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Zulu
Tous présents et recensés.
Merci, Capitaine.
À partir de maintenant...
vous dépendez de l'Administration Pénitentiaire de la Guyane française.
Après avoir purgé votre peine au bagne...
ceux d'entre vous qui ont été condamnés...
à huit ans de travaux forcés ou davantage...
resteront en Guyane...
en tant que travailleurs libres,
et ce pour une durée égale à celle de leur condamnation initiale.
Quant à la France,
elle vous a reniés.
La France s'est débarrassée de vous.
Oubliez la France... et habillez-vous.
Tu reviendras, Papillon !
T'en fais pas, tu reviendras !
N'y compte pas.
Toi, par ici.
Toi aussi, tu descends.
Au suivant. Allons, pressons.
Allez, toi aussi...
et toi.
Par là...
Là-dedans.
Dire qu'on en est réduits
à se fourrer un tube dans le train pour cacher son fric !
La première fois que j'en ai mis un,
ça s'est infecté et le toubib a dû m'opérer.
Il n'avait pas d'éther.
Il m'a assommé en me saoulant au rhum.
Et après ça...
Il te l'a piqué.
Ce tatouage...
Tu es Papillon ?
Ils t'ont condamné à vie ?
Oui, à perpète, c'est ce qu'ils pensent.
Ça pourrait durer moins longtemps que tu crois.
40 % des bagnards
crèvent la première année.
Lui aussi, à perpète.
Un môme de 18 ans.
Pas étonnant qu'il ait des cauchemars.
Il s'en sortira pas,
mais toi tu peux t'en tirer,
si t'as assez de pognon.
Combien t'es resté ?
Neuf ans au bagne
et neuf ans comme doublard.
Tu bossais hors du camp, pourquoi tu t'es pas tiré ?
Pour aller où ?
C'est rien que des marécages.
Avec du pognon, c'est pas pareil.
Prends un type comme Dega, par exemple.
Louis Dega, le roi des faussaires.
Celui des Bons de la Défense Nationale.
Série 1928 !
Dega, avec le pognon qu'il a, il a une chance d'acheter une cavale,
à moins qu'un salopard lui fasse une boutonnière pour s'emparer du magot.
Debout, là-dedans !
Allez, magnez-vous.
Je peux m'asseoir là ?
Comme tu voudras.
Tu es Louis Dega ?
Désolé de te voir ici.
J'ai fait ce qu'il faut pour être du voyage.
Et tu es Papillon : tu as tué un souteneur et eu la brillante idée
de crier au procureur que tu t'évaderais pour venir te venger.
Mais je suis innocent !
Personne n'est innocent.
J'ai jamais tué de barbeau !
Je suis perceur de coffres-forts !
Profession que je désapprouve fortement.
J'avais placé mon fric dans les Bons de la Défense...
Série 1928 !
1928 ?
Ton instinct était bon. Combien as-tu perdu ?
Je suis pas fou ! J'ai pas mis plus que toi.
Ça me rassure.
Mais alors, pourquoi ce petit entretien ?
Ils savent tous qui tu es.
Pas un d'eux n'hésiterait à t'ouvrir le ventre pour prendre ce qu'il y a dedans.
La solution ?
Un ange gardien.
Toi, sans doute ?
Sais-tu ce que la poule a dit au renard ?
Si le renard avait faim, elle n'aura pas eu le temps de dire ouf !
Penses-y !
À la douche !
Allez, dépêchez, à la douche !
Viens, tu as la fièvre.
À ton avis,
si je voulais acheter un bateau en arrivant là-bas,
ça coûterait combien ?
Je sais pas... 3 500, 4 500, ça dépend.
Si je peux trouver l'argent ?
Ben, t'achètes ton rafiot.
Tu connais le pays, on pourrait se tirer ensemble.
Non. Je n'ai rien contre toi, mais je te dis non.
Si je dois me taper le mitard pour avoir raté mon coup,
ce sera ma faute, pas celle d'un autre.
C'est non.
Ça t'a fait du bien, fiston ?
Allez, magnez-vous.
Pressons ! En avant !
Tu veux me parler ?
Insoutenable, n'est-ce pas ?
