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Zulu
Brouhaha, bribes de conversations.
...
Une clameur monte dans la salle.
-JOYEUX ANNIVERSAIRE,
JOYEUX ANNIVERSAIRE.
JOYEUX ANNIVERSAIRE, PAUL ET MARIE.
JOYEUX ANNIVERSAIRE.
Cris, applaudissements.
-Je resigne pour cinq ans.
C'est parti !
...
...
-Paul, on peut se parler ?
-Bien sûr, Michel.
On va aller au salon.
Alors ? Quoi de neuf ?
-Vous allez partir au Japon ?
-Oui, pour fêter ces noces de bois.
-Marie a beaucoup de chance. -Moi aussi, Michel.
-Et le travail ?
-Je gère le portefeuille d'un gros investisseur,
qui m'a demandé de repérer des start-up prometteuses.
J'ai plein de rendez-vous, je suis sous l'eau.
-Mais vous continuez à vous occuper de vos autres clients.
-Bien sûr, c'est le coeur de mon métier.
-C'est très impressionnant, bravo.
-Ca me touche, Michel.
-Je voulais vous demander...
-Oui, quoi ?
-Sabine a eu des soucis de santé,
il lui faut du calme et du repos. Il est temps de lever le pied.
-C'est très bien, Michel.
-Je dois récupérer l'épargne que je vous ai confiée
ces dernières années. Ne cherchez pas à m'en dissuader,
j'ai déniché une maison à Cassis.
-C'est pas vrai ?
-Et si, retraités dans le Sud. Je dois donc récupérer mon argent.
-Michel, c'est votre argent. Mais vous pourriez perdre 10% de marge
sur les plus-values, alors il vaudrait mieux attendre.
-C'est toute mon épargne,
et j'aimerais acheter cette maison rapidement.
-Je m'en occupe, c'est comme si
c'était fait.
On boit un verre ? -Oui.
...
...
-Bonjour. -Bonjour.
-Bonjour, Marijo. -Salut, Duchesse.
Sens-moi ce printemps. J'adore la pluie !
-Où sont Ben et Darius ? -J'ai un mot du docteur.
Salut, doc. Qu'est-ce qu'on a ?
-Homme, 22-25 ans, à confirmer,
musclé, même très en forme,
genre athlète de haut niveau,
tennisman, footballeur, danseur...
Il a reçu deux balles dans le thorax à bout portant,
à 5cm l'une de l'autre. -On a retrouvé les douilles ?
-Non, ça ressemble à un vrai travail de professionnel.
-Y a aussi un tampon sur le poignet, pas très lisible.
-On a fait des photos ? -Oui. Marijo, viens voir.
D'après les empreintes de pas, il y avait au moins trois personnes.
Et là-bas, sur la route, il y a des traces de pneus.
-La voiture a dû faire demi-tour et repartir sur la route.
J'imagine qu'il n'y a aucune caméra de surveillance, ici.
-Je confirme. Aucune.
Marijo ?
Marijo ? Ca va ?
-C'est un sapin
de Douglas, l'arbre préféré de mon gamin quand il était petit.
Bon, alors qu'est-ce qui t'est arrivé, Douglas ?
-Comme je vous l'ai dit au téléphone,
il est très diminué et n'interagit avec personne depuis des années.
Il ne vous parlera pas. Ca peut être très impressionnant.
Tous les jours, il passe une heure ici pour voir le ciel.
Prévenez-moi au moindre problème.
-Merci.
...
Bonjour, monsieur Richert.
Je m'appelle Gabriel Darius.
Vous avez connu ma mère il y a cinquante ans.
Suzanne Grant.
Ho.
J'ai passé ma vie à essayer de comprendre celle des autres.
Enfin, les autres... Ceux qu'on préfère oublier.
Et c'est à mon tour de demander de l'aide.
C'est si difficile
d'avoir des réponses sur mon passé.
Pourquoi tous ceux qui ont connu ma mère l'ont oubliée ?
Qu'est-ce qu'elle a, cette histoire,
monsieur Richert ?
Qu'est-il arrivé à ma mère ?
Je sais que vous savez, M. Richert.
