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Arriv� au terme de ma vie de pauvre p�cheur...
d�sormais chenu...
je m'appr�te � laisser sur ce parchemin, t�moignage...
des faits admirables et terribles auxquels j'ai assist� dans ma jeunesse...
vers la fin de l'an de gr�ce 1327.
Que Dieu m'accorde la sagesse et la gr�ce...
d'�tre le t�moin transparent des �v�nements qui survinrent...
dans une abbaye isol�e, au plus sombre du nord de l'Italie.
Une abbaye dont m�me aujourd'hui, il semble...
pieux et charitable de taire le nom.
LE NOM DE LA ROSE
Puisse ma main ne pas trembler alors que je revis le pass�...
et que je ravive ce qui oppressait mon c�ur...
quand nous franch�mes les murailles.
Devons-nous le lui dire ?
Non.
Il cherchera dans de mauvaises voies.
Mais...
s'il venait � l'apprendre... par lui-m�me ?
Vous le surestimez... Messer l'Abb�.
Une seule autorit� est � m�me d'enqu�ter sur ce genre d'affaires :
la Sainte Inquisition.
Quelle est votre opinion, V�n�rable Jorge ?
Chers fr�res...
je laisse les choses de ce monde � de plus jeunes hommes.
Adso ?
- Oui, Ma�tre ? - Pour dominer la nature...
apprenons d'abord � lui ob�ir.
Regagne l'esplanade, contourne l'�difice par la gauche...
entre dans la cour de droite. Tu trouveras le lieu dont tu as besoin.
Derri�re la troisi�me arcade.
Mais vous disiez n'�tre jamais venu ici !
En arrivant, j'ai vu un fr�re qui s'y rendait en toute h�te.
J'ai remarqu� qu'il en est ressorti plus lentement...
l'air apais�.
Merci, Ma�tre.
Au nom des B�n�dictins, je suis tr�s honor� de vous accueillir...
vous et vos fr�res franciscains, dans notre abbaye.
Les autres d�l�gu�s sont-ils arriv�s ?
Ubertin de Casale, depuis quelques semaines.
Les autres seront l� demain.
Ce long voyage a d� vous �puiser ?
Non...
pas particuli�rement.
Vous... n'avez besoin de rien ?
Non, merci.
Alors...
alors, que la paix soit avec vous.
Je suis d�sol� de voir que l'un de vos fr�res a �t� rappel� � Dieu.
Oui, une perte tragique.
Fr�re Adelme �tait l'un de nos meilleurs enlumineurs.
- Adelme d'Otrante ? - Vous le connaissiez ?
Non, mais je connaissais et j'admirais son �uvre.
Son humour et ses images de com�die...
frisaient la mise � l'index.
- Mais il �tait tout jeune ? - Oui...
oui, tr�s jeune.
- Un accident, sans doute ? - Oui...
oui, comme vous dites, un accident.
Enfin, c'est-�-dire...
Fr�re Guillaume...
puis-je vous parler franchement ?
Vous m'en semblez tr�s d�sireux.
Quand j'ai appris votre venue � l'abbaye...
j'y ai vu une r�ponse � mes pri�res.
Voici, me suis-je dit, un homme qui conna�t les d�tours de l'�me humaine...
comme les trames du Malin.
La mort de Fr�re Adelme a caus� un profond...
malaise dans les esprits de ma communaut�.
Mon novice, Adso...
le plus jeune fils du Baron de Melk.
Je vous en prie, poursuivez.
Nous avons trouv� le corps apr�s une temp�te de gr�le...
atrocement mutil�, �cras� sur un rocher, au pied de la tour...
sous une fen�tre qui �tait...
comment dire ?
- Qui �tait... - Qui �tait ferm�e.
- On vous l'a dit ? - Ouverte...
vous n'auriez pas parl� de malaise spirituel mais d'un accident.
Fr�re Guillaume...
on ne peut pas ouvrir cette fen�tre...
la vitre n'en �tait pas bris�e...
et on ne peut pas non plus acc�der au toit.
Je vois.
Et en l'absence d'explication naturelle...
l'abbaye soup�onne la pr�sence du surnaturel.
C'est pourquoi j'ai besoin du conseil...
d'un homme habile comme vous l'�tes...
habile � d�masquer...
et assez prudent, le cas �ch�ant...
pour... masquer...
avant l'arriv�e de la D�l�gation papale.
Je ne m'occupe plus de telles affaires.
Je r�pugne infiniment � faire peser sur vous mon dilemme...
mais � moins que je n'arrive � calmer mes moines...
je n'ai pas d'autre choix que d'en appeler � l'Inquisition.
Adso !
L�-bas, c'est Ubertin de Casale...
l'un des grands guides spirituels de notre Ordre.
Viens.
Beaucoup le r�v�rent tel un saint...
mais d'autres l'auraient br�l� tel un h�r�tique.
Son livre sur la pauvret� du clerg� n'est pas la bible, au Palais du Pape...
aussi vit-il en proscrit.
Camarades franciscains...
quittez... ces lieux... sur le champ !
Le Diable r�de dans l'abbaye !
Ubertin...
C'est Guillaume...
Guillaume de Baskerville.
Guillaume ?
Guillaume... est mort !
Guillaume, mon fils !
Pardonne-moi...
mais nous t'avions perdu de vue depuis si longtemps !
J'ai tout fait pour me faire oublier.
D�s que nous avons su tes ennuis...
j'ai demand� � notre Vierge un miracle.
Tes pri�res ont donc �t� exauc�es.
Mon jeune novice, Adso de Melk.
Son p�re m'a confi� son �ducation et sa tutelle.
�loigne-le d'ici sur-le-champ !
Ne vous a-t-on pas dit que le Diable d�fenestre les beaux jeunes gens ?
Il y avait quelque chose...
de f�minin...
donc quelque chose... de diabolique...
chez ce jeune fr�re qui est mort.
Il avait les yeux d'une fille...
qui cherche commerce avec le Diable.
M�fie-toi de ce lieu.
La B�te est toujours parmi nous.
Je la sens... en cet instant, ici-m�me...
au sein de ces murs !
J'ai peur, Guillaume...
pour toi, pour moi...
pour l'issue de cette rencontre.
Oh, mon fils...
dans quelle �poque vivons-nous !
Mais... n'effrayons pas...
notre jeune ami.
Elle est belle, n'est-ce pas ?
