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Original subtitles

- No pensaba que ella... - Yo lo sabía.

Hace 20 años que hace el Don Juan.

Espera, creía que...

Alan, Alan, es para ti. ¡Sandra, eres un ángel!

Es raro.

- Attention. - Ça te plaît ?

Heureusement que j'ai bon caractère.

Andrew.

Ça ne va pas ?

C'est la musique.

Rapprochons-nous.

Il joue divinement bien.

- Merci. - Bonne chance, Sandra.

Au revoir et merci beaucoup.

- Bon voyage. - Merci.

Je suis épuisée.

- Moi aussi. - Je ne tiens plus debout.

Et tout ça pour quoi ?

Dépêchez-vous de ranger. On part tôt demain.

Apparemment, tout le monde s'est bien amusé.

Oui, qu'est-ce qu'on a eu, comme monde.

Ils sont tous venus.

- Et toi, tu t'es amusée ? - Oui.

Un scotch ?

- Juste un doigt. - Prends mon verre.

Merci.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

Merci pour tout.

Je suis épuisée.

Fosca ?

Un instant.

On peut y être d'ici une demi-heure ?

Moins que ça.

Parfait.

On y sera dans une demi-heure, peut-être moins.

Oui.

J'espère que vous me reconnaîtrez.

Oui.

D'accord. On verra ça plus tard.

À tout à l'heure.

Tout est prêt. Deux télégrammes sont arrivés.

De ton frère ?

Non.

Il a téléphoné à Fosca de Londres pour confirmer notre arrivée.

La famille de Florence sûrement.

Merci.

Tu ne verras que notre vieille servante

et des parents de mon père que je ne connais pas.

Tout était construit en terrasse.

On est arrivés.

Regarde. C'est la porte San Francesco.

Volterra.

On voit Cecina au loin.

Regarde.

Les fortifications étrusques.

- C'est nous, Fosca. - Mademoiselle... Madame, j'arrive.

- Fosca, vous avez l'air en forme. - Merci.

- Tout est prêt ? - Oui, tout est prêt. Sauf le jardin...

On verra ça plus tard.

Mon mari, Andrew Dawdson.

C'est magnifique.

Excusez-moi.

Vous les donnerez à Madame ?

Bien sûr.

Mais d'abord, je vais chercher les valises.

Je peux vous aider ?

Merci, je prends juste le nécessaire pour deux jours.

Je mettrai la voiture dans le garage.

Vous ne restez pas longtemps alors ?

Deux jours.

Comme M. Gianni. Il ne reste jamais longtemps.

Dommage que vous ne restiez pas plus.

Le frère de madame vient encore à Volterra ?

Bien sûr qu'il vient.

C'est madame Sandra qu'on ne voit plus.

Depuis deux ans, M. Gianni vient plus souvent.

L'an dernier, il est venu

passer Pâques ici.

C'est impossible.

L'an dernier, à Pâques, il était malade à Londres.

Il n'a pas pu venir à notre mariage.

On l'a même appelé.

C'est vrai.

D'ailleurs, je lui ai même parlé.

À Pâques, il était ici.

Il est arrivé le Vendredi saint.

Il a passé tout le mois d'avril ici.

Il était là quand ils ont conduit madame votre mère à Palagione.

Et il était déjà venu avant ?

Avant et après.

Je disais justement à votre mari qu'il venait souvent.

- Vous ne le saviez pas ? - Eh bien...

Non. Je n'en savais rien.

Il ne m'a rien dit.

C'est un vrai palais, Sandra. Je ne m'attendais pas à ça.

On se croirait dans un musée.

Désolé. J'avais oublié.

Dis-moi les valises que tu veux que je monte.

Bon, je m'en occupe.

Et maître Gilardini ?

L'avocat ?

Il a envoyé des fleurs. Vous ne les avez pas vues ?

Il ne voulait pas vous déranger.

Il vous verra demain à la mairie.

Il vous donnera des nouvelles de Madame.

J'allais souvent la voir à la clinique.

Mais, là-bas, à la villa,

l'avocat ne veut pas.

Les médecins sont contre, apparemment.

Elle est bien. Elle a une infirmière à domicile.

Le fils Fornari,

l'assistant du professeur Zanutti,

passe la voir tous les jours.

Il m'a dit

que Madame était mieux à la clinique.

Elle est trop isolée.

Très bien. Merci, Fosca.

J'ai préparé la salle à manger.

Voulez-vous que je dorme ici, au cas où la famille de Florence arriverait ?

Non.

On n'attend personne de Florence.

- Sandra. Regarde-moi. - Que veux-tu ?

Allez, souris.

Arrête. Je t'en prie.

Viens t'asseoir.

Parfait.

Tu vas rire.

Je m'étais encore perdu.

Cette maison est étrange.

Comme toi, en fait.

Non. Arrête.

S'il te plaît.

J'arrête.

Tu parles d'un compliment.

Mais c'en est un.

Alors on pourrait s'installer ici ?

Pour de bon ?

C'est une bonne idée.

Je t'ai fait peur.

Pauvre Andrew.

- C'était un compliment ? - Quel est le rapport ?

Ne te défile pas.

Tais-toi.

Au moins, je t'ai fait rire.

Désolée. Je m'excuse.

Ce sont ces télégrammes.

Je n'y comprends rien.

Parlons d'autre chose.

Si on allait dans le jardin ?

On verra dans quel état il est.

