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Zulu
Robin.
Regarde-moi.
Tu me crois, quand je dis que je t'aime ?
Cela fait combien de temps ?
24 ans ? 25 ?
J'ai toujours été là pour toi.
Toujours, quoi qu'il se passe.
Pendant tous tes choix, toutes tes peurs,
pendant tous...
ces sacrifices, ces angoisses, j'étais là.
Quand tu plaquais tout,
au moment où le tournage démarrait.
"Aide-moi, Al. Sors-moi de là.
"Sors-moi de là élégamment, sans ruiner ma réputation.
"Aaron a besoin de moi à la maison."
Mais Aaron n'est qu'une excuse.
De mauvais choix.
C'est l'histoire de ta vie.
Mauvais choix,
mauvais films,
mauvais mecs, amis peu fiables.
Même ce que tu n'as pas pu choisir,
ta mère,
tu as fait un mauvais choix, là aussi.
Tu avais tout pour toi.
Reine du cinéma à 24 ans.
Tous les studios rampaient devant toi.
J'ai peut-être été trop indulgent avec toi,
tout le monde le dit.
Je ne sais pas.
C'est peut-être vrai.
Mais tu n'étais qu'une gamine.
Tu avais peur.
Tu as fait tes choix, toute seule.
Tu as claqué toutes les portes, brisé tous les rêves.
Et maintenant...
Maintenant...
Maintenant quoi, Al ?
Qu'est-ce qu'ils offrent ?
Aucune idée, j'aimerais bien le savoir.
Ils m'ont hurlé dessus ce matin qu'ils en avaient marre de nous.
Ils ont parlé d'une "dernière offre",
qui ne sera pas renouvelée.
Je les cite : "L'offre ne sera pas renouvelée".
À ton avis, qu'est-ce que c'est ?
Comment je le saurais ?
Je sais une chose : ils ne rappelleront pas.
Ils ne m'ont jamais parlé comme ça.
Jamais.
Pardon. Maman, il faut que tu viennes.
Qu'y a-t-il ?
La sécurité de l'aéroport a appelé. Comme d'hab.
Aaron !
Si le cerf-volant va par là, vous savez ce qui arrivera.
Je sais, ça n'arrivera plus.
C'était quel vol ?
United 435, de Rochester ?
En fait, non.
Lequel, alors ?
United, mais pas de Rochester.
Voyons...
Mercredi, 18h.
Fort Lauderdale ?
Je sais, Minneapolis.
C'est pas ça, l'important.
C'est quoi ?
Que le vent soufflait de l'ouest,
que ma princesse a fièrement survolé les pistes
et que c'était une alliance parfaite.
Je pensais qu'ils allaient fusionner.
Ces couleurs !
Ce rouge,
ce blanc
et les nuages noirs.
C'était puissant.
Mais tu sais quoi ?
Ça n'arrivera plus.
Pourquoi ?
Il n'ira plus là-bas, donc ça n'arrivera plus.
Si le cerf-volant survole les pistes,
on devra faire nos bagages
pour un quartier pourri en ville,
sans ciel ni cerfs-volants.
Je préfère un quartier pourri en ville à ce trou !
Ce n'est pas nouveau.
Je t'ai sauvée, aujourd'hui.
De quoi ?
De la proposition d'Al.
C'était alléchant ?
Dis-lui, maman.
- Il te proposait quoi ? - Je ne sais pas.
SF ? Roman graphique ? Holocauste ?
Pourquoi refuser les films d'holocauste ?
Chaque actrice de série B dans un film d'holocauste a eu un prix
et tu pourrais jouer les deux côtés.
Les deux côtés ?
Regarde-toi.
Nazie et victime.
T'es polyvalente pour un film d'holocauste.
Tu sais quoi ?
Tu pourrais même jouer une collabo.
Combien d'actrices ont ce talent ?
Je me souviens de ta première visite au studio.
Je n'étais qu'un jeune comptable, au bout du couloir.
Tout le monde disait : "La voilà ! Elle est magnifique, sexy,
"intelligente, forte, distinguée,
"modeste, sauvage, fantasque.'
Et elle est de chez nous.
Elle vient du Texas !
Ce n'est pas une actrice née en Australie dans une ferme isolée,
à 100 km d'un cinéma
où le projecteur marchait au mazout !
Je me souviens, j'étais dans le couloir,
je te regardais avancer.
Tu étais si belle.
Tu étais "Princess Bride", Bouton d'or.
J'ai imaginé ton visage à la place de Grace Kelly
sur l'affiche de Fenêtre surcour, une bonne idée.
Tu étais l'avenir, Robin.
Tu étais la promesse, la réponse.
Tu étais la totale.
Et maintenant...
je suis dans cette position.
Dans quelle position, Jeff ?
Celle de t'offrir le dernier contrat de ta vie.
Le dernier ?
Déjà ? Je n'ai même pas 45 ans.
Les choses changent vite.
Bientôt, toute cette structure qu'on aime tant
aura disparu.
Tu parles de Miramount ?
Grands dieux, non !
Je parle de ce qui entoure les acteurs :
les agents, les managers, tout ce qui s'en suit...
les caravanes, la drogue, la coke, les dépressions,
les ruptures, les amants, les trucs sexuels,
les contrats rompus, la légitimation de scénarios insipides,
la déprime après les flops, les publicistes qu'on plante,
les demandes de pardon.
Tout ça peut disparaître.
Tu me suis ?
Pas vraiment.
Ici, à Miramount, nous voulons...
te scanner.
Entièrement. Ton corps, ton visage, tes émotions,
ton rire, tes larmes, tes orgasmes, ta joie,
tes dépressions, tes peurs, tes désirs.
Nous voulons t'échantillonner, te conserver
et posséder cette...
cette chose appelée...
"Robin Wright".
Que ferez-vous avec cette chose appelée Robin Wright ?
Tout ce que ta Robin Wright refusait de faire.
Par exemple ?
Tous les films que tu n'as pas faits à cause de tes mauvais choix.
Tu as capitulé, abandonné, fui, renoncé.
Dieu sait ce que tu as fait !
Et tout ça à la dernière minute,
ça a bloqué nos productions et coûté des millions !
Quel âge as-tu ?
Peu importe,
si ton ordinateur me fabrique à l'âge voulu !
Ça change quoi, que j'aie 16 ans ou 60 ans ?