Quoi donc ?
La chaleur.
Ça peut aller.
Tu as dû avoir plus chaud que moi.
Oui... Tu fais sans doute allusion à hier soir ?
Pas toi ?
Puis-je te dire deux mots ?
Au premier abord, je crains d'avoir eu à ton égard
une certaine méfiance, disons, imméritée.
Suis-je bien clair ?
Non.
Jusqu'à ce qu'on arrive dans une prison convenable,
avec des gardiens qu'on puisse soudoyer, je pourrais avoir besoin...
d'une protection physique efficace.
Tu comptes vivre longtemps ?
Très longtemps.
Alors t'as un problème.
Tu dois bien avoir quelque...
désir particulier...
des plus importants ?
Que veux-tu ? Dis-le-moi.
De l'argent.
Pour quoi faire ?
M'évader.
Parfait.
Tu me gardes en vie
jusqu'à ce qu'on débarque en Guyane, et je financerai l'évasion.
Mon évasion, pas la nôtre.
Cela va de soi.
Je n'ai pas la moindre intention de tenter de m'évader.
D'accord.
Merci.
L'emmerde pas,
ou je te fends la gueule.
Planque ça.
Là, c'est St-Joseph.
L'autre île, c'est Royale.
À droite : l'Île du Diable.
Julot, pourquoi c'est si dur de s'en évader ?
On pourrait se tirer à la nage ?
Il doit y avoir un meilleur moyen.
À la nage, c'est impossible.
Le courant est trop fort. Il te ramène au point de départ.
Quand tu es sur les îles, tu y restes.
Et nous, on va où ?
Nous remontons le Maroni,
nous débarquons à St-Laurent,
puis ils nous envoient aux camps, ou bien dans les îles.
Tu vois ces deux types avec leurs flingues ?
Là-bas.
C'est des doublards...
devenus chasseurs d'hommes.
Chasseurs d'hommes ?
Tu t'évades... ils chassent.
Ils sont payés, je présume ?
Salauds !
On se bouge !
Mettez-vous en file indienne pour débarquer.
Je vais avoir un accident en descendant. Faut que ça fasse vrai.
File-moi ton couteau.
Pourquoi tu fais ça ?
J'ai rien à perdre.
Ils m'enverront aux îles par le prochain bateau.
Faut que je me fasse envoyer à l'hosto.
T'es fou, Julot !
L'un derrière l'autre. Allez-y.
Arrêtez !
Allez-y.
Un par un.
Amenez un brancard.
Emmenez-le.
En avant, vous autres !
Pressons !
En avant, marche !
Relevez-le, vite !
Garde-à-vous !
Vous êtes à la Colonie Pénitentiaire
de la Guyane française.
Je vous préviens :
s'évader de St-Laurent est impossible.
Première tentative d'évasion :
Deux ans de supplément de peine, en réclusion.
Deuxième tentative : cinq ans supplémentaires.
Quant aux infractions plus graves,
elles seront punies de la façon suivante.
Acceptez votre sort. Vous souffrirez moins que vous ne le méritez.
Rompez.
Prisonniers, dispersez-vous.
Monsieur Dega ?
Je sais qui vous êtes. Un monsieur...
très intelligent.
Il semble que je sois connu partout où il ne faut pas.
J'ai un ami qui est gardien.
Continue.
Pour très peu d'argent, il s'arrangera pour que vous restiez ici,
au lieu d'être expédié dans une des îles.
Trouve-nous un boulot où on bouge.
Présente-nous une sélection, on choisira.
Je pense que mon ami pourrait arranger ça.
Si tu prends notre pognon, il y va de ta vie.
Bien entendu.
Ça coûtera combien ?
Mon ami a une très grande famille, beaucoup, beaucoup d'enfants.
Sa vieille maman est cardiaque.
On s'en fout. Combien ?
Laisse-moi le soin de négocier.
Combien veux-tu ?
Pour vous, cinq cents francs. Pour lui, quinze cents.
Il a eu des histoires à bord.
Oui, c'est vrai. Je t'offre douze cent cinquante pour nous deux.
À prendre ou à laisser.
Essaye encore.
Trouve-nous en plus deux paires de bonnes chaussures.