On ne verra rien. Il fait nuit.

On allumera l'entrée.

Ça devrait suffire.

Je vais me chercher un châle, d'accord ?

D'accord.

Non, pas par là.

- C'est fermé depuis des années. - Pourquoi ?

C'est l'appartement de ma mère.

C'est fermé depuis qu'elle est tombée malade.

Je comprends.

Si tu veux,

je te ferai visiter demain.

Volontiers.

Allons-y.

Sandra. J'ai cru voir quelqu'un.

Désolée de te décevoir, mais la maison n'est pas hantée.

Sandra.

Gianni.

Quand es-tu arrivé ?

- Fosca sait que tu es là ? - Fosca est ma complice.

Ils ne viendront pas.

Qui ?

Le frère de papa et les cousins.

Ils ont envoyé des télégrammes pour s'excuser.

Ils sont vieux. Ils ne veulent plus voyager.

Non, c'est nous. Ils ne veulent plus nous voir.

C'est la faute de maman. Ça t'étonne ?

Gianni, ton beau-frère.

J'avais deviné. Ravi de te connaître.

Tu vois, il est venu.

C'est la statue de votre père ?

Excusez-moi. Je vais voir l'inscription.

Je rentre me changer, si ça ne vous ennuie pas.

Gianni. Je ne repartirai pas avant d'être sûre

d'avoir fait tout ce qu'on doit faire.

Oui, je m'en doutais.

Mieux vaut que je t'explique la situation.

Tiens.

- Je ne comprends pas. - Lis.

- C'est quoi ? - Lis.

Fosca a dû te dire que je passais parfois en coup de vent.

Oui. Elle me l'a dit.

Et ça m'a surprise. Je n'en savais rien.

Tu as laissé ton mari tout seul ?

C'était quoi, son nom ?

- Andrew ? - J'arrive.

Charmant, ton mari.

Je lui disais que tu étais charmant.

Merci, mais on se connaît à peine.

Je me fie toujours à mes premières impressions.

- Sandra est une bonne épouse ? - Oui.

Ici, elle ne faisait jamais rien.

Désordonnée, paresseuse.

Désordonnée et paresseuse. Alors, elle n'a pas changé.

C'est drôle. Je pensais que le mariage la changerait.

J'espère qu'elle t'avait prévenu.

Elle m'a tout dit.

Absolument tout ?

Arrête, Gianni.

Aide-moi. Je ne comprends pas.

Ce sont les reçus de tout ce que j'ai vendu.

Je suis toujours à court d'argent.

Mes revenus et la rente que nous verse Gilardini

ne mènent pas loin.

Sandra te l'a sans doute dit.

J'ai choisi un métier difficile. Ambitieux.

Risqué.

Je sais que tu t'intéresses à tout.

Sa façon de dire que je suis un bon à rien. Et c'était vrai.

Je me dispersais trop.

Je me suis mis à écrire pour les journaux.

La chronique mondaine. Rien de bien sérieux.

Mais ça m'a permis de découvrir une chose. J'aime écrire.

Et j'ai commencé un roman.

Mon éditeur le trouve bon.

- C'est vrai ? - C'est ce qu'il dit.

C'est un livre de souvenirs.

Des souvenirs de mon adolescence.

C'est vrai ?

Tu vois ? Elle n'a jamais cru en moi.

Quand je serai riche et célèbre, là, tu me croiras.

Malheureusement, on n'en est pas encore là.

Et quand je suis fauché, je viens ici.

Et je vends quelque chose ou je le mets en gage.

Tu verras, l'argenterie a diminué.

- Et le soi-disant Raphaël a disparu. - Gianni.

Tout ça est à nous.

À Sandra et à moi,

mais je devais attendre d'être majeur pour en disposer.

J'aurais dû demander l'accord de Sandra,

et celui de notre tuteur. Mais non.

Mais tu seras remboursée.

Avec les intérêts.

Tu as bien fait.

Et Gilardini est au courant ?

Bien sûr.

Et il pense que tu le sais aussi.

Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

Je ne voulais pas t'inquiéter.

Dis-moi, Andrew.

Tu trouves ça juste, toi ?

Que je sois obligé de revenir dans ce lieu sinistre

pour me procurer un peu d'argent ?

On doit prendre une décision.

Demain, le parc sera ouvert au public, en hommage à notre père.

Au moins, les gens en profiteront. Mais la maison ?

Que va-t-on en faire ?

Attendre qu'elle s'écroule ?

Une autre donation ? Ça coûterait trop cher.

On pourrait vendre les antiquités, ou louer la maison,

si tu refuses de la vendre.

Tu as une idée précise ?

Oui. Celle-là.

Mais j'ai besoin de ton accord.

Je ne veux pas m'en occuper.

Sandra, voyons...

Tu es fâchée.

Si j'ai dit ou fait quelque chose qui t'a contrariée,

je m'excuse.

Ne te déshabille pas devant moi comme ça.

Tu te crois où ? Dans ta salle de bains ?

Vous avez raison, madame.

Toutes mes excuses.

Je vais finir de m'habiller et je reviens.

Une minute.

Madame ne nous offre rien à boire ?

Il n'y a rien à boire ici.

Fosca n'y a évidemment pas pensé.

On n'a plus qu'à aller s'approvisionner au café.

- Tu le connais ? - Non, on n'est pas sortis.

Elle veut t'enfermer.