Lorsqu'une femelle...
par nature si perverse...
devient sublime de par sa saintet�...
elle peut alors �tre le plus noble v�hicule de la gr�ce.
Tr�s beaux sont les seins
l�g�rement pro�minents.
- Je n'aime pas cet endroit. - Vraiment ?
Je le trouve tr�s stimulant. Viens.
Adso, ne nous laissons pas influencer...
par ces folles rumeurs d'Ant�christ.
Faisons plut�t travailler nos m�ninges...
et t�chons de r�soudre cette passionnante �nigme.
Car ce que tu nous donnes sur terre...
te sera rendu au centuple au paradis.
Mon Ma�tre se fiait � Aristote, aux philosophes grecs...
et � son propre et tr�s remarquable sens de la logique.
H�las, mes craintes n'�taient pas purs fantasmes de mon imagination juv�nile.
Sombre fin pour un si brillant enlumineur.
Encore un don d�sint�ress� de l'�glise � ses pauvres.
Dis-moi, et s'il n'�tait pas tomb� de cette tour-ci...
mais de l�-bas et qu'ensuite, son corps ait roul� jusqu'ici ?
Adso ?
Plus besoin du Diable, alors.
Oui... encore du sang.
C'est d'ici qu'il est tomb�. Il a saut� !
Tu m'�coutes ?
Oui... il a saut�.
Saut� ? Vous voulez dire qu'il s'est suicid� ?
Oui ! Sinon, pourquoi grimper l�-haut de nuit, en pleine temp�te de gr�le ?
- Certes pas pour admirer le paysage ! - Non... mais peut-�tre...
quelqu'un l'a-t-il assassin� ?
Et se serait �chin� � remonter le corps en haut de la tour ?
Alors qu'il e�t �t� si ais� de l'exp�dier par la trappe aux aum�nes ?
Non, mon cher Adso.
C'est... �l�mentaire.
Suicide ?
Pensez-vous que ce...
soit l� un lieu abandonn� de Dieu ?
En connais-tu un seul o� Dieu se soit jamais senti chez Lui ?
Nous louons le Tout-Puissant...
qu'il n'y ait pas motif de suspecter la pr�sence d'un esprit malin parmi nous...
qu'il soit de ce monde ou d'un autre.
Nous louons notre Seigneur que cette rencontre...
que nous avons l'honneur d'abriter...
puisse d�sormais se d�rouler sans l'ombre d'une crainte.
Et nous louons Dieu de nous envoyer Fr�re Guillaume de Baskerville...
dont l'exp�rience, lors d'une charge pr�c�dente...
bien que par lui cher pay�e...
nous a �t� ici d'un tel secours.
Que la s�r�nit� et la paix...
r�gnent � nouveau dans nos c�urs.
Un moine doit garder le silence...
sauf si on l'interroge.
Un moine ne doit pas rire...
car seul rit...
le cr�tin.
Ma�tre ?
Si je puis... me permettre, de quelle...
charge cher pay�e...
l'Abb� parlait-il ?
N'avez-vous pas toujours �t� moine ?
M�me les moines ont un pass�, Adso.
Maintenant, t�che de dormir.
Mais je...
Oui, Ma�tre.
"� grande sagesse, grande peine...
car � savoir accru, chagrin accru."
Celui-l�, je te l'accorde, ne s'est pas suicid�.
- De l'eau ! - Le traducteur de grec !
C'est ma faute.
Sans mon ardeur � me satisfaire de votre explication...
cette seconde trag�die �tait �vitable.
Messer l'Abb�, je reste certain que Fr�re Adelme s'est donn� la mort.
- Quant � savoir... - La gr�le.
Quant � savoir si cette mort-ci est li�e � l'autre...
... apr�s la gr�le.
� la deuxi�me trompette...
la mer... devint sang...
et voyez...
le sang est l� !
- La proph�tie de l'Apocalypse ! - � la troisi�me trompette.
Une �toile incandescente...
tombera dans des cascades d'eau.
Ne dilapidez pas les sept derniers jours !
Tige de bistorte r�p�e, pour les diarrh�es.
Quant aux oignons...
administr�s en faible quantit�, chauds et humides...
ils prolongent l'�rection...
de ceux qui n'ont pas prononc� nos v�ux, bien s�r.
Avez-vous, dans de nombreux cas...
recours � l'arsenic, Fr�re Severin ?
Oui, certes. C'est un puissant rem�de des d�sordres nerveux...
m�lang�, et � faibles doses.
Et en doses... moins faibles ?
La mort.
Quelle fonction occupait cet homme ?
C'�tait notre meilleur traducteur de grec.
Il se consacrait aux �uvres d'Aristote.
�tait-il un ami du bel Adelme ?
Oui. Ils travaillaient ensemble au scriptorium.
Mais en toute fraternit�, vous comprenez, pas comme...
C'est que la chair peut �tre tent�e selon l'ordre de la nature...
ou � l'envers de la nature.
Ils n'�taient pas de cette tendance...
si vous me suivez.
Penitenziagite.
Tu as dit penitenziagite !
Ma�tre...
quelle langue parlait-il ?
Toutes... et aucune.
Et... quel �tait ce mot que vous r�p�tiez tous deux ?
Penitenziagite.
- Que signifie-t-il ? - Que le bossu a sans nul doute...
�t� un h�r�tique, autrefois.
Penitenziagite �tait le cri de ralliement des Dolciniens.
Dolciniens... qui �taient-ils, Ma�tre ?
Ceux qui croyaient en la pauvret� du Christ.
Comme nous, Franciscains.
Sauf qu'ils voulaient tout le monde pauvre.
Donc, ils massacr�rent les riches.
Tu vois, Adso...
il n'y a qu'un pas entre vision extatique et fr�n�sie de p�ch�...
et il est vite franchi.
Dans ce cas, n'est-ce pas lui qui aurait pu tuer le traducteur ?
Non... gras �v�ques et pr�tres fortun�s...
�taient plus du go�t des Dolciniens.
Rarement les sp�cialistes d'Aristote.
Mais tu as raison, restons vigilants.
Quelle aubaine, cette couche de neige !
C'est le parchemin o� le criminel, malgr� lui, imprime son autographe.
Que lis-tu dans ces traces de pas ?
Qu'elles sont...
- deux fois plus profondes que les autres. - Bien, Adso.
Donc, nous en concluons ?
- Qu'il �tait tr�s pesant. - Fort juste !
Et pourquoi tr�s pesant ?
