All language subtitles for (1972 SP) Le Charme discret de la bourgeoisie.fre

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Original subtitles

- J'attends ici, Excellence ? - Oui, oui-

Bonsoir.

Bonsoir.

- Bonsoir. - Bonsoir-

il n'y a même pas de feu dans la cheminée-

Et la table qui n'est pas encore mise !

Pourtant, il est plus de 20 h.

Bonsoir, chère Alice.

Don Rafael, comment allez-vous ?

Très bien.

- Je suis ravi de vous revoir. - Moi aussi-

- Alice. - Bonsoir-

Quelle surprise !

Si je m'attendais Ă  vous voir ce soir---

- Vous ne nous attendiez pas ? - Non-Pas ce soir-

"Pas ce soir" ?

Non. Je vous attendais demain, comme prévu-

- "Demain" ? - Oui-

Mais Henri nous avait invités pour ce soir-

J'en suis sûr.

Écoutez, c'est impossible.

Henri est sorti pour un dîner d'affaires-

C'est étonnant.

J'étais là quand il nous a invités-

C'est impossible. Demain soir, je suis pris-

Je n'aurais pas pu accepter.

J'ai un dîner à l'ambassade de Colombie-

Écoutez, je ne sais vraiment pas quoi vous dire-

Je partagerais bien mon dîner, mais je n'ai vraiment rien de prêt-

Je suis désolée.

-Ne vous excusez pas. Ce n'est rien-

Un petit malentendu !

Voulez-vous vous asseoir,

- prendre un petit verre ? - Ah oui !

Non, non. Ne vous dérangez surtout pas-Nous partons-

À propos, je connais une très bonne auberge,

à quelques kilomètres. J'y ai déjà mangé-

- Allons-y. Je vous invite. - Bonne idée-

- Si vous veniez ? - Non-

Je ne suis même pas habillée.

-Aucune importance. C'est un endroit très simple-

Je vais me changer.

-Mais non. Venez comme vous ĂŞtes-

Ça n'a pas l'air gai.

- Mettez ça. - Oh non---

Peut-être qu'il est fermé.

-C'est un très bon bistrot. Je vais aller voir-

- il est pas si beau que ça. - Superbe !

Qu'est-ce que c'est ?

- Le restaurant est fermé ? - Non, monsieur-

- On peut entrer ? - Bien sûr-Un instant-

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Appelez M. Manuel, pour M. Thévenot.

Le restaurant a changé de direction.

- Eh bien, bonsoir, madame. - Mais non---

Je vous en prie, entrez.

Allons-y.

Il n'y a pas foule.

- Mauvais signe. - Il est peut-ĂŞtre trop tĂ´t-

Si on se mettait lĂ  ?

Oui.

Florence...

Passe lĂ -bas, toi.

Si on commençait par les vins, mes amis ?

Ça dépend de ce qu'on commande.

Qu'est-ce que vous aimez : bordeaux ? bourgogne ?

Bourgogne.

Moi, que je mange des huîtres ou du poisson,

je marche au vin rouge.

Alors...

Bon.

Escargots chablisienne...

- J'aime pas les escargots. - Non ?

Je prendrais bien une terrine de lièvre,

mais dans les restaurants, je crois que c'est toujours trop salé-

Tiens, il y a du melon.

-Bonne idée. Je prendrai un melon au porto.

Je prendrais bien du caviar, mais j'ai peur qu'ils en donnent peu-

Je préfère mon caviar à moi.

Qu'y a-t-il, comme poissons ?

J'aime beaucoup le poisson.

Il y a des sardines grillées, des délices de sole,

des merlans frits, de la raie au beurre noir,

des quenelles de brochet Nantua, de la truite au bleu---

il n'est pas cher, ce restaurant-

Pas cher et vide, c'est inquiétant-

Vous croyez ?

Je laisse tomber le melon et je vais prendre un dry Martini-

Non. Du vin rouge, et c'est tout.

Et encore...

Et un crémant, pour faire plaisir à Picard.

- Qu'est-ce qui se passe ? - OĂą allez-vous ? Restez lĂ .

Vous allez être indiscrètes !

Vous allez nous donner

un melon au porto, un melon naturel,

et vous allez donner, pour la dame qui est lĂ , un rollmops...

Qu'est-ce que c'est ?

Le patron est mort brusquement cet après-midi-

Nous l'aimions beaucoup.

- Mort dans ce costume ? - Pourquoi le garder ici ?

Les pompes funèbres ont promis de passer-

Mais nous restons Ă  votre service.

Non. Moi, je ne veux pas manger ici-

Mais pourquoi ?

Enfin, Rafael, vous n'y songez pas !

Ça m'est égal.

Je vous assure que vous ferez un excellent dîner-

- Ah non. Moi, je m'en vais. - Bon-Si vous voulez-

- Que faisons-nous ? - Allons ailleurs-

Moi, je préfère rentrer. Vous pouvez me raccompagner ?

Oui. Avec plaisir.

Oui ?

*.MM. Sénéchal et Thévenot sont là, Excellence.

Qu'ils entrent.

-Bonjour, Henri. Bonjour, François-Entrez-

Que s'est-il passé, hier soir ?

- Pourquoi être venus ? - Tu nous avais invités !

Non. C'était pour aujourd'hui.

-Je ne peux pas avoir accepté. Aujourd'hui, je ne suis pas libre-

J'y comprends rien. Tu es libre samedi, pour déjeuner ?

Samedi ? Une seconde.

François est d'accord pour samedi, vers 13 h-

Samedi, très bien.

Je n'ai rien de prévu.

Alors nous comptons sur toi.

Dis donc, il y a une bien jolie fille, sur le trottoir en face-

Tiens, tiens.

Que fais-tu ?

Rafael, pose ce fusil.

Laisse-moi. Je sais ce que je fais.

Mais qui est-ce ?

Elle est de Miranda.

De Miranda ?

Oui. Elle appartient Ă  une bande de terroristes.

Elle me poursuit.

- Dans quel but ? - Comment, "dans quel but" ?

Pour me séquestrer, m'assassiner.

Comment savoir, avec des terroristes ?

Tu as prévenu la police ?

Pour le moment, je n'y tiens pas.

Vous comprenez pourquoi.

J'ai eu des ennuis, à l'aéroport.

Ils voulaient fouiller ma valise diplomatique-

J'ai dĂ» appeler le ministre.

La fouiller ? C'est impensable !

Oui. Bon...

il y a un mois, on a arrêté un ambassadeur-

Un ambassadeur avec 40 kg de cocaĂŻne-

Un ambassadeur ?

Quel ambassadeur ?

On a totalement étouffé cette affaire-

il y en a 15 kg.

La presse n'en a pas parlé. C'était l'ambassadeur des États-Unis.

- L'ambassadeur des États-Unis ? - Oui-

Alors c'est le 4e ambassadeur qu'on arrĂŞte ?