Rien.
J'ai besoin de Bouton d'or, de Princess Bride.
De Jenny , de Forrest Gump.
De... c'était quoi, son nom ?
Des Anges de la nuit?
Je n'ai pas besoin de toi.
Ou seulement pour ton CV.
Un CV rempli de mauvais choix, tu l'as dit toi-même.
Depuis ces 15 dernières années, oui.
Tous tes films ont fait un bide, pas un pour racheter l'autre.
Mais je peux te sauver.
- Je peux te sauver. - De quoi ?
De toi-même !
Tu étais au courant ?
De quoi ?
De sa proposition pourrie !
Il ne sait rien,
pour lui les caméras marchent encore au mazout.
Au quoi ?
Au mazout, au pétrole brut.
Laisse tomber. C'est un dinosaure.
Ta carrière touche à sa fin.
Tu as dégringolé il y a longtemps.
Sur le marché des acteurs scannés,
tu ne vaux pas un clou.
On est en guerre.
Un acteur qui n'aura pas signé dans les six mois sera mort.
Ses personnages effacés de l'écran à jamais.
Tu reviendras en rampant,
en me suppliant de te scanner.
Que dois-je faire pour que ça arrive ?
Rien.
Tu signes. Une demi-journée de scanning.
C'est tout ?
Et t'engager à ne plus jamais jouer.
Nulle part, pour l'éternité.
Comment ça, "nulle part" ?
Ni films, ni télé,
ni pièce scolaire, ni théâtre d'avant-garde
en Australie.
"Nulle part", c'est nulle part.
Robin Wright, l'actrice, continuera à vivre
entre les murs des studios Miramount.
Cette Robin Wright-ci pourra prendre l'argent
et s'envoler sur une île polynésienne
pour découvrir son vrai moi.
T'en dis quoi ?
Tu sais, c'est intéressant.
Entre actrices, on disait que jamais on coucherait avec toi pour un rôle,
mais je préférerais faire ça
qu'être une saleté de puce dans ton ordinateur.
Alors, merci.
Mais, non merci.
L'offre est valable 30 jours.
Après, tant pis pour elle.
Ça va, mon trésor ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
J'étais fatigué, je crois.
Tu veux faire voler le planeur des frères Wright ?
Il n'est pas encore prêt.
Un des cerfs-volants Cody ?
Je sais pas.
J'ai raté l'atterrissage de 14h.
Qu'est-ce que tu as ?
Tu as l'air triste.
Vraiment ?
Si tu faisais voler un des Cody ?
Moi ?
- Je ne crois pas. - Tu y arriveras.
Essaie le petit.
Allez.
Essaie au moins une fois, toute seule.
Pour voir ce que ça fait.
Je te surveillerai,
pour qu'il n'aille pas de l'autre côté.
Il faut pas se faire virer d'ici.
Sarah, vas-y.
Moi ?
Personne ne vient me voir ici.
Alors tiens ça.
Ça va ?
Tu aurais pu appeler.
Pourquoi ? Tu ne décroches plus depuis l'entretien au studio.
Voici Steve, qui établira ton contrat avec le studio.
Un as des contrats de scanning.
Keanu Reeves, Michelle Williams, il a fait le leur.
Ils sont scannés hermétiquement.
Enchanté.
Salut, les jeunes !
- Tu bois quelque chose ? - Bien sûr.
- Et vous ? - Non.
C'est un vrai planeur.
Merci, il est magnifique.
Et lui, c'est qui ?
Steve, un nouveau juriste avec qui je travaille.
Un as des contrats de scanning.
C'est un sacré entrepôt, que vous avez là.
Ce n'est pas un entrepôt.
C'est un vieux hangar pour les DC-9, construit en 1973.
Vous n'obtiendriez plus le permis de conversion en résidence,
de nos jours.
Un as du scanning ?
J'ai vu sur la chaîne "spectacle'
qu'on scanne les acteurs pour en faire des créatures numériques.
Ça doit chambouler les contrats.
Absolument.
Absolument,
c'est un contrat très différent, irrévocable.
Complexe, plein de détails, il faut avoir l'œil.
On ne peut pas revenir dessus.
Pourquoi "irrévocable" ?
Une fois scanné et dans l'ordi, c'est plié.
Tout repose sur l'accord passé avant.
Il faut être vigilant. Le personnage appartient au studio.
- Quel personnage ? - L'acteur d'autrefois.
"D'autrefois" ?
Une fois payé et scanné, l'acteur n'est plus un acteur,
il n'est qu'une personne lambda.
L'acteur n'est plus qu'un personnage dans l'ordinateur du studio.
Le studio en fait ce qu'il veut.
Sauf si le juriste insère une clause contraire.
Donc, c'est très complexe.
Très complexe.
C'est un nouveau domaine qu'on explore.
- Que devient l'acteur ? - Quel acteur ?
L'acteur d'autrefois, devenu une créature numérique.
Il va jouer au golf, quelque part.
Et s'il n'aime pas le golf ?
Dans ce cas, il joue à ce qu'il veut.
Vous avez un écran, ici ?
Ou est-ce trop moderne ?
Il y a autre chose que je ne t'ai pas dit.
Qu'est-ce que tu ne m'as pas dit ?
Ils vont arriver dans 15 mn, alors parle.
Mon Dieu...
T'as couché avec Maria aussi.
Avoue, enfoiré. Avoue que t'as couché avec elle aussi.
Je le savais depuis le début. Cette salope t'a séduit...
Mon Dieu, Max, ça me donne envie de vomir.
J'ai pas couché avec Maria.
- Avec qui ? - Avec personne.
Mais...
j'ai voté pour Bush.
T'as voté pour Bush ?
Voilà.
J'ai même voté pour les deux Bush, senior et junior,
quatre fois !
Qui es-tu ?
Mon Dieu, qui ai-je épousé ?
Ça n'est pas Michelle.
Si, c'est Michelle !
Bien sûr, c'est Michelle, mais...
elle n'était pas là quand ils ont fait ça ?
Elle était à Paris quand ils ont fait cette merde sur ordinateur.
J'en reviens pas.
Franchement, c'est parfait.
Parfait ? Non.
Mais pas mal, pour ce début de révolution.
Vous avez vu ?
Quels crétins !
Trois ans qu'ils essaient de réparer ce bug.
Je ne trouve pas ça drôle.
