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Un peu de sérieux, s'il vous plaît.
En ce vendredi 15 février 2019,
on revient avec une émission consacrée à Donald Trump.
En effet, l'ami Donald Trump envisage de décréter
l'urgence nationale pour construire un mur avec le Mexique.
Le président des États-Unis a besoin de 5,7 milliards
pour lancer le chantier.
Il en connaît un rayon, côté finance.
Sacrée somme !
Et si on organisait un financement participatif ?
Chacun donne un peu pour le mur de Trump.
Un euro, deux euros, cent euros...
Terminal 1 ou 2 ?
- Terminal 1. - Quelle compagnie aérienne ?
Air Flight.
- Quoi ? - Je crois que j'ai oublié...
- Quoi donc ? - Mon passeport.
Vous pouvez vous arrêter, s'il vous plaît ?
Regarde dans ta veste.
C'est bon, je l'ai.
- Je peux redémarrer ? - Oui.
Coucou, papa.
On est partis. Nous voilà fin prêts.
On reviendra tous les ans.
Dis-leur bonjour.
Diego vous passe le bonjour.
Je vous appelle quand on est arrivés. Bisous.
Moi aussi.
Au revoir.
Ça y est. On est en route pour l'aéroport.
Je t'appelle dès que j'y suis.
Merci.
Nous allons commencer notre descente vers l'aéroport de Newark...
Excusez-moi.
Merci.
Fait chier.
Bonjour.
Salut...
Nous avons nos visas d'immigration.
On vient s'installer ici.
Comme les hôtesses l'ont indiqué,
veuillez attacher vos ceintures pour la descente.
Ari ! On vient juste d'atterrir à New York,
on a environ 2 h avant de prendre notre vol pour Miami.
Je voulais juste te dire qu'on te mettra sur la liste des gens
qui viendront nous rendre visite.
Embrasse Sergi pour moi. J'espère que Bernat se sent mieux.
Je te rappellerai quand je serai arrivée.
Je t'embrasse fort.
C'est toi qui as l'eau ?
Je meurs de faim.
Tu as le formulaire ou c'est moi qui l'ai ?
C'est toi qui l'avais. Dans tes poches ?
Non, on l'a perdu.
C'est toi qui l'as perdu.
Au début de la file, il y a plein de formulaires vierges.
Merci. Surveille mes affaires.
Je te laisse mon sac.
Je peux vous aider ?
Non. Ne vous en faites pas.
Je gère.
Vous venez de Barcelone ?
Oui.
Vous parlez bien catalan.
J'ai une bonne professeure.
Il me semblait bien vous avoir vus dans l'avion.
C'est intimidant, hein ?
Carrément flippant, oui.
Vous êtes latino-américain ?
Oui.
Le formulaire.
On s'y met. Tu as le stylo ?
Non, j'en ai pas.
- Pardon. Vous auriez un stylo ? - Bien sûr.
Merci.
"Fruits ?" Non.
"Animaux ?" Non.
"10 000 euros en espèces ?" Non.
J'espère qu'on va avoir le numéro 18.
On se déclare comment ? Résidents ou touristes ?
Ne mets rien. Laisse.
Vous me le rendrez quand vous serez passés.
- Merci. - De rien.
Bon...
"Famille ?" Deux.
Et voilà.
C'est fait. Tu disais quoi ?
J'espère qu'on aura le numéro 18.
Personne suivante.
Numéro 18. On y va.
- Bonjour à vous. - Bonjour.
Laissez ça par terre.
Passeports, s'il vous plaît.
Votre passeport, monsieur.
- Êtes-vous apparentés ? - Oui.
Nous avons nos visas d'immigration.
Posez vos quatre doigts de la main droite sur le scanner.
Vous pouvez réessayer ?
Bien. Votre pouce droit.
Votre main gauche.
Votre pouce gauche.
Placez-vous devant l'appareil photo.
À vous, mademoiselle. On fait pareil.
Main droite.
Maintenant, votre pouce droit.
L'autre main.
Le pouce.
Face à l'appareil photo.
Suivez-moi.
Tout va bien ?
Suivez-moi, je vous prie.
Peut-être qu'ils veulent juste vérifier nos visas.
Excusez-moi. On va où ?
Aux contrôles supplémentaires.
Veuillez vous asseoir.
Il faut qu'on leur demande ce qui se passe.
Oui.
- On y va ? - Attends.
Bonjour, monsieur. Excusez-moi.
Est-ce que ça va être long ?
On a un vol en correspondance pour Miami.
Comme tout le monde. Retournez vous asseoir.
Bien.
On n'aura pas le temps de voir mon frère.
Le vol ne décolle que dans deux heures.
Sauf qu'il nous attend dehors.
Je vais l'appeler.
Monsieur !
Pas de téléphone.
