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- Tu ne sortiras pas ! - Les cl�s.
Elles restent dans ma poche.
- C'est ma voiture, mon argent. - Quel "argent" ?
Tu t'en vantes ? � ta place, standardiste.
Femme de m�nage, pourquoi pas ? Et gr�ce � moi.
Ma femme veut travailler. Que sait-elle faire ? Rien.
� part assist�e.
Parler... �a suffit ! T'en as pas marre ?
Qui garde Mado, pendant que tu gagnes ces 4 sous ?
Qui s'en occupe ? La Marocaine.
Elle fait ce qu'elle peut, la pauvre. Payer quelqu'un, alors que toi...
Et ses enfants, 6 enfants,
pendant qu'elle trime, tu y penses ?
Dingue ! Un monde dingue.
Chacun donne ses enfants � garder � d'autres pour de l'argent.
Donne-moi ces cl�s !
Pour aller o�, la voiture, � 23 h ?
Tra�ner ? Te faire baiser ? Par qui ? Dis-moi qui tu int�resses ?
Dormir chez Judith. Avoir la paix.
"Judith" ! La confidente, la du�gne, le chaperon.
Pauvre, pauvre petit cerveau.
�a couche avec un pharmacien, �a se dit pharmacienne.
Commise dans une pharmacie.
Paum�e. Deux paum�es.
Donne les cl�s !
Ne hurle pas. Mado dort.
Elle dort.
Tu veux r�veiller ta fille ?
Les cl�s !
Tu hurles, tu ne cesses de hurler.
Quand tu seras calm�e, on verra.
Mais je vais le tuer, ce con.
Arr�te, l�che-moi.
Arr�te, tu me fais mal.
Jeanne... Jeanne...
Avant, le chocolat.
Avant le lait, �a fond mieux. Enfin, c'est fait.
On pourrait partir quelques jours ?
Se retrouver, prendre de la distance.
Laisser Mado � ta m�re ou qu'elle vienne ici.
Non.
Tenter.
Essayer, au moins.
Faire un pacte, se fixer des r�gles, un code.
Dire ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. On y verra plus clair.
Et s'il y a d�rapage,
car il y aura d�rapage,
on verra qui est responsable.
Si tu voulais...
Je ne veux plus.
- Vous voulez divorcer, madame ? - Oui. Absolument.
- Vous voulez divorcer ? - Toujours.
Un divorce, on ne peut jamais s'en r�jouir.
Je pense � l'enfant. Il y a un enfant.
Et l'enfant pr�f�rera toujours voir ses parents r�unis que s�par�s.
Enfin, une fois qu'on est d'accord, �a n'emp�che pas de s'entendre.
Nous voulons r�agir en adultes.
Comme dit l'autre, continuez.
Un peu de lecture.
Ma�tre, le contenu des conventions.
La r�sidence de l'enfant est fix�e chez la m�re.
Vous allez vous �tablir...
� Paris, oui.
Droit de visite classique,
1er, 3e, 5e week-ends,
la moiti� des vacances.
- Monsieur ? - Oui, oui.
Alors ?
�a fait bizarre. Pourquoi vous �tes venus ?
- Pour dire qu'on est l�. - �a change rien, m�me si...
�a nous fait pas plaisir, mais vous d�cidez.
On a �t� parfaits.
C'est ce qu'il faut, pour la petite.
Naturellement.
�a va, dans cette grande maison ?
Il faut bien l'habiter. Jeanne va � Paris.
- A-t-elle bien fait ? - Maman...
On va manger un bout ?
Mado est seule. Je dois rentrer.
- Tu aurais pu t'organiser. - �a...
Et vous, Romain ?
- Pourquoi pas ? Je suis libre. - Il n'y a pas que des inconv�nients.
- Samedi, tu viens � quelle heure ? - 11 h ou dans l'apr�s-midi.
Non. 11 h, c'est bien.
11 h, �a va.
Allez.
�a va pas ? Tu te sens pas bien ?
C'est rien. Il fait chaud.
C'est rien.
�a va ?
� samedi.
Mado ! Mado ! R�veil de merde. Allez, grouille-toi.
- Que fais-tu l� ? - Quelle heure il est ?
9 h. Tu dors plus avec moi. Tu as un lit.
- Tu vas les payer ? - �a va pas ?
- Pourquoi tu les gardes ? - Oui. Pourquoi ?
Je viens expliquer ?
Non. Je dirai "je m'excuse".
Il faut jamais s'excuser, jamais dire "je suis d�sol�e".
- Qu'est-ce que je dis ? - Pourquoi t'es en retard.
Judith ? Tu d�jeunes � quelle heure ?
13 h. D'accord. Je passe te prendre � la pharmacie ?
�a, par coursier, �a, photocopie � classer,
�a, au courrier, ce soir.
On peut se voir dimanche ?
L'exposition Chagall au Grand Palais vers 12 h.
Apr�s, on va d�jeuner.
Apr�s, tu me sautes, chez toi. �a a march� une fois.
C'est pas �a...
Laurent, venez. J'ai besoin de vous.
Jeanne, il faut que je vous parle.
Alors, pour dimanche, on oublie ? Non, non. Je comprends.
On d�cide pas, on fait �a sur le moment. C'est mieux.
Il me pla�t, Laurent.
�a a tr�s bien march�, la fois chez lui.
Pourtant, j'�tais raide, compl�tement coinc�e.
Les derniers temps avec Romain, je t'ai dit... Bon.
Et lui, �a le rendait fou.
Sa femme ne voulait pas baiser. C'�tait une insulte.
Plus �a le rendait fou, plus j'y arrivais pas.
Un soir, l'�t� dernier, je t'ai pas racont� ?
Chez mes parents, � N�mes.
On avait d�n� dehors. Enfin, derri�re, sur la terrasse.
On se disait : "Au bout de dix ans, on va pas tout d�truire."
On devrait y arriver. Pour Mado. Il suffit de faire un effort.
Un effort, c'est d�j� louche.
Un effort, c'est que c'est pas la joie.
Lui, il me prend la main et je vois la gueule qu'il fait.
Le mec qui veut baiser. Vraiment excit�.
Moi, j'avais pas envie. Je savais pas comment lui dire.
Il s'est vite rendu compte et...
Je sais pas si �a existe...
entre mari et femme ?
C'est pareil. Il m'a viol�e, quoi.
L�, par terre. �a a dur� 15 secondes. C'�tait incroyable.
Vraiment incroyable. Alors tu parles, apr�s...
Laurent, c'est l'id�e d'un mec qui s'incruste,
et j'ai pas besoin d'un mec qui s'incruste. Vraiment pas.
Tout va bien. Je commence � peine �...
Et Romain, c'est vrai, t'as vu ? Il est vraiment incroyable.
Il est tr�s gentil.
Avec Mado, on se met d'accord, �a pose aucun probl�me.
J'aurais jamais cru.
Je crois que je l'impressionne. Je crois.
Il me voyait pas travailler, m'occuper de Mado.
Et l�, de voir que j'y arrive, il pourrait r�agir mal.
Il pourrait se sentir...
Mais non.
C'est un tel soulagement.
Un tel soulagement.
Pourquoi tu me regardes ?
Pour rien. Je te regarde.
Arr�te de me regarder. J'arrive pas � manger.
Mange, mange.
Laisse-moi te regarder.
Tu es ma fille. J'ai 2 jours par semaine pour te regarder.
Maman m'a dit, quand j'aurai 12 ans,
je me ferai couper les cheveux tr�s courts, comme �a.
Tu entends ?
Oui, oui.
Maman t'a dit que tu te ferais couper les cheveux tr�s courts � 12 ans.
Alors, maman et toi, vous avez d�cid�.
T'es pas d'accord ?
Pourquoi ?
Si vous avez d�cid� ?
Ma fille.
Hello.
- Vous vous �tes bien amus�s ? - Tr�s bien.
Entre. Reste pas dehors. Tu veux rester d�ner ?
Non, je vais rentrer. Oh, pourquoi pas ?
Le directeur m'a parl� vendredi :
"Le standard, vous devez �tre lasse, et le secr�tariat, vous n'aimez pas.
"Je peux vous passer aux relations clients."
"Relations clients" ?
Faire visiter les appartements. Et puis le reste. Tout le suivi.
Et tu vas accepter ?
Justement, je voulais te demander ton avis.
C'est tr�s difficile, de donner un conseil.
Tr�s difficile, dans ce domaine, d'�valuer la situation.
Et d'une fa�on g�n�rale, je pense, pour le moment,
que chacun doit faire exactement comme il l'entend.
Exactement.
Chacun de son c�t�.
C'�tait comme �a, amicalement.
Oh, "amicalement".
On se conna�t trop bien pour �tre amis.
Simplement amis.
On sera toujours mari�s, dans un coin de la t�te.
Je crois que je vais accepter.
Qu'est-ce que je risque ?
Et les horaires ?
C'est �a qui m'emb�te.
