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Veuillez indiquer votre nom au greffier.
- Xavier. - Avec un "x" ou un "s" ?
Je vous l'ai d�j� dit, mais vous ne vous en rappelez jamais.
Je me souviens bien de vous, on vous surnomme Peau de serpent.
Xavier, pouvez-vous
expliquer en d�tail � ce tribunal le d�lit qui a conduit � votre arrestation ?
Eh bien...
ma guitare �tait au clou,
dans la boutique de South Rampart Street.
Elle �tait expos�e
dans la vitrine de cet usurier.
Cette guitare est ma compagne.
- Et... - Avez-vous bu ?
Non, je suis juste...
fatigu�.
Vous voulez six semaines de repos en prison ?
Non, monsieur, je ne veux pas.
Ma guitare �tait au clou,
c'�tait la premi�re fois que �a arrivait.
Et, vous savez, je m'en suis beaucoup voulu.
Je ne peux pas l'expliquer. Mais tout le monde
a une chose importante dans sa vie. Pour moi,
c'est ma guitare.
Vous savez,
c'�tait un cadeau d'un homme extraordinaire, Leadbelly.
Je ne vous ai rien demand� sur votre guitare.
Que s'est-il pass� le soir avant la descente de police ?
Je devais trouver un moyen de r�cup�rer ma guitare, vous voyez.
- Et je suis tomb� sur Charlie Five. - Charlie qui ?
En fait, il s'appelle
Cinque, Charlie Cinque, mais on l'appelle Charlie Five parce que
son nom veut dire cinq en fran�ais,
et on peut lui emprunter 5 $ quand on en a besoin.
Et il est venu me voir au Starlight Lounge et a commenc� � me parler.
C'�tait vers 18 h, ce jour-l�,
dans l'apr�s-midi.
Il est venu me voir et il m'a propos� ce boulot.
Quel boulot ?
Je croyais que vous �tiez d�j� au courant pour le boulot.
Le tribunal vous entendrait mieux si vous parliez la t�te haute.
C'est ce que je fais.
Que vous a-t-il demand� ?
Il m'a demand� de...
Il voulait que je mette un peu d'animation � cette f�te,
et je lui ai dit que ma guitare �tait au clou.
Il m'a dit : "C'est pas grave, pas besoin de guitare."
Et il me dit : "Tout ce que t'as � faire, c'est d'�tre l�...
"� cette f�te."
Il voulait vous payer pour venir � la f�te que la police a interrompue,
sur Bourbon Street, au-dessus du Club Rendezvous ?
- C'est bien �a ? - Oui.
Et vous avez commenc� � faire des histoires � cette f�te ?
Oui, monsieur, je l'admets. J'ai... J'en ai eu assez. J'�tais �coeur�.
J'�tais malade
et je sentais toute ma vie peser sur mon estomac,
il fallait que je la fasse sortir.
Alors je l'ai fait sortir...
et j'ai commenc� � tout casser.
- Vous avez tout d�moli ? - Oui.
Peau de serpent, si je vous rel�che,
dans combien de temps puis-je compter vous revoir ?
Je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai plus jamais, Votre Honneur.
C'est presque l'heure d'ouverture
de la boutique de South Rampart Street,
je vais y aller pour r�cup�rer ma guitare
et je vais quitter cette ville
pour de bon.
Toute cette bande, ces gens qui me connaissent ou croient me conna�tre,
ils ne me reverront plus jamais.
Et toutes ces f�tes, c'est fini pour moi.
Je vous assure.
C'est la v�rit�.
Eddie !
Ed !
Je croyais que c'�tait le gars qui s'est �vad�.
Non, madame.
Ma voiture est tomb�e en panne et j'ai vu de la lumi�re chez vous.
Mon mari est le sh�rif Talbot.
Il est � la poursuite de ce pauvre gar�on avec ses hommes.
Oui, madame.
- Votre voiture est en panne ? - C'est �a, madame.
Entrez.
Je ne sais pas qui appeler � cette heure-ci.
Je cherche juste un petit coin au sec pour dormir, madame.
Je n'ai pas besoin de lit ou quoi que soit,
juste un coin au sec.
Si vous n'avez rien contre, vous pouvez dormir dans la cellule.
Je ne voudrais pas vous d�ranger, madame.
Non. �a ne me d�range pas du tout.
Quelqu'un s'est �vad� d'ici ce soir ?
Oui. Eddie.
Je suis rarement d��ue quand je fais confiance � quelqu'un,
mais cette fois je l'ai �t�.
Ce soir, quand je lui ai apport� son repas,
au lieu de le lui passer par la fente de la porte,
j'ai ouvert la porte de la cellule,
et il m'est pass� devant et est parti en courant.
Il a dit : "Excusez-moi."
Je crois qu'ils l'ont retrouv�.
Arr�tez.
C'est fini, madame.
Je crois que j'ai besoin d'une tasse de caf�.
- Vous en voulez ? - Oui, madame.
J'ai peint toute la nuit.
Il n'y a rien de plus �puisant
au monde que ce genre de travail.
�a vous laisse compl�tement d�vast�e � l'int�rieur.
Mais quand vous avez termin� un tableau,
vous vous sentez prendre de la hauteur.
- C'est le tableau ? - Oui.
Oui, c'est l'�glise de la R�surrection.
L'�glise est cens�e �tre bleue ?
Non, je l'ai sentie comme �a.
Vous voyez, je peins les choses comme je les sens.
Merci, madame.
- Vous voyez ce que je veux dire, M... - Oui. Je m'appelle Xavier.
Valentin Xavier.
Vous �tes musicien, M. Xavier ?
J'�tais une sorte d'artiste dans les bo�tes de nuit de la Nouvelle-Orl�ans.
Si c'est ce genre de travail que vous recherchez,
vous n'en trouverez pas par ici.
Non, madame, j'arr�te. Je...
J'ai 30 ans aujourd'hui, et je...
- Merci. - Tenez.
C'est gentil.
- Je ne rajeunis pas. - Vous �tes encore jeune � 30 ans.
Pas si vous avez pass� votre vie � faire la f�te depuis vos 15 ans.
Vous voulez dire
que vous voulez prendre un nouveau d�part dans la vie ?
C'est exactement �a.
Si vous �tes sinc�re et que vous abandonnez vraiment cette vie,
je peux peut-�tre vous aider � trouver du travail.
- Ce serait quel genre de travail ? - Vendeur.
Au magasin de M. Torrance.
Jabe Torrance rentre de l'h�pital de Memphis demain.
Mais il ne devrait pas �tre en �tat de reprendre le travail.
- Est-ce que �a vous int�resse ? - Je serais heureux d'essayer, madame.
Je vais en parler � Lady,
c'est madame Torrance, quand elle ram�nera Jabe demain.
Si vous �tes fatigu�, vous devriez peut-�tre aller vous coucher.
Je vous remercie pour tout.
Ce n'est rien, voyons.
Tout ce que je veux, c'est un remontant,
une tasse de caf� ou un whisky. Pas vrai, Jordan ?
Je suis compl�tement tremp�.
Regarde ce flingue. �a va prendre des semaines � nettoyer.
Pourquoi tu as laiss� la cellule ouverte, Vee ?
- Bonjour, Mme Talbot. - Bonjour.
- Je faisais confiance � Eddie. - Oui, d'accord, tu lui faisais confiance.
C'est qui le gars que tu fais dormir en bas ?
M. Xavier.
Sa voiture est en panne. C'est un musicien.
Ouais, j'en ai assez de te voir te ridiculiser avec tous les clochards
qui tra�nent dans ce comt�.
Un musicien.
Qu'est-ce qu'on met dans le rapport, sh�rif ?
Tu�, tentative d'�vasion.
Il a dit "Excusez-moi" en sortant.
C'est parfait, non ? Ils vont lui donner une couronne au paradis.
- Quelle heure il est ? - Environ 1 h 45.
Comment il s'appelle, d�j� ?
Xavier. Valentin Xavier.
Pas celui-l�, idiote. Celui qui s'est �vad�.
Tends-la maintenant. Tends-la bien. Je veux que ce soit bien tendu.
- Cannonball arrive � la gare. - Pee Wee !
Pee Wee, descend vite � la gare. Cannonball arrive !