Parce que...
- il �tait tr�s gros ? - Ou parce qu'il �tait charg�...
du poids d'un autre homme.
Gardons bien l'image de cette semelle...
en m�moire.
Mais les traces s'�loignent de la jarre...
dans cette direction.
Navet blafard ! L'id�e ne te vient-elle pas...
qu'il pouvait marcher � reculons, en tra�nant le corps ?
D'o� les sillons laiss�s par les talons.
O� l'�rudit traducteur...
a-t-il rencontr� son anonyme meurtrier ?
Ah, Fr�re Biblioth�caire...
peut-�tre pourrions-nous examiner le travail des deux infortun�s...
si douloureusement rappel�s � Dieu ?
Requ�te inhabituelle.
Autant que les circonstances de leur mort.
Fr�re Adelme s'asseyait l�.
Merci.
Yeux-de-verre-en-double-cerceau !
Un �ne enseignant les �critures aux �v�ques.
Le Pape en renard...
et l'Abb� en singe.
Quel don d'irr�v�rence...
pour les images de com�die !
Un moine ne doit pas rire car seul rit le cr�tin.
J'esp�re que mes paroles ne vous ont pas offens�...
mais j'ai entendu rire � des choses risibles.
Certes, chez vous, Franciscains, la gaiet�...
- est regard�e avec indulgence. - C'est vrai.
St Fran�ois �tait souvent dispos� � rire.
Le rire est un souffle diabolique...
qui alt�re les traits...
et fait ressembler l'homme au singe.
Le singe ne rit pas.
Le rire est... le propre de l'homme.
Comme le p�ch�.
- Le Christ n'a jamais ri. - Est-ce une certitude ?
Rien dans les �critures n'�tablit qu'il ait ri.
Rien n'�tablit qu'il n'ait pas ri.
M�me les saints usaient de la com�die...
pour ridiculiser les ennemis de la Foi.
Quand les pa�ens plong�rent St Maur dans l'eau bouillante...
il se plaignit qu'elle f�t froide.
Le Sultan y plongea la main, et s'�bouillanta.
Un saint immerg� dans l'eau bouillante n'a pas ces pu�rilit�s.
Il r�prime ses cris et souffre pour la V�rit� !
Dans le tome Il de la Po�tique, Aristote dit que...
la com�die est instrument de v�rit�.
- Vous avez lu ce livre ? - Non.
- C'est une �uvre perdue. - Non, pas perdue ! Jamais �crite !
Car la Providence refuse de glorifier des futilit�s.
- Je conteste. - Assez !
L'abbaye est bris�e de douleur.
Et vous voulez nous d�tourner de notre peine par ce persiflage !
Pardonnez-moi. V�n�rable Jorge, c'�tait tout � fait d�plac�.
- Quelle �tait l'�critoire du traducteur ? - Celle-ci.
Viens, Adso.
Qu'as-tu d�duit de cette visite ?
Que l'on n'est pas ici pour rire.
As-tu not� comme il y a peu de livres dans le scriptorium ?
Tous ces scribes, copistes, traducteurs, chercheurs, penseurs...
O� est donc la multitude de livres dont ils ont besoin...
et qui fait le renom de l'abbaye ? O� sont les livres ?
- Me mettez-vous � l'�preuve ? - Que veux-tu dire ?
En toute r�v�rence...
chaque fois que vous m'interrogez, c'est que vous avez d�j� la r�ponse.
Savez-vous o� sont les livres ?
Mais sur ma foi, je gage que cette tour ne contient pas que de l'air !
Avez-vous not� la petite porte que le biblioth�caire a referm�e ?
M�nerait-elle � la biblioth�que ?
Ma�tre ! Vite ! Je le tiens ! Sale h�r�tique !
- Arr�te ! Assez ! - Il voulait nous tuer !
Salvatore !
Je vous en prie, ne parlez pas de son pass� � Messer l'Abb�.
Il n'est pour rien dans les morts survenues ici. Je le jure !
Fr�re Remigio, il vous en co�tera quelques informations.
Je ne per�us ni pourquoi mon ma�tre �carta si vite...
mes soup�ons quant au bossu h�r�tique...
ni pourquoi il �tait si urgent de visiter la tour.
Je crus qu'il �tait trop tent�...
d'entrer dans la biblioth�que et d'approcher les livres.
Pas de serrure. Je m'en doutais. Verrouill�e de l'int�rieur.
Alors, comment entrer ?
D'�vidence, il y a un autre acc�s.
Voyons ce que ce biblioth�caire � face de lune...
voulait nous cacher, tu veux ?
Minuscules lettres grecques, peut-�tre des pattes de fourmi.
"Sers-toi du vulgaire...
prends plaisir � ses tares."
Mais oui...
�crit au jus de citron.
Sagittaire...
Soleil...
Mercure...
Scorpion...
c'est un code zodiacal, des directives, mais pour aller o� ?
Qui est l� ?
- Mes verres grossissants ! - Pos�s sur le livre !
Toi, par l� !
Montre-toi, petite diablesse !
Je sais que tu es l�. Je te sens.
Qu'est-ce que tu as ? Tu as peur de moi ?
Je te trouverai bien, salope !
Qui �tait-elle ?
Qui �tait cette cr�ature de la nuit, n�e comme l'aube...
ensorcelante comme la lune, radieuse comme le soleil...
redoutable comme une arm�e pr�te au combat ?
Bonsoir, Salvatore.
C'est ici que tu les attrapes ?
Ici, ils sont plus gras.
Tu...
les manges ?
Tu en veux ?
Merci, non, non.
Sauf � Car�me : je suis un bon chr�tien !
Si tu es un bon chr�tien, alors dis-moi :
Adelme a donc donn� le parchemin � B�renger ?
Non, non.
Au traduc... tracteur.
Traducteur ? Venantius, le moine noir ?
- Et alors ? - Alors...
Ma�tre... venez... vite ! J'en ai trouv� un autre.
As-tu perdu la raison, mon gar�on ? Connais-tu quelqu'un...
dont la poitrine logerait un c�ur aussi gros ?
C'est un c�ur de b�uf.
Un des moines a d� l'offrir � la paysanne...
en �change de ses faveurs.
Paysanne ?
Celle que j'ai vue se faufiler hors d'ici.
- Ce devait �tre un moine bien laid. - Pourquoi laid ?
S'il avait �t� jeune et beau...
elle se serait � coup s�r donn�e � lui pour rien.
