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Original subtitles

...

Musique mystérieuse

...

- Claude Lelouch est au panthéon du cinéma français,

mais il suscite des réactions controversées.

Il fait tourner les plus grands comédiens,

a un style inimitable et une capacité

d'émerveillement inépuisable.

Pourtant, il est parfois bien vu de le détester,

de dire qu'il est mégalo, naïf,

voire mièvre.

Mais à l'heure du cynisme à tout crin,

quoi de plus rafraîchissant que la candeur ?

Parfois, le ciel donne à nos vies un tour inattendu.

En 2012, je croise Claude, après longtemps sans nous voir.

A 75 ans, il entame une course contre la montre.

Il se met au défi de faire trois films

en trois ans.

"Attention, ce seront les meilleurs", me dit-il.

Une sorte de mise au propre de ses "brouillons antérieurs".

Ce type est un doux dingue.

Mais son énergie, sa passion sont contagieuses.

Je lui propose de faire un documentaire sur lui,

un film sur les processus de création.

Je veux percer le mystère, entrer dans sa tête,

si j'ai carte blanche.

Caméra au poing, j'avais prévu de le suivre trois ans,

1 095 jours.

Trois ans qui en deviendront sept,

où seront grandes ouvertes les portes de son atelier.

Me voilà porté par une force mystérieuse.

Claude est une lune dont la face cachée

est aussi riche que celle des salles obscures.

C'est cette face que j'explore,

avec ses contradictions, ses lacs d'intranquillité

et son énergie en fusion.

Ce film est une incursion dans un autre espace-temps.

Un voyage existentiel

dont on ne revient pas indemne.

Mais je vous laisse le constater.

...

- J'ai trompé plein de choses. Des femmes.

Mes enfants.

Mais le cinéma, j'essaie de lui être fidèle,

parce que... c'est la chose qui m'épate le plus.

...

Thème de "Un homme et une femme"

Tu vois, ce temps gris ? J'adore.

Je vois que le temps est bouché, donc...

Toute la mise en scène va jouer sur ce temps...

gris.

...

On me dit : "Il pleut,

"dans 'Un homme et une femme'."

C'est qu'il pleuvait pendant le tournage.

Avec du soleil... - Ca ne serait pas mélancolique.

- Le film n'était pas le même.

Comme j'ai décidé de tourner

quelle que soit la météo,

je modifiais l'humeur de mes personnages

en fonction de cette météo, qui déteint sur nous tous.

Je peux pas lutter contre le grand metteur en scène.

C'est peut-être, de tous mes films,

celui où je fais le plus peur

à tout le monde. Johnny Hallyday

a fait peur à tous. Mes derniers films

n'ayant pas bien marché, je fais peur

à tout le monde.

La prise de risque a été peut-être plus forte

sur ce film que sur tous mes autres films.

Musique dramatique

- A l'hiver 2013, près de Megève,

Claude réunit une équipe, chez lui,

sur un plateau à ciel ouvert.

Les séquences d'hiver

du 1er des 3 films, "Salaud, on t'aime",

qu'il autofinance

intégralement. L'histoire ?

Un aventurier a profité de la vie

et arrive à l'heure du bilan.

La joie règne sur le plateau. Il transmet

son bonheur de tourner.

- Je vous ai compris !

- Il crée une atmosphère chaleureuse

et joliment désordonnée.

- Gentil, méchant. Beau, laid. Non.

Un aigle américain.

- Oh yeah ! - Il doit parler anglais, sûrement.

Sandrine Bonnaire rit.

Il faut que tu sois un aigle. Tu vois les yeux ?

C'est ça qui me plaît.

Tu regardes un peu comme lui.

- Là, il s'est envolé.

Il est parti. - Ah merde !

- Il est parti !

- On va essayer... - L'aigle est parti.

- Chronique d'une catastrophe annoncée,

Georges, l'aigle, s'est fait la malle.

Il n'a pas de doublure

et c'est un personnage principal.

