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Un coup de canon retentit.
Musique inquiétante
…
Coup de canon
…
Un cheval hennit.
…
Coup de canon
…
- Hussard Dubois.
Vous vous êtes moqué du hussard Guibert.
Vous avez insulté son régiment.
Acceptez-vous de présenter des excuses ?
- Non.
- Vous ne viserez ni le visage ni les parties génitales.
Eh bien, messieurs…
En cas de problème, les soldats présents
témoigneront qu'il s'agissait d'un accident.
Les lames tintent.
Musique inquiétante
…
Les lames tintent.
…
…
…
Musique classique joyeuse
…
- Amenez-le à la table.
…
- Tu l'as blessé.
L'arbitre veut arrêter le duel et se prononcer en ta faveur.
Est-ce que tu te déclares satisfait ?
- Ouais.
Musique dramatique
Un coup de canon retentit.
…
…
…
Air mélancolique
…
Il soupire.
- J'ai du mal avec les octaves.
- T'as pas le bon doigté.
Tu passes le pouce, tu vois ? Comme ça.
…
…
- "Je n'ai pas peur" ? - Il n'a pas peur.
- C'est du présent.
- "Je n'ai plus peur", c'est qu'il n'a plus peur.
- C'est fini. Il n'aura plus peur.
- Il n'aura plus peur.
…
- Pas facile, cette octave.
Je te donne ma partition avec mes doigtés.
- Merci.
- Je vais te montrer.
Une chose à ne pas oublier avec cette œuvre :
le compositeur l'a écrite après la mort de sa mère.
Air mélancolique
Il faut avoir ça à l'esprit quand on joue.
C'est un homme qui vient de perdre sa mère.
…
- Je… je peux ? …
…
Je pourrai.
…
- La prochaine fois, le cours n'a pas lieu ici.
Tu as l'adresse ? - Oui.
Merci encore.
- À la fin, c'est E-A-U ? A-U.
- Hé.
- T'as ton sac ? Tu vas où ?
- Papa va donner des concerts, mon chéri.
- Où ça ? - Au bout du monde.
Au Japon.
- Tu reviens bientôt ? - Bien sûr.
Musique dramatique
…
…
Ponceuse bruyante
…
…
…
- Ça me fait plaisir que tu sois venu.
- Moi aussi.
- Jeanne va bien ?
- Très bien.
- Et Jonas ?
- Je t'ai apporté une photo.
Regarde.
- Tu veux bien la mettre là-bas ?
J'ai préparé ta chambre.
J'ai fait accorder ton piano.
- T'as eu une bonne idée.
- C'est Paul qui a insisté.
Il dit que tu vas donner des cours ici.
Il est content que son frère vienne habiter ici.
- Moi aussi, ça me fait plaisir.
Il fait toujours son jeu ?
- Mais oui.
Heureusement qu'il a ça. Ça lui fait beaucoup de bien.
Il est avec des passionnés
d'histoire, comme lui. Tu lui manques beaucoup.
Il m'a dit
qu'il aimerait t'emmener.
- Tu sais, moi, les jeux de rôles, j'ai passé l'âge.
- Ton frère est très vulnérable.
Il n'a pas supporté mon dernier séjour à l'hôpital.
Je voudrais pas
qu'il refasse une crise.
Tu veux bien me passer la boîte, là ?
- Celle-là ? - Oui. Merci.
C'est l'heure.
Ponceuse au loin
…
- Il s'arrête jamais, ton voisin ?
- Il adore sa ponceuse.
- Il sait que t'es malade ? - Sans doute.
Ce n'est pas grave. Y a des choses plus importantes.
…
…
Notes aigües
La ponceuse reprend.
… …
- Vous êtes dingue ou quoi ?
- C'est pour votre voisine. Pour vous excuser du bruit.
- Vous êtes malade ?
- Si vous continuez,
c'est pas des fleurs que je viendrai arracher.
Elles sont pas assez belles pour ma mère.
Musique douce
…
…
…
- Mathieu…
T'as vu maman ? - Ouais.