Qu'est-ce qu'elle dit ?
- Désolé. - Pas de téléphone ?
M. Bachir, veuillez approcher.
Pourquoi tant de bagages ?
J'apporte des cadeaux à ma famille.
Ils vont nous garder combien de temps ?
Pas longtemps, j'espère.
Tu avais raison. On aurait dû manger un morceau.
J'ai toujours raison.
Excusez-moi.
Vous attendez depuis combien de temps ?
Je dirais trois chapitres.
Quoi ?
Trois heures.
Merci.
Il nous reste une heure et demie.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Ça va ?
M. Hernández, Mlle Pàmies.
Quelle est la raison de votre voyage ?
On vient s'installer ici.
On a nos visas d'immigration, qui ont été validés en Espagne.
Vous arrivez directement depuis l'Espagne ?
Donc aucun vol en correspondance ?
On a pris un vol Barcelone-Madrid.
Puis Madrid-New York.
Donc vous arrivez directement depuis l'Espagne.
- Oui. - C'est ce que je demandais.
- Qui a acheté les billets ? - Nous.
Où ?
Sur Internet.
Très bien. Vous pouvez vous rasseoir.
Excusez-moi. Peut-on se procurer à manger ?
Non, madame.
- De l'eau ? - Non.
On ne va plus rien demander.
Moins on se plaint, mieux c'est.
- Pourquoi ? - S'ils se braquent, t'es foutu.
Moi aussi, je peux les faire chier.
Sois patiente. Essaie de prendre du recul.
S'ils nous retiennent ici 5 heures, qu'ils nous le disent.
On pourrait au moins savoir ce qui se passe.
C'est simple.
Ils vérifient nos informations. Et nous, on attend.
Ils nous appelleront peut-être pour quelques questions.
C'est tout.
Mais si tu les embêtes,
ils peuvent devenir très chiants.
Encore plus chiants ?
Tu parles d'un accueil !
Madame, monsieur, suivez-moi.
On y va.
Madame ?
Asseyez-vous.
Et vous, mettez votre valise sur la table.
- Pouvez-vous l'ouvrir ? - Oui.
Qui a préparé la valise ?
Moi. Enfin, nous deux.
Qu'est-ce que c'est ?
Contrôle de routine.
Des appareils électroniques ?
Du type iPad, téléphones portables...
J'ai mon téléphone.
Éteignez-le et mettez-le dans votre bagage que vous fermerez.
Quelqu'un nous attend, à l'extérieur.
On doit lui dire qu'on est là.
New York est votre destination finale ?
Non, c'est Miami.
Alors pourquoi on vous attend ici ?
C'est mon frère. On voulait l'embrasser avant de partir pour Miami.
Vous savez le temps que ça prend de passer la sécurité ?
Pouvez-vous ranger votre téléphone et votre bagage ?
Monsieur, asseyez-vous.
Madame,
donnez-moi vos affaires.
Qui a préparé ce bagage cabine ?
Moi.
- Vous seule ou vous deux ? - Moi.
Vous lisez beaucoup ?
Oui. C'est un problème ?
Qu'est-ce que c'est ?
Mes médicaments.
Et ça ?
Mon stylo à insuline.
Je suis diabétique.
Qu'est-ce qu'il fait ?
J'y crois pas.
J'hallucine carrément, là.
Madame, téléphone portable.
Mon téléphone.
Génial.
Et ça ?
C'est mon autre sac.
Il y a tous nos papiers.
Je peux voir ?
Et le sac.
Madame, asseyez-vous.
Par ici.
Par ici, mon beau.
Allez, va.
M. Hernández, avancez jusqu'ici.
Vous a-t-on remis quelque chose dans l'avion
- ou à l'aéroport ? - Non.
Tournez-vous.
Vous a-t-on remis quelque chose dans l'avion ou à l'aéroport ?
Non.
Tournez-vous.
Tournez-vous, s'il vous plaît.
Vous pouvez vous rasseoir.
Attendez ici. On revient vous voir.
- C'est pas normal, tout ça. - Non.
Pourquoi ils nous fouillent comme ça ?
L'avocat avait envisagé quelques questions, pas tout ce cirque.
On ne m'a jamais contrôlée comme ça de toute ma vie.
De toute ma vie !
C'est peut-être à cause de ton passeport perdu.
- Volé. - Bref.
Tout ça a déjà été réglé.
J'en sais rien.
Tu crois qu'on est filmés ?
Non.
Enfin, je crois pas.
Qu'ils nous filment, si ça leur chante.
Je m'en tape !
T'as pas gardé un joint dans tes affaires ?
Non.
Diego Hernández Armas ?
Mademoiselle, asseyez-vous.
Diego Hernández Armas ?
Né le 14 juillet 1981.