Je le sens.
Si vous avez compris ce que je viens de dire,
si vous avez entendu ce que j'ai dit, regardez-moi.
Regardez-moi.
...
-Vous pouvez vous rhabiller. -OK.
-Continuez la rééducation. La cicatrisation est satisfaisante.
Vous vous sentez comment ?
-Ca va. Ca va bien, je n'utilise plus mes béquilles.
-Les douleurs reviennent ?
-Oui, un peu, mais...
-C'est-à-dire ?
-Ce n'est pas grand-chose, mais quand j'étais sorti de l'hôpital,
le médecin m'avait prescrit du tramadol.
Vous pourriez me refaire une ordonnance
au cas où ?
-Non, pas si vous êtes en service, monsieur Ferrer.
-Ah bon...
-Je peux vous faire
un arrêt de travail, surtout si les douleurs subsistent.
-Ca va aller.
Ca va aller, c'est OK.
Je vais continuer la rééducation et je vais éviter les médicaments.
...
-Salut, Jeff.
-Salut, Paul.
C'est quoi ? Tu as glissé dans ta baignoire ?
-Tu ferais quoi si tu voyais une vieille se faire agresser ?
-Rien. Pas envie de me prendre un coup.
-J'aurais dû faire comme toi.
-Mais ça va aller ?
-T'inquiète. Les gens ne voient de toi que ce que tu leur montres.
Qu'est-ce que tu as d'intéressant aujourd'hui ?
-Une course réservée à 14h tapantes à L'Hermitage. Valérie Savini.
...
-Laissez votre message après le signal sonore.
-Tu fais quoi ? Rejoins-moi à L'Hermitage dans une heure.
Costume impeccable.
-Alors, Ben ? -Alors quoi ?
-Ta visite médicale. -Ah. Très bien.
-Ils n'ont pas prolongé ton arrêt ?
-Non.
Selon lui,
je suis prêt à retourner sur le terrain.
-Mais tu lui as parlé de tes douleurs ?
-Oui, et il ne voit pas où est le problème.
Ca finira par passer
tout seul, faut juste checker. -D'accord.
-On a la vidéosurveillance du parc ?
-Oui.
Un véhicule passe à toute berzingue
à minuit quarante.
-On peut identifier une plaque ?
-Je l'ai envoyée au service numérique,
mais je n'y crois pas. -Moi non plus.
Rien d'autre ? -Si, le tampon sur le poignet.
C'est "DFL Oversold Records",
une boutique de vinyles spécialisée dans le rap.
Ca pourrait donc bien
être un danseur.
-Du coup, j'ai envoyé sa photo à tous les clubs de danse, de rap
et de sport.
-On va à la boutique. Continue de creuser l'identification
des véhicules et reste en stand-by
avec les clubs, OK ?
-OK.
-Oui, je l'ai déjà vu.
-Ah bon ? C'est un client ?
-Je sais pas, mais sa tête me dit quelque chose.
-Il avait ça sur le poignet.
-Je me souviens. C'est pas un client.
-Soyez un peu plus précis.
-Votre gars, c'est un breaker.
-Excusez-moi, mais c'est quoi
un breaker ?
Hip-hop.
...
-Un, deux, trois...
Cinq, six,
sept, huit !
Trois, quatre,
cinq, six, sept...
...
Un, deux, trois, quatre, cinq...
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept...
...
Un, deux, trois, quatre, cinq, six,
sept et huit ! Un, deux,
trois...
Darius coupe la musique.
-Ca va pas ?
-SRPJ de Lille, commandant Darius, capitaine Cantini,
lieutenant Lacorderie.
On a des questions à vous poser.
-Laissez votre message après le signal sonore.
-Ouais... Je sais pas ce que tu fais,
mais je crois que tu es en train de me planter.
Je suis pas content. On en reparle tout à l'heure.
...
Bonjour.
-Vous le reconnaissez ?
-C'est AD. Que lui est-il arrivé ?
-On a retrouvé son corps ce matin.
Je suis désolé.
-"AD", c'est pour... ?
-Asian Dash. C'est son blaze.