Ne te laisse pas faire.

Ce que tu peux être bête.

Allez-y sans moi.

- Pourquoi ? - Ça te dérange si je ne viens pas ?

Je suis épuisée.

- Si on restait ici ? - Non, sortez tous les deux.

Je vais me coucher.

Quoi ?

Tu dois avoir des tas de choses à me raconter

et moi aussi.

- Et tu veux dormir ? - Exactement.

Je préfère qu'on se dise tout ça demain tranquillement.

N'oublie pas de leur dire de nous livrer une bouteille.

Ne faites pas de bruit en rentrant.

Je risque de te réveiller.

Aucun risque.

J'irai dans mon ancienne chambre.

Je ne pourrai pas dormir dans la chambre d'ami.

Au fil des siècles, les incendies ont détruit

maisons, églises, fortifications et même la nécropole étrusque.

On a fait appel à des experts

mais ça n'a servi à rien.

Là-bas, tu vois ?

C'est San Giusto.

Volterra est la seule ville condamnée à mourir de maladie

comme la majorité des gens.

Non ! Attention !

On peut facilement glisser.

Là, regarde. C'est la vieille abbaye.

Les moines ont dû l'abandonner

parce qu'elle menaçait de s'écrouler.

Voici un bel exemple d'architecture du 14e siècle.

L'église San Giusto.

Excuse-moi.

C'est magnifique.

Et tu es un guide fabuleux mais j'ai la tête ailleurs.

Tu sais, je suis très amoureux de ta sœur.

Tu m'en vois ravi.

Elle m'a beaucoup parlé de toi et de votre famille,

mais, pour moi,

Sandra est née le jour de notre rencontre à Genève.

Elle était interprète là où je travaillais.

Elle était douée ?

Elle était compétente.

Mais elle a fait preuve d'un courage inouï

pendant nos recherches à Auschwitz

avec les anciens compagnons

de votre père.

Avant ces recherches,

je croyais tout savoir de ta sœur.

Mais pendant notre enquête sur cet homme que je ne connaissais pas

et qu'au fond, elle connaissait peu,

je me suis rendu compte que...

Je ne l'avais jamais vraiment comprise.

Tu as déjà été amoureux ?

Comme tout le monde.

Alors, tu as dû ressentir ce désir

de tout connaître

sur la femme aimée.

Mais cette curiosité s'estompe vite.

On aime une femme pour ce qu'elle est, pas pour ce qu'elle a été.

C'est ce que je pensais et je le penserai à nouveau.

Mais pas en ce moment.

Raconte-moi quelque chose sur ta sœur.

Sur sa vie ici.

Tu veux que je te parle de son premier amour,

ou de ses premiers amours.

Non, je ne pensais pas à ça.

Que veux-tu savoir alors ?

Je ne sais pas exactement.

Quelque chose de sa vie ici.

Je suis étranger.

Cette ville est différente d'une ville de province de chez moi.

Je ne pense pas.

La vie de province est la même partout.

Les mêmes passions exacerbées,

qui semblent dérisoires ailleurs,

mais qui vous assaillent dès que vous rentrez.

Même après un siècle.

- Qu'est-ce que tu prends ? - Une bière.

Bienvenue. Ça va ?

Merci. Oui et toi ?

Ça va. Mlle Sandra est rentrée aussi ?

Oui. Son mari : Andrew Dawdson.

Enchanté.

Mariella, deux bières.

Et fais-nous livrer du whisky.

Tout de suite.

J'ai une surprise pour toi.

La premier amour de ta femme.

Ne te retourne pas.

Le fils de notre métayer. Un garçon épatant.

Pour elle, il a étudié et il est devenu médecin.

Il s'en est bien sorti.

C'est l'assistant du professeur Zanutti.

- Je te le présente ? - Pourquoi pas.

- Vraiment ? - Oui.

- Gianni ! - Tu as l'air en forme.

Tu as une minute ?

Excusez-moi.

Je te présente Andrew Dawdson, le mari de Sandra.

Bonsoir.

Andrew est l'heureux mortel qui a épousé ma sœur.

Au fait, comment va-t-elle ?

Et voilà.

Là ?

Oui.

C'est immense. Je ne m'y ferai jamais.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

- À demain, dix heures. - À la mairie.

D'accord.

Je suis si heureuse que tu sois venu.

- Tu n'as pas changé. - Toi, si.

Tu es encore plus belle.

Maman.

Demain, c'est l'anniversaire de mon père.

Je le referai.

M. le maire, étant donné le retard de la dame,

pourrions-nous célébrer le mariage prévu pour 10 h ?

Ils attendent depuis 10 h.

Veuillez m'excuser. Je ferai vite.

La voilà.

En retard le jour de l'anniversaire de ton père.

Je vous présente ma sœur.

Vous connaissez M. Notarianni ?

Oui.

Voici le contrat. Lisez le bien.

M. Gilardini a déjà donné son accord.

En effet.

Tout est en ordre.

J'en avais marre de jouer au mari.

Qu'est-ce que tu fichais ?

Que veux-tu ?

Pourquoi es-tu venue m'humilier ?

On ne te voit pas pendant quatre ans.

Et tu te glisses ici comme un serpent.

Tu en profites parce que je suis malade ?

Je dirai à Antonio que tu es venue m'insulter.

Il te punira.

Nous pouvons passer à la signature de l'acte.

