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Août 1492
Juan Borgia est un héros.
In Nomine patris et filii.
Que Cristoforo Castanea soit damné pour l'éternité
et que Juan Borgia soit loué.
Un héros, immoral.
Franceschetto !
J'allais oublier.
Ton épouse.
Lucrezia Borgia est fiancée.
Ton oncle a trouvé un meilleur parti.
Don Gaspare de Procida.
Elle est perdue.
Au début, je trouvais Don Gaspare repoussant.
Mais maintenant, je suis sous son charme.
Cesare Borgia est l'évêque de Valence.
Je ne veux pas devenir prêtre.
Je n'ai pas la vocation.
Il est amoureux.
Il y a une fille. Ma passion est tellement violente.
Rodrigo Borgia est respecté.
Nous ne formons qu'une famille.
Salute !
Mais détesté.
Le pape Innocent VIII est mort.
Les Romains croient qu'ils sont les enfants de Dieu.
Ils voleront tout ce qu'ils pourront.
Leur soif de pillage ne sera pas assouvie,
ils donneront l'assaut sur les palais des cardinaux de Rome.
Au moins, il n'y a plus d'émeute.
Pour l'instant.
Ils vont dessoûler et se remette à boire.
On a tué ces hommes.
- Enterrons-les. - Et prions pour eux.
Et pour les nôtres.
Je suis désolé,
- je n'aurais pas dû... - J'avais fini.
Je priais pour être éclairé pendant le conclave.
- Le Cardinal Da Costa et moi... - Oui.
Le pape et ses crimes vont être enterrés.
J'ai lu les évangiles à notre Saint-Père.
Je ne crois pas qu'il m'entendait.
Il a dû être apaisé par ta présence.
J'en suis certain.
Tu dois repartir chez ton mari !
Et coucher avec cette créature ?
Ne couche pas avec lui.
Si je refuse, il me violera.
Je le ferai castrer.
Il m'aura quand même violée.
Mon amour,
si seulement on pouvait être ensemble,
au grand jour.
C'est impossible.
Tu es mariée, et moi je suis cardinal.
- Tu pourrais être pape. - Oui.
Deux fois, j'ai failli être élu.
J'avais perdu espoir.
Mais en observant la concurrence
et les circonstances,
je pense que c'est possible.
Si je me sers de mon intelligence
et que Dieu m'accompagne.
On pourra se marier.
En étant pape ?
Saint Pierre était marié.
N'oublie pas que tu es mariée.
Les maris meurent.
Je suis prêtre.
Je ne tue pas.
On m'a dit...
qu'à dix ans, un garçon t'a insulté,
et tu lui as planté un couteau dans le cœur.
Comment oses-tu ? Ce sont des mensonges.
Je ne suis pas un meurtrier.
Je ne voulais pas...
Va au Diable.
Depuis que je suis exilé à Rome,
je te fais confiance comme à un ami.
Pourquoi tu repars en Espagne ?
- Mon oncle le veut. - Et moi ?
Bajazet veut me tuer.
Un autre pape lui faciliterait la tâche.
Cette pièce secrète est une bonne idée.
On entend ce qu'ils disent.
Et si un autre que Borgia est nommé ?
Tu contacteras Gacet, il t'aidera à t'échapper.
Personne ne doit te trouver ici.
Ni te dénoncer à ton frère.
Reste quelques jours de plus.
Quand l'oncle de mon oncle a été élu pape,
une horde est venue à Rome.
Il a même nommé un neveu cardinal.
- C'est vrai ? - Oui.
Voilà pourquoi il doit montrer
qu'il ne sera pas faible comme le pape Calixte.
Je pars à Gandie.
Cesare retourne à Pise.
Et Lucrezia part à la campagne.
Le froid me transperce
et brusquement, je suis brûlante.
Ce séjour à Subiaco te sera bénéfique.
Les moines t'ont vu naître.
Ils veilleront sur toi comme leur fille.