Elle est en forme. - Ouais.
Je te fais à manger ? - J'ai mangé.
- T'es sûr ? - Oui.
Ça va, ton boulot ?
- Ça va.
- C'est nouveau ? - C'est un duel.
Depuis, je me suis vengé.
- Maman sait que c'est dangereux ?
- T'es fou. Un soldat ne doit pas tout dire à sa mère.
Ça pourrait l'effrayer.
C'est pas si dangereux.
On n'a pas le droit de toucher le visage.
Ni le sexe.
Hein ?
Je suis content.
Bon, je vais me laver.
…
…
Musique douce
…
- Tu m'appelles si y a un souci.
- Tu sais bien que je le fais.
- Ouais.
- Ne t'inquiète pas si je ne t'appelle pas.
- Ce serait mieux si tu m'appelles.
- D'accord. Ne t'inquiète pas.
- Bonjour, Mme Guibert. Bonjour, messieurs.
- Bonjour, Pascale. - Vous êtes revenue nous voir ?
- Oui.
- On voit bien les veines.
Serrez le poing.
Bougez pas, je pique.
Ça va ?
Voilà.
Ouvrez le poing.
À tout à l'heure.
…
Air dramatique
…
…
…
…
- C'est beau.
Ça m'a manqué. - Je dois enregistrer ça bientôt.
- Je suis sûr que t'auras du succès avec cette musique.
Je dois m'entraîner.
Tu veux bien m'aider avant la nuit ?
- Ça fait longtemps. - Justement.
Il faut pas perdre les habitudes.
Allez. Juste un assaut.
La même chose et tu recules.
Tierce.
Quarte, tierce, tu ripostes.
T'as de beaux restes.
- Tu parles.
- J'aurais pu te tuer.
J'ai un bivouac, demain.
Viens.
- Un bivouac ?
- Ouais.
Tu peux pas imaginer. C'est incroyable.
Il faut le vivre au moins une fois.
- Il faut se déguiser ?
- C'est pas des déguisements.
C'est des vrais habits de soldat.
Comme à l'époque.
Et puis avec ses habits, on est…
On est un autre homme.
Si ça te plaît pas, tu reviens pas.
- C'est pas le moment.
J'ai un enregistrement à préparer.
- Bon. Comme tu veux.
Moi, j'irai directement après le boulot.
Bah, vas-y. Moi aussi, j'ai encore du travail.
L'autre fois, j'ai touché un mec du 2ᵉ.
Il va vouloir se venger.
Allez.
Mélodie dynamique au piano
…
…
- Philippe sur la 3.
Dépêche-toi, s'il te plaît.
- Bonjour, ça va ?
Ils sont déjà sortis ? - Ils sortent.
…
…
- Alors, on y va ?
Musique douce
…
- C'est au bout, là-bas.
Ils y sont déjà.
…
…
Un régiment d'hommes siffle "Le Prisonnier de Hollande".
…
…
Musique dramatique
…
- Comme d'habitude, la gamelle est en retard.
Il a fallu attendre.
- Le dernier combat de l'armée était…
- Je vais te présenter.
Ils chantent.
…
- Vive l'Empereur !
- VIVE L'EMPEREUR !
- Rassemblement 2 par 2 !
- Mon capitaine ?
Voici Mathieu Guibert.
- C'est vous, le grand frère.
- Euh… oui.
- Il paraît que vous voulez vous engager.
Quelle arme ?
- Chez les hussards.
- Vous savez faire quelque chose ?
- Je suis pianiste. - Pianiste ?
Ça ne sert pas à grand-chose sur un champ de bataille.
- J'ai fait de l'escrime, plus jeune.
- Il était très fort. C'est dommage. Il a dû arrêter.
C'est mauvais pour les pianistes. Moi, j'ai continué.
- Je sais.
Vous avez abîmé un de mes hommes.
- Capitaine,
il avait insulté le 5ᵉ régiment.
- Même si je comprends votre colère, je ne veux pas le savoir.
Les duels sont interdits, vous le savez.
Le chirurgien-major aussi le sait,
lui qui doit soigner toutes vos blessures.
