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[Père Simon] Seigneur, Père très saint,
Tu as voulu que la couronne de Ton Fils soit source de toute bénédiction.
Sois-nous favorable, nous qui l'avons érigé comme le signe de notre foi
et accorde-nous de rester unis ici-bas.
Toi qui T'es anéanti en prenant la condition de serviteur, donne-nous
de proclamer Ta croix victorieuse.
Qu'elle soit force et appui
pour marcher sans tomber sur les chemins. Amen.
[un moteur démarre]
Attention à toi, Simon.
Stop !
Vas-y, monte.
[musique douce]
Où est ma chemise bleue ?
Non, celle avec le col plus large.
Elle est au sale, tu l'as mise hier.
Mme Berthaud au téléphone. Elle vous attend à l'hôpital.
Je lui dis quoi ?
Moi, je reçois les nouveaux arrivants.
Demain matin, c'est possible ?
Demain matin.
Oui.
Je comprends.
Aujourd'hui. Elle insiste.
Bon, j'y vais.
Non, laisse.
Je passerai dans l'après-midi.
J'ai réessayé hier, ça fonctionne toujours pas.
Oui, j'ai relancé. Oui.
Un mois ?
C'est pas possible avant ?
Une église sans chauffage en janvier, c'est sportif.
C'est sûr que les temps sont difficiles.
Depuis les révélations du rapport Sauvé,
tout le monde est à cran.
Mais faut rester positif.
- Monseigneur Guillaume sera là ? - Non.
Monseigneur Guillaume est souffrant.
Rien de grave, j'espère.
Une petite baisse de tension.
Que veux-tu, c'est l'âge.
- Je compte sur ta discrétion. - Bien sûr.
Depuis la pandémie, le sans contact s'est généralisé.
Certes, c'est un investissement, mais le tronc numérique,
c'est moins de transport de fonds.
Dans les paroisses où c'est installé,
c'est une réelle augmentation des dons.
Ça, c'est pour notre paroisse.
Plus 25 % depuis la mise en place des bornes.
Les frais d'installation, comment sont-ils répartis
entre le diocèse et les paroisses ?
Ah.
Comment il va ?
À vous de jouer.
Il est mort dans son sommeil après dîner.
Allez-y, il vous attend.
J'y vais. Un gamin a foutu un clou dans une prise électrique.
On va voir s'il fait de la lumière.
Notre Père qui es aux cieux,
que Ton nom soit sanctifié,
que Ton règne vienne,
que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal.
Amen.
On est de plus en plus marginalisés.
- Tu généralises. - Non, je crois pas.
Puis, c'est notre faute.
On devrait impliquer plus les laïcs.
Leur permettre d'être plus actifs, comme ils font dans les campagnes.
C'est pas l'idéal, mais ça marche. Et ça nous soulagerait.
Vu le contexte, on s'en sort pas si mal.
T'as vu ta tête et tes cernes ? On dirait les grottes de Lascaux.
On pourrait au moins les former sur les enterrements.
- Et s'ils déforment les textes ? - Ils savent lire quand même.
Je veux pas qu'ils s'éparpillent.
Ils ont déjà pas mal à faire pour vivre leur foi.
La foi se loge aussi dans les actions les plus anodines. Babyfoot !
- Je dois écrire mon homélie. - Ça t'inspirera.
Non. Non. Juste une, alors.
Arrête !
Tu peux pas faire râteau comme ça.
- C'est les règles d'avant, ça. - Mais non !
- Là, il est bon. - J'étais pas prêt.
- Si, t'étais prêt. - J'avais pas les mains sur...
Avec Simon, faut être prêt.
T'as pas une homélie à écrire ?
On dit d'un défunt qu'il est monté au ciel,
comme si le ciel était loin,
aux confins de l'univers.
Non, le ciel est ici,
de la plus petite des particules à la plus distante des galaxies.
Et ce n'est pas la mort qui nous y conduit,
mais bien la vie.
Celle guidée par le Seigneur.
Joseph Berthaud
est l'exemple même de cette puissance de vie.
Le contraire de la misère des hommes sans dieu, dont parlait
Blaise Pascal.
Ceux qui refusent l'instant présent et anticipent
l'avenir qu'ils perçoivent comme trop lent à venir.
Ou qui rappellent le passé pour l'arrêter.
Si imprudents, qu'ils errent dans les temps
qui ne sont pas les leurs.
Ne succombons pas à l'appel du néant.
Dieu est Père.
- Merci. - Jésus nous l'a dit.
Révélé dans le visage de Son Fils,
Il nous guide,
Il nous soutient,
Il nous aime.
Maintenant, et pour la vie éternelle.
Amen.
[musique douce]
♪ Je ne t'ai jamais dit ♪
♪ Mais nous sommes ♪
♪ immortels ♪
♪ Pourquoi es-tu parti ♪
♪ Avant que je ♪
♪ te l'apprenne ? ♪
♪ Le savais-tu déjà ? ♪
♪ Avais-tu ♪
♪ deviné ♪
♪ Que des dieux se cachaient ♪
♪ Sous des faces ♪
♪ avinées ? ♪
Simon.
- Louise. - Oui.
Je sais bien. Ça fait longtemps. Qu'est-ce que...
Tu connaissais M. Berthaud ?
Non, non...
- C'est ton fils ?
C'est le tien aussi.
- Mon Père ? - Non. Oui. Pardon.
- On y va. - Merci, mais je viens pas.
Mesdames et messieurs, nous allons au cimetière.
Si vous voulez nous suivre.
Si t'as une minute...
C'est compliqué. On se retrouve plus tard.
Où ça ?
Pourquoi tu m'as rien dit ?
Parce que j'étais à Montréal quand je l'ai su,
que je voulais t'appeler, mais bon...
Ça aurait changé quoi ?
On avait pas de projets en commun. Tu voulais pas d'enfants.
- Ça, t'en sais rien. - S'il te plaît.
T'allais devenir prêtre.
[vibreur]
Et après ?
Pendant ces années, t'as fait quoi ?
Ben comme tout le monde, boulot.
J'ai pas mal bougé : Montréal, Vancouver, Toronto.
