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Original subtitles

Cris de mouettes

- C'est la course.

- Plus vite, du nerf, du nerf !

- Je trouve que la pratique du cinéma ressemble à 2 choses.

Ca ressemble à la navigation, la voile,

on n'imagine pas que Christophe Colomb,

quand il est parti des rives du Portugal ou de l'Espagne,

avait un plan pour découvrir l'Amérique.

Il savait même pas si ça existait. Il partait pour les Indes.

On est embarqués, on suit.

Les courses de bateaux, un skipper,

il peut avoir un plan de navigation, mais les vents

le forcent à s'adapter. C'est l'art de la navigation.

Le cinéma, c'est un peu comme ça.

Une autre comparaison, c'est par rapport à la cuisine.

Si on n'a pas grand-chose, on essaie de faire avec ce qu'on a.

Je trouve que l'art du cinéma est proche de l'art de la navigation.

On est un peu marin et un peu cuisinier.

Eclaboussures - Il a sauté.

Musique douce

...

Sirène de bateau

Chanson entraînante

Mon père a acheté pour les vacances une caméra.

Comme le cinéma Lumière, pour filmer

ma soeur qui venait de naître. La caméra, je m'en suis servi.

J'étais fasciné par ce côté magique,

l'impression que cet appareil permettait de modifier la vie,

la perception des choses. De la voir plus profondément.

- Jacques Rozier naît en 1926.

Il évoque ses premières expériences.

- Alors, ça s'est passé comme ça. Je ne suis pas entré en réalisateur,

mais comme assistant. Ca m'intéressait de faire des émissions

car c'était l'époque où on faisait des...

de la fiction en direct. Des dramatiques en direct.

Il y avait... Je choisissais les émissions où il y avait beaucoup

de figuration. Le contact m'intéressait.

Les mouvements de foule sur le plateau.

Il fallait organiser ça

d'une façon très précise car on ne pouvait pas s'arrêter.

J'avais l'impression

que c'était pas forcément ma voie d'être assistant.

J'avais envie de faire du cinéma, tourner quelque chose.

J'avais mis de l'argent de côté, ayant travaillé à la télévision.

Ca, c'est...

Y avait ça et aussi... j'avais des économies.

Et je suis parti avec des amis

et j'ai fait un court-métrage.

Je l'ai fait sans savoir ce qu'était produire un film.

Réaliser, produire officiellement.

J'avais envie, l'été suivant, de recommencer.

J'avais appris des choses pour la production.

J'ai dit : "Je le réalise et je le produis seul."

- Aïe ! Où ils nous emmènent ?

- Tu verras bien.

Tu te plaignais car il venait pas. - Je m'en fiche.

Tu viens ?

- Attends-moi !

- J'ai plus de pognon.

- Hmm ?

Moi non plus. J'ai payé les glaces hier soir.

- C'est gagné.

Cri

- C'est froid ! On va être trempées !

- J'avais découvert le cinéma italien,

dans la perception d'un certain réalisme,

j'avais vu le cinéma néo-réaliste italien d'après-guerre

et je voulais introduire cette façon de voir les choses

dans le cinéma français. J'ai fait "Blue Jeans".

J'ai dit : "On va tourner dehors, avec des non-professionnels."

Voulant un film sur des adolescents,

17, 18 ans, des dragueurs de la côte, il m'en fallait des vrais.

- Y a qu'à continuer.

- C'est le brouillon de "Adieu Philippine".

- A pied ? Rien à faire.

- Y a une jolie plage en bas. - Ah oui ?

- Jean-Luc Godard fut le premier à écrire sur Jacques Rozier,

en 1958, dans "Les Cahiers du Cinéma".

Je le cite :

"'Blue Jeans' est un court-métrage frais, jeune et beau

"comme les corps de 20 ans dont parlait Arthur Rimbaud.

"La vérité du document sait y faire cause commune

"avec la grâce de la narration.

"Vrais sont les garnements qui patrouillent dans Cannes

"à la recherche des filles.

"Gracieux sont les longs travellings sur la Croisette

"ou le long de la rue d'Antibes hardiment montés cut.

"Vrais, les dialogues et les attitudes.

"Gracieux le réalisme de la photo

"et les volets qui scandent poétiquement l'après-midi

"sur le sable chaud."

Godard et Rozier deviennent amis.

- C'est l'année des 400 coups.

La Nouvelle Vague triomphe.

- J'étais proche de ce mouvement.

"Rentrée des classes" était dans les prémisses.

Peut-être pour l'avoir initié...

J'ai pas dit que j'initiais la Nouvelle Vague,

y a aussi "La Pointe courte" d'Agnès Varda.

Mais on recevait... je dirais pas des influx, mais on sentait

que c'était dans l'air du temps. On avait envie

de casser un système un peu trop corporatiste.

Et un peu trop enfoncé dans la routine.

- J'avais vu "A Bout de souffle". C'est grâce à Godard qu'a été fait

"Adieu Philippine". Ca a été produit par Georges Beauregard.

C'est Godard qui m'a aidé à faire "Adieu Philippine".

J'ai été influencé aussi par "A Bout de souffle".

Plus par le côté stylistique d'"A Bout de souffle".

- Quand je pense au cinéma...

le cinéma, on peut pas rire.

On doit pleurer toujours. Vous avez vu la projection ?

Hein ? Un million.

Un million, j'ai payé, pour avoir une chose comme ça.

Après, je dois faire tout seul. Je fais tout seul.

- Le cinéma français apporte une idée.

Les Français ont inventé le cinéma. Lumière

rend le cinéma possible.

Malgré l'importance économique

et artistique du cinéma américain, le cinéma français invente.

- Le titre de votre film est assez énigmatique.

Musique jazz

- J'aime bien les titres...

qui ne veulent rien dire au départ. Si vous allez au cinéma pour...

Quand vous avez un titre... "Sur la piste des Comanches"

ou "La Terreur du masque rouge", vous savez ce que vous verrez.

Avec "Adieu Philippine", on ne sait pas ce qu'on va voir.