- D�p�chez-vous. - Pee Wee, remue-toi un peu.
Tu peux faire mieux, je t'ai d�j� vu.
Vite, Dolly, il faut qu'on pr�pare le buffet.
- Mme Talbot. O� est le sh�rif ? - Il est all� � la rencontre de Jabe � la gare.
C'est l� qu'on va.
H�, Peau de serpent !
Peau de serpent !
Merci, oncle Pleasant.
Beulah, je suis d�sol�e. J'oublie tout le temps ton nom.
C'est Binnings, Beulah Binnings.
Faites-le sortir d'ici !
- Il va envoyer le mauvais oeil � mon b�b�. - Bon sang, Dolly.
C'est ce dingue magicien qui vend des bibelots au p�age.
Qu'est-ce que tu nous am�nes ?
C'est un genre d'os.
- C'est juste un os. - Non.
- C'est juste un os. - Faites-le sortir !
- C'est un os ! - Je vais me f�cher !
Oncle Pleasant, prends cet os
et mets-le sur un rocher nu expos� � la pluie et au soleil
jusqu'� ce que toute mal�diction soit br�l�e et lav�e.
Et �a deviendra un porte-bonheur.
Vous savez, on dit que
quand on casse un talon le matin,
on rencontre l'amour de sa vie avant la nuit.
Bon, il faisait presque nuit quand j'ai cass� le mien.
�a doit vouloir dire que je vais trouver l'amour avant l'aube.
Il y en a qui oublient que le magasin est ferm�.
C'est une Cutrere, elle se croit tout permis.
Pourquoi faites-vous semblant de ne pas me conna�tre ?
Difficile de se rappeler quelqu'un qu'on ne conna�t pas.
Vous avez peur que je vende la m�che ?
Vendre la m�che ? Sur quoi ?
Je peux voir votre montre ?
C'est bon. Je l'ai d�j� vue.
C'est la montre Rolex de mon cousin Bertie.
Mais �a ne fait rien. Je ne le dirai � personne.
Je pourrais prouver que je vous connais, s'il le faut.
C'�tait au dernier r�veillon du nouvel an � la Nouvelle-Orl�ans,
vous faisiez le spectacle
au Club Rendezvous, ou peut-�tre le Music Bar ?
Mlle Carol, M. Xavier veut changer de vie.
En fait, vous nous avez parl�, � mon cousin et moi,
de cette ost�opathe que vous avez rencontr�e au cours de vos voyages.
Et vous avez dit que chaque fois que vous �tes fauch�...
Vous avez dit que chaque fois que vous �tes fauch�
vous pouvez appeler cette femme ost�opathe en P.C.V.
Et peu importe la...
Et peu importe la distance qui vous s�pare,
ou � quand remonte votre derni�re rencontre,
elle vous envoie un mandat de 25 $ avec toujours le m�me message:
"Je t'aime. Quand est-ce que tu reviens ?"
Pourquoi tenez-vous tant � prouver que je vous connais ?
Parce que j'aimerais vous conna�tre beaucoup mieux.
Je crois qu'ils arrivent !
Si Lady vous prend � fureter
dans les escaliers, vous allez voir !
Ils font chambre � part, il n'y a m�me pas de porte communicante.
Doucement, Jabe. Je vais t'aider. Prends appui sur mon bras.
- Bonjour, Jabe. Vas-y doucement. - Attention o� tu mets les pieds.
C'est bien.
- Je vais ouvrir la porte. - Il n'a pas bonne mine, Dog ?
- Attention � la marche, Jabe. - Tr�s bien.
Dolly ! Beulah ! On est rentr�s. Jabe est l�.
Il est de retour !
Tu es superbe, Jabe.
Arr�te, Eva.
�a fait tellement plaisir de le revoir !
- Regardez son teint. - Il n'a pas l'air malade.
On dirait qu'il est all� � Miami se faire faire un bronzage fa�on Floride.
Tu vois, Jabe, il y a un comit� d'accueil pour nous recevoir.
Ils ont pr�par� un buffet pour d�ner.
Je vois qu'il y a eu des changements, hein ?
Oui.
Pourquoi le rayon chaussures se retrouve dans le fond ?
Jabe, il y a toujours eu un probl�me d'�clairage dans le magasin.
Et tu as mis le rayon chaussures encore plus loin de la vitrine.
C'est tr�s intelligent.
C'est une excellente solution au probl�me, Lady.
Demain,
j'irai chercher des gars pour m'aider � remettre le rayon � sa place.
D'accord. C'est ton magasin.
Content de te l'entendre dire.
Il ne descendra plus jamais ces escaliers.
Du moins pas vivant, ch�rie.
- Il a d�j� un pied dans la tombe. - Jaune comme du beurre.
Voyons, ma soeur !
- Lady ? - Non, merci.
Tu n'as s�rement pas envie d'en parler ?
- Mais Dog et moi, on s'est fait du souci. - Avec Pee Wee, on s'est inqui�t�s.
Pour quoi ?
Pour l'op�ration de Jabe � Memphis.
- �a a march� ? - C'�tait trop tard pour la chirurgie ?
On a pri� pour qu'il y ait encore de l'espoir.
Je vous demande pardon.
Je dois monter. Les coups, c'est Jabe qui m'appelle.
Je monte parler � Lady. Lady !
En parlant de coups,
mon moteur marche par �-coups.
�a n'arr�te pas de taper, alors je dis : "Qui est l� ?"
Je ne sais pas si je communique avec des fant�mes
ou si mon moteur va se d�tacher et me laisser en rade sur l'autoroute.
Vous vous y connaissez en m�canique ?
Je suis s�re que oui.
Vous voulez bien faire un tour avec moi pour �couter ce bruit ?
�coutez, je vais peut-�tre avoir un travail dans ce magasin. Alors...
- Mais je vous offre du travail. - Je veux un travail qui rapporte.
- Je compte bien vous payer. - Peut-�tre demain, alors.
Je ne peux pas passer la nuit dans ce comt�.
Le sh�rif m'en a donn� l'ordre et mon fr�re me paie pour �a.
Qu'est-ce qu'elles disent de moi ? Que je suis d�prav�e ?
C'est �a qu'elles disent ? Que je suis d�bauch�e ? D�prav�e ?
Je vais attendre dehors dans ma voiture, au cas o� vous changeriez d'avis.
Cette fille n'est vraiment pas normale.
- Elle ferait mieux de quitter le comt�. - Compl�tement d�prav�e.
Absolument. Et comme vous n'�tes pas d'ici,
il faut que vous sachiez certaines choses.
On ne voudrait pas que vous pensiez...
H�, Peau de serpent, venez m'aider.
Mlle Cutrere, vous n'avez pas le droit de conduire dans ce comt�.
Je vais conduire.
Poussez-vous.
Passez vos jambes de l'autre c�t� du levier de vitesses.
Les deux.
CHEZ RUBY
On y est.
Je vais appeler mon cousin Bertie
et lui dire que je suis consign�e sur l'autoroute.
Allez nous prendre une table, Peau de serpent.
Tulane-0374.
Vous avez du travers de porc ?
Salut, Bertie.
Salut, mon chou. Qu'est-ce qui se passe ?
T'as tr�buch� en d�crochant le t�l�phone ?
J'ai cru entendre du bruit.
Bertie, devine quoi ? J'ai r�cup�r� mon argent de poche.
Ouais. � condition que je ne mette plus les pieds dans le comt� de Two River.
Quoi ?
Tu es avec cette fille, mon gars ? Celle qui t�l�phone ?
Oui. On est venus ensemble.
Elle est interdite de s�jour ici. Tu ferais mieux de l'embarquer.
Tu peux revenir seul quand tu veux. D'accord ?
Bertie, devine qui est avec moi.
Non. Tu ne devineras jamais.
- Tu te rappelles le r�veillon du nouvel an ? - M. Cutrere...
- Pas lui. ...votre soeur est l�.
Le beau mec. Tu te rappelles,
avec la veste en peau de serpent.
- Votre soeur est l�. - Il est...
- Qu'est-ce que vous faites ? - Il faut qu'on parte.
Quoi ? Qui ?
Toi !
Ne touche pas � ma soeur.
J'essaie de la faire partir, M. Cutrere.
Tr�s bien, j'y vais.
Il y a plein d'autres bo�tes le long de l'autoroute.