- [vibreur] - Putain, excuse-moi, c'est le taf.
- Ils me font chier. - J'ai pas d'argent.
C'est pas du tout de l'argent que je veux.
Quoi alors ?
- Tu t'es lavé les mains ? - Oui.
- Tu t'es lavé les mains ? - Je t'ai dit oui.
On fait quoi alors ?
Comment ça, on fait quoi ?
- Tu lui as demandé ? - Pose-lui la question.
Euh...
On peut dormir chez toi ? Parce que l'hôtel est nul.
Hein ? Non.
Et puis, j'habite avec un autre prêtre.
Écoutez,
j'ai des responsabilités ici, les gens me font confiance.
Si je vous accueille, j'ai...
C'est pas possible.
Où est votre hôtel ?
Dans le centre.
À côte de l'église.
Voilà. Ça vous coûtera moins cher qu'une chambre.
Et c'est plus discret qu'en centre-ville.
Mais ça dérange pas ?
La propriétaire est décédée. Elle a légué ses biens à la paroisse.
Faudrait que je le mette en vente, mais j'ai pas le temps.
C'est pas les dernières tendances...
J'aime bien.
On est d'accord que c'est temporaire.
Ouais.
[musique intrigante]
[soupir]
"Le grave scandale causé par..."
"...exhortera le curé à présenter sa renonciation dans les 15 jours."
- Ça a été un choc. - Le terrain n'est pas à nous.
L'édifice non plus, in fine.
Un édifice religieux construit avant 1905 appartient à l'État,
c'est la loi.
Mais on peut pas rester à rien faire.
Tu crois quoi ?
Qui a négocié pour décaler le début des travaux ?
Qui a organisé la collecte de dons ?
Qui a déplacé le calvaire ?
Cette image déplorable, d'où elle sort ?
- On fait pas assez la une des journaux ? - Ça n'a rien à voir.
J'aurais dû faire plus attention.
Ben voilà.
C'est pas sur votre paroisse...
- C'est sur le doyenné. - Et le doyen, c'est Simon.
Père Erwann a raison. On n'a pas besoin de cette image.
Mais on a fait le maximum pour sauver le calvaire.
Tu fais de ton mieux, mais c'est insuffisant.
Les calvaires sont des repères historiques.
On aurait dû s'accrocher à la croix.
Pourquoi pas ? Ça aurait été un bel acte symbolique.
Mais allez vous accrocher, vous.
Excusez-moi.
Bon... La réfection du toit de Sainte-Anne.
Qu'est-ce que tu fais là ?
C'est ici où tu habites ?
C'est qui, ces gens ?
- Je peux venir ? - Où est ta mère ?
Simon ?
- Bonjour. - Bonjour.
Aloé, mon neveu.
T'as un frère, toi ?
Non, oui, une sœur.
On vient du Canada. On est venus voir tonton Simon.
- Ils m'ont fait une surprise. - Sympa.
Faudra venir manger
au presbytère avec ta maman.
Ça serait génial.
- J'ai des choses à faire cette semaine. - Allez.
On verra. Tu peux finir sans moi ?
Ouais, bien sûr.
- À bientôt, Aloé. - À bientôt.
- Amine. - Oui ?
Mollo avec Erwann.
Où est ta mère ?
Elle travaille, elle m'a dit de venir ici.
Quoi ? Mais...
- Je peux visiter ? - Non.
- Pourquoi ? - C'est pas pour les enfants ici.
T'as faim ?
[musique douce]
Tu manges pas ?
Les saumons d'élevage sont infestés de virus et de parasites.
En plus, ces poissons sont nourris
avec des moules pêchées en quantités énormes, accentuant
les émissions de CO2.
D'ailleurs,
le saumon,
il absorbe dans sa graisse
les toxines et les métaux lourds liés à la pollution des océans.
Dis donc.
T'en sais des choses.
T'as appris ça à l'école ?
Non.
Sur Internet.
Tu connais les chinkaras ?
- C'est quoi ? - Les chinkaras,
c'est des antilopes bleues d'Inde du Nord,
et de plus en plus de braconniers les massacrent.
Il y a un peuple, les Bishnoïs,
qui essaie de les protéger.
Maman m'a promis qu'on irait les voir en vrai, tu pourras venir.
Après, faudra pas te fâcher avec les Bishnoïs.
Pourquoi ?
Parce qu'ils sont hindouistes et toi...
Bah quoi ?
[musique douce]
Papa ?
Simon.
Appelle-moi Simon.
Merci pour le restaurant.
[une mère] D'ici quelques semaines,
ça va commencer à se voir.
Que vont dire les gens ?
Pourtant, elle a toujours été très sage.
Elle était studieuse.
Mais cette année, je sais pas ce qui lui prend.
Vous vous rendez compte ?
Enceinte à 16 ans.
Mon Père ?
Et le père ? Enfin, le garçon est au courant ?
Alors lui,
ses parents veulent qu'on...
Enfin, vous savez.
Qu'est-ce qu'on fait ?
Dites-nous.
Un bébé n'est pas une mauvaise nouvelle.
C'est même le contraire.
Non ?
Marion...
Sache que Dieu entend mieux un sanglot qu'un appel.
Le Seigneur est avec toi, Il t'aime,
à travers ta famille, la communauté.
Réfléchissons ensemble
et nous transformerons ton problème en solution.
[musique douce]
[quelqu'un sifflote et approche]
- Tu m'as fait peur. - Pourquoi t'es dans le noir ?
Tu regardes du porno ?
Je faisais des recherches pour une homélie.
Ah oui, c'est pas pareil.
Ça va ?
Bon.
Bonnes recherches alors.
T'aurais la dernière saison de Game of Thrones ?
Non ? Bon.
Bonne nuit !
I'm not yelling at you, I'm just...
I'm not the only one to solve this.
Yeah, but...
OK.
I'm on the other side of the ocean.
Do you understand the word "vacation"? Of course I know!
Yeah.
Yeah.
Then...
Send me the last update.
Pardon.
- T'aurais pu me prévenir pour hier. - De ?
T'as du boulot, OK, mais moi aussi.
Je me suis endormie, il en a profité pour sortir.