Il faut trouver une autre combine-

Vous voulez faire le test ?

- Le Harrison's ? - Oui-

C'est le meilleur.

J'ai un échantillon. Venez.

Tends ta main.

Elle est pure.

Excellente.

J'ai apporté le premier versement.

Tu peux vérifier.

Je te fais confiance.

Les Marseillais commencent à nous soupçonner-

ils voudraient savoir qui nous fournit-

Ça, c'est embêtant.

Ça ne sert à rien de s'inquiéter-

OĂą comptes-tu placer cet argent ?

Sûrement pas à Miranda.

Au mĂŞme endroit que toi.

Quel est le cours du mark, en ce moment ?

3,17 pour 1 dollar.

- Je vous attends ici, Excellence ? - Oui-

Attends, attends...

- Monsieur et Madame sont là ? - Oui-Je vais les prévenir-

Ça sent bon.

Je parie que c'est un vol-au-vent financière-

Vous disiez l'explosion démographique...

- Quoi ? - VoilĂ .

Je vais vous expliquer.

- C'est la Terre, vous voyez ? - Ça, c'est le zodiaque-

Allez, viens.

Attends. Attends.

- Qu'est-ce que c'est ? - Les invités sont arrivés, monsieur.

-Nous descendons. Qu'ils prennent un verre !

Ils peuvent bien attendre 5 minutes-Allez, viens-

Non, c'est pas possible.

Mais pourquoi ?

Tu cries trop fort, tu le sais bien.

Qu'est-ce qu'on va faire ?

-Qu'est-ce que tu attends ? Rhabille-toi !

-Ils descendent. Si vous voulez vous servir Ă  boire---

Très bien.

- Que puis-je vous offrir ? - Ce que tu veux-

- La mĂŞme chose pour moi. - Et toi, Florence ?

Moi, je voudrais...

un dry Martini.

Il vaut mieux que ma sœur ne boive pas-

Si vous aviez vu dans quel état elle était, hier soir !

Elle était ivre.

Elle a vomi dans l'ascenseur, dans le taxi--- C'était affreux-

Et elle avait les ongles sales.

Ce n'est pas vrai, je n'avais pas les ongles sales-C'est toi qui---

Alors, dry Martini pour tout le monde ?

Il n'y a pas meilleur tranquillisant que le dry Martini-

Je l'ai lu dans un journal féminin.

Laissez-moi faire, je vais le préparer-

Mais ces verres ne vont pas. La mode a changé-

l'idéal, pour le dry Martini, c'est le verre classique, en cône-

- Le voilĂ . - Oui-

Eh bien, c'est à peu près ça.

D'abord, l'important, c'est la glace.

Il faut qu'elle soit d'excellente qualité : froide, dure...

Environ 15 à 16 degrés sous zéro, comme celle-ci.

Qu'est-ce que tu fais lĂ  ?

On verse le gin. VoilĂ .

On agite un instant pour bien rafraîchir et on sert-

Rafael sait que ça se boit comme le champagne :

il faut le mâcher un peu.

Nous allons faire une expérience. Va chercher ton chauffeur-

Mon chauffeur ? Qu'est-ce que tu lui veux ?

Vous allez voir.

Chérie, si tu veux,

c'était la mode à New York en 1935,

tu peux ajouter 3 gouttes de Pernod-

Maurice !

- Vous pouvez venir un instant ? - Tout de suite, Excellence-

Entrez.

Maurice, nous serions heureux que vous buviez avec nous-

Merci, monsieur.

- À votre santé, messieurs, dames. - À la vôtre, Maurice.

C'est très bien. Vous pouvez vous retirer-

Bonsoir, messieurs, dames.

Vous avez vu ?

C'est l'exemple mĂŞme de ce qu'il ne faut pas faire-

Soyez indulgent. Maurice est un homme du peuple-

il n'a pas eu d'éducation.

Aucun système ne donnera au peuple le raffinement souhaitable-

Et pourtant, vous me connaissez, je ne suis pas réactionnaire-

Mais oĂą sont Monsieur et Madame ?

Je ne sais pas. ils sont partis.

Comment ça, "partis" ?

Oui. Je les ai vus partir en courant dans le jardin-

il y a longtemps ?

4 ou 5 minutes.

- Et oĂą allaient-ils ? - Je ne sais pas, madame-

Excusez-moi.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Je ne sais pas.

Peut-être une dénonciation, la police, une rafle !

- Tu crois ? - Oui-

Sans ça, pourquoi partir en courant ?

- Ils auraient pu nous prévenir. - Et s'ils n'ont pas eu le temps ?

- Ne restons pas ici, Rafael. - Tu as raison-

Allez, vite. Viens !

- Il faut partir. - Quoi ?

- Allez, viens. - On est bien, ici !

Il faut partir.

Mais oĂą peut-on aller ?

Ne t'occupe pas. Allez, viens.

En route !

Et vite !

Monsieur ?

Bonjour.

Je suis monseigneur Dufour, l'évêque de votre diocèse-

M. et Mme Sénéchal sont là ?

-Non, monseigneur. Ils ne sont pas lĂ -

- Et oĂą sont-ils ? - Je ne sais pas-

ils avaient des invités, et tout le monde est parti-

- ils vont revenir ? - Je pense que oui, monseigneur-

Je peux les attendre ?

- Mais certainement. - Merci-

Je m'assois un instant,

si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

- Je suis un peu fatigué. - Je vous en prie, monseigneur-

- Vous ĂŞtes venu Ă  pied ? - Oui-

J'avais une voiture, je l'ai vendue au bénéfice des pauvres-

- Vous buvez quelque chose ? - Merci-Je ne bois pas-

Dites-moi, quel est votre nom, s'il vous plaît ?

Inès.

Dites-moi, Inès,

c'est la remise du jardinier que j'ai vue, sur la gauche ?

Oui, monseigneur. Mais le jardinier a été mis à la porte-

Oui, je sais.

J'ai du travail Ă  la cuisine.

Faites, je vous en prie.

- Qu'est-ce qu'on va leur raconter ? - Chut !

- Inès ? - Madame ?

- OĂą sont-ils ? - Qui, madame ?

Les invités.

- Ils sont partis. - Partis ?

Qu'est-ce qui leur a pris ?

Nous nous sommes absentés 20 minutes-

ils avaient Ă  boire.

On ne s'en va pas comme ça !

Il fallait les retenir !

Ils avaient l'air d'avoir peur.

- Peur ? - Peur de quoi ?

Bonjour.

Madame Sénéchal, monsieur Sénéchal ?

Monseigneur Dufour, l'évêque de votre diocèse-

J'aurais voulu vous parler.

Qu'est-ce que vous dites ?

-Monseigneur est venu. Je l'ai fait entrer-il m'a dit---

De qui se moque-t-on, ici ? Foutez le camp !

- Allez, dehors ! - Mais---

Et vous, vous laissez entrer n'importe qui ?

