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Original subtitles

Musique orchestrale lente

ppp

Elle frappe à la porte.

ppp

- Je viens pour l'annonce.

Je suis infirmière.

Je m'appelle Angèle Far.

Ma fille, Louise. 0n peut dormir dans le même lit.

- Le père est au front?

- Il y était, il y est resté.

Lui, c'est la tête.

- Vous êtes veuve de guerre?

- 0n n'était pas mariés.

- Vous êtes fille-mère, et toi, orpheline?

Hennissement au loin

- 0n peut le dire comme ça.

Louise?

Louise, je suis engagée!

Rire

0n va Vivre ici.

Mes parents élèvent des chevaux de course dans le Béarn.

- Comment avez-vous atterri dans la région?

- J'ai suivi un de leurs jockeys, qui a dû les quitter.

- Le père de Louise?

Émilie va vous montrer votre chambre.

- Viens.

ppp

Quelqu'un approche.

ppp

- Vous avez vu Émilie?

- Suivez-moi.

C'est beau quand même!

C'est comme la lessiveuse.

- C'est le progrès.

Comme le lance-flammes et le gaz moutarde.

- Eh oui...

Pendant que le sage réfléchit, le fou réfléchit aussi.

- Vous travaillez depuis longtemps pour M. de Rochecline?

- Depuis toujours.

J'étais sa nourrice et puis je suis devenue la gouvernante.

Comme ma mère l'a été pour son père.

- ll est comment, monsieur?

- Vous verrez.

ll a son caractère.

ll faudra bassiner les lits, les matelas sont humides.

Le lit grince.

- Montrez-moi ça.

Je crois qu'il va falloir retirer ce caleçon.

Je peux? - Non.

Je vais le faire.

- Je comprends.

- Je n'aime pas qu'on y touche.

- llva falloir nettoyer la plaie.

Laissez-moi faire.

Ça date de quand?

- Fin mai.

- Ça s'est passé comment?

- Assez mal.

- Je referai un nouveau pansement tous les jours.

- Merci, mademoiselle.

- Angèle.

Canonnade au loin

ppp

Louise?

Louise, c'est l'heure de l'école.

Hé!

- Bon Dieu de bon dieu!

- T'arrêtes de te plaindre?

Les joies de la vie commune.

- Je suis le piqueur ici, pas ton grouillot.

- T'as plus de chiens, et moi, de personnel.

- Je suis pas ton personnel.

- Ni moi, ton chien.

- ll est où, le personnel?

- À la guerre. De toute façon, on pouvait pas

continuer à les payer.

- Bien dormi?

- Toujours cette chignole qui me vrille le fémur.

- Je vous masserai en rentrant de l'école.

- Ah! Les poux sont de retour, on dirait.

- À chaque fois, on se dit que c'est bon. Pis non, ils s'accrochent.

- C'est comme les Allemands.

- Si ça se trouve, ce sont des poux allemands.

- Achtung!

Sonnerie de clochette

Je suis là!

- 0ui, oui.

Évitez de brandir votre moignon quand une femme approche,

ça pourrait prêter à confusion.

- Faudrait être très myope pour confondre.

0u alors très naïve.

De cette taille là, ça n'existe pas.

Elle rit.

- Elle part d'où, cette sciatique?

- Du talon. Elle remonte le long du mollet.

- Quoi... du talon et du mollet que vous n'avez plus?

- Qui.

Ces fameuses douleurs fantômes.

Je sais, c'est difficile à expliquer.

- Pas tant que ça.

- Toi et Firmin, vous avez pas d'enfant?

- lls auraient été albinos

avec les doigts palmés et un bec de lièvre.

Qn nous croit mari et femme mais on est frère et sœur.

- Ah bon?

Pourquoi vous dormez dans le même lit, alors?

- 0n dort dans le même lit depuis qu'on est petits.

Quelqu'un joue du cor extrêmement faux.

ppp

Rires

- Louise, viens.

À toi d'essayer.

Regarde. Tu mets ta bouche en cul-de-poule

et tu souffles dans l'embouchure.

- Sans desserrer les lèvres.

Elle souffle.

ppp

C'est déjà mieux.

Bravo!

Regarde.

ll joue "À la claire fontaine".

ppp

- Gagné!

- Que vous gagniez aux échecs, passe encore.

Mais au billard, non! Je m'insurge.

- Vous espérez gagner en me soûlant avec de l'alcool à brûler?

- Désolé mais l'armagnac, ça va avec les pur-sang.

Ici, on a un cheval de trait et du calvados.

- Non! Non... À un point près!

Je rêve!

0n fait la belle?

ll ricane.

Celui qui perd a un gage.

- Voyez, elle est pas si mal, cette gnole.

Elle rit.

- Arrêtez de me regarder comme une femme.

- C'est si désagréable que ça?

- Disons que quand on s'y attend pas, ça dessoûle.

- Sachez que je vous regardais comme un camarade.

Un camarade avec qui je me prendrais une bonne mufflée.

- Je me suis toujours bien entendue

avec les hommes.

- Vous êtes donc ce qu'on appelle une femme à hommes.

- J'aime bien les hommes, mais je suis la femme d'un seul homme.

Pas une femme à hommes dans le sens où vous le sous-entendez.

- Je ne sous-entends rien.

Grincement de porte

- T'es là depuis longtemps?