Tu t'es pas inquiétée ?
[soupir] Il a 11 ans, Simon.
Il s'est éclaté avec toi, hier. Il m'en a parlé toute la soirée.
Pourquoi t'es là ?
J'aimerais que tu reconnaisses Aloé.
- "Reconnaisses" ? - À l'état civil.
Pourquoi ?
Pour qu'il ait quelqu'un en plus de moi. Un père.
Je peux pas avoir d'enfants.
- Tu lui as expliqué ? - Il sait que tu es prêtre.
Mais pour moi, c'est abstrait, alors pour lui...
[musique douce]
Grâce à cette technologie, on a découvert que le vêtement
gardait jusqu'à 13 fois moins d'humidité qu'un coton classique.
Donc ça sèche très vite
et aussi,
le sportif peut rester
au sec durant tout l'effort.
- C'est super. - Oui.
Du synthétique fabriqué par des enfants chinois.
Pas du tout, tous ces vêtements sont fabriqués en Thaïlande
par des adultes correctement payés, et tu le sais.
[Amine] On sent que vous adorez ce que vous faites.
T'es arabe. Pourquoi t'es pas musulman ?
- Aloé, s'il te plaît. - Non, non.
Non, je vous en prie.
Très bonne question.
Je suis né en Algérie, en effet.
Mes grands-parents paternels, donc les parents de mon papa,
étaient catholiques.
Ma mère était musulmane.
Ils se sont rencontrés, aimés, et ma mère a décidé
de se convertir à la religion de son mari.
Et pourquoi ?
Je sais pas.
Elle m'a pas dit.
J'ai toujours pensé qu'elle avait ressenti l'amour
du Christ. Et puis, ils me l'ont transmis.
Ça devait pas être simple.
Dans les années 1980,
ça allait.
C'est dans les années 1990 que ça s'est compliqué.
Pression sur les chrétiens,
fallait se cacher pour prier.
- Ah oui ? - Oui.
Et puis, j'ai rencontré l'évêque d'Oran.
C'est cet homme qui m'a guidé
pour devenir prêtre.
[Louise] Ouah.
J'ai un copain, son père est imam.
C'est pas pareil que prêtre, du coup ?
Attention, c'est chaud.
Les escargots. Hop, voilà.
- Magnifique. Je te mets ça là. - Aloé.
Tu vas goûter. On est invités, tu fais un effort.
- Il reste de la quiche aux épinards. - Non.
- Ah bah oui. - Désolée, merci.
- Les escargots... - J'ai pas envie.
- Tu peux goûter. - Non.
Merci beaucoup.
- Installez-vous avec nous. - Non, merci.
- Vraiment ? - J'ai du travail.
[Louise] Ça a l'air très bon.
Et le papa ?
Si c'est pas indiscret.
J'ai élevé Aloé toute seule.
Toute seule, toute seule ?
Oui.
Ça a pas dû être évident avec vos responsabilités...
Je me suis débrouillée.
Le papa d'Aloé était pas dispo, de toute façon.
Peut-être que le papa n'avait pas toutes les infos.
[soupir]
Tu comptais me le dire quand ?
- De quoi ? - Arrête, Simon.
Arrête.
- T'as un fils. - Rien ne le prouve.
Ben voyons.
Tu vas faire quoi ?
- La vaisselle. - Tu peux pas rester comme ça.
- Je sais, Amine. - Tu as prévenu l'évêque ?
[Simon soupire]
Tu sais ce que ça implique d'avoir un enfant.
J'ai consacré ma vie à Dieu, je veux pas partir maintenant.
Qui te parle de partir ?
Tu sais comment ça se passe.
Écoute, fais ce que tu veux, mais...
mentir ne t'aidera pas.
[Amine s'éloigne]
Douchka,
c'est son nom.
Je l'ai trouvée dans la rue qui dormait entre deux poubelles.
Tu savais que chaque année,
100 000 animaux sont abandonnés par les Français ?
100 000 !
Une tragédie.
Je dois vous parler.
Dis-moi.
Voilà...
J'ai un souci. Enfin...
Que se passerait-il si...
Oui ?
Que se passerait-il si un séminariste avait une...
une liaison avec une femme ?
Bien que ce ne soit pas encouragé,
il est possible qu'un garçon appelé à la vie consacrée
puisse ressentir aussi un désir amoureux.
Dans ce cas, c'est à toi de le guider,
de cerner le trajet qui se décide en lui.
Et s'il apprenait que la fille est enceinte ?
Ah.
Ça, c'est...
Ça, c'est un autre problème.
Pourquoi ? C'est le cas ?
J'ai... Oui, enfin...
Non, je veux rien savoir.
Rappelle-lui que...
la mission sacerdotale est un chemin de sanctification
incompatible avec une vie de famille.
Si la vie
se manifeste, il faut l'accueillir.
C'est la volonté de Dieu.
Et donc ?
Simon.
Dieu sait combien notre Église a besoin de nouveaux consacrés.
Mais le sacerdoce est un appel entier et radical.
Le courage, l'abnégation, le dévouement
que demande la vocation sont infinis.
Et malgré les doutes,
les douleurs,
le poids de la croix,
il n'y a pas de retour en arrière.
Dis-lui de quitter le séminaire.
Qu'est-ce qu'un jour, sinon la somme de 24 heures ?
Se lever, aller au lycée,
aller sur Instagram ou sur Twitter,
rentrer, regarder une série... - Black Mirror.
Merci, Arnaud.
Mais la vie, c'est plus que ça.
Liker un statut
ou signer une pétition numérique derrière son écran,
pour vous, c'est s'engager ?
Oui, un peu.
L'engagement, c'est le choix de dire non
à la résignation du quotidien.
"Je ne veux pas être réduit à une existence numérique."
Jusqu'à preuve du contraire,
on ne vit pas dans un programme informatique.
Black Mirror, toujours.
Enlève tes machins, toi.
S'engager...
C'est choisir de se plier à une contrainte et l'assumer
pour rendre meilleur le monde qui nous entoure.
Alors oui, pour ça, il faut sortir de sa zone de confort.
Sortir de soi pour défendre une cause qui nous dépasse.