Ils ont toujours la tête de cette jeune fille ?
Sainte Pétronille.
La fille de Saint Pierre, le premier pape.
Prie sur son tombeau pour qu'on se retrouve vite.
J'appréhende le voyage dans son état.
On devrait différer notre départ.
Je veux que vous quittiez Rome, immédiatement.
Je vais assister à mon premier conclave.
Votre vitalité va me manquer.
Tu vas faire rebondir l'histoire
pendant qu'Alessandro et moi nous l'étudierons.
En buvant avec Remolino.
Lucrezia est partie sans me faire ses adieux ?
Il faut que j'aille à Subiaco.
Non, Don Gaspare.
Le Cardinal Borgia vous interdit de l'approcher.
C'est ma fiancée.
On ne peut pas risquer de scandale avant le conclave.
Dites-moi où est Giulia, je dois la voir.
Elle est partie. À Bassanello.
Chacun doit se sacrifier pour la paix de nos âmes.
Oui, Votre Excellence.
Je vois que vous partez pour Pise.
Mes yeux continueront à vous observer.
Vous avez vu mon oncle ?
Il n'est pas venu vous dire adieu ?
C'est curieux.
Il est occupé à préparer le conclave.
Je n'ai plus besoin de vous, cafard.
Si on veut arriver demain, il faut partir.
Attendons encore un peu.
Je veux voir s'il va venir.
On peut finir cette conversation ?
En tant que Doyen du Sacré-Collège
et moi vice-chancelier,
nous sommes tenus de désigner
neuf cardinaux pour les neuf Requiem.
Un honneur qui les élèvera au-dessus des autres.
Nous avons quatre noms,
nous devons en choisir cinq de plus mais
soyons vigilants sur nos choix.
L'un de ces neuf cardinaux sera élu pape.
Da Costa semble avoir certains appuis.
Il est réservé et il a un jugement sûr.
Notre confrère portugais est riche.
Assez pour corrompre tous les cardinaux.
Riche,
avare et moralisateur.
Ce n'est pas un familier du Vatican.
C'est vrai,
mais Rome est plus puissante que sa ville.
D'accord, pour Da Costa.
Et Sforza ?
Dont le long manteau de soie balaie les couloirs.
Sa famille dirige Milan avec une main de fer.
Le prochain pape
devra diriger avec une main de velours.
Donnons une messe au Cardinal Sforza,
et l'autre au Cardinal Carafa.
J'accepte.
Milan et Naples doivent être représentées.
Vous direz la huitième,
si mon compte est juste.
Et vous direz la neuvième.
La tête de Sainte Pétronille
martyrisée parce qu'elle a refusé
de se marier avec Flaccus.
Elle a refusé de se marier ?
Elle a refusé un païen, elle est morte pour sa foi.
Son père, le pape l'a laissée mourir ?
Évidemment, Saint Pierre, était aussi un martyr.
Ma tête est lourde.
Ça doit être la chaleur.
Ou la fièvre.
Emmenez-la dans la maison des invités.
Faites venir le médecin.
Il faut la mettre en quarantaine
pour ne pas contaminer le monastère.
Va-t-elle survivre ?
Je vais enfin retrouver mes couilles.
Ta vie d'eunuque est terminée.
Un des deux a la queue basse.
Buvons un coup pour qu'elle se lève.
In vino, divinitas.
Je vous verrai au souper.
Ça ne se refuse pas, la chance d'atteindre le ciel.
Si le ciel était à Pise, on aurait tous des ailes.
Allons boire et toucher les auréoles des anges.
On aura chacun un miroir et une bougie.
Il y a une tour qui est bien placée.
Voici ton valet pour le conclave, Petronio.
Un garçon vif et curieux.
Curieux ? Curieux de quoi ?
Je sais que le valet de Sforza
préfère le cul, plutôt que la chatte !
Ce genre de révélation peut être utile
à condition de savoir s'en servir.