En tout cas, ce qui s'est pass� dans cette cuisine malodorante...
n'a aucun rapport avec notre enqu�te.
Le bossu m'a convaincu que l'aide biblioth�caire...
est la cl� de toute l'�nigme. Qu'as-tu dit ?
- Rien... Ma�tre. - Bien.
Ma�tre ?
Je dois vous dire quelque chose.
Je sais.
Voulez-vous entendre ma confession ?
Je pr�f�rerais que tu me parles d'abord comme � un ami.
Ma�tre...
avez-vous...
jamais �t�...
amoureux ?
Amoureux ? Tr�s souvent !
- C'est vrai ? - Bien s�r...
Aristote, Ovide, Virgile...
Non, non, je voulais dire d'une...
Ne confondrais-tu pas amour et d�sir ?
Vous croyez ?
Je ne sais pas.
Je ne veux que son bien.
Je veux la rendre heureuse.
Je veux la sauver de la mis�re.
- Mon Dieu. - Pourquoi "Mon Dieu" ?
Tu es amoureux.
C'est mal ?
Pour un moine, cela pose quelques probl�mes.
Saint Thomas ne place-t-il pas l'amour au-dessus de toute vertu ?
L'amour de Dieu, Adso... L'amour de Dieu !
Et l'amour de... la femme ?
De la femme ? Thomas d'Aquin n'en �tait pas vraiment sp�cialiste...
mais les �critures sont tr�s claires.
Les Proverbes nous avertissent :
"La femme s'empare de la pr�cieuse �me de l'homme"...
tandis que l'Eccl�siaste nous dit : "Plus am�re que la mort est la femme."
Oui, mais...
- vous, qu'en pensez-vous, Ma�tre ? - Eh bien...
je n'ai certes pas ton exp�rience.
Mais... j'ai du mal � me convaincre...
que Dieu aurait mis une cr�ature aussi infecte dans Sa cr�ation...
sans la doter de... quelques vertus. Non ?
Que la vie serait paisible sans l'amour !
Tellement s�re...
tellement tranquille...
et tellement triste.
Que c'est beau ! Seigneur, Tu nous as guid�s...
vers ce refuge de paix spirituelle...
car Tu aspires � la r�conciliation autant que nous, Franciscains.
- Allons-y, mes Fr�res. - Ta volont� sera faite, Seigneur !
Fr�re B�renger ?
Il se cache sans doute quelque part...
avec le livre et mes verres grossissants.
Fr�re B�renger ?
Ma�tre, regardez... la porte.
Ah ! Fr�re Malachie ! Je cherchais votre assistant, Fr�re B�renger.
Est-il l� ?
Ah bon.
Savez-vous o� nous pourrions le trouver ?
Peut-�tre est-il en haut, dans la biblioth�que ?
Je serais curieux de voir la biblioth�que.
Puis-je ?
Pourquoi ?
Une r�gle stricte de l'abbaye interdit � qui que ce soit...
d'y entrer, moi mis � part et mon assistant.
Je vois.
Merci encore.
Peut-�tre lui est-il arriv� quelque chose.
Peut-�tre le retrouverons-nous dans l'eau.
Quoi ?
La troisi�me trompette, comme disait Ubertin...
Le Livre des R�v�lations.
Ce n'est pas le livre que nous cherchons.
�a, un poulet ? Plut�t un moineau, oui !
Bienvenue, Fr�re Michel et d�l�gu�s franciscains.
Eh, toi, paysan ! Fais la queue comme tout le monde.
Salvatore, laisse-le !
Cuthbert de Winchester, un de nos illustres h�tes franciscains !
Venez, Votre Gr�ce. Je dois vous parler d'une affaire urgente.
Mais l'Abb� semble convaincu...
que le Malin �uvre dans ces murs.
C'est lui !
Le seul signe de la pr�sence du Diable...
c'est l'insistance de chacun � vouloir le voir � l'�uvre.
Et si Ubertin a raison, et toi tort ?
Cette rencontre est capitale pour nous tous !
Le Pape veut �craser notre Ordre.
Et nous d�clarer tous h�r�tiques !
Je n'ai qu'� interroger un seul fr�re et tout sera r�gl� !
Guillaume, nous pla�ons notre confiance en toi.
De gr�ce, n'en abuse pas.
Fr�re Guillaume...
Avez-vous trouv� un livre en grec ?
J'avais raison.
Le Livre des R�v�lations aussi.
- Nous avons � parler imm�diatement ! - Ah, certes !
Et j'aurai beaucoup � dire...
d�s que lui et moi aurons examin� le corps.
Un bain de tilleul soulage la douleur.
- Il �tait gaucher ? - Oui.
Il �tait invers� dans bien des domaines.
Y a-t-il d'autres fr�res gauchers dans l'abbaye ?
Pas que je sache.
Taches d'encre.
Il n'�crivait pas avec sa langue, je pr�sume ?
- Quelques lignes de grec ? - Oui.
�crites par Venantius.
Des citations du livre qu'il lisait juste avant de mourir.
Voyez comme la calligraphie change.
� partir de l�, l'agonie le travaillait.
Et que concluez-vous de cela ?
Une trace de peinture bleue.
Oui, mais une trace d'un bleu unique...
qui faisait le renom de votre meilleur enlumineur, Adelme...
possesseur de ce parchemin avant Venantius.
Comment le sait-on ? Parce que ces citations...
recouvrent la trace bleue d'Adelme, et non l'inverse.
Fr�re Guillaume, un myst�re terrifiant ensanglante cette abbaye.
Cependant, je ne d�c�le rien dans votre obscur r�cit...
qui y apporte quelque lumi�re.
Adso, lumi�re !
Quelqu'un a pris grand soin de cacher un secret de grande ampleur.
La calligraphie est sans conteste celle d'un gaucher...
et le seul gaucher de votre communaut� est...
ou plut�t �tait, B�renger, l'aide biblioth�caire.
De quel genre de secret savoir aurait-il pu avoir le privil�ge ?
J'ai l'impression que vous allez me le dire.
Un secret concernant des livres. Interdits.
Dangereux pour l'esprit.
Tous ici connaissaient la passion de B�renger pour les beaux jeunes gens.
Quand le bel Adelme voulut lire un de ces livres interdits...
B�renger offrit � Adelme la "cl�" pour le trouver...
chiffr�e sur ce parchemin...
- en �change de caresses contre nature. - Assez !