Enfin, pour Mado.
Je voulais ton avis pour �a.
Fais exactement ce que tu penses. T'occupe pas de ce que je pense.
Exactement ce que tu penses, toi.
Je crois que je vais accepter.
Bien, bien.
Mado veut faire de la danse.
Je vais l'inscrire avec ses copines.
Tr�s bien. Pourquoi pas ? Ben ouais, tant qu'� faire.
Madame ! Une lettre recommand�e.
Il me l'a pas donn�e. Allez � la poste.
Un recommand�, tiens.
On se rappelle.
Explique, minable petite queue !
Excellente entr�e en mati�re. Directe, percutante.
Tu m'envoies des lettres recommand�es !
T'as pas une langue ?
J'ai consign� certaines choses par �crit.
"Consign� par �crit", �a ?
"Premi�rement, les r�sultats de Mado paraissent insuffisants.
"Son dernier bulletin scolaire marque un net recul."
C'est incontestable.
"Deuxi�mement, son expression orale se rel�che :
"'C'est qui qui a mang� le g�teau ?'" au lieu de 'qui est-ce qui'."
� la rigueur : "Qui a mang� le g�teau ?"
"Troisi�mement, un bouton, le 2e en partant du bas,
"manque � son manteau."
Depuis 3 semaines. Le m�me bouton.
Le deuxi�me en partant du haut.
Le m�me bouton, depuis 3 semaines, manque.
Ton cul �tait pr�s du mien, l'autre soir, il fallait parler.
Les choses, c'est plus simple d'en parler.
Mais nous sommes divorc�s. � ta demande.
� ta demande.
On doit respecter des formes, laisser des traces.
Je pensais que tu trouverais �a normal.
Si j'avais imagin� un seul instant l'�tat dans lequel tu te mettrais
� cause de trois remarques tout � fait...
banales, j'aurais r�fl�chi � deux fois.
Mais enfin, une lettre recommand�e.
Signale-moi ce qui ne va pas, mais parle-moi.
N'envoie pas des lettres recommand�es comme un huissier.
Ce que tu peux �tre p�nible, parfois !
Je m'excuse.
Je suis d�sol�.
Oublie cette lettre.
La lettre, pas le contenu, avec lequel je crois
que tu es d'accord. - Mais oui.
Le bouton, les devoirs et elle dira : "Qui a mang� le g�teau ?"
Parfait.
Jeanne...
Jeanne !
Toujours la m�me.
R�volt�e.
Pardon.
Sinc�rement.
C'est un malentendu.
Je passe la prendre pour d�jeuner, mercredi ?
� la danse. Je t'ai donn� l'adresse.
Absolument. "� la danse."
Et tendu !
Tour soutenu, pli�, tendu.
La t�te ! La t�te !
�chapp�, pli�, tendu.
�chapp�, pas de bourr�e.
�chapp�, pli�, tendu.
�chapp�, tour...
Madeleine, dans l'autre sens.
Petite men�e.
Tour soutenu, pli�...
On ne rit pas.
Rhabillez-vous. � mercredi prochain. Merci.
Je suis le p�re de Madeleine.
Elle n'a aucune disposition pour la danse.
Sa morphologie n'est pas id�ale, mais avec du travail.
Elle est motiv�e et sympathique.
Mon fr�re aussi, mais il n'est pas danseur.
C'est simple. Ma fille a-t-elle un avenir dans cette discipline ?
Elle ne sera jamais danseuse �toile, mais est-ce le but ?
C'est �viter de perdre son temps b�tement.
Je ne vois pas pourquoi elle se donnerait en spectacle
pour un r�sultat d'avance m�diocre ?
Elle n'est pas naturellement dou�e,
mais elle peut danser plus que correctement.
Ma fille est tr�s mauvaise et je l'en f�licite.
En toute chose, il faut �tre excellent...
Vous ne ferez pas de ma fille une m�diocre ordinaire.
Rayez son nom de la liste. Je vous dois quelque chose ?
- Sa maman a tout r�gl�. - C'est parfait.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Tu n'iras plus � la danse.
- T'as du mal � lire ? - Non.
Fais voir.
- Pourquoi tu penches, alors ? - C'est pas grave. J'ai choisi.
"Pas grave" ?
Dis � ta m�re de prendre rendez-vous d'urgence chez l'ophtalmo.
"Pas grave" !
C'est tr�s ennuyeux, tu veux dire.
C'est une enfant tr�s gaie, sociable, intelligente.
�tourdie, mais dou�e et attachante.
Sa maman est venue m'expliquer la situation.
Je vous rassure, �a va.
Si tous les divorces donnaient �a.
Mon ex-femme a dit qu'elle vivait bien le divorce.
Oui. Que �a passait pas trop mal.
Je ne partage pas son optimisme.
Madeleine prend sur elle.
Elle est �nergique, orgueilleuse. Elle veut dissimuler sa diff�rence.
Mais quel effort d�mesur� pour son �ge !
Ils sont 25. Je ne vois pas tout, mais il ne m'a pas sembl�...
Et ses r�sultats sont tr�s convenables.
En baisse.
Notoirement en baisse. D'un trimestre sur l'autre.
Un petit fl�chissement.
Madeleine vit dans un tourbillon. Mon ex-femme est gaie, g�n�reuse.
Tr�s sympathique, oui.
L'envers de la m�daille, en toute impartialit�, mais je la connais...
Elle a tendance � foncer dans le brouillard.
Tant que �a roule !
Moi, j'essaie de pr�server les rep�res psychologiques de Mado.
On l'appelle Mado.
Moi aussi. Quand je suis f�ch�e, je dis Madeleine.
Elle comprend aussit�t.
Je la vois le week-end, le mercredi, et je remarque un abattement,
un repli sur soi.
Un manque d'entrain, une mollesse, un abandon.
Une apathie.
C'est secret, un enfant.
Terriblement. Je vous apprends rien ?
Oui. En parlant avec vous, �a me revient.
J'ai observ� chez Mado, on va l'appeler Mado,
des crises de larmes suite � des p�riodes d'excitation,
et aussi des petits saignements de nez.
Il y a un moyen tr�s simple pour �tre fix�.
J'attache beaucoup d'importance aux dessins.
C'est tr�s r�v�lateur, un dessin.
Je les fais beaucoup dessiner.
Voil� le dossier de Madeleine.
Je garde tout. C'est pas une question artistique.
Les couleurs ne sont pas joyeuses. Les petits aiment les teintes vives.
J'ai pas beaucoup d'exp�rience,
mais ses dessins semblent exprimer de la tristesse.
Peut-�tre. Des formes assez tourment�es, c'est vrai.
Regardez. Cette masse... sombre, l�.
C'est angoissant.
Tout le tiers sup�rieur. Cette masse. Et dessous, comme par hasard,
un enfant.
Oui. Vous avez raison, je n'avais pas...
C'est tr�s net.
Il est vrai...
En soi, c'est pas important, mais certains d�tails,
des retards le matin, pas de mot d'excuse
et des papiers � signer qu'il faut r�clamer plusieurs fois.
Un jour, Madeleine a fait rire toute la classe.
Elle portait sa veste de pyjama sur son chandail...
Vous fr�quentez des Sud-Am�ricains ?
Pas du tout.
On a fait une animation sur "l'enfant dans le monde".
Chacun devait apporter sa contribution : po�me, dessin.
Mado a chant� un cantique en p�ruvien.
"En p�ruvien" ?
Je ne sais pas d'o� elle tient �a. Pas de moi, en tout cas,
mais c'est exactement le genre de chose,
une petite chose ajout�e � l'autre qui la trouble,
qui la d�soriente.
Je suis tr�s pr�occup�.
Je vais l'observer. Vous avez bien fait de venir.
C'est d�licat.
Sa m�re, je ne veux pas agir dans son dos,
ni risquer de perturber Mado encore davantage.
C'est normal de se pr�occuper. C'est le contraire...
Laissez-moi un num�ro pour vous contacter.
Naturellement, il faudrait que ce soit grave...
Voil�. En cas d'extr�me n�cessit�. Si vraiment quelque chose.
Vous vous disiez : "L�, c'est pas possible."
Voil�. L�, c'est mon bureau, avec ma ligne directe.
Et je rajoute mon num�ro de t�l�phone personnel.
N'h�sitez pas � m'appeler. Merci. Cette conversation �tait n�cessaire.
Quelquefois, il suffit de parler.
- Au revoir, Catherine. - Au revoir.
J'ai vu la voiture de papa � la r�cr�ation, mais pas papa.
"La voiture de papa" ? Mais il travaille. O� tu l'as vue ?
� la r�cr�ation, dans la cour.
"Dans la cour" ? Qu'est-ce que tu dis ?
Dans la rue. On voit la rue depuis la cour.
C'�tait une voiture comme la sienne.
Non. C'�tait la voiture de papa.
Tu te couches � 21 h. Je vais au cin�ma et je rentre.