Claude garde le cap, poursuit le tournage,

et, fidèle à lui-même, s'en remet

aux dieux du destin.

- Surtout,

il faut qu'on retrouve l'aigle. C'est un gros coup dur.

La contrainte

sollicitant l'imagination,

je m'adapte, en tant que metteur en scène.

Le seul truc auquel je m'adapterai pas, c'est la mort.

Mais le reste, je dois pouvoir y arriver.

On y va !

- VIVE LA FRANCE !

- Il s'adapte tellement qu'il ne s'arrête jamais.

Lors des "Misérables", l'incendie prévu

se propage accidentellement et menace d'anéantir le décor

qui vaut des millions.

Claude lance les militaires figurants

à l'assaut de la bâtisse en feu,

utilisant l'incendie comme une péripétie du film.

Musique dramatique

- T'es obligé de concevoir l'irrationnel, dans le cinéma.

Je pense, hein.

"Tout ça pour ça", c'était à la Bourboule.

On voit le maire, le président de région.

Tous les décors, il s'enthousiasme :

"Génial ! On va tout faire ici. J'ai grandi là.

"Ma grand-mère... Ma mère m'amenait. J'étais venu..."

Tout l'univers de Thonon-les-Bains, c'était La Bourboule.

Il vend la Bourboule à tout le monde !

Le président de région, etc. "C'est la Bourboule."

Puis t'arrives à Thonon-les-Bains : "C'est Thonon !"

"Mais on était à La Bourboule !

"On a tout bétonné à La Bourboule." "Oui, mais non.

"C'est ici."

- Te voilà ! - Il doit avoir faim.

- Ah, mon petit Georges !

- Il est revenu ?

Comment il a fait ? - Il traînait là.

- Bravo !

Je suis content. - Moi aussi.

- Il arrive pile pour tourner. - Je viens de sortir.

- Tu le crois pas !

- Tu m'as fait une honte !

- Ca, c'est bien.

Il est tout le temps

sous une bonne étoile.

Il dit : "Quand je veux obtenir une chose, je l'ai,

"car j'y crois. Je pense que ça va arriver."

Il met toutes les bonnes énergies

dans ce qu'il veut obtenir.

Et il réussit à les avoir.

Tu as une chance, toi ! Mais c'est hallucinant !

- 8 chances sur 10, pour la montgolfière.

- Quoi ? - 8 chances sur 10 qu'on puisse.

Musique mystérieuse

...

- Tu te rends compte ?

Le plan qu'on a fait avec la vache qui vêle...

Ca fait deux ans qu'il prépare son film.

C'est synchro !

La vache vêle pile au moment où il fait la prise.

- On est dans une autre dimension. - Ah oui !

- Une autre dimension.

- Il est balèze.

Je dis "monsieur".

- A chaque film, c'est pareil ?

- A chaque fois, une vache vêle dans la neige.

Musique mystérieuse

- A un moment, on fait les 1res fois

et à un moment, on fait les dernières fois.

A mon âge, je finis

les dernières fois.

Un jour, Brel est venu me voir.

Il était malade.

Moi : "Tu veux boire quoi ?" Lui : "Une bière."

Je l'ai vu boire sa bière.

Je l'ai vu déguster cette bière comme si c'était du whisky

ou un grand cru.

Je lui ai dit : "Elle a quoi ?" "C'est peut-être ma dernière.

"Depuis que je fais les choses pour la dernière fois,

"j'ai jamais été aussi heureux et autant apprécié la vie.

"Je sais ce que c'est."

T'as peur, tu vois ? Tu t'es approché.

Tu t'es rapproché du mort, tu vois ?

A mon âge, je ne me contente pas de vivre,

je déguste les choses,

et c'est peut-être mon dernier film.

C'est vachement beau.

Ouais ! J'ai trouvé, hein.

Il doit venir mourir là, Johnny.

Moi, je suis là pour vous mettre à l'aise.

L'essentiel, c'est ton sourire et sa gueule.