Bon…
Je vous accorde des circonstances atténuantes.
Vous avez défendu l'honneur du régiment.
Quand l'honneur est bafoué, le duel est la manière de réparer.
Ça ne peut pas se faire autrement. D'homme à homme.
Ordres militaires au loin
…
Coup de feu
- Tiens.
C'est pas la même taille, mais à l'époque,
ils faisaient comme ils pouvaient.
Ils prenaient les habits des cadavres
quand ils étaient plus neufs.
La 1re fois, ça fait toujours étrange,
mais on s'y fait vite, tu vas voir.
T'es très beau.
Je vais te chercher
un dolman. Tu m'attends là.
Musique dramatique
…
- Salut. - Salut.
Les hommes chantent.
…
- Excuse-moi ?
Tu t'es trompé de sabre.
Qui te l'a donné ?
- Mon frère. Pourquoi ?
- Parce que c'est le mien.
- Mon frère est un spécialiste. Il n'a pas pu se tromper.
- Très bien.
Alors on va voir qui a raison.
- C'est la manière de le déterminer ?
- Exactement, oui.
- Alors c'est vous qui avez raison.
Tenez.
- Qu'as-tu fait de ton sabre ?
- Il paraît que tu t'es trompé.
- Qui t'a dit ça ?
- Je sais pas. Un joueur.
J'ai dû le lui rendre.
- Il avait une veste de quelle couleur ?
- Grise.
- C'est un type du 2ᵉ.
T'aurais pas dû lui donner.
- En fait, j'avais pas le choix.
- Bien sûr que si.
On a toujours le choix
quand on est soldat.
T'aurais dû te défendre.
Bon, c'est pas grave.
On va t'en chercher un autre.
Tu te laisseras plus avoir.
T'es un hussard.
Allez, viens.
Tambours et chants
…
- Gardez l'alignement !
- Le canon. Tu le glisses.
Vérifie que l'angle corresponde avec l'autre.
Prends une vis.
Ils vendent
des balles en plomb.
Certains mettent ça dans leurs armes
et chassent avec.
- Toi aussi ?
- De temps en temps, je chasse, oui.
J'ai des pistolets parfaits.
Attention avec cette pièce. Elle est fragile.
On a attrapé un type du 2ᵉ régiment en flagrant délit.
Il avait volé un fusil
et il limait cette pièce.
- Je comprends pas.
Les hussards du 2ᵉ régiment ne sont pas de l'armée du 5ᵉ ?
- Si.
Depuis la bataille de Wagram, c'est nos pires ennemis.
- La bataille de Wagram ?
- C'est le 5ᵉ.
L'ennemi était là.
Il encerclait le 5ᵉ régiment.
À l'est et à l'ouest.
Alors par un acte de bravoure incroyable,
nos hommes ont créé une brèche.
Le 2ᵉ attendait là,
planqué, comme d'habitude.
Au moment où le 5ᵉ allait sabrer l'aile ouest de l'ennemi,
ceux du 2ᵉ ont contourné,
ils sont passés par derrière et ont fini le travail.
La partie la plus facile.
C'est eux que l'empereur a décorés.
Comme si nous n'avions rien fait.
Le capitaine Déprées, que tu as vu dans la tente,
c'est leur chef.
Ils lui obéissent tous au doigt et à l'œil.
Attention avec lui. Il cherche toujours le duel.
Coups de feu
Ils vont commencer l'entraînement. Tu veux voir ?
- D'accord.
- Je vais terminer pour toi.
- Pièce numéro 1 : feu ! Coup de canon
- Pièce numéro 2 !
Feu !
Musique militaire
…
Cris guerriers
…
- Mathieu ?
C'est ton tour.
Tout est calme.
Bonne nuit.
- Merci.
Musique dramatique
…
- C'est notre nouvelle recrue qui est de garde.
Elle a encore des choses à apprendre.
Vous savez comment on appelle les musiciens ?
Les "loin-des-balles".
Ils se tiennent le plus loin du front.
Ça vous va bien.