� 21 h, Mado, pas plus tard.
T'as faim ? Tu veux que je fasse � manger ?
Moi, j'ai faim. Je me fais � manger.
- Ne bouge pas. - Quoi ?
Tu bouges. Je te vois bouger devant moi.
�a me g�ne.
Assieds-toi.
- On t'a dit que t'�tais chiant ? - Jamais.
C'est triste, ici. C'est mortel.
Tu m'as fait l�cher mon studio.
J'ai fait une belle connerie.
Fais quelque chose.
Occupe-toi.
Tu fais rien.
Ce week-end, t'iras chez ta soeur.
�a te d�range pas ?
- On va prendre un verre chez moi ? - Pas chez toi.
Dans un h�tel, oui, d'accord. Emm�ne-moi dans un h�tel.
Tu ram�nes �a... �a fait compl�tement con, tout d'un coup.
Si t'as pas envie, je vais pas te forcer.
T'es vex� ?
� l'h�tel, on peut faire ce qu'on veut.
C'est vide, un h�tel. C'est pas comme...
Chez toi, je vais voir ta brosse � dents, tout �a.
�coute, je te ram�ne.
Je suis pas vex�, mais ce soir, il vaut mieux laisser tomber.
Pourquoi ? Mais non !
Tu connais pas d'h�tel ?
Non. L�, je...
Pas ce genre d'h�tel.
Quel "genre d'h�tel" ? H�tel de passe ?
N'importe o�, on peut faire l'amour et s'en aller.
Viens, on va trouver.
Pas celui-l�.
Celui-l�, non plus.
L'h�tel des Ambassades ?
- L'h�tel des "Embrassades" ? - Je sais pas � quoi tu joues.
L'h�tel des Ambassades, pourquoi pas ?
- Ou un autre, je m'en fous. Choisis. - Une pharmacie ouverte ! Arr�te-moi.
L'h�tel des "Embrassades", OK. On va pas tourner toute la nuit.
Gare-toi.
- On a d�j� couch� ensemble. - Et ce que t'as fait depuis ?
- La 1re fois, tu savais pas. - C'�tait imprudent.
J'ai eu tort.
Non, arr�te.
Gigote pas.
C'est ridicule.
- Tu es ridicule. - Arr�te, je te dis.
Ne me touche pas.
Arr�te �a, maintenant !
T'as envie de me frapper ?
Tu voulais me frapper ?
Comme un gamin, c'est �a ? Comme un petit gar�on.
Tu n'es pas content, bing ! Un coup de poing.
Bravo.
Il faut que je file.
D�sol�e, ma fille est seule � la maison.
C'�tait mal barr�, de toute fa�on.
Avec ou sans capote, on aurait d� faire vite.
Je te laisse la bo�te, on sait jamais.
Pourquoi tu fais �a ?
Pourquoi ? Je sais pas.
Je sais pas pourquoi je fais �a.
Avril, en bras de chemise, quand vous raconterez �a � Paris.
C'est divin.
Vous savez pas comme �a nous fait plaisir.
Quand vous nous avez dit : "J'arrive."
J'ai dit � Jeanne : "C'est ridicule, j'ai toujours aim� tes parents."
Bien s�r. Enfin, naturellement.
Elle nous promet de venir. On la voit jamais.
C'est toujours la semaine prochaine.
Elle s'investit dans son travail. C'est pas seulement travailler.
- �a remue plein de choses. - C'est psychologique.
D�j� quand elle s'y est mise. Elle avait pas besoin.
Ce qu'elle gagnait partait en imp�ts.
Et puis garder la petite, �a co�te, et c'est pas l'id�al.
Enfin, si on est oblig�s. Mais l�, c'�tait vraiment...
C'�tait vraiment. Je sais pas...
- Pour dire qu'elle travaillait. - Voil�.
Mais la petite a l'air...
- Moi, je la trouve bien, hein ? - Oui.
Oui, c'est vrai.
- Vous n'avez pas l'air tr�s s�r. - J'ai vu son institutrice.
- N'en parlez pas � Jeanne. - Non.
Je voulais me rendre compte. Il y avait anguille sous roche.
Et alors ?
C'est pas encore trop grave, mais son institutrice �tait d'accord.
- Elle est pas mal. - Certaines sont �patantes.
Il faut redresser la barre.
Une accumulation de petites choses : retards, absences, oublis...
Cette enfant a perdu ses rep�res.
Qu'est-ce que vous voulez, Jeanne, je dis rien, c'est ma fille,
mais je me rends compte.
On sait pas sur quel pied valser, alors pour un enfant...
Elle oublie tout.
Dans le sac de Mado, il manque la moiti� des choses.
La brosse � dents, le bas du pyjama, pas le haut.
J'ai rien dit � Mado.
Surtout pas. J'�vite de critiquer sa m�re devant elle.
Pour une nuit, c'est pas grave. Il fait chaud. C'est pour dire...
Petite, elle oubliait ses culottes sur la poign�e des portes.
Oh, �a !
Elle chante quoi ?
- C'est quoi, cette langue ? - Du p�ruvien. Enfin, je suppose.
- O� elle a appris ? - Jeanne.
Des amis de Jeanne. Il y a toujours plein de gens,
chez elle. Vous la connaissez.
Jeanne !
Non, mais quel num�ro, je vous jure.
Du champagne ! Du champagne !
Moi, j'aime pas le champagne.
C'est du champagne pour enfants. Sinon, on serait ivres.
On est ivres ! On est ivres !
Tchin-tchin !
� ta sant� !
Bon anniversaire. Je vais t�l�phoner.
Judith, t'entends ?
C'est tr�s r�ussi, je suis contente.
J'ai tout bien fait. Tu m'aurais vue ! Un buffet g�nial.
On a fait des jeux et tout. Mado est vraiment contente.
J'ai pris l'apr�s-midi, je me suis d�brouill�e.
Venez manger les restes. Avec Mado, j'en ai pour 15 jours.
Tant pis, j'aurais d� y penser avant. Tu sais, je pr�vois jamais.
Tu dis que je suis bord�lique.
Enfin, pas tant que �a, quand m�me. Je fais des progr�s. Je m'am�liore.
Arr�tez ! Laissez-moi lire. �a suffit !
A�e ! Ouille !
�a va ? O� t'as mal ?
Madame ! Madame ! Cyprien s'est fait mal.
Arr�tez la musique. O� il est ?
Il est l�.
Fais voir.
Le bras.
- Essaie de remuer le bras. - Je peux pas.
Il y a un h�pital � c�t�, je t'emm�ne.
Vous restez l�. Vos parents vont venir.
Regardez la t�l�. Jouez calmement. �a suffit d'un �clop�, d'accord ?
- Oui ? - Monsieur Prieur ? C'est Catherine.
L'institutrice de Mado ?
Oui. Il s'est produit quelque chose. Peut-�tre �tes-vous d�j� au courant ?
- Non. De quoi s'agit-il ? - Un petit incident.
Votre ex-femme a organis� une boum pour l'anniversaire de Mado.
On ignore comment �a s'est pass�,
mais un des enfants, Cyprien, qui est dans ma classe,
s'est d�mis l'�paule.
Les parents en ont parl�. La directrice l'a su.
Oh, voil�. Voil�. Exactement.
Exactement ce que je redoutais. Exactement.
Alors je me suis dit...
Mado doit �tre boulevers�e.
J'ai relativis�, j'ai dit que c'�tait pas grave.
Il faut marquer le coup.
Mon ex-femme ne doit pas �tre consciente d'avoir commis une faute.
Je pensais lui dire, en y mettant les formes...
Ce qui est ext�rieur � l'�cole...
J'aimerais avoir sa version.
Si c'est la directrice, �a aura plus de poids.
C'est pas pour minimiser...
Vous avez raison. J'y avais pens�.
Pour �viter tout malentendu, je voulais pr�ciser, c'est important.
C'est pour faire connaissance.
N'est-ce pas, Catherine ?
Et pas du tout pour vous gronder.
Je sais. Catherine m'a dit. Et �a, je comprends tr�s bien.
Il y a eu un petit... Vous avez �t� un peu froiss�e.
- "Froiss�e" ? - Non.
Je comprends tr�s bien.
Je suis certaine que vous n'avez rien � vous reprocher.
Mais cet accident, tout le monde en parle.
Et vous pourriez peut-�tre � un moment... Comment dire ?
Je voudrais pas employer un mot trop...
Faire figure d'accus�e.
- Donc ? - Mais "donc" rien.
Donc j'ai pens�...
Enfin, nous avons pens� qu'il valait mieux se voir et discuter.
Vous voulez qu'on parle de cet accident ?
�a, l'accident, je dirais... C'est une temp�te dans un verre d'eau.
Nous-m�mes, dans la cour,
ou m�me l'ann�e derni�re dans une classe... Hein, Catherine ?
Un enfant s'est bless�, assez gravement, avec sa r�gle.