Avec cette gueule et ce sourire, je raconterai une belle histoire.

On va aller les filmer. On sait pas.

On est dans la sécurité.

(- On sait pas ce qu'on va dire.)

- Soyez le plus possible

un homme et une femme. Oubliez ce que vous avez appris.

Musique grave

Quand on est spontané,

on fait cadeau de ce que l'on est aux autres.

C'est pour ça que j'ai essayé, toute ma vie,

de filmer des hommes et des femmes

qui étaient le plus spontanés possible.

C'est à chaque fois qu'ils ont été spontanés

que j'ai été fier de certaines séquences.

Ces vérités qui n'ont pas de prix dans un monde de tricheurs.

Musique grave

...

- Nous voilà de retour à Paris.

Tournage interrompu : le film couvre plusieurs saisons

et Johnny

est en tournée.

Pour notre impatient, le mot "pause" est indécent.

Il enregistre la musique

avec Francis Lai, son alter ego musical.

Il peaufine ses projets

et ne peut

s'empêcher de réécrire son script,

encore et encore.

- Les idées

viennent au fur et à mesure.

- Tu dis aux comédiens ce que tu ajoutes ou tu vas les surprendre ?

- Je vais les surprendre. Je leur dirai

au tout dernier moment.

Dès qu'un texte

est trop bien dit, je supporte plus.

Il y a des heures de travail.

Dans la vie, quand on parle, tout est dans l'improvisation.

Sonnerie La preuve, c'était pas prévu, ça.

- Six mois ont passé.

Je suis parti tourner en Inde.

Je m'étais engagé auparavant.

Je retrouve Claude sur le montage

de "Salaud, on t'aime" aux Films 13.

Dialogue inaudible

...

- Les Films 13.

C'est son bureau, son antre,

sa société de production, son musée personnel,

le gage de son indépendance,

de sa liberté, celle acquise

grâce au succès d'"Un homme et une femme".

Claude est propriétaire de toute son oeuvre,

50 films, et il gère ses envies comme il l'entend,

sans frein, sans contrainte.

*- L'Oscar du meilleur film étranger, avec Patricia Neal.

- Thank you. Thank you very much.

Sorry, I don't speak English.

*- Et celui du meilleur scénario original,

remis par Fred Astaire et Ginger Rogers.

- Thank you very much. Rire du public

J'ai reçu un coup de téléphone d'Elsa Zylberstein,

qui a rencontré Dujardin dans un avion

qui allait à Los Angeles.

Et...

Ils ont dit : "On pourrait faire un film ensemble."

Ils se sont mis d'accord sur un metteur en scène :

Claude Lelouch.

Ils m'ont appelé tous les deux :

"On veut une histoire d'amour. Tu as carte blanche."

J'ai trouvé l'idée formidable, intéressante.

En plus, en ce moment, j'ai un sujet

sur lequel j'écris. Je leur ai raconté.

On s'est vus. On a dîné ensemble.

On s'est pas quittés de la nuit.

A la fin de la nuit, on s'est tapé dans la main :

"Allons-y." Voilà.

- Il rêve d'une belle histoire. J'ai le décor idéal : l'Inde.

Ce pays est fait pour lui.

La spiritualité des Indiens résonne avec sa mystique.

Aventure, folie, croyances, chaos,

choc visuel, tumulte émotionnel.

Je lui raconte les bidonvilles et la folle Kumbha Mela.

Sans en avoir conscience,

j'ai apporté ma pierre à l'édifice.

Musique électronique

...

Et voilà.

Piqué au vif par cette nouvelle inconnue,

Claude se met en tête de réécrire l'équation.

La machine à idées est en route,

fruit du hasard et des coïncidences.

Ou pas.

- C'est souvent arrivé que je travaille sur un film 4 ans,

et d'un coup, un film arrive, hop !

Il y a urgence à le faire,

peut-être. C'est des ricochets... inattendus.

