tu retournes là-bas,

tu leur dis...

---

-Nemchou !

Nemchou, yallah !

Tirs

Arabe

Rafales

---

Allemand

---

---

-Vous m'entendez, Herr Capitaine ?

Si vous m'entendez,

bougez les paupières.

Vous voulez que je lise vos lettres ?

C'est votre femme.

Elle dit qu'elle attend un enfant.

Vous entendez, Herr Capitaine.

Un enfant.

C'est le capitaine Flammarin.

Il dit...

"Ca y est, j'ai arrêté l'absinthe. Et puis, j'ai vu ta femme.

"Elle m'a invité à déjeuner.

"Pendant que je mangeais en face d'elle,

"j'ai pensé que tu as eu finalement tout ce que tu voulais.

"L'aventure, la gloire, la réussite et le bonheur."

Allemand

-Officier d'un allant,

d'une énergie,

et d'une bravoure exceptionnels.

Héros du combat d'Esseyen,

qui a permis de garder le Sahara à la France.

Sur le sol de la patrie,

dans une dernière charge,

il a su entraîner derrière lui

ses tirailleurs, jusqu'au sacrifice suprême.

Garde à vous !

Trompette

---

-Comment tu t'appelles ?

-Charles Saganne.

-Moi, c'est Amajar.

Tu vois le chameau et la selle, là-bas ?

Ils sont à toi.

Violoncelle

---

Musique lyrique

---

Sous-titrage : Vdm

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