Prendre des risques,
accepter de se remplir d'une potentialité si puissante
qu'on imagine mal que notre être puisse la contenir.
Ça vous fait peur ?
Mais bonne nouvelle,
nous ne sommes pas seuls.
Et là,
ce soutien infaillible, c'est le cadeau d'un Père qui veille sur nous,
qui nous guide dans nos choix
et nous aide à tenir dans les difficultés.
Qui veut prendre la parole ?
[léger toussotement]
Elle est venue avec sa mère. On doit se revoir.
Elle veut pas garder l'enfant.
C'est pas si simple.
Tu rigoles ? Elle vient de me le dire.
Elle est à 10 semaines.
Tu sais ce que ça signifie ?
- Je peux en manger un ? Un seul ? - Non, remets.
Va nous attendre dans l'église.
- Écoute... - Non, toi, écoute.
Tu joues les prédicateurs,
mais pour aider, y a plus personne.
C'est faux, j'aide les jeunes.
Ah oui ?
En restant les bras croisés ? Tu t'es mis à sa place ?
- Tu sais ce qu'elle vit ? - On réfléchit.
Dans 15 jours, l'IVG, c'est fini.
L'Église ne conseille jamais d'ôter la vie.
Pour manifester contre le mariage pour tous, y a du monde.
- Tu mélanges tout. - Mais il s'agit pas de moi !
Elle peut en parler à personne. Tu fais quoi pour elle ?
Merveilleux.
- Bonjour. - Bonjour.
- C'est quoi, cette histoire d'IVG ? - Rien.
- T'as parlé à l'évêque ? - [il acquiesce]
Il t'a dit quoi ?
Il a un nouveau chien.
[musique douce à l'orgue]
[Père Simon] Je comprends, oui.
Oui, bien sûr.
C'est pas ce que je dis. Je dis juste...
- Allô ? - [sonnette]
Un fauteuil roulant dans le sable, c'est compliqué.
C'est à toi ?
Remets-le.
Pardon.
Je sais. Je fais ce que je peux.
C'est un pèlerinage
en terre sainte, pas un voyage à Lourdes.
[il acquiesce]
Calons une réunion. Quelles sont vos disponibilités ?
Non, désolé, le lundi,
c'est mon jour de congé.
Oui.
Mardi, ça vous va ?
Allô ?
Allô ?
[sonnette]
- [bris de verre] - C'est pas vrai ! Aloé !
Laisse, tu vas te couper.
[soupir]
Je suis désolé.
C'est rien, c'est qu'un cadre.
Merci.
D'être là et...
de rien dire à ma mère et au Père Simon.
Il est sympa avec toi ?
Il fait plein de choses pour nous. Il est là quand on a besoin.
Ça va aller.
À nous.
Tu peux changer d'avis.
Allez, vas-y.
Je te le garde si tu veux.
Vous pouvez venir avec moi ?
- Venez. - OK.
Tu vas voir, c'est super. Y a plein de dessins animés.
Mmh, je connais.
Je remonte, tu me déranges pas.
C'est par là.
Merci.
Installez-vous.
C'est pas qu'on est contre le protocole,
mais on aimerait... Je sais pas si c'est possible.
On aimerait un baptême un peu moderne.
L'autre fois, on a été à un baptême, c'était pas....
C'était horrible.
On va peut-être la nourrir.
Viens me voir, ma puce.
Pourquoi vous voulez la baptiser ?
Pour la famille...
Merci.
Pour la tradition.
C'est surtout parce qu'on en a envie.
Salut.
- Tu veux essayer ? - Oui.
Tiens.
- Aïe ! - Oh, putain.
C'est bon ? Ça va ?
Aloé !
Tu connais le curé ?
Oui, c'est mon p... mon oncle.
C'est bon, réparé.
- Faut aller à l'hôpital ? - Non, ils ont la tête dure à cet âge.
Oh là, montrez voir.
C'est pas très beau, ça.
Faut soigner.
Bon, allez.
Y a des règles, les gens comptent sur moi.
T'avais qu'à rester avec moi.
J'ai du travail, tu sais bien.
T'es comme maman, en fait.
- C'est compliqué, Aloé. - Non, c'est simple.
Tu veux pas de moi.
C'est pas vrai, c'est juste que...
- Et reste discret. - J'en ai marre d'être discret !
- T'as honte de moi, c'est tout. - C'est faux.
Pourquoi tout le monde t'appelle "Mon Père"
et moi, je peux pas t'appeler "papa" ?
C'est trop tôt, les gens comprendraient pas.
Mais qu'est-ce que ça fait ?
[sonnerie]
Vas-y, réponds.
Tu veux faire quoi ?
Euh, je sais pas. Un truc cool.
Chaque couleur correspond à un temps.
Le blanc, c'est pour les fêtes : Noël, Pâques...
Le violet, c'est pour l'Avent.
Et aujourd'hui, c'est le temps ordinaire, c'est le vert.
La couleur de l'espérance.
Et ça, c'est le tableau de contrôle des cloches.
C'est électrique ?
Oui, je vais pas passer ma journée à tirer sur les cordes.
Tu rentres l'heure, la périodicité et la mélodie à jouer.
On peut les voir ?
Les cloches ?
Non, trop dangereux.
Allez.
- S'il te plaît. - Non.
[musique douce enjouée]
[testant la résonnance] Ah.
Il caille, hein ?
Je t'ai demandé une journée.
Je le retrouve déguisé en enfant de chœur avec l'arcade ouverte.
- C'est toi, tu m'as laissé ton gamin. - Notre gamin.
- T'étais où d'ailleurs ? - Ça te regarde pas.
- Un peu facile, ça. - C'est facile ?
Onze ans que je fais tout pour lui, au bureau, à la maison,
que je fais en sorte qu'il soit heureux.
Tu sais ce que c'est, 11 ans entièrement dédiés à son gosse ?
- Tu sais ou pas ? - Tu l'as choisi.
Ben oui.
Mais ça reste dur.
Moi, j'ai pas choisi ce qui arrive. Tu comprends ça ?
Je veux que tu passes du temps avec lui, comme un père.
- C'est pas possible. - Pourquoi ?
Parce que je suis prêtre.