Il jouait, et je ne sais pas comment, �a s'est termin� � l'h�pital.
Alors... Non.
Non.
Non. C'est Madeleine qui me pr�occupe.
Mado.
"Mado" ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui va pas ?
C'est la question qu'on se pose.
Elle para�t tr�s...
Pas dans son assiette, mal dans ses baskets.
Tr�s �tourdie, irritable.
- Vous n'avez rien remarqu� ? - Non. Je la trouve en forme.
� l'�cole, nous remarquons des choses que les parents ne voient pas.
Vous comprenez, des heures de coucher irr�guli�res,
une maman pas tr�s disponible, des visites incessantes,
�a joue sur leur �quilibre nerveux.
C'est pas ce que vit Mado !
Madame, je ne vous accuse pas.
J'essaie de comprendre la d�gradation du comportement de votre fille.
Je m'interroge, je me pose des questions.
Il ne faut pas mal le prendre.
Changez de ton. Vous avez un ton d�plaisant.
Ah. Excusez-moi, je m'en �tais pas aper�ue.
- Mais je veux bien changer de ton. - Vous proc�dez par insinuations.
Vous devriez plut�t appr�cier l'attention port�e � votre enfant.
On pourrait tr�s bien s'en moquer. C'est pas le travail qui manque.
J'ai la responsabilit� de 550 enfants.
On bosse, mais les parents doivent coop�rer.
S'ils s'en fichent, qu'est-ce que j'y peux ? Inch'Allah !
Je vais pas �tre plus royaliste que le roi.
Je vous aurais pr�venue. Vous disposez.
C'est minable. J'ai honte d'entendre des choses pareilles.
Vous entrez dans ma vie de quel droit ? Je me sens sale, moche.
C'est ma fille. C'est moi qui l'�l�ve, moi qui d�cide. Moi !
Elle est folle.
Madame, revenez. Ne vous vexez pas. On ne voulait pas vous blesser.
Mado ne manque de rien.
Je l'aide � faire ses devoirs, elle est en bonne sant�.
Tout se passe bien et vous venez casser, d�molir tout �a.
Quelles "visites incessantes � la maison" ?
Il ne vient personne, � la maison. O� allez-vous chercher �a ?
Je ne sais pas. On croyait. Revenez.
Revenir ? Vous �tes bien bloqu�e. J'ai rien � voir avec vous. Salut !
On doit prendre une d�cision pour Mado.
Son �cole, c'est impossible de continuer comme �a.
J'ai vu la directrice et l'institutrice. Deux frustr�es.
T'aurais r�agi comme moi.
Je pr�f�re me crever au boulot pour lui payer une �cole priv�e.
- Je veux plus. - La fuite en avant.
Un probl�me se pr�sente et on fonce t�te baiss�e dans tous les sens.
Que s'est-il pass� ?
Peu importe. Je te raconterai.
Es-tu d'accord pour changer Mado d'�cole ?
En cours d'ann�e ?
Parce que la t�te de la directrice te revient pas ? Non.
D'accord, pas cette ann�e. Mais l'ann�e prochaine.
Il faut l'inscrire maintenant.
Ni cette ann�e ni l'ann�e prochaine. Tu me mets devant le fait accompli.
- Comme pour le cat�chisme. - Je t'en avais parl�.
- Tu avais dit oui � Mado. - Si tu voulais et � l'essai.
Le cat�chisme "� l'essai" ! Et Mado n'est pas baptis�e. Ni toi.
Je suis contre tes m�thodes. Un peu de tout, un peu de rien.
Je veux qu'elle apprenne � s'engager � fond.
Je ne veux pas en faire une vell�itaire, une flottante,
qui picore � droite � gauche, qui survole, qui plane.
Qu'elle devienne quelqu'un d'ind�cis, d�pourvu de structures,
qui ne sera jamais bien nulle part, jamais satisfaite,
qui courra le monde pour aller chercher ce qu'elle a sous le nez.
Je ne veux pas, tu entends !
Jeanne ? All� ?
Romain, j'ai bien r�fl�chi.
On ne devrait pas se heurter sans cesse � propos de Mado.
C'est b�te, �a n'a pas de sens.
On peut se mettre d'accord sur l'essentiel.
Mado est chez ta soeur. Profitons-en pour nous voir tranquillement.
Je t'invite � d�ner.
Dehors, au restaurant.
"En terrain neutre", c'est �a.
On devrait se voir plus souvent. Ce serait merveilleux.
Clandestinement.
Redevenir amants, apr�s dix ans de mariage et une rupture.
T'en crois pas un mot.
Non.
Merci.
La page est tourn�e.
� propos, je pense d�m�nager. Cette maison me sort par les yeux.
O� tu veux t'installer ? � Paris ?
Tu cherches un appartement ? Quelle taille ? Je peux t'aider ?
Tu es une professionnelle et je ferai appel � tes comp�tences.
- Et ta Su�doise ? - Elle est pas su�doise.
Ses parents habitent La Rochelle. Ingrid, c'est un nom...
Je sais pas pourquoi ce pr�nom.
Elle me p�se. �a me p�se.
C'est une relation... vide.
Pas vide. Mais une relation...
C'est mal de dire �a, mais elle a des qualit�s. Non, non.
Enfin, avec toi...
On a une certaine complicit�.
Tu peux pas le nier.
- On peut tout se raconter. - Pas "tout".
Tu me caches quelque chose ? T'as rencontr� quelqu'un ?
Non, personne. C'est pas de �a que je voulais parler.
Justement, je voulais t'en parler. Libre � toi d'avoir des aventures.
�a te regarde.
Mais si tu envisageais de vivre avec un autre homme,
je ne resterais pas inactif.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
- �a me concerne. - �a, c'est vraiment incroyable.
J'ai besoin de ton autorisation ?
Tu es mon p�re ou mon seigneur, comme au Moyen �ge ?
Tu r�ves !
Il y a un seul petit d�tail que tu n�gliges.
Un d�tail absent de ta r�flexion, comme si �a n'avait...
aucun sens pour toi.
Je ne suis ni ton p�re, ni ton seigneur.
- Je suis le p�re de Mado. - Quel rapport ?
Tu vis seule avec Mado, c'est une chose.
Tu vis avec un homme et Mado, je ne l'accepterai pas.
�coute, Romain. Arr�tons tout de suite.
J'ai pas l'intention de vivre avec quelqu'un.
Cessons de nous disputer pour une chose qui n'existe pas.
C'�tait en pr�vision. Je prends les devants.
Tu es fou, hein. Je crois que t'es fou.
Tu vas me parler de b�tises, alors que je veux juste
la paix. - � propos de quoi ?
Mado. Tu fais semblant de pas comprendre ?
- Reconnais tes erreurs. - Quelles "erreurs" ?
Toutes.
T'es compl�tement malade.
Je t'obligerai � les reconna�tre.
- Laisse, je vais faire une note. - J'ai dit moi.
- Le cigare, au moins. - Fiche-moi la paix.
Vous marquez "lu et approuv�" et vous signez.
Juste "lu et approuv�" ? Pas la date ?
C'est inutile.
Et pour les cl�s ?
- Pardon ? - Les cl�s.
Vous les prendrez chez la concierge.
C'est parfait. Eh bien, merci.
- Tu es furieux ? - Jeanne, laisse-moi tranquille.
On peut difficilement s'�viter, mais laisse-moi tranquille.
- Je t'invite � d�ner ce soir. - Arr�te.
Chez moi.
C'est quoi, cette histoire ?
On d�nerait tous les trois, avec ma fille.
T'es s�rieuse ?
20 h, �a te va ?
�coute... j'accepte.
Non seulement, je rate ma s�ance de gym,
mais je bouffe des p�tes et je finis le plat.
- Tu fais de la gym ? - Deux fois par semaine.
Bien oblig�, sinon.
Mado, tu vas te coucher !
Qu'est-ce qu'elle fait encore debout, cette gamine ? Allez !
Plouf !
- Je peux dormir dans ton lit ? - Pas question.
- Ben, moi, je vais y aller. - Reste.
Jeanne, je suis venu, je pensais pas du tout...
C'est moi qui te le demande.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je voulais partir avant que Mado se l�ve.
Pourquoi ?
Qui t'a demand� quelque chose ?
- C'est � moi de d�cider. - Je croyais que �a te g�nerait.
Pourquoi ?
Je peux pas recevoir un homme chez moi ?
Je devrais me cacher ?
Non. Bien s�r que non.
En fait, t'as raison. �a me regarde pas.
Couche-toi. Je vais faire du caf�.
Sympa.
J'aurais d� filer.
J'en ai marre qu'on me dise quoi faire !
- Tu l'as fait expr�s. - Qu'est-ce que tu veux dire ?
"Expr�s" de quoi ? J'ai fait expr�s de quoi ?
- Tu voulais qu'elle nous voie. - Mais �a va pas, hein !
Je suis un petit peu con. Il faut pas m'en demander trop.
Mado ?