Il m'a dit qu'il était évêque.

Et vous l'avez cru ?

Inès, méfiez-vous des inconnus.

Que cela soit dit une fois pour toutes-

Bien, madame.

-Bon. Tu viens ? On va se nettoyer un peu-

Ça m'intrigue, qu'ils aient eu peur.

Thévenot a peur de tout.

Je vais téléphoner à l'ambassade.

-Attendons. Je parie qu'ils vont revenir.

Tu as raison. De toute façon, la journée est fichue-

Les voilĂ .

Bonjour.

Vous voyez ? Vous me croyez, maintenant ?

Je... Je ne comprends pas.

- Nous sommes confus. - Ce n'est rien-

Vous nous pardonnez ?

Bien volontiers.

- Si vous voulez bien vous asseoir... - Merci-

Pardon. Madame, ne vous ai-je pas déjà rencontrée ?

C'est bien possible.

Pardon.

Que nous vaut l'honneur de votre visite ?

C'est très simple : je voudrais être votre jardinier-

Pardon ?

-Votre jardinier, oui. M'occuper de votre jardin :

des légumes, des fleurs, de la pelouse-

Vous avez besoin d'un jardinier ?

- Oui, en effet. - Alors voilĂ , je sollicite ce poste-

- Enfin, monseigneur, vous... - Ne vous étonnez pas-

Vous savez, l'Église a beaucoup changé.

Vous avez entendu parler des prĂŞtres ouvriers ?

C'est la même chose pour les évêques-

Et... vous vous y connaissez, en jardinage ?

Je crois bien !

Quand j'étais enfant, je vivais dans une grande maison

assez semblable Ă  celle-ci.

Mes parents, que Dieu ait leur âme,

ont péri tous deux de mort violente. Ils avaient un bon jardinier-

il m'a tout appris. Ayez confiance.

Vos parents sont morts ?

Empoisonnés à l'arsenic, tous les deux-

Mais par qui ?

On n'a jamais découvert le coupable.

Vous voulez gagner combien ?

Le tarif syndical, ni plus ni moins.

Notre ancien jardinier n'était pas syndiqué-

Peut-ĂŞtre.

Mais moi, je tiens à être en règle-

Alors, vous acceptez ?

Eh bien, euh...

C'est entendu.

- Quand commencez-vous ? - De suite-

Si vous me montrez votre jardin-

- Allons-y. - Pardon-

Pardon, excusez-moi.

Vous avez un brin d'herbe dans les cheveux-

Ah oui... Non, ce n'est rien.

- Allons-y. - Oui-

- À tout à l'heure, madame. - À tout à l'heure.

Musique classique

Que puis-je vous servir ?

Trois thés, s'il vous plaît.

- Lait ou citron ? - Citron-

Moi aussi.

Du lait, s'il vous plaît.

Très bien, mesdames.

Je ne supporte pas la vue de ce musicien-

- Lequel ? - Le violoncelliste-

- Vous n'aimez pas le violoncelle ? - J'ai horreur de ça-

Tu veux changer de place avec moi ?

Pourquoi pas ?

Tiens.

Le violoncelle est un instrument que j'aime-

La sonorité...

On les supprime, dans les orchestres-

Regardez ça !

Si encore ils étaient jeunes...

- Vous avez vu ? - Quoi donc ?

-Ce militaire... qui est assis lĂ -bas-

C'est un lieutenant.

- Vous le connaissez ? - Non-Pourquoi ?

Il n'arrĂŞte pas de nous regarder.

Je connais pas.

Moi non plus.

Vous avez vu comme il a l'air mélancolique ?

C'est vrai. Les lieutenants ont souvent cet air-lĂ -

Je me demande pourquoi.

Je suis désolé, mais nous n'avons plus de thé-

Comment ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Nous avons eu du monde et nous venons de servir le dernier-

- Plus de thé du tout ? - Plus du tout-

Désirez-vous autre chose ?

Je vais prendre un café.

- Moi aussi. - Avec un cognac-

Nous ne vendons pas d'alcool.

- Alors apportez-nous 3 cafés. - Très bien, mesdames-

Je me présente.

Hubert de Rochequin, lieutenant de cavalerie-

- Puis-je m'asseoir Ă  cette table ? - Mais--- certainement-

Merci.

Madame, avez-vous eu une enfance heureuse ?

Oui, oui. Très heureuse.

Et vous, madame ?

-Moi aussi, je... Je n'ai que de bons souvenirs-

Pas moi.

J'ai eu plusieurs complexes : le complexe d'Euclide---

Mon enfance à moi a été tragique-

Permettez que je vous la raconte.

Maintenant ?

C'est un peu long, mais c'est intéressant-

Alors si vous voulez.

Je me rappelle, j'avais 11 ans.

J'allais entrer au collège militaire.

Ça va ? Ça ne te gêne pas à l'emmanchure ?

Boutonne le haut de ta vareuse.

Voilà, c'est terminé.

C'est très bien.

Votre père veut vous voir, maintenant-

Tenez.

Votre fils, monsieur.

Vous pouvez vous retirer.

Tourne-toi.

Fais quelques pas.

Très bien.

Maintenant, écoute-moi.

Ta mère est morte. Je suis responsable de ton éducation-

Tu entres dans un collège militaire où la discipline est dure-

Mais sache que c'est pour ton bien.

J'espère que tu feras honneur au nom que je t'ai donné-

C'est tout ce que j'avais Ă  te dire.

Maman !

Hubert, mon fils...

C'est moi.

N'aie pas peur.

Viens !

N'aie pas peur.

Écoute-moi.

Approche-toi.

L'homme qui vit ici et qui t'appelle son fils

n'est pas ton père.

Tu me comprends ?

Regarde.

Ton vrai père, c'est lui.

L'autre l'a tué

dans un duel il y a longtemps. Nous nous aimions beaucoup.

Maintenant, écoute-moi. N'aie pas peur.

Celui qui se dit ton père

se réveille chaque nuit pour boire du lait-

Dans le placard de la salle de bains, tu trouveras une bouteille bleue.

Prends cette bouteille ce soir, quand il dormira,

et vide-la dans son verre.

C'est la dernière chose que ta mère te demande.

Adieu, mon fils.

Et moi, quelques jours plus tard, je partais pour le collège militaire,

oĂą une vie passionnante m'attendait.

Je suis désolé, mais nous n'avons plus de café-

- Comment ? - Et plus de lait-

- Vous vous moquez de nous ? - Pas du tout-

Nous avons eu une affluence extraordinaire,

et il ne reste ni café, ni lait.

-Qu'allons-nous prendre ? Vous avez de la verveine ?

-Non, madame. Je regrette. Nous n'avons plus de tisane-

Alors vous avez de l'eau ?

Bien entendu.

Alors apportez-nous de l'eau.

C'est invraisemblable.

Merci de votre attention.

Avec votre permission, je me retire.