-Et son vrai prénom ?
-On a tous des blazes, ici.
-Vous le connaissiez bien ?
-Oui et non. On s'entraînait ensemble
pour passer les battles régionales, mais c'est tout.
-Je crois que j'ai son Instagram.
-Vous savez autre chose ?
-Il devait partir aux Etats-Unis le mois prochain.
-Oui, il voulait danser là-bas. Il avait trouvé un appart à LA.
Mais il avait des problèmes
de thune, je crois.
-On doit cracker un compte Insta.
Contacte la BEFTI, on veut
une adresse et un nom.
-Les connaissant, ça va prendre des plombes.
-Attends deux secondes.
Duchesse, t'as bien un pote de promo à la brigade du Web ?
Quitte pas.
-Si, le monosourcil qui sent de la bouche et qui te colle au cul.
-Oui, c'est lui.
-Dis que c'est de la part de Duchesse,
et tu demandes... Vincent.
-"Vincent". *-Le nom du profil,
c'est "AD-Asian".
Bon courage, Ben. Ciao. -A toute.
Ben gémit.
Un piano joue du jazz.
...
-Madame Savini,
vous partez déjà ? -Oui. Merci,
c'était délicieux. -Je vous appelle
un transport ?
-Non, ça ira.
-Alors c'est parfait. Merci, bonne journée.
-A vous aussi.
-Jeff, c'est inadmissible, la façon dont tu as géré la situation !
Tu peux déjà te trouver un autre job ! Tais-toi !
Elle s'appelle comment ? Bien.
-Tout va bien, monsieur ? -A votre avis ? Je cherche
madame Savini. -C'est moi.
-Ah. Excusez-moi. Vous aviez réservé un chauffeur
pour un transport. -Oui.
-Le directeur de l'agence
s'est emmêlé les pinceaux, tous les chauffeurs sont occupés.
Baptiste de Lancin. Je dirige plusieurs sociétés,
dont celle que vous avez sollicitée pour votre transport.
Je ne supporte pas qu'une cliente ne soit pas satisfaite.
-Et vous venez vous excuser ?
Ca ira, je vais prendre un taxi.
-Si vous le permettez, j'aimerais assurer votre transport moi-même.
-D'accord. Eh bien merci.
-Je tiens à la réputation de mes sociétés. Ma voiture est dehors.
-Monsieur de Lancin, vous m'avez l'air d'un homme
bien occupé.
-Baptiste.
Appelez-moi Baptiste. C'est sûr qu'il y a de quoi faire,
mais les gérants de mes sociétés sont bien plus compétents que moi.
-Et modeste, en plus.
-Non, c'est la vérité.
Et puis ça me permet de dégager du temps pour mon premier métier,
celui qui m'a permis de financer tout ça.
-A savoir ?
-Ecoutez bien...
Des gens riches me confient leur argent
pour que je les rende encore plus riches.
Je vous rassure : ils me paient pour ça.
Madame Savini,
je suis désolé, vous aviez réservé un chauffeur en particulier.
J'espère que vous n'êtes pas trop déçue.
-Non, pas du tout.
Je suis ravie.
Appelez-moi Valérie.
-Bien. Avec plaisir.
Et voilà.
-Merci beaucoup, Baptiste.
-Tout le plaisir était pour moi. Je vous ouvre.
-Non, ne bougez pas.
Comme je vous l'ai dit,
je cherche à placer de l'argent, j'aimerais que nous en reparlions.
Joignons l'utile à l'agréable.
-On peut déjà se voir et en parler.
-Après-demain à midi ? On peut faire ça dans mes bureaux.
-Très bien.
Je vous souhaite une belle journée.
Au revoir, Valérie. -A après-demain !
-A bientôt, merci.
...
-Je peux vous aider ? -Oui, merci. Je cherche
Mathilde Landais.
Arthur Brébant, je suis son fiscaliste. On avait rendez-vous.
-Vous n'êtes pas au courant ? -Non. De quoi ?
-Elle s'est suicidée.
Les pompiers l'ont retrouvée il y a cinq jours.
Elle a pris des médicaments.