Merde ! Merde !
Mado, viens voir maman.
Mado !
Ah, je t'ai fait attendre. Le pont de Saint-Cloud, monstrueux.
Ton coup de t�l�phone, j'ai rien compris.
�a faisait tr�s... James Bond, OSS 117.
Assieds-toi.
Attends. Je jette un coup d'oeil...
�a en fait, des arbres et des arbres abattus pour que dalle.
Alors ?
- C'est tr�s personnel. - Je t'�coute.
- Mon ex-femme. - Tu me l'as fourgu�e.
Tu vas pas me la souffler. J'en suis tr�s content.
- Je peux te parler franchement ? - Accouche.
Jeanne m'inqui�te beaucoup. Elle d�rape totalement.
Elle passe la nuit dehors, fr�quente n'importe qui, claque.
Une vraie d�rive.
Mon vieux, je suis chef d'entreprise.
Ce que foutent mes employ�s en dehors du boulot, je m'en tape.
Et Jeanne, je n'ai vraiment rien � lui reprocher.
Je me demande combien de temps elle va tenir.
On verra bien. Maintenant, je n'ai absolument rien � lui reprocher.
- Je ne vais pas fouiner... - Notre fille a dix ans.
C'est bien malheureux pour la gosse, mais que puis-je y faire ?
Allons, Romain.
Secoue-toi. Resserre les boulons.
Un divorce, c'est jamais une partie de plaisir. J'en sors.
Serre les dents et dis-toi que le pire est devant toi.
Tu te fais un peu de cin�ma, je crois.
H�...
James Bond !
Je tenais � te pr�venir, tu es pr�venu.
Je d�cline toute responsabilit�.
- All� ? - Maman ! Pourquoi t'appelles plus ?
C'est toi.
Le soir, je m'occupe de Mado et je m'�croule.
Il y a du bruit. O� es-tu ?
Dans une cabine. J'attends un client.
- On se fait du souci. - �a va pas ?
Si. Nous, �a va toujours.
- Ben, quoi ? - Tu sais.
- Je veux pas t'en parler. - Quoi ?
C'est pour toi et Mado.
Mado, tu l'as vue ? Elle fait piti� ?
Non, non.
- R�ponds. Comment tu l'as trouv�e ? - Mignonne, adorable.
Justement, on se dit...
Une enfant intelligente, il faut pas la g�cher.
Je la g�che ?
Non. Tu me fais dire... Je voulais pas t'en parler.
Juste des soucis.
On pense � ceux qu'on aime. Tu vas pas nous emp�cher de l'aimer,
cette petite ! - Je sens des choses dans ta voix.
Quoi ? J'ai pas dit des horreurs.
Tu me dis : "Je me fais du souci pour Mado."
Pourquoi ?
Mais je sais pas. Elle tousse. C'est des choses comme �a.
Surtout la nuit.
- Tu as fait quelque chose ? - Elka�m l'a vue.
- Il l'a trouv�e en pleine forme. - Si tu l'as emmen�e. Et ses yeux ?
- Mais elle y voit parfaitement. - Pas d'apr�s son p�re.
- Maman ! - C'est �a qui nous inqui�te.
- Un enfant, il faut s'en occuper. - Je m'en occupe !
Tu es seule.
Maman, mon client poireaute. Je te rappelle dimanche prochain.
Non, je vais � la campagne. La semaine prochaine.
- Tu m'assures que tout va bien. - Je t'assure, je te jure, maman.
- Monsieur Giordano ? - C'est moi-m�me.
On y va !
- On n'avait pas dit au 11 ? - Oui, je me suis tromp�e.
Si vous voulez �viter les encombrements, il faut bouger.
Oh, je peux pas.
J'�tais tellement bien, l�.
Non. On reste encore.
Vous partez quand ?
Demain matin. La pharmacie ouvre � 14 h.
Je reste.
Mado va � l'�cole et tu as des rendez-vous.
Mado, c'est pas parce qu'elle va manquer une matin�e...
Regarde. Elle est bien, l�. �a compte, non ?
Moi, je t�l�phonerai demain avant de partir.
Ou tu t�l�phoneras � ma place. Tu diras que je suis sur la route.
T'es s�re que �a va pas... Moi, c'est pour toi.
Mais non. Si on peut pas profiter de ces moments-l�.
Pour nous, c'est pas un probl�me. C'est � vous de voir.
Ah, ben oui. �a...
Vous pouvez rester. Ce soir, on finira les restes avec une salade.
Tu m'excuses, je dois t�l�phoner. Muet, c'est beaucoup mieux.
All� ! All� ! Mes poulettes ? C'est votre coq. Cocorico.
Pas encore rentr�es ?
Pas encore rentr�es.
Jeanne, si tu m'avais laiss�, comme je te l'ai demand�, un num�ro,
je serais pas en train de me faire du souci, comme un con,
un dimanche soir, � 21 h,
alors que Mado devrait �tre couch�e depuis une demi-heure.
Bref. On va pas dramatiser inutilement.
Je vous rappelle tout � l'heure
et je fais d'avance un gros baiser � ma fille sur le bout de son nez.
Tu es seul ? Je croyais que tu �tais avec moi.
C'est pareil.
Tu aimes �tre m�chant.
Oh, je t'en prie ! "M�chant", qu'est-ce que �a veut dire ?
"M�chant" ! Oh non. "Tu aimes �tre m�chant."
R�gression. Nullit�.
C'est bon d'envoyer tout balader, quelquefois.
�a me tue de faire les choses par devoir et non pas par plaisir.
On peut trouver son plaisir dans le devoir.
Enfin, c'est une id�e un peu obsol�te.
�a veut dire quoi, "obsol�te" ?
Qui n'a pas de valeur, qui n'est plus en usage.
Je peux sortir de table ?
"Le plaisir dans le devoir." Avec Romain, je suis devenue une pro.
Tout calculer.
Les vacances, un an � l'avance.
Les gens qu'on invite � manger � la maison, une liste.
Si, si, dans son Mac.
Il marquait ce qu'on avait cuisin�, avec qui ils �taient venus.
Je lui en veux pas, c'est ce que je voulais.
Qu'est-ce que vous vouliez ?
Quand je l'ai rencontr� ?
Quelqu'un qui m'apporte �a : l'ordre.
Romain, 1 h du matin.
Je suis mortellement inquiet.
Jeanne, d�s que tu rentres, tu m'appelles.
� n'importe quelle heure.
Elle est rest�e � la campagne. Elle rentrera demain matin.
C'est une faute.
- Mado n'est pas l� ? - Non.
Personne. Aucune nouvelle depuis vendredi.
Je suis inquiet.
- Vous craignez ? - Tout. Tout.
Une amie a t�l�phon�. Elle est sur la route.
Mais o�, exactement ?
Je ne peux pas vous en dire plus.
- Qu'est-ce que tu fais l� ? - Jeanne a disparu avec Mado.
- "Disparu" ? - Depuis vendredi. Aucune nouvelle.
Je suis mortellement inquiet.
Bizarre. Elle avait des rendez-vous.
Oh, mon Dieu ! Je savais. Je savais. Et je t'avais pr�venu.
Mon ex-femme est tr�s perturb�e.
Je suis mortellement inquiet.
Elle est capable de perdre tout contact avec la r�alit�.
Je n'ose imaginer...
Ma fille n'a que dix ans.
Rangez-vous sur le c�t�.
Qu'y a-t-il ?
Coupez le moteur, descendez du v�hicule.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? - Suivez-moi.
- Et ma fille ? - On s'occupe d'elle.
Pas question. Je l'emm�ne.
- Madame, ne faites pas d'histoires. - Si ! Viens, Mado.
Il m'a balanc�e aux flics. Non, mais c'est inimaginable. Lui !
Avec ce qu'il a pu dire. Quand je l'ai connu, il �tait anar.
Alors, les flics, des sous-hommes !
C'est un classique, la police, dans un divorce...
- �a fait peur. - C'est l'enfant.
Vous lui avez fait manquer l'�cole. Vous vous mettez dans un mauvais cas.
Je parle, objectivement, parce que, attention,
si on engage une action, il va falloir �tre...
- Oui, oui. - ...tr�s vigilantes.
Ne pas laisser prise aux critiques.
- Dans une certaine mesure. - D'accord.
Moi, c'est l'autorit� parentale conjointe. J'en veux plus.
Il faut une r�vision du jugement.
Mon emploi du temps, mes relations, mon boulot...
Il note, contr�le, mieux que si on �tait mari�s.
- C'est l'aspect n�gatif. - Il y a un aspect positif ?
Si tout se passe bien, en principe...
Si tout se passe bien, on divorce pas.
Que veut-il, exactement ?
Obtenir la garde de l'enfant ? C'est quoi, le but ?
Reprendre la vie commune ?
"La vie commune" ?
Non, je pense pas.
Non, je sais pas.
- Et vous ? - Moi ?
- Vous reprendriez la vie commune ? - Non.