J'ai voulu jouer sur l'équivoque.

- Je suis Taureau, et vous ? - Je suis Balance.

Mon père et ma mère sont Vierges.

- Si vous pensez avoir rencontré l'âme soeur,

il ne tient qu'à vous de faire évoluer un sentiment plus tendre,

la sympathie de la personne rencontrée.

Quant aux autres, prudence.

Vous avez de grandes chances le 19, 20, 21. On est le ?

- Le 18 !

- Que faites-vous demain ?

- Demain, écris à ta fiancée. - On a le bonjour de Jacqueline

pour toi. - Jacqueline.

J'ai une Jacqueline dans ma vie. C'est nouveau.

- Et aussi une Andrée, une Micheline, une Marie...

- Mais je n'ai pas de Liliane ni une Juliette.

- Vous avez tourné dans les conditions de reportage TV.

Vous avez employé des interprètes qui ne sont pas comédiens.

- "Adieu Philippine", c'est le récit des derniers mois

d'un garçon qui va partir au service. Je voulais un ton réaliste.

Réaliste quant aux dialogues et aux personnages.

Il fallait trouver les interprètes correspondants.

Alors j'ai trouvé dans la réalité

le personnage principal du film. Un garçon.

Musique romantique

...

- Vous attendiez-vous à faire un jour du cinéma ?

- Non, vraiment pas. Je me trouvais pas dans le même milieu social

que les vedettes qui sont à l'écran.

Ca me paraissait pas possible.

- Yveline Céry, vous attendiez-vous à faire du cinéma ?

- Non, absolument pas.

- Que faisiez-vous ? - Je suis mes études.

Je suis partie en Angleterre pour les langues.

- Il y avait la difficulté que vous ne parliez pas bien français.

En plus de la difficulté de tourner son premier film.

- Non, c'est pas difficile.

C'est naturel. - C'est naturel ?

- Il nous met dans l'ambiance.

Il nous souffle les textes.

Sans l'apprendre, il nous fait improviser.

- Vous avez cru la proposition sérieuse ?

- Non, pas très. - Pas très ou pas du tout ?

- Non, pas du tout.

Musique douce

...

- Je voulais faire un film

sur les gens quotidiens. Pas un film

de voitures de sport. J'ai voulu un film sur les Français.

Que les gens qui vont le voir puissent se reconnaître.

Et ça a conditionné le reste. Le choix des interprètes, le tournage.

- Envoyez !

Envoyez !

- Je ne voulais pas partir de dialogues écrits

absolument définitivement.

Je voulais que l'interprète

amène les éléments de son personnage. Sa syntaxe, ses tics.

Ses défauts d'élocution, même.

Et au lieu de dire à l'interprète : "Apprends le texte."

Je leur ai dit de le lire ou je leur expliquais. Je racontais.

Je disais : "Allons-y." On tournait comme ça.

Presque l'improvisation de la Commedia dell'arte.

- Marcel, de la tête de porc ? - Non.

- A ton âge, tu vas pas faire attention à ta ligne.

Ca te fera pas de mal. Un peu de tête de porc.

Allez, va.

Crissement de pneus

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est Michel. J'avais dit qu'il arriverait aux hors-d'oeuvre.

C'est son genre. - Il est pas seul.

- Il a amené un copain.

- Oh, bah... Dédé !

- Dédé !

- DEDE ! - Bonjour, Dédé.

- J'ai souvent tourné avec plusieurs caméras.

Ca permet aux interprètes de jouer en continuité.

Et d'avoir plus de vérité, de spontanéité.

Y a pas ce côté carcan qu'on peut avoir en tournant plan par plan.

Souvent, un plan, c'est une phrase.

On répète la phrase, une fois, deux fois,

et ça perd son sens.

Là, l'interprète avait le temps de se chauffer.

- Que prenez-vous ? - Hmm.

Qu'avez-vous ? - Bière, limonade, citron, jus...

- Moi, un Pschitt citron. Et toi, Liliane ?

- Hmm... je sais pas.

Un Coca, ça ira. - Moi, un Coca-cola aussi.

Oh non, un Pschitt citron !

- Un Schweppes. Oui, donnez-moi un Schweppes.

- Quand vous saurez, je reviendrai.

- T'affole pas, c'est un tango. Nous avons dit

un Pschitt, un Coca-cola et un Schweppes.

- Et la bière ? - Qui a commandé une bière ?

C'est vous ? - Non, un Schweppes.

- Moi aussi. Non, toi, c'était un Pschitt.

- Mais non. - Je ne sais plus. Pour simplifier,

apportez-nous un Coca-cola avec trois pailles.

- La conclusion, j'ai découvert ça en montant le film, c'est

qu'un film, c'est plus une bande sonore

qu'une bande image. Je crois ça.

Musique douce

...

- Je pense que les films importants de la Nouvelle Vague, c'est

"A Bout de souffle", "Les 400 coups" et "Adieu Philippine".

C'est ressenti comme ça.

Et peut-être que "Adieu Philippine"

était un film... Je crois qu'Eric Romer avait écrit ça,

c'était le film le plus proche

des conceptions libertaires de la Nouvelle Vague.

Dans l'approche technique, artistique et la conduite du récit.

Musique jazz

...

- Bardot est la fille la plus photographiée du monde.

- Un journaliste sans imagination aurait interrogé Bardot et Godard.

Brigitte Bardot, avez-vous aimé travailler avec Jean-Luc Godard ?

Jean-Luc Godard, avez-vous aimé diriger Brigitte Bardot ?

Qu'importe, le résultat est là.

Grâce à Godard, Camille est devenue Brigitte Bardot.

Depuis son premier film,

chacun de ses films est un document consacré à la femme moderne.

Illogie, désarmante,

capricieuse, exaspérante, royale, mystérieuse.

- Deux films se sont faits en même temps. Un film

que j'ai appelé "Le Parti des choses"

sur les rapports entre Godard et Bardot.

Une sorte d'essai sur le cinéma.