- Au Venezuela. - C'est ça.
- Et... - Pàmies.
Pàmies Bassedas.
- Née en Espagne. - À Barcelone.
Le 4 décembre 1987.
Vous avez vos examens médicaux ?
Pardon, on a un vol en correspondance. Il faudrait déjà
qu'on soit à l'embarquement.
Et puis quelqu'un nous attend à l'extérieur.
Vous avez un vol à prendre ou quelqu'un à voir ?
- Vous choisissez quoi ? - Les deux.
Pour l'instant, c'est secondaire.
Montrez-moi vos examens médicaux. M. Hernández, d'abord.
Et les vôtres, Mlle Pàmies.
Avez-vous d'anciens passeports avec vous ?
Pas moi.
Tu les as ?
Êtes-vous entrés aux États-Unis ces 10 dernières années ?
Tenez.
Les pays où vous êtes allés ces dix dernières années ?
Tout est sur la même feuille.
Ça devrait être sur deux feuilles différentes.
Vos comptes sur les réseaux sociaux et identifiants.
Vous êtes Diego Hernández Armas, né le 14 juillet 1981 ?
Oui.
Elle a décidé de nous faire chier ?
Combien de fois il va falloir répéter tout ça ?
Autant de fois qu'il le faudra.
Pardon. On ne comprend pas pourquoi on repasse tout en revue.
Et pourquoi il faut tout répéter.
Dans votre intérêt, je vous conseille de répondre aux questions.
Ici, une fausse déclaration est un crime.
M. Hernández, avez-vous une autre nationalité ?
Non.
Quel est votre statut en Espagne ?
J'ai une carte de séjour étant conjoint d'un membre de l'UE.
C'est tout ?
J'ai fait une demande de nationalité espagnole.
- Vous avez eu la réponse ? - Pas encore.
Vous ne devez pas être en Espagne pour finaliser la procédure ?
Si.
Vous renoncez à cette possibilité ?
On avait une date butoir pour venir ici.
Et donc ?
Je poursuivrai les démarches d'ici.
C'est possible ?
Je l'espère.
Vous êtes la conjointe ?
Oui.
Elena Pàmies, née en Espagne...
- Le 4 décembre 1987. - À Barcelone.
Vous avez eu un visa de diversité grâce à la loterie des visas.
- C'est bien ça ? - Oui.
- Qui a gagné ? - Moi.
- Je peux avoir de l'eau ? - Vous avez postulé ?
Oui.
Mais vous n'avez pas gagné.
Non.
C'est la première fois que vous participiez à cette loterie ?
- Pour ma part, oui. - Pas moi.
Quand avez-vous postulé ?
Cette année
et puis en 2012.
Et la première fois, c'était en 2008, je crois.
"La troisième, c'est la bonne."
Vous voulez vraiment entrer aux États-Unis.
Coûte que coûte.
Qui dans vos familles a fait cette demande de visa ?
Mon père et ma sur.
- Ont-ils gagné à la loterie des visas ? - Non.
Vous êtes mariés ?
Non, on est concubins.
- Pardon ? - Concubins.
- Union civile. - Voilà.
Pourquoi vous n'êtes pas mariés ?
Pourquoi le serait-on ?
Quand avez-vous signé votre union civile ?
- Il y a deux ans. - C'est ça.
Vous avez de la famille ici ?
Mon oncle et ma tante, et un demi-frère ici, à New York.
Sont-ils citoyens américains ?
Mon oncle et ma tante. Mon frère, pas encore.
Et vous, Mlle Pàmies ?
Non, personne.
- Vous êtes danseuse ? - Oui.
Où avez-vous été formée ?
À Bruxelles.
Vous y avez vécu combien de temps ?
Trois ans.
Il y a une forte immigration, là-bas.
Oui.
Et vous, vous êtes urbaniste ?
Tout à fait.
D'après les informations que j'ai ici,
vous étiez sans emploi quand la procédure a été validée.
Oui.
- Et vous ? - Non, j'avais un travail.
Vous faisiez quoi ?
J'étais professeure.
- De quoi ? - De danse.
Où ça ?
À Barcelone, dans une école de danse.
À qui donniez-vous des cours ?
À des enfants, des petits.
Pourquoi avez-vous décidé de venir ici ?
- Eh bien... - Pour le travail.
Ce serait plus simple dans un autre pays d'Europe.
On voulait essayer ailleurs qu'en Europe.
Et le Canada ?
Ou même l'Australie ?
Il y a des programmes pour les couples étrangers.
En tant que jeune couple, on préférait essayer ici.
Ici, à 32 et 38 ans, on n'est plus un jeune couple.
Il serait plus facile de trouver un travail ici qu'en Espagne ?
Je sais que mes compétences seraient bien mieux reconnues ici qu'en Espagne.
