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NOTRE GRAND FILM DE LA SOIRÉE
Ce film est dédié au maître cinéaste Kinji Fukasaku (1930-2003)
"La vengeance est un plat qui se mange froid."
Tu me trouves sadique ?
Je parie que je pourrais frire un œuf sur ton front,
si je le voulais.
Tu sais, mon petit,
je me plais à croire
que tu es assez consciente, même maintenant,
pour savoir qu'il n'y a rien de sadique
dans mes actes.
Peut-être envers les autres...
guignols,
pas envers toi.
Non, mon petit,
là,
tu me vois
à mon plus
masochiste.
Bill...
c'est ton bébé.
Le quatrième film de QUENTIN TARANTINO
Détachement International des Vipères Assassines
CHAPITRE 1 N° 2
La ville de PASADENA, EN CALIFORNIE
J'arrive !
Sarah, c'est pas vrai, tu es en avance !
Fais voir ce que t'as !
Je t'aurai, finissons-en !
Amène-toi, salope.
Vas-y.
- Maman, je suis là. - Salut, mon bébé.
Comment était l'école ?
Maman, qu'est-ce qui t'est arrivé, à toi et à la maison ?
Ton sale chien
a déboulé dans le salon et a fait l'imbécile, c'est tout.
Barney a fait ça ?
N'entre pas. Il y a des débris de verre partout,
tu pourrais te couper.
C'est une vieille amie que maman avait perdue de vue.
Bonjour.
Je suis (! ? @ !) Comment t'appelles-tu ?
Elle s'appelle Nikki.
Nikki...
Un très joli nom pour une très jolie petite fille.
Quel âge as-tu, Nikki ?
Nikki...
(! ? @ !) t'a posé une question.
J'ai quatre ans.
Quatre ans...
J'ai eu une petite fille jadis.
Elle aurait quatre ans aujourd'hui.
Maintenant, mon bébé,
maman et son amie ont à parler entre adultes.
Va dans ta chambre et laisse-nous jusqu'à ce que je t'appelle,
d'accord ?
Nikkia !
Dans ta chambre, immédiatement.
Tu veux du café ?
Oui, volontiers.
Cette bourgeoise de Pasadena s'appelle Jeanne Bell.
Son mari est le docteur Lawrence Bell.
Quand on s'est rencontrées il y a quatre ans,
elle s'appelait Vernita Green.
Son nom de code était Vipère Cuivrée.
Le mien, Black Mamba.
Tu as une serviette ?
Oui.
Merci.
Toujours du lait et du sucre ?
C'est un peu tard pour des excuses ?
Absolument.
Salope !
Tu comptes foutre le bordel devant ma petite fille ?
Relax, pour l'instant.
Je ne vais pas te tuer devant elle, d'accord ?
Tu es plus raisonnable que Bill ne le donnait à croire.
Je suis dénuée de miséricorde, de compassion et de pitié,
pas de raison.
Je sais que je t'ai fait du mal.
Beaucoup, même. Je souhaiterais le contraire, mais je l'ai fait.
Tu as tous les droits de vouloir être quitte.
Pour qu'on soit quitte, ma petite,
il faudrait que je te tue,
que je monte chez Nikki, que je la tue,
que j'attende le retour de ton mari, ce bon Dr. Bell, et que je le tue.
Là, on serait quitte, Vernita.
Là, on remettrait les pendules à l'heure.
Si je pouvais remonter le temps, je le ferais.
Mais je ne peux pas.
Simplement, je ne suis plus du tout la même.
Bravo.
- Je m'en fous. - Certes.
Je sais que je ne mérite ni miséricorde ni pardon.
Cependant,
je t'exhorte aux deux au nom de ma petite fille.
Salope... arrête tout de suite.
Que je ne veuille pas te tuer devant ta fille
ne signifie pas que me l'agiter sous le nez me fera fléchir.
Toi et moi avons un compte à régler.
Et tout ce que tu as fait dans les quatre ans qui ont suivi,
y compris te faire mettre en cloque,
n'y changera rien.
Alors, on fait ça quand ?
Ça dépend.
Quand veux-tu mourir ?
Demain ? Après-demain ?
- Pourquoi pas ce soir, salope ? - Génial. Où ?
Il y a près d'ici un terrain de baseball où j'entraîne les mômes.
On s'y retrouve vers 2 h 30 du matin habillées tout en noir.
Tes cheveux camouflés dans un bas noir.
Et on se bat à l'arme blanche.
Personne ne viendra nous déranger.
Maintenant,
je prépare le goûter de Nikki.
D'après Bill, tu es presque imbattable à l'arme blanche.
Je t'emmerde, salope.
Je sais qu'il n'y a pas mis de bémol.
Alors, je le répète, je t'emmerde, Black Mamba.
"Black Mamba"...
C'est moi qui aurais dû être Black Mamba.
Si tu veux te servir de ton couteau de bouchère, vas-y.
Très drôle, salope.
Très drôle !
Je ne voulais vraiment pas faire ça devant toi.
Et j'en suis désolée.
Mais crois-moi sur parole.
Ta mère l'avait bien cherché.
Quand tu seras grande,
si ça te fait toujours mal,
je t'attendrai.
Pour un vrai guerrier,
quand il s'engage dans un combat,
vaincre son ennemi doit être le seul souci.
Réprime toute émotion humaine, étouffe toute compassion...
Tue quiconque te barrera la route, fût-ce Dieu ou Bouddha lui-même.
LISTE DES CINQ À TUER
C'est le fondement même de l'art du combat.
BAISODROME
LA MARIÉE ÉTAIT EN SANG
Quatre ans et demi plus tôt à El Paso.
Alors ?
Donne-moi les détails les plus sanglants, Fils n° 1.
C'est un massacre, papa.
Il a exécuté tous les invités, dans un style gangster.
Donne-moi un chiffre.
Neuf cadavres.
Et ça veut dire toute la smala.
La mariée,
le marié,
le pasteur,
la femme du pasteur...
Ils ont même tiré sur le vieil organiste noir.
Visiblement, quelqu'un s'opposait à ce mariage et a refusé de se taire.
Eh bien dis donc !
Comme je disais, papa,
on dirait un putain d'escadron de la mort nicaraguayen.
Mollo sur les jurons, tu es dans un lieu de culte.
Désolé.
C'est un travail de professionnel.
À vue de nez, des hommes de main de la Mafia mexicaine.
Quatre, peut-être cinq.
Pourquoi tu dis ça ?
C'est l'œuvre d'une main sûre et ferme.
Pas celle d'un amateur besogneux...
C'est celle d'un vieux de la vieille.
Ça se voit à la propreté du carnage...
Bien que ça ait l'air d'une explosion de rage,
toutes les couleurs sont sous cette ligne.
Si tu étais taré, tu pourrais presque admirer.
- Qui est la mariée ? - Je ne sais pas.
Le nom inscrit sur le certificat de mariage est Arlene Machiavelli.
C'est un faux.
Nous l'avons appelée "la mariée" à cause de sa robe.
Ça se voit qu'elle était enceinte.
Le tueur doit être sacrément tordu pour avoir allumé une fille aussi belle.
Regarde-la.
Des cheveux dorés comme les blés...
De grands yeux.
Un petit ange maculé de sang.
Fils n° 1...
cette putain de mangeuse de bite n'est pas morte.
ELLE DRIVER membre des "VIPÈRES ASSASSINES"
nom de code : Serpent de Montagne
Je ne t'ai peut-être jamais aimée.
En fait, je te méprise.
Mais n'en déduis pas que je te manque de respect.
Mourir dans son sommeil
est un luxe que les nôtres peuvent rarement s'offrir.
C'est un cadeau
que je te fais.
Salut, Bill.
Elle est dans quel état ?
Dans le coma.
Où est-elle ?
Juste à côté de moi.
Bravo, mon petit.
Elle, tu interromps la mission.
On lui doit mieux que ça.
Tu ne lui dois rien !
Baisse la voix.
Tu ne lui dois rien !
Je peux dire quelque chose ?
Parle.
Vous lui tombez tous dessus, mais elle ne meurt pas.
Je lui colle une balle dans la tête, mais son cœur continue à battre.
Tu l'as vu toi-même, du bel œil bleu qui te reste.
Non ?
On lui a fait des tas de choses, à cette femme...
et si jamais elle se réveille, on lui en fera bien plus.
Mais une chose qu'on ne fait pas,
c'est se glisser dans sa chambre en pleine nuit comme un rat d'égout
et la tuer
dans son sommeil.
Et pourquoi on ne le fait pas ?
Parce que...
ça nous rabaisserait.
N'est-ce pas, Miss Driver ?
Je suppose.
Tu "supposes" ?
Non, je n'ai pas à supposer,
je sais.
Rentre à la maison.
Affirmatif.