Godard m'a présenté Brigitte Bardot,

j'ai dit que je ferai "Paparazzi"

sur les paparazzis, pas sur elle. Ca s'est bien passé.

C'est une attitude discrète. Faut pas montrer qu'on est là.

J'ai toujours tourné comme ça. Et on arrive à surprendre le naturel.

*- La route est libre.

- Le photographe du film fixe cet instant.

- Fais une photo de nous.

Il me fait mal. Viens là.

- Et aussi le suivant. Pour se faire pardonner,

Michel Piccoli l'aide à remonter les marches.

Rires

Mais le 20 mai, l'appareil de Getti n'était pas le seul.

Musique douce

- Grâce au cinéma, on peut dire que le monde devient rêve

et que le rêve à son tour devient monde.

- Attention, on tourne !

Ordres du réalisateur en italien

...

Instructions en italien

- Azione !

- "Le Mépris" est un film sur le cinéma,

on y voit le metteur en scène Fritz Lang dans le rôle de Fritz Lang.

Dans "Le Mépris", le cinéma a le visage de Fritz Lang.

C'est par respect, dit Godard, que j'ai joué son assistant.

Du fait de sa présence, on peut penser que le cinéma est important.

Même... - Silenzio.

- ...Quand il se cache sous une couverture.

- On le refait, il est pas bon.

- Et si le cinéma se cache sous une couverture,

c'est qu'il a parfois des raisons que la raison ignore.

Musique jazz

...

- J'ai réalisé quelques émissions pour la télé.

Des émissions musicales, des émissions sur le cinéma.

Deux voix se mêlent.

Sur Jean Vigo, un cinéaste exemplaire.

- Beaucoup de cheveux. C'était un homme très tendre.

Une tendresse des fois cruelle.

- Il est venu déjeuner chez ma mère en vieille dame.

Déguisé en vieille dame.

- Habité par une... une vie.

Par une tendresse des hommes.

- Ni Figue ni raisin, 725, 2e playback.

- Jacques Rozier, vous avez travaillé à la télé.

J'ai vu certaines émissions, comme "Ni Figue ni raisin de Corinthe."

- Refais le clap, j'ai pas entendu.

- C'est ma fascination pour la comédie musicale.

- C'EST FAIT, C'EST DIT

ET SI VOUS DITES NON LE SYNDICAT DIT OUI

CA Y EST, C'EST DIT

- La productrice Michèle Arnaud, avait travaillé avec J-C Averty

sur l'émission "Les Raisins verts".

Peut-être qu'ils se sont engueulés,

Jean-Christophe a un caractère sérieux,

elle devait pas supporter un réalisateur autoritaire.

Je pense que c'est ça.

Elle avait décidé de faire une autre émission,

"Ni Figue ni raisin".

J'avais envie de faire une incursion

du côté de la télévision, de la vidéo.

J'étais fasciné, d'ailleurs, par les films

de Vincente Minelli, par exemple.

- VOYEZ-VOUS ?

NOUS N'HESITONS PAS DU TOUT

- Je suis Célia.

Elle fredonne.

...

Et je... Elle chantonne.

- Y a eu des moments où la télé était en expansion.

Des gens un peu audacieux pouvaient détourner des émissions.

- Mise en scène

Par Jacques Rozier

- C'était quoi, Dim Dam Dom ?

- Dis Dam Dom...

Daisy de Galard avait envie de faire des émissions

sur la mode. Elle avait vu un court-métrage. Elle m'a contacté.

"Dans le vent", c'est pas génial, mais y a une séquence

sur un fond blanc, ça a un côté plus moderne.

Une mise en page plus moderne que ce qui se faisait.

- Je voudrais avoir sur la tête un nuage de fourrure.

- J'ai fait quelques émissions. Des émissions sur les collections.

Daisy de Galard réussissait à se faire prêter pendant une nuit

les costumes présentés dans des présentations de mode.

On avait des mannequins, on tournait la nuit.

J'ai fait une émission et après, 4 ou 5.

Je suis pas le seul à avoir fait

des émissions sur la mode, mais j'ai travaillé comme ça.

- Je suis contente,

car cette émission est vue et appréciée par une catégorie de gens,

qui disent : "Y a de la recherche. C'est intelligent et fin."

- Le duel de la rentrée. Lèche-bottes contre Minnie.

Arbitre de cette affaire, Jacques Rozier.

- Ce qui est frappant, c'est le côté expérimental,

presque formel, formaliste à la télé.

On aime la beauté, la mise en forme, en page,

et vous expérimentez les choses.

- La télé cherchait cette voie. Je crois que celui qui l'a

mis au point, c'est Jean-Christophe Averty.

Y avait une volonté de rapport de l'image

avec le petit cadre. Et donc, inscrire...

ceux qui étaient un peu inspirés sentaient

qu'un cadre de télévision n'était pas un cadre de cinéma.

On avait envie de faire une mise en page

et pas une mise en scène.

Celui qui l'a poussée le plus loin, c'est Jean-Christophe.

Mais les Dim Dam Dom que j'ai faits, c'est cette idée.

Musique dansante

- Je continue à déplaire et je le déplore.

Malheureusement, tant que je pourrai faire

les variétés comme je les aime,

je continuerai. Je pense

qu'il faut qu'un metteur en scène, quitte à déplaire à tous,

continue à chercher quelque chose, quitte à ne rien trouver.

Les critiques les plus acerbes que je reçois,

c'est "ça bouge trop". Oui, ça bouge trop.

Je le veux comme ça. La télévision n'est pas

un art de tout repos. On doit pas être bien assis. Il faut

protester, remuer, secouer.

- L'heure, c'est l'heure.

- VOUS VOULEZ EN DECOUDRE ?

- OUI, NOUS VOULONS EN DECOUDRE.

Craquements du tissu

- On est à la fin de la Nouvelle Vague.

Qu'est-ce que fait Rozier à la télévision ?

- Vendetta !

Pascal Thomas. - Il a aimé le direct.

Il y a pleinement réussi. C'est un monde qui lui convenait.