-Mon Dieu, c'est affreux.
-Désolé de vous l'annoncer comme ça.
Je voyais bien
que ça n'allait pas, ces derniers temps.
-On sait pourquoi ?
Elle a laissé un mot ? Quelque chose qui expliquerait son geste ?
-Non, je ne sais pas.
-Merci à la brigade du Web, qui a su faire la lumière rapidement.
Douglas s'appelait Jin Zhang, il avait 23 ans,
et il travaillait dans le resto de ses parents.
On ira les voir, Ben.
-Avec plaisir.
-Ca va pas être commode.
-Ca ira.
-OK.
-Oh putain,
pas lui...
-C'est qui ?
-Thomas Laugier, il bossait
aux stups, grosse personnalité. -Et gros fumier aussi.
-Il s'est fait virer ?
Marijo acquiesce.
-Pourquoi ? -Intimidation de témoin,
disparition de saisies,
violences.
Un beau palmarès. -En attendant, je suis sûr
que notre ami Ronald va nous payer une tournée.
-Ho, Darius !
Marijo !
-Thomas.
-T'es toujours en activité ?
Increvable, la Marijo !
-Quand on bosse bien, on n'arrête pas. Tu peux pas savoir.
-OK. Bon, ben... Content de t'avoir croisée.
-C'est ça.
-Bonne soirée.
-Connard. -Ca se voit, tu l'aimes beaucoup.
-Ca a donné quoi, Richert ?
-Rien du tout.
-Je suis désolé.
-Le médecin m'avait prévenu. -Je peux demander un test ADN.
-Non, ça va aller.
-Tu veux pas savoir
s'il est ton père ? -Si.
-T'as déjà fait
le test ?
-J'attends le résultat. Maintenant, si tu peux accélérer les choses...
-OK.
-J'arrive pas à faire le lien entre un danseur de hip-hop
et deux balles dans la poitrine.
-Et qui voulait voyager sans en avoir les moyens.
C'est une histoire
de pognon.
Ben gémit. -Ca va ?
-Ca va.
-T'es sûr ? -Oui, je vais aux toilettes.
Ca va aller.
-Je t'accompagne ? -Non, ça va.
Je reviens. -Très bien.
-(Oh la vache... Oh putain...)
-Je peux t'aider ?
-Non, je te remercie. Ca va aller.
C'est juste des crampes, ça va passer.
-C'est pas des crampes, Ben.
Oui, je sais qui tu es. On m'a raconté ce qui t'était arrivé.
C'était courageux de ta part. Mais tu dois en chier, non ?
-A ton avis ?
-J'ai un collègue qui s'est pris une balle tout près de la colonne.
Faut pas hésiter à prendre des cachets, y a que ça qui marche.
Si t'as besoin de quoi que ce soit, t'hésites pas.
On doit s'entraider, non ?
-Je te remercie, mais les cachets, c'est pas mon truc.
-Ils disent tous ça, mais ils finissent tous par en prendre.
-Y a un truc que t'as pas compris, là ?
-Si t'as besoin de quoi que ce soit, t'hésites pas.
Courage, mec.
...
...
-Jin a un petit appartement à deux rues.
Depuis quelque temps, il n'était pas facilement joignable.
On respectait.
On se disait...
On se disait qu'il avait besoin d'indépendance.
-Vous avez une idée de ce qui a pu se passer ?
-Non.
Jin travaillait au restaurant avec nous,
ça se passait bien.
-Il était danseur, vous le saviez ?
-Oui.
-Il vous avait parlé de son désir d'aller aux Etats-Unis ?
-C'était son rêve, c'était pas réaliste !
Jin allait reprendre le restaurant, c'est ça qu'il devait faire !
-C'était merveilleux, quand il dansait.
Il s'entraînait beaucoup.
-Vous savez pourquoi il était dans ce parc
ce soir-là ?
-Après le restaurant, le soir, il allait répéter là-bas.
C'était son coin.
...
-RAS.
-Jin ne leur a pas tout dit, ou bien eux ne nous ont pas tout dit.
Grincement.
-Jin avait des soucis.
Son père l'ignorait.
