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-Tu veux pas arrêter de lire et un peu jouer ?
-Papa, regarde, il me reste plus que 150 pages.
-Tu as pas arrêté de lire aujourd'hui.
Tu veux pas jouer sur mon téléphone ?
-Non merci, papa.
-J'ai une idée : ça te ferait pas plaisir d'aller au cinéma ?
-Une autre fois, papa.
-Maintenant, tu es une grande personne.
Il serait temps de t'intéresser à autre chose qu'à la lecture.
...
Ce jour-là, j'avais une place pour aller voir Alicia au théâtre.
Pardon, quand je dis Alicia, je veux dire Alicia Bardery.
Je n'ai jamais manqué une de ses apparitions au cinéma ou sur scène.
J'avais réussi à avoir une place, mais en matinée,
c'est-à-dire l'après-midi.
J'ai donc ramené mon fils un peu plus tôt chez sa mère,
pour ne pas être en retard.
Claire est là ? -Oui. Claire ! Clément est là !
-J'arrive !
-Bon, je vous laisse. Salut, Clément.
-Salut. -Ca va ?
-Désolé, on est en avance.
-C'est pas grave. -Le blouson que tu lui as acheté...
Je l'ai perdu.
-T'inquiète pas, je lui en achèterai un autre.
-On n'a pas eu le temps,
pour les devoirs. -T'inquiète pas, on va les faire.
...
-C'est étrange, vous trouvez pas ?
-Pardon ?
-Je dis que c'est étrange, la coïncidence.
-La coïncidence ?
-Mais c'est la 3e fois. La 3e fois qu'on est assis à côté.
La 1re fois, c'était au théâtre de l'Atelier
pour "Une maison de poupée", et puis y a une semaine,
au théâtre de Belleville, même que je vous ai souri.
Vous sembliez perdu dans vos pensées.
Trois fois, j'imagine que c'est pas souvent que ça arrive.
*-Soyez les bienvenus. Afin de ne pas déranger vos voisins,
veuillez vérifier que vos téléphones sont éteints.
Merci, bon spectacle.
-C'est fou, chaque fois que je vous vois, ça me fait la même chose.
Vous ressemblez terriblement à quelqu'un, comme deux gouttes d'eau,
mais j'arrive pas à me souvenir de la personne.
Mais vous êtes son portrait craché.
-Peut-être un proche ? -Non.
A moins que ça soit une célébrité. Vous êtes célèbre, peut-être ?
-Ben... Pas du tout. -Le sosie de quelqu'un de célèbre ?
-Pas que je sache.
On frappe les trois coups.
-Ca vous dérange pas si je vous regarde de temps en temps,
au cas où ça me revienne ?
-Je vous en prie. -Merci beaucoup. Bon spectacle.
-Comment l'amour commence-t-il et finit-il ?
Je croyais que si mon amour s'arrêtait,
le monde s'arrêterait de tourner.
Mais je me trompais.
Rien ne s'arrête. Tout continue.
Que je ne t'aime plus ne fait rien à personne.
Même pas à moi.
*Donizetti : "Una furtiva lagrima"
Merci pour tout ce qu'il y a eu de bon entre nous.
...
Applaudissements
-Attendez ! Vous avez oublié ça sous votre siège.
-Merci, mais c'est pas à moi.
-Je me disais que c'était peut-être tombé de votre poche.
Peut-être que celui à qui vous ressemblez porte des lunettes.
Essayez-les. S'il vous plaît.
En tout cas, ça vous va bien. -Merci.
-Je les rapporte à l'accueil. Peut-être à bientôt ?
Je vous dirai si j'ai retrouvé votre sosie.
-Je vous en prie. -Merci.
-Bonjour. Thomas Tolédo. -Alicia Bardery.
-Regardez bien comment je fais.
-BEURK !
-Je peux le faire ?
-NON, MOI !
-Attendez un petit peu...
On frappe à la porte. Entrez !
-M. Dussault, le directeur
veut vous voir. -Maintenant ?
Mais qu'est-ce que tu as fait ? Est-ce que j'ai dit de...
Euh, j'arrive.
Oh, Sacha !
-Il va pas tarder.
Je suis désolé.
Mes prédécesseurs.
Moi aussi, j'aurai ma photo ici. Sans la moustache.
-Faites comme si je n'étais pas là.
-Mon esprit n'est pas capable d'un tel degré d'abstraction,
et je n'ose pas
jouer la comédie.
Pourtant, jeune, j'ai fait
du théâtre.
-Vous n'avez pas continué ?
-Mes parents n'ont pas voulu. -Mes parents non plus.
Ils voulaient que je sois professeure.
-Vous leur avez désobéi. -Les vôtres ont eu plus de chance.
-Oui, leur fils a échappé à une vie précaire et dissolue.
On tape au carreau.
Ah, le voilà.
M. Dussault, permettez-moi
de vous présenter Mlle Alicia Bardery.
-Bonjour. Ravie de faire votre connaissance.
-Bonjour... Euh...
-Elle va garder le petit Jacky Evrard, son neveu, pendant 2 mois,
et cherche quelqu'un pour l'aider à faire ses devoirs.
-Vous voulez que je vous aide à faire quel genre de devoirs ?
-C'est pas elle qui a besoin d'aide aux devoirs, mais Jacky.
-Pardon. -Alors ?
-Oui, bien sûr.
-Vous pourriez me donner vos coordonnées, dans ce cas ?
-Euh oui. -Bien sûr.
On va noter sur un papier.
-T'as du papier ? -Bien sûr, j'ai du papier.
-Et t'as un stylo ? -Ben oui.
-Il marche pas.
Je suis désolé.
Merci.
Il s'est... -Tu l'as cassé.
Bon, prends celui-là.
Ca va marcher, ça.
-Celui-là, il marche.
-Merci. -Merci.
-A bientôt. -A bientôt.
-A bientôt.
-Au revoir.
-AU REVOIR.
-Je vous raccompagne.
Je peux vous demander un autographe, pour ma mère ?
-Oui, bien sûr.
-Quelle classe.
Tu pourrais me remercier : j'aurais pu lui donner, ses cours.
N'oublie pas que ta classe t'attend.
-J'y vais. J'y vais.
...
J'enlève mes chaussures ? -Non, ça ira, monsieur.
*Mozart, sonate pour piano
...
Asseyez-vous. -Merci.
-Je vais chercher Jacky.
...
-Excusez-moi, je suis désolé. Je...
-Y a pas de souci.
Où est Jacky ? -On est parti le chercher.
-Vous allez bien ?
-Eh ben... Oui.
Merci.
-C'est gentil, d'être venu. On vous a proposé quelque chose à boire ?
-Oui, merci. Ca ira.
-Certain ? -Oui. Oui, oui.
-Vous allez parfois au théâtre ? -Oui, ça m'arrive.
-Je joue en ce moment. Je peux vous laisser des invitations.
-Ben, en fait... -Surtout, vous sentez pas obligé.
-Non, mais... -Ah, Jacky.
-Bonjour, M. Dussault.
-Elle était entre nous, mais maintenant, elle est morte.
-Entre nous... Maintenant, il n'y a plus rien.
Rien.
-Ce n'est pas vrai.
-Je voudrais bien.
J'ai si longtemps attendu que tu me reviennes,
et le jour où ça arrive, ça m'est égal.
-Tout ça entre hier et aujourd'hui ?
J'aimerais revenir en arrière.
Comment l'amour commence-t-il et finit-il ?
-Elle a quelqu'un dans sa vie ? -Tu crois, toi ? A ton avis ?
-Je sais pas non plus. -Comment tu sens les choses ?
-Tu la vois régulièrement, tu devrais savoir.
-Je ne l'ai jamais vue au bras de quelqu'un, ni évoquer un compagnon.
Je me trompe peut-être. -Forcément.
-Forcément quoi ? -Elle a quelqu'un.
-Donc tu as un avis.