- Tu sais te taire ? - Oui, Votre Éminence.
Comme si j'étais muet.
Répète un seul mot de ma bouche,
et je te fais couper la langue.
Et l'entrevue avec Della Rovere ?
Carafa et Piccolomini sont sur la liste,
ils ont promis de se désister et de me donner leurs voix.
Avec Orsini, Savelli, Médici
et les deux cardinaux espagnols, tu as huit voix.
Il en manque six pour la victoire.
À cause d'une tempête en mer Méditerranée,
Mendoza et mon cousin n'arriveront pas à temps.
Je n'en ai que six.
Si vous en perdez deux, il faut en retrouver deux.
- Tais-toi. - Pourquoi ?
Il a tout à fait raison.
Ni le Français, ni l'Allemand, ne seront ici
avant que l'on soit enfermé dans la Sixtine.
Il nous faut plus d'électeurs.
Ceux que vous suggérez, sont vieux ou lents.
Ils ont été nommés en secret.
Ils auraient dû le rester.
Le pape voulait les nommer mais sa mort l'en a empêché.
San Severino a servi le diocèse de Novare,
avec honneur et dignité.
San Severino a dix-sept ans et il est borné.
Gherardo a une lettre du Doge qui encense ses vertus.
Il va avoir cent ans.
Il a l'appétit d'un cinquantenaire.
Et il a peur de ses pets.
De qui craignez-vous les pets ?
De personne.
D'accord pour Gherardo et San Severino, si
vous persuadez Della Porta de quitter son monastère.
Donne-moi des nouvelles de Rome.
La ville est brûlante.
À cause de la chaleur ?
À cause de l'attente.
Ardicino,
quand j'ai convaincu le pape qu'il te laisse devenir moine,
je t'ai dit qu'un jour, j'aurais besoin de toi.
Le moment est venu de soutenir les cardinaux.
L'ère de la réforme est arrivée.
Comme chaque fois qu'un pape meurt.
Nous transférons l'or d'un coffre vers un autre.
Tu es prince de l'Église.
Une Église dans laquelle le souverain pontife,
a procédé en une année, à cinquante-deux nominations,
non par nécessité
mais parce qu'il vendait ces postes
soixante-deux mille ducats.
Et à qui ces fonctions étaient attribuées ?
À ceux qui payaient.
Et celui qui possédera le sceau papal,
demandera à son tour des pots-de-vin.
Nous avons moralisé le Vatican.
Combien de prêtres, combien de cardinaux,
ont trahi leur vœu de chasteté ?
Et pourquoi on ne les punit pas ?
Parce que notre Saint-Père a autorisé
son bâtard à vivre dans le Palais Apostolique.
Avec ce pape, je n'avais plus d'espoir en Dieu.
Ma vie était une vraie torture.
Ici, je suis en paix.
Et si l'élu pour succéder à Innocent
apporte le changement que nous avons souhaité ?
Le Saint-Esprit n'aura plus besoin de moi
pour se reconnaître dans son Église.
Le Saint-Esprit a besoin de nous pour le représenter,
comme nous représentons le Christ !
Reviens, Ardicino.
Reviens pour l'Église, reviens pour Rome.
Il est temps que nos enfants relèvent la tête.
J'ai cru que tu m'avais oubliée.
Fiametta, je pense à toi, jour et nuit.
Comme ton ventre a grossi.
Notre enfant,
il cogne comme un taureau.
Comme un Borgia.
Fiametta n'a pas réussi à effacer ton désespoir.
Elle est ma joie.
Mais quand le vice-chancelier
va savoir que je l'ai engrossée, il m'arrachera le cœur.
Il y a des crimes pires que la procréation.
Rodrigo est un modèle d'intelligence, pas de vertu.
Ton existence en témoigne.
Rodrigo nous dit :
"Fais ce que je dis, pas ce que je fais".
Pourquoi devrait-il le savoir ?
Il a des espions partout.