Adelme accepta, et se pr�ta � l'ignoble march�.
Puis, rong� par le remords, il erra...
au d�sespoir dans le cimeti�re, o� il rencontra le traducteur de grec.
- Qu'en savez-vous ? - Il y eut un t�moin :
le bossu...
qui vit Adelme donner le parchemin � Venantius...
puis, courir � la petite tour et se jeter par la fen�tre.
Lors de mon arriv�e, alors que B�renger punissait sa chair...
Venantius, � l'aide des instructions cod�es du parchemin...
d�couvre la biblioth�que interdite et trouve LE livre.
Il le rapporte au scriptorium et commence � le lire.
Il griffonne ces myst�rieuses citations...
et meurt, une tache noire au doigt.
L'aide biblioth�caire d�couvre le corps...
le tra�ne jusqu'� la porcherie pour �carter de lui tout soup�on.
Mais il laisse son autographe.
Le livre reste en place.
B�renger, hier soir, retourne le lire.
Peu apr�s, pris d'atroces douleurs...
il tente de les apaiser par un bain de tilleul et se noie.
Lui aussi, avait le doigt noirci.
Tous trois sont morts pour un livre qui tue.
Ou pour lequel on tue.
Aussi, je vous conjure de m'autoriser l'acc�s � la biblioth�que.
Fr�re Guillaume...
votre orgueil vous aveugle !
En idol�trant la raison...
vous ne voyez pas ce qui est clair pour tous dans cette abbaye.
Merci, Fr�re Guillaume.
Nous sommes reconnaissants de vos efforts...
mais d�sormais, je vous demanderai...
de ne pas pousser plus avant vos investigations.
Par bonheur, quelqu'un doit arriver avec la D�l�gation papale...
rompu aux trames du Malin.
Un homme que, me semble-t-il, vous ne connaissez que trop bien.
Bernardo Gui...
de l'Inquisition.
Ma�tre...
qui est Bernardo Gui ?
Guillaume ! Je t'ai cherch� dans toute l'abbaye.
Michel veut te parler sur le champ.
Seul.
- Sais-tu qui vient ? - Je sais, Bernardo Gui.
Il faut mettre Ubertin � l'abri.
Les dispositions ont �t� prises. C'est toi qui nous inqui�tes.
Abandonne ces investigations ridicules.
- Et ces conclusions erron�es. - C'est la v�rit�, et j'ai raison !
Guillaume a raison ! Il a toujours raison !
Peu importent les cons�quences pour lui ou pour les autres...
Guillaume de Baskerville doit toujours prouver qu'il a raison.
N'est-ce pas ta vanit�, ton stupide orgueil intellectuel...
qui t'ont d�j� mis en p�ril avec Bernardo ?
Ne tente pas deux fois le destin.
M�me l'empereur ne te sauvera plus si tu entres en conflit avec Bernardo !
Ma chair avait oubli� le plaisir coupable que notre union m'avait donn�...
mais mon �me ne pouvait l'oublier.
Et maintenant...
maintenant que je la voyais dans sa mis�re sordide...
je rendais gr�ce � Dieu d'�tre franciscain.
Je voulais qu'elle sache que je n'appartenais pas...
� cette abbaye rapace...
mais � un ordre vou� � les tirer de leur d�tresse mat�rielle...
et de leur indigence spirituelle.
Adieu, Guillaume !
Tu es fou... et arrogant...
mais je t'aime et je ne cesserai jamais de prier pour toi.
Au revoir, cher enfant.
Ne prends pas trop mauvais exemple sur ton ma�tre.
Il raisonne trop...
et croit toujours ce que lui dicte sa t�te...
au lieu de faire confiance aux ressources...
proph�tiques de son c�ur !
Apprends � mortifier ton intelligence...
Pleure sur les blessures de notre Seigneur...
et jette donc ces livres !
Il y a chez Ubertin un c�t� que j'envie.
N'oubliez pas ! Craignez la cinqui�me trompette, mes amis !
La prochaine mal�diction tombera du ciel...
puis viendront des myriades de scorpions !
C'est �a, nous n'oublierons pas !
Laquelle t'effraie le plus ?
- Toutes m'effraient. - Regarde mieux.
- Celle-ci. - Exactement mon choix.
Apr�s toi.
Voil� les fondations de la tour...
mais pour rejoindre la biblioth�que...
Les rats plus encore que les savants raffolent du parchemin.
Suivons-le.
166... porte verrouill�e. 167... 168...
Je le savais !
Je le savais !
Tu imagines ?
Nous sommes dans une des plus grandes biblioth�ques de toute la Chr�tient� !
Comment trouver le livre ?
Chaque chose en son temps.
Le Beatus de Liebana !
Ceci, Adso, est un chef-d'�uvre !
Et �a, la version comment�e par Humbertus de Bologne !
Combien d'autres salles ? Combien d'autres livres ?
Personne ne devrait se voir interdire ces livres.
Peut-�tre les trouve-t-on trop pr�cieux, trop fragiles ?
Non, ce n'est pas cela, Adso.
Ils contiennent souvent une sagesse diff�rente de la n�tre...
des id�es qui nous feraient douter...
de l'infaillibilit� de la Parole de Dieu.
Ma�tre ?
Et le doute, Adso, est l'ennemi de la Foi.
Attendez-moi.
Mais je t'attends.
Je vous entends marcher.
Je ne marche pas, je suis l�, en bas.
Mais c'est vous, l�-haut ?
O� es-tu, petit ?
Je suis perdu.
Eh bien, Adso...
il semblerait que nous soyons dans un labyrinthe.
Tu es toujours l� ?
Oui...
comment allons-nous sortir ?
Avec quelque difficult�.
Ou pas du tout.
Vois-tu, Adso, c'est tout le charme d'un labyrinthe.
Garde ton calme.
Ouvre un livre et lis � haute voix.
Quitte la pi�ce o� tu es et tourne toujours � gauche.
"L'amour n'est pas maladie...
mais le devient quand il est obsession.
Pour le musulman Ibn Hazm...
le malade d'amour refuse d'�tre gu�ri...
et la songerie amoureuse provoque l'essoufflement et acc�l�re le pouls.
Sa m�lancolie devient lycanthropie...
ou transformation en loup.
L'apparence de l'amoureux commence... � changer.
Bient�t sa vue baisse, ses l�vres se racornissent...
son visage se couvre de pustules et de bubons...
de marques de morsures au visage.