-Jin ne faisait pas que de la danse.
-Il se servait du restaurant pour blanchir de l'argent,
sa mère l'avait grillé.
-La brigade financière
nous a expliqué. -Le restaurant
accueille souvent des touristes chinois,
de plus en plus nombreux.
Il y a une vraie économie parallèle
qui s'est créée sur Lille entre les guides et les restaurants.
L'ordinateur de Jin
nous apprend qu'il produisait des fausses factures du restaurant,
de prétendus repas de groupes de touristes,
qu'il envoyait ensuite
à des Chinois bossant dans l'import-export
contre du cash.
-Il ne faisait pas ça tout seul, il échangeait avec un type
qui gérait ça pour lui.
Il lui promettait de placer l'argent récupéré
et de tripler la mise. -On a un nom ?
-Paul Falsenbag, ancien conseiller bancaire des Zhang.
-Ancien ? -Il s'est fait virer
de la banque il y a 2 ans, mais il continuait à solliciter les Zhang.
-Selon la mère, c'est lui qui a mis en place le système de blanchiment
avec son fils.
Ce type a la brigade financière sur le dos. Train de vie suspect.
En tout cas, on avance.
-Non. Je ne vois pas le mobile.
Ah, t'es là ?
-Désolé, j'avais besoin de prendre un verre. Mais je vais la ranger.
-Tu peux boire devant moi,
y a pas de problème.
-Ca va ?
-Oui. Enfin, quelle journée...
On est sur une affaire, là, c'est un vrai casse-tête.
-Il s'appelle comment ?
-Il s'appelait Jin. Jin Zhang.
C'est un jeune qui voulait danser.
Visiblement exécuté.
-Qu'est-ce qui te plaît, dans tout ça ?
D'arrêter le tueur ou juste maintenir l'ordre ?
-Le puzzle. J'aime quand c'est pas évident, quand il faut creuser.
Plus on cherche, plus c'est excitant.
Tu vois, quand on interroge quelqu'un,
le meilleur moment, c'est quand on s'apprête à sortir.
C'est toujours à ce moment-là que les gens finissent par parler.
Le petit moment de vérité juste avant qu'il soit trop tard.
-T'aimes bien quand c'est compliqué.
-Luis, qu'est-ce qu'il y a ?
-J'ai de plus en plus de mal à gérer les problèmes de la famille.
Je suis de moins en moins là-bas, je...
-Quels problèmes ?
-J'ai un petit-neveu qui enchaîne les conneries
depuis que je suis parti.
-Quel genre de conneries ?
-Le genre qu'on raconte pas aux flics. Des trucs de mec.
-Tu viens de casser l'ambiance. Deux phrases, deux conneries.
-Je suis désolé, Marijo, mais je ne peux pas rester ce soir.
-C'est dommage, on passait un bon moment.
-Je me rattraperai. Je te donne des nouvelles dès que je peux.
-Tu fais exactement ce que tu veux.
-Courage pour ton puzzle.
La porte claque. -OK.
-Tu fais quoi ? -Chérie, ça va ?
-T'es pas venu
te coucher. -Non, je...
J'avais pas sommeil, j'ai préféré dormir dans le canapé.
-Où est la voiture ? -Plus loin dans la rue.
-Papa a essayé de te joindre toute la journée.
-C'est agaçant, à force.
Et c'est gênant pour les clients, ce portable qui sonne sans arrêt.
Je le rappellerai.
Qu'est-ce qu'il y a ?
-Tu sais, on n'est pas obligés
de partir au Japon.
-Tu plaisantes ou quoi ?
J'ai pris mes congés et tout !
T'es belle, comme ça.
-Je préfère que tu rembourses
mon père. -Pourquoi tu me dis ça ?
-Il y a des problèmes d'argent.
-Y a aucun problème ! Dis à Michel que je vais le rembourser, Marie !
-Alors c'est quoi, ce mail qu'il a reçu ? T'as placé que 10%
de son argent ! Le reste est parti
sur deux comptes à ton nom, y a le détail des placements !
-C'est un acte de malveillance !
Alors il suffit de dénoncer, et tout le monde y croit ?