S'il savait pour Fiametta, tu ne serais pas ici.
Quand il sera élu, tu l'appelleras
Saint-Père et grand-père !
Ma mère m'a révélé un secret.
À ma naissance, Rodrigo a passé un pacte
irréversible avec Dieu.
Ma vie serait consacrée au divin.
Ma vie serait sans péchés, sans convoitise.
Elle ne serait que pureté.
En échange de quoi
Rodrigo deviendrait pape.
J'ai rompu le pacte.
Rodrigo ne le sait pas mais le Tout Puissant le sait
et il se vengera.
Sur mon père et sur toute notre famille.
Seigneur,
Dieu des forces célestes,
délivre l'âme de ton défunt serviteur,
Giovanni Battista Cibo.
Des peines de l'enfer et de l'abîme sans fond.
Absous, Seigneur Dieu
l'âme de ton humble serviteur de tout péché.
Secourue par ta grâce,
elle mérite, Seigneur,
d'échapper au jugement et au châtiment.
Qu'elle goûte aux joies de la lumière éternelle.
C'est un jour nouveau,
le temps est venu ou nous, gardiens de l'Église,
devons abandonner nos rivalités,
nos ambitions et toutes nos convoitises.
L'Église est devenue la putain de Babylone,
symbole de la corruption.
Ramenons-la dans l'alliance du Christ.
Regardez. Le soleil, c'est un miracle !
Nous devons élire pour nous guider un berger vertueux.
C'est un signe.
Car les loups vont venir dévorer le troupeau.
Et nous aussi. Ils réclameront vengeance.
Rodrigo est inspiré par le Saint-Esprit.
Ou c'est le Saint-Esprit qui s'inspire de lui.
Dans les deux cas,
il y a longtemps qu'il n'était pas parmi nous.
Trouve qui a écrit le discours.
Trois soleils, tu dis ?
Pendant ton prêche. La main de Dieu.
Ou bien un doigt d'honneur.
Dieu me prévient que je n'aurai que trois voix,
au lieu des quatorze.
Trois soleils, mon cul !
Une illusion d'optique, la réfraction de la lumière.
Les paysans sont superstitieux.
Ils pensent que Borgia va triompher.
On a jamais vu des paysans voter.
Je me sens nerveux, toi aussi ?
Non, il ne faut pas que tu t'inquiètes.
On peut être amis ?
Extra omnes.
Tous les valets des cardinaux sont prévenus ?
Personne n'aura de contact avec l'extérieur,
sous peine de mort.
Les repas seront livrés par ce passe-plat
et préparés par les domestiques.
Un garde devra être ici jour et nuit.
Rien, excepté la nourriture ne passera.
Il faut que je vous parle, Rodrigo.
J'ai reçu des instructions du roi de Naples.
Il m'ordonne de voter pour Carafa.
Il doit se désister.
Ma famille a conclu un pacte avec le roi Ferrante.
Je suis obligé de lui obéir.
Au moins pour le premier scrutin.
Mais Carafa a juré de voter pour moi.
Naples craint que vous ne puissiez battre Milan.
J'adore les sardines et le sel sur ma langue,
parce que j'ai grandi au bord de la mer.
Pas comme ces porcs qui mettent du sucre
sur de la merde et disent que c'est du chocolat.
Depuis la mort du pape, je me contente de pain,
d'eau, et de Saint-Esprit.
C'est bien qu'on se parle.
Vous avez été utile à Naples sous Innocent.
On compte encore sur vous.
J'ai compris que le roi me donnerait votre voix.
Excusez-moi.
Vous pensez que vous pourriez être élu.
J'ai déjà cinq voix, une de plus que cet escroc de Sforza.
J'ai sept voix.
Vous en êtes certain ?
- Je ne pas respirer. - Calmez-vous.
Je sais que le voyage était fatigant.
Pourquoi m'avoir fait venir ?
Pourquoi me nommer cardinal électeur ?
Ici l'air est irrespirable.