Il finit ses jours en r�dant dans les cimeti�res...
la nuit...
comme un loup."
Je vois une lanterne !
Ne bouge pas. Reste o� tu es.
Je vois un homme ! Il s'est arr�t�.
Que fait-il ?
Il l�ve sa lanterne.
Combien de fois ?
Trois fois.
C'est moi. L�ve ta lanterne.
L� !
Imb�cile !
Ce n'est qu'un miroir !
- Les livres ! Sauve les livres ! - C'est vous que j'essaie de sauver !
Une trappe, un miroir. On touche au but.
Si j'ai bien d�chiffr� les instructions du traducteur de grec...
Tu ne m'as pas cru assez b�te...
pour donner le parchemin � l'Abb� sans en faire une copie.
"Manus supra idolum, age primum et septimus de quatuor", c'est... ?
"Une main au-dessus de l'idole...
appuyer sur la premi�re et la septi�me des quatre."
Tr�s bien.
Quelle idole ?
Cela, nous sommes l� pour le d�couvrir.
La 1�re et la 7�me des quatre quoi ?
Si j'avais r�ponse � tout, j'enseignerais la th�ologie � Paris.
Encore !
Tu entends ?
Ce sont mes dents, Ma�tre.
Mes... dents.
N'aie pas peur.
Je n'ai pas peur, j'ai froid.
Nous reviendrons.
Ne partez pas � cause de moi.
Non, je dois l'avouer : cela m'�chappe... pour le moment.
Bon, voyons...
Pour sortir d'un labyrinthe...
Si on arrive � une fourche, la marquer d'une fl�che et... non...
Je t'en prie, je r�fl�chis.
S'il y a des fl�ches aux fourches, alors...
Bravo, mon gar�on !
Tes �tudes classiques nous sont bien utiles !
Merci.
Messer Bernardo, regardez !
Fouillez-la !
Messer l'Abb�, vous m'avez invit� pour enqu�ter sur la pr�sence...
du Malin dans votre abbaye...
et je l'ai d�j� trouv�.
Combien de fois ai-je vu ces objets pestif�r�s du culte satanique !
Le coq noir et le chat noir !
C'est la faim qui la poussait, pas le Diable !
Or, m�me Guillaume de Baskerville doit se rappeler le proc�s qu'il pr�sida...
o� une femme avoua avoir copul� avec un d�mon...
incarn� en chat noir !
Certes, vous n'avez nul besoin de rappeler mes exp�riences pass�es...
pour formuler vos propres conclusions.
Non. Surtout pas devant des preuves aussi irr�futables :
une sorci�re, un moine s�duit, des rites sataniques.
Demain...
nous tenterons de voir si ces faits sont li�s...
au myst�re, plus grave encore, qui ensanglante votre abbaye.
Enfermez-les pour que nous dormions tous en paix cette nuit !
Vous... vous n'avez rien dit !
Je n'ai rien dit...
parce qu'il n'y avait rien � dire.
Vous la dites pourtant bien, la v�rit�...
quand il s'agit de livres, d'id�es.
Elle sera br�l�e vive, Adso.
Bernardo Gui a parl�. C'est une sorci�re.
Ce n'est pas vrai, vous le savez bien.
Je le sais.
Je sais aussi que celui qui conteste le verdict d'un Inquisiteur...
est coupable d'h�r�sie.
Vous semblez en savoir long � ce sujet.
Ne m'en parlerez-vous pas...
comme � un ami ?
Il y a peu � en dire.
Moi aussi, j'ai �t� Inquisiteur...
mais tout au d�but, quand l'Inquisition tentait de guider...
non de punir.
Un jour, j'ai pr�sid� le proc�s d'un homme...
dont le crime �tait d'avoir traduit un livre grec...
qui contredisait les �critures.
Bernardo Gui voulait le condamner en tant qu'h�r�tique.
Je l'ai acquitt�.
Alors, Bernardo Gui m'a, � mon tour, accus� d'h�r�sie pour l'avoir d�fendu.
J'en ai appel� au Pape.
J'ai �t� mis en prison...
tortur�...
Et je me suis r�tract�.
Puis ?
L'homme a �t� br�l� vif.
Je suis toujours en vie.
Fr�re Salvatore...
ces tourments me feront autant souffrir que vous.
Mais vous pouvez y mettre un terme d�s maintenant.
Ouvrez grand votre c�ur. Cherchez au fond de votre �me !
Cherchez !
Je cherche...
Alors, dites-moi...
qui, parmi vos fr�res...
est l'h�r�tique responsable de ces crimes ?
Moi stupide... rien savoir.
Restai-je �veill� cette nuit-l�, � souffrir pour cette fille...
ou pour moi ? Je ne le savais pas.
Avec l'aube arriv�rent les l�gats du Pape...
nos adversaires dans la future rencontre.
Mais cela m'importait si peu maintenant.
Votre �minence, v�n�rables Fr�res...
Enfin, nous voici r�unis pour cette rencontre tant attendue.
Nous avons tous fait un long voyage pour mettre fin au conflit...
qui a si gravement min� l'unit� de notre Sainte M�re l'�glise.
Les justes et les regards de la Chr�tient�...
sont tourn�s vers ces murs v�n�rables...
avides d'une r�ponse � la d�licate question :
le Christ poss�dait-Il...
oui ou non...
la robe qui le v�tait ?
Chers fr�res de l'Ordre franciscain...
notre Saint-P�re le Pape m'a autoris�, moi et ses fid�les serviteurs...
� parler en son nom.
La question n'est pas de savoir si le Christ �tait pauvre...
mais si l'�glise devrait �tre pauvre.
Vous, Franciscains, vous souhaitez voir le clerg� renoncer � ses biens...
et distribuer ses richesses...
les abbayes disperser leurs tr�sors sacr�s...
livrer leurs arpents fertiles aux serfs...
J'ai trouv� le livre.
Dans l'officine.
Un livre en grec ! Cach� derri�re un de mes bocaux.
N'y touche pas !
Enferme-toi l�-bas.
Je viens d�s que je peux !
... privant l'�glise des moyens n�cessaires...
pour r�pandre la Foi et pour livrer la guerre aux infid�les.
Vous oubliez que m�me le plus grand monument � Notre-Seigneur...
n'est qu'un p�le reflet de Sa majest� et de Sa gloire infinies.
Au lieu de d�pouiller l'�glise de ses signes ext�rieurs...