Mais je ne vois aucun document
indiquant une offre d'emploi.
J'ai bien une offre...
Vous avez signé quelque chose ?
Non.
Vous n'avez pas de contrat ?
Non, mais j'ai un RDV la semaine prochaine.
Sachez que vous n'êtes pas encore officiellement aux États-Unis.
Bien que vous ayez gagné à la loterie,
c'est cet entretien qui décidera de tout.
Et le choix m'appartient.
Dans quelle ville allez-vous ?
Nous allons à Miami.
Et ensuite ?
L'idée, c'est de rester à Miami.
Si ça ne marche pas, on a pensé à New York.
- Ou Philadelphie. - Ou San Francisco.
C'est ça.
Vous savez que ces villes sont loin et différentes les unes des autres ?
Oui.
On est ouverts à toutes les options.
Pourquoi Miami ?
Mon oncle et ma tante y vivent.
Présentez-moi le document avec votre situation bancaire.
Il est là.
On avait une copie... C'est là.
Vous n'avez que ça ?
Oui.
On pense que c'est suffisant.
Possédez-vous des biens en Espagne ou au Venezuela ?
Ou dans d'autres pays ?
Non.
- Une voiture ? - Non.
Rien à votre nom ?
On a un chien.
Il est avec vous ?
Pas pour l'instant.
On vous a déjà refusé un visa ?
Pour les États-Unis ?
Oui.
Un visa pour compétences extraordinaires.
Quelle raison vous a-t-on donnée ?
On ne m'a pas donné d'explication.
Quelles sont ces compétences extraordinaires que vous avez avancées ?
Ma carrière professionnelle.
Pourquoi pas la vôtre ?
On s'est dit que la sienne aurait plus de chances d'aboutir.
C'était peut-être le contraire.
Pourquoi répond-on aux mêmes questions qu'à l'ambassade ?
Parce qu'on a de nouvelles informations.
Nous croisons les données.
Quand vous êtes-vous rencontrés ?
À Barcelone.
- Quand ? - Il y a trois ans.
Barcelone. Où ça ?
À une soirée.
Viviez-vous ensemble avant votre union civile ?
Oui.
Depuis combien de temps ?
Six mois.
Qui a fait la demande ?
Nous deux.
Y a-t-il eu une cérémonie religieuse ?
Non. On a signé les papiers.
Rien de plus ?
Non.
- Vous n'êtes pas croyants ? - Non.
Mais on respecte toutes les religions.
Vos parents approuvaient-ils votre union ?
Oui, évidemment.
Vos parents, M. Hernández, vivent-ils en Espagne ?
Non.
Ils sont venus pour la signature ?
Non, ils n'ont pas pu.
Votre dernière entrée aux États-Unis ?
C'était...
Il y a quatre ans.
C'est la première fois qu'on vous interroge ?
Oui.
Mais vous avez déjà fait l'objet d'un contrôle supplémentaire.
Oui.
Je vois ici que vous avez voyagé avec un passeport volé.
- Vous l'aviez volé ? - Non.
- Qui l'avait volé ? - Personne. Je l'ai encore.
En fait...
- Celui-ci ? - Oui.
- Qui a signalé le vol ? - Je ne sais pas.
Il y a eu quiproquo.
Tout ça a déjà été vérifié.
Au fait, vous parlez très bien anglais. Vous le pratiquez ?
En revanche, votre accent espagnol est bizarre.
Je suis parti il y a longtemps.
Vous êtes stressé ?
Un peu.
Comment ça se fait ?
Cette situation me stresse.
- C'est-à-dire ? - Cet interrogatoire.
Vous savez ce qui me stresse, moi ?
Les menteurs.
N'importe qui serait stressé...
Madame, je m'adresse à M. Hernández.
Donc vous vivez en concubinage, comme on dit.
Le mariage, ça ne vous dit rien.
Le mariage vous semble démodé,
propre à la génération d'avant, c'est ça ?
En effet.
Et ce rejet du mariage n'enlève rien à vos sentiments.
Non, bien sûr.
Pourtant, vous avez été marié à une Américaine.
On ne vous avait pas posé la question ?
Avez-vous été marié à une Américaine ?
- Je ne me suis pas marié. - Vraiment ?
Oui, je ne suis pas marié.
Vous n'adhérez pas au mariage,
mais vous avez postulé pour un visa de fiancé.
- Oui. - Et pourquoi ?
J'étais avec quelqu'un et on s'est fiancés.
En quelle année ?
Je ne me souviens plus.
Bizarre. Ce n'est pas si ancien.
J'ai la preuve que le visa a été accordé.
Je ne me suis pas présenté au rendez-vous.
Pour quelle raison ?
Parce qu'on a rompu.
Rappelez-moi son nom.
Kate Rodríguez.