Rome est épuisante. Je veux rentrer chez moi.
Vous ne pouvez pas partir.
Étant le plus âgé, vous devez surveiller le vote.
San Severino et moi, allons vous protéger.
Il reste des pastilles ?
Aucun repas avant demain matin.
Un morceau de pain ?
Plus vite ce sera terminé, plus tôt vous rentrerez.
Vous vous souvenez pour qui vous devez voter ?
Un petit bout de pain.
Sans sentiment de culpabilité, nous serions plus spirituels.
La culpabilité est une barrière entre nous et le divin.
Votre théorie est que la culpabilité n'est pas naturelle ?
La joie, la douleur,
existent chez les créatures les plus infimes
ce qui prouve qu'elles sont des créatures de Dieu.
Mais le sentiment de culpabilité
est présent uniquement chez l'homme,
c'est une invention de l'homme, pas du Seigneur.
Cesare, pouvez-vous argumenter.
À quoi sert la culpabilité ?
À enchaîner l'homme.
Sans la culpabilité,
la hiérarchie aurait peur que l'individu se libère
et n'obéisse plus.
Sans ordre établi, il n'y a plus de pouvoir.
La culpabilité asservit notre volonté,
nous soumet à ceux qui n'en sont pas dignes.
Donc les hommes de pouvoir ne méritent pas de gouverner ?
Comme le Cardinal Borgia ?
Alors les rois et les cardinaux ont raison.
Sans la culpabilité, ce serait l'enfer.
Ce serait le paradis.
L'homme choisirait son destin.
Il aimerait qui il veut.
Si tu pouvais t'affranchir de la culpabilité,
avec qui tes rapports seraient différents ?
Dieu ou Rodrigo Borgia ?
Son Éminence vous a interdit de lui rendre visite.
Appelez-le.
Criez, je ne crois pas qu'il vous entendra.
Maman.
C'est moi, ma petite fille.
Où est Goffredo ? Il va bien ?
Il va bien.
Il est à la maison avec mon mari.
Je suis désolée
pour Ottaviano.
Pour ne pas être venue quand tu étais malade.
C'est pas grave.
On est ensemble, maintenant.
Lucrezia,
la fièvre...
bien pire.
Sforza a gagné une nouvelle voix.
Laquelle ?
J'ai juré de garder le secret.
Il y a secret et secret.
Vous avez perdu San Severino.
Entrez.
- Federico. - Allez-vous-en.
Vous m'avez assez parlé et on m'a parlé de vous.
Je connais la vérité.
Quelle vérité ? La mienne ou celle de Sforza ?
Vous avez volé le trésor du pape.
C'est faux, je l'ai mis en sécurité.
Je n'ai pas envie de vous faire mal.
Dehors.
Mon cher Savelli.
Il ne me reste que six voix, toi, Médici,
Piccolomini, Della Porta, Gherardo et moi-même.
Demain matin, nous votons.
Je ne passerai pas le premier tour.
Combien de voix a-t-il ?
- Da Costa ? - Trois, quatre ?
S'il se désistait,
tu pourrais obtenir neuf ou dix voix.
Jorge.
Vice-chancelier.
Le Portugal et l'Espagne sont amis sur la péninsule Ibérique.
Allons-nous devenir collaborateurs ou adversaires ?
Nous ne sommes pas Italiens.
Vous devriez vous aligner sur moi.
Ou vous, sur moi.
Il y a un mur autour de Rome.
Et derrière ce mur, il y a un autre mur,
un mur de mains tendues pour avoir une pièce.
Les pauvres ont les mains vides
et en plus chétives.
Mais assez fortes pour s'armer.
Si l'Église ne se réforme pas,
ils nous massacreront.
C'est vrai.
Voilà pourquoi, si j'étais élu,
je façonnerai une nouvelle Église.
Avec vos doigts crochus
qui amasseraient pour avoir toujours plus,
il n'y a aucune chance que vous soyez élu.