- Bon. Appelons l'Inde. - Appelons l'Inde.

- Allô ?

*- Salut ! Le retour s'est bien passé ?

- Oui, merci.

Je t'appelle pour autre chose.

Je suis avec mon ami Claude Lelouch.

On voudrait te parler de quelque chose.

*- Enchanté. Honoré. - Stop !

Revenons un peu en arrière.

Autre coïncidence, parmi les nombreux gens croisés en Inde,

j'ai rencontré celui qu'il nous faut : Rahul Vohra.

Un génie protéiforme :

acteur, metteur en scène, danseur, chorégraphe,

cuisinier à ses heures. Il a un atout majeur :

il parle couramment français.

*- Bonjour, Claude. - Il a dû vous expliquer :

j'ai besoin de faire un voyage

entre Bombay et...

une ville où les gens vivent encore comme au Moyen Age.

Vous voyez ? *- Oui.

- C'est un road movie.

L'idée est de partir de Bombay et...

- Et d'arriver à ce village, après avoir pris le train,

voyagé une journée ou deux à cheval,

ou sur des éléphants. - Ou en voiture.

- Il faut un endroit où on a tous envie d'aller

et où on dit : "Je reste là."

*- J'ai une idée où trouver ça. - Il y a aussi,

dans ses besoins, vrai ou pas vrai,

la rencontre avec un chaman, un guérisseur.

*- Un gourou ou un chaman ?

- Il a posé les questions

à Jacques.

Je prépare tout ça. - OK.

On a bien avancé, là.

Je suis content.

On est en continuité. Ca, ça n'a pas de prix.

Ce qu'on fait demain

dépend de ce qu'on a fait hier.

- Le rêve, pour un metteur en scène.

- Surtout pour les acteurs.

J'aurai pas besoin de leur expliquer des trucs.

Ils vont continuer à vivre leur vie.

Le présent sera... la continuité d'hier.

Là, je peux prendre des risques énormes.

Peut-être que je vais changer la fin du film.

- Encore une histoire qui se termine sur un quai.

- Qui vous dit qu'elle est terminée ?

- Oh... David Lean.

Minnelli. Chaplin.

- J'irai au cinéma, promis.

- Les fins sont singulières, dans ton cinéma.

Comme si tu ne voulais pas finir ou que la fin était...

- La fin n'existe pas. Il n'y a pas d'histoire avec une fin.

La vie n'a pas

un début et une fin. On rentre dans une histoire

qui a commencé depuis des millénaires, et on devra partir,

alors qu'il y a encore des millénaires après.

Avant, il y avait des films avec le mot "fin".

On ne met plus le mot "fin".

L'histoire, elle continue.

Quand Anouk Aimée retrouve Trintignant

sur le quai de la gare,

le film ne fait que commencer.

Chaque histoire est le film-annonce de la prochaine.

On filme des grains de sable.

On filme des soupirs de vies.

Je dis toujours : "On filme des parfums de vérité."

- On se rencontre au bon moment.

Je parlais, l'autre jour, de ça avec Patrick Grandperret,

que j'aime beaucoup.

Il me dit : "Comment se passe le film de Lelouch ?"

Je lui dis : "Je suis contente, parce que je m'amuse."

Ca fait longtemps que je m'amuse plus.

"Lelouch a une sacrée liberté et c'est ce qui me plaît chez lui.

"Sa manière de travailler. Et tu sais quoi ?

"Curieusement, il me fait penser à Pialat."

C'est vraiment le cas, dans cette liberté,

dans le fait d'observer des choses, et clac, de les attraper.

- Son cinéma

cherche la vérité.

- Voilà. - On fait le même boulot.

- "Je te tuerai !"

Je le crie, ou... - Tu le cries.

"Un jour, je te tuerai !"

Il faudra la préparer secrètement. Au moment

où elle arrive, pendant le tournage,

on doit se dire : "Elle fout le bordel sur le tournage."

Je crois à l'incroyable

fertilité du chaos, dans tous les domaines.