Tu auras tes deux mille francs.
Tu ferais peut-être bien de...
Mais oui, bien sûr ! Excusez-moi un instant...
C'est pas pressé, M. Dega, à moins que vous y teniez.
Je repasserai demain.
Allez, remuez-vous !
Garde-à-vous ! Présentez armes !
M. Dega, vous avez apporté l'argent ?
Allez ! Avancez ! Plus vite !
Qu'est-ce qui se passe ?
Un qui s'est évadé de l'hôpital.
Julot...
Allez, dispersez ! Il ira pas loin !
Au suivant.
Au suivant.
Ça va bien. Au suivant.
Je me porte mieux que je n'aurais cru.
En pleine forme.
Que fait-on pour rater cet examen ?
Au suivant.
Numéro 7551.
Dega.
Oui. Louis Dega.
On m'a conseillé de vous parler...
En effet. Vous resterez ici, dans l'équipe de nettoyage.
Merci. Il y a aussi mon ami...
Louis Dega ?
Oui, c'est moi... et voici mon ami Papillon.
Nous avons beaucoup en commun.
Ravi de vous voir.
Oh, merci, si ce n'étaient les circonstances...
Ma famille a tout perdu dans les faux Bons de la Défense.
J'en suis sincèrement désolé, monsieur.
Mais ce placement est cependant une belle preuve de patriotisme.
Vous êtes l'ami de M. Dega ?
Une chose vous plaira, à St-Laurent.
Nous ne séparons jamais les vieux amis.
Kilo 40. Les deux. Par le convoi de ce matin.
C'est quoi, Kilo 40 ?
Laisse-le ou il va te cogner dessus.
Allez ! Avancez !
Baissez-vous !
Debout, tas de fainéants !
Attrape ce caïman, et toi, amène-le.
Désigne un autre type et attrape ce caïman.
Allez, avancez !
Il n'est pas mort, ce salaud !
Attrape-lui la queue !
- Où est-elle, sa queue ? - Par là-bas.
- Tu es prêt ? - Oui.
- Moi aussi. - Vas-y alors !
Tu es prêt ?
Tu as la queue ?
Je préfère passer de ce côté.
Attrape la tête !
La tête ?
Essaye par la queue.
Bon, maintenant par la tête.
Attrape-le !
Il est mort.
Il en a pas l'air !
Il est mort.
Avancez.
Mains en l'air.
Amenez-le par ici.
Posez-le là.
Lâchez-le. Bon, ça va.
Allez, avancez.
Une belle pièce.
Sa peau doit valoir cher.
Avancez !
Qu'est-ce que vous regardez ?
Tu es Louis Dega ?
Oui.
Je m'appelle Clousiot.
Comment as-tu fait pour échouer ici ?
Favoritisme.
Ton copain n'est pas bavard.
Il est mort.
Il a avalé un bout de bois pour s'étouffer.
On fait part à trois.
C'est régulier, non ?
De la quinine.
C'est plein de malaria dans ce bled.
Tenez, avalez-les.
Il m'en reste encore.
Si je veux dormir,
va falloir que j'emmène ce pauvre mec avec moi.
Un brave type.
Les chasseurs d'hommes...
Oui, les salopards.
Des papillons !
Oui, c'est un certain Richter...
qui fait tous les camps le long du fleuve pour acheter ces bestioles.
On les attrape, il les achète et les gardes empochent le pognon.
C'est le Morpho bleu qu'on utilise...
pour la teinture des billets de banque américains.
Il vient souvent ?
Deux fois par mois.
En bateau ?
C'est le seul moyen.
- Pourquoi ? - Oh, je réfléchis.
Je sais naviguer, tu sais.
T'es supposé les attraper, pauvre connard.
- Où les expédiez-vous ? - En Amérique.
Combien pour expédier celui-ci à Panama ?
Garde, venez par ici !
Me donnez pas ! Voilà mille francs.
Je t'entends pas.
J'ai deux mille francs sur moi.
Je vous les donne.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Il m'a apporté le plus beau Morpho...
que j'aie jamais vu.
Donnez-lui donc un filet.
Bien, monsieur.
Il me faut un bateau.