Il faut voir ce clin d'œil dans les scènes de sexe.
Hilarant !
Maman,
avoue, c'est bien fait !
Ne sois pas si sévère, la technophobie ne mène nulle part.
Alors, t'es de leur côté ?
Tu as changé de camp ?
Arrête, assez d'hypocrisie.
Rien n'a changé.
Ils ont pris ce qu'ils voulaient et créé une série merdique,
comme ils le font depuis les années 40.
Ça serait mieux pour elle - ou toi -
d'être sur le plateau pendant 6 semaines ?
Comme un toutou ?
D'embrasser un acteur à l'haleine pourrie ?
Ça ne t'ennuie pas qu'ils ne l'aient pas consultée ?
Et toi, ils te consultaient ?
Tu as toujours été leur pantin.
Les producteurs, les réalisateurs,
ils te disaient quoi faire, comment agir, comment jouer,
comment sourire, comment aimer.
Et ils te donnaient le sous-texte de chaque réplique merdique.
Et quand t'as eu 35 ans, ils t'ont dit comment rester jeune.
Car si tu ne leur obéissais pas
en ôtant quelques années de ton beau visage,
tu cesserais d'exister !
Alors, où est la différence ?
C'est le choix ?
Oui, le choix !
De quoi tu parles ?
C'est le privilège du choix qu'on t'enlève.
Je ne veux pas qu'on décide qui je dois être et à quel moment !
Je décide, c'est mon choix. Je décide si je veux être une pute,
une cantatrice, si je veux jouer Keith Richards.
C'est mon choix, pas le leur.
Tu rêves !
Tu as eu le choix, quand ils t'ont stressée à mort,
en disant qu'après un an sans tourner, tu serais finie ?
C'est un choix ?
Et les femmes
liftées à mort,
qui ne peuvent ni sourire ni montrer du chagrin ou de l'émotion,
c'est un choix ?
Vous êtes entre leurs mains, tu le vois pas ?
On a été sauvés, miraculeusement,
par ces saletés d'ordinateurs !
Sauvés !
T'es cinglée, si tu n'acceptes pas, folle à lier !
Et ce qu'ils disent sur toi est vrai.
Sur tes choix calamiteux ! Réveille-toi, Robin !
C'est ta voie vers la liberté.
Ça va, mon ami ?
Tout va bien, Dr Barker.
De nouveaux monstres volants ?
J'en ai un vrai, le planeur original des frères Wright.
Super, c'est le planeur ?
Du 17 décembre 1903 ?
J'ai construit un modèle identique, mais...
de 4,50 m d'envergure. Il va faire ses débuts.
Très bien.
En fait, tu dois être un des frères Wright. Le troisième.
Aaron Wright.
Je suis le frère Wright original.
Je construis mieux qu'eux
car je vis dans un monde de jets et de vaisseaux spatiaux.
C'est totalement différent.
Et eux n'avaient pas de concurrence.
Sirène.
Silence.
Glamour.
Amour.
Cerf-volant.
Cerf-volant.
Écoute.
Frousse.
Attelage.
Voyage.
Souviens-toi,
tu dois répéter le mot.
Table.
Capable.
Ciel.
Ciel.
Défilé.
Affolé.
Bombe.
Tombe.
Son état s'aggrave ?
C'est trop tôt pour le dire.
Mais son audition semble se détériorer peu à peu.
Freine.
Peine.
Couronnement.
Isolement.
Orage.
Rage.
En ce qui concerne
le compte rendu de l'ophtalmo,
ce n'est pas très optimiste non plus.
Il a atteint le stade de la rétinite pigmentaire.
Est-ce une façon longue...
et compliquée de dire une chose horrible ?
Non, c'est un terme très long pour dire
que son champ visuel diminue.
Au final, sa vision nocturne déclinera énormément,
jusqu'à la cécité nocturne complète.
Et ensuite ?
Dr Barker ?
Oui, mon grand ?
Vous pouvez me repasser le bruit du volcan ?
Le bruit du volcan ?
- Merci. - Je t'en prie.
Et ces 50% ?
Aaron en fait partie ?
C'est ça, le mystère avec ce syndrome.
Vous ne saurez pas avant qu'il ait 30 ou 35 ans...
s'il sera complètement aveugle.
Aaron a un esprit remarquable.
Il enregistre l'information
et la traduit à sa façon, c'est un don.
Il entend "Couronnement", dit "Isolement'
mais il sait ce qu'il fait.
Imaginez à quoi ressembleront les films dans 50 ans.
Je crois que c'est similaire à ce que fait Aaron.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que...
les cinéastes fourniront des stimuli électroniques
que le cerveau traduira selon le subconscient de chacun.
On donnera aux gens les données d'une histoire
et ils prendront leur mère, ou leur copine,
pour incarner Marlène Dietrich ou vous.
Selon ce qui existe dans leur cerveau respectif.
C'est exactement ce que fait Aaron.
C'est un cas rare,
il est en avance sur son temps de plusieurs décennies.
Et vous, mon amie, comment allez-vous ?
Ça va.
De nouveaux rôles à l'horizon ?
Je crois.
Quoi qu'il arrive, laisse Steve parler.
Robin Wright pour Jeff Green.
Mlle Wright,
je ne vous avais pas reconnue.
Ce n'est pas nouveau.
Ça va ?
"Ni maltraitance d'enfants,
"ni sexe, sauf dans un film d'amour ou une comédie romantique,
"ni arriérés mentaux,
"ni handicapés,
"ni pornos,
"ni holocauste, ni nazis."
Vous avez stipulé tout ça ?
Absolument.
Vous êtes un flippé du swastika ?
Pas lui, mes enfants.
Ce sont ses enfants.
Ils ont ajouté nazis et pornos ?
Des pornos, à ton âge ?
Nazis et holocauste font gagner des prix.
Pour qui ? Vos artistes numériques ?
Oui, ce sont des artistes numériques,
pas juste des techniciens.
Ce sont des détails, des bagatelles, du pinaillage.
Je suis d'accord avec tout, sauf la science-fiction.
Pas de SF.
C'est un genre débile, à notre avis.
Elle n'a jamais fait de SF et elle n'en fera pas.
Si elle avait fait un film de SF, ce contrat vaudrait six fois plus.
Pas de SF, pas de contrat.
Alors, pas de contrat.