Y avait plus de création

dans la télévision débutante, sans le formatage

qui existe aujourd'hui. On parle d'une télévision plus libre.

Notes de piano

- La musique comptait ? - C'était pas lié au cinéma.

J'ai toujours été attiré par la musique. J'aurais pu en faire.

A la fois l'écoute de la musique

et peut-être même la pratique. Maintenant, ça m'est arrivé

de faire des émissions musicales et je lis pas...

je lis pas la musique. Quand j'entends la musique,

je suis sur la partition. - Quelle musique vous touche ?

- Quand on aime la musique, c'est tout.

- Quand on voit vos films,

on sent qu'ils s'écoutent autant qu'ils se voient.

- C'est peut-être le rapport secret

entre le rythme musical et le rythme visuel.

Y a quelque chose que je détecte.

J'aime faire des expériences au moment du montage

et faire un essai avec une musique déjà enregistrée

et ça me donne des idées.

Ca peut dégager le rythme visuel. Faire comprendre des choses

comment un plan est articulé, ça me préoccupe pendant le montage.

Percussions

Musique douce

...

Sonnerie

...

...

- Allô ?

- Allô, Jeanne ? C'est Jacques Rozier.

- Il est d'accord pour qu'on aille à son hôtel

* à partir de 19 h. - Ah... 19 h.

Oui, ça va poser un léger problème.

Rires - Quelle bonne idée.

Moi, je fais un voeu à Don Quichotte.

- Merci. Don Quichotte, c'est une espèce de "home movie".

Comment on dit en français ?

- C'est fabriqué à la maison ? De l'artisanat.

- Oui, artisanat. - C'est ce que tu veux dire ?

- J'avais trouvé le titre. - Oui ?

- C'est... en anglais. "When are you going to finish

"Don Quixote ?"

- Quand allez-vous finir Don Quichotte ?

- Exactement.

Rires

- Tu es parti pour le faire toute ta vie.

Et il sortirait quand ?

Que je le sache. Rires

Conversation indistincte en anglais

...

- Hello, bonsoir.

- La vache, y a que de l'herbe, et toi ?

Regarde !

- Caroline, Kareen !

Cris de joie

- Sors ça !

- On vient de présenter "Du Côté d'Orouët".

C'est votre 2d long-métrage

depuis "Adieu Philippine". - Oui.

- Est-ce que c'est un film gai ou un film triste ?

- Moi, je peux répondre... je pense que c'est les deux.

Y a un moment de bascule. C'est une gaieté triste.

Parce que c'est la vie qui continue

et on peut le prendre de différentes façons. C'est rassurant

ou c'est désespéré.

- Lequel tu prends ?

Rires - La première qui finit en reprend.

Rires

...

- Tous les fous rires du film ? - Des vrais, oui.

- Ils sont improvisés ? - Complètement.

- Et c'est à ce moment-là que vous oubliez la caméra ?

La prise de son... - Toute la technique.

Jacques s'y emploie pour faire oublier tout ça.

C'est rare de tourner comme ça, c'est formidable.

- En fait, on improvise pas.

Je tiens mes interprètes avec des fils invisibles.

- C'est une improvisation contrôlée. Ca a l'air, comme ça...

on a l'impression que c'est pas un film.

On dirait un reportage plutôt.

- Tiens, passe par là, Caroline.

- Au revoir, merci !

- Au revoir ! Allez, bonne journée.

- AU REVOIR, A BIENTOT !

- T'as un ticket.

- C'est une surprise !

- Bernard Menez est entré dans mon bureau,

c'était le 1er qui se présentait pour le rôle.

Je me suis dit : "C'est pas vrai... J'ai cru qu'il était fou."

Il l'était vraiment.

Il était angoissé. Il avait pas de travail, il partait au Canada.

Je l'ai rappelé dans la soirée.

J'avais demandé à une amie comédienne pour donner la réplique.

Je pouvais pas toucher les autres interprètes.

Elle avait une cousine qui lui a lu les lignes de la main.

Bernard Menez se faisait lire les lignes de la main...

Elle lui disait : "Je sais, vous partez.

"Vous êtes certainement amoureux..."

Il bredouillait. Je ne pouvais pas ne pas le prendre.

Il est drôle. Je l'ai engagé comme ça.

- Pas très chaud.

Y a le Gulfstream et tout...

Il passe loin, mais ça dépend. - Il est drôle.

- Le scénario n'établit pas de scène plus forte pour un rôle.

Ca se fait en cours de route.

Le rôle tenu par Bernard Menez, c'est sa qualité d'interprète...

Son humanité, ce mélange de...

de gaucherie et de tendresse...

qui l'a fait devenir... C'était pas le 1er rôle,

mais Bernard Menez a capté quelque chose en plus.

- Sa méthode, je me souviens, était...

pour voir si une prise était bonne, y avait pas d'écran de contrôle.

A cette époque, ça se faisait pas. Il réécoutait le son.

C'est le son qui lui indiquait si l'image était bonne.

Et là, le comédien que j'étais

était un peu devant un verdict. "Alors, c'est bon ou pas bon ?"

- Tu fous quoi ? On a faim.

- J'aime voir les choses se passer. J'aime les scènes.

J'aime pas qu'on établisse...

qu'on donne des infos, une ellipse et on trouve la situation plus loin.

Ca ne m'intéresse pas.

J'aime voir les choses arriver et se transformer.

Sur l'écran.

Cris et rires

...

Cris de joie

- Voici la rue Robert Etienne à 2 pas des Champs Elysées.

Derrière cette porte, un homme de 40 ans prépare son 12e film.

- J'étais sous le coup du film de Maurice Pialat,

"Nous ne vieillirons pas ensemble".

Vous m'avez appelé à la projection du film de Jacques Rozier,

"Du Côté d'Orouët", dans lequel au fond, Rozier semble

adopter une démarche proche de celle de Pialat

qui est la recherche de la vérité. La vérité quotidienne.

Mais cette recherche, menée de façon systématique et maniaque,

elle débouche, comme toutes les créations têtues,

sur une espèce de folie.