C'est ma vocation.
Personne ne m'enlèvera ça.
C'est pas une erreur d'il y a 11 ans qui va m'empêcher de l'accomplir.
Très bien.
[soupir]
Louise ?
Je suis désolé pour tout à l'heure.
Je voulais pas...
C'était con.
Je me disais qu'on pouvait sortir, ce soir.
Ensemble, tous les trois.
[musique rock]
[applaudissements et acclamations]
Merci, merci à vous.
La prochaine chanson est pour mes amis, Simon et Amine.
[musique rock entraînante]
Allez, viens. Allez !
[Louise] On était très complices, avant.
On se disait tout.
Ça a un peu changé.
Je le sens, je...
Je le vois dans son regard.
Ta famille peut pas t'aider ?
Aloé a pas des cousins de son âge ?
J'ai perdu mes parents,
et mon frère, enfin le vrai...
ça fait des années qu'on se parle plus.
Et toi ?
T'as pas eu des doutes ?
- Des doutes ? - Je sais pas.
Qu'est-ce qui fait que tu dises : "Je veux faire ça" ?
- "Faire ça". - Mais non...
Comment on se réveille un matin et on dit : "Je veux devenir prêtre" ?
Y a autant de réponses qu'il y a de prêtres.
Ma mère était très catho.
Messe tous les dimanches.
Mon père, lui...
il trouvait une bonne excuse pour sécher.
Ce qui me convenait pas mal.
Mais il est parti quand j'avais 10 ans.
Très vite, ça a été messe obligatoire,
confession...
Après mes études, j'ai enseigné la philo.
À 25 ans, après le décès de ma mère,
je me suis rapproché de la paroisse pour aider...
et ça m'a pas suffi.
Alors je suis parti en Argentine travailler dans une ONG.
Dans un village, je suis rentré dans une église,
y avait une messe.
Je comprenais rien de ce que disait le curé.
Mais...
j'ai ressenti un...
une profondeur, un...
un équilibre.
- Et ça y est, c'est tout ? - [il acquiesce]
- T'imaginais quoi ? - Un truc plus...
mystique. - Une apparition de Jésus ?
Un truc comme ça.
- Non ? - Non.
Non, ça fait pas ça.
- Ah bon ? - Enfin, pas pour moi.
C'est bon, ce truc-là.
Non, c'est dégueulasse.
Et...
Ça te manque pas, le contact humain ?
- Non. - Non, non.
Tu te sens pas seul, parfois ?
J'ai choisi la vie consacrée pour jamais me sentir seul.
- Non. - Ça va.
Tu vois, Madame Ferrieu, chez qui on est.
Un jour, un peu avant sa mort, elle m'a dit
qu'elle comprenait mon célibat.
Parce que quand j'étais avec elle, j'étais vraiment avec elle.
Les autres,
sa famille, les enfants, les aides-soignants,
y a toujours quelqu'un qui les attend.
Ils ont leur vie.
Mais moi, personne ne m'attend.
Personne que je doive aimer
plus qu'elle
au moment où je suis avec elle.
Et ça, ça la rendait heureuse.
Maintenant, ça va changer.
[musique mélancolique]
Bonjour.
Bénissez-moi, Mon Père, parce que j'ai péché.
Je confesse à Dieu tout-puissant.
Je reconnais devant mes frères
que j'ai péché en pensée, en parole,
par action et par omission.
Oui, j'ai vraiment péché.
Que Dieu soit dans ton cœur
pour que tu puisses confesser Son amour et ton péché.
Seigneur, Tu sais tout.
Tu sais que je T'aime.
À quand remonte ta dernière confession ?
À ma profession de foi.
Ta présence ici est un grand pas, sens-toi libre de parler.
[elle chuchote] J'ai avorté.
Tu as vécu une épreuve douloureuse, Marion.
Douloureuse dans ta chair et dans tes sentiments.
Mais le Seigneur est là pour t'aider.
Mais Mon Père,
je l'ai tué.
Que Dieu Notre Père te montre Sa miséricorde.
Par la mort et la résurrection de Son Fils Jésus-Christ,
qu'Il te donne le pardon et la paix.
[musique douce]
C'est moi.
Vous êtes là ?
J'ai des croissants.
Ah. J'ai pris ma journée.
Il fait beau, on pourrait aller randonner.
Ça va ?
Elle est où, ta mère ?
Messagerie de Louise Fisher, laissez un message.
You've reached Louise Fisher's voicemail, leave a message.
Louise, c'est Simon.
Je suis avec Aloé, là.
Qu'est-ce que c'est que cette lettre ?
Je sais pas ce qui t'a pris, mais...
Rappelle-moi.
Voilà.
Tu peux mettre tes affaires ici.
Tu vas avoir une salle de bains que pour toi.
Je dors à l'étage juste au-dessous. Si t'as besoin, n'hésite pas.
Tu vas être bien ici.
T'as faim ?
On a tout ce qui faut.
Du pain, du lait, du...
De la confiture.
Ça va aller.
Tu restes ici, je vais aller la chercher.
Promis, je vais la retrouver.
Faut la laisser tranquille.
Je sais que c'est compliqué, mais elle va revenir.
Non.
Elle peut plus s'occuper de moi.
On ne parle pas comme ça à un gosse.
Elle est peut-être dans un avion pour le Canada.
- On peut pas le garder ici. - Je le laisse à la rue ?
Le presbytère nous appartient pas.
J'ai pas le temps pour une leçon de morale.
Où sont ces clés, putain ?
[tintement métallique]
Tu veux m'aider ? Surveille Aloé pendant mon absence.
Elle a pris ses affaires, c'est pas une disparition.
Et puis, elle est majeure, non ?
Oui, mais...
On était ensemble.
Ensemble ?
Oui, non. Non.
On était ensemble hier. On s'est vus hier,
on devait se revoir ce matin et elle est pas venue.
- Vous l'avez raccompagnée hier ? - Oui.
- Vous êtes entré dans l'appartement ? - Oui.
- Y avait quelqu'un dans l'appartement ? - Non.
- Elle a des ennemis ? - Non.
Vous pensez à un enlèvement ?
Non. J'ai...