Loin-des-balles.
Ils sont glorieux, les gars du 5ᵉ régiment.
Ça parade dans les défilés, mais y a pas grand-chose.
Mon gars…
que seras-tu capable de faire sur un champ de bataille ?
Montre-moi ce que tu sais faire.
C'est bon.
Reprends ta garde.
Loin-des-balles.
- Mettez-moi encore un peu de celui-là.
- Très bien. - Et puis…
- Ceux-là ? - Et là.
- Pas mal, hein ? - Oui.
C'est vraiment très bon. C'est très bon.
Ton frère m'a appelée. Il avait l'air en forme.
Vous avez passé une journée ensemble ?
- Il est très convaincant.
Ce sont des passionnés sans danger pour Paul.
C'est très inoffensif.
- J'en ai jamais douté.
Ça me rassure quand il est avec son frère.
Tu vas continuer ?
Ce serait bien que tu continues d'y aller avec lui.
- Oui, ne t'inquiète pas.
Comment va Jonas ?
- Bien. Bien.
- Et Jeanne ? - Bien.
Elle t'embrasse.
Y a aussi de la pâte d'amande.
- Ah oui, des florentins.
Quoi d'autre ? - Des calissons.
Bonjour.
Excusez-moi, on se connaît ?
- Peut-être.
- Vous n'étiez pas au jeu de rôle ?
- Ici, on ne connaît pas mon autre activité.
Je vous conseille d'en faire autant.
Personne ne doit savoir que nous sommes soldats.
Excusez-moi.
Je dois y aller.
À bientôt.
- C'est super.
- Tu es mon hôte.
- Tu sais qui j'ai vu, à l'hôpital ?
- Non ?
- Le chirurgien-major.
- Rogart ?
- Il est aide-soignant, là-bas.
- Ouais…
On ne connaît pas le métier des autres.
- Tu sais jamais ce que tes copains font ?
- Non. De temps en temps, j'en vois un dans la rue.
- Et le capitaine Déprées ?
Tu sais ce qu'il fait ?
- Il a rien besoin de faire. Il a beaucoup d'argent.
- Comment ?
- Il était patron, il a revendu.
Il a de la chance.
Il peut vivre sa passion jusqu'au bout.
Allez, c'est prêt.
J'ai ouvert une bouteille.
Tu peux ?
- Tu manges pas ?
- Non. J'ai une soirée.
- Une soirée ?
- Oui.
Ça se passe comment avec Jeanne ? - Bien.
- T'es sûr ?
- Pourquoi tu demandes ça ?
- Non… parce que je me disais…
Ça m'étonnait que tu sois venu ici uniquement pour moi.
Qu'il y avait une autre raison.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- C'est normal.
Le piano a toujours été prenant.
T'as pas le temps pour autre chose.
Enfin…
Ce qui est important, c'est que ce soit pas trop dur pour Jonas.
À son âge, un papa est important.
Enfin…
tu dois bien t'occuper de lui.
Le téléphone sonne.
…
Allô ?
Je lui dirai, mon général.
Merci, mon général.
Génial, t'es invité à la soirée.
J'osais pas l'espérer, c'est fait.
- La soirée ? - C'est pour les habitués.
Toi, c'est différent. Ils veulent que tu joues du piano.
- J'avais prévu de travailler.
- Tu peux pas me faire ça.
J'ai insisté pour que tu viennes.
Bon… tu feras comme tu voudras.
Moi, j'y vais.
Mathieu ?
Tu dis rien à maman, d'accord ?
Elle a tendance à s'inquiéter.
- Paul ?
- Oui ? - Je vais venir avec toi.
- C'est génial.
Tu vas être magnifique.
Je vais me préparer.
Musique dramatique
…
…
- Ça va ?
T'as le trac ?
Il faut pas.
L'important, c'est de jouer.
Joue.
Mélodie mélancolique
…
…
…
…
…
…
- L'œuvre que vous avez jouée est magnifique.
Je ne pense pas que notre piano-forte
ait été, auparavant, touché de manière aussi élégante.