La folie de Rozier, je crois pas que ce soit insultant de le dire,

tous ceux qui font des choses intéressantes sont un peu fous,

la folie de Rozier, c'est qu'on sent

qu'il essaie de nier

la coutume, l'habitude cinématographique,

la raison du cinématographe qui est rendre la vie intéressante.

Prendre la vie et d'en enlever les taches d'ennui selon Hitchcock.

Rozier, on sent qu'il veut faire durer les choses.

On fait pas la synthèse d'un petit-déjeuner,

on cuit les plats, on les mange, après, on va dehors. Vous voyez ?

Il essaie de faire un film sans ellipse, ça se sent.

A cause de la réalité des sons, des voix, des gestes,

je trouve qu'il arrive à... peut-être pas autre chose que voulu,

mais à un certain fantastique.

Murmures

Sifflement effrayant

Cris

Gémissements effrayés

- Idiote ! Tu nous as fait peur.

- Je pense que les films sont vivants par les défauts.

Les films vivent, respirent,

comme nous respirons par les pores de la peau, les défauts d'un film

font qu'il est vivant. C'est assez net avec Renoir.

Quand les films arrivent à une grande perfection, ils sont fermés

et ont l'air de se passer dans un pays imaginaire.

Ce film, "Du Côté d'Orouët", qui devrait être très français,

un espèce de cinéma-reportage,

mais du reportage mis en scène

très subtilement... il m'a fait penser à des films stylisés comme

certaines comédies de Minelli.

- NON.

- Alors ? - Non. Non, non.

Rires

- On vous connait pas. - On monte pas avec n'importe qui.

- Vous pourriez nous amener dans un coin.

- Sur une île déserte. - Avec des bois.

Musique douce

...

Il chante.

- Pierre Richard, qui est un ami de longue date,

avait 3 mois de liberté, on a décidé de tourner dehors.

On va s'enfuir loin de Paris. J'ai proposé

un schéma de tournage, on est partis là-dessus.

Donc il est transformé en agent de voyage,

il vend des billets et il s'ennuie. Il vend aux autres

des voyages, il part jamais.

Un jour, il a une idée.

L'idée, c'est inventer une formule de voyage Robinson Crusoé.

- A... ce propos, il y a pas beaucoup d'eau sur le bateau.

- Wah, wah, wah - Donc je voudrais

vous demander de ne pas aller aux toilettes.

Note de musique discordante

Ou alors sur le pont avec la rambarde.

En vous accrochant.

...

Sous le vent. C'est ça ?

- Suffit de se fier au vent. - Faudra nous expliquer.

- Je fais attention à ce que je dis, il est là.

Non, mais Jacques est un personnage...

très particulier. Il écrit ses scénarios en 5 jours

et met 3 ans pour les monter. Il est parti de :

"Pour 3 000 francs, vous aurez tout."

Et il dit : "Pour 3 000 francs, vous n'aurez rien."

Vous vous démerdez.

- Je crois qu'il faudrait que vous leur parliez pour la suite.

- L'artiste, c'est pas le moment de rêvasser.

- Dans une heure de marche, on arrive aux Chutes.

- Une heure ou deux.

Ca va, Nono ?

Presse-toi un peu.

- C'est extraordinaire, il vous demande pas de jouer,

il vous demande d'être. Il dit pas de jouer la faim, la lassitude

ou la colère, il se met en quatre pour que vous soyez affamé,

vraiment fatigué.

Il y arrive très bien.

On ne joue pas. On est complètement affamés.

Quand on nous voit marcher dans la forêt vierge dominicaine,

au bout de 200 m, on pourrait tourner là,

200 m ou 3 km, c'est toujours pareil,

Jacques nous fait faire 4 km.

Avec les bagages. C'était une équipe réduite.

Au bout de 4 km, il dit : "C'est là."

Alors on est vraiment crevés. Et là, après,

il dit : "J'ai pas pris à manger." On a faim.

Alors on s'énerve, il filme.

- Bonjour. - Bonjour. Déjà levée ?

- Oui.

- On va laisser dormir les petits.

T'es levé aussi, toi ? - Oui.

- Une belle journée qui s'annonce.

Oh...

- Est-ce que les acteurs, Pierre Richard, Caroline Cartier étaient...

ne se sont pas plaints de ce réalisateur tyrannique ?

Qui les fait aller si loin...

- Non, ils sont satisfaits

d'aller loin de Paris. Mais je suis pas tyrannique. Je suis...

je ne pense pas être tyrannique.

- Ils marchent dans la brousse, ils ont l'air fatigués...

- Oui, oui.

Je suis pas le premier à filmer en extérieur.

- Qu'est-ce qu'il fait ?

- Patrick ! Il a jeté le sac !

- Pierre, j'ai fait de la télé avec lui.

J'avais envie de faire un long-métrage, mais j'avais pas

perçu ce qu'il représentait pour le public.

J'aurais dû faire le film dans ce sens. Moi, j'ai suivi

mes obsessions. Sans écrire de scénario. Par rapport au sujet,

j'aurais dû écrire.

Donc, ça a été un échec. Ca ne correspondait pas à son image.

- Oh, oh, oh !

- On est arrivés, ça y est. - Où ?

- A la plage. - Où tu vas ?

- Je vais plonger, on est arrivés. - Non.

- Je pars quand même. J'en ai marre.

Chanson entraînante

- En 1975, "Nono Nenesse", co-réalisé avec Pascal Thomas,

se tourne en vidéo, pratique peu courante à l'époque,

donc totalement expérimentale.

Mais "Nono Nenesse" est un film

inachevé, laissé en plan ou en rade

sur le bord du chemin. - C'est parti.

- Possible ? Alors, attendez mon top.

- On fait quoi ? - On sort du champ.

Attendez mon top. Silence sur le plateau.

Allez-y.

- Viens...

- Faut faire quelque chose. Elle peut pas.

- A partir du moment où c'est raccordé, inventez.

Y en a un qui peut descendre la pousser au cul.