C'est ça, le sujet du film.

C'est montrer à quel point le chaos invente tout.

L'inventeur de la vie, c'est le chaos.

Musique entraînante

...

Je veux faire l'autopsie

d'un drame et on va trouver quelque chose

auquel je n'aurais jamais pensé.

C'est ce que j'ai utilisé

dans "Un homme et une femme" :

"Un homme et une femme"

est né dans la naïveté, dans l'innocence.

Tout le drame est là.

Clac, clac, clac.

On a souvent dit que j'étais un cinéaste naïf,

que j'étais tout, sauf un scénariste.

Et finalement, je crois que je suis surtout un scénariste.

- Faut s'y remettre.

Entre-temps, j'ai fait d'autres choses.

Il faut que je me reconcentre un peu.

Il faut que je redevienne...

Kaminsky.

- Il faut rattraper le temps perdu. On voudrait tous...

partir au paradis propres.

C'est valable pour tous les personnages.

Je viens de les charger.

On tourne dans deux heures.

Et là, ils vont penser qu'à ça.

Ils s'y préparent.

- Ils macèrent dans leur jus.

Normalement, tout à l'heure, ils seront mûrs.

- Metteur en scène, c'est jardinier,

synchronisateur, plein de métiers.

- Oui. C'est...

C'est jardinier.

Musique mystérieuse

...

L'horreur est photogénique.

J'adore, quand je respecte pas

mon scénario.

J'adore, quand je me trahis moi-même,

que le tournage est plus fort que le scénario.

C'est ma grande satisfaction.

- "Finie, la guerre ! Maintenant, on rentre."

- "Tu sais que tu chantes faux ?" - "Oui.

"C'est pour ça que je suis photographe."

Rires

- "Pourquoi photographe de guerre ?"

- "Avec la mort aux trousses, on apprécie mieux les choses.

"Et l'horreur est plus photogénique que le bonheur."

Et tac !

Il a tout changé. Les dialogues n'existent plus.

- Pour Valérie Perrin, sa coscénariste,

chaque jour est une leçon d'humilité.

- Tu reconnais pas un mot ? - Non. Tout est changé.

- Tu fais des plans, tu sais même pas

que tu tournais ça. T'es dans un brouillard total.

- Joli plan de toi où tu es tout seul et tu dis :

"Putain, ça y est. J'ai réussi ma vie.

"J'ai réussi ma vie." Une seconde.

- Ca venait après. - Je préfère avant.

Après, tu pourras pas.

J'en donne un...

Tous mes acteurs ont été déroutés, sur les tournages.

"Où il va ?" Des fois, je ne sais pas.

Mais j'y vais quand même.

J'y vais, car je sais que c'est en y allant que je vais trouver.

- C'est...

C'est flippant, je trouve.

- Oui. On marche sur des oeufs et c'est...

En même temps, je crois que ça crée des...

Un peu comme dans la vie, quand on n'est pas sûrs de nous.

- Demain, on s'était dit hier

qu'on faisait Nathalie qui photographie Jacques endormi.

- Faisons-le ce soir.

L'arrivée subjective...

On n'a pas fait le mont Blanc. Il était pas beau, ce soir ?

- Tu fais un truc,

mais ça tient pas deux jours. C'est dommage !

- Comment vous savez ce qu'on fait demain ?

- Une boule de cristal.

- Claude, lui, il le sait pas.

- Moi, je le sais. - D'accord. Bravo.

- Je sais pas vraiment ce qu'on fait, mais enfin bon...

Je suis un peu paumé, là.

- Un tournage, c'est les vacances.

J'ai fait 45 films, je suis allé 45 fois

en vacances.

C'est le meilleur moment de ma vie.

Le moment où je suis le plus heureux, et en même temps...

le plus angoissé,

le plus... Je suis à 3 000 à l'heure.

C'est la course. Je suis un homme d'action.

C'est quand il y a le plus d'action

que je suis en vacances.