Ton ami Salvatore a confess� son pass� d'h�r�tique et le tien !
Tu n'as que peu de temps pour �chapper au b�cher !
Merci, Fr�re.
Viens avec nous !
Le bordel du Pape serait le palais de Dieu sur terre ?
R�pondez !
Ces crimes sont le signe que Dieu refuse la r�conciliation !
L'�vangile est cat�gorique : le Christ avait une escarcelle.
Mensonge !
Pourquoi a-t-Il ordonn� � Ses disciples � sept reprises :
- "N'ayez ni or, ni bourse, ni souliers." - Fr�res, de gr�ce !
De gr�ce, mes Fr�res !
Un �v�nement fort grave vient de se produire.
L�chez-moi ! Je jure que ce n'est pas moi qui l'ai tu� !
J'�tais dans le grenier.
Je n'ai jamais tu� personne !
Alors, expliquez-nous votre fuite.
Je ne l'ai pas tu�.
Un soup�on m'avait fait ordonner ton arrestation.
J'avais donc vu juste.
Si un regard n'avait pas choisi de s'�garer...
plusieurs hommes de Dieu seraient encore parmi nous.
"Sers-toi du vulgaire...
prends plaisir � ses tares."
Je t'en prie... J'essaie de penser !
Moi aussi, Ma�tre, moi aussi !
Dans ce cas, utilise ta t�te et non ton c�ur...
et nous progresserons peut-�tre !
Les livres vous importent-ils plus que les gens ?
Ai-je dit cela ?
Vous semblez si indiff�rent aux autres.
Ne pourriez-vous pas montrer un peu de piti� ?
C'est peut-�tre le style de ma piti�.
Mais la piti� ne la sauvera pas des flammes.
Je rappelle � l'assistance qu'elle doit, en vertu de la Sainte ob�issance...
et sous peine d'excommunication...
aider l'Inquisiteur dans sa dure lutte contre l'h�r�sie.
Pour m'assister � ce tribunal...
et partager le poids du verdict...
je requiers le conseil de deux autres juges :
Messer l'Abb�...
et...
Fr�re Guillaume de Baskerville.
Voulez-vous r�p�ter votre confession d'hier :
� savoir que vous et votre complice Remigio de Varagine...
�tiez h�r�tiques dolciniens ?
Merci.
Pardonnez-moi...
Remigio de Varagine, niez-vous la confession de votre complice ?
Je ne la nie pas...
j'en suis fier !
Pendant les douze ans que j'ai pass�s ici...
je n'ai fait que remplir ma panse...
tremper ma trique...
et extorquer � des paysans affam�s, la d�me !
Mais maintenant, vous m'avez donn� la force...
de me rappeler ce en quoi je croyais autrefois de tout mon c�ur.
Et de cela, je vous remercie.
De vous rappeler qu'all�grement, vous avez pill� et br�l� les biens du clerg� ?
Oui ! Pour les rendre � ceux que, vous, vous avez vol�s en premier lieu !
N'avez-vous pas aussi massacr� �v�ques et pr�tres ?
Si !
Et je vous �gorgerais bien tous si j'en avais la possibilit� !
Sainte Marie, M�re de Dieu, �coutez mon humble pri�re.
Je sais que mon p�ch� a �t� tr�s grand...
mais je vous en supplie :
qu'elle ne soit pas punie par ma faute.
Sainte M�re...
jadis, vous avez fait un miracle en sauvant mon ma�tre.
N'en ferez-vous pas autant pour cette fille ?
Mon ma�tre dit que les humbles paient toujours pour tout...
mais je vous en prie, Sainte M�re, faites qu'il n'en soit pas ainsi !
Coupable, la sorci�re...
qui a s�duit un moine...
et pratiqu� ses rites diaboliques dans ce lieu sacr�.
Coupable, Salvatore...
qui a confess� son pass� h�r�tique...
et a �t� surpris avec la sorci�re.
Coupable... Remigio de Varagine...
qui non seulement ne se repent pas de son h�r�sie...
mais a tent� de fuir, apr�s avoir tu� le fr�re herboriste.
Non ! Mensonge !
Je ne l'ai pas tu� ! Ni lui, ni personne ici !
Ainsi donc, je vous demande...
de confirmer ma sentence, Messer l'Abb�.
Mon c�ur est lourd de peine...
mais je ne vois nulle raison de contester...
la juste sentence de la Sainte Inquisition.
Et vous, Guillaume de Baskerville ?
Oui...
il est coupable.
Coupable d'avoir, dans sa jeunesse...
mal interpr�t� le message des �vangiles.
Et coupable d'avoir confondu...
amour de la pauvret� et destruction aveugle des richesses et des biens.
Mais, Messer l'Abb�, il est innocent des crimes...
qui baignent votre abbaye dans le sang.
Car Fr�re Remigio ne sait pas lire le grec...
et tout ici...
repose sur le vol et la possession d'un livre grec...
cach� en un lieu secret de la biblioth�que.
Le verdict de l'Inquisition �tant contest�...
nous sommes oblig�s d'arracher au prisonnier l'aveu de meurtre.
Menez-le � la forge. Montrez-lui les instruments.
J'avouerai tout...
mais ne me torturez pas !
Pas comme Salvatore !
Fort bien.
Pourquoi les avez-vous tu�s ?
Pourquoi ?
Je ne sais pas... pourquoi.
- Vous �tiez inspir� par le Diable ? - Oui, c'est �a !
J'ai �t� inspir� par le Diable.
Je suis inspir� par le Diable !
Adramelch, Lucifer, j'en appelle � vous, Princes de l'Enfer.
Alastar !
Belz�buth !
Le berger a fait son devoir.
La brebis infecte sera confi�e aux flammes purificatrices.
Vous pouvez br�ler Remigio...
vous n'arr�terez pas les crimes commis dans cette abbaye.
D'autres moines y trouveront la mort...
et ils auront aussi les doigts noirs...
et la langue noire !
Nous sommes aussi constern�s que vous par l'�clat de Fr�re Guillaume.
Une fois de plus, vos th�ses prot�gent l'h�r�sie et m�nent au meurtre.
La rencontre s'arr�te l�.
Il semble que Fr�re Guillaume de Baskerville r�cidive...
dans les erreurs dont il a �t� autrefois purg�.
Comme de nouveau, il a voulu pr�server un h�r�tique...
du juste ch�timent de l'Inquisition...
il m'accompagnera en Avignon pour la confirmation de ma sentence...
par le Pape Jean.