M. Xavier, vous voulez aller danser ?
Allez. On va aller danser tous les deux.
Comment �a, danser ?
Danser ?
C'est quand on monte dans une voiture,
de pr�f�rence d�capot�e quel que soit le temps,
et puis on boit un peu,
on conduit un peu,
et puis on s'arr�te et on danse un peu devant un juke-box.
L�, on boit encore un peu,
on conduit encore un peu,
on s'arr�te et on danse encore devant un autre juke-box.
Et puis on s'arr�te de danser et on se contente de boire et de conduire.
Et apr�s...
On arr�te de conduire,
et on boit.
Et pour finir, on arr�te de boire !
Et qu'est-ce qu'on fait apr�s �a ?
�a d�pend avec qui on danse.
Vous ne voyez donc pas qu'il est so�l ?
- Il tient encore sur ses jambes. - Il ne tient sur rien du tout. Venez.
Avant, on s'amusait bien dans ce pays, maintenant, tout le monde est so�l.
Pourquoi vous vous donnez en spectacle comme �a ?
Parce que je suis exhibitionniste.
Je suis vivante et je veux que �a se voie. Vous ne voulez pas qu'on vous voie vivant ?
Je veux juste vivre. Je m'en fiche que �a se voie ou pas.
Je veux qu'on me remarque, qu'on me voie, qu'on m'entende et qu'on me touche.
J'�tais ce qu'on appelle
une chr�tienne progressiste.
Vous savez ce que �a veut dire ?
C'est une sorte de forme l�g�re d'exhibitionnisme.
Je faisais des discours politiques.
J'envoyais des lettres de protestation
contre le massacre progressif de la majorit� de couleur dans ce comt�.
Et vous savez, au moment de l'affaire Willie McCoy...
Le pauvre est pass� � la chaise �lectrique
pour avoir eu une relation inconvenante avec une salope blanche.
J'ai fait un de ces foins pour �a.
J'ai mis un sac � patates
et je suis partie � pieds pour le capitole.
Vous savez jusqu'o� j'ai pu aller ? � dix kilom�tres de la ville.
J'ai �t� hu�e, siffl�e, on m'a m�me crach� dessus, tout le long du chemin.
Et puis je me suis fait arr�ter.
Vous savez pour quoi ?
Vagabondage ind�cent.
Mon Dieu ! �a fait un petit bout de temps.
Et je ne suis plus du tout progressiste.
Je ne suis qu'une vagabonde ind�cente.
Et je vais leur montrer.
Leur montrer � tous � quel point une vagabonde peut �tre ind�cente
quand elle y met tout son coeur, comme moi.
H�, tournez l�.
CIMETI�RE DE WISTERIA HILL
Vous habitez par ici ?
Personne n'habite ici. C'est le cimeti�re du coin.
Vous entendez parler les morts ?
Les morts ne parlent pas.
Bien s�r que si.
Ils discutent comme les oiseaux, ici � Wisteria Hill.
Mais ils ne connaissent qu'un mot,
ce mot, c'est "vivre".
Vivre. Vivre. Vivre. Vivre. Vivre.
C'est tout ce qu'ils savent.
C'est le seul conseil qu'ils peuvent donner.
C'est simple.
C'est une consigne tr�s simple.
Je vous en prie. Laissez-moi.
Qui pensez-vous tromper comme �a, � part vous-m�me ?
C'est quoi, �a ?
Un poignet humain avec un os ?
On dirait un petit bout de bois.
Je pourrais le casser juste avec deux doigts.
Ma petite, un homme qui s'appuierait contre vous
vous briserait comme une simple baguette.
Allons-y.
Qu'est-ce qu'on fait l� ?
Je vais voir pour ce travail.
Vous ne m'emmenez pas � la Nouvelle-Orl�ans ?
C'est de l� que je viens. Ce n'est pas l� que je vais.
All� ?
Bonsoir. Passez-moi le drugstore, s'il vous pla�t.
Je sais que le drugstore est ferm�.
C'est Mme Torrance. Mon magasin est ferm� aussi,
mais mon mari est malade, il vient juste de rentrer de l'h�pital.
Vous pouvez r�veiller M. Dubinsky, s'il vous pla�t ?
Laissez sonner jusqu'� ce qu'il r�ponde. Laissez sonner, oui.
J'aimerais �tre morte.
Morte.
S�rement pas, madame.
Qui �tes-vous ? Qu'est-ce que vous faites l� ?
- Mme Talbot ne vous a pas parl� de moi ? - Quoi ?
Mme Talbot m'a amen� ici quand vous �tes rentr�s de Memphis.
- Vous �tiez l� tout ce temps ? - Non. Je suis sorti et je suis revenu.
- Pourquoi ? - Vous connaissez la fille qui �tait l� ?
Carol Cutrere. Je la connais.
Eh bien, elle...
Elle m'a dit que sa voiture avait un probl�me, elle m'a demand� de r�parer.
Vous l'avez r�par�e ?
- Ce n'�tait pas �a, son probl�me. - C'�tait quoi, son probl�me ?
- Elle s'est tromp�e sur moi. - Comment �a ?
Elle avait cru voir une pancarte sur moi: "�talon � l'�curie."
Elle...
All� ?
M. Dubinsky. Oui, c'est Mme Torrance.
Je suis d�sol�e de vous r�veiller, mais je viens de ramener mon mari
de l'h�pital de Memphis.
J'ai oubli� ma bo�te de somnif�res �...
Mais il m'en faut.
�a fait trois nuits que je ne dors pas.
Mais... Alors apportez-les vous-m�mes !
Oui, parce que je vais exploser !
D'accord. Merci.
Je tremble.
C'est une vraie glaci�re ici, la nuit.
Qu'est-ce que vous voulez ? Il faut que je remonte.
Tenez, madame. Vous devriez mettre �a, madame.
�a va mieux ?
Qu'est-ce que c'est ? De la peau de serpent ?
C'est �a. De la peau de serpent.
Qu'est-ce que vous faites avec de la peau de serpent ?
C'�tait mon signe caract�ristique. J'�tais...
J'�tais dans le spectacle � la Nouvelle-Orl�ans.
�a tient bien chaud.
�a doit �tre la chaleur de mon corps.
Vous devez avoir le sang chaud.
- Qu'est-ce que vous cherchez ici ? - Eh bien, du travail.
Mme Talbot a dit que vous auriez peut-�tre du travail pour moi.
Les gar�ons comme vous ne travaillent pas.
Comment �a, "les gar�ons comme moi" ?
Ceux qui jouent de la guitare
et qui aiment parler de leur chaleur.
C'�tait vrai, mais �a ne l'est plus.
Vous savez, ma temp�rature est toujours un peu plus �lev�e que la moyenne.
La m�me que les chiens.
- Vous ne me croyez pas ? - Pourquoi ne vous croirais-je pas ?
Je ne peux pas embaucher un �tranger
avec une peau de serpent et une guitare.
Et une temp�rature aussi �lev�e que celle d'un chien.
- Gardez-la, madame. - Non, merci. Je dois monter.
- Vous devriez partir. - Je n'ai nulle part o� aller.
Tout le monde a ses probl�mes. �a, c'est le v�tre.
Madame, je r�pare tout ce qui est �lectrique.
Je peux tout faire et j'ai absolument besoin de travailler.
Qu'est-ce qui ne va pas avec votre guitare ?
- Vous vous en �tes lass� ? - Non, madame.
Elle est ma compagne,
mais j'ai d� la mettre au clou une fois et je ne veux pas avoir � recommencer.
J'ai besoin d'un emploi stable.
Qu'est-ce que c'est, ces �critures ?
Eh bien, c'est...
Tout �a...
Ce sont des autographes de grands musiciens de jazz.
Vous voyez ce nom l� ?
Leadbelly.
C'�tait le meilleur qui ait jamais jou� de la guitare � douze cordes.
Il en jouait tellement bien qu'il a touch� le coeur
d'un gouverneur du Texas qui l'a amnisti�.
Son nom est inscrit au firmament.
Celui-l�.
Jefferson. Blind Lemon Jefferson.
Son nom est aussi inscrit au firmament ?
Oui.
Son nom est inscrit au firmament.
Vous �tes assez sp�cial.