N'est-ce pas, capitaine ?
- Oui, oui.
- Merci.
C'est l'œuvre avec laquelle j'ai eu mon prix.
- Ah. - Il l'a eu en 1806.
À l'Académie Impériale de musique.
- C'est un établissement dévoué à l'Empereur ?
- Oui. Bien sûr.
- Vous avez déjà joué pour notre Empereur ?
- Non.
- Si vous deviez jouer pour lui, quelle œuvre choisiriez-vous ?
- Connaissant mon frère, il improviserait.
Une musique guerrière
qui donne du courage.
Mon frère est un musicien.
Et un soldat émérite.
- N'exagère pas.
- Je n'exagère pas. Raconte tes exploits à Wagram.
- À Wagram ?
- L'ennemi était ici. Le 5ᵉ régiment était là.
Entouré de toute part.
À peine couvert par le 2ᵉ.
Et mon frère a réussi à créer une brèche.
- Et alors ?
Qu'avez-vous ressenti en accomplissant cela ?
- Vas-y, Mathieu. Raconte-leur.
- Un héros doit pouvoir faire part de ses sentiments
pour donner l'exemple.
- Eh bien, pour être tout à fait franc,
au début, on ne ressent rien.
Je suis comme les autres soldats.
Sous la canonnade adverse, j'obéis aux ordres.
Les ennemis sont en face. - Les Autrichiens. Du 4ᵉ de ligne.
- Ils nous encerclent de partout.
J'aperçois alors une brèche.
Si on s'y enfonce, ça les déstabilisera,
on pourra tous s'y engouffrer.
Je regarde autour de moi.
Mon caporal était blessé.
Je n'ai personne à qui divulguer mon plan.
- Nous l'avons vu passer au-devant d'eux. Comme un forcené.
Nous avons compris.
Alors nous l'avons suivi.
- Et qu'est-il arrivé, alors ?
- Pouvez-vous nous raconter ?
Vous nous avez mis l'eau à la bouche.
- C'est alors que le 5ᵉ régiment a vécu sa pire heure de l'Histoire.
Mes camarades avaient compris. Ils s'élançaient
sur l'aile ennemie fragilisée.
Quand le 2ᵉ régiment de hussards a surgi.
Pendant tout le combat, ils étaient restés à l'arrière.
Et tout à coup, ils ont forcé le passage en nous piétinant.
Ils ont saboté notre attaque.
Ces hussards ont empêché notre régiment
de récolter la gloire due.
Ils se sont prévalus d'une bravoure qui n'était pas la leur.
L'Empereur lui-même s'est laissé abuser.
C'est eux qu'il a décorés.
Ce sont des lâches.
Apprendre qu'il y a, parmi eux, des traîtres
ne m'étonnerait pas.
- Qu'osez-vous insinuer ?
En insultant l'honneur du 2ᵉ régiment,
c'est son chef que vous insultez.
Notre chef. Le capitaine Déprées.
Je ne vous permettrai pas.
- Allons, allons.
Chirurgien-major,
nous savons que vous êtes dévoué au capitaine.
Vous lui donneriez votre vie si son honneur en dépendait.
Laissons là cette querelle.
Les conflits, dans l'armée, sont une chose courante,
mais bien triste.
Il faut se garder de les divulguer.
Vous êtes des braves
qui œuvrez tous pour le bien commun.
C'est-à-dire pour la France et pour l'Empereur.
Donc,
je lève mon verre à l'Empereur.
Et à notre soldat-pianiste
dont la sensibilité n'a d'égal que la bravoure.
À l'Empereur. - À L'EMPEREUR !
…
- C'était vraiment super. Tu trouves pas ?
Bon, à la prochaine.
- OK.
- Loin-des-balles ?
- Oui ?
- C'est le capitaine Déprées qui m'envoie.
Vous avez offensé l'honneur du 2ᵉ régiment.
Il m'a chargé d'être son témoin.
- Son témoin ?
Écoutez, ce n'était qu'un jeu.
Si j'ai offensé le capitaine, présentez-lui mes excuses.