Ça te coûtera 4 000 francs, moitié comptant, le reste à la livraison.
Pour quand ?
Dans une semaine.
Où sera le bateau ?
À 400 mètres en aval,
de ce côté-ci,
tu verras un arbre énorme.
Tu peux pas le manquer.
Je t'attendrai là.
Apporte-moi le solde.
Je te mènerai au bateau.
T'es un sacré voleur.
En voilà la preuve.
Tu dors ?
Non.
J'ai réfléchi.
Quand tu décideras de partir...
je te serais reconnaissant de m'emmener.
Quoi ?
- Tu sais te servir d'un bateau ? - Non.
Sans tes bésicles, tu le verrais même pas !
Je peux être utile.
Mais c'est toi qui ne voulais pas t'évader !
C'est vrai,
mais je n'ai plus le choix.
Si je reste ici, dans ce camp,
je mourrai.
C'est ton pognon.
Vous deux, j'ai un boulot pour vous.
Chargez-moi ce macchabée. Mettez-le dans le bateau.
Julot !
Soulève-le.
Dega.
Hé, garde !
Il ne voulait pas...
Je vais m'occuper de lui.
Arrête ça, espèce de porc !
Il ne voulait pas...
Je vais m'occuper de lui.
Arrête, fumier.
Sais-tu que le premier homme qui a taillé une roue dans la pierre...
s'en est servi comme ornement ?
C'est digne d'admiration.
Ceux-là abandonnent les recherches.
Au lieu d'ajuster la monture au verre,
j'ajuste le verre à la monture.
Tu crois qu'il a réussi à filer ?
Ses chances me paraissent minces...
Ben merde ! C'est tout ce que tu trouves à dire ?
Que veux-tu que je dise ?
Il a risqué sa vie pour sauver la mienne.
Ça ne m'était jamais arrivé...
Je vais pouvoir m'en servir.
C'est bien ici.
Le seul ennui, c'est que tu arrives une semaine trop tôt.
À toi de choisir.
Mort ou vif, tu vaux le même prix.
La règle ici, c'est le silence absolu.
Vous êtes irrécupérables.
Nous ne sommes pas des prêtres.
Notre rôle se borne à vous mater,
à rendre inoffensifs des hommes dangereux.
Nous y parvenons en vous brisant,
physiquement, moralement, et... là.
D'étranges pressions agissent sur le cerveau. Renonce à tout espoir.
Masturbe-toi le moins possible. Ça affaiblit.
Ce sera tout. Emmenez-le.
Un, deux...
trois, quatre, cinq.
Un, deux... trois, quatre, cinq.
Quelle merde !
Non. Il faut que tu manges tout ce qu'ils te donnent.
Je m'en sortirai...
Je m'en sortirai...
Un, deux, trois, quatre, cinq.
Je m'appelle Jojo.
De quoi j'ai l'air ?
Je me sens pas mal...
mais j'ai besoin qu'on me dise comment je suis.
Bien. Tu es très bien.
"Mâche bien la noix de coco...
"puis avale la pulpe
"pour garder tes forces.
"Ma pensée est avec toi.
"Le Bigleux."
Dega ! Alors ça ! Il y a pensé !
Je suis pas encore mort, bande de salauds !
Prisonnier, montrez-vous.
Tu as reçu des noix de coco.
Dis-moi qui les envoie ou je réduis ta ration de moitié.
Je peux pas dire qui m'envoie
une chose que j'ai jamais reçue.
Quelle chose ?
Ben... je sais pas.
Vous avez dit noix de coco.
Je veux le nom, et tout de suite.
Demi-ration. Et au noir, pendant six mois.
L'obscurité fait des miracles pour la mémoire.
Tu sais de quoi tu es accusé ?
Je suis innocent !
Je n'ai pas tué ce souteneur.
Je n'ai rien avoué. On m'a condamné sur de fausses preuves !
Ce que tu dis est vrai.
Mais ton véritable crime n'a rien à voir avec la mort d'un souteneur.
Mais alors ?
De quoi m'accuse-t-on ?
Du pire des crimes que puisse commettre un être humain.
Je t'accuse
d'avoir gâché ta vie.
Coupable.