Je suis un Borgia.
Je ne compte pas sur la chance.
Esprit Saint, âme de mon âme,
fortifiez-moi, consolez-moi,
dites-moi ce que je dois faire.
Je vous promets de me soumettre, faites-moi connaître votre volonté.
Vous l'avez acheté, je le sais.
Vous êtes à son service.
La ferme !
Il fait trop chaud.
Toute la journée sur ce sujet.
Cette motion est juste.
Elle est juste mais ce n'est pas le moment.
Si, c'est le moment. C'est justement le moment.
Le sang coule dans les rues.
Pour le peuple Dieu n'existe pas s'il n'y a pas de pape,
on parle pour rien. Peu importe ce que dit Da Costa.
C'est important, Colonna.
On sait que certains d'entre nous sont corrompus.
La papauté elle-même est dépravée.
Il faut fixer des règles au prochain pape,
sinon la pourriture se répandra.
Il faut faire attention de ne pas tuer le malade,
sous prétexte de l'amputer.
Il faut limiter l'autorité du pape.
- En prêtant serment ? - Oui.
En faisant un vœu ?
Pour qu'il nous soit reconnaissant.
Comme un enfant.
On ne peut pas soumettre le souverain pontife,
pas plus que le vent.
Je ne soutiendrai pas un candidat
qui n'est pas proposé par Da Costa.
Avant toute chose,
il faut limiter le nombre de cardinaux.
Oui.
Beaucoup trop ont payé pour être ici.
Nous voulons tous que les choses changent.
Le reste, n'est qu'arrangement.
Seuls les Dix Commandements arrangent les choses.
Peu les respectent.
- Comment osez-vous ? - J'ose parce que...
j'ai gagné mon titre de cardinal.
On ne m'a rien offert,
je ne m'appelle pas Orsini ou Colonna.
Da Costa !
- Vous allez trop loin. - Non pas assez.
Si nous demandons à un paysan affamé
de suivre la parole de Dieu, montrons l'exemple.
Le pape incarne la parole de Dieu.
Demandons au prochain pape
s'il sera respectueux de la parole de Dieu.
Prions pour qu'Il nous conseille.
Prions pour qu'Il nous éclaire.
Que le prochain pape suive nos conseils.
Les conseils n'obligent à rien.
Da Costa s'acharne,
même les mules ne frappent pas autant.
Des lois inventées par des hommes pour un homme
au-dessus des lois, c'est ridicule.
Même un Portugais devrait le comprendre !
Prions pour de l'air frais.
Et pour qu'Il nous aide à définir des règles.
- Des règles facultatives. - Le jour du jugement dernier,
vous devrez rendre des comptes.
- Tous ! - Ça suffit !
À cause d'une querelle
le scrutin n'a pas commencé.
Nous sommes ici pour une seule raison,
que l'un de nous monte sur le trône.
Je dis.
Mettons de côté la motion de Da Costa.
Il a raison.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Procédons au premier tour du scrutin.
Della Rovere,
huit.
Sforza,
huit.
Borgia, six.
Carafa,
quatre.
Fais une offre à Piccolomini.
Et Da Costa,
Da Costa, une.
Non concluant pour l'élection.
Ils vous ont traité comme une putain.
Je me retire du conclave. Faites-le savoir.
Vous colportez très bien les mauvaises nouvelles.
Je suis votre ami, je suis votre allié,
j'ai le même but que vous.
Vous vous êtes pourtant abstenu pendant le vote.
Pour être neutre.
Vous êtes un diplomate habile.
Trente ans d'intrigue à la Curie.
C'est vous, la putain.
Laissez le passé, pensez à l'avenir.
Je vais réformer l'Église
et Rome aussi si je suis élu.
Vous feriez mieux de vous désister.
Vous avez eu une voix, la vôtre.
Six cardinaux ont voté pour moi.
J'en obtiendrai plus.
C'est un garçon !
J'ai choisi un nom pour lui.