J'ai raison.
Si seulement je pouvais trouver le livre et confondre Bernardo Gui !
Mais l'Ant�christ �tait � nouveau victorieux...
et rien ne semblait pouvoir l'arr�ter.
Quand br�leront les b�chers...
que les flammes purifient chacun de nous au tr�fonds de son c�ur.
Retournons � ce qui �tait et devrait toujours �tre la mission de l'abbaye :
la pr�servation du savoir.
"Pr�servation", dis-je, et non "recherche"...
car il n'existe pas de progr�s dans l'histoire du savoir...
simplement une continuelle et sublime r�capitulation.
Louons le Tout-Puissant...
que l'Ant�christ aux yeux inject�s de sang et aux pieds fourchus...
ait �t� expuls� de notre enceinte sacr�e...
et que notre monast�re ait retrouv� la paix !
Le Livre avait le pouvoir de myriades de scorpions, m'a-t-il dit...
Qui vous l'a dit ? Sa langue est noire !
Son doigt est noir...
comme Fr�re Guillaume l'a annonc� !
C'est Fr�re Malachie.
- Oui, mon P�re. - Dieu du Ciel...
pas Malachie !
N'en finira-t-on jamais ?
Malachie !
Guillaume de Baskerville avait raison.
Il savait !
Comme moi j'aurais su, si j'avais �t� l'assassin.
Trouvez-le-moi !
Comment s'ouvre le miroir ?
En appuyant sur la 1�re et la 7�me lettre du mot Quatre.
- Quatre n'a que six lettres. - En latin :
quatuor. Tu te souviens de l'inscription au-dessus du miroir ?
"Appuyer au-dessus d'une idole."
Pas "idolum" en latin, mais "eidolon", en grec...
ce qui signifie "image" ou "reflet". Notre reflet.
- Par ici, Ma�tre. - Non, par ici, Adso.
L�... Q et R.
Prions Dieu que je ne me trompe pas.
Viens.
Bonsoir, V�n�rable Jorge.
Je t'attendais d�j� depuis quelques jours, Guillaume.
Vous avez d� voler, pour arriver ici avant nous.
Tu as d�couvert bien des choses, depuis ton arriv�e � l'abbaye.
Mais les raccourcis du labyrinthe n'en font pas partie.
Au juste, que veux-tu ?
Je veux voir un livre grec que vous dites n'avoir jamais �t� �crit.
Un livre enti�rement consacr� � la com�die...
que vous ha�ssez autant que vous ha�ssez le rire.
Je veux voir ce qui est sans doute l'unique exemplaire...
du Tome Il de la Po�tique d'Aristote.
Ah, Guillaume, quel merveilleux biblioth�caire tu aurais fait !
Voici ta r�compense bien m�rit�e.
Lis-le.
Feuillette ses secrets.
Tu as gagn�.
"Voyons comment la com�die stimule notre art de jouir du ridicule...
en usant du vulgaire et en prenant plaisir � ses tares."
Continue, Guillaume. Lis...
Je vous en prie... il faut faire vite.
Si la lumi�re est trop faible...
donne-le au petit, lui, il arrivera � lire.
Je ne voudrais pas que mon fid�le �l�ve tourne vos pages empoisonn�es.
Pas sans un gant, comme j'en porte moi-m�me.
Vite, il nous enferme !
Pousse !
Reste l� !
V�n�rable Fr�re, bien des livres parlent de la com�die.
Pourquoi celui-ci vous emplit-il d'effroi ?
- Parce qu'il est d'Aristote. - Adso ! Par ici !
Salvatore, abjurez-vous le Diable, et tenez-vous J�sus-Christ...
pour votre Seigneur et Sauveur ?
Remigio de Varagine, abjurez-vous le Diable...
et tenez-vous J�sus-Christ...
Mieux vaut mourir vite que pourrir en prison.
Le Diable que j'abjure, c'est vous, Bernardo Gui !
Abjurez-vous le Diable et tenez-vous J�sus-Christ pour votre Sauveur ?
Mais qu'y a-t-il de si inqui�tant dans le rire ?
Le rire tue la peur.
Et sans peur, il n'est pas de foi.
Car sans la peur du Diable, il n'est plus besoin de Dieu.
Mais vous n'�liminerez pas le rire... en �liminant ce livre.
Non, certes.
Le rire restera le divertissement des simples...
Mais qu'adviendrait-il si, � cause de ce livre...
l'homme cultiv� d�clarait tol�rable que l'on p�t rire de tout ?
Pouvons-nous rire de Dieu ?
Le monde retomberait dans le chaos.
Ainsi donc, je scelle ce qui ne devait pas �tre dit...
dans la tombe que je deviens.
L� ! Derri�re l'arche !
- Ma�tre ! - Va-t'en ! Je l'exige !
Pars imm�diatement ! Je l'exige !
Mon Dieu, je vous en prie, sauvez-le !
�loignez-les !
Br�lez la sorci�re !
Vous osez lever la main sur l'�glise ?
Venez !
Non, vous ne partirez pas !
Tout est votre faute !
Mon ma�tre a trouv� le vrai meurtrier !
Ma�tre !
Jamais je n'ai regrett� ma d�cision...
car mon ma�tre m'enseigna bon nombre de choses sages, bonnes et vraies.
Quand nous nous quitt�mes, il me fit don de ses lunettes.
J'�tais encore jeune, me dit-il...
mais un jour, elles me seraient bien utiles...
et, en v�rit�, je les ai sur le nez, alors que j'�cris ces lignes.
Puis, il m'�treignit tendrement, comme un p�re, et me donna cong�.
Je ne le revis jamais, et je ne sais ce qu'il advint de lui...
mais toujours, je prie que Dieu ait accueilli son �me...
et lui ait pardonn� les nombreux actes d'orgueil...
que sa fiert� intellectuelle lui avait fait commettre.
Cependant, maintenant que je suis vieux, tr�s vieux...
je dois confesser que, de tous les visages qui me reviennent...
celui que je revois le plus clairement, est celui de cette fille...
� laquelle je n'ai jamais cess� de r�ver pendant ces longues ann�es.
Elle fut le seul amour terrestre de ma vie.
Pourtant, jamais je ne sus, et jamais je n'appris...
son nom.
Traduction : Anne et Georges DUTTER
Sous-titrage : C.M.C.
Adapt� par : SDI Media Group
[FRENCH]
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