Je te condamne à la peine de mort.
Coupable...
Ils savent.
Comment tu l'as su ?
Par un type du bateau qui fait la liaison avec St-Joseph.
C'est tout ce qu'il a dit ?
Il finira par parler.
Tu crois ?
En demi-ration, il n'a aucune chance.
S'il fallait choisir entre mourir ou parler, que ferais-tu ?
Il ne s'agit pas de moi. Que ferais-tu, toi ?
Je parlerais. Je dirais tout.
On s'affaiblit, on délire, on perd le contrôle...
et on parle.
Tu ne le blâmeras pas ?
Je laisserai ce soin au Bon Dieu !
Regardez ! Je mange des cafards !
Je ne suis même pas capable d'éviter de me faire mouiller.
Prisonnier, montrez-vous !
Le nom et je te rends ta ration normale.
Donne-moi le nom.
Je n'ai pas faim à ce point-là.
Tu mourras de faim. Si tu te voyais...
Je suis maigre de nature.
Alors tu mourras.
De quoi j'ai l'air ?
J'ai l'air bien ?
Très bien.
Tu feras trente jours de plus,
assassin !
Je veux voir le directeur !
Je veux lui parler !
J'ai quelque chose à lui dire !
Qui t'a envoyé à manger ?
Monsieur le Directeur...
Je l'avais, le nom,
je l'avais... Je vous le jure.
C'est ma tête...
Je dois avoir la tête vide...
Je sais plus...
J'ai beau essayer...
Je me rappelle plus qui c'était.
Je vous le jure, j'y arrive pas...
Je me rappelle plus, M. le Procureur...
Je peux pas... je peux pas...
Il est mourant.
Tu es mort.
Tu as fini ta peine.
Un, deux, trois, quatre...
cinq...
six...
Saloperie...
Vous êtes à la Colonie Pénitentiaire
de la Guyane française.
Je vous préviens :
s'évader de St-Laurent est impossible.
Première tentative d'évasion :
Deux ans de supplément de peine, en réclusion.
Deuxième tentative : cinq ans supplémentaires.
Quant aux infractions plus graves,
elles seront punies de la façon suivante.
Bonjour, Papi !
Profite pas de l'occasion ! J'ai les menottes.
De la soupe, avec de la vraie viande.
De la part de Dega.
Je m'appelle Maturette.
Comment vas-tu ?
Je m'sens bien.
Tu serais mieux si tu avais donné mon nom.
J'ai bien failli.
La force de caractère d'un homme,
c'est de savoir résister à la tentation.
Comment tu t'es sorti du km 40 ?
Grâce à la plus basse forme de corruption.
Sache seulement que le directeur s'est fait bâtir une maison,
et que je suis son intendant.
Écoute, Papi.
Ma femme et mon avocat
ont convaincu des gens du Ministère de la Justice
que ma peine était trop sévère.
J'ai demandé qu'on examine
aussi ton dossier.
Le résultat est encourageant.
Le principal témoin à charge
accepterait de modifier son témoignage
moyennant finance.
Dans ce cas, je serais libéré quand ?
Il faut compter trois ans.
- C'est trop long. - Mais non.
Si tu es occupé, le temps passera très vite.
Écoute, Louis.
Tu ne me dois rien.
Dis-moi ce que tu veux.
Un bateau.
J'aurais dû m'en douter.
Tu ne te souviens plus de moi ?
Clousiot...
Qu'est-ce que tu as aux yeux ?
J'y ai mis des graines de ricin pour me faire admettre ici.
Pourquoi ?
Je pars avec toi.
Quoi ?
Oui. Écoute bien.
Demain, Dega t'envoie à la radio.
Le toubib-radio est un forçat, un espèce d'hindou.
Il connaît un type qui te vendra un bateau.
Il te dira le prix.
Quand c'est qu'on part, Papi ?
Je parlerai au toubib demain.
Le dernier, c'était pour un meurtrier sadique.
Ils l'ont réduit en bouillie à 6 km en aval,
mais le bateau a résisté.
Tu as un cœur d'acier.
Quel genre de bateau ?
4 m 50, tout équipé, avec boussole, compas, voiles, outils et vêtements.