- J'ai fait un cauchemar.

- Elle nous surveille.

Elle rit.

Pour le billard, je m'incline.

Mais sur le calva, je vous ai battue largement.

- Ça demande une revanche.

- Au fait, c'est quoi, mon gage?

- Demain.

(En riant) Je vous le dirai demain.

Bonne nuit, Charles.

- Bon. Bonne nuit.

C'est quoi, ça?

- Votre gage.

- Jamais de la vie.

- Vous voyez, c'est simple.

A vous, maintenant.

Allez, un gage, c'est un gage!

Essayez au moins une fois.

Musique orchestrale lente

Allez.

ppp

Allez!

Elle rit.

Non, mauvais réflexe.

Les deux jambes de ce côté.

Vous calez votre moignon avec ça.

La cravache du côté de la jambe droite.

- C'est bon.

J'ai jamais fait l'amazone, mais je suis

officier de cavalerie. - D'accord.

ll commande le cheval.

Vous voyez, on peut tout faire

en amazone.

Vous pourriez même suivre une chasse à courre.

- Je me vois très bien en maîtresse d'équipage.

- Avec un kilt et une cornemuse à la place de la trompe.

Elle rit.

J'ai gagné!

ppp

J'avais fait le pari que vous remonteriez à cheval.

- 0ui mais en tant que cavalier, pas cavalière!

C'est la jambe qu'on m'a coupée.

ppp

- ll était temps. Les écrevisses ont attaqué la ficelle.

- Niveau fraîcheur, c'est parfait.

- ll sort d'où, ce lapin?

Du chapeau d'un magicien?

- C'est Firmin, le magicien.

Canonnade lointaine

- C'est pas l'orage, quand même?

- Elles sont jolies mais vous n'avez pas d'oreilles.

C'est le canon.

- Vous croyez que la guerre peut arriver jusqu'ici?

- Ça va faire 3 ans que nos positions tiennent.

Espérons que ça dure.

- Pas trop longtemps quand même.

- Ça s'arrêtera le jour où on aura gagné.

Et ce jour-là,

je donnerais tout pour être là-bas.

- En 1914, ils criaient "Tous à Berlin". Vous irez à cloche-pied?

ll rit.

- Très drôle.

- Quelle vitalité!

- Je commence à me réconcilier avec mon corps.

- Cicatrisation parfaite,

moral d'acier, prêt à retourner au front...

Vous n'avez plus vraiment besoin d'une infirmière à domicile.

- Vous voulez partir?

- Un jour ou l'autre, faudra bien.

- Avant votre arrivée, je passais mes journées au lit

à chercher une bonne raison de me lever.

Vous êtes ma seule famille, vous et Louise.

- Avec Émilie et Firmin.

- Ma maison est la vôtre aussi longtemps que vous le souhaitez.

Coup de feu

J'aimerais pas me battre en duel avec vous.

Un dix-cors!

Taïaut!

Eh!

Eh!

Eh!

Eh!

Eh!

- ll est là!

Le cerf brame.

- 0h!

ll doit pas être loin mais sans les chiens, c'est perdu.

- 0n l'a dérangé pour rien.

- De toute façon, la chasse est interdite.

- Vous savez comment 0scar Wilde définissait la chasse à courre?

"L'imbuvable à la poursuite de l'immangeable."

- Vous lisez 0scar Wilde?

J'ai toujours préféré la compagnie de mes chiens à celle de mes boutons.

- Vos boutons?

- Chaque équipage a ses propres boutons.

C'est comme ça qu'on appelle ses membres.

- Vous avez vu dans quel état vous l'avez mise?

- Un jour, la duchesse d'Uzès revenait d'une chasse

sur un cheval en piteux état.

Son mari lui faisant le reproche, vous savez ce qu'elle a répondu?

"Et vous, cher ami, dans quel état seriez-vous

"si vous aviez passé 4 h entre mes jambes?"

Allez!

Allez!

- C'est quoi, ce rocher?

- Ça date des Celtes. lls s'en servaient pour les mariages ou les sacrifices.

- C'est la même chose.

- Vous n'en savez rien, vous n'étiez pas mariée.

- Vous non plus.

Crissement de la craie

Le pied à terre.

- Vous êtes mauvaise perdante.

- Facile!

- Je peux pas vous laisser gagner à tous les coups.

À moi de vous trouver un gage

typiquement masculin.

- 0h!

Un concours de rots? Aller au bordel?

- Non, non. Peu de femmes y parviennent.

- Faire pipi debout?

Rires

- Des ronds de fumée avec un havane.

Aspirez.

Gardez un maximum de fumée en bouche

et vous exhalez en faisant la bouche ronde comme une carpe.

C'est ça.

- Les anneaux de Saturne!

Elle rit.

- Pourquoi vous ne vous êtes pas mariée avec le père de Louise?

- J'étais folle amoureuse d'Armand et...

Je suis tombée enceinte, j'étais mineure.

Mes parents ont voulu me marier de force avec un brave militaire

prêt à assumer la paternité.

Je me suis enfuie.

Et puis, il y a eu la guerre.

Et vous?

- Moi?

Euh...

Je n'en ai jamais eu l'occasion jusqu'à aujourd'hui.

- Un homme et une femme peuvent vivre ensemble

sans être mariés.