Cesare.
Comme ça, tu seras toujours à mes côtés.
Il faut un autre médecin,
pas un boucher qui croit que pour soigner
il suffit de saigner une chèvre.
Faisons venir le médecin du pape.
C'est un assassin.
J'ai déjà perdu un enfant,
je ne veux pas en perdre un autre.
Implorons Sainte Pétronille.
Qu'elle prie devant le reliquaire sacré.
Superstition stupide.
Sauf si cela réussit.
Baisez la bouche de Sainte Pétronille.
Obéissez.
Il ne faut pas avoir peur.
Tu vois ?
Entrez.
Il y a un problème.
Della Rovere a une lettre
du pape Pie II, il y a trente-trois ans
tu aurais participé à une orgie.
Il est interdit de recevoir une lettre.
C'est Piccolomini qui lui a remis.
Mon vieil ami, Piccolomini.
"Nous avons été instruits, de ta présence à Sienne,
où tu étais en compagnie de plusieurs femmes.
Elles se sont livrées à des danses érotiques
et vous vous êtes adonnés à la luxure.
Afin de vous livrer à cette débauche,
les maris, les pères, les frères étaient absents.
Il t'appartient de juger
si tu peux te livrer à des perversions,
sans compromettre le caractère sacré
de la charge qui t'a été confiée".
Ce sont les paroles du pape Pie II.
Elles t'accusent.
Juin mille quatre cent soixante ?
J'étais à Sienne.
Chez Giovanni Bichi,
pour le baptême de son fils.
Tu nies les accusations ?
Pardonne-moi, Francesco,
malgré l'amitié que je te porte depuis trente ans,
je ne peux plus te protéger.
Cette lettre est un faux.
J'étais là quand mon oncle l'a écrite.
Pourquoi avoir attendu pour la montrer ?
J'ai postulé deux fois pour être pape
et tu m'as accordé ta confiance.
Quelle est la raison d'un tel revirement ?
J'espère qu'on t'a bien payé.
J'ai toujours admiré ta loyauté.
Mes frères,
il est temps de procéder au scrutin.
Sforza, huit.
Carafa, cinq.
Borgia,
cinq.
Della Rovere...
Neuf !
Il remonte, il va falloir s'enfuir.
Non concluant pour l'élection.
Pour San Severino, qui transpire à cause de son angoisse.
Entrez.
Pour atténuer la sueur sinon la chaleur.
Remercie le cardinal.
Il m'a regardé comme un homme puissant.
Il est monté comme tous les Borgia ?
Elle est aussi grande que la tienne.
Mon fils
est la plus belle création de Dieu.
Dieu.
Accorde à Dieu une nuit de repos.
Qui êtes-vous ?
Tu ne me reconnais pas ?
- Cesare ? - Non.
Ton seul amour.
Don Gaspare, va-t'en.
Je suis malade, tu vas mourir.
Non, tu vas vivre,
tu vas guérir par le philtre de l'amour.
D'après la rumeur, Della Rovere est en tête.
C'est ma faute.
Tu n'es pas responsable du destin de Rodrigo.
Après son vœu de célibat, il a eu sept enfants.
Tu n'en as qu'un seul.
Vous ne changerez rien, fais comme ton père,
va de l'avant.
Justement, j'ai peur
qu'à cause de moi, de ma convoitise,
les Borgia n'aillent plus de l'avant.
Quand je pense au regard féroce de Rodrigo,
ou pire, à son indifférence glaciale.
Le moment est crucial, je suis prêt
à faire le plus terrible des sacrifices,
l'ultime sacrifice
qui prouvera à Dieu que nous méritons sa bénédiction.
Je dois expier tout de suite.
Je dois effacer le péché que j'ai commis.
Notre Père qui êtes aux cieux,
pardonnez-nous nos offenses
que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Il fait une chaleur étouffante.
Gherardo a du mal à respirer.
S'il meurt, l'élection sera suspendue.