-Il est parti de ta boîte mail.
Tout le monde essaie de t'appeler !
-Tu y crois, à toutes ces conneries ?
C'est du piratage ! C'est pour ça que je ne dors plus !
L'agence s'est fait hacker !
Des Chinois veulent mettre la main sur les portefeuilles des clients !
Quant à la façon dont je gère l'argent, ça ne te regarde pas !
J'ai juste voulu
aider ton père, nos amis, et c'est comme ça que je suis récompensé !
Sonnette.
Tiens.
...
...
-Ils roupillent ou quoi ? -Non, j'ai entendu des bruits.
-(Marie, qui que ce soit, tu ne dis pas que je suis là.
(Il faut que tu me fasses confiance, d'accord ?
(Mon amour, il y a des gens qui nous veulent du mal.)
-Il vit bien, pour un chômeur.
-Ouais, sacrée baraque.
-Bonjour, madame. -Madame.
-SRPJ de Lille. Est-ce qu'il serait possible de parler à votre mari ?
-Il est parti. Au travail.
-Au travail, vraiment ?
-On peut rentrer ? Merci.
-Madame Falsenbag, vous savez
que votre mari est au chômage depuis deux ans ?
-Non.
-Il a été licencié pour faute professionnelle.
-Bon, on va arrêter
de danser
autour du pommier.
Votre mari est impliqué dans une histoire
de blanchiment d'argent.
Il avait un complice, qui a été tué avant-hier.
Il s'appelait Jin Zhang.
Ca non plus, ça ne vous dit rien, j'imagine.
-Ce serait Paul ?
-On aimerait lui parler.
-C'est impossible. -Il est au chômage
depuis deux ans, il n'a aucune activité professionnelle connue,
et pourtant...
Vous avez un sacré train de vie. Donc soit il ne vous dit pas
la vérité, soit vous nous cachez la vérité.
-On n'a jamais parlé d'argent entre nous. Paul ne voulait pas.
Il trouve ça vulgaire.
-Que savez-vous de votre mari ?
Vous n'avez rien noté de bizarre ?
-Un soir, en rentrant ici, j'ai vu que quelqu'un m'observait.
Une femme.
-Vous pourriez la décrire ?
-A peu près mon âge.
Et puis il y a eu des coups de fil nocturnes,
on a dû changer de numéro.
-Il en disait quoi, votre mari,
de tout ça ?
-Il évacuait, je n'insistais pas.
Il avait trop de travail.
-Ca...
Vous pouvez l'appeler
sur son téléphone ?
Le téléphone sonne.
-Il ne répond pas.
-(Putain...)
-Vous êtes toute seule, ici ? Où est votre mari ?
Paul Falsenbag,
cinquante ans, remercié
de son agence bancaire il y a deux ans
pour avoir fait des placements risqués avec l'argent des clients.
Et il a continué.
Il place l'argent de ses clients,
souvent des proches,
en promettant des taux
hyper attractifs,
mais en réalité... -Il flambe tout.
-Pour conserver
son train de vie, il s'associe avec Jin Zhang.
Ils blanchissent de l'argent avec un système de fausses factures
provenant du restaurant
des parents de Jin, et Jin faisait le chauffeur quand Paul
se faisait passer
pour un fiscaliste,
en utilisant des voitures de luxe de la société VIP Transports.
-Leur combine
marchait bien.
Pourquoi Paul irait dézinguer le mec
qui couvrait ses arnaques ? -Les Chinois
ont pu vouloir se venger.
Paul a dû essayer de les arnaquer
eux aussi.
Ils ont voulu se venger,
et c'est Jin qui a trinqué.
-Mais quid de ces mails
envoyés à tous ses proches ? Non, il y a autre chose.
C'est allé trop loin, la machine s'est enrayée...
-Marie, mon amour, tout ce qu'on va te raconter sur moi est faux.
-Là, Mathilde Landais.
-Tout va s'arranger. -Même profil que Marie Falsenbag.
Héritière des casinos Landais.
Elle a porté plainte contre Falsenbag pour abus de confiance.