C'est dommage de se marier quand on a les avantages du couple

sans les inconvénients. - C'est-à-dire?

- Qn vit en bonne entente, on...

on s'amuse bien. 0n joue au billard, aux échecs...

Qn pêche à la mouche... Et rien ne nous empêche

de manger de l'ail cru ou de dormir avec un bonnet de nuit.

Et étant par ailleurs votre employée,

pas la peine de vous demander de l'argent

comme une femme au foyer devrait le faire.

- Ça se défend.

- Mais...?

- Mais comme disait Je-ne-sais-plus-qui: "Si tu n'as aucune chance, saisis-la."

- C'est une demande officielle?

- Vous m'excuserez de ne pas mettre un genou à terre, j'ai une dispense.

Bon, ne dites rien. Réfléchissez.

0n fait la revanche?

- Non.

J'ai eu assez de gages typiquement masculins pour aujourd'hui.

Bonjour.

Un coup de main pour seller?

- Alors? Vous avez réfléchi?

- 0ui.

C'est vrai qu'on vit en bonne entente.

J'ai une grande affection...

et même un attachement profond pour vous.

Mais c'est de l'amitié. Pas de l'amour.

- Je vous ai demandée en mariage. Je vous ai pas demandé de m'aimer.

Mon infirmité vous gêne?

Comme je suis plus vieux, vous aurez moins longtemps à me supporter.

- J'aime un autre homme dans mon cœur. Je lui appartiens.

Ce serait déloyal de me marier avec vous.

Je vais pas coucher avec vous en pensant à un autre.

J'aurais l'impression d'être infidèle.

- Avec lui ou avec moi?

- C'est pareil.

- À un détail près.

Moi, je suis là. Mutilé mais vivant.

Ça s'appelle le deuil. Ça dure ce que ça dure

et ça passe.

- Qu pas.

- Peut-être.

Alors on serait deux infirmes.

Chacun à sa manière.

Deux bancals.

Vivons ensemble en s'appuyant l'un sur l'autre.

- Mais moi notre amitié, elle me rend déjà heureuse.

Ça vous suffit pas, vous?

Vous croyez pas à l'amitié entre hommes et femmes?

- Y a presque toujours du désir.

Souvent inavoué, parfois à sens unique.

Mais tant que ce n'est pas consommé...

- Ce que vous attendez de moi ne m'appartient pas.

Je peux pas vous le donner.

Musique dramatique

ppp

- En général, j'ai de la suite dans les idées.

- À condition d'avoir de bonnes idées au départ.

- Qh...

Et si je meurs demain?

Qu'allez-vous devenir?

Et Louise?

Vous y avez pensé?

Si on se marie, je la couche sur mon testament.

- Charles!

Charles!

Vous remontez à cheval?

- Je sais, c'est pas glorieux.

- Hum... Ça sent bon.

- Allez, grimpe.

Allez!

Ça a pas l'air de s'arranger, on dirait.

- Depuis que maman a dit que c'était des poux allemands, c'est pire.

- C'est à cause des casques à pointe.

Quand tu vas partir d'ici, ça va être dur de quitter ta jument.

- J'ai pas envie de partir d'ici.

- Moi non plus.

Mais ta maman pense qu'elle a plus besoin de rester comme infirmière.

ll faudrait trouver autre chose.

T'as pas une petite idée?

(Qn joue du cor.)

ppp

- Vous guettez les Allemands?

- Les Allemands, non.

Je rêvais.

- Personne ne revient d'entre les morts.

À part les fantômes.

Ne lâchez pas la proie pour l'ombre.

Pensez à Louise.

Le chien hurle.

ppp ppp

Canonnade

ppp

Soupirs de cauchemar

ppp

Musique sombre

ppp

Craquement

ppp

- Armand?

ppp

Armand?

ppp

Armand!

ppp

Hurlement

Frottement répétitif

ppp

Une porte grince.

Vous voulez un coup de main?

- Non, merci. J'aime l'odeur de la cire.

- Cirez-en qu'une. Gain de temps. Économie de cirage.

- Les petits bénéfices de l'estropié?

- Je suis venue vous dire que j'avais réfléchi

à votre offre.

Vous savez toutes mes réticences.

J'ai peur que notre complicité, avec ce côté léger et piquant

que j'apprécie beaucoup...

- Moi aussi.

- J'ai peur que ce ne soit pas compatible avec une relation conjugale.

- Pourquoi?

- D'ailleurs, y a déjà un malaise entre nous

du fait que vous soyez sorti du bois.

Mais ce qui rend ce mariage bancale, c'est que je sois liée

à un autre homme.

J'ai pas de désir pour vous, Charles.

Je sais...

ll faut laisser le temps au temps.

Mais si le temps n'y peut rien, on se rendra malheureux.

- Mais...

- Je... C'est d'accord.

Je veux bien me marier avec vous.

Pour Louise et pour vous aussi.

Et je suis prête à assumer mes obligations conjugales

à un certain nombre de conditions.

- Lesquelles?

- Je ne veux pas d'autre enfant.

- Pas de soucis. Louise me suffit.

- ll va falloir prendre des précautions.

Vous n'avez pas envie d'avoir un enfant à vous?

- J'aurais trop peur d'avoir un garçon

qui aille engrosser les asticots au nom de la patrie.

Quoi d'autre?

- La liste est un peu longue.