-Hum hum. -Que fais-tu là, toi ?
-C'est vous qui m'avez puni.
-File. -A mon avis, elle a personne.
La porte claque.
-Il faut que tu recopies les phrases en entier.
-OK.
-Hum.
Je m'en vais. Au revoir.
-Excusez-moi, je voulais justement vous parler de quelque chose.
-Oui ? Ah oui, sa mère rentre demain, finalement.
Inutile de revenir demain.
-Ca n'a rien à voir.
C'est juste que...
Ca risque de vous surprendre, d'où mon hésitation...
C'est que je... Je voulais vous demander si...
Enfin sans vous importuner, si vous accepteriez de...
De dîner, euh... Enfin je veux dire, dans un restaurant.
-Très bien, avec plaisir. Demain, ça vous va ?
-Euh... Demain ?
-Coucou, c'est moi. -Salut, Victor. Tu vas bien ?
-Oui.
-Ca va ? -Salut.
-Faut que je file. Y a tout : brosse à dents, pyjama...
Il doit se coucher tôt.
-Chez son parrain, les règles changent.
-Sa mère le récupère demain... -On va le coucher tôt.
-Victor, viens avec moi.
-Tiens, il faut que tu lises ça, c'est magnifique.
-D'accord. -T'as réservé où ?
-A côté du théâtre, j'espère que ça sera bien.
Je sais pas si c'est une bonne idée. -Mais si. Allez, file. Bon courage.
...
-Excusez-moi de vous déranger.
J'ai rendez-vous avec Alicia Bardery,
elle m'attend dans sa loge.
-Prenez les escaliers, c'est la 2e porte à droite.
-Merci. -Je vous en prie.
-Les loges, c'est par là ? -C'est interdit au public.
Bonsoir. Vous allez bien ?
-C'est que j'ai rendez-vous avec Alicia Bardery.
-Elle va sortir d'ici un quart d'heure.
-Elle m'a demandé de la rejoindre.
-Vous êtes ? -Clément Dussault.
-Clément Dussault ? -Oui.
-Je vais me renseigner.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Bonsoir. -Bonsoir.
Rires, brouhaha au loin
-Vous pouvez y aller.
Bribes de conversations
-Ce théâtre, il est sublime.
Je ne le connaissais pas. Petit, mais il a une bonne acoustique.
...
*Mozart : "Marche turque"
-Allô ?
-Vous avez réservé pour 22 h 30. Il est 22 h 50.
Vous confirmez la réservation ?
-Oui, bien sûr. Nous avons un petit retard, nous arrivons tout de suite.
-Entendu. On vous attend.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Vous allez bien ? -Oui, très bien.
-On dîne toujours ensemble ? -Oui, on peut y aller.
-Tu dînes avec nous ?
-Non, ce soir, juste un petit dîner. Je n'ai pas votre énergie.
-T'es sage, dis donc. -T'étais super, ce soir.
-Non, c'est toi. -Tu dînes avec moi ?
-Pas ce soir, mais... Demain ?
-D'accord. Viens, je vais te présenter à Michel Bernard.
-Michel Bernard ? -Oui.
-A tout de suite. -A tout de suite.
-J'ai envie juste de paraphraser Michel Bernard, qui disait :
"Au théâtre, on joue, alors qu'au cinéma, on a joué."
Vous êtes d'accord ? -Oui, je suis plutôt d'accord.
-On connaît votre carrière, tous ces films...
-A bientôt, j'espère. Au revoir.
Je suis désolée. -C'est rien, j'ai tout mon temps.
J'ai réservé pas très loin d'ici. Je vais appeler un taxi.
-Allons-y à pied, non ?
-Ca vous dérange pas ? -Pas du tout.
-C'est par là.
-Je vous ai vu. Vous êtes revenu voir le spectacle, c'est gentil.
-Vous m'avez vu dans la salle ? -Oui.
-On dirait que tout le monde a beaucoup apprécié la pièce.
-Tout le monde est très poli, j'entends toujours la même chose.
Mais ça fait plaisir.
Ca vous a plu ? -Oui, beaucoup.
Pour de vrai, hein. Croyez-moi.
-Je vous crois.
-Y a plus personne en cuisine, je suis désolé.
Si j'avais su, pour vous, j'aurais fait une exception.
Je peux vous servir de la charcuterie et du fromage.
J'ai mis de la musique. -Merci.
*Jazz
*-Tu ne rentreras pas ce soir...
-Vous ne mangez pas ?
-Je n'aime ni la charcuterie ni le fromage.
Je voulais pas le contrarier.
-On peut changer d'endroit. -Non, j'ai pas très faim.
Vous aimez ? -Euh... Ben oui.
-Il était si sympathique, je voudrais pas le vexer.
Ca vous ennuierait de prendre un bout de mon assiette ?
-Non, non. -Sûr ?
-Oui, j'ai l'habitude, avec mon fils, de finir ses assiettes.
-Ah bon ? Bon, ben... Merci.
Merci beaucoup.
Vous avez un garçon ? -Oui.
-Il a quel âge ? -Dix ans.
Il est dans la même école que Jacky, dans une autre classe.
-Vous avez abandonné votre foyer ce soir ?
-On est séparés depuis trois ans. Nous sommes en garde alternée.
*-Un jour où le ciel était gris...
-Bon appétit. -Merci.
*-Je vous aime tellement
Et maintenant, pour dix mille ans
Et maintenant, pour dix mille ans
-J'admire ce que vous faites.
-Comment ça ?
-Vous jouez toute la journée devant le public le plus difficile,
vous devez le captiver, le former...
-Je ne suis pas un si bon enseignant.
-Je suis sûre que si. Je le vois à votre tête.
-Ben...
-Comme vous avez tout mangé, je vous en ai rapporté.
Cadeau de la maison.
-Bon. Euh...
-Donnez-moi votre assiette. -Non, ça me gêne. Je vais me forcer.
-Mais si. -Ah !
Bris de verre
Elle rit.
-Je suis désolé. Avec le sel...
...
-Vous gardez de bons rapports avec la mère de votre fils ?
-Oui, elle est même aux petits soins avec moi.
Elle m'a quitté pour un de mes amis, elle se sent coupable.
Ca doit pas être facile, pour eux. Faut se mettre à leur place.
Et encore désolé pour la tache sur la robe.
-C'était si drôle. Je n'avais pas autant ri depuis une éternité.
-J'ai un ami qui travaille dans un pressing haut de gamme.
Je suis certain qu'il peut quelque chose.
-Tenez,
ma robe.
Vous lisez quoi ? -"La Femme qui dort".
-J'adore ce roman.
Vous aimez ? -Ben... Oui. Oui, oui.
-"Prenez-moi dans vos bras,
avant que de réfléchir à pourquoi me prendre dans vos bras."
J'adore quand Anna dit ça. Pas vous ?
Et puis elle a la même particularité psycho-physiologique que moi.
Moi aussi, je bâille quand je suis émue,
et je m'endors quand je suis bouleversée.
Parfois on pense que je m'ennuie, mais c'est pas toujours ça.
-Je vous raccompagne ? -Non, ça ira. Merci.
J'habite assez loin d'ici, y a pas mal de trajet.
-Je voulais dire à la porte. -Ah, pardon. Oui.
Eh bien... Au revoir.
-Pardon d'être indiscrète, mais...
Le jour où vous avez appris, pour votre femme et votre ami,
comment vous avez réagi ?
-Je suis pas très fort, pour les réactions spontanées.
-Comment ça ?
-J'ai jamais su réagir naturellement,
alors quand une chose émotionnelle arrive, je me mets en recul
et je regarde la chose comme un futur souvenir.
-Je vois. Comme quand on quitte quelqu'un qu'on aime
sans jamais être sûr de le revoir :
on regarde ce moment comme un souvenir qu'on aura pour plus tard.
-J'ai tendance à voir les choses comme ça.