Où habite-t-elle ?
À l'époque, elle vivait à Miami.
Ce n'est plus le cas ?
Je ne sais pas.
- Quel était son métier ? - Elle était cuisinière.
Où vous êtes-vous rencontrés ?
Sur Internet.
Où vous êtes-vous vus pour la première fois ?
On ne s'est jamais vus en vrai.
Comment ça ?
On n'a pas réussi à se rejoindre.
Je n'avais pas de visa et elle ne pouvait pas voyager.
Vous n'êtes pas restés en contact ?
Non.
- La relation a duré combien de temps ? - Environ un an.
Un an ?
Sans jamais vous voir ?
Non, pas physiquement.
Quand vous êtes-vous fiancés ?
Au bout de sept mois.
Quel âge aviez-vous ?
Je ne me rappelle plus.
Vous avez la mémoire courte.
La différence d'âge ?
Huit... Non, dix ans.
Qui était le plus vieux ? Elle ou vous ?
Elle.
Donc elle avait...
45 ans.
Vous savez que dans ce pays, le mariage blanc est un crime ?
Oui, je le sais.
Vous étiez avec Kate Rodríguez pour les papiers ?
Non, ce n'était pas le cas.
Le visa vous a été accordé
mais vous n'êtes pas allé au consulat de Caracas.
Vous n'étiez pas à Caracas ?
Non, j'étais déjà parti.
À Barcelone.
Il y a une chose qui m'échappe.
Vous étiez fiancé à Kate Rodríguez
en même temps que vous étiez avec elle ?
J'ai quitté Kate
parce que j'avais rencontré Elena, ça a tout changé.
À moins que vous m'ayez menti,
au bout de sept mois, vous vous êtes fiancé.
Or vous deux étiez ensemble.
Histoire de ne perdre aucune chance ?
Tu veux bien répondre ?
Pourquoi avoir opté pour des fiançailles puis pour une union libre ?
Expliquez-vous.
Ces deux situations n'ont rien à voir.
Avec un même objectif : le visa.
Non.
Il me semble que vous n'avez pas d'enfants.
Non.
Êtes-vous enceinte ?
Non.
Des enfants issus d'une relation précédente ?
Non.
Et toi ?
Non.
Avez-vous des parents à charge, ici ou à l'étranger ?
Non.
Accompagnez Mlle Pàmies dans la salle d'attente.
Donnez-lui un verre d'eau.
Mlle Pàmies, allez-y.
M. Hernández, ne bougez pas d'ici.
Je reviens.
M. Hernández.
Vous aimez votre compagne ?
Qu'est-ce que c'est ?
Mon téléphone.
Il n'est pas éteint ?
Je dois répondre à mon frère.
Il nous attend.
Allez le chercher et éteignez-le.
Je ne peux pas répondre ?
Il s'agit d'un interrogatoire. Éteignez-le.
Mais...
Ça suffit. Donnez-moi votre téléphone.
- Je l'éteins. - Donnez-le-moi.
Déverrouillez-le.
Sérieusement ?
Oui.
- Que faites-vous ? - Vous cachez quoi ?
Rien.
On peut contrôler vos bagages et aussi votre téléphone.
Votre ordinateur aussi, si vous en avez un.
Mot de passe ?
Verdi217.
Vous pouvez épeler ?
V minuscule... e... r... d... i...
2-1-7.
Donnez.
C'est bien ça ?
- Ni majuscule ni espace ? - C'est ça.
Apportez ça au service informatique.
Aimez-vous votre compagne ?
Oui, bien sûr.
La fois d'avant aussi, j'étais amoureux.
De quel côté du lit dort-elle ?
Du côté droit.
Elle est d'un tempérament jaloux ?
Non, pas vraiment.
Elle n'a jamais été jalouse ?
Eh bien, peut-être une fois.
De qui ?
D'une de mes amies.
- Comment s'appelle-t-elle ? - Federica.
Federica ?
Tout va bien ?
Répondez aux questions.
Où serez-vous retraité ?
Aucune idée.
Vous n'en avez jamais parlé ensemble ?
Non, je vous assure.
Votre dernier voyage ensemble ?
Cet été.
Où êtes-vous allés cette année ?
En Italie, en France.
En Belgique.
Vous avez voyagé seul ?
À Berlin et à Caracas.
Votre dernier séjour au Venezuela ?
- L'an dernier. - Combien de temps ?
- Un mois. - Pourquoi ?
Ce n'est rien.
Pour voir ma famille.
C'est tout ?
J'ai renouvelé mon passeport.
Vous êtes allé jusqu'au Venezuela pour ça ?
C'est plus rapide là-bas.
Votre conjointe est venue aussi ?
Non.
Elle y est déjà allée ?
- Non. - Pourquoi ?