Je t'aime beaucoup.
Moi aussi, je t'aime.
Je trouve ça plutôt rigolo, pas toi ?
Un conseil, pétasse.
Ne te réveille jamais.
Quatre ans plus tard.
Là, tu me vois...
à mon plus masochiste...
Bill, c'est ton bébé.
Mon bébé !
Quatre ans...
Quatre ans.
C'est 75 $ le coup.
Tu prends, oui ou merde ?
Carrément !
Voici les règles.
Règle n° 1 : on ne cogne pas.
Si demain elle a un coquard ou des dents en moins, terminé.
Donc pas de gnons, quoi qu'il arrive.
Au fait, cette conne bave. Question de réflexe.
Mais qu'elle bave ou non, pas de gnons.
On est clair sur la règle n° 1 ?
Bien. Règle n° 2 : pas de morsure, pas de suçon.
En fait, ne laisser aucune trace.
À part ça, bonne bourre.
Sa plomberie est naze, donc tu peux lui jouir dedans.
Fais pas trop de bordel. Je reviens dans vingt minutes.
Au fait...
Parfois sa chatte reste plus sèche qu'un bac à sable.
Dans ce cas, lubrifie avec ça.
Bon appétit, vieux.
T'es la meuf la plus bandante que je me tape aujourd'hui.
Eh, l'étalon ! C'est l'heure.
J'entre, que t'aies fini ou non. Tu t'es bien éclaté ?
Où est Bill ?
Où est Bill ?
Arrête...
Où est Bill ?
- Je ne sais pas qui est Bill ! - Menteur !
Dis donc, t'es encore plus craquante qu'on m'avait dit.
"Jeanne X"... L'inconnue totale.
Moi, je suis de Huntsville, Texas.
Je m'appelle Buckaroo,
et je viens tirer un coup.
"Buckaroo", c'est ça ?
"Et tu viens tirer un coup", c'est ça ?
"Baisodrome"
Enculé !
Texas...
BAISODROME
Remue le gros orteil.
Remue le gros orteil.
Etendue sur la banquette arrière, tentant de sortir de ma paralysie...
je voyais les visages de mes salauds d'agresseurs
et de l'enfoiré qui les dirigeait.
Tous membres
du Détachement International des Vipères Assassines.
Quand la fortune sourit à la violence et à la laideur de la vengeance,
ça semble une preuve irréfutable non seulement que Dieu existe,
mais qu'on exécute sa volonté.
Alors que j'ignorais tout de mes ennemis,
la première de ma liste, O-Ren Ishii,
fut la plus facile à trouver.
Quand on assume la fonction délicate de Reine du crime de Tokyo,
on n'en fait pas un secret...
O-REN ISHII membre des "VIPÈRES ASSASSINES"
nom de code : Mocassin d'Eau
LES ORIGINES D'O-REN
O-Ren Ishii était née sur une base américaine à Tokyo.
Fille de militaire, mi-japonaise mi-sino-américaine,
elle découvrit la mort à l'âge de neuf ans
quand elle assista à la mort de ses parents
de la main du chef Yakuza le plus féroce du Japon,
Boss Matsumoto.
GÉMISSEMENT
Maman !
Elle jura de se venger.
Heureusement pour elle,
Boss Matsumoto
était pédophile.
À 11 ans, elle réussit à se venger.
Regarde-moi.
Regarde bien mon visage.
Regarde mes yeux.
Regarde mon nez.
Regarde mon menton.
Regarde ma bouche.
Je ne te rappelle rien ?
Je ne ressemble pas à quelqu'un
que tu as assassiné ?
À 20 ans,
elle était une des plus grandes tueuses du monde.
À 25, elle participa au massacre de neuf innocents,
dont ma fille encore à naître,
dans une petite chapelle d'El Paso, Texas.
Mais ce jour-là,
il y a quatre ans,
elle commit une grave erreur.
Elle aurait dû en tuer dix.
Cependant,
avant que j'obtienne satisfaction...
procédons par ordre.
Remue le gros orteil.
Le plus dur est fait.
Maintenant, si on faisait gigoter les autres...
Treize heures plus tard
Bienvenue à Air O. Je peux vous aider ?
Okinawa. Aller simple.
L'HOMME D'OKINAWA
L'île d'OKINAWA, AU JAPON
Bonjour.
Bienvenue.
Bienvenue.
Vous êtes anglaise ?
Presque. Américaine.
Alors, bienvenue, Américaine.
Mon anglais excellent.
Vous avez dit domo.
Vous parlez le japonais ?
Non. Juste quelques mots que j'ai appris depuis hier.
- Je peux m'asseoir au bar ? - Bien sûr ! Je vous en prie.
Quels autres mots avez-vous appris ?
Un instant.
On a des clients. Du thé, vite !
Je regarde mes feuilletons !
Merde.
Sale paresseux...
On s'en fout, de tes feuilletons !
Il est bouillant, sers-le-lui, toi, pour une fois.
Ta gueule ! Magne ton cul !
Pardon.
Quoi d'autre en japonais ?
Voyons...
J'ai déjà dit domo, non ?
Répétez.
Parfait. Très bien.
Vous dire mots japonais comme si vous japonaise.
Vous vous moquez de moi !
Très sérieux !
Prononciation très bonne.
Vous dire Arigato comme nous dire Arigato.
Merci. Pardon : Arigato.
Vous devriez apprendre japonais.
Très facile.
Il paraît que c'est assez dur.
Très difficile !
Mais vous avez langue japonaise.
Alors il arrive, ce thé ? Grouille-toi, merde !
Traîne-savate...
Tu veux quoi ?
Pardon ?
À boire.
Une bouteille de saké chaud.
Saké chaud ? Excellent !
Un saké chaud !
Du saké ? Au milieu de la journée ?
Matin, soir, après-midi, qui s'en fout ? Va chercher le saké !
Pourquoi c'est toujours moi qui y vais ?
Écoute-moi bien !
Depuis trente ans, je ne fais que chercher le saké.
On serait à l'armée,
je serais déjà général.
Ah, tu serais général ?
Si tu étais général, je serais empereur.
Et tu resterais de corvée de saké ! Alors ferme-la et va le chercher !
Pigé ?
Je ne suis ni chauve ni sourd !
Pigé ?
Pardon.
Première fois au Japon ?
Qu'est-ce qui vous amène à Okinawa ?
Je suis venue voir un homme.
Vous avez un ami à Okinawa ?
Pas tout à fait.
Pas ami ?
Je ne l'ai jamais vu.
Jamais ?
Qui est-ce, si je peux me permettre ?
Hattori Hanzo.
Que lui voulez-vous ?
J'ai besoin d'une lame japonaise.
Et pourquoi en avez-vous besoin ?
J'ai de la vermine à exterminer.
Vous devez avoir de très gros rats, pour avoir recours à Hattori Hanzo.
Énormes.
Je peux ?
Vous pouvez.
Attendez.
Essayez le deuxième à partir du haut.
C'est drôle.
Vous aimez les sabres de samouraï...
moi, j'aime le baseball.
Je tenais à vous les montrer.
Cependant,
vous qui savez tant de choses, savez sûrement aussi
que je ne fabrique plus d'instruments de mort.
Ce que j'ai ici,
je le garde pour sa valeur esthétique et affective.
Mais si fier que je sois de mon œuvre,
j'ai pris ma retraite.
Alors donnez-moi une d'entre elles.
Celles-ci ne sont pas à vendre.
Je n'ai pas dit "Vendez-moi",
j'ai dit "Donnez-moi".
Pourquoi devrais-je vous aider ?
Parce que ma vermine est un de vos anciens élèves.
Et vu l'élève,
je dirais que votre obligation est de taille.
Vous pouvez dormir ici.
Il me faudra un mois
pour fabriquer ce sabre.
Passez-le à vous entraîner.
UN MOIS PLUS TARD
J'ai achevé
ce que j'avais juré il y a vingt-huit ans,
de ne plus jamais faire.
J'ai créé "quelque chose qui tue les gens".
Et de ce point de vue,
j'ai réussi.
Je l'ai fait car philosophiquement,
je sympathise avec votre quête.
Je le dis sans vanité,
c'est le plus beau sabre de ma carrière.
Si en chemin, vous rencontriez Dieu,
Il serait taillé en pièces.
Guerrière aux cheveux d'or...
allez.
BATAILLE RANGÉE À LA "VILLA BLEUE"
C'est un an après le massacre d'El Paso, Texas,
que Bill soutint sa protégée nipponne financièrement et moralement
dans son combat shakespearien contre les autres clans yakuzas
pour le contrôle du vice dans la ville de Tokyo.
Quand le dernier sabre fut rengainé,
ce fut O-Ren Ishii et sa bande,
les Crazy 88, qui en ressortirent vainqueurs.