-C'est intéressant.
Et là, par exemple, vous êtes dans le souvenir ?
-Ben... Un petit peu, oui.
-J'essaie de me mettre dans la même disposition que vous.
On est censés ne plus se revoir ?
-Normalement, oui.
-C'est drôle. Euh...
Au revoir.
-Au revoir.
-Pardon.
Euh... Où est-ce qu'on en était, déjà ?
Ah oui.
Au revoir.
On peut peut-être s'embrasser ?
-Pardon. Excusez-moi.
Vous vouliez peut-être dire "se faire la bise" ?
J'ai pas compris.
-C'est pas grave. C'est qu'un souvenir.
C'est tellement étrange.
Quelqu'un m'avait prévenue que je te rencontrerais.
Mais j'ai jamais prêté attention à ce genre de superstition.
C'était y a trois mois, durant un dîner.
Je discutais avec la femme d'un scénariste, je me confiais...
Moi aussi, j'étais mariée et j'ai été trompée,
pendant des années, sans m'apercevoir de rien.
Ou sans vouloir m'apercevoir de rien, je sais pas.
Cette femme m'a dit que j'allais bientôt rencontrer quelqu'un,
que ça serait une rencontre inattendue.
Quelqu'un qui travaille dans un milieu très différent du mien.
Quelqu'un de très doux, et qui ne sait pas mentir.
Elle m'a même dit qu'il travaillait
avec des enfants,
dans un milieu associatif, ou quelque chose comme ça.
-C'est l'histoire d'un soir ou c'est sérieux ?
-Je sais pas. Je sais pas....
Ce matin, au réveil...
Enfin j'ai pas dormi, mais j'ai fait semblant de me réveiller.
J'ai eu l'impression qu'elle espérait me revoir.
-Comment ça, "l'impression" ?
-Elle a dit : "A très vite, si tu veux bien."
-Elle a dit ça ?
-Oui. A moins que j'aie mal entendu.
Mon esprit a pu déformer ses paroles.
Thomas, je comprends pas
ce qui m'arrive.
J'ai l'impression d'être dans un rêve,
et j'ai tellement pas envie de me réveiller.
Mais ça peut pas durer.
-Crie, pleure, et demande-moi où j'étais !
Oui, elle est venue me voir au bureau...
-(Chut. C'est par là.)
-Mais elle m'a fait la ramener dans son appartement.
Barbara, je t'en prie.
-Je ne peux pas te parler.
Je n'en ai pas envie.
Je suis désolée.
-Je t'en prie !
-(Ah, t'es là ? C'est pour moi ?)
-Elle n'a rien à voir avec nous ! Elle ne compte pas, pour moi !
-(J'ai dit à ma meilleure amie, pour nous deux.)
-Barbara, je suis comme un alcoolique
qui sait que l'alcool va le détruire !
-(Sortons boire un verre tous les trois ce soir.)
-(D'accord.)
-Il essaie...
-(C'est à moi.)
Qu'est-ce que tu me demandes ? La permission ?
-Barbara, je suis désolé.
-Je suis désolée moi aussi. Je ne peux le prendre à la légère,
car je te veux autant que tu la veux.
-C'est vraiment bien, qu'elle t'ait rencontré.
Elle a tellement pas eu de chance.
Et que tu sois pas du métier, ça aussi, c'est une chance.
Ce milieu est si malsain. "En se méprisant les uns les autres,
ils cherchent à plaire aux uns et aux autres."
Vous deux, c'est l'équilibre parfait.
-J'ai tout entendu.
-A vous deux. -Merci.
Ca te plaît ? -Ouais !
T'as vu, papa ? L'œuvre complète de Victor Hugo dans la "Pléiade".
-Enchanté. Clément Dussault.
-Thierry.
-Ca va ? -Clément Dussault.
Clément Dussault, enchanté.
-Qu'est-ce que c'est ? -C'est un nid.
-Un nid ?
-De tisserin, un oiseau tropical. -Si on le mettait dans le salon ?
-Clément Dussault, enchanté.
-Maurice Alain. -Clément Dussault, enchanté.
Clément Dussault, enchanté.
-Bonjour, monsieur.
...
*Mozart : "Marche turque"
-Mais mon téléphone est là-bas... -Non, non, non.
-Mais il est là-bas !
Il faut que j'aille répondre !
...
Comment vas-tu ?
-L'amour de l'être aimé est ce qu'on désire le plus,
et c'est ce qui dépend le moins de nous.
Quand ça marche, c'est magique, mais ce n'est qu'une pure contingence.
Mais je dis pas ça pour toi. Je suis content que tu sois là.
Je perds Christie, mais je te retrouve.
Je l'aime, mais elle a compris que c'était pas la femme de mes rêves.
Depuis que tu as rencontré Alicia,
inconsciemment, j'espère rencontrer la femme de mes rêves.
Y a pas de raison que ça arrive qu'à toi.
-Bon, on travaille demain. Il faut y aller.
-Ne me laisse pas, je me sens pas de partir maintenant.
C'est une erreur. -On n'a rien commandé.
-Ce sont les filles, là-bas, qui vous les offrent.
-C'est un signe du destin. Juste le jour où je deviens célibataire.
On va les remercier. -Attends. Non, attends...
-Prends ton verre et suis-moi.
Bonsoir.
Merci pour le verre. -Je t'en prie.
-Viens.
-Moi, c'est Virginie.
-Moi, Caprice. -Moi, c'est Thomas,
et lui, Clément. Enchanté.
-Ca va ? Encore une fois. -Oui, mais je peux pas rester...
-Deux inconnues nous offrent un verre, c'est exceptionnel.
-On se disait : "Pourquoi ce sont toujours les hommes qui font ça ?"
Si on veut la parité, il faut changer les habitudes.
-C'est très intéressant, j'ai l'impression d'être
dans la peau d'une femme.
-Ah... C'est passionnant.
*Musique disco
...
-On ferme !
-On va prendre un dernier verre ?
-Non, vous devez ne rien dire et attendre qu'on vous propose.
-On attend.
-Messieurs, à cette heure-ci, tous les bars sont fermés.
Venez donc boire un verre à la maison.
-On travaille tôt, demain. On va être fatigués.
-Juste cinq minutes. -Tu en penses quoi ?
-Faut que je rentre... -D'accord, juste cinq minutes.
-Allons-y.
-Je te laisse.
-Pour une fois que je m'amuse, non !
-Vas-y seul.
-Non, l'ambiance sera pas la même. Viens.
-Désolée pour le désordre.
Ma domestique est en congé.
Entrez, c'est tout droit. Vous perdez pas.
-Je serais très heureux que vous me fassiez visiter votre demeure.
-Comment résister à un tel souhait ? Allons-y.
Alors par où commencer ?
Mon boudoir, ma pièce à rêver.
La bibliothèque, que j'affectionne tout particulièrement.
La cuisine...
et ses diverses réserves.
J'y mets rarement les pieds.
La chambre d'amis,
deux places et plus, si affinités.
Et j'oubliais...
Mes appartements, si vous désirez les admirer.
-Avec plaisir.
-Pardon.
-(Attends !) -(Laisse-moi !)
-Tu veux des glaçons ? -Non, ça ira.
-Je suis désolée, y a pas d'autre sortie.
On peut s'asseoir, si tu veux.
...
-Tu habites pas ici ?
-Si. Pour l'instant, je dors sur ce canapé,
mais Virginie part un an travailler sur une croisière,
je vais récupérer son appartement.
Je suis à Paris depuis peu. Je viens de Moustiers-Sainte-Marie.
Tu connais ? -Non.
-C'est un très joli village des Alpes-de-Haute-Provence.
Mais c'est pas possible, là-bas, de réussir comme comédienne.
-Tu es comédienne ? -Oui.
J'ai pas l'air d'une comédienne ?
-C'est pas ce que je voulais dire.