Votre frère m'a dit que c'est grâce à vous

si le jardin et le terrain adjacent

deviendront demain un parc public

portant le nom de votre père.

Au nom de tous nos concitoyens,

je vous prie d'accepter notre gratitude

pour ce don généreux.

Tu as peur, hein ?

Ton père. Tu ne veux pas savoir la vérité sur ton idole.

Et pourtant...

Tu as du sang juif, comme lui.

Tu es vicieuse comme lui.

Des petits vices,

prudents, sales.

Des vices secrets.

Mon frère et moi pensons

que le meilleur moyen de manifester votre affection

pour notre père

est de nous aider à faire la lumière sur sa fin tragique.

Je crois que tout est prêt.

Tu as été voir maman ?

Je crois que c'est bon.

La cérémonie aura lieu demain à 10 h.

Je suis un piètre orateur.

Je demande votre indulgence.

Je ferai de mon mieux.

- Je vous remercie. - Non, c'est nous.

C'est vous que je cherchais.

J'arrive au bon moment.

Que vous-est-il passé par la tête ?

Vous auriez dû me demander l'autorisation de voir ma femme.

Vous le saviez puisque vous êtes venu ici

pour vous excuser.

C'est moi qui lui ai demandé de m'accompagner.

Et tu t'es plainte de la manière dont ta mère était traitée.

Et tu as dit que je l'avais fait sortir

non pour son bien-être

mais pour servir mes intérêts.

- Personne n'a jamais dit ça. - Si. Demande à Sandra.

Je ne veux pas de scandale.

Je n'en ai jamais voulu.

- Il est grand temps de nous expliquer. - Je ne demande pas mieux.

On pourrait peut-être faire ça plus tard.

Et ailleurs.

Gianni a raison.

Ce n'est ni le lieu, ni le moment.

Tâchons de garder notre calme.

Évitons de dire des choses qu'on pourrait regretter plus tard.

Allons-y.

Quelqu'un a dû essayer de nous le dire.

Maintenant, je n'ai plus aucun doute.

Ce sont eux qui l'ont dénoncé.

Quand ma mère a appris la mort de notre père,

elle n'a plus voulu voir Gilardini.

Elle essayait d'oublier dans les bras de ses amants.

C'est la preuve de leur culpabilité.

- Elle a fini par épouser Gilardini. - Bien plus tard.

Il a su attendre.

Il savait que maman,

malgré ses amants, ses voyages improvisés

finirait par céder.

C'est ce qui s'est passé.

Elle est tombée malade...

et elle l'a épousé.

Il a voulu jouer le chef de famille.

Il a voulu reprendre les affaires de la famille en main.

Il s'est occupé de nos études.

Nous n'étions jamais allés à l'école.

Une institutrice venait chez nous.

Il a décidé d'envoyer Gianni en pension à Florence

et moi, dans une école religieuse.

Il ne supportait pas de se sentir jugé.

Ceci dit...

Ça se comprend.

Gianni a écrit à maman.

Il lui disait qu'il préférait mourir plutôt que d'aller en pension.

Il a pris du véronal.

C'était un faux suicide.

Et moi,

j'étais complice.

C'est normal que des enfants inventent des jeux de ce genre ?

Il faut dire qu'on n'a pas eu une enfance normale.

Tu ne peux pas imaginer combien de fois Gilardini s'est moqué

du suicide de Gianni.

Il en parle encore comme d'un scandale.

Gianni a fini par obtenir gain de cause.

Maman s'est opposé à son départ et nous a inscrits à l'école communale.

On prenait un malin plaisir

à rester silencieux devant Gilardini

et à ne jamais être vus ensemble.

On avait inventé un nouveau jeu.

On s'amusait comme des fous.

On communiquait

par des messages qu'on laissait

dans des cachettes

qui changeaient chaque jour.

Tu veux que je te montre ?

Si tu veux.

Viens.

Ici, dans la bouche de soufflage.

Ou là.

Dans ce vase.

Un jeu un peu sinistre, non ?

Sinistre ?

Pas du tout.

Où vas-tu ?

Viens.

Parfois, on en mettait un ici.

Viens.

Dans la chambre de maman.

Dans la pendule.

Qu'est-ce que tu as trouvé ?

Un mot.

"Important. Urgent.

Ton fidèle esclave t'attend à la citerne.

Attention à ne pas être suivie."

Ça ne devait pas être si urgent s'il est encore là après tout ce temps.

Tout ce temps ?

Pourquoi ?

Qu'est-ce que tu crois ?

Rien.

Tu sais qui était l'esclave

qui m'attendait à la citerne ?

Pietro, le fils de notre métayer.

On était amoureux et Gianni était notre ange gardien.

Chez nous, ça aurait été simplement inacceptable.

Ça aurait fait scandale.

Gianni m'en a parlé.

Que t'a-t-il dit d'autre ?

Que les drames de la vie de province semblent dérisoires

quand on est loin.

Mais quand on revient, même après une longue absence,

ils nous assaillent à nouveau.

Ma chérie,

je ne veux pas que ça t'arrive.

Tout ça, c'est vieux.

Oublie le passé de ta mère,

surtout vu son état actuel.

Et puis, je suis sûr que ce n'est pas vrai.

Ce que tu m'as dit ne prouve rien.

C'est normal que vous ayez rejeté Gilardini.

Les enfants détestent souvent leurs beaux-parents.

C'est normal.

Sandra...