C'est pas la meilleure période pour y aller.
Développez.
Vous savez bien ce qu'il se passe là-bas.
Le pays est très violent.
La situation politique n'arrange rien.
Pourquoi ?
Comment ça ? Vous avez vu les infos ?
Pas le temps de regarder les infos du Venezuela.
On peut vous jeter en prison, vous tuer, vous faire disparaître.
C'est comme ça.
Il n'y a pas de police ?
La police là-bas, ce n'est pas comme ici.
Vous avez eu des problèmes.
J'ai été kidnappé.
Kidnappé par la police ?
Ils se sont fait passer pour la police.
C'était quand, ça ?
Un an avant que je déménage.
Et vous avez fait quoi ?
J'ai payé.
Vous avez soudoyé des policiers ?
Ça a duré combien de temps ?
Toute une journée.
C'est assez banal.
Vous retourneriez vivre au Venezuela ?
Pas en ce moment.
Vous n'avez que la nationalité vénézuélienne.
Si vous vous séparez, que deviendrez-vous ?
Vous devrez repartir au Venezuela.
Tout de suite.
Pourquoi est-ce que je la quitterais ?
Et si elle, elle vous quitte ?
Dites-nous donc
pourquoi vous avez choisi Barcelone.
Je voulais étudier dans cette ville.
Vous aviez imaginé y rester ?
Non, j'ignorais que c'était ce qui arriverait.
- Quand avez-vous décidé de rester... - Pardon ?
Quand avez-vous décidé de rester vivre à Barcelone ?
En rencontrant Elena.
En rencontrant Elena.
Avez-vous eu d'autres relations avant Mlle Pàmies ?
- En Espagne ? - Entre vos deux mariages.
Je n'ai jamais été marié.
Mais vous fréquentiez quelqu'un à ce moment-là ?
Oui, en effet.
- C'était qui ? - Ma colocataire.
- D'où était-elle ? - Cassel.
- Où est-ce ? - En Allemagne.
Les étrangères vous attirent. Vous aimez varier les plaisirs ?
Quelle fréquence, vos rapports sexuels ?
Pardon ?
La fréquence de vos rapports sexuels avec votre conjointe ?
Vous êtes sérieuse ?
Deux fois par semaine.
Vous voulez des enfants ?
Oui.
Bientôt ?
Oui. Enfin, non... pas tout de suite.
Ça ne vous ennuie pas
de devenir père en étant si loin de chez vous ?
Je suis loin de ma famille depuis longtemps.
Ça se passera bien.
Avez-vous confiance en votre conjointe ?
Oui, évidemment.
- Pensez-vous que c'est réciproque ? - Oui.
Vous lui aviez parlé de vos fiançailles ?
Oui.
On en a un peu parlé, à un moment donné.
- Donc elle savait ? - Oui.
Elle était consciente que vous aviez été fiancé.
Oui.
Diego.
Je sais que c'est désagréable.
Et que votre conjointe pourrait changer la donne.
Je vois ce que vous faites.
Et je ne juge pas.
Ne croyez pas ça.
J'ignore de quoi vous parlez.
Vous pensez être le premier immigrant à avoir tout prévu pour rester ?
Mon cousin a fait pareil. Il a épousé une Américaine
et il a obtenu sa green card.
Mais je ne fais pas ça, moi.
Dites-moi la vérité, qu'on en termine.
Vous êtes refoulé, mais vous retournez en Espagne
et vous finalisez votre procédure.
Dites-moi la vérité.
Si vous ne dites pas la vérité,
vous serez détenu pour une durée indéterminée,
puis expulsé au Venezuela sans pouvoir revenir ici,
même pas en vacances.
Je vous écoute.
"Je suis avec elle pour les papiers."
Et ce sera fini.
Je n'ai pas fait comme votre cousin.
- C'est-à-dire ? Vous le jugez ? - Non !
Je dis juste que ça n'a rien à voir.
Ce sont des situations différentes.
Parce que vous avez de l'argent ?
Et pas ceux qui traversent la frontière ?
Vous êtes... Comment on dit ?
Un snob.
Vous êtes comme ces gens qui prennent de haut
ceux qui débarquent ?
Parce que pour moi, il n'y a aucune différence.
Mais je préfère les clandestins. J'ai davantage de respect.
Allez chercher Mlle Pàmies.
Bien, monsieur.
Entrez, Mlle Pàmies.
Comment ça va ?
M. Hernández, rejoignez l'agent dans la salle d'attente.
J'ai besoin de sucre.
Pardon ?
Je suis diabétique, j'ai besoin de sucre.
Maintenant ?
- Oui. - Ça peut attendre ?
- Vous en avez avec vous ? - Dans mon bagage à main.
Allez-y.
Et apportez-moi votre téléphone.
Le code ?