Faites donc, lieutenant.

Et merci.

-Oh, mon Dieu ! OĂą avais-je la tĂŞte ?

J'ai rendez-vous. Je dois vous quitter-

Excusez-moi.

- Nous nous reverrons. - À bientôt, Simone.

Chéri, je suis désolée, je suis en retard-

Pas trop... Pas trop.

- Un peu de champagne ? - Avec plaisir-

Non.

Après.

Oh non, non !

- Vite, déshabille-toi. - Dans ce cas, éteins la lumière-

- Pourquoi ? - Je suis pas encore guérie-

Comment ? Sur les mains, tu n'as rien.

"Sur les mains" non, mais... ailleurs.

Mon Dieu, si tu voyais !

Dans ce cas...

Ah, cette robe, ce qu'elle est embĂŞtante !

Mais éteins la lumière !

- Tu as entendu ? - Oui.

Je sais pas qui c'est.

Attends.

Ah, c'est toi !

Tant mieux.

Viens. Entre.

Qu'est-ce que tu veux ?

Figure-toi que j'ai vu Sénéchal, ce matin-

il est désolé, pour l'autre jour.

Un malentendu, paraît-il.

- Il veut nous avoir ce soir à dîner. - Ce soir ?

Qui est-ce ?

C'est votre mari.

- Ma femme est dans ta chambre ? - Oui-

Elle est arrivée il y a 5 minutes.

C'est curieux.

Elle ne t'a rien dit ?

Tu es lĂ  ? Quelle coĂŻncidence !

Moi aussi, je venais transmettre l'invitation Ă  Rafael-

- Vous ĂŞtes libre, ce soir ? - Tout Ă  fait-

- Alors nous partirons ensemble. - Avec plaisir-

- Tu veux du champagne ? - Non-Je file-

- Tu rentres avec moi ? - Oui-

Non, attendez.

Elle va rester un petit moment, juste 2 minutes-

- Pourquoi ? - Je dois lui montrer les sourciques-

- Les quoi ? - Les sourciques-

Ah oui...

Je t'attends dans la voiture.

Je viens tout de suite.

- C'est quoi, les "sourciques" ? - Je ne sais pas-

Viens vite.

Mais non. Tu es fou !

Il m'attend, il peut remonter.

Rien qu'un petit instant.

-Non. Laisse-moi, lâche-moi ! Laisse-moi partir-

Mon chéri, à ce soir.

Ne bouge pas.

Lève les mains.

En effet, tu es mieux faite pour l'amour que pour jouer Ă  la guerre-

Tu me prends pour un salaud.

Je serais mĂŞme socialiste...

s'ils croyaient en Dieu.

Quel âge as-tu ?

Toi et tes amis, vous n'avez aucune chance-

La violence ne mène à rien.

Je le dis toujours.

Tu es une bonne petite ménagère.

VoilĂ  du pain, de la laitue,

la clé des songes...

Un homme averti en vaut deux. Pas vrai ?

Un peu de champagne ?

Tu as des petits frères ?

Dans le fond, nous avons les mêmes idées-

La bombe et la pollution, par exemple-

Tu es contre. Eh bien, moi aussi.

Tu es pour l'amour libre, moi aussi.

Ne me touchez pas. Mao Zedong a raison-

Les salauds comme vous, il faut les éliminer sans pitié-

Non. Je ne suis pas d'accord.

Si Mao a dit ça, ça veut dire qu'il n'a pas compris Freud-

Et en définitive, si on réfléchit bien,

la seule solution au problème de la misère,

c'est la solution militaire.

Tu en feras l'expérience

Ă  Miranda, quand tu devras ouvrir tes cuisses

Ă  tout un bataillon d'infanterie.

Tu n'es pas d'accord ?

Et maintenant ?

Le tien a sûrement des balles...

puisque tu es venue pour me tuer.

Je pourrais me débarrasser de toi.

Légitime défense.

Mais je vais te montrer que je peux être généreux-

La porte est ouverte. Va-t'en.

Va-t'en !

J'ai un repas, ce soir. Il faut que je me prépare-

Va-t'en.

Tu ignores ce qu'est le MIF ?

Moi, les sigles...

Le Mouvement international des femmes.

Vous connaissez leur signe de ralliement ?

C'est ça.

Un signe idiot, comme les autres-

Fasciste, communiste, victoire,

et le Christ est notre maître.

Rafael, vous pourriez venir un moment ?

Je vous présente don Rafael Acosta,

ambassadeur de la République de Miranda-

Monseigneur Dufour.

- Monseigneur. - Excellence-

Nous allons passer Ă  table.

En attendant, je vous sers quelque chose ?

Exceptionnellement, du whisky.

Mais très peu, avec du soda.

- Rafael ? - Non, rien-Merci-

Je suis ravi de vous rencontrer.

Vous savez que nous avons une importante mission Ă  Bogota-

Bogota est en Colombie.

C'est vrai... C'est en Colombie.

Pardonnez-moi. Je ne connais pas Miranda,

mais on dit que c'est magnifique.

La cordillère des Andes, les pampas...

Les pampas, c'est en Argentine, monseigneur-

Vous avez raison. Les pampas, bien sûr-

Je devrais le savoir.

J'ai vu récemment un livre sur l'Amérique latine-

il y avait des photos de vos antiques pyramides-

- De nos pyramides ? - Oui-

Pas de pyramides, Ă  Miranda.

Il y en a au Mexique et au Guatemala.

- Pas chez nous. - Vous êtes sûr ?

Absolument sûr.

Madame est servie.

S'il vous plaît...

Nous pouvons passer Ă  table.

Monseigneur.

Je vous en prie.

Après vous, madame.

Rafael, Ă  vous l'honneur.

Si vous y tenez...

Qui peut venir Ă  cette heure-ci ?

Rosalie, allez ouvrir, je vous prie.

Mesdames, messieurs, bonsoir.

Veuillez nous excuser.

Je vous attendais demain.

Les manœuvres ont été avancées d'un jour-

Colonel, vous arrivez Ă  l'improviste---

Je suis désolé. Ce n'est pas ma faute-

Ce soir, nous avions des invités.

- Vous n'avez pas dîné ? - Non, madame-

Écoutez, je vais voir ce que je peux faire-

En attendant, prenez un verre

et faites connaissance.

- Avec plaisir. - Excusez-moi-

Aidez-nous. il faut ajouter des chaises.

Ă€ votre service, madame.

Qu'est-ce qu'il y a dans le Frigidaire ?

Il y a du pâté, du jambon...

Du whisky, un dry Martini, de la vodka ?

Ce que vous voudrez, peu importe.

- Un Martini. - Par exemple-

Je suis désolé,

M. Sénéchal avait accepté de nous héberger-

Je ne pensais pas qu'il aurait des invités ce soir-

- Mexicaine ? - Congo-

- Très bon. - Officier d'infanterie ?