Vous avez des recommandations ?
Oui, madame, j'en ai.
J'ai cette lettre.
- Voyons �a. - L� voil�.
"Ce gar�on a travaill� trois mois dans mon garage automobile.
"Il travaille dur et il est honn�te.
"Mais,
"c'est un bavard un peu sp�cial
"et c'est pour �a que j'ai d� m'en s�parer.
"Mais j'aurais...
"J'aurais bien aim� le garder. Cordialement."
- C'est ce qu'il y a d'�crit ? - Oui. Vous parlez d'une recommandation.
Je suppose que �a n'en est pas une.
Mais ce que les gens disent de vous ne veut rien dire.
C'est le marchand de sable avec mes somnif�res.
Je vous demande pardon.
R�veiller les gens en pleine nuit...
- Pardon de vous avoir r�veill�. - Moi aussi, je dors.
Oui. Vous avez raison. Mais c'est difficile.
Je vous ai dit que je ne dormais pas depuis trois nuits.
Quel pauvre homme.
- Vous avez eu des troubles du sommeil ? - Non.
Je peux dormir ou ne pas dormir aussi longtemps que je veux.
Je peux dormir sur du b�ton.
Je peux rester debout 48 heures d'affil�e sans m�me somnoler.
Je peux retenir ma respiration trois minutes sans m'�vanouir.
Une fois, j'ai pari� 10 $ que je le ferais et j'ai gagn�.
Je vois.
Je vois de quoi parlait le garagiste quand il disait :
"Ce gar�on est un bavard un peu sp�cial."
Qu'est-ce que vous savez faire d'autre ? Savez-vous vous ma�triser ?
On dit qu'une femme peut faire se consumer un homme, vous savez ?
Moi, je peux faire se consumer une femme.
Je dis juste que je pourrais. Pas que je le ferais.
Qu'est-ce qu'il y a ? Elles vous ont �puis� ?
Non, je ne suis pas fatigu�.
J'en ai assez, c'est tout.
- Vous avez raison. - Vous savez, Lady, il y a des gens achet�s
et vendus dans ce monde comme les carcasses de porc
aux �tals des bouchers.
Vous devez croire qu'il y a beaucoup...
Qu'il y a beaucoup de sortes de gens sur terre.
Mais il n'y en a que deux sortes:
Les acheteurs et ceux qui sont achet�s.
Non, il y a encore une autre sorte.
Quelle sorte ?
Une sorte qui n'a pas d'attache.
Il y a une esp�ce d'oiseau
qui n'a pas de pattes et qui ne peut pas atterrir.
Cet oiseau doit passer toute sa vie en l'air.
J'en ai vu un, une fois.
Il est mort et est tomb� par terre.
Son corps �tait bleu clair.
Il n'�tait pas plus gros que le petit doigt.
Il paraissait tellement l�ger dans la main, il ne pesait pas plus lourd qu'une plume.
Ses ailes �taient grandes comme �a,
on voyait � travers.
C'est pour �a que les faucons ne peuvent pas l'avoir,
parce qu'ils ne le voient pas.
Ils ne le voient pas, l�-haut dans le ciel bleu, pr�s du soleil.
Et quand il fait gris ?
Ils volent tellement haut. Quand il fait gris, les faucons ont le vertige.
Ces petits oiseaux n'ont pas de pattes,
ils doivent passer toute leur vie en l'air.
Et ils dorment dans le vent.
C'est ce qu'ils font, ils...
Ils �cartent simplement leurs ailes et ils vont dormir dans le vent.
Et ils ne touchent le sol qu'une seule fois,
c'est quand ils meurent.
Je voudrais vous montrer quelque chose. Suivez-moi.
Vous voyez ?
�a va �tre la confiserie.
Elle va bient�t ouvrir.
Je vais faire concurrence � la vie nocturne de ce comt�.
Les sorties apr�s le cin�ma.
Ce sera comme un verger au printemps.
Mon p�re avait un verger � Moon Lake.
Il en a fait un jardin de vigne.
Ils ont tout br�l�, un �t�.
Qui a tout br�l� ?
Prenez ce dollar,
allez manger,
et revenez demain matin. Je vous donnerai du travail.
Quand la confiserie ouvrira, peut-�tre que
vous pourrez chanter, jouer de la guitare dedans, qui sait ?
Prenez-le.
D'accord ?
- Mais qu'on soit bien d'accord. - Sur quoi ?
Vous ne m'int�ressez pas plus que l'air qui vous entoure.
Si vous avez compris �a, on aura de bonnes relations professionnelles.
Sinon, ce sera des ennuis.
Oh, je peux...
- Je peux laisser �a ici ? - Votre compagne ?
Oui, ma compagne.
- Laissez-la ici, si vous voulez. - Merci.
Vous savez, je...
Je ne sais pas grand chose de vous,
mais je crois que vous et Mme Talbot,
vous �tes les gens les plus gentils que j'aie jamais rencontr�s.
Et je vais �tre s�rieux,
honn�te et travailleur pour vous satisfaire.
Et si vous avez des probl�mes de sommeil, je sais comment r�gler �a.
Vous voyez,
j'ai rencontr� une ost�opathe, une fois,
elle m'a appris des petites manipulations de la nuque
et du dos.
�a aide � retrouver un sommeil sain et naturel.
D'accord ?
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Je ne crois pas que ces chaussures me plaisent.
J'arrive, Jabe.
- Qu'est-ce que tu veux, Jabe ? - Piq�re.
Jabe, je ne peux pas.
Je ne peux pas. Il te faut une infirmi�re.
Qu'est-ce que tu peux faire, alors ?
Je m'occupe du magasin pour toi.
Je croyais que tu avais trouv� un gamin pour �a ?
Ce n'est pas un gamin. Val a 30 ans.
Et pourquoi tu n'es jamais venue me le pr�senter ?
�a fait d�j� trois semaines qu'il est l�.
- Tu ne me l'as jamais demand�. - L�, je te le demande. Va le chercher.
Pas maintenant. Je ne suis pas habill�e.
Tu ne veux pas qu'il te voie dans ton nouveau peignoir en soie ?
Je sais ce que tu mijotes. Je sais ce que tu mijotes, Lady.
� ma mort, tu seras trop vieille pour un amant.
Il sera trop tard pour appliquer ton plan.
Arr�te ! Ne fais pas �a !
Tu es encore ma femme ! Tu n'es pas encore veuve !
Arr�te ! Tu me d�go�tes.
Je ne te d�go�tais pas, avant ?
Si.
Tu m'as toujours d�go�t�.
M. Xavier, o� est-ce que vous vous cachez ?
- Vous devriez sortir un peu plus. - Janie !
Zut, Connie. M. Xavier comprend tr�s bien.
N'est-ce pas, M. Xavier ?
Oui, je comprends.
Tr�s bien, Val, je vais m'occuper d'elles.
C'est pour quoi ?
- Je crois qu'on vient de changer d'avis. - C'est parfait.
Qu'est-ce qu'elles voulaient ?
Elles ont dit que c'�tait pour des chaussures.
Mais je suppose que �a n'�tait pas pour des chaussures.
Pour quoi, alors ? Des frissons ?
- Non, ne vous inqui�tez pas pour �a, Lady. - Non ?
On ne vend pas de frissons ici.
Vos chaussures couinent.
Ramassez cette allumette.
Pourquoi vous bougez comme �a ? Pourquoi vous marchez comme �a ?
Comment ?
- Tout ce que vous faites, c'est... - Quoi ?
Vous savez que vous �tes... Vous savez ce que je veux dire.
Oui, je sais ce que vous voulez dire.
Val, qu'est-ce que vous faites ?
Je vous rends le costume que vous m'avez pr�t� pour travailler.
- Je vais changer de pantalon. - Non. Je vous demande pardon.
Vous m'avez entendu. Je vous ai dit pardon.
J'ai mal dormi cette nuit.
- �coutez, Lady... - Lady !
Lady, je peux utiliser votre t�l�phone ?
Carol Cutrere fait un esclandre � notre station-service.
Elle veut qu'on la serve.
Je vais appeler son fr�re et lui dire de venir la chercher.
Helen, passez-moi les Cutrere.
N'importe. David Cutrere. S'il n'est pas l�, passez-moi le sh�rif Talbot.