La jolie femme à droite d'O-Ren, habillée en méchante de Star Trek,
est l'avocate d'O-Ren, sa meilleure amie et son lieutenant,
mi-française, mi-japonaise : Sophie Fatale.
Une autre ancienne protégée de Bill.
La jeune écolière en uniforme est le garde du corps personnel d'O-Ren,
Gogo Yubari, 17 ans.
Gogo est peut-être jeune,
mais sa jeunesse est compensée par la démesure de sa folie.
Tu aimes les Ferrari ?
Ferrari... Une merde italienne.
Tu veux baiser avec moi ?
Ne ris pas. Tu veux me baiser, oui ou non ?
Oui.
Et maintenant, mon grand ?
Tu veux toujours me pénétrer...
ou c'est moi
qui t'ai pénétré ?
Vous voyez ce que je veux dire ?
Le chauve en costume et masque Kato s'appelle Johnny Mo,
le chef de l'armée personnelle d'O-Ren, les Crazy 88.
Et si vous vous demandez
comment une sang-mêlé sino-nippo-américaine
devient le parrain de tous les parrains de Tokyo...
je vais vous le dire.
Le sang d'O-Ren et sa nationalité
ne furent évoqués qu'une fois au Conseil,
le soir même où O-Ren s'y empara du pouvoir.
Cet homme apparemment déterminé à casser l'atmosphère est Boss Tanaka.
Et Boss Tanaka ne pense qu'à une chose...
Boss Tanaka !
Que signifie cet éclat ?
En pleine célébration !
On célèbre quoi, exactement ?
La perversion de notre illustre Conseil ?
Tanaka, tu perds la tête ?
C'est intolérable !
Tu insultes notre sœur. Excuse-toi !
Tanaka-San,
de quelle perversion parlez-vous ?
Mon père,
avec les vôtres, a fondé ce Conseil.
Et pendant que vous riez bêtement,
ils pleurent dans l'au-delà...
Assez !
... sur la perversion perpétrée aujourd'hui !
C'est un scandale !
C'est toi qui insultes ce Conseil.
Salaud !
Enfoiré !
Messieurs...
Tanaka a visiblement quelque chose qui le préoccupe.
Je vous en prie, permettez-lui de s'exprimer.
Je parle de la perversion infligée à ce Conseil,
que j'aime
plus que mes propres enfants,
par l'élection à sa tête d'une métissée de chinois, de japonais et d'américain !
Pour vous montrer à quel point je suis sérieuse,
je vous dirai ceci en anglais.
En tant que votre chef,
je vous encourage, parfois, mais toujours de façon respectueuse,
à remettre mes choix en question.
Si vous n'êtes pas convaincus par un de mes choix, dites-le-moi.
Mais permettez-moi aussi de vous convaincre, et je vous promets
qu'aucun sujet ne sera jamais tabou.
Sauf, bien sûr, celui qui vient d'être débattu.
Et quiconque
affectera mes origines d'une connotation négative
le paiera de sa putain de tête.
Comme cette ordure.
Et maintenant, si l'un de vous, chiens,
a quelque chose à ajouter,
c'est le moment ou jamais !
C'est bien ce que je pensais.
Messieurs, la séance est levée.
Un billet pour Tokyo.
Gogo.
Dis oui à tout, même aux trucs les plus égoïstes.
Ils exigent des trucs ridicules.
Tais-toi. S'ils t'entendaient...
Il arriverait quoi ?
Pense au clan Tanaka.
Tu veux te faire couper la tête ?
Ça, je n'aimerais pas.
Oui, c'est moi.
Donnez-moi votre numéro, on vous rappellera.
Toi !
À qui tu me fais penser ?
À Charlie Brown !
C'est vrai, on dirait Charlie Brown !
Charlie Brown.
Quatre pizzas aux poivrons.
Ce n'est pas au menu.
Je m'en fous, apporte-les !
Dis, Charlie, tu me fais une bise ?
O-Ren Ishii !
Nous avons un compte à régler !
(! ? @ !)
Charlie Brown, laisse-nous.
Miki.
Etripez-moi cette pute !
Alors, O-Ren,
tu as d'autres sous-fifres à me faire tuer ?
Gogo, c'est ça ?
Bingo.
Et toi, tu es Black Mamba.
Nos réputations nous précédent.
N'est-ce pas ?
Je sais que tu dois protéger ta maîtresse,
mais je t'en supplie,
va-t'en.
Tu appelles ça supplier ?
Supplie mieux que ça.
C'est ce que je pense ?
Tu croyais vraiment que ça serait si facile ?
Tu sais...
un moment, là,
oui, je l'ai cru.
Vilain petit lapin.
- Qui as joué au plus... - ... malin.
Voilà
ce qui arrive quand on déconne
avec les yakuzas.
Retourne chez ta mère.
Ceux qui sont encore en vie,
profitez-en pour le rester, tirez-vous !
Mais...
laissez les membres que vous avez perdus.
Désormais, ils m'appartiennent.
Sauf toi, Sophie !
Toi, tu ne bouges pas.
Très impressionnant, ton instrument.
Où a-t-il été fait ?
À Okinawa.
Qui à Okinawa t'a fabriqué cette lame ?
Hattori Hanzo.
Tu mens !
Les sabres, eux, ne s'épuisent jamais.
J'espère que tu as gardé toute ton énergie.
Sinon...
tu ne tiendras pas cinq minutes.
Comme décor pour mourir,
tu aurais pu tomber plus mal.
Pauvre petite oie blanche qui aime jouer avec des sabres de samouraï.
Si tu ne sais pas te battre en samouraï,
au moins, tu mourras en samouraï.
Attaque-moi,
donne tout ce que tu as.
Pour t'avoir ridiculisée tout à l'heure,
je te présente mes excuses.
Je les accepte.
Prête ?
Viens.
Le sabre
était vraiment signé
Hattori Hanzo.
Sophie...
Ma Sophie...
Je suis navré.
Pardon de t'avoir trahi.
N'en parlons plus.
Pourtant...
Pourtant, rien...
sinon que mon cœur saigne
devant ce qu'elle a fait à ma Sophie.
Je t'ai gardée en vie pour deux raisons.
D'abord, pour obtenir des informations.
Je vais te poser quelques questions.
Chaque fois que tu ne répondras pas,
je te couperai quelque chose.
Et crois-moi,
ça te manquera.
Donne-moi ton bras.
Dis-moi tout sur les Vipères Assassines.
S'il te fallait deviner...
pourquoi elle t'a laissée en vie...
tu dirais quoi ?
Pas besoin de deviner,
elle me l'a dit.
Elle me laissait ma chienne de vie pour deux raisons.
Comme je te l'ai dit, je te laisse ta chienne de vie pour deux raisons.
Et la deuxième,
c'est pour que tu lui rapportes, en personne,
tout ce qui s'est passé ici ce soir.
Je veux qu'il mesure l'étendue de ma miséricorde
en voyant ce qui reste de ton corps.
Je veux que tu lui dises tout ce que tu m'as dit.
Qu'il sache ce que je sais.
Qu'il sache que je veux qu'il sache.
Et qu'ils sachent tous
qu'ils seront bientôt tous
aussi morts que O-Ren.
LISTE DES CINQ À TUER
Au fait, Sophie...
Sait-elle que sa fille est encore vivante ?
Chapitre Six
Massacre aux Deux-Pins
L'incident de la chapelle des Deux-Pins
qui a déclenché cette sanglante histoire
est désormais une légende.
"Massacre aux Deux-Pins".
Comment ça s'est passé, qui était là,
combien ont été tués, et par qui,
varie suivant qui en fait le récit.
En fait,
le massacre n'a pas eu lieu pendant la cérémonie,
mais pendant la répétition.
Quand je dirai : "Vous pouvez embrasser la mariée",
vous pouvez l'embrasser,
mais sans lui fourrer la langue dans la bouche.
Ça peut amuser vos amies, mais c'est gênant pour vos parents.
On essaiera de se retenir, mon révérend.
Vous avez choisi une chanson ?
Pourquoi pas Love Me Tender ? C'est dans mes cordes.
Love Me Tender serait super.
Rufus, c'est le meilleur.
Rufus, pour qui jouais-tu jadis ?
Rufus Thomas.
J'ai fait partie des Drells, des Drifters, des Coasters,
de Kool & the Gang, des Bar-Kays.
Dès que ça passait par le Texas, je jouais avec.
Rufus.
C'est le meilleur.
Je n'ai rien oublié ?
Si, l'emplacement des invités.
Merci, maman.
Eh bien, normalement,
il y a les bancs de la mariée et ceux du marié.
Comme la mariée n'a invité personne et que le marié
en a invité beaucoup trop...
Il en vient même de l'Oklahoma !
Je ne vois aucun inconvénient à ce que les invités du marié
empiètent sur le côté de la mariée. Maman ?