- Non, non. De cavalerie. - Pardon-

Que fumez-vous, colonel ?

- De la marijuana. Vous en voulez ? - Non, merci-

- Excellence ? - Certainement pas-

Moi, avec plaisir.

Mais pas ces chaises-lĂ  !

Je vais en chercher d'autres.

Monseigneur ! Ça ira.

Ça ira, ça ira.

Je n'aurais jamais cru qu'on fumait, dans l'armée-

Celle de mon pays, par exemple, est d'une austérité remarquable-

La marijuana, vous savez, ce n'est rien-

C'est un 1er pas vers des choses plus graves-

- J'ai horreur des drogués. - Moi aussi-

Dernièrement, 6 000 marines américains ont été licenciés

parce qu'ils étaient drogués.

- Monseigneur, asseyez-vous. - Non, je vous en prie-

Trop aimable. Merci.

La marijuana n'est pas une drogue.

Regardez ce qui se passe au Vietnam.

Du général au soldat, tout le monde fume-

Résultat : ils bombardent leurs propres troupes-

S'ils bombardent leurs propres troupes, ils ont leurs raisons-

Et d'ailleurs, pendant la guerre de 1914,

on obligeait les soldats Ă  boire 3 litres de vin par jour-

- Vous exagérez. - Mais nullement !

Et malgré ça, il y avait encore beaucoup de fuyards-

ils étaient reçus à coups de mitrailleuses-

il y a eu des centaines de morts.

Jamais entendu parler.

-C'est bien connu, c'est historique. Ça s'est passé à Verdun.

Nous pouvons passer Ă  table.

En nous serrant un peu, nous y tiendrons tous-

Évidemment, les portions sont plutôt restreintes-

Mais il reste des œufs, du jambon et du fromage-

Je suis sûr que tout ira bien. Je suis confus-

Je vous en prie. Asseyez-vous comme vous pouvez-

- Du foie gras, colonel ? - Avec plaisir-

- Vous permettez ? - Je vous en prie-

Merci.

Ces manœuvres durent longtemps ?

Une semaine.

Votre femme ne vous accompagne pas ?

Message de l'état-major pour le colonel-

Allez-y.

Les séparations ont cela de bon

qu'elles donnent du plaisir aux retrouvailles.

- Mon colonel. - Qu'est-ce que c'est ?

- Si vous voulez bien m'excuser. - Je vous en prie-

- Allons bon ! - Qu'est-ce qui se passe ?

-L'armée verte a attaqué. Nous devons partir-

- Vous n'avez rien mangé. - Je regrette, ce sont les ordres-

Mesdames, messieurs.

Messieurs, nous partons.

- Mon colonel. - Oui-

J'ai fait un rĂŞve sympathique.

Ah, parfaitement.

Le sergent a un rêve très sympathique à vous raconter-

Nous vous écoutons.

J'ai fait un rêve, la semaine dernière.

Je me promenais à la tombée du jour,

dans une rue très commerçante.

Qu'est-ce que tu fais ici ?

Et toi ?

Moi, j'habite ici.

Depuis longtemps ?

Il y a 6 ans, je crois.

Et toi ?

Je viens Ă  peine d'arriver.

Mais qu'est-ce que tu as ? Tu es bien pâle-

Et toi, si tu te voyais !

- Et tu sens la terre. - Toi aussi-

- Tu vas rester ici longtemps ? - Toujours-

Attends-moi lĂ  une minute. J'ai quelque chose Ă  acheter-

Je t'attends.

Tiens, bonjour.

Bonjour.

Dis-moi, tu n'étais pas avec Ramirez ?

Si.

- C'était bien lui, tu es sûr ? - Oui-

Tu ne sais pas que Ramirez est mort depuis plus de 6 ans ?

-Mais oui, c'est vrai ! Tu as raison-

- Comment ça se fait ? - Je ne sais pas-

Je l'ai rencontré...

J'étais très surpris. Il m'a dit qu'il habitait ici-

C'est vrai, il y a longtemps qu'il est mort-

il est entré là.

Je vais l'appeler. Attends-moi une minute-

- C'est toi ? - Oui, c'est moi-

Tu me reconnais ?

Comment ne pas te reconnaître ?

- Tu aurais pu m'oublier. - T'oublier ?

Chaque fois que j'ai voulu te parler,

tu t'es éloignée de moi, tu m'as repoussé-

- Tu te rappelles ? - Oui, je me rappelle-

La dernière fois, tu retournais vers le sable-

Et maintenant, je te rencontre ici, tu viens vers moi-

Pourquoi si tard ?

-Je ne sais pas. J'avais envie de te revoir-

Je t'ai cherché dans cette foule obscure-

Depuis que je suis ici, je te cherche.

- Plus rien ne nous séparera. - Plus rien.

Il y a trois minutes, j'ai retrouvé un très vieil ami-

Attends, je voudrais que tu le connaisses-

Je t'attends.

Ramirez !

Ramirez !

Où es-tu, mère ?

Je te cherche parmi les ombres.

Mère !

Je m'éloignai en cherchant ma mère-

Mais la rue était pleine d'ombres et personne ne me répondit-

Et si vous nous racontiez le rĂŞve du train ?

Ah oui !

Non. Ce sera pour une autre fois.

Allons, en route, maintenant.

Mes hommages, madame.

Mesdames, messieurs.

Quand Lazare revint du royaume des morts,

il n'avait pas de souvenirs.

Qu'est-ce que c'est ?

Les manœuvres commencent.

J'espère qu'ils épargneront la maison.

Je vais vous préparer quelque chose de chaud-

Bonsoir.

C'est encore moi.

Je vous en prie, asseyez-vous.

Ce vacarme ne vous dérange pas ?

Mais non. C'est normal.

C'est une préparation d'artillerie.

La cavalerie attaquera dans 20 minutes-

Je comprends.

Mme Sénéchal n'est pas là ?

Colonel, c'était donc vous.

- Du café ? - Merci-Je n'ai pas le temps-

Je tenais à vous dire que j'étais confus-

Vous me feriez plaisir si vous acceptiez, avec vos amis,

de venir dîner chez moi. Vendredi, par exemple-

- Vendredi ? - Les manœuvres seront finies-

Si mes amis ne disent pas non...

Parfait. Monseigneur nous fera l'honneur de sa présence ?

- L'honneur sera pour moi. - À vendredi prochain.

Ma femme sera enchantée de vous connaître-

Nous habitons

17, rue du Parc.

Monsieur et Madame ne vont pas tarder-

"Chapeau porté par Napoléon le jour de la bataille de Wagram-"

Je veux voir ça.

Il est trop petit.

Mais il est fait pour vous.

Henri, c'est de mauvais goût !

Il vous va très bien.

Quel grand enfant vous faites !

- En veux-tu encore un peu ? - Non, merci.

- Mets de l'eau de Seltz. - Non, merci.

- À votre santé. - À ta santé, Rafael.