Mlle Cutrere, je ne vous sers pas.
Partez d'ici ! Mike, enl�ve-moi cette voiture !
Mon argent vaut celui des autres !
Ne lui faites pas de mal !
L�chez-moi !
Ne lui faites pas de mal !
Venez. Tenez.
Je me suis r�veill�e en pensant � vous cette nuit.
J'ai essay� de boire pour oublier, mais �a n'a pas march�.
Pour finir, j'ai pris ma voiture et j'ai roul� � 130, � 140 et � 160,
parce que j'avais peur que vous soyez parti avant que j'arrive.
- Bonjour, Carol. - Bonjour, Lady.
Vous avez besoin de quelque chose ?
Je dois lui transmettre un message. Je peux le voir seul � seul ?
- Son fr�re va venir la chercher. - David Cutrere...
David Cutrere ne mettra pas les pieds dans mon magasin.
Je croyais que vous aviez oubli� cet ancien pr�tendant.
�coutez, la plantation de votre fr�re est � dix minutes d'ici.
Je ne le laisserai pas entrer chez moi.
Je ne veux m�me pas qu'il touche la poign�e de la porte.
Transmettez le message.
Quand votre fr�re arrivera, je veux que vous partiez
comme un boulet de canon. Aussi vite que �a.
Vous pouvez transmettre le message.
Venez.
Vous �tes gentil, maintenant. Je crois bien que c'est votre vraie nature.
Quel est le message ?
Une tache sur votre chemise.
- C'est �a, le message ? - Non.
C'�tait juste un pr�texte pour vous toucher.
Le message, c'est...
J'aimerais tenir quelque chose comme vous tenez votre guitare.
J'aimerais tenir quelque chose comme �a,
avec cette tendre protection.
J'aimerais vous tenir comme �a.
Avec la m�me tendre protection.
Je d�crocherais la lune pour vous.
J'ai laiss� tomb� les gens avec qui vous tra�nez
et les bo�tes o� vous allez.
L�, vous n'�tes plus tr�s gentil.
Pourquoi ? Je n'ai pas toujours �t� gentille avec vous ?
Est-ce que j'ai vendu la m�che pour la montre de mon cousin ?
D'accord, prenez cette montre Rolex.
Elle donne l'heure,
le jour de la semaine,
le mois,
et les phases de la lune.
Je n'avais jamais vol� avant de voler �a.
Et en la volant, j'ai compris que la f�te �tait finie.
Alors rendez-la � Bertie.
C'est un message de ma part pour ceux avec qui vous tra�nez.
Je ne tra�ne avec personne. J'esp�rais pouvoir tra�ner avec vous.
Vous �tes en danger, Peau de serpent.
Vous avez enlev� la veste qui disait je suis sauvage, je suis seul,
et vous avez mis un bel uniforme bleu de prisonnier.
J'esp�rais que vous m'�coutiez
et que vous me laisseriez vous emmener avant qu'il ne soit trop tard.
Envole-toi.
Envole-toi, petit oiseau,
avant de te blesser.
Carol !
- Peau de serpent ! - Carol !
Carol, tu n'as pas respect� notre accord.
Viens, je t'emm�ne de l'autre c�t� du fleuve.
- Vous �tes en danger ici. - Tais-toi et viens.
Attendez un peu.
Bonjour, Lady.
Carol, va m'attendre dans la voiture.
Je t'ai d�j� dit de ne pas venir dans ce magasin.
Si ta soeur revient ici, envoie quelqu'un pour la chercher. Mais ne viens pas.
Pas toi.
Je suis rancuni�re.
Et je ne veux pas de ta piti�.
Je ne suis pas encore d�sesp�r�e � ce point-l�.
Les affaires vont bien dans ce magasin.
Et il y a la confiserie l� derri�re qui doit ouvrir au printemps prochain.
Ce sera comme la vigne du jardin de mon p�re.
Tu te rappelles la vigne du jardin de mon p�re ?
Tu te rappelles ces nuits pass�es � boire du vin,
quand quelqu'un t'aimait plus que n'importe qui depuis ?
Je ne me rappelle que �a.
Non, attends.
Il faut que je te dise quelque chose que je ne t'ai jamais dit.
Mon corps a port� ton enfant
l'�t� o� tu m'as quitt�e.
- Je ne savais pas. - Non. Je ne t'ai pas �crit pour te le dire.
J'�tais fi�re � l'�poque.
J'avais de la fiert�,
l'�t� o� ils ont br�l� la vigne du jardin de mon p�re.
Et tu as fait celui qui ne connaissait pas
la fille d'un trafiquant d'alcool rital.
Puis tu as pris cette fille de la haute
qui a restaur� ta maison de famille
et t'as donn� de si beaux enfants.
- Je ne savais pas. - Maintenant tu le sais.
Maintenant tu le sais.
Mon corps a port� ton enfant
l'�t� o� tu m'as quitt�.
Mais j'ai perdu ton enfant.
J'ai voulu mourir apr�s �a.
Mais la mort ne vient pas sur commande, tu sais.
Alors j'ai choisi la meilleure option.
Tu t'es vendu. Je me suis vendue.
Tu as �t� achet� et j'ai �t� achet�e.
Vendue et achet�e comme les marchandises de ce magasin.
Lady, je t'en prie.
Sors d'ici !
Va-t'en !
Je voulais juste te dire que ma vie est loin d'�tre finie.
�a va, Lady ?
Je me suis ridiculis�e.
J'ai perdu ma fiert�.
Jordan.
- Viens, Vee. - Jordan.
Il faut que tu m'aides pour les �les flottantes...
Je peux vous aider, Mme Talbot ?
Merci, M. Xavier.
J'ai amen� ce nouveau tableau pour le mettre dans la chambre de Jabe.
H�, maman !
- Viens voir l�-haut. - J'arrive.
Comment est le gamin, Jordan ?
Il est beau, Jabe. Vraiment beau.
En sortant, regarde-le bien, d'accord ?
Et pourquoi tu le regardes pas toi-m�me, Jabe ?
Vas-y. Fais-le monter. Regarde-le bien.
Voil�, madame.
Je vous assure, M. Xavier, que depuis que j'ai repris la peinture,
je n'ai plus la m�me vision des choses.
Je ne pourrais pas l'expliquer.
Vous n'en avez pas besoin. Je sais ce que vous voulez dire.
C'est comme quand je joue de la guitare.
J'imagine qu'avant que vous ne fassiez de la peinture, �a...
�a n'avait pas de sens.
Quoi donc ?
La vie.
Non.
Ma vie n'avait pas de sens.
Vous viviez dans le comt� de Two River,
et vous avez vu des choses terribles.
Des choses horribles.
- Des lynchages ? - Oui.
- Des passages � tabac ? - Oui.
Vous avez �t� t�moin de �a et vous savez.
Oui, j'ai �t� t�moin de �a et je sais.
Vous et moi, nous �tions aux premi�res loges.
Vous avez cr�� de la beaut�, Mme Talbot,
dans ce pays sombre au bord du fleuve.
All�.
Ici le magasin Torrance.
Pourquoi tu ne viens pas dans ma chambre, pour que je puisse te voir ?
On ne s'est pas encore rencontr�s.
- Qui est � l'appareil ? - Ton patron, Jabe Torrance.
Ton patron � l'�tage.
J'esp�re que le tableau plaira � Jabe.
J'aimerais tellement que ce pauvre homme rejoigne le Seigneur.
J'ai apport� des �les flottantes pour le repas de Jabe.
La description �tait juste.
La description de quoi ?
On m'a dit que tu �tais beau.
Et les ventes montent en fl�ches depuis que tu es l� en bas, petit.
Oui, les affaires vont plut�t bien.
Je suppose que ces nouveaux clients sont des femmes, je me trompe ?
Des vieilles ?
Les vieilles sont des consommatrices.
C'est l� qu'est l'argent, Jordan.
Elles le pompent � leur mari
et le jettent par les fen�tres.
Bon sang, c'est bien vrai.
Reste l�, Lady.
Je suis fatigu�e, Jabe.
Tu n'as pas assez d'aide en bas ?
Pourquoi vous vouliez me voir, M. Torrance ?
Je voulais juste voir qui travaille pour moi.
C'est bien, petit.
Tu peux redescendre.
D'accord.