Non, aucun.
Ce serait bien, mon enfant, que vous ayez au moins un invité.
En signe de bonne foi.
Je n'ai personne excepté Tommy
et mes amies.
Pas de famille ?
Je m'y emploie, justement.
On est toute la famille dont cet ange aura jamais besoin.
Je ne me sens pas bien et cette conne commence à me chauffer.
Continuez à bavasser, je vais prendre l'air.
Pardon, mon révérend.
Elle va prendre l'air.
Vu son état...
Elle en a pour quelques minutes.
Salut, kiddo.
Comment m'as-tu retrouvée ?
Je suis le meilleur.
Qu'est-ce que tu fais ici ?
Ce que je fais ?
Il y a un instant, je jouais de la flûte.
Là,
je regarde la plus jolie mariée que mes yeux fatigués aient jamais vue.
Pourquoi es-tu là ?
Un dernier regard.
Tu vas être sage ?
Je n'ai jamais été sage de ma vie.
Mais je ferai de mon mieux pour être gentil.
Je t'ai toujours dit
que la gentillesse était
ta plus grande qualité.
C'est pourquoi tu es
la seule à l'avoir vue.
On a un polichinelle dans le tiroir...
Je suis en cloque.
Dis donc,
ce jeune homme n'aime pas
perdre son temps, je vois.
Tu as vu Tommy ?
Un grand blond en smoking ?
Oui.
Alors, je l'ai vu.
J'aime bien sa teinture.
Tu as promis d'être gentil.
J'ai dit que je ferai de mon mieux. C'est loin d'être une promesse.
Mais tu as raison.
Que fait ce jeune homme dans la vie ?
Il possède un magasin de disques d'occasion à El Paso.
Un amateur de musique...
Il aime ça.
Comme nous tous.
Et tu fais quoi, côté b-o-u-l-o-t ?
Je travaille au magasin de disques.
Je vois.
Tout me paraît soudain très clair.
Ça te plaît ?
Oui, ça me plaît, gros malin.
J'écoute de la musique toute la journée,
j'en parle toute la journée. C'est cool.
Ce sera un environnement parfait pour élever ma petite fille.
Plutôt que de courir le monde
pour tuer des gens
tout en étant grassement payée ?
Exactement.
Eh bien, ma vieille,
chacun ses goûts.
Cependant,
ta libido mise à part,
je brûle de le rencontrer.
Je suis plutôt pointilleux quant aux gens qu'épouse ma petite amie.
Tu veux assister au mariage ?
Si je suis du côté de la mariée.
Tu t'y sentiras un peu seul.
Ça a toujours été le cas avec toi.
Mais je m'en voudrais de m'asseoir ailleurs.
Tu sais...
j'ai fait un joli rêve à ton sujet.
Voici Tommy, appelle-moi Arlene.
Vous devez être Tommy.
Arlene m'a beaucoup parlé de vous.
Ma chérie, ça va ?
Ça va.
Je te présente mon père.
Quelle joie de vous rencontrer, monsieur... papa.
Appelez-moi Bill.
Enchanté, Bill. Arlene disait que vous ne viendriez pas.
Surprise.
C'est papa tout craché. Toujours plein de surprises.
Ma foi, côté surprises...
la pomme ne tombe jamais loin du pommier.
- Vous êtes arrivé quand ? - À l'instant.
Tout droit d'Australie ?
Bien sûr.
J'ai dit à Tommy qu'à cause de tes mines d'argent à Perth,
tu étais injoignable.
Heureusement pour nous tous, ça n'a pas été le cas.
Alors,
que se passe-t-il ?
Je savais qu'un mariage, ça se répétait,
mais j'ignorais qu'on faisait aussi des "couturières".
On s'est dit : "C'est trop cher pour n'être porté qu'une fois."
Surtout qu'Arlene y est très belle.
On a voulu en profiter un max.
Ça ne porte pas malheur que le marié voie la mariée
dans sa robe avant la cérémonie ?
Je dois aimer vivre dangereusement.
Comme je vous comprends.
Mon fils,
on n'a pas que ça à faire...
Ça !
On refait un filage.
Prenez place...
Bon Dieu ! Où ai-je la tête ? Vous devriez la conduire à l'autel.
Tommy, ce n'est pas tout à fait sa tasse de thé.
Papa sera plus à l'aise avec les autres invités.
Vraiment ?
C'est beaucoup me demander.
On oublie.
Mais on dîne ensemble, pour fêter ça ?
À une condition : c'est moi qui invite.
Ça marche. Il faut qu'on y aille.
Je peux regarder ?
Absolument. Asseyez-vous.
Quel est le côté de la mariée ?
Par là.
Maman, on y va.
Maintenant, mon fils, à propos de votre discours...
Bill...
- Je voulais juste... - Tu ne me dois rien.
Si c'est l'homme que tu veux,
retourne auprès de lui.
Tu me trouves belle ?
Oh oui.
Merci.
Non ! Bill !
Elle aurait mis en pièces 88 gardes du corps
avant d'avoir O-Ren ?
Ils n'étaient pas 88. Ils se faisaient appeler les "Crazy 88".
Pourquoi ?
Je ne sais pas, ils devaient trouver ça cool.
Quoi qu'il en soit,
elle les a tous fauchés avec son Hanzo.
Elle a un sabre signé Hanzo ?
Il en a forgé un pour elle.
N'avait-il pas fait le serment de ne plus jamais en faire ?
Apparemment, il l'a rompu.
Ces Japonais sont d'un rancunier !
Ou alors, c'est une chose que tu inspires chez les gens.
Je sais que la question est ridicule avant même de la poser,
mais as-tu par hasard continué à t'entraîner
au sabre ?
Je l'ai mis au clou il y a longtemps.
Tu as mis en gage un sabre de Hattori Hanzo ?
Mais ça n'a pas de prix !
À El Paso, si.
À El Paso, j'en ai obtenu 250 $.
Je suis videur dans un strip-tease, Bill.
Si elle cherche la bagarre, elle vient au club,
elle y fout la merde et elle l'a, sa bagarre.
Je sais qu'on ne s'est pas parlé depuis longtemps.
Et la dernière fois, ça s'est plutôt mal passé.
Mais tu dois cesser de m'en vouloir
et commencer à craindre (! ? @ !)
car elle sera là bientôt et elle vient pour te tuer.
Et si tu refuses mon aide, je ne doute pas qu'elle y parvienne.
Je ne renie pas mes crimes et je ne chipote pas sur le châtiment.
On ne peut pas oublier le passé ?
Cette femme mérite sa vengeance...
et nous méritons de mourir.
Cela dit,
elle aussi.
On verra bien...
j'imagine...
non ?
Chapitre Sept
la tombe solitaire de Paula Schultz
Encore en retard.
Tu sais pas lire l'heure ?
Il n'y a pas un chat.
C'est Budd ?
Dis à ce con de ramener son cul par ici !
Budd,
Larry aimerait te parler.
Fais-toi un sniff. Prends-toi pour quelqu'un de bien.
Tu as demandé à me voir ?
Je ne sais pas dans quel garage tu bossais avant
qui te laissait arriver à la bourre,
mais c'était pas le mien, et j'en ai un, de garage.
Je vous laisse ?
Non, reste là et attends.
Larry,
il n'y a personne !
"Larry, il n'y a personne."
Ça veut dire quoi ?
Que tu ne sers à rien ici ?
Ça veut dire que...
je suis videur et qu'il n'y a personne à vider.
Tu me dis que la raison
pour laquelle tu ne fais pas le boulot pour lequel je te paie,
c'est que t'as pas de boulot à faire ?
C'est ça ?
Tu veux dire que tu m'es aussi utile qu'un trou de balle ici ?
Eh bien, je vais te dire, Budd...
je crois que tu m'as convaincu.
Prenons le planning. C'est l'heure du planning.
Le planning de Budd. Tu bosses demain ?
Non. Tu sais même pas quel jour tu bosses.
Là. Tu bosses pas demain,
tu bosses mercredi. Là, tu vois ?
Tu bosses jeudi ?
Je ne pense pas. Vendredi...
Il y a ton nom.
Il y avait ton nom.
Samedi, il y avait aussi ton nom.
Lundi...
Qu'est-ce que t'en dis ?
Vous les jeunes, vous ne pigez que quand on vous taxe votre pognon !
Rentre chez toi, attends que je t'appelle.
Que je t'appelle.
Mais avant, va voir Rocket. Elle a du boulot pour toi.
Le chapeau.
Ce putain de chapeau.
Combien de fois je t'ai dit
de pas porter ce putain de chapeau ici ? Combien de fois ?
Les clients en portent bien.
Je suis pas le patron des clients,
je suis le tien.
Et je veux que tu laisses ton putain de galurin de bouseux chez toi.