- C'est du whisky ? - C'est marqué sur la bouteille-

- On dirait du Quasi Cola. - C'est du Quasi Cola-

Si le repas du colonel est comme sa boisson, ça va être gai-

Simone, ça ne vous a jamais tentée, un ashram ?

Ah si. Qu'est-ce que c'est ?

C'est une congrégation religieuse.

C'est cher ?

Pas du tout. Ça coûte rien.

On fait de la méditation...

C'est une plaisanterie ?

"Pour montrer votre valeur, vous avez invité à dîner

"le spectre du commandeur."

Pour montrer votre valeur,

vous avez invité à dîner avec vous---

"Pour faire croire qu'il avait assisté à ce banquet---"

Qu'est-ce que je fais ici ?

"...vous nous avez endormis avec un narcotique-"

Je ne connais pas le texte.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Rien.

Un rĂŞve absurde.

Nous allions chez le colonel et nous retrouvions au théâtre-

Et alors ?

AllĂ´ ? Oui ?

Bonsoir. Quoi ?

-Que faites-vous ? Nous vous attendons !

Nous sommes chez le colonel.

Il ne vous est rien arrivé ?

Non. Nous venons. Je m'étais endormi.

Nous venons tout de suite.

Comment me trouvez-vous, Rafael ?

Sinistre. C'est un chapeau légèrement efféminé-

Oh, Excellence !

Napoléon, vous croyez ?

Des bicornes portés par Napoléon à Wagram,

j'en ai déjà vu 3 en France.

Vous m'étonnez.

- Un autre whisky ? - Merci-

Excusez-moi.

Cher ami, un autre porto ?

Non, merci, chère madame. J'en ai encore-

Cher ami, nous étions inquiets.

- Mes hommages. Désolé. - Je vous en prie-

Bonsoir.

Venez. Vous prendrez quelque chose ?

Pour moi, ce sera un scotch.

- Et vous, madame ? - Un doigt de porto-

-J'espère que vous aimerez. C'est un vieux porto-

Je vous en prie.

-Bonsoir. As-tu des nouvelles de Miranda ?

- Comment est la situation ? - Calme-

Et les guérilleros ?

-Il en reste. Ils font partie de notre folklore-

Vous avez des problèmes avec les étudiants-

Les étudiants sont jeunes. Il faut qu'ils s'amusent-

Comment est-ce que ton...

Pardon... votre gouvernement se comporte à leur égard ?

Vous savez, nous ne sommes pas contre les étudiants, au contraire-

Mais que faire quand votre chambre est envahie par les mouches ?

Vous prenez une tapette, et pan, pan.

Plus de mouches.

Un instant.

-Je ne connais pas votre pays. On le dit beau-

Très beau, en effet.

Mais vous n'avez ni caviar, ni champagne-

Non. Mais nous avons des choses aussi bonnes, sinon meilleures-

Excusez-moi.

Est-ce exact, ce qu'on dit ?

Qu'à Miranda, il y a une misère effroyable ?

J'ai peine à croire que le fossé entre pauvres et riches

se creuse, Excellence.

Mais non. On vous a trompé.

Notre pays est en pleine expansion.

Les chiffres le prouvent.

- Excusez-moi. - Oui-

Pardonnez-moi, Excellence.

Je vous ai entendu parler de votre pays.

Je m'intéresse aux problèmes d'administration-

De quoi voulez-vous parler ?

Par exemple, on m'a dit qu'il était fréquent,

chez vous, qu'on achète un juge ou un policier-

Autrefois, quelques cas ont pu se produire, comme partout-

Aujourd'hui, nous sommes une démocratie,

et la corruption n'existe plus.

Pardon.

Je crois que ma place n'est pas ici.

- Qu'est-ce qui se passe ? - Rien-

Je t'expliquerai.

Ă€ demain.

Excellence !

- Vous partez déjà ? - Mais non, madame-Pourquoi ?

Justement, mon mari aimerait parler avec vous-

J'aimerais boire un verre à votre santé-

Avec plaisir, colonel.

Je vous en prie.

- À votre santé. - À la vôtre.

Votre pays retient beaucoup l'attention, ces jours-ci-

Au moins chez nous.

J'ai lu que Miranda détient le record du monde

du nombre d'homicides par habitant-Est-ce vrai ?

Non, colonel. Vous vous trompez.

Pas du tout. il paraît qu'on tue pour un oui ou un non-

il y a au moins 30 morts par jour.

Non, colonel.

Vous cherchez Ă  m'offenser.

-Moi ? Pas le moins du monde. Je dis ce que je sais-

Je l'ai lu récemment dans une enquête très sérieuse-

Permettez-moi de mettre en doute votre parole-

Non. Je le répète, je sais ce que je dis-

Si je n'étais pas votre invité, je vous en demanderais raison-

Cette coutume chevaleresque est Ă  l'honneur

dans votre contrée à demi sauvage ?

Monsieur,

vous venez d'insulter la République de Miranda-

La République de Miranda, je m'en soucie comme d'une guigne-

Et moi, je conchie votre armée dans sa totalité-

Mais que s'est-il passé ?

Calmez-vous, mon colonel.

Je ne comprends pas.

L'ambassadeur est un goujat !

- C'est un malentendu. - Du calme, mon colonel-

Que s'est-il passé ?

Rien de tragique.

Pardon.

Colonel ?

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Je rĂŞvais que moi... Non.

Je rêvais d'abord que Sénéchal rêvait

que nous allions dans un théâtre,

ensuite, que nous étions invités chez le colonel,

et qu'il se disputait avec Rafael.

Tu es trop bĂŞte. Allons, dors.

Calme-toi. Dors.

- Bonjour, monseigneur. - Bonjour, madame-

Les fleurs sont magnifiques et le parc bien entretenu-

Madame, je fais de mon mieux.

Ă€ propos,

nous recevons quelques amis à déjeuner, aujourd'hui-

Vous ĂŞtes des nĂ´tres ?

- J'ai encore beaucoup de travail. - Ça me ferait plaisir-

Et puis, vous savez, nous serons entre nous-

Venez quand vous pouvez.

Bon. Je...

- Je vais finir, ensuite je viendrai. - Parfait-

Si vous permettez, je voudrais planter

une double bordure d'hortensias à côté de la porte-

Voulez-vous venir voir, je vous prie ?

J'envisage de mettre 2 allées d'hortensias

de chaque côté de la porte. Ce serait joli-

- Bonjour. - Vous désirez, madame ?

OĂą puis-je trouver un prĂŞtre ?

Adressez-vous Ă  la paroisse.

Enfin, madame... Moi, je suis prĂŞtre.

De quoi s'agit-il ?

C'est pour donner l'absolution Ă  un vieil homme qui va mourir-

Attendez-moi, madame, je reviens.

De qui s'agit-il ?

C'est un homme très vieux, très pauvre.

Il vit dans une ferme, à côté.