C'est la vie.

Rien n'est en place. Allez ! On y va ! En place !

Musique mystérieuse

...

- Je devais avoir 20 ans.

- Tu rigoles ? T'as 18 ans.

- Oh ! Non !

T'es un bébé, là.

- Regarde Louis ! Il est beau. - Oui.

- A côté de lui, tu peux pas emballer.

- C'est James Dean. - Le salaud !

- Magnifique.

...

- C'est le personnage. - Oui.

- Moi, je ne mets pas de croix.

Ma maman, oui. Moi, non.

- T'es athée ?

- Je vais pas à l'église.

Ca, non.

Toi, oui ? - Je crois en quelque chose.

Je crois en Dieu, mais pas à l'Eglise.

Quand j'étais petit,

j'allais au catéchisme.

Dans les fonds de l'église, au sous-sol,

le curé m'a mis la main au cul.

- Non !

- Il a essayé d'abuser de moi. Ca m'a effrayé.

Ca m'a dégoûté, et j'ai pas fait mon catéchisme.

- Un curé a voulu abuser de toi ? - Oui. Un curé.

- T'étais tout jeune. - Je devais avoir 12 ans.

- 12 ans. - Oui.

Ca m'a... Ca m'a bloqué, après.

- T'en as parlé à tes parents ?

- Quoi ? - Tu l'as dit ?

- Oui. Je l'ai dit à mes parents.

Mes parents adoptifs. Je n'avais pas de parents.

Tu manges encore, toi ?

- Coco ! Je vois papa et Rebecca !

- Là, il y a un truc, quand même,

qui est entre le "Je raconte une histoire"

et "Je raconte ma vie".

- C'est un scénario grinçant.

C'est un film clé, pour lui.

- C'est un film qui parle de choses qu'on connaît bien.

- C'est l'histoire d'un homme qui s'est peu occupé de ses enfants

et qui fait un mea-culpa. C'est le sujet ?

Moi, j'ai pas lu le scénario.

- Pas un mea-culpa.

Le hasard a toujours du talent et le hasard a fait que...

Il a pris les décisions que j'ai pas su prendre.

- En gros plan.

Musique mystérieuse

...

- T'as vu la clairière ?

C'est celle de Blanche Neige.

Les cerfs sont là. Les petits lapins, les oiseaux.

Il a fallu que je fasse sept enfants,

que je me marie cinq fois, pour avoir l'idée de ce film.

- Où est la maison ?

- Sarah, c'est la numéro 2. - C'est Grincheux.

- Grincheux ? - C'est Grincheux.

- T'es la grincheuse ? - Il paraît.

- C'est étrange, le lieu

du tournage, c'est chez lui. Il y a ses petits-enfants,

ses filles et tout ça.

T'as un truc qui te prend, qui te donne un peu le vertige.

Et en fait, tu parles deux minutes avec Rebecca...

Elle sait même plus

si elle joue, si elle vit.

- C'est bizarre, comme c'est ma maison...

de voir la maison en action.

- Tout se mélange. - Oui.

C'est ça.

- Quand on filme, c'est mon metteur en scène.

Ce serait bizarre de le voir comme mon père.

J'ai envie d'être comme tous les acteurs.

- Plusieurs fois ! Rires

J'ai un peu le trac. - T'as le trac ?

- Oui.

- C'est ma nièce. - Ah oui ?

- La toute petite nièce ? Oui.

- C'est ma soeur. - Oui.

- Je m'y retrouve plus. - "Quels sont les miens ?"

- "Quels sont les miens ? Les petits, les grands, je sais plus."

- C'est un peu

à la Lelouch. Tu vois ?

- Faites-lui la gueule. Vous êtes anéanties.

"Comment peut-on avoir un père aussi inconscient ?"

Il faut jouer comme ça.

Vous lui faites la gueule. Pour une fois, vous êtes d'accord.

Monsieur Hallyday ! - Alors...

- Tu vas pas parler à tes filles.