-Au théâtre, j'ai vu que tu pleurais pendant la pièce.
-Ah bon ?
-On se croise sans arrêt, ça doit vouloir dire quelque chose.
-C'est le hasard.
-Y a pas de hasard.
Laisse-moi lire dans ta main.
Oh... Très intéressant...
Mais non, j'y connais rien.
Attends, j'écris avec mon doigt, et tu dois deviner ce que c'est.
Alors ?
-"Bière", peut-être ?
-Non. J'ai écrit "biche".
Je vais te faire
un regard de biche.
Voilà. Un tout petit aperçu de mes talents de comédienne.
Excuse-moi. -Non, c'est moi.
-Je me sens idiote. -Je suis très flatté, au contraire.
-C'est vrai ?
Vraiment ?
-C'est que j'ai déjà quelqu'un dans ma vie.
-C'est pas grave. Ca me dérange pas.
-Non, mais c'est que... -Je te plais pas ?
-C'est pas ça.
-Tu sais quoi ?
J'ai encore envie de t'embrasser.
-Ah bon ? -Oui. Ca passe pas.
-Ben... Il faut peut-être penser à autre chose.
-J'y arrive pas.
Si t'étais pas en couple, tu m'embrasserais ?
-Je crois que oui.
-Tu dis ça pour me faire plaisir parce que t'es gentil.
-Non, pas du tout.
-Et si on s'embrassait, mais qu'une seule fois ? Juste comme ça ?
Ca me ferait plaisir.
Après, promis, je t'embêterai plus.
S'il te plaît.
Ferme les yeux, si c'est plus facile pour toi.
...
Clément !
Ton téléphone. Tu l'as oublié exprès pour qu'on se revoie plus tard ?
-J'ai pas voulu allumer, il a dû glisser.
-Je dormais pas. Je voulais pas t'embarrasser.
J'ai laissé mon numéro sur ton répertoire.
Si un jour tu veux m'appeler... Je suis très forte en bricolage.
Problèmes électriques, plomberie...
-Je m'en souviendrai.
-A très bientôt, alors. -A très bientôt...
La porte grince.
Cliquetis du loquet
Le plancher craque.
...
Grincement
Réveille-matin
-(Je t'aime.)
-Hum ?
-Je t'aime.
-Excusez-moi de vous déranger.
C'était pour vous dire que ce que vous avez vu tout à l'heure,
en fait, c'était rien, c'est fini.
En fait, y a pas d'histoire, avec cette fille. Je la connais pas.
Alors ça serait dommage d'en parler à Alicia.
*Mozart : "Marche turque"
...
Allô ? *-Coucou, c'est moi.
J'ai un cadeau pour toi.
*Je peux pas dire quoi, c'est une surprise.
-Comment tu as eu mon numéro ?
-En rentrant le mien dans ton téléphone : je me suis appelée
*avec ton téléphone. On se voit quand ?
-C'est que je suis pas libre du tout.
Je te rappellerai, mais toi, ne m'appelle plus.
-D'accord. Je vais attendre que tu m'appelles.
-Hé, regarde. Regarde qui est là.
-Non, c'est pas possible. -Allez.
Bon courage, Don Juan.
-Salut.
-Tu devais attendre mon appel. Comment tu as su où je travaillais ?
-Secret. Je peux être une vraie détective, tu sais.
J'étais impatiente de te donner ton cadeau.
J'espère que ça va te plaire.
-Navré, mais j'ai quelqu'un. Je veux pas rendre les choses confuses.
-J'avais compris. Ca n'empêche pas de se voir amicalement.
C'est un cadeau amical. J'attends rien en retour. Tiens.
-Bon.
-C'est une citrine,
une pierre qui porte bonheur si on la garde sur soi.
D'ici quelques années, tu verras que les malchances que tu as eues
étaient en fait des chances déguisées.
Garde-la à proximité de ton slip : ça augmente la fertilité.
-Ben, merci...
On m'attend. Je suis désolé, il faut que j'y aille.
-Je comprends. A une prochaine ? -A une prochaine, oui.
Elle me plaît pas, c'est une gamine.
-Mais tu la reverras plus. Y a pas de quoi en faire une histoire.
-Mais ça me rend malade.
Je peux plus être naturel avec Alicia. Je me sens comme un traître.
Il faut que je lui dise tout.
-Ne fais pas ça. T'es fou ? Déjà qu'elle a été trompée par son ex...
C'est toi qui me l'as dit.
T'imagines le traumatisme, si elle apprend que toi aussi ?
-Me taire serait rompre notre confiance.
-Arrête de dramatiser. Alicia est amoureuse de toi. Tout va bien.
T'as mauvaise conscience, c'est normal,
mais dans une semaine, t'auras oublié.
-Tu crois ? -Mais oui.
Grondement de tonnerre
*Musique symphonique
...
-Alexandra est venue
me parler.
Elle a démissionné.
-Ah bon ?
-C'est bizarre, elle dit qu'elle a trouvé une place près de chez elle.
Ce qui m'étonne, c'est ce côté soudain.
Ca fait quatre ans qu'elle travaille pour moi.
J'ignorais qu'elle cherchait autre chose.
Et quand je lui ai demandé qui sont ses futurs employeurs,
elle n'a pas pu me répondre. C'est étrange, non ?
-Oui. Mais... Tu crois que c'est pas vrai ?
-Je sais pas, je comprends pas.
Je lui ai parlé sèchement, l'autre jour. Elle a pu mal le prendre.
Ca m'inquiète, elle est seule à élever trois enfants.
-Trois enfants ? -Oui.
En fait, je vais l'appeler. On peut pas se quitter si brusquement.
Coup de tonnerre
-Alicia ! -Oui ?
-Attends, avant de l'appeler.
Je veux que tu continues à me faire confiance, et que tout soit clair.
Tout ça est peut-être de ma faute.
Tu me détestes, c'est ça ?
-Non. Je sais que c'est pas de ta faute.
C'est de la faute de cette malédiction.
Avec moi, les hommes deviennent infidèles.
-Je n'ai pas fait exprès.
-Je sais. C'est plus fort qu'eux.
Quelque chose en moi doit leur inspirer ça. Ils changent.
-Alicia, j'ai pas changé. Je te promets.
-Je te faisais confiance, je sais pas pourquoi.
Tu me semblais si sincère, si différent des autres.
Si seulement tu me l'avais dit avant.
-Bonne nuit.
-Et la femme de ménage, alors ? -Alicia l'a eue au téléphone.
Elle disait vrai. Elle a vraiment eu une place près de chez elle.
-Thomas ? Thomas !
Que fais-tu là ?
-Je passais voir un ami qui habite le quartier.
-Je suis avec des amies du théâtre. Tu te joins à nous ?
-Oui.
...
-A demain. -Au revoir.
-Tu vas de quel côté ? -Je rentre chez moi.
-Je prends un taxi. Je te dépose ?
-Si ça te dérange pas, je veux bien.
-Mince, j'ai oublié dans ma loge un manuscrit que je dois lire ce soir.
-C'est pas grave, je vais rentrer par mes propres moyens.
Merci pour la soirée.
-C'était drôle, de se croiser. Mais attends, j'en ai pour 5 min.
-D'accord, je t'attends.
-Ou viens avec moi, si tu veux.
-"Etre ou ne pas être, telle est la question !"
-Bravo. -Je t'avais pas vue.
Grâce à toi, je réalise un rêve d'enfant.
-J'en suis ravie.
J'ai retrouvé ce cognac qu'on m'avait offert. On goûte ?
-Oui. Mais t'as des verres ?
-Je sais où en trouver.
Suis-moi.
-On est où ? -Dans le bureau du directeur.
-Un directeur qui entre par effraction
dans le bureau d'un autre directeur, ça m'amuse.
-J'avais raison.
-On n'a que l'embarras du choix.
-Bon, je la redépose.
-Attends. On goûte celle-là ?