Je veux qu'on quitte cette ville dès que possible.

Tu es jaloux de nos fantômes.

Je suis jaloux de tout. Je sens une force étrange

qui essaie de t'éloigner de moi. Et j'ai peur.

Mais je t'aime.

Tu sais que je t'aime.

Madame se repose. Ne la réveillez pas.

Je sors un moment.

Très bien.

Gianni ?

Gianni ?

Où es-tu ?

Alors ? Tu en as mis du temps.

Les espions ne t'ont pas suivie ?

Mais non.

Mais je te préviens.

Andrew a trouvé ton mot.

J'arrive.

Pourquoi m'as-tu fait venir ici ?

Je cherchais...

Une preuve.

Que veux-tu me dire ?

Des tas de choses.

Je voulais te parler hier mais ta porte était fermée.

- C'était toi ? - Oui.

Tu fermes ta porte à Andrew ?

Le pauvre. Ce n'est pas très gentil.

Je te croyais heureuse.

Mais je...

Je suis heureuse.

Rentrons à la maison.

On peut très bien parler là-bas.

On est chez nous ici aussi.

Avant.

Plus maintenant.

Que veux-tu ?

Tu me la prêtes ?

Juste aujourd'hui.

Tu es fou.

Tu es fou.

Tu es fou, fou.

Rends-la-moi. Je t'en prie.

Seulement jusqu'à ce soir.

C'est ridicule.

Tu es inconscient.

Tu aurais pu venir voir maman avec moi.

Deux monstres.

Deux monstres. Mes enfants.

Oui, mes enfants.

Et Gianni se mettait toujours là, derrière la porte.

Que voulez-vous savoir ?

C'est moi qui veux savoir si ce sont des monstres.

Mes ennemis.

Ne me dis rien.

Je te détesterais.

S'il te plaît.

Tu te souviens de la première fois qu'on est venus ?

La vent a claqué la porte.

Et tu t'es mise à pleurer.

Tu pensais que personne ne viendrait nous chercher.

Tu veillais sur moi à l'époque.

Je continue.

Je te jure.

- Va dans la chambre de maman. - Pourquoi ?

Tu trouveras mon roman.

Lis-le et tu comprendras.

Tu ne me crois pas ?

Lis-le et tu comprendras.

Tu comprendras pourquoi je ne veux pas que tu me dises qui tu as vu.

Je le sais, mais je ne veux pas en parler.

Ce sont des choses dont je me suis enfin libéré.

À jamais.

Je regrette de devoir vous mêler à tout ça.

Vous devez avoir tant à faire.

Mais vous semblez être un homme intelligent.

Un homme raisonnable.

Je voulais vous voir

parce que j'ai un service à vous demander.

Je voudrais vous confier

la gestion du patrimoine

de Gianni et Sandra.

Je vous prie de leur faire savoir

que je ne veux plus me charger de leurs affaires.

Je ne veux plus jamais les revoir.

Veuillez m'excuser.

M. Gilardini,

je crois avoir compris que vous comptez venir avec le notaire.

Ne serait-ce pas mieux de leur parler directement ?

Non.

Je ne mettrai plus les pieds là-bas.

Vous ne savez pas ce que j'ai fait

pour ces deux enfants et leur mère.

Des miracles. Sans moi,

leur patrimoine serait parti en fumée. Mais il est intact.

Cette pauvre malheureuse,

vous pouvez imaginer ce qui serait arrivé

si je n'avais pas été là.

Je veillerai sur elle jusqu'au bout.

Que ce soit clair. Moi.

Avec mes pauvres moyens.

Sans l'aide de personne.

Vous devriez parler à Sandra et à Gianni.

Il faudrait éclaircir tous ces malentendus.

Ces malentendus ?

Vous appelez ça des malentendus ?

Soyons sérieux.

Vous croyez que je vais écouter leurs insinuations...

Je vous en conjure.

C''est à cause de leur mauvaise éducation. Je le sais.

J'ai eu tort de céder.

Je n'aurais jamais dû céder.

Je sais. Sandra m'en a parlé.

- Ah bon ? - Oui.

Elle m'a parlé de l'adolescence difficile de Gianni.

De sa tentative de suicide pour émouvoir sa mère.

C'est assez fréquent à cet âge.

Pas tant que ça.

Je crois que si.

Sandra m'a aussi parlé du fils de votre métayer,

le docteur Fornari.

Mais c'est du passé.

Pauvre Dr Fornari.

M. Dawdson,

Plus que de l'amour pour Sandra, le Dr Fornari éprouvait... Comment dire ?

Une véritable vénération.

Ça n'a rien d'étonnant.

Sandra à 16 ans était aussi belle qu'aujourd'hui.

Et d'un milieu bien plus élevé.

Socialement, j'entends.

Je comprends...

Je comprends que la mère de Sandra n'ait pas apprécié leur amitié.

Les ragots de province.

C'est toujours pareil.

Vous savez, ce ne sont pas

ces enfantillages qui ont anéanti la famille de ma femme.

C'est autre chose.

Quoi ?

Pouvez-vous me le dire ?

Alors ?

Tu ne dis rien ?

C'est si mauvais que ça ?

Moi, je trouvais ça bien.

- Qui d'autre a vu cette horreur ? - Mon éditeur.

Et quand il sera publié...

Tu ne peux pas le publier.

Pourquoi ?

Tu en fais une affaire personnelle ?