Budd, mon chéri, les toilettes sont encore bouchées.
Il y a de la merde partout.
D'accord...
Rocket.
Je vais nettoyer.
Ça t'a un peu calmée, je vois.
C'est dur de la ramener
quand on reçoit du gros sel
en plein dans les seins...
N'ayant pas
de seins
aussi jolis
et aussi généreux que les tiens,
j'imagine même pas à quel point ça doit piquer.
D'ailleurs,
j'aime mieux pas savoir.
J'ai gagné.
Bill...
Tu te trompes de frère, putain de salope.
- Budd. - Bingo.
À quoi dois-je ce plaisir douteux ?
Je viens de capturer la mule qui ne s'est jamais fait capturer.
Tu l'as tuée ?
Pas encore.
Je lui ai balancé une giclée de gros sel.
Elle file si doux que je pourrais l'achever avec une pierre.
Quoi qu'il en soit,
devine ce que je tiens dans la main.
Quoi ?
Un Hattori Hanzo flambant neuf.
Et j'aime autant te dire, Elle,
il coupe.
Combien ?
Difficile à dire, vu que ça n'a pas de prix.
Quels sont les termes ?
Tu amènes ton absence de miches demain matin
avec un million de dollars en petites coupures
et je te file
le plus beau sabre jamais forgé par un homme.
Qu'est-ce que tu en dis ?
Je dis qu'on a un deal. À une condition.
Quoi ?
Il faut qu'elle souffre jusqu'à son dernier souffle.
Ça, Elle, ma chérie,
je peux vraiment te le garantir.
Alors, à demain matin,
"millionnaire".
Bonjour, mon petit !
Petit-déj' au lit ?
Ça y est !
Sors-moi de ce trou !
T'as vu le regard ?
Elle est furax, cette salope.
Qu'est-ce que je te disais ?
C'est-y de la belle blonde, ça ?
Ou c'est-y pas de la belle blonde ?
J'ai vu mieux.
T'as quelque chose à dire ?
Les Blanches appellent ça "le silence méprisant".
Et nous, on les laisse croire que ça nous emmerde.
Prends les pieds, je prends la tête.
Oh, l'anguille !
Tu vois ça ?
Tu le vois, non ?
C'est du gaz lacrymogène.
Tu vas descendre sous terre ce soir.
Point barre.
Je compte t'enterrer...
j'allais t'enterrer...
avec ceci.
Mais si tu commences à faire chier,
je te vide toute la bombe dans les yeux.
Je te les crame à même les orbites.
Et tu seras aveuglée
amochée,
et enterrée vivante.
Tu choisis quoi, ma chérie ?
Sage décision.
Ça t'apprendra à briser le cœur de mon frère.
Chapitre Huit
La cruelle tutelle de Pai Mei
Il était une fois...
en Chine...
selon certains
vers l'année...
1003.
Le grand prêtre de l'ordre du Lotus blanc, Pai Mei,
marchait sur une route...
contemplant ce qu'un homme
aux pouvoirs aussi infinis que Pai Mei pouvait contempler...
autant dire : "Qui sait ?"
Un moine shaolin apparut sur la route,
marchant dans la direction opposée.
Quand le moine et le prêtre se croisèrent,
Pai Mei,
manifestant une générosité quasi insondable,
adressa au moine shaolin un très léger hochement de la tête.
Ce salut ne lui fut pas rendu.
Le moine shaolin voulait-il insulter Pai Mei ?
Ou n'avait-il simplement pas remarqué ce geste de pure sociabilité ?
Les intentions du moine restent inconnues.
Ce qui est connu, ce sont les conséquences.
Le lendemain matin,
Pai Mei se présenta au temple shaolin
et exigea du père supérieur
qu'il offrît son cou à Pai Mei
afin de réparer l'insulte.
Le père supérieur essaya d'abord d'apaiser Pai Mei.
Il découvrit bien vite que Pai Mei était
inflexible.
Ainsi commença
le massacre du temple shaolin
et des soixante moines qui s'y trouvaient
foudroyés par les poings du Lotus blanc.
Et ainsi commença la légende
de la technique du cœur explosé par la paume à cinq pointes de Pai Mei.
Et c'est quoi, cette technique de la paume à cinq pointes ?
Simplement,
le coup le plus mortel de tous les arts martiaux.
Il te frappe du bout des doigts
en cinq points précis de ton corps,
puis te laisse repartir.
Cinq pas plus loin,
ton cœur explose dans ta poitrine,
et tu t'effondres, mort.
Il te l'a enseigné ?
Il n'enseigne à personne la technique de la paume à cinq pointes.
Une des choses que j'ai toujours aimées en toi,
kiddo,
c'est que tu es particulièrement sage pour ton âge.
Alors, un conseil entre sages :
tout...
Tout !
Ce que Pai Mei te dira de faire, obéis.
Si tu as dans l'œil la moindre lueur de défi,
il te l'arrache.
Et si tu joues les Américaines effrontées,
il te casse le dos et le cou comme des brindilles.
Et c'en est fini de toi.
Il accepte de te prendre pour élève.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? - Rien.
Vous vous êtes battus ?
Un combat amical.
Pourquoi m'a-t-il acceptée ?
Parce que c'est un très vieil homme.
Et comme toutes les vraies bourriques,
quand ils vieillissent,
la solitude leur pèse,
ce qui n'améliore pas leur caractère
mais leur apprend à apprécier la compagnie.
Rien que de revoir ces marches me fait mal.
Tu vas te marrer à les monter
et descendre avec des seaux d'eau.
Dis, quand reviendras-tu ?
C'est une de mes chansons préférées des années 70.
- Quoi ? - Rien.
Quand il te jugera prête.
Et ce sera quand, à ton avis ?
Ça, ma chérie, ça ne dépend que de toi.
N'oublie pas : pas de sarcasme, pas d'impertinence.
Au moins pas la première année.
Laisse-le s'habituer à toi.
Il déteste les Blancs, honnit les Américains,
et n'a que du mépris pour les femmes.
Donc, avec toi, ça risque d'être long.
Maître...
Ton mandarin est horrible.
Il m'écorche les oreilles.
Tu braies comme une ânesse.
Ne parle que si on t'adresse la parole.
C'est peut-être trop espérer : tu comprends le cantonais ?
Je parle le japonais.
Je n'ai pas demandé si tu parlais le japonais,
mais si tu comprenais le cantonais.
Un peu.
Tu es ici pour apprendre les mystères du kung-fu, pas la linguistique.
Si tu ne me comprends pas, je te traiterai comme un chien.
Je crie, je pointe, je te bats avec ma canne !
Bill est ton maître, n'est-ce pas ?
Oui.
Ton maître me dit que tu ne manques pas d'entraînement.
Que sais-tu faire ?
J'excelle dans le Tigre et la Grue.
Et je fais plus qu'exceller dans l'art exquis du sabre de samouraï.
L'art exquis du samouraï. Ne me fais pas rire !
Ce que tu appelles "l'art exquis" ne vaut que pour...
ces abrutis de Japonais !
Ta colère m'amuse.
Tu te crois mon égale ?
Non.
Sais-tu que je tue à volonté ?
- Désires-tu mourir ? - Non.
Alors, tu dois être idiote. Totalement idiote !
Debout, que je regarde ton visage ridicule.
Relève-toi.
Alors, ma pitoyable amie, y a-t-il une chose que tu saches bien faire ?
Eh bien ?
On a donné sa langue au chat ?
Ah oui, tu parles le japonais.
Je méprise les Nippons !
Va au présentoir.
Prends le sabre.
Voyons ce que tu vaux.
Si...
tu me touches une seule fois,
je me prosterne et je t'appelle mon maître.
D'ici, tu as une excellente vue de mon pied.
Ton maniement de l'épée relève de l'amateurisme.
Ton soi-disant kung-fu est pitoyable.
Vraiment.
Je t'ai demandé de montrer ce que tu sais faire et tu as fait...
... rien !
Fais voir ton Tigre. Essaie de contrer mon Aigle.
Comme toutes les Yankees,
tu sais commander dans un restaurant et dépenser de l'argent.
Ça fait mal, n'est-ce pas ?
Oui !
Si tel était mon désir,
je t'arracherais le bras.
Non, je vous en prie !
Ce bras est à moi, j'en fais ce que je veux.
Si tu peux m'arrêter... Essaye donc.
Je ne peux pas.
Tu te sens impuissante ?
Oui.
Ça t'est déjà arrivé ?
Non.
L'es-tu autant, face à moi, qu'un ver face à un aigle ?
Oui !
Bon début !
Souhaites-tu posséder ce type de pouvoir ?
Oui.
Ton entraînement commence demain.
Puisque ton bras m'appartient...
je veux qu'il soit fort.
Peux-tu faire cela ?
Je peux, mais pas d'aussi prés.