On reprend.
C'est qui pour vous, cette madame Fisher ?
Ma sœur.
Enfin...
Vos histoires me regardent pas, mais va falloir parler honnêtement.
[vibreur]
Amine m'a dit d'attendre ici.
Quand je pense que tu es venu me voir,
et qu'on a parlé. Hein ?
Et cette histoire de séminariste...
Enfin, Simon, tu peux pas mentir comme ça.
Si tu avais été sincère, j'aurais pu t'aider.
Mais on ne joue pas avec l'Institution.
Y a des règles à respecter.
Je vous l'ai dit, je savais pas qu'il existait.
Il est né avant que je sois prêtre.
J'en conviens, mais...
n'empêche que si l'affaire s'ébruite...
- Tu as une relation avec elle ? - Elle ?
La mère.
Est-ce que vous...
Non ! Enfin ! Pas depuis 11 ans.
Et c'est pas la question.
[l'évêque tousse]
Vous allez bien ?
Ça va, ça va, c'est rien.
Vous attendez quoi de moi ?
La plus grande discrétion.
Vous avez dit de ne pas mentir.
Il ne s'agit pas de mensonge ici,
mais d'une réserve mentale.
Je vois pas bien la différence.
Le mensonge
consiste à dire le faux avec l'intention de tromper
celui qui a droit à la vérité.
La vérité n'est pas un droit universel.
Dans certains cas,
les réserves mentales sont nécessaires.
Sans compter que ça pourrait retomber sur Aloé.
Simon,
ton erreur ne doit pas rejaillir sur le diocèse.
Je compte sur toi.
Pour le bien de tous.
Messagerie de Louise...
[Rozenn] Il est malin, ce gamin.
Comme son père.
Amine t'a dit ?
Je l'ai su dès que je l'ai vu.
T'es pas le premier à qui ça arrive.
Et tu seras pas le dernier.
L'évêque me dit de me taire.
Tu t'attendais à autre chose ?
Quand je suis arrivée ici,
c'était le Père Denis le curé,
un prêtre ouvrier.
Il avait formé l'antenne locale de la CFDT.
Pour sûr qu'il comptait pas ses heures.
J'avais quitté mon mari,
tout laissé derrière moi.
Il m'a accueillie.
Il m'a écoutée.
Un bon prêtre.
Un des meilleurs que j'ai connus.
Par contre, avec l'évêché, ça se passait pas bien du tout.
À partir des années 1960,
il fallait faire moderne pour que les fidèles restent.
Mais enfin moderne, surtout pas trop.
Et le Père Denis,
comme il avait tendance à sortir des clous, il s'est lassé
et il a fini par partir.
Comme beaucoup, d'ailleurs.
T'avise pas de nous faire la même chose.
- Je peux pas. - Tu peux pas quoi ?
M'occuper de lui tout seul, le cacher, ça va trop vite.
- Faut que je retrouve Louise. - Arrête avec Louise.
Elle avait ses raisons de partir.
Il a besoin de toi.
Alors assume.
[musique mélancolique]
Je T'appelle au jour de ma détresse, et Toi, Seigneur, Tu me réponds.
Aucun parmi les dieux n'est comme Toi et rien n'égale Tes œuvres.
Je Te rends grâce, Seigneur mon Dieu,
toujours je rendrai gloire à Ton nom.
Des puissants se sont ligués pour me perdre, ils n'ont souci de Toi.
Toi, Seigneur de tendresse et de pitié, lent à la colère,
regarde vers moi, prends pitié de moi.
Donne à Ton serviteur Ta force et sauve le fils de Ta servante.
Accomplis un signe en ma faveur.
Alors mes ennemis humiliés verront que Toi, Seigneur,
Tu m'aides et me consoles.
[ensemble] Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia, Alléluia
Alléluia, Alléluia
[il chuchote] Simon.
- Que le Seigneur soit avec vous. - [ensemble] Et avec vous aussi.
L'Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean.
En ce temps-là, Jésus disait à ceux des Juifs
qui croyaient en lui :
"Si vous demeurez fidèles à ma parole,
"vous êtes vraiment mes disciples.
"Alors vous connaîtrez la vérité.
"Et la vérité vous rendra libres."
Ils lui répliquèrent :
"Nous sommes la descendance d'Abraham
"et nous n'avons..."
[Amine chuchote] Simon.
Il y a quelques jours,
cet enfant m'a posé une question à laquelle j'ai pas pu répondre.
Par appréhension, par égoïsme...
Pourtant, sa question était simple.
Il m'a demandé pourquoi vous m'appeliez "Mon Père"
et lui pouvait pas m'appeler "papa".
Cet enfant est mon fils biologique.
Et j'ai voulu le cacher.
C'était une erreur. Je vous demande pardon.
Mais aujourd'hui, je ne veux plus laisser ses questions sans réponses.
C'est pourquoi j'ai décidé,
tout en poursuivant ma mission auprès de vous,
de m'occuper de lui.
Si la fécondité nourrit l'âme,
le productivisme nourrit superficiellement l'homme
et réduit, dans sa quête de croissance, le mystère
au néant.
Nous arrivons ainsi à l'épisode
de la Tour de Babel, dans la Genèse,
que nous construirons, ou déconstruirons, allez savoir,
mardi prochain.
Merci à vous.
D'un point de vue canonique, tu peux cumuler le ministère
avec la garde de ton fils.
D'ailleurs, le pape, malgré ses récentes déclarations,
souhaiterait
un assouplissement concernant la vie personnelle des prêtres.
Dans ton cas, c'est un souci purement institutionnel.
Donc ? Je dois aller à Rome ?
Non.
Le Saint-Père n'a pas autorité sur ton cas.
Si je lui écris une lettre, une demande de dérogation ?
Là n'est pas la question.
Le pape doit être le garant de la communion de toute l'Église.
Dans ton cas, c'est à ton évêque de trancher.
Tu n'as pas changé.
Étudiant, tu étais pareil.
- Comment ? - [l'homme rit]
Voilà ton problème.
Toujours focalisé sur le "comment".
L'essentiel n'est pas là. Il est dans le "pourquoi".
Je te suis pas.