Au revoir.
Je le paie combien ?
J'ai dit : "Je le paie combien ?"
37,50 $ la semaine.
Tu l'as eu pour pas cher, pas vrai ?
- Tu n'es pas satisfait ? - Et toi ?
Tu es satisfaite, Lady ?
Ou tu n'es pas satisfaite ?
Alors ?
Vous voulez bien m'emmener quelque part ?
Bien s�r.
C'est l� que les jeunes couples venaient pour faire l'amour.
Ils venaient ici, dans les vignes.
Et vous ?
Moi ? Eh bien, moi,
je chantais avec mon p�re.
On allait de tonnelle en tonnelle.
Lui jouait de la mandoline et moi je chantais.
J'ai la voix cass�e, maintenant.
Peut-�tre le visage aussi. Je ne sais pas.
Mais � l'�poque...
Comment c'est arriv�, l'incendie ?
Mon p�re a fait une erreur.
Un soir, pendant l'�t�, il a vendu de l'alcool � des n�gres.
Vous avez entendu parler des milices ?
Oui, j'en ai entendu parler.
Ils sont pass�s � l'action cet �t�-l�.
Ils sont venus avec des litres de p�trole
et ils ont tout br�l�.
Les vignes, les tonnelles, les arbres.
Tout le ciel �tait �clair�.
Et on entendait mon p�re crier jusqu'� l'autre bout du lac.
Mais personne ne r�pondait.
Mon p�re a pris une couverture
et a fonc� dans le jardin pour lutter contre le feu tout seul,
il a �t� br�l� vif.
Il a �t� br�l� vif dans le jardin.
Je suis pleine de haine.
Chaque fois que je vois un homme ici, vous savez ce que je pense ?
Je me demande s'il faisait partie des milices qui ont br�l� mon p�re
dans ses vignes.
Je suis remplie de haine.
Je suis...
- Salut, Lady. - Salut. Qu'est-ce que vous voulez ?
Jabe a appel� � propos de sa voiture.
Il a dit que quelqu'un l'a vol�e au magasin.
Vous voyez bien que c'�tait moi.
Il a dit qu'il a vu deux personnes entrer dans le garage.
Une femme et un homme.
C'est vrai, une femme et un homme.
On ferait mieux d'y aller.
Bon, � demain, Lady.
O� est-ce que vous logez pour la nuit ?
Je loge
dans un bungalow du Wildwood Tourist Cabins.
- �a vous pla�t ? - C'est pas mal. Oui, �a va.
Vous voulez faire des �conomies ?
Faire des �conomies ?
Je n'ai jamais pu �conomiser le moindre cent.
Vous pourriez, si vous restiez sur place.
O� �a ?
- Ici. - Vous voulez dire chez... Ici ?
- Ici. - Je m'installerais o� ?
Derri�re ce rideau.
Un infirmier dormait l� quand Jabe a eu sa premi�re op�ration.
J'appellerai un plombier pour mettre une douche et l'eau chaude.
Je vais l'am�nager pour vous.
- Euh... - Jetez un coup d'oeil,
pour voir si �a vous pla�t.
- D'accord, je vais regarder. - Tr�s bien.
Eh bien, allez-y.
Tout de suite ?
Pourquoi ne pas regarder si �a vous convient ?
D'accord.
D'accord. Je vais voir �a.
Alors, �a vous va ?
J'aime bien l'image. Elle est connue.
Mais j'aurais du mal � dormir avec cette femme nue au-dessus de moi.
Vous savez, �a pourrait me tenir �veill�.
Vous, avec votre temp�rature de chien
et la parfaite ma�trise de votre corps,
il faudrait plus qu'une image pour vous emp�cher de dormir.
Lady.
Pourquoi vous voulez que je loge ici, Lady ?
Je vous l'ai dit.
Parce que vous avez peur, toute seule, la nuit ?
Maintenant, oui.
Jabe dort avec un pistolet � port�e de la main.
Mais si quelqu'un p�n�trait dans le magasin, il ne pourrait pas se lever.
Qu'est-ce que vous sentez ?
- Votre main. - C'est exact.
La taille de mes articulations
et la chaleur de ma paume.
Qu'est-ce que vous voulez prouver ?
� quel point on se conna�t l'un l'autre.
Des autres, on ne conna�t que la peau � la surface.
Pourquoi vous me dites �a ce soir ?
Parce qu'on n'arrive jamais � conna�tre les autres.
Nous sommes tous condamn�s � un enfermement solitaire
dans notre propre peau pour toute la dur�e de notre vie sur terre.
Pas moi.
Je ne suis pas tr�s optimiste de nature,
mais je ne peux pas �tre d'accord avec une vision aussi triste.
Je monte chercher des draps propres pour faire votre lit.
- Tiens, ch�ri. - C'est �a.
L� !
- Allez. C'est bien. - �a avance, Peau de serpent ?
- Qu'est-ce que tu lances ? - J'ai des doigts de f�e.
C'est cette veste. Tu sais, ch�ri.
Cette veste en peau de serpent, �a fait peur.
- D'accord, 50. - Bien.
Allez.
Qui va gagner le gros lot ? Toi, mon grand ?
- Je te suis. - Vas-y, Serpent.
- Je prends 20. - �a fait un paquet de bl�.
- Donne-moi 20. - J'ai quelques cents.
J'ai besoin d'un chauffeur. J'arr�te et je mets les voiles.
Tu vas perdre, mon pote ! Tu vas perdre.
La nuit derni�re
J'ai travers� le fleuve
avec un gros paquetage
Je n'ai pris personne avec moi
Pas une seule �me
J'ai pris un peu de provisions
Certaines pour la faim
D'autres pour le froid
Mais je n'ai pris personne avec moi
Pas une seule �me
- Qui est l� ? - C'est moi.
Vous m'avez fait peur.
- Vous ne m'attendiez pas, si ? - Non.
Vous pouvez arr�ter de m'�clairer la figure.
- Vous vous �tes battu. - Battu ? Non.
Votre bouche saigne.
Ce n'est pas du sang.
Du rouge � l�vre.
Oui, je suppose.
Vous en avez m�me sur votre chemise.
- C'est vrai ? - Oui.
Vous avez pris du bon temps, hein ?
Oui.
Pourquoi vous avez ouvert le tiroir-caisse ?
Je l'ai ouvert deux fois ce soir.
Une fois avant de partir, et une fois en rentrant.
Pourquoi ?
Parce que je veux partir pour de bon.
Je ne veux rien emporter de plus que ce que j'avais en venant.
Et demain,
vous allez devoir vous chercher un petit nouveau parce que je m'en vais.
J'aurais d� m'en douter.
Vous m'avez vol�e pendant que je vous cherchais des draps.
Je suis m�me idiote de me sentir d��ue.
Je vous ai d��ue ?
Vous m'avez d��u.
- Venez ! - O� �a ?
L� !
Vous voyez ?
Il n'y avait pas de lit quand je suis arriv�.
- Il �tait l�. - Non, il n'y �tait pas.
Il n'y avait pas de lit ici avant-hier. Vous l'avez mis l�.
Il �tait l�, repli� derri�re le miroir.
Repli� derri�re le miroir ? Non.
- Si. - Non, vous mentez.
Vous mentez et je vois clair dans votre petit jeu.
Je vois clair dans votre jeu.
- Vous voyez quoi ? - Vous voulez le savoir ?
J'aimerais beaucoup.
Je vois une femme plus tr�s jeune, pas satisfaite,
qui ramasse un type sur la route pour un double emploi,
sans lui payer d'heures suppl�mentaires.
Vendeur le jour, et la nuit, vous savez...
Peu importe comment vous appelez �a.
Esp�ce de petit...
- Qui est petit ici ? - Esp�ce de petit...
C'est moi que vous traitez de petit ?
Allez-vous en.
Pourquoi vous �tes revenu ? Pourquoi ?
Pour remettre l'argent que j'avais pris.
Pour ne pas vous laisser l'image
de quelqu'un de malhonn�te ou d'ingrat.
Arr�tez !
Ne partez pas.
J'ai besoin de vous pour vivre.
Pour continuer � vivre.
Val.
Cet oiseau s'est fait avoir par le faux raisin.
Tu sais, il y a une chose � laquelle tu n'as pas pens�.