Non.
Bon.
On va monter un dossier. Vous tapez ?
- Oui. - Parfait.
Notez tout ce qui vous para�t important, entre lui et vous,
m�me avant votre divorce,
et revoyons-nous dans quinze jours.
Je vous dois combien ?
713,40 F.
Excusez-moi. �a para�t...
On applique un tarif horaire et avec la TVA, pour tout simplifier.
J'ai l'impression...
Vous sentez pas bien mon affaire.
- Vous avez demand� le divorce ? - Oui. Enfin, il �tait d'accord.
G�n�ralement, le demandeur a du mal � assumer.
- Je l'assume tr�s bien. - Oui, oui.
Dans quinze jours.
Dimanche, 19 h. Compris ? Dis-le � papa.
- Oui, oui. - Mado !
Pas au revoir, pas un baiser. Rien ?
Elle est l�, ma fille !
Elle est l�, ma fille.
Judith, c'est Jeanne. Deuxi�me message.
Tu m�nes ta petite vie sans me tenir au courant ? Cachotti�re.
Allez, appelle-moi vite.
Moi, �a va. J'avance bien. Je noircis des pages.
Et...
je me sens beaucoup mieux, beaucoup plus...
Enfin, j'ai vraiment la p�che.
Allez, appelle-moi. Moi, je t'appelle plus.
Tiens. Un cadeau de la part de papa.
"Un cadeau" ? "De la part de papa" ?
- Maman ! - Allez.
C'est pas gentil. C'�tait un vase tr�s joli.
Pas besoin de vase. J'en ai, des vases ! Viens.
Viens, je te dis.
T'es folle ! Je t'aime plus.
Tu m'en veux ?
Je m'excuse.
J'aurais pas d� le jeter. C'�tait idiot.
Je m'excuse.
Pourquoi tu t'excuses ? T'as dit qu'il fallait pas s'excuser.
Jamais.
- Tu t'amuses jamais. - Autant que toi, peut-�tre plus.
Reste pas dans nos pattes. Va profiter du beau temps.
J'aide. Je vais secouer la salade.
Laisse. Les gar�ons vont le faire.
Vincent ! Vincent !
- Pourquoi tu viens pas � Paris ? - Je sais pas.
J'ai de quoi te loger. Tu prends le TGV.
Oui.
- J'ai beaucoup de travail. - �a me ferait plaisir.
�a, c'est pour demain.
C'est pas un verre qui...
Demain, si on faisait un beau poisson grill� ?
C'est deux fois moins cher qu'� Paris.
Demain, on fait du lapin.
Comme tu fais. Le poisson au four, avec de la tomate,
du thym et des oignons.
Ta soeur te dit qu'on fait du lapin. T'as pas vu dans le frigo ?
Vous avez fait votre programme.
Il faut pr�voir, pour 8 personnes. Tu crois que �a se fait comme �a ?
Moi, je plane.
Moins de bruit !
Mais tu cherches quoi ?
Un cendrier !
Tu es assez nerveuse. Tu as besoin de fumer ?
Je vais pouvoir respirer sans vous demander la permission ?
Elle est vraiment zinzin.
Moi, de la voir comme �a...
Maman. Maman !
C'est br�l�, je vous pr�viens.
C'est pas grave.
Et Jeanne, o� elle est pass�e ?
Je croyais qu'elle �tait avec vous.
Jeanne ! Jeanne !
Mado, va voir. Dis-lui qu'on mange.
Tiens, vas-y.
Maman !
Tu viens manger ?
Pr�pare-toi. On s'en va.
- "On s'en va" ? Pourquoi ? - On s'en va, discute pas.
Mais j'ai pas mang� !
Gueule plus fort pour qu'ils rappliquent.
Qu'est-ce que c'est ? Va voir un peu ce qui se passe.
Elles ont foutu le camp ! Elles ont foutu le camp.
Et ce soir, alors, on va coucher o� ?
� l'h�tel, je sais pas. On verra.
�a va co�ter cher ?
Oui.
Alors ?
- Quoi ? - Si �a co�te cher ?
On trouvera, je sais pas, un h�tel pas cher.
Alors il faudrait savoir.
Quoi ? "Il faudrait savoir" quoi ?
Rien, rien.
Et papa, il va appeler. Il va pas savoir o� appeler.
Arr�te de couiner, d'accord ?
�a devient insupportable, � la fin.
Qui vous a pr�venu ?
C'est Mado qui m'a appel�. On sentait qu'elle �tait...
Compl�tement chamboul�e. Elle �tait si contente,
� son arriv�e, de voir ses cousins et sa tante.
� minuit, elle �tait pas couch�e.
Tr�s excit�e. Elles �taient all�es... Enfin, Jeanne l'avait emmen�e danser,
� la bo�te de l'h�tel. - Que lui passe-t-il par la t�te ?
C'est le moindre rep�re, la sant� d'un enfant, tout.
Elle ne sait plus � quoi se raccrocher.
Voil�. On se dit "quoi faire ?"
- Si elle acceptait de se soigner. - Oui, d�j�.
Partir. Il y a des maisons.
Oui, �a pourrait...
- Je pourrais... - Financi�rement.
Non, garder Mado. Je pourrais la garder un mois ou deux.
- Le temps qu'il faut. - Vous ne demandez que �a, je sais.
Et la petite, j'ai l'impression que �a la soulagerait.
- Elle aime beaucoup sa m�re. - Mais oui, c'est �a qui est triste.
"Elle aime beaucoup sa m�re."
Le probl�me, c'est :
parce que Jeanne ne l'admettra pas, avouer qu'elle est malade.
Il y a la proc�dure.
Perdue d'avance.
C'est peut-�tre... Moi, je dis... Pourtant, je suis sa m�re.
Souhaitons
qu'elle perde, sinon, jusqu'o� �a va aller ?
- Jusqu'o� ? - Mais vous seriez pr�te...
Vous et Georges, vous seriez pr�ts... C'est tr�s d�licat.
Quoi ? � dire ? Si on nous demandait ?
Enfin, un t�moignage.
Oui. Oh oui.
C'est arriv� � un point que...
Oh oui ! Je crois que oui. Oui.
Debout !
Je ne vis pas avec quelqu'un qui dort, mais qui bouge, qui pense.
Ceux qui dorment � 14 h, dehors !
- T'es fou. - Je suis "fou". D�gage.
Romain, arr�te. Non !
Romain, laisse...
Romain, laisse. Je vais le faire.
Tu vas le faire ? Fais-le.
Fais-le. Allez !
Fais-le.
Fais-le. Fais-le.
- Fais-le. - Salaud !
T'en as pas marre ? Tu fais chier !
- Moi, ta femme, tout le monde. - Ma "femme" ?
Ne parle pas de ma femme.
Je ne veux pas t'entendre parler de ma femme.
Jeanne... mais c'est une autre plan�te.
Tu oses ? Tu la salis.
Prononcer son nom !
En parler, c'est obsc�ne, dans ta bouche.
Je la fais chier ? Comment peux-tu savoir ce qui existe entre nous ?
Il peut arriver n'importe quoi, on sera toujours comme �a.
Comme �a ! C'est plus fort que tout.
Mais rien que de t'en parler � toi,
� toi, j'ai l'impression...
de la trahir.
Madame Coste, �pouse Prieur ?
Coste, pas Prieur. Je suis divorc�e.
L'huissier, madame.
Vous devez me remettre un ch�que de 15 657 F.
C'est pour des contraventions. Vous savez ?
15 600, mais...
Vous avez d� recevoir des avis ?
Oui. Non, enfin. Je pensais pas qu'il fallait...
15 600 F, tout de suite ? C'est pas possible.
Rien ? Pas m�me un petit quelque chose pour patienter ?
Ah non, vraiment...
Ah.
Vous allez tout emporter ?
On va d�j� jeter un coup d'oeil. Je peux entrer ?
Merci.
Votre compte est d�biteur de 4 312 F.
Carte Bleue, vous en �tes � 5 225, plus des ch�ques en circulation.
Non, pas beaucoup.
Combien ?
Je sais pas. Tr�s peu.
J'ai mon salaire qui doit arriver.
- Combien ? - 10 000 et quelques.
L�, votre salaire, vous pouvez lui dire adieu.
Vous pourriez, pendant quelque temps, m'accorder un petit d�couvert ?
4 312 F, c'est d�j� un joli d�couvert.
Mais dans des cas exceptionnels...
Non. On ne peut pas. C'est d�j� exceptionnel.
- J'essaye de vous aider... - Oui. On la conna�t, celle-l�.
- Je vais chez Armelle. - T'as quoi, l� ?
Je veux pas que l'huissier les pique.
Attendez d'avoir go�t�. Vous �tes mes premiers cobayes.
�a sent ! L'odeur... Qu'est-ce que c'est ?
- Il y a du safran. - Une pointe.
- Vous �tes avocat ? - Oui, oui.
Je dois vous parler.