La dynamo démarre. Place à la science !
Les rayons X, ça ne vaut rien, ça n'a jamais rien valu.
Couche-toi sur le dos.
Ça coûtera combien ?
Trois mille francs d'avance. Tu me les payes...
et je les remets à Pascal qui s'occupe de tout...
Inspire à fond et ne bouge plus.
...puis 3 000 à Pascal directement quand il te livrera le bateau.
Expire et retourne-toi.
Si je décide d'accepter, comment va-t-on s'organiser ?
Nous trouverons un moyen.
Fais-moi confiance.
Confiance ! La dernière fois, ça m'a coûté deux ans de mitard !
Tu t'es fait posséder.
Moi, l'argent, je m'en moque.
Je poursuis un plus gros gibier. Inspire.
Vois-tu,
j'ai tué toute ma famille.
Ma femme et mes quatre enfants.
Expire... si ce n'est pas déjà fait.
Si tu me doubles, je te tuerai.
Cela va de soi.
Tu me rendrais un service.
Un très grand service.
Un de ces soirs, tu m'emmènes le porte-clefs aux toilettes...
histoire de lui donner du bon temps.
Pour quoi faire ?
Ça me regarde. Amuse-le pendant dix minutes.
Tu auras mille francs.
Il est répugnant.
Avec 2 000, il serait plus à ton goût ?
Tu m'prends pour une pute ?
Doucement !
Tu te trompes.
Au suivant.
Je ferai ce que tu me demandes à une condition :
garde ton pognon mais emmène-moi.
Non.
Moi seul peux te sortir d'ici.
- Mais t'es... - Un pédé.
Je suis une lope, une pédale, une tante.
Y a une chose que t'oublies.
On t'a peut-être condamné à tort.
Mais pas moi.
De nous deux...
c'est moi qui ai descendu un mec,
pas toi.
Ce soir, pendant le concert.
J'y serai. C'est moi qui sers les rafraîchissements.
Tu devrais venir, Louis.
- Pars avec nous. - Non merci.
Ma femme me fera libérer.
Sa lettre tarde à arriver.
Écoute.
Si c'était ta femme qui était ici,
tu donnerais quoi pour la faire revenir ?
Tout ce que je possède.
Et elle, crois-tu qu'elle payerait pour te récupérer ?
Il faut te tirer, Louis,
tant qu'il te reste une chance.
Je partirai sans m'évader.
Moi, je risque d'être tué.
Toi, tu finiras ici.
Adieu.
Bonne chance.
Clousiot !
Halte !
Dega ! Espèce de saligaud !
Gardes !
Gardes !
Accroche-toi.
Tirons-nous.
Où est Clousiot ?
Le garde l'a eu.
Allons-y.
Par ici.
- Où est le troisième ? - Voilà, j'arrive.
J'ai une petite entorse.
Dépêchons-nous.
Voilà, le bateau est là.
T'as mes 3 000 francs ?
Vérifiez s'il manque rien à bord. Faites vite.
Je suis pressé.
Tirez pas. Vous auriez les chasseurs de primes sur le dos.
Vous trouverez deux bidons de rhum à bord.
Envoyez-moi une carte du Honduras.
Goûtons ce tafia.
Ce putain de bateau est pourri !
Je le tuerai, ce fumier !
C'est du vrai bois d'allumettes !
Ma jambe aussi.
Ce n'est pas une entorse, elle est cassée.
Comment, cassée ?
Et tu n'as rien dit ?
Le soupçon m'a effleuré que tu me plaquerais.
Et comment que je t'aurais plaqué !
Une fracture.
Il va falloir la réduire.
Viens m'aider.
Ce sera douloureux ?
Ça tu peux y compter !
N'oublie pas, c'est mon argent qui coule...
et c'est mon héroïsme contre nature...
qui a empêché le garde de te tirer dessus.
Il m'aurait probablement manqué.
Laisse-toi aller.
Tu n'es pas du bon côté.
Ça ira vite.
- Bon Dieu ! - Tiens-le ferme.
T'es prêt ?
C'est fini.
Comment t'as fait ?
Chacun a son point sensible.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il a trouvé ton point sensible.