Faut se raccorder à la scène.

Faut imaginer. - Si on redescend...

- Tu descends, tu pousses au cul et tu remontes.

- Par l'autre côté ? - Mais non !

- On peut pas remonter par là.

Ecoute, Jacques, viens le faire, tu verras.

- Essayer... la tentation de créer un tandem de...

d'acteurs comiques

qu'on retrouverait, que le public aurait plaisir à retrouver.

Naturellement, l'ambition avouée

c'est susciter... - Pourquoi t'es sinistre ?

- Je suis sinistre ?

Alors réveille un peu. Effectivement...

Vas-y. - Quand on parle du comique,

les gens sont toujours sinistres.

Pleurs de bébé

Que dire ? C'est parce qu'on était

considérés comme des metteurs en scène réalistes,

on a voulu voir jusqu'où ça allait.

Et on a imaginé cette fantaisie.

Y a pas de film réaliste sur les bébés.

Fallait bien faire ça.

- On peut parler de la coréalisation par rapport aux interprètes

dans cette relative improvisation,

parce que le regard critique de l'un ou de l'autre

pouvait intervenir à un moment.

- Parfait. Il est bon.

On peut imaginer, dans la mesure où il y a deux réalisateurs d'un côté

et deux acteurs de l'autre, on peut penser

qu'il y a une part d'autobiographie. Mais non.

C'est la fantaisie

des comédiens et du scénario, des gags trouvés...

De l'amusement qu'on a à les faire réaliser.

Même dangereusement. Ils ont pris des risques plus grands

que Belmondo dans "Peur sur la ville".

- Vous êtes fous ?

- On vous donnera des extraits qui vous montreront

dans quelles situations le malheureux Menez, un douillet,

un froussard, un craintif...

s'est trouvé.

- On va reprendre.

Menez, tu te mets au départ.

- Mais attends... J'ai très mal.

- Jacques, tu vas te lever dans le 2e aller de Menez.

On continue. - Non, attends.

J'ai très, très mal.

- Ce qui nous guidait, c'était ce qui nous faisait rire.

On imagine que ce qui nous fait rire,

ce qui fait rire les cancres qu'on pouvait être,

ces gens du fond de la classe,

du radiateur et du coin de la cour de récré,

peut faire rire les spectateurs.

- Ce jour-là, Jean-Yves Maginot arrivait au siège

où il venait d'être engagé comme attaché commercial

avec l'intention secrète de devenir le PDG en moins de 3 ans.

Musique douce

...

Pour des raisons de convenance au chef du département

qui désirait le voir avant son entrée en fonction,

le jeune attaché commercial arrivait au milieu de l'après-midi.

- Les traitements informatiques de la société utilisent des logiciels

à une hotline et du stockage de données en database ?

- Jacques serait le Robinson Crusoé du cinéma.

On a toujours l'impression qu'il est en train

de vivre une aventure. Dans sa tête, il se passe quelque chose.

Il se dit : "Tiens, je pourrais faire ça."

Il a des images dans la tête en permanence.

Dans sa pensée, il a quelque chose d'intemporel.

- Sur une île déserte, quel film vous emmèneriez ?

- "La Partie de campagne".

"Zéro de conduite".

J'ai le droit à un, à 2 ou à 3 ? - A 3.

- "L'Atalante".

- Y a un film dont vous auriez aimé être le héros ?

- "Zorro".

Ou "Robin des Bois".

- Un film dont vous n'auriez pas voulu être le héros ?

- Y en a un que j'ai refusé.

Oui, et j'ai fait engager un acteur à ma place.

C'est... "Loulou".

Pialat voulait que je fasse le rôle de Guy Marchand.

Je l'ai convaincu de prendre Guy Marchand.

J'avais pas envie de me faire casser la gueule par Depardieu.

- De quel film vous êtes parti avant la fin le plus récemment ?

- Non, je pars pas avant la fin.

Je pars tout de suite au début.

Peut-être même dès le générique.

- Quel métier vous sauriez faire si vous n'étiez pas cinéaste ?

- Ah, beaucoup. Beaucoup.

Parce que pour être cinéaste...

comme je pratique le cinéma, on doit faire 36 métiers.

Presque 36 métiers, 36 misères.

Je pourrais être comptable par exemple.

Presque expert-comptable.

- Et vous seriez un bon comptable ?

- Oui, je suis très maniaque.

Très tatillon.

- Vous avez le sens des chiffres ? - J'aime beaucoup les chiffres.

- Et vous aimez l'argent ?

- Oui, beaucoup.

Mais j'en ai pas. Comme j'en ai pas, je l'aime.

- Si vous l'aimez, pourquoi n'en avez-vous pas ?

- Parce qu'il y a pas longtemps que j'ai compris que j'aimais ça.

- Si vous étiez pas cinéaste, vous feriez quel métier ?

- Musicien.

Marin.

Marin, ça veut rien dire. Marin pêcheur.

- Plutôt marin en mer ou...

- Ou marin comme les marins de Pagnol ?

Pour traverser le Vieux-Port ?

Musique entraînante

- C'est quelqu'un qui se crée ses propres difficultés.

Jacques, sur un tournage, il veut être tout.

Coursier, directeur de production, premier assistant.

Donc il veut tout gérer. C'est ça qui d'une certaine façon,

est inhabituel. Ca fait que parfois...

il peut perdre une journée à résoudre un petit problème

à la place de se préoccuper du tournage.

Donc j'avais prévenu qu'il y avait...

des longues attentes sur le plateau en attendant qu'il résolve

des problèmes parfois un peu imaginaires.

Pour lui, les producteurs, c'est un peu des parasites.

C'est très difficile de travailler avec quelqu'un comme ça.

C'est une expérience unique. Mais il a son propre rythme.

En 1985, je crois, on m'a demandé, maintenant que Rozier

a pu faire ce film dans des conditions plus ou moins normales,

car moins d'un an après le début du tournage,

on avait déjà sorti le film en salles.

Donc c'est un timing tout à fait...

normal. On m'a dit : "Il va pouvoir continuer."