Vous permettez ? Je vous le rends. C'est pas mon genre.
Comment je dois le prendre ?
- Comme chez vous, avec les doigts. - Jeanne.
Une fois lanc�e, on ne l'arr�te plus.
Bon. Monsieur. Ma�tre. Expliquez-moi
pourquoi la loi est faite exclusivement pour les hommes ?
Vous trouvez que la loi est faite pour les hommes ?
Ah oui, je trouve. C'est m�me une �vidence.
� quoi bon en discuter ?
Je vous demande juste pourquoi.
Quelle est la question ?
Pourquoi la loi est faite pour les hommes ?
Donnez-moi des exemples. Argumentez, �tayez votre th�se.
�tayer, �tayer.
Je vais �tayer, moi, vous allez voir.
Prenons mon ex-mari...
Ah non, Jeanne. Parlons d'autre chose.
Sonia, elle �tudie le piano �...
- � la Juilliard School. - D'accord. Enchant�e.
Un moment. Mon ex-mari veut me piquer ma fille.
- Oui... - "Oui."
Vous voyez ? "Oui." D�j�, �a vous para�t normal.
"Oui."
Je disais : "Oui, je vous entends. Oui, j'ai compris."
Il fait des dossiers, il tape toute la journ�e,
des centaines de pages,
des preuves : que je suis sale, moche, incomp�tente,
que je sais pas m'occuper de ma fille,
mais que lui, l'homme, il sait.
- Oui... - Oui.
Je ne sais pas quoi dire d'autre.
Cette odeur de safran qui me titille.
Jeanne, sois gentille.
Je suis "gentille". Je suis tr�s, tr�s "gentille".
Je r�dige pas des dossiers sur mon ordinateur,
j'envoie pas des recommand�s.
Les hommes font �a.
Certaines femmes n'auraient rien � envier � beaucoup d'hommes.
Pour gagner, il faut devenir un homme.
Non, pas exactement.
Je pense que vous parlez d'une fa�on tr�s, tr�s...
Comment on dit ? Tough.
Dure, rude.
- A tough guy : un type dur. - Merci.
...d'une fa�on tr�s dure, et peut-�tre...
Je sais pas, peut-�tre que vous �tes d�prim�e ?
Si tu sais pas, tu te tais. Va faire tes gammes,
on t'appelle au dessert.
- Je reprends. - Jeanne.
On vous accueille � notre table...
Vous m'accueillez, non, mais dites ! Je me mets � genoux ? Quel honneur !
C'est moi qui vous fais l'honneur de d�ner chez vous.
Je vous demande de laisser mes h�tes en paix.
Judith, je regrette, ton pharmacien est un con.
- Jeanne, fiche le camp. - J'allais pas rester.
T'es maquill�e comme une pute, tu nous insultes.
Ton divorce se passe mal, qu'est-ce qu'on y peut ?
Tu nous fais payer.
�a se passe tr�s bien. C'est �a qui vous fout en l'air.
Je m'en tire sans vous.
Dis-lui de partir !
Je vous demande calmement de vous en aller.
Il faut l'aider. Elle a besoin d'�tre aid�e.
Madame...
On peut parler.
On peut, je sais pas...
aller dehors, boire un petit verre et parler.
Si vous me touchez, je vous tue.
Jeanne...
J'ai pas fait expr�s. Je vous assure, je voulais pas.
Je peux essuyer, hein.
Judith, je voulais pas.
Partez. Je vous conseille de partir imm�diatement.
Bon, bon. �a va. Je pars. Je m'en vais. Je...
Mon manteau...
Ah oui, dans la chambre.
Bon. Ben...
Qu'est-ce qui se passe ? Tu dors pas ?
Tout est allum�. T'as eu peur ?
Non, non. Papa �tait l�.
Papa est venu ?
Et comment ? Comme �a ?
- Sans pr�venir ? - Non. Je l'ai appel�.
Pourquoi ?
Je sais pas.
Pour pas �tre seule.
Tu es pas contente ? Tu voulais pas que je l'appelle ?
Si, si.
T'es belle !
T'es belle, maquill�e comme �a.
Oui ?
Tu me trouves belle ?
Je sais pas si je suis belle comme �a.
Si. T'es tr�s belle.
Papa...
Papa a laiss�...
Il a laiss� quelque chose sur ton bureau.
Pour toi.
Quelque chose pour moi ?
Il fait chaud, mais je laisse ferm� � cause des travaux.
On peut fumer ?
�a ne sera pas long. Je n'ai pas de cendrier.
Bien. Commen�ons.
Je voudrais faire une d�claration. J'ignore si c'est dans les usages.
Il n'y a pas d'usages.
Je suis l� pour entendre les arguments de chacun d'entre vous.
H�, h� !
Pardon ?
La parole, parler.
- Vous voulez dire quelque chose ? - Surtout pas.
Bien. Monsieur ?
Un enfant...
C'est dur � expliquer en termes administratifs.
Un enfant, comment dire...
Chaque moment compte, dans la vie d'un enfant.
Il n'a qu'une seule fois dix ans.
Une seule fois douze ans.
Une seule fois quinze ans.
On ne peut pas lui g�cher �a.
Voil�.
C'est tout, mais c'est important.
On est conscients de l'enjeu, mais vous faites bien de le rappeler.
- Madame, vous voulez intervenir ? - Je ne suis pas d'accord.
- Et avec quoi, madame ? - Tout. Je ne suis pas d'accord.
Je propose de donner la parole � votre conseill�re.
Je demande qu'il arr�te de me harceler.
Vous demandez, madame,
l'exercice, � votre seul profit, de l'autorit� parentale.
Et la lettre ? La lettre de mes parents.
Est-ce que c'est normal ?
"La lettre"... Oui.
Je comprends que ce ne soit pas amusant, mais si on regarde bien,
vos parents parlent de l'enfant.
Uniquement de l'enfant.
On sent qu'ils vous aiment et qu'ils vous respectent.
Indiscutablement.
C'est l�gal, �a ? Des personnes �g�es ? Les forcer ?
Des parents contre leur propre enfant ?
Tu trouves �a bien ? Tu trouves �a beau ?
Je t'en prie.
� quoi �a sert ? Voyons.
T'appelles �a comment ? Moi, quelque chose de d�gueulasse.
Et tu dis rien ? Tu me regardes pas ?
Regarde-moi !
Il me regarde pas !
Dites-lui qu'il n'a pas le droit de me nuire.
Que ce soit vous, un homme de loi, qui lui disiez.
- On peut ouvrir ? J'�touffe. - Le bruit est infernal.
Je veux bien essayer,
si �a peut contribuer � d�tendre les esprits.
Bien. Commen�ons, ma�tre. Il est grand temps.
Si vous arrivez � vous faire entendre, avec ce boucan.
Monsieur le juge, je voudrais m'efforcer de donner de ma cliente
une image plus conforme � la r�alit� :
celle d'une femme �quilibr�e, spontan�e, g�n�reuse,
parfois un peu maladroite,
mais toujours d�sireuse d'agir au mieux des int�r�ts de son enfant.
Excusez-moi.
En r�alit�, que lui reproche M. Prieur ?
Je dirais essentiellement qu'il lui fait grief
de ne pas �lever leur enfant selon ses propres conceptions,
et c'est l� qu'appara�t le conflit pour le partage de l'autorit�.
O� on va ? On va pas � la maison ?
Non.
- C'est quoi, la valise ? - Des affaires � toi.
Pourquoi ?
Pendant quelque temps, tu vas aller chez papa.
J'ai d�cid�.
T'en penses quoi ?
Bien. Un peu avec toi, un peu avec lui.
Papa est d'accord ?
S�rement.
Toi, �a te fait de la peine ?
Moi, non.
C'est bien, comme �a.
C'est tr�s bien.
- Entrez dans mon bureau. - Non. Ses affaires sont dans le sac.
S'il manque quelque chose, appelle-moi.
Viens. On va pas discuter ici.
Non, non. Pas discuter. Suffit, les discussions.
Au revoir, Mado.
Les d�tails pratiques, nous les r�glerons.
L'�cole...
- Je vais changer ? - Naturellement.
Celle-ci, ta ma�tresse...
- Catherine ? - Comp�tences voisines de z�ro.
Tu m�rites mieux, ma fille.
Les d�tails pratiques...
Avec un minimum d'organisation, les d�tails pratiques, je suis s�r...
Ta m�re ne peut pas se d�gager de ses responsabilit�s.
Tu n'es pas un colis. On n'est pas au Moyen �ge.
On n'abandonne pas les enfants devant les cath�drales.
Ta m�re doit assumer ses responsabilit�s.
Elle doit assumer ses responsabilit�s.
Mais tout ceci ne te concerne pas.
C'est une affaire entre ta m�re et moi.
Uniquement entre ta m�re et moi. �a ne doit pas te troubler.
Tu ne dois m�me pas y penser.
Ma fille.
Nous allons r�gler les d�tails pratiques.