-Ca ? -Une des deux.
-Allez.
-C'est bien ? -C'est pas mal.
Une porte claque.
Chut. -Quoi ?
-(J'entends du bruit.)
-(Où ça ?) -(Y a quelqu'un qui arrive.)
-C'est moi. Tu as laissé un message sur mon portable,
mais il était éteint.
J'étais au théâtre, dans mon bureau.
Tu vois bien que je t'appelle avec le téléphone du bureau, là.
J'étais en réunion avec le décorateur.
Appelle-le si tu veux, il vient de partir ! Arrête !
Je rentre, oui.
La porte claque.
Les pas du directeur s'éloignent.
...
Une porte claque.
-Pardon.
-Fatiguée ?
-Oui. Oui, je vais aller me coucher.
Cliquetis. Une porte claque.
...
-Mon ex-femme et moi sommes très gourmands.
Je pourrais tuer pour un bon cheesecake. Et elle aussi.
Faut vraiment qu'il soit bon,
mais je pourrais tuer pour ça.
Bref. Notre Maurice se dit :
"Si j'égayais cette journée pourrie
avec un bon gâteau ?" J'entre donc
dans la pâtisserie la plus proche
où, coup de chance, il reste une part de cheesecake.
Sauf qu'en rentrant chez moi, ma femme,
enceinte, me dit qu'elle a eu une envie de cheesecake,
qu'elle va à la boulangerie...
-Clément, tu peux venir avec moi, m'aider à... chercher du vin ?
-Je m'y connais pas trop.
-Mais si. Viens.
-Et que je lui donne mon cheesecake.
-Ben non.
Je pensais que ça marcherait, mais c'est comme embrasser un inconnu.
Et encore, un inconnu, ça serait plus facile.
-C'est normal : j'étais pas vraiment moi à l'instant.
J'ai senti que j'étais un peu étranger à ma propre personne,
donc c'est logique que tu éprouves ça.
Là, je me sens plus moi-même.
Je suis sûr que si on recommençait, ça serait déjà plus la même chose.
-OK. Essaye.
Non, je suis désolée, je le sens pas.
C'est trop artificiel.
-Je suis pas très naturel, là, mais...
-Séparons-nous quelque temps. C'est difficile, pour toi, d'attendre.
-Non, tout va bien, je t'assure.
Je t'en supplie, ne nous séparons pas.
Je patienterai. Des mois, s'il le faut.
J'ai pas envie qu'on se sépare.
Je t'aime.
-D'accord, on fait pas de break.
Je crois que je t'aime, moi aussi.
Je suis désolée de pas être sûre, mais je crois bien.
Craie sur le tableau
Les enfants rient.
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je t'invite ce soir à la première de notre spectacle.
Avec des amis, on a monté une pièce, et j'aimerais avoir ton avis.
Tes remarques nous permettront de nous améliorer.
Tu vas souvent au théâtre, tu sauras nous juger.
-Tu peux pas venir sur mon lieu de travail juste pour ça.
-Ah bon ? Je me suis dit que ça te ferait plaisir.
-Mais je suis en cours, y a trente élèves qui m'attendent.
-Je pouvais pas faire autrement, je pars répéter.
-Oh, Caprice !
-Ca va pas ? -Non, ça va pas du tout.
-Pourquoi ?
-Cette histoire a fait beaucoup de mal à mon couple.
-Elle l'a appris ? -Oui.
Tu peux pas venir ici.
-Je comprends.
-Si elle apprenait que je te vois, elle penserait que ça continue.
-T'es très fâché contre moi ? -Non, je suis fâché contre moi.
-Bon, je suis désolée.
Je vais y aller.
*Mozart : "Marche turque"
...
-Allô ?
-Désolée, je retrouve plus l'argent pour louer la salle ce soir.
J'ai ton invitation dans mon sac, j'ai dû me tromper d'enveloppe.
*Si je retrouve pas l'argent, tout sera annulé.
-L'enveloppe est là, je regarde.
Oui, y a de l'argent.
-S'il te plaît, prends un taxi, je te rembourserai.
On est à 40 minutes
*de Paris. -Mais...
*-S'il te plaît.
-Attendez-moi, je reviens.
Roulement d'un train
...
-Je vais pas rester là à attendre. Vous appellerez un collègue.
-J'en ai pour deux minutes.
-C'est vous, Clément ? -Oui.
*"Marche turque"
*Tonalité
...
Allô ?
-Je te dérange pas ?
-Non... Non, non, non.
-On est en répétition, là. On fait une petite pause.
Tu as passé une bonne journée ?
-Oui, oui, très bien... Et toi ?
*-J'ai travaillé avec Pauline, on devrait
les inviter, avec François.
-Oui, c'est une bonne idée.
-Ah, Pauline ! Attends, je demande à Pauline, pour le dîner.
*Pauline ! Vous êtes libres à dîner, la semaine prochaine ?
-Je crois que vendredi, c'est pas possible...
*Mercredi, oui.
*-Ca irait, mercredi ?
*-Ben... Oui.
-Oui ? Super. A plus tard.
*Et sinon, t'as déjeuné quoi, ce midi ?
-Du poulet avec des frites.
*-Ah, c'est chouette. Bon...
A plus tard. *-A plus tard. Bonne soirée.
Excusez-moi.
Je suis désolé. -Le propriétaire attend l'argent.
-Oui, je l'ai.
-J'y vais, j'ai des clients qui m'attendent.
-Je vous ramène ? Je suis en voiture.
-Dans ce cas-là...
Voilà. Gardez la monnaie. -OK. Merci. Au revoir.
-Je l'ai mis dans ma veste, mais... Je sais plus où.
Peut-être...
Ah, elle était là. -Merci.
-On y va ?
-Dès que le spectacle est fini, on y va.
Venez.
Par ici.
Allez-y. -Mais...
-Voilà.
Klaxon d'un train au loin
Chères mesdames
et chers messieurs,
merci d'être venus si nombreux découvrir notre spectacle.
La représentation sera suivie d'une discussion autour d'un verre
avec les comédiens et moi-même.
Applaudissements
...
*Musique douce
...
-Nous voilà en l'an 17 103.
A l'époque depuis laquelle je vous parle, il y a longtemps
que les hommes ne sont plus vraiment des hommes, ni les femmes,
des femmes : nos corps et nos sexes ont subi la loi de l'évolution.
L'apparence avec laquelle vous me découvrez est un masque,
pour ne pas vous horrifier ni vous dérouter.
Ce qui est beau pour nous vous semblerait bien étranger.
Ce qui est bon pour nous, vous ne pourriez le supporter.
Ce qui est bien pour nous vous paraîtrait barbare.
-Barbare. -Vous ne pourriez le supporter.
-Barbare.
-Bien des choses ont changé, en 15 000 ans. Même l'amour.
-Amour. -Amour.
-Amour.
-Nous avons oublié la signification du mot.
-Signification... -Nous avons oublié...
-Le mot qui s'en approche le plus
chez nous est "intersection".
Voilà une intersection.
...
Une intersection
n'est pas forcément composée d'un duo, comme à votre époque.
Excusez-moi.
Tiens.
-Merci. Bravo. C'était formidable.
-Merci. Je suis désolée, pour l'enveloppe.
Ca t'a vraiment plu ? -Oui, vraiment.
J'ai passé un excellent moment. -J'étais pourtant très mauvaise.
-Non, pas du tout. Tu étais super. C'était captivant.
Souvent, la science-fiction nous emmène quelques décennies
dans le futur, mais jamais 15 000 ans. Qui a écrit la pièce ?
-Un petit peu nous tous. C'est un travail collectif.
Mais bon, l'idée vient quand même de Jean. Viens, je te le présente.
Jean, je te présente Clément, un ami.
-On s'est déjà croisés.
-Clément a beaucoup aimé le spectacle.
-Merci, c'est gentil.
-Vraiment, vous tenez une idée extraordinaire.