Je me rappelle avoir dit : "Non, il fera pas d'autre film avant 10 ans."

- Plus je m'en fiche, mieux je me porte.

- Le metteur en scène, pour moi, c'est pas celui

qui dirige. C'est un spectateur privilégié.

Il dit : "J'aimerais voir tel spectacle." Il demande

aux acteurs de lui donner la comédie, le spectacle.

Il regarde et dit : "J'ai marché. Ou pas."

Ce serait un spectateur qui influerait sur le spectacle.

- Schtong à la gare.

- Schtong à la gare ? Elle parle en brésilien.

Qu'est-ce que c'est, schtong ?

- A la gare, you...

schtong.

- Non. Você...

C'est bon !

- Au départ, c'est l'envie de tourner dans les trains.

C'est les films en mouvement, j'aime bien les déplacements.

Y a des voyages.

Je pars toujours de Paris, je vais ailleurs. Vers l'océan.

Mais l'Océan, c'est le nom d'un train

qui relie Paris au Croisic.

- What is your job ?

- Your profession.

- Quand vous tournez, ça se sent.

Parce que depuis 1960,

y a eu 3 films et là, le 4e.

- On me le dit beaucoup.

4 films en 25 ans. Maintenant, je vais faire 25 films en 4 ans.

- Ah. You ?

- Le film vient d'avoir le prix Jean Vigo

et correspond à la définition

de celui qui a donné son nom à ce prix.

C'est un film, en effet, qui est drôle, mais

qui, en même temps que sa drôlerie, possède une...

tendresse et une sorte de poésie familière

qui est celle des gares, des bistrots et de la mer.

- Lui... oblige-moi... punir you. Amende.

- Punir ? - On s'en sort pas, laisse tomber.

- Y a pas de raison.

Non, il est pas question.

- On est presque au Mans. - Justement. Assez perdu de temps.

- You have... argent ? Money ?

- Non. Eu ja paguei.

Eu ja paguei.

- Oh.

- Eu ja paguei.

- Você é do Brasil ? - Si.

Que pasa ? Um problema ? - Si.

Elle parle en portugais.

...

- J'ai du mal à suivre, c'est un peu rapide.

- Você comprou seu bilhete ? - Si !

- Je peux servir d'interprète. - Vous avez votre billet ?

- Mon ambition est d'être un auteur

et d'être ressenti comme quelqu'un qui fait des films populaires.

Je pense qu'autrefois,

dans le cinéma français, y avait des auteurs

comme Guitry, Pagnol, qui étaient les deux.

A la fois des auteurs et des gens commerciaux.

Il bredouille. - Et alors ?

Ca n'a rien à voir, je vous demande pardon.

- Pardon ? Il demande pardon.

C'est plus la peine.

Maintenant, le pardon, c'est trop tard.

Oh, il est trop tard à cette heure.

- Yves Afonso dans le métro, l'acteur qui a fait débuter Godard,

venait de tenir 2 rôles épatants,

dans "Double messieurs" et "Maine Océan".

- Je dis pas entrer dans la peau du personnage. C'est des conneries.

En plus, quand on me dit, moi...

t'as joué Petitgas, c'est formidable, mais c'est pas vrai.

On joue soi-même.

Même dans un rôle de composition.

Le jour où je viens et je dis : "Je vais jouer", non.

C'est ce que j'ai en moi, que j'ai chopé, dans l'air, partout,

ça s'apprend pas. On n'apprend pas à être acteur.

On apprend à parler, à avoir une diction.

On parle fort, on l'entend bien.

Mais c'est pas un cours.

On apprend un peu à bouger, mais le reste, on n'apprend pas.

Le reste, on le sent, c'est un truc...

animal. Je vais voir beaucoup les animaux, j'apprends beaucoup

en voyant les bêtes. Je vais voir les tigres au Jardin des Plantes.

Les vieux lions. D'un seul coup, ils sont neutres.

Ils ont une présence. Ils partent doucement, ils sont là.

Ils s'étalent comme ça...

C'est un truc d'acteur, ça.

- Et Rozier, là-dedans ?

- Rozier, je lui ai dit :

"Si tu me bloques à la première prise, en disant :

"Mais qu'est-ce que tu me fais ?" Je joue pas.

Tu me laisses.

Il m'a laissé jouer. De temps en temps, il venait.

"Tiens, peut-être que là, tu pourrais dire..."

Il baragouine.

Dis-le un peu plus bas.

Il sent que tout est prêt,

il a deux caméras, il dit : "J'en prends une."

Là, je te filme.

Il veut pas fatiguer les acteurs. "Vous fatiguez plus."

Il me disait : "Va faire des pompes, du sport." J'y allais.

"Reviens dans une heure, on aura les éclairages."

Alors on répète comme ça, il changeait une phrase,

il disait... là, il change...

les accessoires. Il est...

Et il sent que tout est prêt,

il demande si tout le monde est prêt. Et là, on y va.

Alors là, on va voir.

- Qui c'est, celui-là ? - Celui-là, c'est Petigas.

Petigas Marcel. On vient pas lui dicter la loi chez lui.

- La loi ? Quelle loi ? - Calmez-vous.

- Ici, c'est pas la Marine.

Ici, c'est Petigas. - Qu'est-ce que ça me fait ?

- Oh... Retenez-moi donc, les gars. - Ah non.

On te retient pas, Marcel.

- Mais retenez-moi, parce que...

- Attention, j'ai fait du close combat à l'armée.

- Euh... le prenez pas mal, M. Marcel...

- Marcel ? Qui a dit Marcel ?

Qui a dit Marcel ?

C'est Petigas qu'ils m'appellent.

Marcel, c'est seulement pour les dames. Seulement.

- Casse pas tout.

- Seulement pour les dames.

- Bon, M. Petigas... Vous énervez pas, c'est pas la peine.

Ca peut arriver.

- Mais parce qu'elle parle pas, faut que ça aille.

Les représentants de la loi.

Il baragouine.

...