C'est un ancien jardinier. Il est très malade-

il lui faut un médecin.

-Il dit que ce n'est plus la peine. C'est un prĂŞtre qu'il lui faut-

Attendez ici.

C'est lĂ .

- Monsieur le curé ! - Oui ?

Je voulais vous dire une chose.

Eh bien, parlez, ma fille.

Moi, je n'aime pas du tout Jésus-Christ-

Depuis que je suis toute petite, je le déteste-

Comment ?

Un Dieu si bon, si doux. Comment est-ce possible ?

Vous voulez savoir pourquoi ?

-Il faut que je voie ce malade. On reprendra après-

J'ai 2 sacs de carottes Ă  livrer.

Quand je viendrai vous chercher, je vous le dirai-

Tu as demandé un prêtre. Me voici.

Je t'apporte le secours de la religion.

- Désires-tu te confesser ? - Oui, me confesser-

Je t'écoute.

Dis-moi tes péchés.

Mon père,

il y a des années, j'ai commis un crime-

J'ai tué un homme et une femme.

Qui ?

-Mes patrons. Je les ai tués tous les deux-

ils étaient si durs, avec moi.

Vous voyez, lĂ , sur la photo... Ce sont eux-

Lui et elle.

Et l'homme derrière avec...

un râteau, c'était moi.

J'étais jardinier.

Il y a si longtemps.

Ce petit garçon, tu le connais ?

Oui. C'était leur fils.

Oui. C'était moi.

Je me rappelle cette photographie. Je l'ai vue bien souvent-

Ceux que tu as tués, c'étaient mon père et ma mère-

On n'a jamais trouvé le coupable.

C'était moi.

Ils me traitaient comme une bĂŞte.

Et lui, c'était une brute.

Et elle, elle...

Calme-toi.

Tu veux l'absolution avant de te présenter devant Dieu ?

Oui, par pitié.

Dieu, dans Son infinie bonté,

pardonne aux pécheurs les plus endurcis-

Vois quel exemple il a voulu nous donner en nous réunissant ici-

Ferme les yeux.

Recueille-toi...

et prie.

Que Notre Seigneur Jésus-Christ vous pardonne-

Et moi, par Son autorité, je vous pardonne vos péchés-

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il-

Dors en paix, maintenant.

Vous prenez quelque chose ou on passe Ă  table ?

Moi, je meurs de faim.

Alors asseyons-nous et mangeons.

Nous avons une omelette aux truffes

et de la pintade aux morilles.

Inès, vous pouvez servir.

Monseigneur a été appelé au chevet d'un mourant-

Nous devrions l'attendre.

Non, non. il a demandé que nous mangions sans lui-

Vous avez des projets, pour cet été ?

- Non. - Nous non plus-Pourquoi ?

Si vous veniez tous Ă  Miranda ?

- À Miranda ? - Bien sûr, je vous invite-

Ça serait une occasion de vous faire connaître mon pays-

On doit mourir de chaleur, là-bas, en été-

C'est dans l'hémisphère Sud. Là-bas, c'est l'hiver-

- N'est-ce pas, Rafael ? - Naturellement-

Nous, Français, sommes fâchés avec la géographie-

C'est vrai.

Inès, allez ouvrir. C'est sûrement monseigneur-

Rafael, le bruit a couru qu'on allait vous nommer ministre-

Police, ouvrez !

Police ! Au nom de la loi, ouvrez.

Police !

Rafael Acosta ?

Oui ?

Commissaire Delécluze.

Vous ĂŞtes bien Rafael Acosta, ambassadeur de Miranda ?

Oui. C'est moi.

Je vous arrĂŞte.

- Comment ? - Je vous arrĂŞte-

Vous n'avez pas le droit.

Vous n'ĂŞtes pas dans le territoire de votre ambassade-

Voici votre mandat.

- Et l'immunité diplomatique ? - l'immunité diplomatique ?

Je m'en fous. Emmenez-le !

Monsieur le commissaire, il s'agit d'une erreur-

il est impossible...

- Henri Sénéchal ? - Oui-C'est moi-

Je vous arrĂŞte.

-C'est inadmissible. J'appelle mon avocat-

Pas question d'avocat. Allez, emmenez-le, vite-

- Commissaire Delécluze ? - Oui-

Quelle coĂŻncidence ! Nous sommes voisins-

Je connais votre fille. Charmante.

Vous ne seriez pas François Thévenot ?

- Oui. C'est moi. - Je vous arrĂŞte-

De quoi nous accuse-t-on ?

-Vous le saurez au commissariat. Joli coup de filet !

On n'arrête pas les gens comme ça !

-Les femmes aussi. Emmenez-moi tout ça-

Allez !

Ne me touchez pas !

Lâchez-moi !

Mais je n'ai rien fait !

La paix !

Ne me touchez pas !

Fouillez-moi toute la maison : les chambres, la cave--- partout-

- C'est quoi ? - Affaire de drogue-

Des clients sérieux.

- Bonsoir. - Bonsoir !

OĂą ils vont si vite ?

- Quel jour on est ? - Le 14 juin-

14 juin. J'avais oublié.

- On voit que t'es nouveau. - Pourquoi ?

14 juin, c'est le jour du brigadier sanglant-

T'as pas entendu parler du brigadier sanglant ?

Non, jamais.

-Écoute-moi. Ça se passait à l'époque

oĂą la police essayait de se faire aimer par la population-

- Tu te rappelles ? - Oui, très bien-

Commissaire, avez-vous appelé le ministre ?

- Et mon avocat ? - J'ai soif !

- C'est indécent. - On est des femmes !

- Vous restez lĂ  ? - Encore un moment-

- C'est le 14 juin, n'oubliez pas. - J'oublie pas, commissaire-

Oui. Alors, comme je te disais,

il y avait, à cette époque-là, un brigadier si sévère---

Tu le vois, lĂ -haut ? C'est lui.

Il ruinait nos efforts pour nous faire aimer du public-

Mais malgré tout, c'était un brave type.

Alors,

toujours le silence ?

Tu me réponds, oui ou non ?

Alors c'est non ? Tu veux pas parler ?

Écoute-moi, je te donne une dernière chance-

Tu te décides à parler, oui ou non ?

Allez-y.

- Comment va ta femme ? - Doucement-

Garçon ou fille ?

-J'espère une fille. J'ai déjà 2 garçons-

Non, pas ça !

C'est pas toi qui as plastiqué.

Tu es sympathique, tu as des idées saines-

Mais tu sais qui a fait le coup, alors parle !

Et tu iras te balader avec ta petite amie-

Je n'ai pas de petite amie.

Ça t'amuse de te foutre de moi ?

Tant pis pour toi. Tu l'auras voulu.

On va lui faire jouer un peu de piano.

Non ! Non !

On va pas te tuer.

Alors, tu parles ?

Toujours rien Ă  dire ?

Un 14 juin,

il a été assassiné.