Alors, tu ne peux pas !
Si ton ennemi est à 8 cm de toi,
tu fais quoi ?
Tu te roules en boule,
ou le transperces ?
À toi !
C'est le bois qui devrait craindre ta main, pas l'inverse.
Ça ne m'étonne pas,
tu t'avoues vaincue par avance.
Si tu manges comme un chien,
tu dormiras dehors comme un chien.
Si tu veux vivre et dormir comme un être humain,
prends tes baguettes.
Allez, chienne.
Très bien, Pai Mei.
J'arrive !
Un verre d'eau, s'il vous plaît.
Chapitre Neuf
Elle et moi
Alors, c'est ça, un enterrement à la texane ?
Chapeau, Budd. C'est une façon assez merdique de mourir.
Elle est enterrée sous quel nom ?
Paula...
Schultz.
Je peux voir le sabre ?
C'est mon fric dans le sac rouge, j'espère ?
Absolument.
Alors, tiens, il est à toi.
Qu'est-ce que tu viens de dire ?
Alors, c'est ça, un Hattori Hanzo.
C'est un Hanzo, c'est sûr.
Bill m'a dit que tu en avais un, toi aussi.
J'en ai eu un.
Comment il se comparait à celui-ci ?
Si tu veux comparer un Hanzo,
compare-le à tous ceux qui existent
mais n'ont pas été forgés
par Hattori Hanzo.
Tiens, lèche-toi les babines.
Alors...
quel "R" éprouves-tu ?
Quoi ?
On dit
que le tueur n° 1 des petits vieux,
c'est la Retraite.
Ceux qui ont un travail à faire
ont tendance à vivre plus longtemps pour pouvoir le faire.
J'ai toujours pensé qu'un guerrier et son ennemi
avaient le même rapport.
Comme tu n'as plus d'ennemie à affronter sur un champ de bataille,
quel "R" éprouves-tu ?
Répit ?
Ou Regret ?
Un peu des deux.
Mon cul !
Je me doute que tu ressentes un peu des deux.
Mais je sais très bien que tu en ressens un
plus que l'autre.
Et la question était :
lequel des deux ?
Regret.
Il faut le reconnaître à la vieille :
je n'ai jamais vu personne bluffer Bill comme elle l'a bluffé.
Bill la trouvait si intelligente.
J'ai essayé de lui dire
que pour une blonde, elle l'était.
Je te remercie.
Pardon, Budd, ce n'était pas très poli de ma part.
Budd, je te présente mon amie, Black Mamba.
Black Mamba, voici Budd.
Avant de la choisir, j'ai regardé sur Internet.
Fascinante créature, la Black Mamba.
Écoute ça...
"En Afrique, dit-on,
"dans la brousse, l'éléphant tue, le léopard tue,
"et la Black Mamba tue.
"Mais seule la Black Mamba,
"et c'est vrai depuis l'aube des temps, frappe d'une mort certaine.
"D'où son surnom :
"Incarnation de la mort." C'est cool, non ?
"Son venin neurotoxique
"est le plus efficace des poisons.
"Il agit sur les nerfs, c'est la paralysie générale.
"Le venin de la Black Mamba tue un homme en 4 heures,
"s'il est mordu à la cheville ou au pouce.
"En revanche,
"une morsure au visage ou au torse peut entraîner la mort
"en moins de 20 minutes."
La suite te concerne.
"La quantité de venin injecté par une seule morsure
"peut être gargantuesque."
J'ai toujours aimé le mot "gargantuesque".
J'ai rarement l'occasion de l'employer.
"Si on ne dispose pas d'antidote,
"de 10 à 15 mg représentent une dose fatale.
"Cela posé,
"la Black Mamba peut injecter de 100 à 400 mg de venin
"en une seule morsure."
Maintenant,
dans les quelques minutes de souffrance qui te restent,
je vais répondre en détail à ta question.
En ce moment précis,
le plus grand "R" que j'éprouve, c'est le regret.
Regret...
que la plus grande guerrière que j'aie peut-être jamais rencontrée,
soit morte de la main d'un bouseux embusqué,
d'un péquenot, d'un alcoolo, d'un bâton de merde comme toi.
Cette femme méritait mieux.
J'ai une nouvelle tragique.
Ton frère est mort.
Désolée, mon bébé.
Elle a lâché une Black Mamba dans sa caravane.
Je l'ai eue. Elle est morte.
Je peux te formuler ça autrement.
Si tu as le vague à l'âme, va à Barstow, en Californie.
Quand tu y seras, va acheter un bouquet de fleurs,
porte-le au cimetière de Huntington, sur Fuller et Guadalupe,
cherche la tombe de "Paula Schultz" et dépose ton bouquet.
Car c'est là que repose désormais
Beatrice Kiddo.
- Marty Kistrosser ? - Présent.
- Melanie Harrhouse ? - Présente.
- Beatrice Kiddo ? - Présente.
Écoute, je peux être là
dans quatre heures. Tu veux que je vienne ?
Non. Tu as besoin de moi, je suis là.
Je pars tout de suite. Fume quelques joints, j'arrive.
Dégueulasse.
"A Budd, le seul homme que j'aie jamais aimé."
C'est quoi, ça ?
Le Hattori Hanzo de Budd.
Il m'a dit l'avoir mis au clou.
J'en déduis qu'il a menti...
Elle.
B...
Une chose que j'ai toujours voulu savoir.
Entre filles...
Qu'as-tu dit à Pai Mei pour qu'il t'arrache l'œil ?
Je l'ai traité de vieux con gâteux.
Mauvaise idée.
Tu sais ce que j'ai fait ?
Je l'ai tué, ce vieux con gâteux.
Alors, ces têtes de poisson, vieux gâteux ?
J'ai empoisonné ses têtes de poisson.
Elle, sale traîtresse !
Je te donne ma parole...
Et je lui ai dit :
"Pour moi, la parole d'un vieux gâteux comme toi
"vaut moins que
"rien."
Oui...
j'ai tué ton maître.
Et maintenant, c'est toi que je vais tuer.
Et avec ton sabre, en plus...
qui, dans un avenir presque immédiat,
sera à moi.
Salope... tu n'as aucun avenir.
Je t'aurai !
Salope !
Je vais te tuer ! Tu es morte !
Salope ! Salope !
Je vais te massacrer, salope !
Je vais te massacrer !
Où es-tu ?
Où es-tu ? Salope !
Tu es morte !
Dernier chapitre
Messieurs.
Puis-je vous aider ?
Enfoiré.
La seule chose que tu puisses faire pour moi, c'est mourir.
Tu as tué mon maître Tao Mo, et maintenant, je vais te tuer.
Comme vous pouvez le voir, je suis avec une amie.
Ne peut-on pas remettre ça à plus tard ?
Bien essayé,
mais aujourd'hui, est le jour de ta mort.
Kiddo, si tu me permets...
ça ne prendra qu'une minute.
Attrapez-le !
Enfoiré.
Attaquez !
Comme tous les orphelins de père, Bill collectionnait les pères-bis.
Le premier fut Esteban Vihaio.
Esteban était un maquereau et un ami de la mère de Bill.
Il a tenu un bordel à Acuna pendant plus de 50 ans.
Son armée, les Acuna Boys,
constituée par les bâtards de ses filles, contrôlait Acuna.
Et lui, les contrôlait.
Agé de quatre-vingts ans,
ce fut cet aimable rentier à la retraite
qui me mit sur la piste de Bill.
M. Esteban Vihaio ?
Puis-je me joindre à vous ?
Uniquement si vous m'appelez Esteban.
Puis-je me joindre à vous, Esteban ?
Je vous en prie.
Les Carrucan de Kurrajong, par Jasmine Yuen
Américaine ?
Je parle un peu l'espagnol, si vous préférez.
Je préfère l'anglais.
Je ne l'ai pas parlé depuis longtemps,
mais je me réjouis de cette occasion de converser
avec une compagne aussi jolie que vous.
C'est un plaisir de rencontrer un tel gentleman.
Je vous préviens, mademoiselle,
je suis très sensible à la flatterie.
En quoi puis-je vous être utile ?
Où est Bill ?
Vous devez être Beatrice.
Je comprends l'attirance.
Je me souviens, Bill avait cinq ans,
je l'ai emmené au cinéma.
C'était un film avec Lana Turner.
Le Facteur sonne toujours deux fois, avec John Garfield.
Chaque fois qu'elle apparaissait à l'écran,
il ne pouvait s'empêcher de sucer son pouce
de façon presque obscène.
Dès lors, j'ai su
qu'il aurait un faible pour les blondes.
Vous savez,
avoir un faible pour une femme comme vous,
que peut-on souhaiter de mieux ?
On se serait rencontrés quand j'étais encore dans les affaires,
vous auriez été mon atout vedette.
Je suis flattée.