Ca va marcher très fort.
-Ce qui compte, c'est pas tant la quantité de personnes
qui viennent nous voir que leur qualité.
Une personne sensible vaut plus que dix mille indifférentes.
-En plus, Clément est un connaisseur.
-Ah oui ? -Juste amateur.
Ma compagne travaille dans le théâtre, alors forcément...
-Et petit à petit, on est arrivés à cette...
-Je peux parler à mon ami ?
-Bien sûr. A plus tard. -A plus tard.
-Merci.
-Tes collègues sont très sympas. -Oui, j'ai beaucoup de chance.
Ca, c'est le caillou :
dans ma malchance avec l'enveloppe, j'ai eu la chance que tu viennes.
Je peux te demander quelque chose d'indiscret ?
Tu as dit que ta compagne était dans le théâtre, je la connais ?
Si jamais je la croise, j'éviterai de gaffer.
-Elle est comédienne, comme toi. C'est Alicia Bardery.
-Non... Tu te moques.
On l'a vue au théâtre ensemble et tu es reparti seul.
-On n'était pas encore ensemble. -Tu dis n'importe quoi.
-Je t'assure.
-Montre-moi une photo d'elle et je te croirai.
Excuse-moi, je pensais que tu me faisais marcher.
En tout cas, c'est une super actrice. Je l'adore.
T'as de la chance d'être avec elle.
-Je sais.
...
Des pas résonnent au loin.
-Excusez-moi. -Désolée, je suis pressée.
-C'est à propos de Clément.
-Comment ça ? -Oui, Clément, votre amoureux.
Tout ça est vraiment de ma faute.
Il y est pour rien.
J'étais malheureuse qu'il s'intéresse pas à moi,
alors j'ai beaucoup insisté.
Je savais pas que vous étiez sa compagne.
-Bonjour, Alicia.
-Bonjour.
-Je suis pas fière qu'à cause de moi, votre couple aille mal.
-Comment vous savez que mon couple va mal ?
-Je sais pas.
Je suppose, euh...
Moi, j'ai pas revu Clément.
En fait, si, je l'ai revu.
-Vous l'avez revu ?
-Il est venu sans le savoir voir une pièce où j'ai un petit rôle.
Je suis comédienne, comme vous.
Enfin pas très connue, et pas aussi bonne.
Je l'ai aperçu, et je suis allée le voir.
Il m'a dit qu'il voulait plus me parler,
et que j'étais la cause d'un gros problème dans votre couple.
Je me suis dit que je devais venir vous voir,
pour dissiper les malentendus.
J'espère que ça va servir à quelque chose.
En tout cas, à votre place, je serais très heureuse,
d'avoir un amoureux comme lui.
Ca serait dommage de le perdre.
Je le connais à peine, mais...
C'est le genre d'homme avec qui on se sent tout de suite bien.
Il dégage quelque chose de si doux, de si réconfortant...
Ca donne envie d'être contre lui et de se laisser aller.
Non ?
-Bon, regarde pas.
Vas-y. -"La bonne heure".
"Quand je suis dans tes bras J'entends mon cœur qui bat
"Quand tu m'embrasses Le bonheur m'enlace
"Quand je suis sur ton cœur Plus rien ne me fait peur
"Quand tu me fais un câlin Je n'ai plus de chagrin
"Mais quand tu n'es pas là Tout devient si froid
"Je t'en prie, reviens vite La vie est une météorite
Ca commence, ça finit." Laurent Desmet.
-C'est très bien. On passe aux mathématiques ?
-Clément ?
-Oui ?
Qu'est-ce qu'y a ?
-Embrasse-moi comme tu as embrassé cette fille.
-Comment ça ?
-Je serais moins jalouse en voyant comment tu l'as embrassée.
-Je me souviens plus. Et puis j'avais beaucoup bu.
-Essaye quand même. S'il te plaît.
-Je te garantis rien, hein.
Cris des écoliers
Thomas ! Ca y est, tout est réglé, avec Alicia !
Ca ne te réjouit pas ?
-Si, c'est super.
-Merci pour ta patience envers moi.
J'y vais.
Clément s'éloigne en courant. Choc.
Aïe ! Les enfants rient.
-Bonjour, je cherche la chambre de M. Dussault.
-Il est juste là. -Merci.
Oh, salut...
-Salut, Alicia.
-Ca va ? -Tout va bien, t'inquiète pas.
-Comment ça s'est passé ?
-J'étais si content, j'ai glissé sur la rampe.
-C'est pas de chance. -C'est la loi de la compensation.
Quand on a trop de chance, il faut bien que quelque chose compense...
Ca aurait pu être bien pire.
-Tu veux boire quelque chose ? -Une boisson fraîche ? Un café ?
-Un café.
-Je t'apporte ça. -Je t'accompagne.
...
-Tu pars en tournage en Slovaquie ?
-En Moldavie. Six semaines.
-Ben alors ? Il est pas passé, le docteur ?
-Non. Je sais même pas si j'ai le droit de bouger.
Y avait plus de café ?
-C'est que...
-Si, mais j'ai dû l'oublier sur la machine. Je vais le chercher.
...
-Clément ? Mais... Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Donne, je vais t'aider.
Ca va ? -Oui.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Tu me suivais ?
-Comme si j'avais que ça à faire. Non, je distribue des tracts.
Je suis livreuse de pizzas. Je savais pas que tu vivais ici.
Je vais t'aider. -Non, ça ira.
-Non, ça ira pas. T'as besoin d'un coup de main.
-Je me débrouillerai.
-J'ai aucune arrière-pensée amoureuse pour toi.
Je n'éprouve que de l'amitié. T'as pas à avoir peur.
-Caprice, j'ai pas envie de prendre de risque.
-J'ai besoin d'aller aux toilettes. S'il te plaît.
Y a pas de café, dans ton quartier. -C'est que... Alicia est là.
-Je lis les journaux de cinéma. Je sais qu'elle est en tournage.
Oh !
Ca doit valoir une fortune. -C'est super fragile. Repose-le.
-Un, deux, trois, quatre ! A quoi ça sert, d'avoir quatre salons ?
J'ai l'impression d'être une princesse.
-J'ai beaucoup de choses à faire.
-J'y vais, si ma présence est si atroce.
-J'ai pas dit ça. -Mais tu me le fais sentir.
Clément, on a bien le droit de se voir amicalement.
On n'est plus au Moyen Age.
Et encore, la femme était mieux considérée.
Tu veux que je m'en aille ?
Pardon d'être venue... gentiment discuter.
-Discuter de quoi ?
-Mais de tout et de rien. Y a des milliers de sujets de conversation.
-D'accord, mais pas longtemps.
-Je peux prendre
un bonbon ?
-Comment marche
ton spectacle ? -C'est fini depuis longtemps.
On avait loué la salle pour 3 représentations.
-Ca a marché ?
-Très bien. On a fait au total 69 entrées, dont 23 payantes.
Chaque soir, y avait plus de monde.
-C'est bien. -Ouais. On était contents.
On a eu de très bons spectateurs, surtout. Très sensibles.
On aurait bien continué, mais il fallait louer la salle.
C'était cher.
Ca te va très bien,
le plâtre.
C'est toujours charmant, un homme un peu diminué.
On a envie d'en prendre soin. Si je peux t'être utile...
-Ben... Ca va. Je te remercie.
-Tu reprends l'école quand ?
-Lundi. -Avec le plâtre ?
Klaxon
-Qu'est-ce que tu fais là ? -Votre taxi vous attend, monsieur.
-A qui est la voiture ? -Secret.
-Tu as ton permis ? -Secret. Monte.
A cet aprèm.
-Non, c'est pas la peine !
-Je vais m'en occuper. -Non, ça va.
-Mais si !
La sonnerie retentit.
...
En route !
Oh ! Ca va ?
Et voilà !
*Une femme sanglote.
...