Réfléchis.

C'est un roman.

Une œuvre de fiction.

Personne ne pensera que c'est juste un roman.

Qui ça, personne ? Quelques idiots ?

Ce sont eux qui t'inquiètent ?

D'après toi, on devrait avoir honte

d'un péché qu'on n'a pas commis ?

Tu n'es qu'une petite bourgeoise.

Mais pas moi.

Je me fiche de ce que pensent les gens.

Mais s'ils veulent des ragots,

ils vont être servis.

Imagine la tête qu'ils feront

quand ils liront :

"Mon désir s'épanouissait au lieu de s'estomper.

Je me jetais sur le corps de ma sœur

comme sur le corps d'un ennemi

dans une quête vaine et violente de plaisir."

C'est bien écrit, non ?

Arrête.

Tu es pire qu'eux.

Que veux-tu ?

Combien veux-tu pour le détruire ?

Combien ?

Ça n'a pas de prix.

Tu voudrais que je renonce à l'argent

mais aussi au succès ? Ta réaction...

prouve que mon livre sera un succès.

Je suis orgueilleux.

Combien veux-tu ?

Dis-moi juste une chose.

Pourquoi veux-tu que je le détruise ?

Ton livre deviendrait une arme dans les mains de nos ennemis.

C'est pour ça ?

C'est aussi pour ça.

Pourquoi cherchais-tu à m'éviter ?

Tu m'évitais aussi.

Tu n'es même pas venu à mon mariage.

Tu as préféré venir ici.

Je suis tombé malade le jour où tu m'as annoncé ton mariage.

J'ai eu des convulsions.

C'était digne d'un héros romantique.

Ça m'était déjà arrivé ?

Ici, personne n'a pu me le dire. J'ai eu peur.

Et je me suis réfugié ici.

Tant d'années s'étaient écoulées depuis notre séparation.

Pendant ces longues années,

j'ai à peine pensé à toi.

À notre adolescence.

Ma vie avait changé

si radicalement qu'elle avait effacé le passé.

Je voulais tout voir,

tout connaître, voyager, aimer.

J'étais constamment amoureux,

à tel point que ça n'avait plus de sens.

Je l'ai compris le jour

où tu m'as annoncé ton mariage.

Je me suis souvenu de tout.

Nos silences, nos conversations,

mes angoisses, mes inquiétudes.

Nos promenades, nos nuits blanches.

Mais surtout le bonheur d'être avec toi.

Un sentiment ressenti enfant

à l'âge où on devrait tout ignorer des passions.

Toi seule peux me comprendre.

Toi seule peux m'aider.

Toi aussi, tu as peur de la solitude,

peur du retour soudain

d'un souvenir, d'un son, d'une voix.

D'une couleur.

J'ai voulu graver ces sensations dans une fable.

Mais l'enfant qui éprouvait la passion d'un adulte

est devenu un adulte

incapable de retrouver l'innocence d'antan.

Je ne peux pas t'aider.

Je t'en supplie.

Reste encore un peu avec moi.

Je ne peux pas.

Tu sais...

J'ai retrouvé, dans les papiers de maman,

une lettre que tu lui avais écrite gamin.

Tu devais avoir 9 ans.

Maman était encore partie.

En tournée.

Tu lui disais : "Maman chérie,

je suis ravi que tu sois bien arrivée à Vienne.

Sandra et moi

avons déjà fait nos devoirs.

Je n'ai pas pu mettre à l'eau

le bateau

que tu m'avais offert.

J'ai eu trop de choses à faire

dans mon petit jardin."

À son retour de Vienne,

elle nous a couverts de cadeaux.

Tu te souviens ?

Andrew.

J'ai invité Gilardini et le Dr Fornani à dîner

ce soir, à 20 h.

Essaie de faire un effort.

Ton mari a bien fait d'inviter Gilardini.

Ce sera un soulagement pour tout le monde.

Sandra, essaie d'être aimable.

Ça va tous nous soulager.

L'éclairage n'est pas terrible.

J'ai fait de mon mieux.

Tu bois quelque chose ?

C'est toujours mieux que le néon. J'ai horreur des néons.

Il y en a partout en Amérique ?

Dans les bureaux et les cafés.

Les lieux chics préfèrent les chandelles.

Je vois.

Savais-tu que la lumière, selon son intensité

et donc selon sa couleur, a des effets cliniques spécifiques ?

Le rouge, par exemple,

a un effet aphrodisiaque.

Non, je ne savais pas.

Désolé mais je ne pourrai pas rester.

Je suis de garde à l'hôpital. Je suis déjà en retard.

Attends. Reste dîner, tu iras après.

Insiste un peu. Personne ne peut dire non à Sandra.

Malheureusement, je dois refuser.

C'est la fin du monde. Il ne t'aime plus.

Tu devrais protester.

Désolé. Je resterais si je pouvais.

Ce n'est pas grave. Je comprends.

Comment allez-vous ?

Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien. - C'est de ma faute.

Elle m'en veut.

Elle a détesté mon roman.

Je n'aurais pas dû lui montrer.

Mais il y a des gens qui l'ont aimé.

Et ce soir, j'étais heureux.

J'avais trouvé ce que je cherchais.

Le titre.

Leopardi. Tu connais ?

Ça ne m'étonne pas.