J'espère bien !
Ceci... Vous n'aviez pas une camionnette ?
Mon Baisodrome a rendu l'âme.
Le Baisodrome est mort...
Bill vous a tiré dans la tête, non ?
J'aurais été beaucoup plus gentil.
Je vous aurais juste défigurée.
Pardonnez-moi.
Prenez un verre avec moi.
Clarita !
J'arrive !
De quoi parlions-nous ?
Où est Bill ?
Il est à la Villa Quatro,
sur la route de Salina.
Je vais vous faire un plan.
Bill est comme un fils pour moi.
Savez-vous pourquoi je vous aide ?
Il voudrait que je le fasse.
Là, je ne vous crois pas.
Comment vous reverrait-il autrement ?
Pas un geste, maman.
Maman nous a eus, B.B.
Je meurs.
Je meurs.
Tombe, ma chérie. Maman nous a tiré dessus.
Mais Kiddo-la-gâchette ignorait
que B.B. faisait juste semblant,
vu qu'elle était imperméable aux balles.
Je suis un perméable aux balles, maman.
Baisse la tête. Tu es censée être morte.
Et tandis qu'en ricanant, la tueuse s'approchait
de ce qu'elle croyait être un corps criblé de balles,
la petite B.B. fit feu.
Tu es morte, maman. Alors, meurs.
B.B...
B.B. !
J'aurais dû m'en douter.
Tu es... la meilleure.
Maman, ne meurs pas. Je faisais semblant.
Je sais.
Je lui ai dit que tu dormais,
mais qu'un jour tu allais te réveiller et lui revenir.
Elle m'a demandé : "Si maman dort depuis ma naissance,
"comment elle saura à quoi je ressemble ?"
À quoi j'ai répondu :
"Parce que maman a rêvé de toi."
C'est ce que j'ai dit.
Tu as rêvé de moi ? Moi, j'ai rêvé de toi.
Chaque nuit, mon bébé. Chaque nuit.
J'attends depuis longtemps que tu te réveilles, maman.
Laisse-moi te regarder.
Comme tu es jolie !
Toi aussi, maman.
Dis à maman ce que tu as dit quand tu as vu sa photo.
Allez, ne sois pas timide.
Allez ! Tu sais ce que tu as dit.
Allez, dis à maman. Ça va lui faire plaisir.
Oui. Vas-y.
J'ai dit :
"C'est la plus super jolie dame que j'aie jamais vue
"sur toute la terre."
C'est vrai. C'est ce qu'elle m'a dit.
B.B., tu ne trouves pas que maman
a les plus beaux cheveux du monde ?
Si.
En fait, ils sont plus que beaux.
Alors, plus que "beau" ?
Sublime.
Très bien. Sublime.
Maman est sublime.
Tu sais, ma puce, maman est un peu en colère après papa.
Pourquoi, papa ? Tu as été un vilain papa ?
Je crains que oui. Un très vilain papa.
Notre fille a découvert la vie et la mort l'autre jour.
Tu racontes à maman ce qui est arrivé à Emilio ?
Je l'ai tué.
Emilio était son poisson rouge.
Emilio était mon poisson rouge.
Elle a couru dans ma chambre, le poisson à la main, en larmes :
"Papa, papa, Emilio est mort !"
Et j'ai dit : "Vraiment ? Comme c'est triste."
"Comment est-il mort ?"
Et tu as dit quoi ?
"Je lui ai marché dessus."
En fait, mademoiselle, les mots que tu as stratégiquement employés
étaient : "Je lui ai marché dessus par accident."
À quoi j'ai répondu : "Comment ton pied
"s'est-il accidentellement retrouvé dans l'aquarium d'Emilio ?"
"Non, non. Emilio était sur le tapis quand j'ai marché dessus."
L'affaire se corse.
"Comment Emilio a atterri sur le tapis ?"
Et là, maman, tu aurais été fière d'elle...
Elle n'a pas menti.
Elle a dit qu'elle avait sorti Emilio
de son bocal
et l'avait posé sur le tapis.
Et que faisait Emilio sur le tapis ?
Il gigotait.
Et tu lui as marché dessus.
Et quand tu as levé le pied,
que faisait Emilio ?
Rien.
Il avait cessé de gigoter, n'est-ce pas ?
Plus tard, elle m'a dit
que dès qu'elle avait levé le pied
et vu qu'Emilio ne gigotait plus,
elle avait su ce qu'elle avait fait.
N'est-ce pas là une parfaite image de la vie et de la mort ?
Un poisson qui gigote sur le tapis,
puis ne gigote plus sur le tapis.
C'est si fort
que même une enfant sans concept de la vie et de la mort peut comprendre.
Tu aimais Emilio, n'est-ce pas ?
Eh bien...
j'aime aussi maman.
Mais je lui ai fait pareil.
Tu lui as marché dessus ?
Pire.
Je lui ai tiré dessus. Pas pour faire semblant
comme nous tout à l'heure.
Pour de vrai.
Tu voulais voir ce qui allait arriver ?
Non, je savais ce qui allait lui arriver si je lui tirais dessus.
Ce que je ne savais pas, c'est ce qui allait m'arriver à moi.
Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
J'ai été très triste.
Et c'est comme ça que j'ai appris
que parfois, ce qu'on a fait, on ne peut pas le défaire.
Qu'est-ce qui est arrivé à maman ?
Demande-le à maman.
Ça va, maman ? Tu as encore mal ?
Non, ma chérie.
Je n'ai plus mal.
Ça t'a rendu malade ?
Ça m'a fait dormir.
C'est pourquoi je n'ai pas été avec toi. J'ai dormi.
Mais tu es réveillée maintenant, non ?
On ne peut plus réveillée, ma jolie.
B.B.,
tu veux regarder une cassette avec maman avant de t'endormir ?
Maman, tu regardes une cassette avec moi avant de m'endormir ?
J'aimerais beaucoup.
- Laquelle veux-tu ? - Shogun Assassin.
Non, B.B., Shogun Assassin est trop long.
Pas du tout.
Alors,
je vous laisse entre femmes.
Quand j'étais petit,
mon père était célèbre.
C'était le plus grand samouraï de l'empire.
C'est lui qui décapita le Shogun.
Il coupa la tête à 131 seigneurs.
Papa rentrait à la maison
et dès qu'il voyait ma mère, il oubliait tout le sang versé.
Il n'avait pas peur du Shogun,
le Shogun avait peur de lui.
C'était peut-être là le problème.
Une nuit, le Shogun nous envoya
ses espions ninjas...
J'admirais ton sabre.
C'est quelque chose.
Puisqu'on en parle, comment va Hanzo-san ?
Ça va.
Ses sushis se sont améliorés ?
Je ne pouvais pas le croire.
Tu l'as convaincu de te forger un sabre.
C'était facile. Il m'a suffi de mentionner ton nom.
Évidemment.
J'imagine que nous allons croiser nos Hanzo.
Je me trompe ?
Il se trouve
que cette hacienda a une plage privée.
Et cette plage privée, il se trouve qu'elle est particulièrement belle
à la lumière de la lune.
Et il se trouve que c'est la pleine lune.
Alors, ma duelliste,
si c'est un duel que tu veux, ça me paraît l'endroit rêvé.
Mais si tu veux être très vieille école sur ce point,
et tu sais que moi, je le suis, on pourrait attendre l'aube
et nous entre-découper à l'aurore comme deux bons...
Maintenant, assieds-toi ou je t'en mets une dans le genou.
Et il paraît que ça fait très mal.
Je te taquine.
Maintenant...
en ce qui te concerne,
nous concerne...
des questions restent encore en suspens.
Avant que s'achève ce récit de vengeance et de sang,
je vais te poser des questions et je veux que tu me dises la vérité.
Cependant, là est le dilemme.
Car, dès que ça touche à moi,
je te crois véritablement et totalement incapable
de dire la vérité. Surtout à moi.
Et encore plus à toi-même.
Et dès que ça touche à moi,
je suis véritablement et totalement incapable
de croire ce que tu dis.
Alors, comment résoudre ce dilemme ?
Il se trouve
que j'ai une solution.
Je t'ai eue !
Merde !
Tu m'as tiré dessus avec quoi ?
Ma plus belle invention. Du moins, ma préférée.
Laisse ou je t'en colle une autre dans la joue.
Ce que contient cette flèche
et qui chemine lentement dans tes veines,
c'est un sérum de vérité hyper-puissant et totalement infaillible.
Je l'appelle "Le grand révélateur".
Deux fois plus fort que le penthotal, sans les effets secondaires...
sinon une légère vague d'euphorie. Ça commence à venir ?
L'euphorie ?
Dommage.
Comme tu sais,
je suis passionné de B.D.
Surtout les super-héros.
Je trouve toute la mythologie
autour des super-héros fascinante.