Bon, salut !
-Tiens, c'est pour toi.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Un manuscrit. Une pièce de théâtre que j'ai écrite.
Ca fait longtemps que j'en avais envie. Je me suis lancé.
Tu seras la première à la lire.
-Je suis la toute première ? -Oui.
-Tu veux pas la faire lire à Alicia d'abord ?
-Non, je veux pas prendre le risque de la décevoir.
C'est peut-être très mauvais. -Je suis sûre que c'est génial !
C'est la 1re fois que je suis la 1re à lire un manuscrit.
Quelle chance j'ai.
-C'est moi qui ai de la chance. Je me demande pourquoi tu fais
tant de choses pour moi.
Je voudrais pas que tu sois amoureuse de moi en secret.
C'est pas une bonne chose, d'aimer quand c'est pas réciproque.
J'ai raison de craindre quelque chose ?
-C'est vrai, j'ai été un peu amoureuse au début,
quand je t'ai rencontré, et à cause de ce que tu m'as dit.
Mais je me suis fait une raison, c'est fini.
-A cause de ce que j'ai dit ? Mais quoi ?
-Ben... Quand tu m'as dit que tu m'aimais.
Ca m'a fait beaucoup de choses. -Mais je t'ai jamais dit ça.
-Mais si.
Le soir où tu as passé la nuit chez moi.
En plein milieu de la nuit, ta bouche
est venue contre mon oreille et tu me l'as dit, si tendrement.
-Mais non.
-Je t'assure que oui. Je l'aurais pas inventé.
J'aurais même préféré que tu me dises rien.
C'était tellement troublant.
On m'avait jamais dit ça. -Je dormais.
Je devais rêver d'Alicia.
-Non.
Tu m'as dit : "Caprice, je t'aime."
*-Il y a dans les mers de nombreux animaux plus ou moins étranges.
Certains sont connus depuis l'Antiquité,
tandis que d'autres, moins connus, ont été découverts très récemment,
notamment dans les grands fonds, où l'on pensait toute vie impossible.
C'est seulement dans les années 1970
que l'on a pu observer des oasis de vie intense...
...
-Tu vois cette grande femme en rouge, là-bas ?
Faut pas qu'elle me voie. J'ignorais qu'elle serait là.
Elle est très en colère contre moi depuis des années.
Ne la regarde pas et me regarde pas. Me regarde pas.
Carillon
-Je... Clément m'a dit de passer, je savais pas que t'étais rentrée.
-On est tous arrivés tout à l'heure, on fête la fin du tournage.
-Et tu sais où je peux mettre ça ?
-Oui. Suis-moi.
-Je comprends pas pourquoi
cette femme m'en veut toujours autant.
C'est pour elle que j'ai quitté la mère de mes enfants.
Elle se souvient juste que je n'ai pas été l'homme qu'elle s'imaginait.
Elle a cru que j'étais un homme solide, entier, résolu,
mais j'ai jamais été ça.
Moi, j'ai toujours été indécis.
J'ai toujours été un homme ayant peur de perdre quelque chose,
voulant tout vivre, et au final, ne vivant que des petits morceaux.
De charmants petits morceaux.
En fait, c'est terrible, d'être le rêve d'une femme.
On est sûr de la décevoir.
-Le tournage s'est bien passé ?
-Oui.
Tu as pensé à moi quand j'étais là-bas, non ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
Oui. Je crois.
-Moi aussi, j'ai pensé à toi.
Je me suis demandé d'où ça pouvait venir,
mais si tu as pensé à moi, c'est normal que j'aie pensé à toi.
C'est une réaction de cause à effet.
-J'espère que... je t'ai pas trop importunée.
-Non.
C'est juste un peu prenant
quand il faut se concentrer, reprendre son texte.
-Ah ! Je me demandais
si t'allais venir. -Ah, salut.
-Alicia, y a du monde
qui est arrivé.
-Ca va ?
-Comment ça va, toi ?
-Bien. Et toi ?
-Ca va.
-Tu es très belle.
-Merci.
-Tu crois que j'ai droit à un autre baiser ?
Carillon
Tu aurais dû m'appeler. Tu peux plus venir
à l'improviste.
-Regarde : je vous ai pris des topinambours.
-Tu as entendu ce que j'ai dit ?
-Oui.
T'as bien profité de moi,
et maintenant, je dois disparaître de ta vie.
-J'ai jamais cherché à profiter de toi. Alicia ignore qu'on se voit.
-J'ai racheté des bonbons.
-Si tu avais quelqu'un, notre amitié serait plus équilibrée.
Je serais plus rassuré. -Rassuré de quoi ?
-J'aurais moins peur que quelque chose dérape.
-Parce que tu penses que notre amitié peut déraper ?
-Non, c'est pas ce que je voulais dire.
-En fait, je suis un peu avec quelqu'un.
Jean, qui a mis en scène le spectacle, je suis un peu avec lui.
-Comment ça, "un peu" ?
-Je suis pas amoureuse. -Pourquoi tu es avec lui ?
-Lui est amoureux de moi.
Je l'aime beaucoup, et j'aime bien faire l'amour avec lui.
Tu vois, on est un peu à égalité.
-Non, si t'es pas amoureuse de lui, on l'est pas vraiment.
-T'es un peu jaloux ? -Non, pas du tout. Au contraire.
-Je peux prendre une douche ?
-Non ! -Mon chauffe-eau est cassé. Merci.
-Non, y a Alicia qui va arriver ! Non ! Non ! Non !
Non !
Caprice chantonne sous la douche.
...
-Et si je devenais
ta maîtresse ?
Oui, je sais : tu aimes les situations claires.
Mais le trouble, c'est beau, aussi.
C'est émouvant,
c'est vibrant.
-Je cherche pas à vibrer. Je vibre déjà suffisamment.
Je veux vivre une relation en toute confiance, sans mensonges.
-Le mensonge, c'est pas une mauvaise chose. Au contraire.
Ca protège les gens qu'on aime contre ce qui pourrait les blesser.
C'est une attention, une délicatesse,
et un excellent stimulant pour l'imagination.
Et puis si Alicia n'apprend rien, où est le mal ?
Le problème, tu veux que je te dise ?
C'est que tu es paresseux.
Tu pourrais nous rendre heureuses toutes les deux,
mais tu choisis de me faire du mal.
-Mais non, je n'ai jamais choisi de te faire du mal.
-Alors sois infidèle. Ne sois pas égoïste.
-Caprice, j'ai déjà tout ce que j'aurais jamais espéré avoir.
C'est comme si je faisais mes courses au supermarché,
et que mon chariot était plein, et toi, tu arrives.
C'est pas que j'ai pas envie, c'est que j'ai plus de place.
-Mais le cœur, c'est pas comme un chariot. C'est élastique.
T'imagines comme la vie serait triste, sinon ?
Je t'en supplie, réfléchis à ma proposition.
-Caprice... -Non.
Prends le temps de réfléchir.
Sache seulement que désormais, mon corps est à toi.
Tu peux en disposer comme bon te semble.
Cris des écoliers
-Et toi ? Tu ressens quoi, pour elle ?
-Je sais pas.
Elle me trouble, c'est vrai.
L'autre jour, j'avais un moment calme,
j'avais envie de penser à Alicia,
pourtant toutes mes pensées n'ont pas pu se détourner d'elle.
-Tu penses que... -Que ?
-Que tu es peut-être un peu amoureux de Caprice ?
-Non. Pourquoi cette question ?
-J'essaie juste de comprendre.
-C'est l'impression que je donne ?
-Peut-être.
-Mais non. Non. Je t'assure.
Non, même si parfois...
-Si parfois quoi ?
-Ca n'a rien à voir. -Mais quoi donc ?
-Parfois, je me demande si l'amour que j'ai pour Alicia
n'est pas une illusion. -Une illusion ?