Vagues flammes de l'Ourse

Qui m'aurait dit que je viendrais vous contempler

Dans le jardin paternel scintillantes

Et parler avec vous des fenêtres de ce logis

Où j'habitais enfant

Et découvris la fin de mes bonheurs.

- M. Gilardini est là. - Faites-le entrer.

Entrez.

J'étais tellement fâché contre toi

que je m'étais juré de ne plus remettre les pieds ici.

Tu vois, je suis franc avec toi.

Ton mari s'est montré

si compréhensif, généreux, il a tant insisté pour que je vienne.

Faisons en sorte

que tout se passe bien pour le bien de tous.

- Bonsoir, Gianni. - Bonsoir.

Voulez-vous boire quelque chose ?

Volontiers.

Je dois y aller, Sandra. Il se fait tard.

Tu es un drôle de type. Tu ne changeras jamais.

Laisse-le partir.

Tu vois ? Elle te défend.

Comme quand on était petits.

Sandra, c'est moi qui ai invité le docteur.

J'ai longuement parlé à M...

- Gilardini. - Désolé, M. Gilardini.

- De l'eau ? - Oui, s'il vous plaît.

Il n'est pas contre le retour de votre mère à la clinique

si vous pensez que c'est mieux pour elle.

J'en ai déjà parlé à Pietro.

Je connais son point de vue.

Tu penses que je l'ai influencé ?

Excusez-moi. Mais je préfère m'expliquer.

Je t'ai dit ce que je pense et je m'y tiens.

Mais je t'ai aussi dit que ta mère

était plus confortable à la villa qu'à la clinique. Je voudrais

essayer une thérapie

basée à la fois sur ce que je sais sur ta mère

et sur les méthodes scientifiques.

M. Gilardini serait d'accord

pour tenter l'expérience.

Il a vu les bienfaits de ta visite ce matin.

Oui.

Votre mère n'a cessé

de répéter à l'infirmière

que demain, elle tenait à assister à la cérémonie.

Elle a compris.

Même si,

au bout de quelques minutes, elle avait déjà tout oublié.

- N'est-ce pas ? - Oui, c'est exact.

Vous n'envisagez pas de la faire venir à la cérémonie ?

On sait tous que c'est inutile.

Parce que vous l'aurez bourrée de calmants.

Que veux-tu insinuer ?

Parle clairement.

Ce que j'ai dit.

S'il te plaît, Sandra.

On s'est réunis pour essayer de trouver un accord.

Ne nous disputons pas.

Quel accord ?

Vous l'avez entendue ?

Je la connais bien.

Ce n'est pas dur de comprendre ce que cache ce regard hostile.

Impitoyable.

À quoi bon chercher un accord ?

- Parlons franchement. - Oui.

Vous voyez ?

Dès qu'on te parle franchement,

tu esquives.

Tu deviens fuyante,

intraitable, agressive.

M. Gilardini...

Quelle est cette vérité que tu tiens tant à découvrir ?

Je n'en connais qu'une.

Celle que tu veux cacher.

Je ne comprenais pas ce que tu manigançais.

Je ne le comprends que maintenant.

Calmez-vous.

Elle nous accuse, sa mère et moi, son beau-père,

d'un crime horrible

pour préserver sa propre innocence,

pour occulter les horreurs que, pendant des années,

on a tenté de cacher comme les chats cachent leurs excréments.

Non merci.

Je te laisse à tes perversions.

M. Gilardini, je vous en prie.

S'il vous plaît.

Attendez.

Vous ne pouvez pas partir comme ça.

Vous me devez des explications.

- J'ai besoin de savoir. - Il a raison ! Dites-lui tout.

Ça m'est égal.

Je ne peux compter sur personne.

Même pas sur toi.

Surtout pas sur lui.

Comment pourrait-il t'aider ?

Tu lui as dit combien de fois

j'ai dû te tirer d'affaire ?

J'en ai les preuves.

J'ai de quoi l'envoyer en prison.

Je n'hésiterai pas à le faire si ça continue.

Il ose se présenter devant nous,

menacer de se suicider,

maudire ses tares héréditaires

et ses amours incestueux.

Mieux vaut en rire.

- Que veux-tu ? - Regarde-moi.

- Tu ne dis rien ? - Il n'y a rien à dire.

Dis quelque chose.

- Je... - Défends-toi.

- Je... - Parle, espèce de lâche.

Non ! Laisse-le !

Ça suffit !

Arrête.

Je t'en prie. Je t'en supplie.

Laisse-le.

Je t'en supplie.

Laisse-le.

Laisse-le.

Ne lui fais pas de mal.

Laisse-le. Laisse-le.

Réponds-moi.

Qui crois-tu ? Eux ou moi ? Réponds-moi.

J'avais confiance en la femme que j'ai épousée.

Je donnerais tout pour pouvoir te croire.

Parce que...

Parce que j'ai honte d'avoir dû fouiller dans ton passé.

Ce n'est pas la réponse que j'attendais.

Je suis désolé. N'en parlons plus.

Mais moi,

j'ai quelque chose à ajouter à ce qui a été dit.

Quand on s'est séparés, lui et moi,

je me suis retrouvée seule.

Seule au monde.

J'étais aux abois.

Et malgré tout,

quand il m'écrivait pour me supplier de le rejoindre, je refusais.

Malheureusement.

La calomnie avait tout gâché.

Elle avait épuisé le sentiment qui nous unissait.

Nous n'avions rien...

rien à nous reprocher.