Hop ma fiancée, ma petite chérie,

on lui fait des malheurs parce qu'elle parle pas le français.

- Vous voulez boire un coup ?

Rires

- Ouais.

Rires - Une double.

- Nous ne l'avons pas verbalisée.

- Ah, vous l'avez pas verbalisée ! Vous le prenez comme ça ?

Cris - Ca s'appelle "Maine Océan"

et ça fait quoi

pour vous, la re-sortie d'un film, on se sent comment

des années après ?

C'est une oeuvre achevée ? Lointaine ?

- Non, c'est comme un coup de casino. Je suis très désinvolte.

Si le film plaît... je crois qu'il a des vertus pour ça,

si le film plaît, tant mieux.

S'il plaît pas, tant pis. C'est une autre chance.

- Thierry, vous m'en avez souvent parlé.

- C'est un film majeur des années 80. Y en a pas des tonnes.

En plus, y a une chose qui me fait...

Ca me fait plaisir que Jacques Rozier soit là, il est

trop rare. On est quand même

beaucoup à penser qu'il n'apparaît pas assez souvent.

En tant que cinéaste.

- Je vais avoir le droit à cette question.

- Pourquoi êtes-vous trop rare ? Vous avez droit à la question.

- Je la provoque. J'ai droit à la question.

Peut-être parce que je suis très paresseux.

Vous voyez, j'ai même la paresse de rapprocher le micro.

Je suis très paresseux. Vous me croyez ou pas ?

Est-ce que Thierry me croit ?

- Comme tous les paresseux, vous travaillez beaucoup.

- C'est ce qu'on dit.

- Des sophismes toute la nuit. - Pas pour lui.

- C'est une définition de la paresse.

Une définition de Jean Renoir.

- Qu'est-ce que c'est,

pour un réalisateur, ressortir un film ?

- Y a plusieurs sortes de réalisateurs.

Quels réalisateurs travaillent beaucoup en France en ce moment ?

4 ou 5 à peu près, qui sont dans un système.

Moi, je suis dans une autre galaxie.

Quelle autre galaxie ? Essayer de garde l'indépendance.

Faire des films comme j'ai envie de les faire.

Pas avec des gens au box-office.

Alors ça fait plus de difficultés. Il faut

que je trouve les financements,

que je trouve des partenaires pour les financements,

je ne m'entends qu'avec un type de partenaire.

Les producteurs un peu aventuriers.

C'est du temps, il faut les trouver.

Et il y a tout ce qu'il y a à côté.

La gestion des films anciens, les problèmes d'administration...

J'ennuie tout le monde.

Mais c'est pour moi... une question me met toujours...

elle m'irrite beaucoup.

On me dit : "Que faites-vous quand vous tournez pas ?"

- Jacques, que faites-vous quand vous ne tournez pas ?

- J'y ai droit, c'est le festival.

J'ai des réponses...

- Génial, il pose les questions qui lui plaisent.

- Je regarde pousser l'herbe. Ou je me détourne du cinéma.

Qu'est-ce que je peux dire ?

Oui, c'est... ou je joue en bourse pour financer mes films.

- On voudrait vous poser une question.

*- Ecoutez, là, vraiment... pas aujourd'hui.

Je vous appellerai, là, je suis pas de bonne humeur.

Les questions sur le cinéma, ça me fatigue.

Il raccroche.

Percussions

...

Musique dansante

...

- La méthode de Jacques Rozier, qu'est-ce qui vient d'abord ?

- Ma méthode, la liberté.

C'est toujours quelque chose qui se conquiert.

Je pense à la musique. Un chef d'orchestre

décide du tempo préalablement.

Le tempo est indiqué par le compositeur, mais

on peut modifier. Chaque chef a une manière...

Le tempo, pour une scène,

c'est trouver le bon battement de la scène. Je le communique aux acteurs.

Musique jazz

...

- Comment vous vous organisez pour capter quelque chose qui n'est pas

uniquement... les choses sont naturelles,

comme dans la vie, les personnages crédibles.

Mais on touche des fois la matière du temps.

Une sorte de tremblement. - J'ai une double réponse.

Le temps qui est mis entre les films... La bonne métaphore serait

que faire du cinéma, c'est être en bateau pendant le tournage.

Quand on ne tourne pas, on est sur un annexe.

Si vous allez d'un bateau à un autre, c'est plus long en ramant.

La métaphore est très précise.

Le temps dans le film...

Je suis amoureux du cinéma de langage.

Ce qu'on appelle cinéma théâtral.

Pour moi, un des réalisateurs les plus importants, c'est Pagnol.

J'ai pas répondu à votre question. Ce tremblement du temps,

c'est quelque chose que je maîtrise pas complètement.

Musique entraînante

...

- Rozier, cinéaste indépendant, a créé son système.

Il doit tout faire. Il aura pas eu la richesse

que son talent promettait.

Il est dans une économie de survie.

Y a deux frigidaires dans la cuisine. Le sien,

et le nôtre. Le nôtre se remplit...

Y a des enfants dont on s'occupe.

Et le sien... on voit, il garde longtemps.

C'est quelqu'un... il a raison, il aime le pain un peu rassis.

Il aime les restes. Bon... et il les accommode très bien.

Donc il a en lui ce génie français de l'accommodement des restes.

C'est aussi une façon de faire du cinéma.

- Moi, je suis enthousiaste, je suis...

je crois toujours. Je suis peut-être naïf, mais

j'ai un moteur en moi qui fait que je pense faire plein de films.

Donc y a pas de tristesse de ce côté-là.

Je suis très coriace. Les difficultés...

les difficultés m'aiguillonnent plutôt.

- Le roi de la samba

Oui, c'est le roi de la samba

- Etant organisé de façon artisanale,

je suis en pleine utopie. Je sais pas qui existe comme ça.

Je considère que comme je suis, contrairement à la légende,

je suis extrêmement efficace et organisé,

donc je réussis à faire l'impossible.

Je me débrouille tout seul et ça dure ce que ça dure.

Musique entraînante

...

Sous-titrage TITRAFILM

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