Bon. D'accord pour me donner à vous.

Disons une fois par semaine. Mettons le mardi.

Et on fait chambre à part, y compris la nuit où on couche.

- Bien. Je resterai en bas. Vous irez dans la chambre de ma mère.

- Vos parents aussi faisaient chambre à part?

- Au début, non. Puis les choses se sont gâtées.

- Mieux vaut anticiper.

- Pourquoi le mardi?

- Pourquoi pas?

- Deux nuits me semblent mieux. Mardi et vendredi.

- Non.

Le mardi, c'est garanti.

Ça peut être plus, en cas d'appétit mutuel.

- La nuit de noces est en bonus. D'accord?

- Admettons.

Ah oui, très important.

Une fois mariés, je tiens à recevoir encore mon salaire d'infirmière.

- Ça sera inutile puisque vous aurez l'argent nécessaire.

- Mais à condition de le demander.

Je préfère mon salaire.

- Entendu.

Autre chose?

- 0n affinera en rédigeant.

0n approche.

La poignée de porte claque.

- Je vais vous mettre la parure nuptiale brodée en batiste.

- Surtout pas.

Nous avons décidé de faire chambre à part.

Allez-y, Émilie, dites ce que vous avez sur le cœur.

- Les jeunes époux font chambre commune, c'est l'usage.

- Et les frères et sœurs, chambre à part.

Comme quoi, l'usage...

- Cette rédaction est impossible.

"L'époux accepte de renoncer à procréer

"et s'engage à pratiquer l'acte en bon père de famille."

C'est la demande de madame.

- C'est-à-dire?

- Euh... Vous pouvez rayer

"bon père de famille".

- Charles, voilà plus de 50 ans

que je conseille la famille.

Est-ce que vous savez où vous êtes en train de mettre les pieds?

- Le pied.

- Raison de plus. Quand on en a laissé un sur le champ de bataille,

on ne pose pas l'autre dans un guêpier.

- Bon, on signe tout de suite ou vous tenez à finir de lire?

- Vous léguez à Mlle Louise Far, née d'un premier lit,

fille d'Angèle Far et Armand Gouraud,

l'ensemble de vos biens mobiliers et immobiliers.

Sous réserve que ce mariage perdure

jusqu'à votre décès.

- Qn signe?

Bien, allons-y. L'abbé doit trépigner.

- À son âge, ce n'est pas conseillé.

- Le temps de me changer, j'arrive.

- Vous êtes très bien comme ça. - J'y tiens.

- La seule chose que vous n'aurez pas à craindre, c'est l'ennui.

Quel âge a-t-elle?

ll rit.

- Allons-y.

- Votre jeune épouse pourrait même se permettre

de venir dans le plus simple appareil.

ll se racle la gorge.

- Allez, marche, Mandarine, allez!

Musique orchestrale lente

ppp

- Vous avez oublié les éperons!

- J'ai hésité.

Je les aurais mis si vous aviez ajouté le sabre à la panoplie.

- J'ai bien essayé mais il se prenait dans la béquille.

- Nous sommes tous là pour célébrer dans la joie de Dieu

le mariage d'Édouard de Rochecline...

- Charles Édouard, pas Édouard.

- Ah?

- Moi, c'est Charles Édouard Baptiste.

- Mais c'est ce que je dis.

- Non, Édouard, c'est mon père. Vous l'avez marié et même enterré.

- Angèle et Édouard...

- Non, Charles.

- Charles et Édouard, vous voilà unis devant Dieu.

Ainsi, de même que l'Église est soumise au Christ, que...

- Angèle Marie Hortense.

- Angèle, Marie et Hortense soient soumises à Édouard.

Car la femme... Euh...

- Amen. Amen!

- Vous pouvez échanger un baiser.

(En riant) - Alors, j'ai...

j'ai prévu une sonnerie, si ça dérange pas.

- Tant que c'est pas l'hallali...

(ll joue un air solennel.)

Les oiseaux s'affolent.

ppp ppp

Angèle rit.

Les oiseaux roucoulent.

- Angèle et Louise.

Quand vous êtes arrivées,

tout était vide.

L'écurie, le chenil, moi...

Vous avez perdu un mari

et un père à la guerre.

Pourtant vous êtes si vivantes que vous avez rempli tous les vides.

Vous êtes toute ma vie.

Vous êtes la vie.

À vous! À votre jeunesse!

Chanson douce

ppp

- Non, non.

ppp

- 0h!

0n va faire le contraire!

Elle rit.

Sinon vous allez détruire mon mobilier.

- Votre mobilier?

Au fait, on continue toujours à se vouvoyer?

- Ça me paraît plus approprié. Tenez, asseyez-vous là.

- Quand le talon va partir, vous prendrez un billet de parterre.

Elle souffle.

0n fait pareil avec le pantalon?

- Non, merci.

Pas le premier soir.

- Bon. Je vous attends dans ma chambre.

- Non.

Je préfère que vous montiez.

Vous m'accordez quelques minutes?

- Le temps de l'ascension.

0n tape.

- 0ui!

Ce sont des nymphéas?

- Non, des lotus.

- En tout cas, c'est plutôt rassurant.

- Et en quoi est-ce rassurant?

- Je sais pas... ça fait plus raffiné.

Avec l'uniforme, ça aurait fait un peu hussard.