Et depuis lors, tous les ans, il revient-

Pour se racheter.

- Il reviendra ce soir ? - Sûrement-

Reste. Moi, j'y vais. Je tiens pas Ă  voir le brigadier-

Je m'en vais aussi. Attends-moi !

Non !

ArrĂŞtez...

Qu'ils ne s'échappent pas !

Non...

Mais qu'est-ce qui se passe, monsieur le commissaire ?

- C'est vous ? - Oui-

J'ai cru que vous m'appeliez.

Non. Figurez-vous que j'ai rêvé que vous relâchiez les prisonniers-

Moi ?

-Oui, vous. Quelle tête vous aviez ! On aurait dit un bœuf égorgé-

Les rĂŞves sont quelquefois vraiment...

AllĂ´, oui ?

Ne quittez pas.

Le ministre de l'lntérieur veut vous parler-

AllĂ´ ?

Oui, c'est moi.

Oui, mademoiselle. J'attends.

Commissaire Delécluze ?

Vous avez arrêté l'ambassadeur de Miranda et ses amis ?

Relâchez-les immédiatement.

Monsieur le ministre, le procès-verbal est déjà fait---

Faites ce que je vous dis. Relâchez-les immédiatement-

Pourrais-je connaître les raisons qui---

Écoutez, nos relations diplomatiques avec l'Amérique---

Pardon ? Excusez-moi, je n'ai pas entendu-

Comment ? Pourtant, je parle clairement-

Oui...

Très bien.

J'ai compris, monsieur le ministre.

Brigadier !

Oui, monsieur le commissaire ?

Il faut relâcher les prisonniers.

Mais pourquoi ?

Tout de suite, monsieur le commissaire-

Et... tu as parlé au ministre ?

-Bien sûr ! Je l'ai appelé pour le remercier-

Je l'invite Ă  Miranda la saison prochaine-

il fera tout pour venir.

Quelle heure est-il ?

20 h 45.

-J'espère qu'ils vont arriver. Mon gigot va être trop cuit-

- Les voilà sûrement. - J'y vais-

- Nous ne sommes pas en retard ? - Pas du tout-

- Comment allez-vous ? - Bien-Merci-

Bonsoir, Florence.

- Vous avez une robe ravissante. - Merci-

Bonjour, Henri.

Bonjour, Rafael. Ça fait tellement plaisir !

Il y avait des encombrements.

- C'est samedi ! - J'aurais dĂ» partir plus tĂ´t-

Nous avons croisé au moins 150 cyclistes-

Tant pis pour les cocktails.

Passons Ă  table, ou mon gigot va ĂŞtre trop cuit-

Ça tombe bien, je meurs de faim.

Très bien.

Je vous ai préparé un potage aux herbes du jardin-

Très bonne idée.

C'est moi qui l'ai fait.

Installez-vous.

- François, à ma droite. - Oui-

Rafael, ici.

J'ai failli ne pas faire de potage,

mais un repas sans potage, est-ce vraiment un repas ?

Alors, Inès, comment ça va, avec votre fiancé ?

Nous avons rompu, madame.

Rompu ? Pourquoi ça ?

Il est parti à l'armée.

Attendez-le.

-Il n'a pas voulu. Il dit que je suis trop vieille-

- Quel âge avez-vous ? - 52 ans, madame-

- Je comprends. - C'est vrai-

Elle servait déjà chez mes parents quand j'étais petit-

Ce matin, à Miranda, on a arrêté un nazi,

un "von" je ne sais pas quoi,

chef d'un camp de concentration.

Il paraît que c'était un véritable boucher-

Permettez-moi de vous dire que l'appeler ainsi est excessif-

Je l'ai rencontré une fois et je peux vous garantir

qu'il s'agit d'un véritable gentleman.

-C'est compatible. On peut ĂŞtre pauvre et voleur-

Et riche et honnête, ma chérie.

Comment s'habillait-il, ce "von" je ne sais pas quoi ?

Il aimait les animaux ?

Il se promenait toujours avec un gros chien.

On dit qu'il y a beaucoup de nazis, Ă  Miranda-C'est vrai ?

- Le potage vous plaît ? - Il est délicieux.

Ajoutez du sel, si vous voulez.

Il est parfait, comme d'habitude-

Je vous laisse un moment, je vais m'occuper du gigot-

- Quelle heure est-il ? - 21 h 10-

Retirez-le, parce que 25 minutes par livre,

c'est amplement suffisant.

Très bien.

Pour découper le gigot, il faut se lever-

N'est-ce pas, François ?

C'est plus correct, rappelle-t'en.

Merci pour la leçon.

Rafael, vous êtes né quand ?

Le 22 février 1920.

Alors vous ĂŞtes Poissons ?

Ascendant Sagittaire.

C'est très intéressant.

- Je vous sers, Simone ? - Volontiers-

- Merci. - Passez-moi l'assiette de Rafael-

Poissons Sagittaire...

Vous savez que la réunion de ces 2 signes jupitériens

exalte la grandeur et la force de votre personnalité ?

Votre nature veut dépasser les limites de son moi-

Vous croyez ?

François, un peu de flageolets ?

- Surtout Ă  l'huile d'olive, j'adore. - J'en ai mis-

Exprès pour moi !

- Rafael ? - Avec plaisir-

Votre gigot est excellent.

- Pas trop cuit ? - Parfait-

Vous aimez participer largement Ă  la vie, Rafael-

Vous êtes conduit par de grandes idées

et de nobles projets.

Votre esprit vous fournit une vue synthétique de l'univers-

Venez dîner à la maison, goûter mon caviar à la cuiller-

Je sais que vous aimez ça.

Florence nous préparera son mélange vodka et aquavit ?

Oui, oui.

Votre sensibilité s'accorde avec votre conscience humanitaire-

Mais si vous voulez refuser les idées reçues,

encore faut-il les remplacer par une morale personnelle,

Rafael !

J'ai toujours fait ce que ma conscience m'a dicté-

Du gigot, Rafael ?

Oui. Avec plaisir.

- Vous l'aimez pas trop cuit ? - Ça m'est égal-

C'est délicieux. Mais je suis un peu perverse,

j'ai un faible pour les flageolets américains-

Tout le monde debout !

Mesdames, tout le monde debout !

- Qu'est-ce que ça veut dire ? - Les mains, derrière la tête-

Et lĂ -bas, au fond. Allez, hop !

- Laissez-nous nous expliquer. - On vous a mal informés-

Tout le monde au fond !

Au fond !

Et plus vite que ça.

Et quand on aura fouillé la maison,

alors on aura tout le temps d'en discuter-

Mais qu'est-ce que vous allez faire ?

Toi, tu vois lĂ -bas.

Et toi, par lĂ .

Regarde !

Vous ĂŞtes souffrant, monsieur ?

Vous avez crié très fort.

- Vous désirez quelque chose ? - Non, non.

Rien.

Couche-toi.

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