Où en es-tu, toi ?
Ta foi.
Est-ce que tu sais ce que c'est que de s'occuper d'un enfant ?
Vous, vous savez ?
Comprends qu'avec l'éducation de ton fils,
ton investissement en pâtira.
Comment font les pasteurs ?
Les prêtres maronites ?
Les anglicans ?
Les imams ? Les rabbins ?
Sont-ils sous-investis dans leurs communautés ?
[il soupire] Les grands discours, c'est bien.
Mais il y a une réalité aussi. Comment tu feras
quand tu auras une réunion à l'autre bout de la région ?
Ou des dîners tard le soir ?
Tu devras faire un choix.
Ce choix se portera sur ton fils.
C'est naturel.
Sans compter que si j'autorise ça,
ton cas pourrait faire jurisprudence.
Et ça pourrait inciter d'autres prêtres... à des dérives.
Des dérives ?
Ton intérêt doit passer après celui du fidèle.
Et l'intérêt d'Aloé ?
Il passe avant ou après la communauté ?
Avant, bien sûr.
Vous ne me forcerez pas à le cacher.
- Il s'agit pas de moi. - Si !
On nage en pleine hypocrisie.
- Ne dis pas ça. - Regardez-vous.
Vous êtes malade.
Personne ne dit rien.
Non. Je vais très bien.
Chercher de la chaleur humaine auprès d'un chien, c'est aller bien ?
J'ai besoin de vous.
- Que vous me souteniez. - Je te soutiens, Simon.
Je ne te forcerai jamais à partir.
Mais je ne cautionne pas que tu restes.
Tu as besoin de recul, tu es perdu.
Pars en retraite spirituelle.
Pars avec ton fils.
Et les fidèles ?
Les fidèles ont besoin de calme, toi aussi.
Aie foi en moi.
J'ai foi en Dieu.
En vous, j'ai confiance.
[Aloé] Pourquoi on va là-bas ?
[Simon] Pour réfléchir, se reposer.
Réfléchir à quoi ? Y a rien à réfléchir.
Ça va nous faire du bien.
Ça va ?
Attends.
Voilà. C'est mieux, non ?
[il acquiesce]
[musique douce à l'orgue]
[Aloé] Tu vas perdre ton travail ?
[Simon] Non, je vais pas perdre mon travail.
Mais normalement, t'as pas le droit d'avoir un enfant.
Non, c'est faux.
Tous les adultes ont le droit.
Pourquoi Amine et les autres sont énervés ?
Ils sont pas énervés. Ils...
Ils ont pas l'habitude, c'est tout.
T'inquiète pas, ça va aller. Ça va s'arranger.
Je suis content que tu sois prêtre et pas moine.
- Pourquoi ? - [il chuchote] C'est chiant.
[Simon rit]
- Gagné. - Quoi ? Non.
Si, en diagonale.
[Simon] Je t'ai réveillé ?
On rentre ?
[musique douce]
Voilà.
Y a du jus d'orange et du lait. Le pain est près de la cafetière.
Surtout, faites comme chez vous.
Aloé se lève à 9h.
L'école va lui trouver une place.
C'est une affaire de semaines, de jours même.
Allez, haut les cœurs !
Je vous écoute, Mon Père.
Je voudrais reconnaître mon fils.
Ah.
Qu'est-ce que tu fais là ?
C'est le baptême d'Alicia aujourd'hui.
Oui, je sais, je suis venu pour ça.
Merci, Amine, mais je vais le célébrer.
Y a des tensions dans le doyenné, tu peux pas...
Je peux pas quoi ?
Jusqu'à preuve du contraire, j'ai le droit de célébrer.
J'ai fait la préparation, je célèbre le baptême.
Alicia, malgré nos doutes, nous te présentons à l'Église
pour que tu sois baptisée.
Car nous souhaitons que tu rejoignes la famille du Seigneur.
Je te baptise
au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit.
Dieu te marque de l'huile du Salut,
afin que tu demeures dans le Christ
pour la vie éternelle.
[applaudissements]
Mon Père...
[il peine à parler]
Respirez, René.
L'école, le directeur... Il est en ligne.
- Ils ont une place pour Aloé. - Je prends.
Vous êtes pas obligé de monter à chaque fois, René.
Il suffit d'appuyer sur le 1 en bas, je vous l'ai dit.
Tu peux y aller, je vais finir.
J'ai l'impression de tomber dans un trou.
J'ai du mal à respirer. Je tremble.
J'ai envie de vomir.
J'ai l'impression que je vais passer ma vie à mourir.
C'est des crises d'angoisse, ça devrait passer.
Mais ça passe pas.
Je suis désolée.
J'ai déçu Dieu.
Dieu t'en veut pas.
Il t'en a jamais voulu.
Ceux qui disent le contraire ont tort.
Le seul qui doit être désolé ici, c'est moi.
Je t'ai pas écoutée.
J'étais pas là quand t'avais besoin de moi.
Ce que tu ressens, ce poids sur tes épaules, j'y ai contribué.
Et je te demande pardon.
T'as pris une décision courageuse, Marion.
Personne n'a à te juger pour ça.
Ni moi, ni ta famille, ni personne.
Et puis...
Et puis, on les emmerde.
Ceux qui jugent, qui veulent décider pour toi,
qu'ils aillent se faire voir.
Hein ?
Vas-y, tire !
Vas-y, vas-y !
[musique douce]
Là.
Des chinkaras.
[Rozenn] Simon, c'est toi ?
T'étais où ? Ça fait des heures que j'essaie de te joindre.
Au cercle, avec les jeunes.
Elle a téléphoné.
- Elle ? - Louise.
Je sais où elle est.
Je tourne tout dans ma tête.
Je dors pas, je pense à tout.
Mais tout : le boulot,
les courses, les devoirs d'Aloé, l'entretien de la bagnole...
Ça s'arrête pas.
Je me dis : "Demain, c'est bon.
"L'angoisse va passer, la colère aussi, ça va aller mieux."
Mais non, le moindre mail...
le moindre appel, dès que je dois prendre une décision...
je suis tétanisée.
Je comprends même pas...
parce que... Ça va, je fais bonne figure.