Je préfère revenir au temps des chandelles.

C'était plus intime.

Vous venez?

ppp

- Pardon.

- C'est ma faute.

- Je vais trop vite, peut-être?

- Avec Armand...

c'était très intense,

mais j'ai jamais connu d'autres hommes.

Petits gémissements

ppp

N'oubliez pas de vous retirer avant.

- Excusez-moi.

J'ai pas bien contrôlé.

- Pas grave.

- Ça doit être frustrant pour vous.

- C'est très bien comme ça.

Je crois que j'ai sommeil.

- J'en avais trop envie.

Tellement envie...

Je vous promets de faire mieux la prochaine fois.

- Vous n'avez pas été marié mais...

vous avez connu beaucoup de femmes?

- Comme tous les militaires. Mais pas de celles qu'on épouse.

- Bonne nuit, Charles.

- Bonne nuit, Angèle.

Musique sombre

ppp

Hennissement

ppp

Hennissement

ppp

- 0h! 0h!

ppp

- Vous êtes qui?

- Lesourd Léonard. Je viens du front.

- Et lui?

- 0celot. Étalon.

Demi-sang, je crois. Champion olympique.

Qh! Viens là!

Je le ramène à Saumur.

Avec les chevaux, c'est à pied que je sais y faire.

Dessus, je perds la main.

- Vous faites quoi dans le civil?

- Roulier dans Le Berry.

J'emmenais des étalons

saillir les juments.

- Pourquoi monter dessus si vous tenez pas?

- À cause des loups.

Le front les repousse par ici. Y en a plein.

Comme je veux pas me faire becqueter, je viens demander l'hospitalité.

C'est possible?

- Suivez-moi.

- C'est quoi, votre nom?

- Angèle Far de Rochecline.

- Votre mari est au front?

- Non, il est là.

Je vais le prévenir.

- Lesourd Léonard, 151e régiment d'infanterie.

- Charles de Rochecline.

Capitaine de cavalerie au Ve dragon.

- C'est un étalon demi-sang.

Champion olympique, paraît-il.

- J'ai pour mission de le conduire à Saumur, mon capitaine.

- Vous avez votre ordre de mission?

- Je l'ai perdu.

- 151e régiment d'infanterie... Vous étiez à Verdun en 1917?

- Non. J'ai pris une balle.

J'ai rejoint mon bataillon plus tard dans l'Qise.

- Vous devriez rentrer, Angèle. ll fait très frais.

Musique mystérieuse

ppp

Hennissement

ppp

Musique sombre

ppp

Ce garçon est un déserteur.

Et un voleur de chevaux.

- Vous allez le dénoncer?

- C'est mon devoir.

Mais il serait fusillé.

Et du coup, on renverrait 0celot sur le front.

Qn lui briserait les os à charrier des canons

et il finirait en ragoût dans la gamelle des fantassins.

J'ai autorisé ce Léonard à rester planqué ici quelques jours.

- Ah! Excusez-moi...

- Vous êtes chez vous, hein!

Beau morceau.

lls vous l'ont pas réquisitionnée?

- Non. En 1914, elle avait un certificat de saillie

mais y a pas eu fécondation.

lls sont revenus depuis mais par chance elle boitait.

- Faudrait la remplir avec Qcelot, ça ferait un beau mélange.

Attendez voir une seconde.

Et en plus, elle va faire ses chaleurs.

Hennissement

0celot souffle.

ppp

ppp

ppp

ppp

Votre mari m'a demandé de seller 0celot, ça vous changera.

ll attend plus que vous.

- Hé...

- Donnez-moi votre jambe. - Non, merci.

- Faut ajuster.

- Non, merci.

- Allez-y, faites-vous plaisir.

Hennissement

Canonnade au loin

ll souffle.

- Non!

T'iras plus là-bas, n'aie pas peur.

Je vais te garder avec moi.

Allez! Là-bas.

C'est bien.

Musique rythmée

ppp

- Eh ben, vous l'avez mis dans un drôle d'état.

- Un jour, la duchesse d'Uzès revenait de chasse avec son cheval fourbu

et son mari lui a fait la même réflexion.

Vous savez ce qu'elle lui a dit?

- Ben non.

- Rien.

- Hé.

- Alors, ce champion?

- ll a été traumatisé.

ll est sur l'œil.

Mais c'est une merveille.

ll ne saute pas, il vole.

- J'ai proposé à Léonard de le lui racheter.

ll suffit de le laisser mariner un peu.

Le temps joue pour nous.

Vous êtes très belle.

Si un génie sortait d'une amphore

et m'offrait un vœu,

vous savez ce que je lui demanderais?

- Qu'on soit tous les jours mardi.

Vous montez?

C'est bien la formule consacrée?

- Venez chez moi.

- Non. C'est vous qui montez.

Respiration forte

ppp

Ne vous souciez pas de moi, continuez.

ppp

Elle rit.

ppp

Fou rire

ppp

Je vous jure que j'ai vraiment essayé.

ppp

- La situation vous paraît comique?

- Je ris pas de vous.

Je ris de moi.

Du fait de...

de ne pas être à l'unisson.

J'étais...

J'étais comme un pantin désarticulé.

C'était ridicule.

Mais c'est pas un problème mécanique.

Vous avez même été... très performant.

ll soupire.

C'est émotionnel.