Nous voulions juste prouver à tous

et à nous-mêmes

la nature de notre lien,

une fidélité passionnée

à la mémoire de notre père.

À nos origines.

Sandra. Toi aussi, tu dois oublier le passé.

Partons d'ici,

ensemble. Immédiatement.

Non.

Tu crois qu'on peut continuer à vivre ensemble ?

Nous n'avons plus rien à nous dire.

Enfin, je crois.

Non.

Tu n'oseras pas me dire ce que tu penses.

Et je suis fatiguée.

Je répéterai ce que j'ai dit

et tu ne me croiras pas.

Je comprends. Même si tu arrives

à étouffer ton désir d'en savoir plus,

ce qu'on dit à Volterra est peut-être vrai.

Non, c'est impossible.

Non.

Je reste ici.

Je n'oublie rien.

Je sacrifierai ma vie.

Je ne peux pas oublier.

Et je refuse qu'on me pardonne.

Parce que je ne pardonnerai pas.

Andrew est parti.

Une sortie en beauté.

Tu vois ?

Lui non plus ne t'a pas aidée.

Sa scène est terminée.

Pauvre Sandra.

Que vas-tu faire ?

Lui courir après

et l'attacher ?

Écoute-moi.

On va rester ensemble

et faire comme si le temps s'était arrêté.

Reste quelques jours

et prends ta décision.

- Tu n'as pas honte ? - De quoi ?

D'avoir le courage de reconnaître

ce à quoi tu n'oses même pas penser ?

C'est la vérité.

Tu le sais.

N'aie pas peur.

Laisse-moi. Tu me fais mal.

Tu sais que j'ai raison.

Tu sais que je dis la vérité.

Tu me rappelles ces filles qui prennent le voile

par dépit amoureux.

Folles de désir, elles transforment leur sensualité en mysticisme

et mortifient leur corps

pour pouvoir en jouir.

Et elles s'obstinent à persécuter

celles qui ne culpabilisent pas.

Tu te disais désespérée,

seule, encore liée à moi, à notre passé.

Tu as visité les camps

pour reconstituer le calvaire de notre père.

Tu as caché ton amour pour moi derrière un masque d'abnégation.

Tu t'es créé une morale

qui t'autorisait à persécuter une pauvre malade et un lâche.

Pour satisfaire cette noble ambition, tu as chassé

un mari qui t'aime, comme moi.

J'ai beau être cynique et pervers,

je peux encore être généreux.

J'ai brûlé mon roman pour toi.

Tu es si jeune, si belle.

Reviens avec moi, comme avant.

Aide-moi. Reste avec moi.

Ne me quitte pas.

Ne m'abandonne pas. Je t'en conjure.

Ne m'abandonne pas

à nouveau.

Je t'en supplie.

J'ai brûlé mon livre.

Crois-moi. Si tu pars, je me tue.

Je te jure. Je me tue.

Ce ne sera pas

comme les autres fois.

Si tu pars, tout est fini pour moi.

Regarde.

J'ai tout préparé.

Je te le jure.

Regarde.

Crois-moi.

Je te le jure.

Tu ne me crois pas.

Pour moi, tu es déjà mort.

Sandra chérie, demain, je pars à Rome et ensuite à New York.

Inutile de te dire que je t'attendrai.

Je n'insisterai pas.

Je suis parti parce que je sais que tu as besoin d'être seule.

Pour moi, le passé est toujours la base de l'avenir.

J'espère que ton choix nous réunira.

À bientôt, mon amour. Andrew.

POUR SANDRA

Sandra.

Je suis seul et désespéré.

J'attends.

Je t'attends.

Pourras-tu vaincre le dégoût que je t'inspire ?

Je suis au fond d'un abîme,

dans l'enfer le plus noir qui soit.

J'ai peur.

J'ai peur.

J'ai peur.

Je ne veux pas mourir.

Je ne veux pas mourir.

À l'aide.

Je ne veux pas mourir.

Je ne veux pas mourir.

Je ne veux pas mourir.

Je ne veux pas...

Sandra.

Je me souviens de ce soir d'avril 1942.

Nous espérons la même chose, Andrew.

Tu m'as mise à l'épreuve.

Je n'ai pas trahi ta confiance. On sera bientôt réunis.

Et tes rêves se réaliseront

loin des fantômes et des regrets.

M. ANDREW DAWDSON

Je t'embrasse.

Nous devrions commencer la cérémonie.

Très bien.

Posez-la ici.

EMPORTÉ PAR LA FOLIE NAZIE

Mesdames et messieurs,

c'est la première fois que notre ville rend hommage

à son célèbre homme de science.

Fosca, dites à M. Gianni que je suis partie à la cérémonie.

- Il est tard. - Bien.

Monsieur ?

Monsieur Gianni ?

Monsieur ?

...pour ses qualités et son génie.

Mais ce n'est pas le seul souvenir qu'il nous laisse.

Si nous remontons au temps de notre jeunesse,

il n'est pas difficile de retrouver l'image

d'Emanuele Luzzati.

Docteur !

- Quoi ? - Je ne trouve pas Monsieur.

J'ai frappé à la porte de sa chambre.

Vous avez bien cherché ?

- Dans la salle de bains ? - Juste sa chambre.

Allons voir.

Il n'est pas là.

Regardez, la porte est ouverte.

Non, Fosca, par ici.

Sous-titres traduits par: Catherine Louveau

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