Bouge plus ou t'es mort.
Tourne-toi.
Jette ce fusil.
On m'en donne 200 francs pièce.
Je ne veux pas le perdre.
Retourne-toi.
T'es en cavale de St-Laurent avec deux autres mecs ?
Exact.
Les autres sont au bateau.
Exact.
Le bateau est pourri.
C'est une saloperie.
Je vous attendais.
Allons-y.
Ne tirez pas, tout va bien.
Je les ai surpris pendant leur sommeil.
Ils vous guettaient depuis deux jours.
Il l'a vendu plus d'une fois, son bateau, Pascal.
Tu aimes mon tatouage ?
Énormément.
Moi aussi, quand je l'ai fait... mais j'étais saoul !
Attrape ça !
Coupez les bambous et attachez-les...
pour faire un radeau. Je reviendrai ce soir.
Je vous remorquerai à l'Île aux Pigeons.
Avec du fric, vous aurez un bateau.
Mais ils peuvent aussi vous tuer.
Ils s'en foutent : ils sont tous lépreux.
T'en fais du bruit, vilaine bête.
Un chien, ça transmet la lèpre ?
Allez...
à-Dieu-vat.
Prends ton flingue.
Je veux pas me battre avec eux,
je veux juste leur demander un bateau.
Qui est là ?
Un forçat évadé. Papillon.
Et les deux autres ?
Ils sont sur la plage.
L'un a la cheville cassée.
Entre.
Vous avez deux fusils.
Oui.
Vous voulez un bateau.
Exact.
L'argent vous manque.
C'est exact aussi.
Pourquoi tu ne me regardes pas en face quand tu me parles ?
Nous faisons de la contrebande, nous volons des bateaux sur le continent.
Un étranger qui vient ici,
on doit le tuer par mesure de sécurité.
Ça paraît logique.
Tu es un homme compréhensif.
Tu aimes les cigares ?
Quand j'en ai.
Goûte celui-ci.
Tu savais que j'avais la lèpre sèche ? Et que ça n'est pas contagieux ?
Je le savais pas.
Vous devriez être en vue du Honduras dans quatre semaines au plus.
Vous aurez besoin d'argent, là-bas.
On a fait la quête.
Prends-le. Il est désinfecté.
Si tu dois attraper la lèpre, autant que ce soit par l'argent.
Accepte.
Il ne sert que pour jouer...
ou faire venir des lépreuses d'Albina.
Il en reste bien assez pour ça.
Dépêchez-vous d'embarquer. Vous allez manquer la marée.
Adieu.
Honduras !
Nom de Dieu, ma jambe !
Saloperie.
Allez, encore un petit coup.
J'arrive déjà plus à penser.
C'est ce qu'il faut, justement.
Mets-toi ça entre les dents.
Tu vas déguster, Louis.
Si t'as envie de gueuler, vas-y.
Tu peux y compter.
- Je vais bien, docteur. - Quoi ?
Tu vois, j'ai même pas crié.
Un instant, messieurs.
Que voulez-vous ?
Vos papiers d'identité. Qui êtes-vous ?
Des pêcheurs. Notre ami est très...
Nom de Dieu... nous avons réussi.
Détache-moi.
Ils m'ont ficelé comme un porc...
parce que j'en avais tué quatre, ces salopards.
Rattrapons-les, morts ou vifs.
Tous les deux !
Il me les faut, morts ou vifs.
Ils nous cherchent.
Papiers, s'il vous plaît.
Pour l'amour de Dieu,
une petite pièce pour nos pauvres.
Condamné pour... ?
Meurtre.
Mais j'étais innocent. Je n'ai tué personne.
Si vous retrouviez la liberté, qu'en feriez-vous ?
Je n'ai guère eu le temps d'y penser.
Si vous êtes un voleur ou un assassin
d'ici demain, vous pouvez tout nous prendre.
Elles sont à moi. On me les a données.
Gardez-les jusqu'à ce que je parte.
Êtes-vous réveillé ?
Oui, ma mère.
La police vous a découvert chez nous, mon fils. C'est très grave.
Mais si vous êtes innocent, soyez sans crainte.
Dieu vous viendra en aide.