0n tape.

Qn entre.

- 0h, pardon.

- T'es pas à l'école?

- lls arrivent!

- Qui? Les Allemands?

- Non, les Français. lls ont pris la mule de l'instituteur.

lls viennent prendre les chevaux.

- 0ccupez-vous d'Qcelot. Je vais les retarder.

- Et Mandarine?

- Préviens Léonard, il saura quoi faire. Vite!

- Qu'y a-t-il?

- Effacez les traces de sabots.

Musique de tension

Hennissement

La petite crie.

ppp

Des chevaux approchent.

ppp

- Qh!

Hennissement

ppp ppp

- 0h!

- Laissez.

Viens là, toi.

ppp

Hennissement

Fracas

ppp

- Allez!

- Par ici, mon capitaine.

Discussion

ppp

- Jetez un œil dans les bâtiments.

ll faudra me montrer les papiers de votre jument.

- Vous m'attendez.

Le sergent Borel, Angèle, mon épouse.

- Madame.

- Le sergent exige les papiers de Mandarine.

- Un certificat de saillie?

- Tout ce que vous avez.

Qu'est-ce qui s'est passé?

- Emilie a voulu nettoyer le lustre

mais elle a présumé de ses forces.

La dernière fois, le sergent a paru apprécier mon vieux calvados.

- Elle est si boiteuse que ça, votre Comtoise?

- Y a rien à en tirer, elle est aussi bancale que moi.

À la victoire!

- À la victoire!

Si elle boite, faut pas la monter. À moins que vous ayez un autre cheval?

- C'est pas pour Mandarine, ma tenue.

C'est pour Charles.

ll trouve que ça me va bien.

Rapport avec la cavalerie, sans doute.

Fracas à côté

Ah! Émilie s'est remise à faire les poussières.

- Elle est dévouée mais elle casse beaucoup.

- Je me demande si le papier est pas dans la bibliothèque.

0celot tape ses sabots.

Chut!

- Chut!

Brouhaha à l'extérieur

- Chut!

0celot tape ses sabots.

Calme-toi.

Voilà...

Chut!

Chut...

Gifle

- Sur le front, j'ai connu un jockey qui venait du Béarn.

- Taisez-vous!

0celot tape ses sabots.

J'ai... j'ai pas trouvé.

- Si elle boite, elle vous est pas utile.

Elle sera plus utile pour la viande.

Nos gars ont faim.

- ll n'en est pas question.

J'ai donné mes chevaux et une jambe, vous n'aurez pas ma Comtoise.

- Lâchez-moi! - Elle m'a craché dessus!

- Lâchez cette enfant!

Et vous, dehors!

Rassemblez vos hommes et partez

ou je vous fais éclater la cervelle.

- Je peux vous faire exécuter.

- Moi aussi, et vous le savez.

Ce que vous saisissez termine au marché noir.

Les témoins ne manqueront pas devant le conseil de guerre.

Alors, fichez le camp!

- Allez...

- Allez!

- Vous avez de la chance d'être mutilé.

- C'est surtout une chance pour vous.

Sinon je vous aurais botté le cul!

Fracas

ppp

- 0h!

- T'es passé

à un cheveu du peloton d'exécution.

J'attends toujours ton offre pour Qcelot.

Sorti d'ici, t'es un condamné en sursis.

Et lui, il vaut pas le poids de sa viande.

C'est trop.

0n en reparlera quand la jument sera pleine.

- Plus vite il repartira, celui-là, mieux ça vaudra.

- Pourquoi?

- J'aime pas ses manières.

Pour l'achat d'Qcelot,

j'aurais pu participer avec mes salaires d'infirmière

mais je les ai plus.

- Vous avez tout dépensé?

Pour le coup, là, vous êtes bien une femme.

- Parce que par ailleurs, j'en suis pas une?

Si le cœur vous en dit,

on peut faire une deuxième tentative aujourd'hui.

- Tentative?

Comme pour un suicide?

- Bon... 0n verra ça mardi.

C'est quoi, ça?

- Prenez cinq juments, mettez-les sous le gui,

je vous parie qu'il y en aura quatre pleines.

Si vous étiez du Berry,

vous poseriez pas la question. Allez, venez m'aider.

Tenez bien la queue.

Là, bien haute.

Voilà.

- Toi, retourne voir Émilie.

Elle va te donner du vinaigre blanc pour tes poux.

Louise?

Plus vite!

C'est vraiment utile, ça?

- Ça facilite la nature.

Si elle était pas en chaleur, elle se laisserait pas tripoter.

- Qui vous a parlé d'un jockey originaire du Béarn?

- Émilie.

J'avais des doutes sur le fait que M. Charles soit le père de la petite.

Elle a éclairé ma lanterne.

J'ai connu un jockey en septembre 1914, du côté de Soizy-au-Bois.

- ll s'appelait comment?

- Je sais plus.

Mais il courait à Compiègne.

ll avait même gagné deux fois.

ll parlait toujours de sa petite femme. "Une merveille" qu'il disait.

ll avait l'air de l'avoir dans la peau.

Je le comprends.

- Je me souviens très bien avoir dit à Émilie

qu'il avait gagné deux fois à Compiègne.

Vous voulez m'appâter avec ces mensonges grossiers?

Vous cherchez quoi?