Pourquoi ? La SF, c'est de la fantasy.
Combien de gens ont lu Le Seigneur des anneaux?
Un millième sur un pourcent des gens qui ont vu le film
ont lu le livre.
Tu sais pourquoi ?
Parce que c'est tellement compliqué à lire !
Un vrai cauchemar, c'est rasoir !
Tu l'as lu avant de faire le film ?
Tu rigoles ?
Mais j'ai vu le film, c'est pour ça qu'on fait des films.
- Mais je voulais dire autre chose. - Quoi ?
Je veux te rendre jeune pour toujours.
C'est ce qu'on va faire.
Tu as quel âge ?
45 ? 48 ? 50 ?
44 ans.
Signe pour la SF et je te garantis
que tu auras 33-34 ans.
Jeune pour toujours, promis.
Jeune pour toujours.
33-34 ans ?
- Quel est le mieux ? - 32 ans.
Vous en demandez trop.
34 ans et on signe.
À vie.
Dans certains pays, une condamnation à vie, c'est 20 ans.
Où ça ?
Au Moyen-Orient.
Ce sont des animaux ! 20 ans pour un meurtre ?
Dans 20 ans,
cette technologie sera aussi vieille que l'invention du boomerang.
- 20 ans. - D'accord.
On peut faire ça maintenant ?
Ce que vous devez me faire, on peut le faire là ?
Je ne veux pas attendre, c'est maintenant ou jamais.
Robin Wright.
- N'êtes-vous pas... ? - Oui, c'est moi.
Christopher Rein.
Que faites-vous ici ?
Je vais vous scanner.
Ne me plaignez pas.
Les autres sont chez eux, au chômage.
Vous étiez un chef opérateur génial, tant de grands films.
Merci.
Au moins, je travaille avec les acteurs, la lumière.
J'ai la chance de vous rencontrer pour mon travail.
Comme au bon vieux temps.
J'ai aussi la chance de vous demander d'enlever votre belle robe.
Il y a un vestiaire au fond du couloir à droite.
Ravie de vous revoir.
Il y a quelqu'un ?
Je suis là.
Détendez-vous, on commence dans une minute.
Je ne veux rater aucune de vos charmantes expressions,
princesse.
Souriez.
Davantage.
Vous êtes heureuse.
Heureuse.
Maintenant, riez.
Un grand rire !
Éclatez de rire !
Allez, un grand éclat de rire.
Plus grand !
À présent, le rire...
lentement...
lentement...
fait place...
au vide...
à l'absence...
à la tristesse.
Je ne peux pas, arrêtez !
Éteignez les lumières.
Chris, je m'en occupe.
Laissez-moi faire.
Je t'ai déjà raconté comment j'ai démarré dans ce boulot ?
Pourquoi je suis agent ?
La véritable histoire ?
Je te l'ai jamais racontée, j'étais trop gêné.
Tu ne vas pas le croire, j'ai débuté à l'âge de 10 ans.
En CM2.
Agent en CM2 !
Je t'explique.
Y avait un garçon chez nous, dans le Bronx.
Joey Queue Magique, on l'appelait.
Il avait...
tu sais...
comment dire...
Il était né avec une queue.
Une vraie queue.
Au moins 3 cm.
Peut-être 5 cm.
Comme un chien Boxer.
Dès que ça s'est su, au cours de gym,
il s'est fait horriblement persécuter.
Je ne peux pas te décrire ce qu'il a subi, ce gamin de 8 ans.
Ils le déshabillaient dans la rue,
en chantant des chansons sur sa queue.
Des gosses criaient sous sa fenêtre :
"Joey, prête-moi ta queue, je veux touiller mon chocolat chaud !"
Alors un jour,
je vais le voir avant l'école,
avec une idée.
Je lui dis : "Écoute, Joey.
"À partir de maintenant,
"si quelqu'un veut voir ta queue, c'est 1$.'
Il me regarde et il fait :
"Vraiment, Al ?
"Et je leur dis quoi ?
"C'est Al qui l'a dit ?"
J'étais un gamin maigrichon,
tout voûté,
une mauviette.
Pas vraiment du genre catcheur.
Alors ce soir-là, j'ai été voir les Tours Jumelles.
Je parle des tours jumelles du Bronx : les frères Podlowsky.
Tu te souviens ? Ils se rasaient déjà à 10 ans.
À 13 ans, ils sortaient avec des divorcées de 40 ans.
Je leur parle de Joey Queue Magique et je leur offre
50 cents pour chaque gamin qui veut voir sa queue.
Ils se relaient pour gérer la file des curieux,
je prends les réservations et l'argent.
Ce mois-là, j'ai empoché plus de fric
que mon père en un an comme cordonnier
et j'avais 10 ans !
À partir de là, les affaires ont décollé.
À 13 ans, j'étais l'agent de tous les losers.
Les estropiés, les nabots,
les bossus cracheurs de feu du Bronx.
En deux ans, on était la famille la plus riche du coin.
Mais...
quand j'ai eu 15 ans,
la protection de l'enfance m'a chopé pour maltraitance
d'enfants handicapés.
J'ai fait trois mois de prison.
Puis, des années plus tard, je suis arrivé dans cette ville.
Tout n'était que paillettes et clinquant
et j'avais honte de mon passé.
Mais au fond de moi,
je savais que j'avais un avantage sur tous les autres :
le pouvoir de reconnaître une faille,
une faiblesse,
un défaut
et de l'exploiter pour mes besoins en tant qu'agent.
C'est comme ça que je t'ai rencontrée.
Tu étais parfaite pour moi.
Belle comme un ange
et avec la pire faille qu'une actrice peut avoir.
La peur.
Et quelle peur.
Une véritable terreur.
Une terreur qui se met en travers de tous les désirs.
Crises de panique avant chaque rencontre importante.
Paralysie
face à des rôles prestigieux.
Et j'étais là pour t'aider.
J'étais le démon intérieur
qui se nourrissait de tes peurs et gagnait sa vie
avec ta faiblesse.
Puis, tes enfants sont nés
et soudain, tu as cessé d'avoir peur.
Tu n'avais jamais été si heureuse,
tu ne voulais plus travailler,
tu voulais rester avec eux.
Je ne m'étais jamais senti aussi abandonné.
C'est là que j'ai compris...
je ne suis pas ton agent, je t'aime.