- Il peut être détestable,

aussi.

C'est beau, de montrer ça de soi.

C'est pas évident. Faut la force, le courage.

Je te pardonne tout !

Mais ça !

Ca, putain !

Mais tu me dégoûtes !

Tu me dégoûtes !

Je te regarde, et je veux te buter !

J'ai envie de te buter ! Tu m'entends, là ?

T'es un enfoiré, papa ! Voilà ce que t'es ! Un enfoiré !

- Oh !

- Hiver !

T'as été formidable.

J'y ai cru ! Rire

Quel sale caractère !

T'étais formidable.

- T'es montée là ! - Tu m'as donné envie de pleurer.

- Ah oui ? - C'est vrai.

Du coup, j'ai chialé un peu. Rire

C'était prévu avec Claude ? - Oui.

- Ah bon. C'est bien, de pas le dire, ça...

- Ca va s'arranger.

- J'ai tout raté, dans ma putain de vie.

- C'est pas vrai. Dis pas ça.

Elles encaissent, c'est tout.

C'est pas vrai. Dis pas ça.

Eddy Mitchell chante.

...

- C'est bien !

Continue ! - A toi ! A toi !

- Je peux pas faire Eddy. - Merde !

Johnny Hallyday va chanter sa chanson préférée !

Purple... Allez, allez !

- Je la connais pas.

- Purple light, purple light

- Purple light, purple light

- In the canyons - In the canyons

- That's where I... - That's where I...

- Long to be - Long to be

- With my three... - With my three...

- Good companions - Good companions

- Just my rifle, pony...

Faudrait faire comme ça.

- On peut facilement éclairer comme ça.

- Tu parles de l'église ? - Oui.

- Faut que ce soit beau, au prix que ça me coûte.

Il faut pas partir sur un film américain : j'ai pas les moyens.

L'avance que je prends,

c'est pour sécuriser Johnny. - Oui.

- On sait pas. - C'est clair.

- C'est pour sécuriser le film. Pour sécuriser le budget.

Et je me fais un cadeau de deux jours de tournage.

Je fais ce que je veux.

- Je gratte, Claude.

- Oui, je sais.

- Je surveille. - Il faut.

C'est mes sous. Tu comprends ?

Coupez !

C'était le dernier plan du film !

Merci, Sandrine Bonnaire !

Merci à tous, les gars.

Je me suis régalé !

Quelqu'un sifflote.

...

Il y a le film...

qu'on rêve, qu'on écrit, qu'on tourne.

Et celui qu'on monte. Le montage explique ce qu'est

le cinéma.

C'est au montage.

Parce que... on ne peut plus tricher.

- Les sorties musicales... - C'est bon, là.

Pas de bruit ! Rien !

Même pas... C'est muet. L'enterrement.

C'est là que j'ai le plus le trac.

Je l'ai plus au montage qu'au tournage

ou qu'à l'écriture.

Il y a plus de marche arrière.

- Là, qu'est-ce qui te saute aux yeux ?

- C'est que Johnny Hallyday

va être la révélation du film.

- Lelouch finalise la postproduction,

fait la connaissance de Rahul Vohra,

poursuit

ses autres projets et, évidemment,

sort une nouvelle idée de son chapeau.

- J'ai lu que Clint Eastwood

a reçu, un matin, chez lui, une femme,

qui lui a annoncé qu'il était cocu.

Et le soir, ils étaient ensemble.

- Oh ! - Ouais !

Les deux couples mangent

et regardent une émission de télé où on annonce

une journée catastrophique, qui est le symbole de notre époque.

Je vais en faire un film.

- Avec Clint Eastwood ?

- On annonce la fin du monde.

Ca va être la fin du monde pour le couple.

Un tout petit, petit, petit film. On va écrire

au jour le jour.

- Sans scénario ? - Oui.

Je veux partir sans... J'ai plein d'idées dans la tête.

Le plus beau scénario que j'ai jamais eu.