On voit rien.
Mais je sais pas...
Je me dis que je suis dépassée, que...
que je vais pas y arriver.
Après, je veux pas que ça retombe sur Aloé.
Je veux pas que lui le ressente.
En plus, au boulot, c'est...
Enfin, j'adore mon boulot, c'est pas le problème.
Je sais pas quoi faire.
C'est...
C'est comme si je savais plus qui j'étais.
T'aurais dû m'en parler, j'aurais...
T'aurais fait quoi ?
Moi, je...
Je voulais juste disparaître.
M'effacer.
J'ai fait n'importe quoi.
Comment va Aloé ?
- Bien. - C'est bien, ça.
Bien.
C'est un gros changement pour lui, mais ça va.
Enfin, je crois.
J'ai vu une avocate.
Je vais le reconnaître.
Et pour ton travail ?
T'inquiète pas de ça, ça...
Ça, ça ira.
Ça ira.
[musique douce]
- Où ? - Ben, regarde.
Voilà.
On va manger, tu m'aides pour la table ?
Oui.
Il peut manger avec nous ?
Tu manges avec nous ?
- Avec plaisir, bien sûr. - [sonnette]
Bonjour, Simon.
Pour l'instant,
l'administrateur diocésain va être élu
en attendant la nomination d'un nouvel évêque.
Vous allez faire quoi ?
Je sais pas encore.
Je suis soulagé d'un poids, tu peux pas savoir.
[Aloé] Donne la balle, Douchka.
[Simon] Je peux vous poser une question ?
[Aloé] Allez !
Maintenant que vous n'êtes plus en charge, vous me soutenez ?
C'est important.
[Aloé] Douchka ! Donne la balle !
Allez.
Simon,
nous t'avons convié avec le Collège pour trouver une issue
favorable
à la situation dans laquelle tu nous as mis dernièrement.
Nous avons reçu la réponse de la congrégation à ta lettre.
La lettre était adressée au Saint-Père.
Il ne peut pas répondre à toutes les demandes personnelles.
Mais tu as été entendu.
La congrégation nous laisse régler cela au niveau local.
Voici donc le résultat de notre enquête...
Une enquête ?
L'enquête qui te concerne, Simon.
Nous sommes d'accord sur un point :
ton fils doit passer en priorité.
Cet enfant a besoin d'un père,
surtout à son âge.
Aussi, après discussion, il apparaît évident
que ta situation est incompatible avec la charge d'un ministère.
C'est faux.
Les fidèles ont besoin de repères.
Ils ont besoin qu'on arrête de les infantiliser.
Ou de leur mentir.
Et j'en prends toute ma responsabilité.
Ces semaines ont été difficiles, mais l'équilibre est revenu.
Cumuler la paternité spirituelle
des fidèles et l'éducation d'un fils est incompatible.
Où est-il écrit qu'un prêtre ne peut avoir la charge d'un enfant ?
- L'histoire de l'Église l'atteste. - Faux.
Père Francis ?
Plus depuis le 12e siècle.
Je parle de maintenant.
Les pères de famille devenant prêtre suite au décès de leur femme,
le font toujours après dérogation accordée par le Saint-Père.
Et ceci, à la majorité de leurs enfants.
Dans la réalité, des prêtres ont des enfants qu'ils cachent.
Parfois, avec la complicité de l'Église.
L'Église, c'est nous.
Une institution humaine, fragile.
- Marquée par les erreurs. - Simon.
On voit ce que tu essaies de faire.
Tu ériges ton cas personnel en généralité.
85 % des catholiques, pratiquants ou non,
sont pour un changement des règles concernant la vie des prêtres.
- Ce sont des sondages.
Leur fiabilité est contestable.
Oui.
À refuser d'évoluer, on se replie sur nous-mêmes.
On forme une caste.
On perd le lien avec les gens.
La sacralisation de la fonction nie nos besoins fondamentaux.
Avec toutes les dérives que ça entraîne :
abus de pouvoir,
cléricalisme,
paternalisme et... pire dans certains cas.
Stop.
Simon, tu as le choix.
Soit tu pars de ton plein gré avec humilité et respect.
Soit tu restes, mais dans ce cas,
la seule alternative sera le procès canonique.
Sous quel chef d'accusation ?
Scandale public.
[musique calme]
[les cloches sonnent]
[ensemble] ♪ Béni sois-Tu, de répondre à notre attente ♪
♪ Habités par la même espérance, ♪
♪ Baptisés dans le même Esprit Saint, ♪
♪ Nous formons ton Église, Seigneur ♪
♪ Un seul corps à la gloire du Père. ♪
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Que le Seigneur soit avec vous.
[ensemble] Et avec vous aussi.
Frères et sœurs,
je ne suis pas sans vous apprendre que le Père Simon a vu sa vie changer.
Il m'a chargé de vous annoncer...
sa décision de se retirer
de son ministère.
Je pense que beaucoup ici s'interrogent
sur le Père Simon, sur son honnêteté,
sur son dévouement à la communauté.
Il m'a chargé de vous lire une lettre qu'il vous a adressée.
[la porte claque]
Il est préférable
que vous entendiez ses mots de sa propre voix.
On m'a demandé d'écrire un mot d'adieu.
Un mot étonnant, "adieu".
"Qui appartient à Dieu,
"qui lui est adressé."
Je m'adresse pas à Dieu aujourd'hui, c'est à vous.
Nous sommes des croyants,
c'est pas un hasard si on se définit ainsi.
Mais être croyant ne veut pas dire ne plus douter
face
au mystère,
face à la quête de vérité.
Le doute a toute sa place.
Sans culpabilité.
Les certitudes naissent dans la peur.
Et elles nous enferment dans cette peur.
Le mystère fait naître l'espérance,
il nous pousse à réfléchir, chercher...
à grandir.
L'Église vous appartient.
C'est à vous de la façonner...
dans le questionnement, dans l'espérance.
Vous m'avez rendu heureux.
Mais aujourd'hui, je découvre la joie d'être père,
et pour rien au monde,
je ne reviendrais en arrière.
[musique douce]
[Père Amine] Bien.
Commençons.
Sous-titrage TITRAFILM
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