J'avais peur que tu me quittes.
Et brusquement, en quelques semaines,
l'état d'Aaron a commencé à se détériorer.
Et j'ai retrouvé ma force, grâce à ta faiblesse.
Puis Aaron s'est éloigné de plus en plus
et on est restés seuls.
Et maintenant, tu ne peux vraiment plus partir,
piégée à l'intérieur de ce monstre.
C'est ta dernière performance.
Et ça va vraiment te sauver
de toutes tes peurs,
tous tes démons.
Tu ne méritais pas ça.
Tu ne le méritais pas.
Bienvenue à Abrahama, Mlle Wright.
C'est votre première visite ?
Absolument.
Vous êtes attendue à l'hôtel Miramount,
comme invitée de marque du Congrès Futuriste.
Belle voiture, pour son âge.
Quelle année ?
2013.
Juste un petit rappel.
Abrahama City est une zone réservée à l'animation.
Le seul moyen de quitter la zone d'animation,
c'est quand on se reverra,
à votre retour.
Votre ampoule.
À l'ère des machines spirituelles,
où les rues n'ont pas de nom,
la Terre tremble de rage et de honte.
L'Agent Robin est de retour !
"Triple R"
"Robin Robot Rebelle, la Guerrière"
Maintenant dans les airs !
Bonjour, Mlle Wright.
Bienvenue à l'hôtel Miramount Abrahama.
La ville d'Abrahama et Miramount Nagasaki
vous souhaitent la bienvenue au Congrès Futuriste.
Nous vous rappelons qu'Abrahama
est une zone entièrement réservée à l'animation.
L'Agent Robin est de retour !
"Triple R"
"Robin Robot Rebelle, la Guerrière"
Maintenant dans les airs !
Bonjour, Aaron.
Je vois que tu as quitté ta chambre.
Tu te sens mieux ?
Non, mais il a arrêté de pleuvoir,
je ne risque plus de glisser sur des feuilles humides.
Alors, c'est comment ?
Tu devrais voir mon personnage animé, c'est consternant.
Comme si un dessinateur de génie avait fait un mauvais trip.
Comment ça ?
Je ressemble à...
un mélange entre Cendrillon sous héroïne
et une reine égyptienne qui a raté son chignon.
Maman ?
Ils te reconnaissent ?
Le nouveau film est partout dans les airs.
Non, personne ne me voit.
Je suis une vieille dame, pour eux.
Sûrement parce que tu es animée.
Non, on ne me reconnaît jamais nulle part.
Bienvenue chez les Wright.
Ça fait 30 ans qu'on ne me reconnaît pas.
Aaron, j'ai du mal à t'entendre dans cette foule.
Je monte dans ma chambre, je t'appellerai plus tard.
Je t'aime.
Robin Wright, invitée de Miramount Classique.
Wright, Robin. Vous êtes la sixième aujourd'hui.
La sixième quoi ?
La sixième Robin Wright.
Les autres n'avaient pas l'air aussi "robiniennes" que vous.
Ralph va vous conduire à votre chambre, Mlle Wright.
Je vous souhaite un bon congrès.
La zone d'animation...
Mlle Wright,
votre nouveau film, La Guerrière, reflète-t-il notre vie ?
Absolument.
Je découvre une nouvelle facette de l'Agent Robin à chaque fois.
Par exemple, dansLa Guerrière,
les robots des bas quartiers font partie de notre vie,
ils sont proches de nous.
Les gens achètent des robots ménagers
et puis...
ils les pressent comme des citrons,
ils les exploitent jusqu'à l'os et ils expirent.
Ces pauvres robots, avant ils avaient
des centres de réadaptation,
maintenant, ils vont à la ferraille, c'est triste.
On dit que Triple R est de la science-fiction
mais pour moi...
c'est un documentaire.
Room-service ?
Puis-je avoir le room-service ?
Oui, Mlle Wright. Vous désirez ?
La lumière s'est éteinte, il n'y a plus de courant.
Il y a une explication ou ça se passe dans ma tête ?
Au final, tout s'explique
et tout se passe dans notre tête.
Que voulez-vous commander ?
Un petit déjeuner complet, trois œufs...
galettes de pommes de terre et pain grillé.
Comme boisson ?
Pas de liquides.
- Aucun liquide ? - Aucun. Ça sera long ?
Deux secondes. Comment voulez-vous vos œufs ?
Sur le plat.
Les jaunes seront coulants, en arrivant au 100e étage ?
Bien sûr, Mlle Wright.
C'est pour cela que l'hôtel Miramount Abrahama
a inventé l'ascenseur supersonique.
Ralph, il fait noir ici ou c'est dans ma tête ?
Tout est dans notre tête.
S'il fait noir, c'est que vous avez choisi le noir.
Mon Dieu, c'est l'eau !
Ils ont mis un truc dans l'eau du robinet !
Jeff !
Jeff Green, tu m'entends ?
Tu m'entends ?
Arrête !
Je signerai !
Arrête de jouer avec mon cerveau !
Je t'en prie, arrête.
Je signerai.
Si tu veux vraiment
Que je ne parle plus
Que se taise ma voix
Comme auparavant
Je ne parlerai plus
J'attendrais, vois-tu
Que l'on parle pour moi
Si tu le veux vraiment
Vous êtes Robin Wright ?
Oui, du moins je l'étais.
Police de Miramount !
Tu es allée trop loin. On fait de toi une star.
La prochaine fois, on t'abat. Sale pute !
Arrêtez-la.
Mlle Wright, M. Green vous attend dans son bureau.
Tu es là aussi ?
Toi et moi, on est les seuls survivants.
Qui sont tous les autres ?
Des personnages inventés.
Qu'as-tu fait, toutes ces années ?
J'étais à l'UNICEF,
je distribuais à manger aux petits Africains.
Et toi ?
Je me suis occupée de mon fils.
Tu es superbe. Enfin, animée.
Regarde qui reste.
Juste toi et... c'est quoi son nom, déjà ?
Lui, je comprends, il m'a coûté une fortune, mais toi ?
J'ai payé des clopinettes pour ton contrat et tu es toujours là,
vingt ans plus tard.
Qu'as-tu fait, toutes ces années ?
Donné à manger aux petits Africains.
- Ils ont encore faim, là-bas ? - Moins, grâce à toi.
Parle-moi de ce congrès, pourquoi tout le monde est à cran ?