�a ne r�sisterait pas � un orage ou � une temp�te.
J'ai quelque chose � te donner.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est une branche du dimanche des Rameaux. C'est b�ni.
M. Xavier, est-ce que Mme Torrance est rentr�e ?
- Pas que je sache, madame. - Tu mens.
Je l'ai entendue. Elle est l� en bas.
Ce n'est pas lui qui m'a entendue.
C'est elle.
Il y a un espion dans ma maison.
Ce serait peut-�tre mieux...
Mieux pour toi si je partais quelques temps.
Pas longtemps.
Non, ce serait une �ternit� pour moi.
Mais imagine que je doive partir ?
Ne fais pas �a.
Oyez !
La confiserie de Lady ouvre ce soir.
Ce soir, le gala d'ouverture de la confiserie de Lady.
La confiserie de Lady sur Main Street.
Ma femme...
Ma femme a l'air heureuse ces matins-ci.
Je dois lui dire que vous allez descendre ?
Non. Je vais faire une surprise � Lady.
Entrez, Mme Torrance.
Il voulait vous faire une surprise.
Je lui ai dit que je devais vous pr�venir, mais il ne voulait surtout pas.
Habill� ?
Il a mis son costume du dimanche et il est d�termin�.
Il va descendre et ouvrir le magasin lui-m�me.
Tu ne t'attendais pas � me revoir descendre ces escaliers.
- Je descends faire un inventaire. - Tu ne peux pas faire �a.
Je sais ce que je peux faire. Je vais le faire.
Venez, Miss Porter.
Je suis juste derri�re vous, M. Torrance.
Doucement. Allez-y doucement.
Doucement, M. Torrance.
- Val. Une chaise. - �a va. Laissez-moi.
Je ne veux pas de chaise.
Je veux voir cette confiserie de plus pr�s.
Oui, regarde-la bien, Jabe. J'en suis tr�s fi�re.
C'est tr�s artistique.
- Il n'y a pas plus artistique. - Je n'avais jamais vu �a.
Les autres non plus.
Qui a fait ces d�corations ?
C'est moi, j'ai fait �a toute seule.
J'en suis tr�s fi�re.
Voyez-vous �a ? C'est vraiment de l'art.
Il y a une foire ou un cirque dans le comt� ?
Tu parles de l'orgue � vapeur ?
Non. �a ne vient pas d'un cirque.
Il annonce le gala d'ouverture de la confiserie.
Qu'est-ce que tu dis ?
�a annonce l'ouverture de la confiserie.
Venez au gala d'ouverture de la confiserie de Lady.
Ouverture ce soir.
Inauguration ce soir de la confiserie de Lady.
Venez, venez nombreux !
Inauguration de la confiserie de Lady sur Main Street.
Derri�re le magasin Torrance.
Main Street, le gala d'ouverture...
Il fait un peu frais pour vous, M. Torrance.
Lady.
Ferme la porte !
Mince alors, j'ai une femme sacr�ment remuante.
�a me co�te combien ?
- �a ne co�te pas grand chose. - Elle l'a eu contre une chanson.
Tu as chant� pour �a, c'est vrai ? Tu as chant� une chanson de ritals ?
- Miss Porter, vous devriez le ramener. - O Sole Mio ! C'est �a que tu as chant� ?
J'ai une femme sacr�ment remuante, hein ?
Hein ?
J'ai vraiment une femme remuante.
Son p�re, le rital, lui aussi il �tait remuant avant de cramer.
Ouais, il a cram�.
Il a fait la connerie de vendre de la gn�le aux n�gres.
Tu vas arr�ter ? Tu vas arr�ter, oui ?
Alors on a d� passer � l'action.
On est pass�s � l'action. On a re�u des ordres.
On est all�s l�-bas avec 16 voitures remplies de p�trole.
On a tout br�l�. Lui aussi, on l'a cram�.
On a br�l� sa maison et son verger.
Pas un seul camion de pompiers n'est sorti ce soir-l�.
Jabe, tu as dit "on" ?
J'ai comme une... Comme une crampe.
Je pense que vous vous excitez, M. Torrance.
Je vais vous ramener l�-haut.
Oui, allons-y. Retournons l�-haut.
Jabe, tu as bien dit "on l'a fait" ?
- Tu m'as bien entendu. J'ai dit "on" ! - Non !
Une marche � la fois, M. Torrance.
Attention.
Papa.
Une marche � la fois.
Papa.
Mon patient fait une h�morragie.
Je ne devrais pas le croire.
Il saigne. Appelez le m�decin.
Appelez le Dr. Buchanan. Mon patient fait une h�morragie.
Je vais le ramener l�-haut.
On dirait que l'h�morragie s'est arr�t�e.
Elle est toujours dehors ?
Oui.
De toute ma vie, je n'avais encore jamais vu une femme se comporter comme �a.
� l'aide.
Je ne vois rien.
J'ai eu une vision.
- Je savais que j'allais en avoir une. - Je vais vous aider, Mme Talbot.
Vee !
- L�chez-la. - Non.
Ne bougez pas. Je reviens.
- Je ne vais pas partir. - Vous avez int�r�t.
Pee Wee, reste avec le gamin.
H�, Dog, qu'est-ce qui se passe ?
Le sh�rif a pris le vendeur � faire des trucs � sa femme.
Mets-toi sous cette lampe.
Je vais voir si je trouve ta photo dans les avis de recherche.
Je ne suis pas recherch�.
Un beau gosse comme toi est forc�ment recherch�.
Tu mesures combien ?
Je ne me suis jamais mesur�.
- Combien tu p�ses ? - Je ne me suis jamais pes�.
Tu as des cicatrices ou des marques sur le visage ou sur le corps ?
Non.
Ouvre ta chemise.
- Pourquoi ? - Ouvre-lui sa chemise, Pee Wee.
Tr�s bien, gamin. Viens par l�.
- Qu'est-ce que tu faisais avant ? - Avant quoi ?
Avant de venir ici ?
- Je me baladais et je jouais. - Tu jouais ?
- Tu jouais avec quoi ? - Avec les femmes ?
Je jouais de la guitare et je chantais.
- O� est ta guitare ? - Dans le magasin.
Tu veux que j'aille la chercher, Jordan ?
Ne touchez pas � ma guitare.
C'est bon, Pee Wee.
Pourquoi tu ne vas pas faire un tour avec Dog pendant que je m'occupe de lui ?
Allez-y.
C'est bon, mon gars. Je ne vais pas toucher � ta guitare.
Je vais te dire un truc.
Il y a un certain comt� que je connais qui a une belle pancarte qui dit:
"N�gro, ne reste pas dans ce comt� apr�s le coucher du soleil."
Rien de plus. C'est pas une menace.
Juste : "N�gro, ne reste pas dans ce comt� apr�s le coucher du soleil."
�coute, petit.
Je sais que tu n'es pas n�gro. Que c'est pas ton comt�.
Mais je veux que tu imagines avoir vu une belle pancarte qui te dirait :
Petit, ne reste pas dans ce comt� apr�s le lever du soleil.
J'ai dit lever, pas coucher.
Parce qu'on est bient�t le soir et que tu n'as plus le temps de faire tes affaires.
Et je pense que si tu tiens � ta s�curit� dans le coin,
tu me faciliteras le boulot en ayant quitt� le comt�
demain avant le lever du soleil.
Tu comprends �a, maintenant. Hein, petit ?
J'esp�re pour toi.
Parce que j'aime pas la violence.
Fais un peu attention. Tu entends ?
Je te dis de faire attention. Qu'est-ce que tu as aujourd'hui ?
- Lady, ils vous appellent encore. - Voil� !
C'est mieux.
Jabe est tr�s malade, Lady.
- Vous ne vous inqui�tez pas de son sort ? - D'accord.
C'est bon. Non, plus maintenant. �a m'est bien �gal.
Allez, mon gars ! Plus vite !
Va mettre tout �a derri�re.
- Carol, ce n'est pas ouvert. - Je dois rester l� un petit moment.
Je n'ai plus de permis, vous voyez.
On m'a retir� mon permis et il faut que je trouve quelqu'un
pour me faire traverser le fleuve.
Appelez un taxi.
Il para�t que le gar�on qui travaille chez vous part ce soir.