- Quand vous avez couru vers moi, l'autre matin, en petite tenue,

vous pensiez que c'était lui?

Hurlement de chien

(Vous l'avez épousé pour assurer)

(vos arrières. ll est impuissant, c'est ça?)

(ll a été gazé?)

- Je peux savoir ce que tu fais?

- Mon métier, capitaine.

Mon métier.

- Hé...

Vous pouvez jouer de trois quart dos.

En faisant passer la queue par-derrière.

Vous avez l'esprit mal tourné mais pas de suite dans les idées.

Vous vous tenez légèrement cambrée...

Voilà... La queue, derrière vous.

Et là, vous pouvez jouer.

- Pas la peine de me tripoter.

J'ai pas de suite dans les idées.

Qn tape.

- 0ui?

- ll dit que c'est maintenant, Mandarine.

Le cheval claque ses sabots.

Hennissement

- Holà!

C'est bon, on peut y aller.

Chut!

Vas-y.

Vas-y!

Allez, c'est bien.

Allez, rentre.

Allez!

Allez!

Chut...

C'est bien...

0uais!

Allez...

Hennissement

ppp

C'est bien.

Bravo. C'est bien.

C'est bien!

- Bonne, nuit, Angèle.

Faites de beaux rêves.

Elle tape à la porte.

- J'ai envie de dormir avec vous.

Respiration rythmée

ppp

Continuez!

- Non.

Vous n'y êtes pas, je le vois.

- Prenez-moi comme ça.

Ça vous fera du bien.

- Je n'ai pas envie de tirer un coup mais de faire l'amour.

Je veux un corps avec une âme.

- Moi, je veux vous faire du bien.

- Et moi, je veux vous faire jouir!

- J'ai envie, j'essaie, mais j'arrive pas.

- Chaque fois, c'est pareil. Vous me tendez la main,

et à l'arrivée, je me retrouve avec un gant vide.

- Je vais vous laisser dormir.

Désolée pour le gant vide.

- Ça peut pas durer comme ça.

- Non.

0n s'entendait tellement bien, avant.

La poignée de la porte claque.

ppp

Musique dramatique

ppp

Au loin, le cerf brame.

ppp

ppp

ppp

Le cerf brame et fait craquer des branches.

- 0h!

ppp

Qh!

ppp

Chut...

Bramement

Hennissement

Cri étouffé.

Musique mélancolique

ppp

Vous voulez le monter?

- Quand j'achète un cheval, c'est pas pour le regarder.

- Vous devriez prendre la selle amazone.

llva se défendre avec ces rênes.

- Justement, moi aussi.

ppp

Qh!

Hennissement

Charles crie.

ppp

ppp

Hennissement

Laissez-moi!

Laissez-moi!

À sa place, j'aurais fait la même chose.

La mienne est maintenant sur des chevaux de bois.

Cri de douleur

ll râle.

Pluie

ppp

Coup de tonnerre

Pluie

ppp

- 0n vous attend.

- J'arrive.

Coup de tonnerre

"Le temps des héros.

"Pour Charles de Rochecline, sauveur de Mandarine.

"La patrie et Louise, reconnaissantes."

C'est très beau.

Je le ferai encadrer.

- Merci.

C'est un ébéniste de Paris, du faubourg Saint-Antoine

qui les fabrique.

Avec ça, plus besoin de béquilles. Vous pouvez marcher

les mains dans les poches,

comme un homme. Rire gêné

Je sais ce que vous ressentez.

Au fond, ça changera rien pour vous.

Mais le regard des autres sera différent.

- Je serai moins repoussant?

- C'est pas ce que j'ai voulu dire.

- Désolé, ce n'est pas pour moi.

J'ai une jambe en moins et je vais pas faire semblant.

0n ouvre la porte.

- J'imaginais le plaisir que vous auriez à marcher les mains dans les poches,

sans vos béquilles.

J'avais envie de vous offrir ce cadeau.

- La plus belle chose que vous puissiez m'offrir, c'est vous.

Jusqu'au bout.

Sans fantôme, sans...

sans verrou, sans défense.

ppp

Laissez tomber, je n'y arrive pas. J'y suis pas.

C'est un peu dans la logique des choses.

- C'est-à-dire?

- Votre absence de plaisir, il y a mieux comme aphrodisiaque.

Je me trompe peut-être

mais si ça se trouve, c'était pareil avec votre jockey.

Sauf que lui, il s'en satisfaisait, moi pas.

- ll suffisait qu'Armand pose sa main sur moi

et je me sentais comme un stradivarius.

Avec vous, je me sens...

- Comme un bout de bois.

Vous avez décidé que ça ne marcherait pas avec moi.

Et quand on couche ensemble, c'est une preuve de plus pour vous

et une défaite de plus pour moi.

- Parce que vous croyez que je le fais exprès?

Pourquoi je ferais ça?

- Je sais pas... par fidélité,

par idéalisme, par orgueil.

Et l'orgueil, ça se brise comme un bout de bois.

- Ah oui, c'est vrai...

j'ai épousé un ancien militaire.

Allez-y, brisez-le, mon orgueil.

Qn verra qui va se casser les dents.

Elle claque la porte.

- Je ne dînerai pas avec vous ce soir.

- Merci.

Musique dramatique

ppp

- Merci. Bonsoir. - Bonsoir.