Elle dit l'avoir rencontré il y a environ un an,
sauf qu'il se faisait appeler Jean-Noël.
-Paul séduit l'héritière, elle tombe amoureuse,
il l'arnaque, et il ne répond plus à ses messages.
-Mathilde découvre sa véritable identité,
essaie de contacter sa femme, et elle les harcèle. Ca colle.
-Elle a fini par retirer sa plainte,
et la semaine dernière, elle s'est suicidée.
Il ne s'agit pas d'un client mécontent ou de la mafia chinoise.
Quelqu'un est en train de venger la mort de Mathilde
en détruisant la vie de Paul et en le tuant socialement.
-Baptiste, comment allez-vous ?
-Pardon pour le retard. C'est pas la porte à côté, chez vous !
C'est absolument magnifique !
-Allons dans mon bureau.
Vos prévisions sont très précises.
J'ai envoyé tous vos documents à mon comptable, il est impressionné.
-Merci. Je peux rentrer dans les détails si vous le souhaitez :
ce sont des actions achetées au plus bas et revendues au plus haut.
Quasiment tous mes produits sont projetés en temps réel.
-Je comprends. Et vous auriez besoin de l'argent pour quand ?
-Maintenant. Vous pensiez investir combien, Mme Savini ?
-Appelez-moi Valérie, voyons. On peut s'appeler
par nos prénoms... Paul.
On se connaît depuis longtemps, finalement.
Je pensais mettre 927 634 euros,
la somme exacte qu'il vous faut pour rembourser
vos clients. -Je m'appelle Baptiste de Lancin.
-La ferme ! Vous aimez le jeu, c'est toute votre vie.
Alors là, on va jouer. Mais alors jusqu'au bout.
-C'est quoi, ça ?
-L'argent de votre coffre.
Une broutille, par rapport
à ce que vous m'avez volé.
Je voulais voir jusqu'où vous étiez capable d'aller.
Mais à force de jouer, vous vous perdez dans les détails.
Savini, c'est mon nom de jeune fille. Mon mari s'appelle
Patrick Landais. Mathilde était ma fille.
Tous ces mois passés à vous réclamer,
à vous chercher,
jusqu'à comprendre à quel point vous vous êtes foutu d'elle.
Vous avez fait d'elle un zombie.
-Je suis totalement dépassé, mais...
Je vais vous rembourser.
-Je me fiche de l'argent. Vous allez me rendre ma fille, aussi,
peut-être ?
Pendant que je la voyais dépérir, j'ai étudié toutes vos combines.
Votre ordinateur, votre téléphone, votre coffre,
votre complice, tout aussi responsable que vous.
Il devait payer lui aussi. Combien de familles vous avez détruites ?
La mienne, la vôtre, celles de vos amis,
celles de vos complices !
Le plus terrible, c'est que tous ces gens vous aimaient.
Ma fille vous a aimé.
Alors que vous êtes juste
un pauvre type !
Un escroc minable !
Barrez-vous !
Votre vie va devenir un enfer, et je n'ai plus rien à faire pour ça !
-Allez, on descend du manège !
C'est terminé pour tous les deux.
-POLICE !
-Duchesse.
Cliquetis.
...
De toutes les affaires qu'on a eues, celle-là est bien pourrie.
-Monsieur Falsenbag !
Je peux vous poser
une question ?
Vos parents vous ont aimé ?
-Oui. Je ne sais pas.
-Mais des gens vous aiment.
-Moi aussi, je les aime.
-Alors pourquoi ?
-J'avais peur de décevoir. Ou de ne pas être à la hauteur.
Ma femme, surtout.
Est-ce que ce n'est pas... juste du vice ?
-Merci.
Embarquez-le.
...
-Salut. -Salut.
-Merci d'être venu. -C'est normal.
Ca va te faire du bien, c'est autre chose
que le tramadol.
Ca te donnera un peu soif. Bois de l'eau. C'est cool.
-Combien je te dois ?
-Cadeau de la maison. Prends soin de toi.
-Merci.
-Bonsoir, commandant. -Salut, Christophe.
-Ca vient du labo. -Merci.
...
...
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