-Quand je suis en face d'elle, est-ce que je suis vraiment
avec elle, ou avec l'actrice que j'admire depuis des années ?
J'ai souvent l'impression qu'elle est trop, pour moi,
que je suis un imposteur, que je ne peux rien
lui donner.
-Réfléchis. Tu dois lui apporter plein de choses.
Tu t'en rends pas compte. Sinon pourquoi elle serait avec toi ?
-La prédiction.
-La prédiction ?
-On lui avait prédit qu'elle rencontrerait
quelqu'un qui travaille avec les enfants.
Elle a cru que c'était moi, mais ça aurait pu être toi.
-Mais non. Tu te trompes.
On ne se met pas avec quelqu'un à cause d'un présage.
-Je sais pas.
Je vais te dire
ce que tu n'oses pas me dire.
Tu veux me dire :
"Clément, tu as une femme merveilleuse, une femme qui,
"si j'étais à ta place, me comblerait pleinement.
Ne la perds pas à cause de Caprice."
C'est ça, non ?
La sonnerie retentit.
...
-Ca va ? -Oui.
Je suis contente de voir où tu vis.
Tu nous as jamais invités à dîner. -C'est que je cuisine très mal.
-Merci.
T'as gardé des photos d'elle ?
-Je suis pas rancunier.
-T'as de ses nouvelles ?
-Elle vient à Paris la semaine prochaine.
Elle m'a proposé de boire un verre. -Et tu as dit... ?
-J'ai pas dit non.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Je sais pas.
-T'es sûr de vouloir faire ce que tu veux faire ?
On frappe à la porte. -Oui, j'arrive !
...
Ah !
...
Désolée pour le désordre, je m'y attendais pas. Entre.
Je reviens, je voudrais être plus présentable.
Sers-toi à boire !
Fais comme chez toi !
D'ailleurs je sais toujours pas ce que t'aimes boire.
Dis-moi, pour la prochaine fois.
Elle coupe la musique.
C'est mieux comme ça, non ?
T'as pas enlevé ta veste ?
-Caprice, je vais pas rester longtemps.
Je suis venu, parce que... je voulais pas te laisser un message.
On ne va plus se voir.
Il faut qu'on s'oublie.
-Mais comment veux-tu que je t'oublie ?
C'est toi, qui m'as dit que tu m'aimais. Pas moi.
C'est toi, qui m'as mis ces choses dans la tête.
Sans ça, je me ficherais complètement de toi.
-J'ai rien dit, j'en suis sûr.
-Dire que tu transmets le savoir, alors que t'es incapable de savoir
ce que tu ressens.
Tu vois pas qu'on s'aime ? Qu'on est faits l'un pour l'autre ?
Tu veux que je te dise ?
Tu préfères te masquer les yeux pour préserver ton petit confort.
Ou plutôt ton grand confort.
T'as peur de perdre tous les avantages dont tu jouis !
Passer de 250 m2 à 25 m2, c'est pas facile,
quand on a goûté au luxe !
-Mais ça n'a rien à voir.
-La carrière d'une comédienne peut vite changer.
Si j'étais plus riche qu'elle, tu serais pas là en train d'hésiter.
-Caprice, tu parles sous le feu de la jalousie.
-Oui, je suis jalouse !
Je suis jalouse parce que je suis amoureuse !
Je suis pas parfaite,
j'ai plein de défauts, mais moi,
je me voile pas
la face !
Caprice sanglote.
-Caprice... -Va-t'en !
Laisse-moi. T'as raison, ne nous voyons plus jamais.
C'est la dernière fois que tu me vois.
Dehors !
Sors, ou je crie de toutes mes forces !
Va-t'en.
...
-Dix, neuf...
-HUIT, SEPT, SIX, CINQ, QUATRE, TROIS, DEUX,
UN, GO !
-Il faut tout recommencer.
-Dans la famille Perroquet, la mère.
-Attends...
Non, j'ai pas.
-Mauvaise pioche. -Papa,
dans la famille Hippopotame, je voudrais le fils.
Papa ?
Papa ! -Pardon ?
-Hippopotame, le fils.
Vibreur
...
...
-Qui c'est ? -Je sais pas.
Allô ?
Oui.
J'arrive. J'arrive.
-Ca va ?
-Caprice a eu un accident. Il faudrait que j'y aille.
...
Comment elle va ? -Je crois que ça va.
-Je peux la voir ?
-En fait, le docteur aimerait vous parler.
-L'intoxication médicamenteuse a été traitée à temps.
Son organisme ne devrait conserver aucune séquelle.
Mais son état psychologique est préoccupant.
Il y avait un mot à côté d'elle,
et cette enveloppe.
Le mot s'adresse à vous, ainsi que l'enveloppe.
-"Mon cher Clément, je t'en prie, ne sois pas trop triste
"ni trop fâché contre moi.
"Je suis peut-être un peu excessive,
"mais je l'ai toujours été, c'est pas maintenant que je vais changer.
"J'ai lu ton manuscrit.
"Je l'ai trouvé assez ennuyeux, pour te dire la vérité.
"Mais j'étais si heureuse d'être la première.
"Alors je l'ai relu pour être aussi la deuxième.
"Des idées me sont alors venues, je les ai notées en rouge.
"J'espère que tu ne m'en voudras pas trop.
"J'espère aussi que tu ne m'oublieras pas trop vite.
"Là où je vais, je pourrai être contre toi quand je le veux,
que tu le veuilles ou non."
-Je préfère
que vous n'alliez pas la voir.
Dans son état, il faut éviter toute excitation de ce genre.
La pulsion amoureuse devient délirante parce qu'elle n'est pas
réciproque : si elle était partagée, il en serait
tout autrement.
Nous passerions
d'une pathologie mortifère à une simple histoire
amoureuse.
A vous de voir ce que vous voulez.
-Vous inquiétez pas.
Je vais prendre soin d'elle.
-J'en suis sûr.
-Enfin, si elle veut bien.
-Je n'ai plus jamais eu de nouvelles de Caprice.
Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.
Quand je regarde un film ou la télévision, je la cherche toujours.
Peut-être fait-elle un autre métier ?
En ce qui me concerne, depuis, ma vie a complètement changé.
En effet, le manuscrit que m'avait rendu Caprice
était couvert de notes et de remarques, il y en avait partout.
Elles étaient toutes pertinentes, drôles, sensibles.
Tout ce qui était monotone devenait vivant,
tout ce qui était trop sage devenait surprenant.
En quelques jours, j'ai tout retravaillé.
Ca t'a plu ?
Alicia a été aussitôt convaincue que j'avais du talent,
et m'a encouragé
à arrêter l'enseignement pour ne me consacrer qu'à l'écriture.
La pièce a été montée rapidement. Elle a même eu un certain succès.
J'aurais aimé remercier Caprice.
A-t-elle eu connaissance
de la pièce ?
Je ne le saurai jamais.
Maintenant, j'essaye
d'écrire une autre pièce.
Je ne sais pas encore quoi,
mais Alicia me dit de ne pas m'inquiéter.
Alors j'essaie de ne pas m'inquiéter.
Oui, Christie est revenue.
Thomas va beaucoup mieux, depuis.
Elle était partie avec un magicien anglais,
et puis soudainement, il a disparu.
Il y a,
pour être honnête, quelque chose que je n'ai pas dit.
J'ai longtemps eu le sentiment que Thomas et Alicia
avaient éprouvé quelque chose l'un pour l'autre.
Je n'en ai jamais parlé, ni à Alicia ni à Thomas.
J'ai juste compris qu'Alicia aurait pu choisir Thomas.
Mais aujourd'hui, j'arrive à me dire...
"Elle m'a choisi.
Je l'ai choisie."
Une dernière chose : il y a quelques jours, je me suis réveillé
en pleine nuit.
Il m'a semblé revoir le moment
où je disais à Caprice que je l'aimais.
Est-ce que c'était une hallucination ?
Ou un souvenir ?
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