- Tu verras ça bientôt. - Je verrai quoi ?
Tu comprends,
bientôt cette structure n'existera plus.
Structure ? Miramount Classique, le Miramount Hôtel ?
Non, pas l'hôtel. Toute cette structure.
Le scénariste sous antidépresseurs,
le story-boarder russe avec un problème d'alcool,
les animateurs toujours en retard sur les délais,
les idiots qui tombent amoureux de leurs personnages numériques,
les mecs des trucages,
qu'ils aillent tous se faire foutre !
Le cinéma, c'est dépassé.
Une relique du siècle passé.
Comme tu le découvriras là-haut au Congrès Futuriste,
Miramount Nagasaki entre dans une nouvelle ère.
Nous sommes dans l'ère du libre choix !
Ce qui signifie, pour l'extension de notre contrat ?
Rien d'important.
Une extension de 20 ans
et une autre petite clause.
Qu'y a-t-il dans cette petite clause ?
Que dorénavant... on peut te boire.
Ou te manger, comme une omelette ou une crème brûlée.
À partir de maintenant,
tu es une substance, c'est tout.
Tu es une formule chimique
que le service pharmaceutique de Miramount Nagasaki a décodée.
Les gens peuvent te boire dans leur milk-shake
et t'imaginer comme ils le désirent.
Tout ?
"Tout", ça signifie tout.
Comédies dramatiques, Petit Chaperon Rouge,
expérimental, pornos,
comédies, SF, trash, zombies.
Qu'est-ce que tu en as à faire ?
Dis-moi,
quand tu fantasmes, seule, au lit dans le noir,
tu lui paies, à lui ou à elle, des droits d'auteur ?
Tu finiras par signer.
Pourquoi ?
Tu as peut-être vendu ton image d'actrice,
mais tu es encore actrice dans l'âme.
Tu as conduit jusqu'ici
pour monter sur scène et jouir d'un instant de gloire.
Pour être vue, après toutes ces années.
Et tu signeras pour la même raison.
Mesdames
et messieurs.
Regardez-nous !
Mais regardez-nous donc !
Pouvez-vous croire qu'une mini-ampoule
fabriquée dans les laboratoires de Miramount Nagasaki
a pu produire cette création néo-divine ?
Moi, je dis
que si vous êtes ici,
vous y croyez.
Mes amis,
je suis venu ici
vous annoncer
que nos géniaux scientifiques
des labos Miramount Nagasaki
ont récemment découvert
la formule chimique du libre choix !
Moi, Reeve Bobs,
président de Miramount Nagasaki, je déclare
que dès demain, la formule géniale du libre choix
sera mise sur le marché et accessible à tous !
Imaginez !
Une vie sans frustrations.
Sans jalousie.
Sans ego.
Vous avez un rêve ?
Soyez votre rêve, bon sang !
Mesdames et messieurs,
j'ai l'honneur suprême
d'inviter sur scène
le symbole éternel
de la révolution initiée par Miramount Nagasaki.
Elle était notre meilleure actrice,
puis elle est devenue
la meilleure actrice numérique :
l'Agent Robin !
Et à partir de demain,
vous pourrez être elle !
Comme elle, avec elle !
Robin Wright !
Regardez-moi.
Ils m'appellent "le symbole".
Avant, j'étais une actrice.
Puis, je suis devenue un tas de codes numériques.
À partir de demain, vous pourrez me boire, devenir moi,
en buvant un milk-shake.
Réveillez-vous !
Derrière chaque substance chimique que vous consommez,
il y a une personne comme vous.
Faite des mêmes éléments,
des mêmes amours,
des mêmes rêves.
Réveillez-vous !
Voici mon fils.
Il entend mal, il est sourd.
Vous auriez pu être un espoir pour lui. Vous tous.
Avez-vous pensé à orienter vos recherches en chimie
vers son problème ?
Vers ceux de centaines de millions d'enfants ?
Y avez-vous pensé ?
Rappelez-vous une chose :
si vous pensez
qu'en libérant vos substances chimiques dans le monde
vous dicterez ce qu'on désire, comment on le désire,
sachez qu'en faisant cela,
vous allez aussi libérer votre conscience
et votre conscience vous dévorera.
Et vous mourrez de culpabilité.
La culpabilité vous tuera.
Regardez-moi !
Je suis le prophète de votre perte !
Mes amis !
Vous ne pouvez plus reculer ! Vous ne comprenez pas ?
Imaginez !
Demain, quand vous quitterez Abrahama,
vous ne le saurez même pas !
Parce que,
à partir de demain,
Abrahama ne sera plus un terrain de jeux pour dessins animés,
Abrahama sera notre vie !
Il vaut mieux rentrer.
Robin !
C'est bien Robin, non ?
Allons-y.
Respirez.
Inspirez profondément
et retenez votre souffle.
Vite.
Descendons, ils ne vont pas tarder.
- Vous les croyez ? - Bien sûr !
On est déjà coincés dans nos personnages animés.
Sarah !
- Je crois avoir vu Sarah. - Probablement.
Ça lui ressemble,
d'être avec les rebelles, soyez-en fière.
Comment savez-vous qui est Sarah ?
J'en sais plus que vous n'imaginez.
Dégagez ! Cette femme est gravement blessée !
Elle est contaminée, poussez-vous !
Empoisonnement hallucinogène, donnez-lui votre siège.
Tirons à la courte paille.
- Qui êtes-vous ? - Un des directeurs.
- De quoi ? - De l'hôtel.
On fait tous partie de la direction, on est des gens importants.
Asseyez-vous.
Tenez bon.
Vous devez tenir bon, c'est important.
Écoutez-moi.
Ne sombrez pas, n'abandonnez pas.
Restez éveillée.
Je veux voir mon fils.
C'est la première fois qu'il reste seul.
Dès qu'on pourra, je vous connecterai.
Restez éveillée.
Parlez-moi d'Aaron.
Vous êtes Robin Wright ?
- Oui, pourquoi ? - Police de Miramount.
Montez à bord.
De l'oxygène, on a besoin d'elle vivante !
Pourquoi la garder en vie,
on peut fabriquer mille vieilles biques
comme cette pute !
Sale pute !
C'est une superbe vieille dame !
Sans chirurgie, sans rien. Impeccable !
Ça ne se fabrique pas !