Nous allons appeler la Marocaine. Tout va tr�s bien se passer.
Romain a t�l�phon�. Mado arrive demain !
Oui ?
Vol 5105, d�part Orly Ouest � 10 h 50,
arriv�e N�mes � 11 h 55.
Il me dit : "Elle est folle de joie � l'id�e de voyager seule."
Elle est surtout folle de joie de revoir sa maman.
- Que veux-tu, pour midi ? - Rien. J'ai pas le temps.
- Quelque chose de l�ger. - J'ai pas faim.
Pourquoi tu me parles pas ?
Parler un peu, je suis s�re, �a te soulagerait.
Laisse-moi tranquille. Je suis bien, l�.
C'est pas une solution non plus, parler de rien.
Laisse-moi, maman.
Tu nous fais plus confiance, hein.
C'est la lettre. Ton p�re n'en dort plus.
Maman, j'y pense pas.
J'ai pas le temps.
J'aimerais comprendre.
Qu'est-ce que tu aimerais comprendre ?
Quand je me suis perdue.
"Perdue" ? Arr�te de parler comme �a, Jeanne. Tu me fais peur.
Je suis devenue quelqu'un d'autre.
Il y a bien d� y avoir un moment o� �a s'est pass�.
Il faut que tu r�cup�res. Il faut que tu te reposes.
Te promener, oui, mais couvrir des kilom�tres au pas de course,
� quoi �a ressemble ?
Les odeurs.
J'ai plus d'odeur.
Et les bruits.
J'entends plus.
Plein de choses.
Je les entendais, avant.
C'est comme moi. Mais moi, c'est l'�ge.
Et le soleil.
Moins chaud.
Beaucoup moins.
C'est bizarre, le m�me soleil.
Tu verras fin juin. On tient plus sur la terrasse. On mange dedans.
Pas la m�me chaleur.
Pas du tout la m�me.
Des oeufs mimosa, avec des anchois.
Si on faisait �a, comme hors-d'oeuvre ?
"Des oeufs mimosa" ?
Mimosa.
Du mimosa.
Des oeufs mimosa, avec des olives et des anchois...
Mon Dieu, les olives ! Pourvu qu'il m'en reste.
Je vous ai achet� du mimosa.
Comme il est beau, ce mimosa.
Jeanne ! Tu dis quoi ?
Non, non. Rien.
Votre attention, s'il vous pla�t.
Arriv�e en provenance de Paris, vol Air Inter 5105.
Elle nous voit pas.
C'est curieux. Elle a pas le petit sac qu'ils leur mettent.
Non. Tiens, c'est curieux. Pourquoi elle descend pas ?
- Mais c'est Romain ! - Il s'est lib�r�.
Je t'assure, on n'�tait au courant de rien.
Vous nous avez fait plaisir. Je devrais pas dire �a,
mais je le dis : c'est bon d'�tre ensemble.
Et m�me, je devrais pas le faire, mais tant pis, je le fais.
Pourquoi ? C'est si normal. C'est la vie.
Et je vous assure, ce matin, je l'ai senti, que je devais venir.
M�me si j'avais du boulot et que je savais que Jeanne
ne m'adresserait pas la parole pendant tout le repas.
Jeanne.
Jeanne.
Romain. Romain.
- Mado, chante-nous quelque chose. - Je connais pas de chanson.
Mais si ! La chanson, l�, en p�ruvien.
Du p�ruvien ?
Ah, celle-l� !
C'est pas du p�ruvien, c'est de l'h�breu.
Elle conna�t l'h�breu !
D'o� elle conna�t l'h�breu ?
Dans le sud de l'Italie, les oliviers...
Vous avez des arbres avec des troncs. Je sais pas, moi, 1 m, 1,50 m.
- Ah bon ? - C'est impressionnant.
- Rien � voir. - Ah non.
Ici, les oliviers...
Non, c'est pas pareil.
C'est curieux. J'ai jamais vu �a. J'aimerais bien voir �a.
Mado ! Tes chaussures sur le banc, les gens s'assoient.
Mais je m'amuse.
Bon. Maintenant, dis-moi.
Quoi ?
- Dis-moi pourquoi t'es venu ? - Ben.
Parce que j'en avais envie, tout simplement.
T'as jamais rien fait par envie.
Jeanne.
Jeannette.
C'est si difficile � dire ?
Pas du tout.
Si. Un peu.
Il m'arrive quelque chose d'�norme,
de bouleversant.
Ingrid attend un enfant.
"Ingrid", la fille de Saint-Nazaire ?
La Rochelle. Enfin, peu importe.
Je croyais qu'elle te pesait, que c'�tait une relation vide.
Je t'ai toujours dit qu'elle avait beaucoup de qualit�s.
Et quoi qu'il en soit, elle attend un enfant de moi.
D'un c�t�, j'ai un peu le couteau sous la gorge,
mais de l'autre...
c'est une immense joie.
- T'es venu pour me dire �a ? - Oui.
Tu es la premi�re personne � qui j'avais envie de l'annoncer.
Je vais �pouser Ingrid.
Tu veux l'�pouser elle ou ce qu'elle porte ?
Je vais �pouser la m�re de mon enfant.
Ce qui n'est pas sans cons�quences.
Mado te g�ne ?
Pas du tout, mais les situations changent, bougent, �voluent.
- On est des adultes. - Abr�ge, Toto.
Je t'en prie.
- C'est un diminutif. - Tr�s diminuant.
Qu'est-ce que tu veux, au juste ?
Je souhaite que Mado revienne vivre avec toi.
Tout �a pour en arriver l� ?
Cette guerre, cette horreur, cette souffrance, pour �a !
Ne crie pas. Inutile de crier. C'est une situation objective.
Si, je crie. Si, je hurle !
Je hurle en silence, mais je hurle !
Si tu tiens � jouer les victimes, c'est un r�le que je t'abandonne.
La "souffrance", l'"horreur".
Tu crois que j'ai pas souffert, moi, apr�s ton d�part ?
Quand j'ouvrais la porte de Mado et que je voyais tout en ordre.
Toujours en ordre.
Les jouets align�s et le lit impeccable.
J'ai voulu me tuer certains dimanches, apr�s l'avoir accompagn�e.
Je t'ai fait la guerre, oui.
Durement.
Sinon, je serais mort.
Le danger est pass�, tout baigne. La guerre est finie.
En ce qui me concerne, totalement.
Et s'il ne tient qu'� moi, � la minute m�me, on oublie tout.
Ah non.
Non.
C'est impossible, Romain. Laisse-moi la haine.
C'est le seul bien que tu m'aies fait.
�a, � la rigueur, je peux mimer la haine.
Je peux.
Mado est au courant ?
Dans les grandes lignes.
Mais je crois, pour �tre tout � fait honn�te, je le devine,
qu'elle pr�f�re de loin vivre avec toi.
Mais je veux rien t'imposer. Je veux pas peser sur ta d�cision.
Donnons-nous le temps de la r�flexion.
J'ai d�cid� de vivre dans la r�gion. Au moins pour quelque temps.
Je cherche du travail dans le coin.
Ouais.
Je crois que c'est une bonne id�e.
Peut-�tre est-ce une bonne id�e. Quelle heure est-il ?
18 h ! L'avion est dans une heure.
Je te demande une seule chose : garde-la quelques jours avec toi.
Tu veux bien me rendre ce service ?
Ingrid est fragile. Elle a des crises de larmes. Je sais plus o� j'en suis.
- Et l'�cole ? - �coute, ne soyons pas formalistes.
� son �ge, l'�cole.
Elle apprend plus en voyant ton p�re semer ses haricots.
"Ses haricots" ?
Je cours saluer tes parents, j'embrasse Mado, il faut que je file.
Avons-nous assez parl� ? Assez fait le tour du probl�me ?
Je vous dis au revoir. Je file.
- D�j� ? - Mon avion est dans une heure.
Quand il faut y aller, hein !
- Au revoir, papa. - Au revoir, Mado.
� bient�t ?
Oui, naturellement. On garde le contact.
� la gare, il doit y avoir des taxis.
- Papa va t'accompagner. - Non, je vais trouver.
Pour Mado, j'ai mis des affaires de premi�re n�cessit�, du linge.
Allez.
Bon.
La haine... Mais on peut s'embrasser.
Un baiser peut avoir des tas de significations.
On n'est pas oblig�s de pr�ciser.
Il faut vraiment que j'y aille. Je t'appelle, genre... apr�s-demain ?
J'ai mis un ch�que dans la soupi�re, sur le buffet de tes parents.
N'oublie pas : dans la soupi�re.
Quelle vie, le pauvre ! Toujours � courir.
Je l'aurais bien accompagn�, mais il s'est sauv�.
Mado, tu n'as pas froid ? Et toi, Jeanne ? Il fait froid.
Si on rentrait ?
Moi, j'ai froid.
Allez, on rentre.
Sous-titrage : Eclair Group
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