Je n'ai jamais voulu l'offenser.
- Je doute que vos excuses offrent satisfaction.
Nous vous tiendrons au courant de l'endroit du duel.
…
Sonnerie
- En fait, ça t'arrange. - Quoi ?
- De t'occuper de ton frère maintenant ?
- Écoute. Ma mère est malade.
Elle suit un protocole.
Elle essaie une molécule en chimiothérapie.
Elle va sans doute souffrir.
- Arcane veut que tu enregistres la Grande Sonate.
Tu l'as déjà jouée. - J'aime pas cette musique.
- Eh bien, tu l'aimeras.
On ne peut pas refuser.
Surtout en ce moment.
Tu as annulé un enregistrement au dernier moment.
C'est pas possible.
Je suis encore ton agent.
Au moins jusqu'à nouvel ordre.
Je vais avoir besoin de vivre et de faire vivre Jonas.
- Comment il allait, aujourd'hui ?
- Bien.
Il peut pas t'appeler à cause du décalage horaire.
- Pourquoi tu lui dis pas la vérité ?
- Pour lui dire quoi ?
Que son père est en pleine crise existentielle ?
Qu'il annule ses concerts à la dernière minute ?
Qu'il ne sait plus ce qu'il veut ?
- Vous pouvez vous asseoir. - Merci.
- Chez lui, il est toujours à l'heure.
Il aurait pu oublier ? - C'est pas son genre.
- J'ai du travail à faire, en attendant.
- Vous voulez un café ? - Non.
Je suis assez nerveuse comme ça. - Ah.
- J'ai pas assez travaillé pour aujourd'hui.
Il va m'assassiner. - Non.
- Si. J'ai aussi des examens à la fac.
J'ai eu peu de temps pour le piano.
- Vous étudiez
en plus de la musique ?
- Oui.
De l'histoire. - Ah, c'est bien.
- Ouais.
L'histoire contemporaine, c'est pas mon truc.
Les causes de la guerre de 14, les Balkans,
j'y comprends rien.
- Vous remontez pas assez tôt.
- Hein ?
- Les Balkans sont une conséquence des événements en Europe,
après le Congrès de Vienne et le réveil des nationalités.
Il faut monter plus tôt pour comprendre.
- Vous devriez y aller.
- Si vous voulez.
- Votre frère s'y connaît aussi ? - Lui, à part la musique…
- Excuse-moi.
Je suis en retard.
Vas-y. Commence.
Mélodie joyeuse
…
Ton jeu est trop léger. C'est un marcato.
…
…
Je t'ai montré comment jouer le marcato. Non ?
- Oui.
- Alors ?
…
…
- Mathieu Guibert ?
- Non, son frère.
- Hussard Jouet. 2ᵉ régiment.
- Et les nuances, tu ne les lis pas ?
- Si.
…
- Je reviens tout de suite.
…
…
Qui c'était ?
- Leur témoin.
- Leur témoin ? - Celui du capitaine Déprées.
Tu as insulté le 2ᵉ régiment de hussards.
Ils demandent réparation.
Ne t'inquiète pas.
J'ai dit que c'est moi qui assumerais l'affront.
- Quoi ? - C'est autorisé par la loi du duel.
T'auras aucune chance. Ce type est très fort.
Ça fait trop longtemps que t'as pas fait d'escrime.
Il nous laisse le choix des armes.
J'ai choisi l'épée.
C'est là où je suis le plus fort.
J'ai quelques chances de m'en sortir.
Musique dramatique
…
- Paul ?
Tu vas pas y aller ?
- Bien sûr que si, frangin.
C'est une question d'honneur. Ça se discute pas.
…
- J'irai.
…
- T'es fou. T'as aucune chance.
- J'étais pas mauvais à l'épée, moi non plus.
J'ai provoqué l'affront. Je savais ce que je faisais.
Ce sont des lâches et des trous du cul.
Je retire pas un mot de ce que j'ai dit.
- Bien sûr.
- Je te dis que c'est des trous du cul.
C'est quand, ce duel ?