On a besoin d'elle, gardez-la en vie.
- On est loin de l'hôpital ? - On y est.
Aaron !
Qui êtes-vous ?
Dylan.
Dylan Truliner.
- Vous travaillez pour eux ? - Je le faisais.
Jusqu'à ce matin
et cette révolution du Congrès Futuriste.
Je vous ai donné vie sur ordinateur pendant 20 ans.
Le chef du Département Robin Wright à Miramount.
Votre corps,
votre visage, votre sourire,
votre tristesse...
ont été toute ma vie, ces vingt dernières années.
Racontez-moi.
J'étais un animateur au chômage.
Ils m'ont mis au Département Robin pour le premier film,
Triple R, l'Attaque.
J'étais paumé.
Pourquoi ?
Parce que j'ignorais qui vous étiez.
Je n'avais vu aucun de vos films.
J'ai fait des recherches sur vous.
C'était obsessionnel.
Qu'y avait-il à chercher ?
D'où vous veniez, où vous êtes allée.
Le Texas, l'Américaine typique, jean moulant et bottes.
Au bout...
d'une semaine,
je leur ai vendu l'idée du lasso,
avec une petite illustration au crayon.
Les rebelles se sont emparés de la direction !
- Quelle direction ? - De Miramount Nagasaki.
Ils prennent le contrôle
et arrêtent le flot d'hallucinogènes.
On va redevenir réels !
Comment savoir si je rêve ?
Savez-vous quels sont mes rêves ?
Vous voyez mon rêve ?
Quatre cafards jouant au poker sur vos genoux, c'est un rêve ?
Oui,
mais pas le mien.
Est-ce que l'un d'entre vous
a pensé à moi ? À ce que j'ai traversé après m'être vendue ?
J'ai été obsédé par vous pendant des années.
- Par elle, pas par moi. - Pour moi, c'est pareil.
À une époque,
je n'avais plus d'idées.
J'avais peur qu'ils vous retirent à moi
et vous donnent...
à un jeune génie prometteur.
Je vous ai cherchée partout en Californie.
Il me fallait de nouveaux...
mouvements.
Une sensualité différente, les choses qu'une femme acquiert
avec l'âge.
Cible en approche à 500 m.
Largage de bombe bloqué.
Les garçons,
laissez-moi y aller, je m'en occupe.
Explosive
Où ils sont ?
Ils se sont hallucinés hors d'ici,
vers la liberté.
Où est Dylan ?
Il a suivi le mouvement.
Pourquoi suis-je la seule qui reste ?
Parce que tu as encore merdé.
À quoi tu pensais en montant sur scène ?
Comment ça ? Tu m'as invitée, en tant que symbole.
Le symbole de quoi ?
De la révolution chimique, tu l'as dit.
Tu n'es pas un symbole, tu n'es rien.
Le symbole est l'image qu'on a créée de toi.
Regarde-toi. T'as l'air d'un symbole ?
Ce que tu as fait sur scène était suicidaire.
Tu ne nous as pas laissé le choix.
Que choisis-tu ?
Une balle dans la tête.
Une seule.
Vite.
Aussi vite que possible, je veux sortir de cette hallucination.
Après toutes ces années,
il est temps que tu saches que ce n'est pas une hallucination.
C'est notre vie.
Le cas suivant est très intéressant.
La patiente, que vous connaissez peut-être, était actrice.
J'ai oublié son nom.
Elle a subi une grave contamination hallucinogène
pendant le soulèvement d'Abrahama.
Depuis 4 mois, elle est convaincue que sa vie,
tout ce qu'elle a connu,
n'a été qu'une hallucination.
C'était si sévère que quand les secours sont arrivés à Abrahama,
elle a supplié le chef des pompiers de l'abattre d'une balle.
C'est un cas désespéré.
On a donc décidé de la congeler.
Vu nos progrès, l'azote liquide peut la garder congelée pendant 70 ans.
Descendez-la.
Aaron ?
Tu m'as entendue !
Tu m'as entendue t'appeler !
Oui, maman. Bien sûr.
Qu'est-ce que ça a d'étrange ?
À présent, la météo.
La Compagnie Climatique regrette la dissymétrie des arcs-en-ciel
ces deux derniers jours.
Cela dit, la symétrie contredit l'art.
Il faut vous libérer de ces pensées.
Je ne comprends pas.
Quoi ?
Je devais me réveiller dans un avenir lointain.
C'est comme soigner un plongeur souffrant de décompression.
Il faut remonter aussi loin que possible,
jusqu'aux souvenirs d'enfance.
Voici le décor qu'on a choisi pour vous.
Le début des années 1980.
Aujourd'hui,
vous avez un visiteur.
Vous êtes prête à le recevoir ?
Que faites-vous ici ?
Je vous attendais.
Moi ?
J'attendais le moment où on pourrait vous décongeler.
Où la médecine aurait assez avancé pour vous guérir.
Vous m'avez attendue tout ce temps ?
J'étais le dernier à vous avoir vue, je me sentais responsable.
On me dit que Sarah va bien.
Elle a été sauvée de la révolte d'Abrahama,
quoi que ça signifie.
À présent, ils recherchent
mon Aaron.
Voici le code ADN d'Aaron.
Je le recherche depuis l'annonce de votre décongélation.
Et ?
Aucun signe de lui.
Aucune trace.
Je crois qu'il n'est plus avec nous.
"Plus avec nous" ? Plus dans ce monde ?
Ou il n'est plus en vie ?
Vous dites qu'il est mort ?
C'est beaucoup plus compliqué.
Le monde aujourd'hui
n'est pas comme celui d'où vous venez.
Pour trouver Aaron, vivant ou non,
il nous faut faire un très long voyage.
Il y a une direction ? Un indice ?
Je l'espère.
Mais il faut commencer quelque part.
Je suis ici pour vous emmener en ville.
Personne ne m'a dit combien de temps je suis restée congelée.
Peut-être un an, peut-être vingt.
À présent, le temps est subjectif.
Chacun décide dans son esprit quand le jour se lève,
ou quand la lune s'estompe.
Après quelque temps, on oublie probablement le calendrier.
New York est devenue une ville de jardins suspendus
jusqu'au ciel.
Les folles couleurs vous enivrent,
les gens sont si beaux, jeunes et rayonnants.
Resplendissants de sérénité, de beauté, de sexualité.