1-8-1-1.
Mike ?
18-11.
Vous pouvez m'expliquer ?
En anglais, s'il vous plaît.
On va y venir.
Je vais voir ce qui se passe.
Les gars !
Qu'est-ce qui se passe ?
Je suis dessus. Je fais des tests.
Ça va ?
On déménage.
En salle 3.
Laissez vos affaires ici, ça ira.
- Vraiment ? - Pas de problème.
Mike, la trois est prête ?
- Oui. - Fermez derrière nous.
Vous voulez des enfants ?
Comment ?
Pourquoi cette question ? Ça ne vous regarde pas.
Si.
Oui.
Bientôt ?
Je ne sais pas.
Vous en avez parlé avec votre conjoint ?
Oui.
Vous voulez des enfants, même loin de chez vous, des vôtres ?
Je ne vois pas le problème.
Vous mesurez ce que vous abandonnez ?
Oui.
Et ça vous va de payer chacun 600 dollars par mois
pour la couverture santé ?
Pas le choix.
Aimez-vous votre conjoint ?
Oui.
Vous savez que tout ce que vous dites est consigné.
Avez-vous déjà été mariée ?
Non.
Quelle fréquence, vos rapports ?
Avec votre conjoint.
- Vous parlez de sexe ? - Oui.
Ça dépend de la saison.
Êtes-vous allée au Venezuela ?
Non.
Comment ça se fait ?
J'aimerais beaucoup y aller mais...
Mais quoi ?
Il est préoccupé par la situation.
- La situation politique ? - Oui.
Il s'inquiète de ce qui pourrait nous arriver.
Il y a beaucoup de violence à Caracas.
Vous ne connaissez pas ses amis ?
Vous ignorez où il a vécu ?
Comment savoir qu'il dit vrai ?
J'ai rencontré ses parents.
Ils sont venus nous rendre visite pendant deux mois.
Si longtemps ? Vous vous êtes bien entendus ?
Oui.
Très bien.
Ils habitent à Caracas ?
- Ils s'accommodent de la situation ? - C'est pas évident.
Ils ont envisagé de quitter leur pays ?
- Ça fait partie des possibilités. - Pour aller où ?
On avait envisagé qu'ils viennent en Espagne.
Même s'il n'y vit plus ?
Non, en effet.
L'idée, c'est de les faire venir ici ?
Pourquoi pas ?
Ça prendrait un temps infini.
Vous êtes proche de votre famille ?
Oui.
Ils s'entendent bien avec Diego ?
Oui.
Vraiment ?
Pardon ?
Le voient-ils d'un bon il ?
Quel est le but de la question ?
Voir si vous êtes sincère avec nous.
Après sa version, on veut la vôtre.
Ma mère...
ne l'aimait pas, au début. Mais maintenant, ça va.
Mon père s'en fiche un peu.
Elle n'aimait pas le fait qu'il soit latino-américain.
Comment l'avez-vous vécu ?
Eh bien...
Je comprends ma mère. Elle a grandi à une autre époque.
Que votre mère soit raciste, ça vous va ?
Ce n'est pas du racisme.
Elle a été élevée ainsi.
Vous les voyez souvent, à Barcelone ?
Trois fois par semaine.
Trois fois par semaine ?
Ça fait donc douze fois par mois.
Multiplié par douze mois,
ça fait environ 140-150 fois par an.
J'imagine.
Quel âge ont-ils ?
Ma mère a 72 ans et mon père, 75.
Vous leur donnez quoi ? Encore dix, vingt ans max ?
J'en sais rien.
Si on compte bien,
vous les verrez dix ou vingt fois avant leur mort.
À supposer qu'ils soient en forme.
Et que vous puissiez voyager chaque année,
ce qui n'est pas une évidence.
Mlle Pàmies,
c'est la première fois que vous venez aux États-Unis, n'est-ce pas ?
Oui.
Vous lâchez tout pour vous installer
dans un pays inconnu ?
Je ne comprends pas.
Vous voyagiez beaucoup avec votre compagnie de danse ?
Oui.
- Votre conjoint vous accompagnait ? - Non.
Ça a joué sur votre relation ?
Non.
- En quoi ça aurait pu ? - Je ne sais pas.
La distance peut parfois être un problème.
Des occasions de nouvelles rencontres, de nouveaux visages,
d'anciens amis, Federica, ce genre de choses...
Avez-vous confiance l'un en l'autre ?
Oui.
Saviez-vous qu'il était fiancé ?
Non.
C'est important ?
Je ne sais pas.
Ça l'est ?
Que faisait-il quand vous l'avez rencontré ?
Il terminait son master.
En urbanisme ?
C'est exact.
C'est là que vous l'avez connu.
Oui.
Après ses études,
a-t-il trouvé un emploi ?