Tes cinq ans de réclusion sont terminés.
Tu as payé en partie ta dette à la France.
Papi.
Je suis libre...
Le seul moyen de quitter l'Île du Diable.
La vie est moins dure ici.
Les requins sont de bons gardiens.
On te foutra la paix...
si tu te tiens tranquille.
Celle-là est vide. Tu peux la prendre.
Ne rôde pas autour des autres, tu risques de te faire descendre.
Comment oses-tu t'asseoir ici !
Ce banc appartient au Capitaine Dreyfus !
Qui es-tu pour t'asseoir ici ?
Personne.
C'est ça ! Personne !
Sais-tu qui je suis ?
T'aurais pas dû venir ici.
Tu aimes les langoustes ?
C'est bon.
Tu le penses vraiment ?
J'ai rien mangé d'aussi bon depuis des années.
Tu as su, pour ma femme ?
Elle a épousé mon avocat, ou c'est plutôt lui qui l'a épousée.
Au fond, ça n'a pas d'importance.
Ça revient au même, tu ne crois pas ?
Ça fait longtemps que je n'ai pas de ses nouvelles.
C'est agréable ici, tu ne trouves pas ?
C'est toi qui l'as bien arrangé.
Très agréable.
C'est drôle...
qu'on se retrouve ici, toi et moi,
les seuls qui restent.
Y penses-tu quelquefois ?
Moi, oui.
Allez-vous-en !
Fichez le camp !
Ça suffit.
Ils viennent piller mon jardin.
Qui ça ?
Je vais m'en aller.
Je connais ta maison. Il n'y a pas de fantômes.
Nom de Dieu.
Viens voir. Les graines que Santini m'avait données,
elles ont germé.
Ce sont des carottes.
Elles ont germé en quatre semaines au lieu de six.
Si je peux m'évader d'ici, tu viens avec moi ?
Mais oui, certainement.
Allons, Freddie, tu ne dois pas venir ici.
J'ai plus d'argent. Ils m'ont tout pris.
Oublie. C'est pas l'argent
qui nous sortira d'ici.
Alors quoi ?
Je sais pas encore.
Inutile d'en parler, dans ce cas. Tu aimes les tomates ?
Il me reste des graines. Tu pourrais te faire un jardin.
Regarde. C'est un fer à cheval.
Les vagues se brisent ici...
et repartent vers le large.
On ne peut pas lancer un bateau d'ici.
Il n'y a pas un endroit sur l'île d'où lancer un bateau.
Des sacs de noix de coco. On les jette, puis on plonge,
et on se laisse dériver.
Et ensuite, qu'est-ce qui se passe ?
Le continent n'est qu'à 45 km. Le courant t'entraîne.
En deux jours, on y est.
Tu es sûr ?
Ça paraît tellement... désespéré.
Ça peut marcher ?
Ça a de l'importance ?
Va-t'en ! C'est pas pour toi.
Déguerpis. C'est la dernière fois.
Voilà pour toi, Freddie.
Freddie n'est pas dans son assiette... Un peu de respect.
Voilà, voilà.
C'est bon. Tout va bien.
Freddie, voyons, c'est pour Adam.
Tu viens ?
Certainement. C'est pas un petit peu petit ?
- C'est pour un essai. - Certainement.
Je pensais construire un porche.
Aucune maison dans l'île n'en a.
Même le sergent Santini n'en a pas.
C'était pas la bonne vague.
Elles viennent par séries de sept.
Seule la septième est assez forte...
pour nous emmener assez loin.
Tu en es sûr ?
Excellent.
Si nous partons, je ferais bien d'arracher les carottes.
Quatrième vague.
Tu es prêt ?
J'ai quelque chose à te dire.
Tu n'as pas besoin de le dire, Louis.
J'étais d'accord.
Je suis désolé.
Je sais.
Tu vas te tuer,
tu le sais ?
Peut-être pas.
Fais pas ça, je t'en prie.
Hé, bande de salauds ! Je suis pas encore mort !
Papillon réussit à s'évader...
et vécut en homme libre jusqu'à la fin de ses jours.
Le système pénitentiaire de la Guyane française
fut définitivement aboli en 1946.
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