- Dans 1 h 30, au pré au loup.
C'est décidé au dernier moment pour éviter les fuites.
Mathieu ?
T'es un vrai hussard, maintenant.
Mélodie dramatique
…
- Monsieur Guibert ?
- Oui, c'est très bien.
- C'est bon.
Vous allez vous battre en dolman.
La coupure sera moins profonde.
Et…
T'inquiète pas. Leur chirurgien est très fort.
- Soldat Guibert ?
Vous avez insulté à l'honneur du 2ᵉ régiment de hussards.
Acceptez-vous de présenter vos excuses ?
- Mais bien sûr.
Je l'ai déjà fait dire.
- Capitaine.
Le soldat a présenté ses excuses.
Si vous acceptez, vous serez déclaré vainqueur.
Acceptez-vous ses excuses ?
- Non.
- Bien.
Le combat aura donc lieu.
Vous ne viserez ni les parties intimes ni le visage.
Vous vous arrêterez au premier sang versé.
Messieurs.
En garde.
…
…
Musique de tension au piano
…
…
…
…
- Viens.
- Une chaise, ma trousse et une bassine d'eau.
…
- T'as été formidable.
T'as fait honneur au régiment.
T'aurais pas dû toucher le visage.
Tu l'as humilié.
- J'ai fait ce que j'ai pu.
…
- Bonjour. - Bonjour.
- Major ?
Vous ferez tout pour qu'on reprenne, n'est-ce pas ?
- Je vous le promets.
- On vous propose quelque chose de plus épuré.
On a envie d'aller vers ces maquettes.
Il faudra
faire une séance de photo. - Ouais.
- Voilà le plan de promotion.
- Merci.
- Il faudra se libérer pour les interviews.
- Mathieu sera libre.
- C'est parfait. - Bien.
Il faut penser à l'avenir. Voilà ce que je vous propose.
Nous avons passé notre catalogue en revue.
Nous n'avons pas l'intégrale pour piano, de Ravel.
Nous avons des œuvres isolées,
mais pas l'ensemble.
Nous aimerions vous confier ça.
L'intégrale de l'œuvre de Ravel.
- C'est une très belle proposition. Nous vous remercions.
- Merci. Au revoir. - À bientôt.
- On a encore du travail.
Bon. Tu parafes toutes les pages.
"Lu et approuvé", ici.
Tiens.
- Bon anniversaire.
- T'y as pensé ? Il acquiesce.
- J'ai pas oublié, cette fois.
- C'est très joli. Merci.
- Attends.
Tu sais, j'ai réfléchi.
- Ah.
- Je suis trop con.
- C'est ta chambre d'enfant qui t'a fait comprendre ça ?
- Sans doute.
Ma carrière était si importante.
- C'est pas facile pour les gens qui t'entourent.
- C'était égoïste.
- S'en apercevoir est important.
- Je reviens.
Que me voulez-vous ?
- Bonjour.
- Vous me suivez ?
- Je suis venu vous donner des nouvelles du capitaine Déprées.
Le chirurgien a dû faire 10 points de suture.
C'est un ami du capitaine. Il a fait son chef-d'œuvre.
- J'en suis ravi.
- Le duel va donc pouvoir reprendre
dans le champ du pré du loup.
- Vous êtes malades.
Vous êtes tous des dingues.
Allez faire ça entre vous.
Moi, je ne participe plus. Oubliez-moi.
- Ça n'est pas possible, voyons.
On ne peut pas en rester là.
Appelez ce numéro quand vous serez prêt.
Il vous laisse le choix des armes.
- Faut que je le dise
combien de fois ? J'arrête, c'est terminé.
- On s'est pas bien compris.
L'honneur du régiment compte plus que le reste.
Nous ferons tout pour finir ce duel.
Vous allez devoir vous battre.
- T'as vu quelqu'un
que tu connaissais ? - Non.
Il faut que je voie mon frère. C'est important.
- Ça peut attendre un peu.
- Non.
- Ah bon. À jeudi, alors.
- À jeudi.
…
- Tiens. Salut.