Il n'y a plus d'ego.
La chimie nous a délivrés.
Il n'y a ni ego,
ni compétition, ni violence, ni guerre,
ni forts ou faibles,
ni secrets.
Chacun est...
ce qu'il est.
Chacun est ce qu'il veut être.
Et tandis qu'ils consomment leur nouvelle personnalité,
ils émettent dans l'air des phéromones que l'esprit
traduit en images.
Je ne peux pas imaginer Aaron dans ce monde.
Cette rue détient la sagesse d'un millénaire.
Il y a un an, quand je consommais la mythologie grecque,
je me suis réveillé mi-homme mi-dieu.
J'ai fécondé une fille de Zeus,
engendré une ville entière, puis je l'ai baisée,
je l'ai brûlée et punie.
Tout est question de sentiments.
Il suffit de faire un choix
et vous ressentez tout ce que vous voulez.
Que choisissez-vous ?
Le syndrome d'Usher.
- Quel type de syndrome d'Usher ? - Type 2, je crois.
Pourquoi ? Vous faites des recherches sur quelqu'un ?
J'ai perdu quelqu'un.
Puisse une échelle te mener aux étoiles
Une marche à la fois
Puisses-tu rester
Jeune pour toujours
Quelque part, là-bas, il y a Sarah.
C'est une naturaliste, à présent.
Non, ça ne vous servira à rien.
Vous ne la reconnaîtrez pas et elle ne saura pas qui vous êtes.
Faites-moi confiance,
elle est heureuse.
C'est l'une des rares personnes qui met encore des enfants au monde.
Puisse une échelle te mener aux étoiles
Une marche à la fois
Puisses-tu rester
Jeune pour toujours
Puisses-tu rester
Jeune pour toujours
Et si je ne veux pas participer à cette fête chimique ?
Tu comprendras très vite
que c'est impossible, sinon tu seras exclue de ce monde.
Je serai où ?
De l'autre côté.
Qu'y a-t-il de l'autre côté, Dylan ?
La vérité.
Qui est de l'autre côté ?
Ceux qui n'ont pas franchi le pas,
qui ne participent pas à la fête chimique.
Et bien sûr, tous ceux qui gèrent ce monde-ci.
Tu y es allé ?
- Non. - Pourquoi ?
Parce que j'ignore si on peut revenir.
C'est comme revenir de la mort.
Certains l'ont peut-être fait, on n'en sait rien.
Alors envoie-moi là-bas, je te dirai comment c'est.
Tu peux m'envoyer là-bas ?
Elle est chez toi, la substance ?
Ce n'est pas un cocktail chimique.
C'est une sorte...
d'effaceur
qui supprime toutes les influences chimiques en une seconde.
Et la vérité...
surgit immédiatement.
C'est où ?
C'est comme les capsules de cyanure que les nazis avaient,
en cas de reddition.
Quand j'ai quitté le vieux monde, j'en ai pris une.
C'était ma compensation de la part de Miramount Nagasaki,
c'est ce que je leur ai demandé après 20 ans de travail.
Cette petite capsule.
Je la veux.
Si ton fils revient en ton absence ?
Et s'il est de l'autre côté ? C'est plus probable.
C'est tout ce qui me reste.
Si tu la prends, tu pars, tu me quittes.
Tu ne peux pas faire ça, pas maintenant.
Viens avec moi.
Je ne peux pas, la capsule ne sert qu'à une personne.
C'est ton choix, je te donnerai tout ce que tu veux.
Je t'aime.
Robin, je t'ai toujours aimée.
Je t'ai aimée pendant 20 ans, sans même te connaître.
Tu étais mon univers.
Et je t'ai aimée encore 20 ans,
en attendant chaque heure, chaque jour, que tu reviennes.
Promets de ne pas regarder le vrai moi.
Promets de te souvenir de moi comme ça.
Je te le promets.
Je t'aime.
Il reste des médecins, dans ce monde ?
Oui, il en reste.
Où sont-ils ?
Là-haut.
Pardon.
Vous connaissez un médecin qui s'appelle Dr Barker ?
Bien sûr.
Son poste est au fond du couloir.
Je savais que vous ne passeriez pas de l'autre côté.
Ne soyez pas impressionnée par ma présence ici.
Être de ce côté de la vérité
n'est pas si courageux.
Rien n'a vraiment changé, en fait.
Avant, nous masquions la vérité
avec des antidépresseurs,
des drogues qui dissimulaient, mentaient.
Maintenant, nous réinventons la vérité.
Ce n'est pas si différent.
Les drogues se sont juste beaucoup améliorées.
Et nous n'avons pas le choix ?
Le seul choix, c'est attendre la mort ici,
dans cette infecte vérité,
ou halluciner de l'autre côté.
On est peut-être mieux là-bas, en train de rêver.
Et Aaron ?
Aaron vous a attendue ici,
toutes ces années.
Pendant 19 ans, il a attendu votre retour.
Son état a continué à s'aggraver,
il est devenu presque totalement aveugle.
Mais...
il ne voulait pas aller là-bas.
Pourtant, je l'ai supplié de le faire,
sachant que je ne serais pas toujours là pour m'occuper de lui.
Il y a six mois, il y est allé.
Il est quelqu'un d'autre à présent,
dans le monde des hallucinations chimiques.
Six mois...
Il y a exactement six mois,
il a craqué.
Il a dû se dire que j'allais mourir et...
il ne croyait plus à votre retour.
Il n'y a aucun moyen de le retrouver.
Ici, il n'existe pas.
Et de l'autre côté, il n'y a aucun moyen de savoir qui il est.
Mais vous pouvez retourner là-bas, c'est mieux que rien.
C'est mieux que d'attendre la mort.
Et de l'autre côté...
Oui, quoi ?
Je peux retourner d'où je viens ?
L'endroit d'où vous venez n'existe pas.
Vous l'avez inventé.
Vous irez là où votre esprit
et vos molécules chimiques vous emmèneront.
Et après votre passage ici,
ce sera un lieu dans votre conscience
complètement différent de ceux où vous êtes déjà allée.
Votre passé est mort.
Je vous prépare une ampoule.
Ensuite, j'appellerai le cerf-volant.
Vous savez où vous allez ?
Oui, je sais.
Sous-titres : Brigitte Lescut
Sous-titrage : L.V.T. - Paris
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