Non.
De quoi vivait-il ?
Il travaillait à temps partiel dans l'usine textile de mon oncle.
Où viviez-vous, jusqu'à présent,
à Barcelone ?
Dans un appartement.
- Le vôtre ? - Celui de mes grands-parents.
Vous lui avez trouvé un boulot et un toit. Pas mal.
Vous rappelez-vous la date de signature de votre union civile ?
C'était à cette époque.
En mars 2018.
Vous l'avez fait pour l'aider ?
- Non. - Vous ne vouliez pas l'aider ?
C'était pas la seule raison.
Mais c'en était une ?
Oui, pour qu'on puisse rester ensemble.
Ce qu'avait fait sa fiancée américaine.
Avez-vous envisagé
qu'il puisse être avec vous pour les papiers ?
Non.
Je veux dire...
Je sais qu'il en avait besoin. Mais...
Je ne crois pas...
Donc vous êtes danseuse ?
Oui.
- Quel genre ? - Danse contemporaine.
Et vous avez étudié pour ça ?
Oui.
Vous nous montrez ?
Quoi ?
Montrez-nous des pas.
Ici ?
Oui.
Je préfère vous montrer une vidéo depuis mon téléphone.
Ce n'est pas une question. Montrez-nous quelques pas.
Allez-y !
- Pardon ? - Je ne...
Je le ferais, à votre place.
- Je ne le ferai pas. - Vraiment ?
- Vous comprenez ce que je dis ? - Oui.
- Vous vous exécutez ? - J'ai rien à prouver.
Vous voulez entrer sur ce territoire ?
Asseyez-vous.
Allez, venez vous asseoir.
Ne voyez-vous pas que M. Hernández
est avec vous parce que vous êtes européenne ?
Je ne partage pas cette idée.
Comprenez que M. Hernández est avec vous parce que vous avez gagné à la loterie.
Comprenez que M. Hernández est avec vous
parce que vous êtes sa seule porte de sortie.
Ne voyez-vous pas qu'il recommence
comme avec Kate Rodríguez ?
Il vous fréquentait toutes les deux en même temps.
Vous avez de la chance, c'est vous qu'il a choisie.
N'êtes-vous pas tombée amoureuse un peu vite ?
N'avez-vous pas signé cette union civile trop vite ?
Je suis persuadé
qu'on n'est pas les premiers à vous le dire.
J'ai déjà entendu ce discours. Mais où est le problème ?
Sortir avec quelqu'un originaire d'un pays merdique, c'est louche ?
Écoutez-moi.
Aviez-vous vraiment besoin, de votre côté, de signer ces papiers ?
Le vouliez-vous ?
Réfléchissez bien, Mlle Pàmies.
Qui en sort gagnant ?
On lui avait refusé son visa d'immigration.
Arrêtez !
Qui a eu l'idée de candidater à la loterie des visas ?
C'est lui.
Aviez-vous pensé à venir aux États-Unis avant de connaître Diego ?
Non.
Mlle Pàmies,
vous êtes l'unique gagnante de cette loterie.
On peut faire en sorte que vous restiez.
Vous uniquement.
Qu'allez-vous décider, Mlle Pàmies ?
Je peux t'expliquer ?
Pas maintenant.
Comme je t'ai caché ça, tu as cru tout le reste ?
J'aurais dû t'en parler mais...
J'ai eu tort.
On a loupé notre avion.
Tu ne dis rien ? Parle-moi.
Je veux rentrer à la maison.
Qu'est-ce que j'aurais dû te dire ?
J'étais avec quelqu'un, on s'est fiancés.
Mais ça n'a pas abouti, on ne s'est pas mariés.
Toi aussi, tu voulais partir.
Avant moi.
Tu voulais changer d'air, tes parents te pesaient.
Ta vie en Espagne, ça n'allait nulle part.
Je me suis beaucoup investi.
Ma vie tournait autour de toi.
Moins fort, s'il vous plaît !
Tu n'as pas pris autant de risques que moi.
Tu as un lieu où rentrer, toi.
Je croyais que c'était toi qui avais un plan B.
Je n'ai pas agi de façon très classe.
Mais cette relation ne comptait pas pour moi.
Tu allais te marier.
Ils m'ont demandé si j'étais au courant.
Tu leur as répondu quoi ?
La vérité.
Que j'en savais absolument rien.
À toi aussi, ils t'ont demandé ?
Et tu leur as dit quoi ?
La vérité.
Les toilettes, s'il vous plaît ?
Emmène-la.
Merci.
M. Hernández, Mlle Pàmies, veuillez vous approcher.
Vos appareils ont été dupliqués pour d'éventuels contrôles.
Vos bagages vont vous être remis.
Bienvenue aux États-Unis.
Adaptation : Blandine Raguenet
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