T'avais pas dit que tu venais.
- Ils sont revenus.
- Qui ?
- Les témoins de Déprées.
Je vais aller voir la police.
- Si tu veux.
Tu vas leur dire quoi ?
Que t'as embroché un type au visage ?
C'est toi qu'ils vont arrêter.
C'est Christelle.
Elle m'a demandé de l'aider.
Bon, j'y vais.
T'inquiète pas.
À tout à l'heure.
- Salut. - Salut.
Le moteur vrombit.
Musique inquiétante
…
…
Il accorde le piano.
…
Il grommelle.
Discussion à voix basse
…
- M. Guibert ?
Vous pouvez venir vérifier l'accord.
Accords au piano
…
Il monte la gamme.
- C'est bien.
- C'est quand vous voulez.
Mélodie dramatique
…
…
Merci. La prise est parfaite.
- Tout le monde est très content.
Il faut dire qu'il y a de quoi.
Ton interprétation est magnifique.
Dire que tu aimais pas cette œuvre.
Je trouve même que…
- Tu trouves quoi ?
- T'as jamais aussi bien joué.
- Merci.
- Quoi qu'il se passe dans ta vie,
ça te fait jouer d'une manière incroyable.
J'ai annoncé à Jonas que tu étais rentré de tournée.
Il aimerait bien venir te voir demain à l'enregistrement.
- M. Guibert ? On vous demande au téléphone.
- Oui ?
J'arrive.
C'est l'hôpital.
Ma mère a eu un accident.
Musique grave
…
…
…
Musique dramatique
…
- Votre mère a fait un arrêt cardiaque.
On a réussi à la sauver.
Mais les résultats des analyses
ne sont pas encourageants.
Il faut vous attendre à ce qu'elle ne sorte plus du coma.
L'arrêt cardiaque a été provoqué par une kaliémie,
un excès de potassium dans le sang.
Ça arrive chez les patients affaiblis par une chimiothérapie.
Mais là, l'excès de potassium est anormal.
Nous avons bien regardé les analyses.
Y a quelque chose
qui nous dérange.
Il se peut qu'il y ait eu une erreur lors d'une perfusion.
C'est pourquoi
nous avons demandé une enquête.
Musique inquiétante
…
…
…
…
- Allô, c'est Guibert.
Le frère de "loin-des-balles".
…
…
Musique inquiétante
…
…
- Je serai ton témoin.
Tout le monde est présent.
Seul le chirurgien n'a pas pu venir.
Un médecin n'est pas obligatoire.
T'es d'accord pour qu'on commence ?
- Ouais. - Tu as le choix des armes.
T'as choisi quoi ?
- Un pistolet.
Il faut les charger.
Une balle chacun.
- C'est pas possible.
C'est interdit dans nos règles. On l'a jamais fait.
- Va lui dire. Il comprendra.
Musique grave
…
- Déprées accepte.
C'est lui l'offensé, il tirera en premier.
T'es devenu dingue ?
- T'es pas obligé de rester.
- Je suis ton témoin.
S'il arrive quelque chose, on dira qu'on chassait,
à l'arme ancienne.
…
…
Musique inquiétante
…
…
- Hussard Guibert.
Votre frère a insulté à l'honneur du 2ᵉ régiment de hussards
commandé par le capitaine Déprées.
Si vous présentez des excuses pour votre frère,
le capitaine acceptera de se déclarer satisfait.
Présentez-vous des excuses ?
- Non.
- Bon.
Vous ferez 10 pas chacun.
Le capitaine tirera le premier.
Messieurs…
À vos places.
Musique de tension
…
…
- Hussard Guibert.
Le capitaine Déprées a manqué son coup.
Vous avez la liberté de ne pas tirer.
Suivant les codes du duel, vous serez déclaré vainqueur.
Hussard Guibert.
Paul !
…
- Écartez-le. - Que fait-on ?
- Oui, bah, enlevez-lui !
- Allez, écartez-vous.
Musique dramatique
…
…
…
…
…
…
…
…
…
…
Sous-titrage : HIVENTY
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