Prends mon super-héros favori : Superman.
Pas terrible, comme B.D., ni très bien dessinée.
Mais la mythologie...
la mythologie est plus que géniale, elle est unique.
Ça agit en combien de temps, cette merde ?
En deux minutes. Juste le temps de finir mon propos.
Une des constantes de la mythologie du super-héros,
c'est qu'il y a le super-héros et son alter-ego.
Batman est en fait Bruce Wayne,
Spider-Man est en fait Peter Parker.
Quand le personnage se réveille le matin, il est Peter Parker.
Il faut qu'il mette son costume pour devenir Spider-Man.
Et c'est sur ce point précis
que Superman est unique.
Superman n'est pas devenu Superman.
Superman est né Superman.
Quand Superman se réveille, il est Superman.
Son alter-ego est Clark Kent.
Sa tenue avec le grand S rouge, c'est la couverture
qui l'enveloppait quand les Kent l'ont trouvé.
C'est son vrai vêtement.
Ce que porte Kent : les lunettes, le trois-pièces...
c'est un costume.
Le costume que porte Superman pour se fondre parmi nous.
Clark Kent est l'image que Superman a de nous.
Et qu'est-ce qui caractérise Clark Kent ?
Il est faible,
il doute de lui-même,
il est lâche.
Clark Kent est la critique par Superman de l'humanité tout entière.
À peu près comme Beatrice Kiddo et Mme Tommy Plympton.
Je vois. Le propos prend corps.
Tu aurais porté le costume d'Arlene Plympton.
Mais tu es née Beatrice Kiddo.
Et tous les matins en te levant, tu ne peux être que Beatrice Kiddo.
Tu peux ôter l'aiguille.
Tu me traites de super-héros ?
Je te traite de tueuse.
Tueuse-née.
Tu l'as toujours été, et tu le seras toujours.
Emigrer à El Paso,
travailler dans un magasin de disques d'occasion,
aller au cinéma avec Tommy, découper des coupons,
c'est toi
qui tentes de te déguiser en abeille ouvrière.
Toi qui tentes de te fondre dans la ruche.
Mais tu n'es pas une abeille ouvrière.
Tu es une guerrière, une rebelle.
Que tu t'empiffres de bière et de barbecue, et finisses
avec un cul énorme,
rien au monde ne pourra changer ça.
Première question :
croyais-tu vraiment qu'El Paso allait marcher ?
Mais j'aurais eu B.B. !
Ne te méprends pas,
je crois que tu aurais fait une excellente mère.
Mais tu es une tueuse.
Ceux que tu as tués pour arriver jusqu'à moi
étaient très forts, non ?
Tous ?
C'était notre round d'échauffement.
Maintenant, la question cruciale...
Pourquoi t'es-tu enfuie avec mon enfant ?
Tu te rappelles la dernière mission que tu m'as confiée ?
Bien sûr.
Lisa Wong.
Le matin où je suis partie, j'étais malade.
Dans l'avion, j'ai vomi.
Là, je me suis dit :
peut-être que je suis enceinte.
"Facile à utiliser. Ôtez le bouchon et urinez sur la partie absorbante."
"Résultat précis en moins de 90 secondes.
"Dès que le trait apparaît dans la petite fenêtre..."
Putain !
Ce que j'ignorais,
c'est que pendant le voyage, j'avais été repérée.
Dès mon arrivée à Los Angeles, Lisa Wong s'est empressée
de m'envoyer un assassin à elle.
Bonjour, je peux vous aider ?
Je suis Karen Kim, directrice des relations publiques.
J'ai un cadeau de la direction.
C'est gentil.
Vous le laissez devant la porte ?
Tu te sers bien du flingue.
À cette distance, je suis un putain de chirurgien.
Tu sais quoi, salope ?
Je suis meilleure qu'Annie du Far West et je te tiens.
Je pourrais t'exploser la tête.
Avant, je t'en aurai collé une entre les yeux, alors causons.
Karen...
je viens de découvrir, à l'instant,
pendant que tu défonçais la porte,
que je suis enceinte.
Tu te fous de moi ?
Par terre près de la porte,
tu trouveras le test de grossesse qui le confirme.
Mon cul !
À tout autre moment, tu aurais raison à 100 %.
Mais là,
tu as tort à 100 %.
Je suis la femme la plus mortelle du monde.
Mais là,
je tremble de peur pour mon bébé.
Je t'en prie.
Regarde le test.
Je t'en prie !
Reste où tu es, ne bouge surtout pas.
J'y comprends rien !
Le mode d'emploi est par terre.
"Facile à utiliser.
"Ôtez le capuchon. Urinez..."
Bleu signifie enceinte.
Merci, je sais lire.
Admettons. Et alors ?
Rentre chez toi.
J'en ferai autant.
Félicitations.
Avant que ça vire au bleu,
j'étais une femme, j'étais ta femme.
J'étais une tueuse qui tuait pour toi.
Avant que ça vire au bleu, j'aurais sauté à moto
dans un train à grande vitesse.
Pour toi.
Mais quand ça a viré au bleu,
plus question de faire ce genre de choses.
Terminé.
Parce que j'allais être mère.
Tu peux comprendre ça ?
Oui.
Pourquoi ne pas me l'avoir dit à ce moment-là ?
Tu l'aurais su, tu me l'aurais enlevée. Et ça, je ne voulais pas.
Ce n'était pas à toi de choisir.
Certes.
Mais c'était le bon choix et je l'ai fait pour ma fille.
Elle méritait de naître avec toutes les chances de son côté.
Avec toi,
elle serait née dans un monde où elle n'aurait pas dû naître.
Il me fallait choisir.
C'est elle que j'ai choisie.
Tu sais,
il y a 5 ans, si j'avais dû faire une liste
des choses qui ne pouvaient pas m'arriver,
toi me donnant le coup de grâce
en me collant une prune dans ma couronne de mariée
aurait figuré en tête.
Je me serais bien plantée, hein ?
Pardon, c'était une question ?
De tout ce qui ne pouvait pas arriver,
oui, dans ce cas précis, tu te serais plantée.
Alors ?
Quand tu n'es pas revenue,
j'ai naturellement présumé que Lisa Wong ou quelqu'un d'autre
t'avait tuée.
Et pour ta gouverne,
laisser croire à celui qu'on aime qu'on est morte quand on ne l'est pas,
c'est très cruel.
Je t'ai pleurée pendant trois mois.
Après trois mois de deuil,
j'ai retrouvé ta trace.
Je ne te cherchais pas,
j'essayais de retrouver les enculés qui t'avaient liquidée.
Et je tombe sur toi.
Et qu'est-ce que je découvre ?
Non seulement tu n'es pas morte,
mais tu vas épouser un petit con
et tu es enceinte.
Je... me suis emporté.
Emporté ? C'est ça, ton explication ?
Je n'ai pas dit que j'allais expliquer, mais te dire la vérité.
Mais si ça te paraît trop obscur, soyons plus direct.
Je suis un tueur.
Un sale assassin. Tu le sais.
Et ça entraîne des conséquences
de briser le cœur d'un sale assassin.
Tu es bien placée pour le savoir.
Ma réaction était si surprenante ?
Oui, elle l'était.
Que tu sois capable de faire ce que tu as fait ?
Bien sûr, tu l'étais.
Mais je n'aurais jamais cru
qu'un jour, tu aurais pu ou voulu me le faire à moi.
Je suis vraiment désolé, Kiddo, tu avais tort.
Toi et moi avons une affaire à régler.
Et comment !
Pai Mei t'a appris la technique du cœur explosé
par la paume à 5 pointes ?
Bien sûr.
Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?
Je ne sais pas.
Parce que je suis...
quelqu'un de mauvais.
Tu n'es pas quelqu'un de mauvais.
Tu es quelqu'un de formidable.
Tu es l'être que je préfère.
Mais de temps à autre,
ce que tu peux être conne !
Comment tu me trouves ?
Prêt.
Le lendemain matin
Eh bien, eh bien...
Si c'est pas ma petite fleur !
Bonsoir citoyens, citoyennes et marins.
Flash spécial !
Avez-vous une pie chez vous ?
Si oui, vous en avez, de la chance.
La pie est l'oiseau le plus charmant du monde.
C'est la meilleure amie du fermier.
Traitez-la gentiment, traitez-la délicatement.
Et surtout, n'oubliez pas, la pie mérite votre respect.
Merci.
Voilà ce que je vais faire.
Mais je n'ai pas mal à la tête !
Oh, si, mon frère !
LA LIONNE A RETROUVÉ SON PETIT
ET LA PAIX REVIENT DANS LA JUNGLE
Adaptation : HENRI BÉHAR
Sous-titrage : C.M.C.
Synchronisation et ajouts : Neo-XP
À toi !
Coupez !
Allez, on la refait.
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