- Ben dis donc, y en a qui sont drôlement vernis!

ppp

Merci.

Et tout ça, c'est à vous?

- C'est de famille.

- Moi, j'ai toujours les pieds gelés, je tiens ça de mon père.

J'aurais préféré un château.

ll rit.

Bonsoir.

Gémissements

ppp

Ah oui!

ppp

lls rient.

ppp

Elle pousse des cris.

ppp - ... Peut à peine rugir par l'âge...

- C'est quoi?

- ... estropié, il attend son destin ppp

ppp sans faire aucune plainte.

Quand, voyant l'âne même à son antre accourir...

- Qn va devoir partir d'ici?

- Je sais pas.

"Ah, c'est trop" lui dit-il...

"Je voulais bien mourir,

"mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes."

Cris

Jean de la Fontaine.

Elle rit.

ppp

ppp

0n ouvre une porte.

- Bonjour, tout le monde.

ll se racle la gorge.

Fracas de vaisselle

Elle peste.

Et vlan! Faites chauffer la colle.

ll rit.

ppp

- J'ai pas envie de partir d'ici.

- Tu n'as aucune raison de partir d'ici, c'est ta maison.

Et tu es comme ma fille.

- Sauf si c'est moi qui décide de partir.

T'es prête?

- 0n a des courses à faire.

- 0n la dépose en passant.

- Voilà... Qn la dépose.

ll chantonne gaiement.

ppp

Son dos craque.

ll bâille.

- Pour avoir joui, elle a joui.

Mais vous, alors?

Vous avez tiré un coup

ou vous avez fait l'amour?

- En tout cas, grâce à cet arrangement,

vous voilà débarrassée d'une obligation coûteuse.

Non?

- Ça risque de vous coûter cher.

Elle prend combien pour ses vocalises?

En fait, pour un veneur,

c'est normal d'aimer les fanfares.

Qui, c'est un très bon compromis.

- Heureux de vous l'entendre dire.

- Faudra prévoir un avenant à notre contrat.

- ll faudra.

- Vous allez monter comme ça?

- C'est bon, je vais le faire.

Ça suffit!

Musique douce

ppp

Le cerf brame.

ppp

ppp

- Vous êtes tombée dans une flaque?

- 0n a eu chaud, tous les deux.

0n a été se baigner dans l'étang.

C'était délicieux.

- C'est beau.

Hier, un jockey. Aujourd'hui, un étalon.

Et demain? Le palefrenier?

- Prenez-le en douceur.

- Comme un stradivarius?

- Le violon, c'est pas pour vous.

Faut rester au clairon quand on aime la fanfare.

- En tout cas, on s'ennuie pas avec vous.

- J'aimerais pouvoir en dire autant.

- Je vous sers le déjeuner dans la salle à manger?

- Non. 0n déjeunera chacun de notre côté.

Musique rythmée

ppp

- Je comprends, mais vous auriez au moins pu faire semblant.

- C'est pas mon genre.

- Beaucoup de femmes le font.

- Pas moi. Question d'honnêteté.

- Ah! La bonne tarte d'Émilie!

Au fait, merci.

Vous aviez raison.

Je monte à cheval,

je marche en sifflant, les mains en poche

et je pisse sans me tenir.

- Et vous faites jouir les femmes.

Vous voilà redevenu un homme, un vrai.

- 0n vient boire

un coup, si ça dérange pas.

- Alors? Elle est pleine,

ma Comtoise?

T'es sûr de ton coup?

Certain?

- Elle pisse bien jaune, ça trompe pas.

- Bien.

Qn va solder nos affaires.

- Je vais vous faire une offre.

- Tu me le fais encore à la berrichonne?

Te fatigue pas. T'es un déserteur.

Je t'ai sauvé la mise. À 0celot aussi.

Tu peux rien en tirer de cet étalon, tu l'as volé.

Maintenant, il est à moi.

Demain, t'es parti, sinon, je te dénonce.

Rompez.

Alléluia!

ll a fini

par comprendre qu'il pourra rien en tirer.

Je lui donnerai quand même un petit quelque chose.

Émilie, vous m'apporterez

un verre de vin et de la terrine.

ppp

Gémissements

ppp

Elle pleure.

ppp

Respiration haletante

ppp

- Louise, dis-le,

si t'as quelque chose à dire.

0n va finir par te tondre.

Refaites chauffer de l'eau, s'il vous plaît.

- T'inquiète pas. Allez, aide-moi.

- Je t'écoute.

- Je veux pas qu'on me tonde.

Et puis, si tu t'en vas, moi, je reste ici.

Émilie, elle est d'accord.

- Mais c'est pas Émilie qui décide.

0n verra ça demain. Laisse-moi.

Musique lente sombre

ppp

Galop d'Qcelot

ppp ppp

ppp

Bris de verre

ppp

Musique sombre

ppp

ppp

Hennissement

ppp

ppp

Émilie?

ll est où Charles? ll a pas dormi dans sa chambre.

- Firmin l'a vu partir au petit jour sur le chemin de l'étang.

- Charles!

Charles?

Coup de feu

Coup de feu, bris de verre

Charles!

- J'ai passé la nuit à les boire, maintenant, je les éclate!

- Donnez-moi ça.

Musique douce

ppp

Elle rit.

ppp

ppp

Musique lente

ppp

Sous-titrage: Monal Group

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