Je ne peux pas attendre tout le monde.
Je n'ai pas pu dormir, ni réfléchir.
Le roi de France
a donné deux cent mille ducats à l'un de nous,
pour qu'il puisse acheter des voix.
À qui ?
Giuliano Della Rovere.
C'est impossible.
Qu'est-ce qui vous permet une telle accusation ?
La liste et les sommes données aux cardinaux.
Il y figure Piccolomini,
qui a été payé pour révéler la lettre
avec de l'argent Français.
C'est faux. Je méprise le roi de France.
Moi aussi, depuis que j'ai lu ça.
Je ne pouvais pas me taire.
Montrez-moi ce document.
Le prendre, c'est l'accepter.
J'ai d'abord voulu détruire cette lettre.
J'aurais dû le faire.
Mais le Seigneur m'a retenu.
Êtes-vous à la solde du roi Charles ?
Il remue la tête comme une marionnette.
Mon oncle était le pape
et peu importe comment il a été élu,
il n'a jamais trahi l'Italie.
Les excréments d'un vieil homme sont horribles.
Je leur ai montré la lettre.
Vous lui avez remis !
Oui.
Comment ce document vous est-il parvenu ?
Nombreux sont ceux en France
à ne pas vouloir Della Rovere comme pape.
- Menteur ! - Je suis un menteur ?
Vous êtes un hypocrite.
Je vais vous tuer !
Arrêtez ! Vous êtes des escrocs !
C'est mon premier conclave
et j'ai essayé de garder le silence.
On refuse la motion que Da Costa a proposé
mais on laisse passer des lettres
alors que la ville, le monde entier,
attend notre décision !
Le jeune cardinal de Florence a raison.
Il ne faut plus d'écrits.
Seulement des paroles, de vraies paroles.
Mais au-delà de nos paroles,
nos actes doivent prouver notre sincérité.
Sforza, huit.
Carafa, sept.
Della Porta,
quatre.
- Della Rovere, quatre. - Quatre ?
Vous avez dit quatre ?
Borgia, quatre.
Non concluant pour l'élection.
Je ne pensais pas perdre une voix,
mais plutôt récupérer celle de Della Rovere.
Ils sont furieux parce qu'il a trahi
et contre toi parce que tu l'as dénoncé.
Cette lettre était un faux ?
Le parchemin est faux mais pas ce qui est écrit.
Est-ce que Della Porta m'a laissé tomber ?
Et qui sont les quatre qui ont voté pour lui ?
Je le saurai avant le prochain scrutin.
Garde espoir.
L'espoir ?
Il y a vingt ans, à mon retour d'Espagne,
il y a eu une violente tempête.
Le vaisseau a coulé,
deux cents âmes et trois évêques se sont noyés.
Et comme si Dieu voulait me punir,
des pirates musulmans nous ont attaqués.
J'ai été frappé,
dépouillé de trente mille ducats.
Je n'ai pas été sauvé par l'espoir,
mais parce que je n'ai pas eu d'autre choix.
Et j'éprouve une satisfaction à l'idée
que Della Rovere soit mon ultime adversaire.
Abraham se leva très tôt le matin
et prit avec lui deux serviteurs
et son fils, Isaac.
Et Abraham dit à ses serviteurs :
"Restez ici.
Moi et le jeune homme, nous irons adorer
et nous reviendrons".
Et Isaac dit à Abraham :
"Mais où est l'agneau pour le sacrifice ?"
Et Abraham répondit :
"C'est Dieu qui pourvoira lui-même à l'agneau pour le sacrifice".
Et l'ange de l'Éternel l'appela des cieux et dit :
"Je vois que tu te soumets,
tu ne m'as pas refusé ton fils,
ton fils unique.
Je sais que tu crains Dieu.
Sois béni."
Où est ton fils ?
Où est le bébé ?
Tu as envie de mourir ?
Celui qui trahi sa parole est maudit à jamais.
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