- Qui a dit qu'il partait ? - Le sh�rif Talbot.
Il m'a dit de lui demander de m'emmener, comme il doit aussi traverser le fleuve.
On vous a mal inform�e, ma ch�rie.
Tr�s mal.
Pourquoi est-ce que vous venez encore emb�ter ce gar�on ?
Il ne s'int�resse pas � vous.
Mon fr�re et sa femme m'ont fait une offre unique cette fois-ci.
C'est bien.
Fonds presque illimit�s, une vraie corne d'abondance.
Du moment que je m'en vais pour de bon, et que je franchis au moins un oc�an,
pas juste un fleuve. Vous m'entendez ?
- Vous parlez � qui ? - L'offre est tr�s claire.
Elle comprend par exemple une villa sur la M�diterran�e,
perch�e comme un nid d'oiseau sur la c�te
qu'on appelle Divina Costiera, o� le printemps n'a pas de fin.
Vous �coutez ce que je vous dis ?
Bien s�r que je vous �coute.
- Vous croyez que je vous parle ? - Non.
Vous �tes ma soeur.
Vous avez d�couvert la m�me chose que moi.
Que la seule chose � faire, sur cette terre,
c'est d'attraper ce qui passe � notre port�e, de nos deux mains,
jusqu'� ce que nos doigts se brisent.
Il y a encore quelque chose d'indompt� dans ce pays, quelque chose de libre.
Je vais attendre dehors dans ma voiture.
La plus rapide de tout le comt� de Two River.
Tu ne pars pas avec elle ?
- Je ne pars pas avec elle. - D'accord.
Va mettre ta veste blanche.
- J'ai besoin de toi ce soir. - Il faut que je te parle.
- Non, pas le temps. - Tu vas prendre le temps, Lady.
Tu ne peux pas ouvrir cette bo�te ce soir.
Tu peux parier que je vais le faire.
Non, toi tu peux parier.
D'accord, c'est moi si tu veux. Mais je vais le faire. Maintenant, l�che-moi.
- Non. - Tu ne comprends pas.
Il y a un homme l�-haut
qui a mis le feu au jardin de mon p�re.
Je veux que cet homme assiste � la r�ouverture du jardin
alors qu'il est en train de mourir.
Ce soir, rien ne pourra l'emp�cher.
�a doit �tre fait pour remettre les compteurs � z�ro.
Pour ne pas perdre.
Je ne perdrai pas, plus jamais. C'est compris !
Plus jamais !
Val, ce n'est pas ta veste blanche.
Non, tu as raison, Lady.
Je dois partir maintenant.
- Tu as dis "partir" ? - Oui.
Il faut que je prenne le bus qui part d'ici � 9 h 15.
Au moins jusqu'� la fronti�re du comt�.
Oui.
Je me suis mis dans une sale histoire, Lady.
Non, tu essaies de m'avoir, monsieur.
- Elle t'attend dehors. - Non.
- Dans sa voiture, oui. - Non.
- Je veux que tu comprennes. - Quoi ?
Je suis dans de sales draps et je ne pourrai pas m'en sortir.
Pas dans une ville comme celle-l�.
On m'a menac� de repr�sailles si je ne pars pas avant demain matin.
Et moi ?
- L�che-moi ! - Lady.
�coute-moi. J'aurais d�j� pu partir,
mais je voulais te dire une chose que je n'ai encore jamais dite.
Jamais. C'est de l'amour que je ressens pour toi, Lady.
Non. Ne me parle pas d'amour. Pas � moi, s'il te pla�t.
C'est facile de dire "amour"
quand on a un transport rapide et gratuit qui vous attend.
- L�che-moi, Val ! - H�, vous �tes ouvert ?
Non, pas encore ! Plus tard !
Val, allez.
Je veux que tu m'�coutes.
Tu n'as rien compris � ce que je t'ai dit.
Non. Je m'en fiche.
- S�rement pas. - Non.
J'ai re�u des menaces de mort.
- Tu sais ce que �a fait ? - Moi aussi.
Je t'attendrai. Je te retrouverai
- juste apr�s la fronti�re... - Je ne te crois pas. Tu mens !
Ne m'accuse pas de mentir !
�coute-moi bien.
Tu es comme folle depuis ce matin.
Depuis plus longtemps que �a.
Qu'est-ce que je dois faire, � ton avis ?
Rester ici alors que tu t'en vas sans moi ?
Tu l'entends ? La mort m'appelle.
Demande-moi ce que �a fait d'avoir v�cu tout ce temps avec la mort,
je peux te le raconter, mais j'ai tenu bon.
J'ai tenu bon !
Je suppose que mon coeur savait que quelqu'un allait venir
pour me sortir de cet enfer. Et c'est ce que tu as fait !
Regarde-moi. Je suis toujours en vie.
�coute, Val, tout ce qu'il y a dans ce maudit magasin
- est � toi. - Je m'en fiche...
Tout ce que la mort a mis des ann�es � rassembler ici,
mais la mort doit mourir avant qu'on puisse partir.
Tu t'es bien mis �a dans la t�te ? Tu as compris ?
Le gala d'ouverture de la confiserie a lieu ce soir.
Tr�s bien, Lady. Je t'appelle d�s que j'aurai pass� la fronti�re de l'�tat.
Si tu essaies de me jeter, je casse ta guitare !
Arr�te !
Vous partez ?
Je sais ce que vous pensez, Mme Torrance.
Oui, j'ai donn� ses m�dicaments � M. Torrance.
- Je reviens � 10 h 30. - Non, ce n'est pas la peine.
Ne revenez pas � 10 h 30. C'est fini. Ce n'est plus la peine de revenir.
Ce sont toujours les m�decins qui prennent ce genre de d�cision.
Eh bien,
cette fois-ci, la d�cision a �t� prise par la femme du patient.
Vous ne devriez pas �tre infirmi�re.
Vous avez un regard glacial.
Je crois que vous aimez voir les gens souffrir.
Je sais pourquoi vous n'aimez pas mon regard.
Parce que vous savez qu'il voit clair en vous.
Pourquoi vous me regardez comme �a ?
D�s la premi�re fois que je vous ai vue, quand on m'a envoy�e ici,
j'ai su que vous �tiez enceinte.
Et quand j'ai vu votre mari, j'ai su qu'il n'�tait pas le p�re.
Merci.
Merci de me confirmer ce que j'esp�rais tellement.
Pourquoi ne pas demander au clown et � son orgue de le dire � tout le monde ?
C'est vrai ce qu'elle a dit ?
Aussi vrai que la parole de Dieu.
Tu aurais d� me le dire.
Quand une femme est rest�e sans enfant aussi longtemps que moi,
c'est difficile � croire qu'elle puisse encore �tre enceinte.
Oh, Val.
Tu sais,
on avait un petit figuier
entre la maison et le verger.
Il n'avait jamais port� de fruits. On disait qu'il �tait st�rile.
Mais un matin, au printemps, j'ai vu une petite figue verte dans l'arbre.
C'�tait si merveilleux que ce petit figuier puisse faire des fruits
que �a m�ritait une f�te.
J'ai couru au placard des d�corations de no�l et j'ai tout sorti.
Les cloches et les oiseaux de verre, les gla�ons et les guirlandes.
Et je les ai accroch�s dans le petit figuier,
parce qu'il avait gagn� la bataille,
il allait faire des fruits.
Oh, Val, ouvre la bo�te des d�corations de no�l
et d�core-moi.
Les cloches et les oiseaux de verre, les gla�ons
et les guirlandes. Mets-les sur moi, Val !
Je f�te...
ma renaissance.
Lady.
Le vendeur braque le magasin ! Il a mis le feu !
� l'aide ! Le vendeur braque le magasin !
- Ne reste pas l�. - Non !
Sauve-toi !
Jabe ! Jabe, non !
Non, Jabe !
Peau de serpent !
N'y va pas ! Je t'en prie, n'y va pas !
Envoyez la sauce !
Val.
Lady.
Qu'est-ce que tu as trouv� ?
Je te donne une bague en or en �change.
Les animaux sauvages laissent toujours leur peau derri�re eux.
Ils laissent une peau et des dents propres, et des os blancs.
Ce sont des souvenirs qu'on se transmet.
Pour que la race des fugitifs puisse suivre sa voie.
FIN
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