- Un nouveau ? - Oui. Il est arrivé

dans ma tête. Douze personnages.

Les douze signes du zodiaque.

Percussions

...

"La Très Intime Conviction."

C'est la décision que tu prends avec toi.

Ca sera le vrai sujet du film.

- Mon intime conviction : coupable à 100 %.

Et encore, je me retiens.

- Je vais déposer ça.

- Sur le CNC, il est enregistré. Il y a un contrat.

- "Moi et les autres" existe ?

- Oui. - Tu déposes que ça.

- Combien d'histoires

tu as déposées ? De sujets ?

- Une centaine. - Une centaine ?

- Plus, oui. Oui.

Depuis 50 ans...

J'en dépose au moins 3 ou 4 par an. Plus que ça, même.

- Où en est ton projet de film

à Deauville, entre les deux couples ?

- Je fais... - Inspiré...

- Je garde ça pour la sortie d'"Un homme et une femme".

On le sortira en même temps que "Deux hommes et deux femmes".

J'ai envie de faire joujou.

- J'ai une question personnelle. Quand vas-tu devenir adulte ?

- Le jour de...

Les auteurs qui ne savent pas quoi raconter,

je ne comprends pas. Si on est curieux,

on n'est pas à sec. Je suis malheureux.

Je vais mourir sans avoir fait tous mes films.

Même pas le 10e.

- JOYEUX

ANNIVERSAIRE !

- Un grand merci. Ca me touche.

Vous pouvez pas savoir à quel point.

Ca va me permettre d'écrire encore dans la lumière.

Mon premier 1er assistant.

On a été l'assistant de Roberto Rossellini.

- C'est vrai.

- J'étais cameraman de Rossellini, un soir.

Oui ! C'est pas rien, les enfants.

On est les anciens combattants.

Musique électronique

...

- Il est bien, Johnny. - Oui.

- Il est jamais comme ça. - On était transportés.

- T'es surprise ?

- C'est trop dur, là.

Je te jure, c'est... C'est perturbant, pour nous.

Pour moi et mes frères et soeurs.

- Il a jamais été là à Noël.

- Il a jamais été là tout court.

- Ca fait longtemps que j'ai pas vu un film de mon père

aussi personnel,

où il se met autant en péril, où il s'offre autant que ça.

Il tire le personnage vers le haut.

La vie est plus complexe que ça.

Mais celui-là est très joli.

- Je sais que si demain matin, on me demandait

d'adapter au cinéma un scénario écrit par un autre,

je vais être le plus malheureux du monde.

Je vais pas pouvoir...

J'ai renoncé, à chaque fois, à adapter

les projets qu'on m'a proposés. J'ai dit non.

Moi, je ne suis pas un metteur en scène esclave.

J'ai brisé mes chaînes

avec "Un homme et une femme".

Le cinéma était en esclavage.

Je les ai brisées : "Il faut libérer

"le scénario, l'acteur, la caméra, tout le monde."

J'ai bouffé

avec Dujardin

et j'aurais aimé avoir une caméra.

Voilà, c'est ça. C'est ça. Je deviens fou.

Je suis un grand malade. Je suis intoxiqué à mort.

On a pris la décision,

aujourd'hui, de tourner

un film de fou, de cinglé, de malade.

C'est l'histoire d'un homme qui aime les femmes

et qui veut n'en aimer qu'une.

Mais son problème est qu'il les aime toutes.

- Je prends des projets qui me font peur.

Je prends un film muet quand on me dit

de pas faire un film muet.

"Un film à sketches, ça marche pas." Pourquoi ?

"Tu vas faire quoi, en Inde ?"

"Je vais vivre un truc formidable."

Cette carrière, c'est : "Faut pas ! Faut pas !"

Si, il faut.

Je crois que c'est un truc d'instinct qu'il faut garder.

Musique électronique

...

- Nous voilà partis pour une virée de 3 semaines. 25 000 kilomètres

parcourus en avion, en train, en voiture ou en bateau.

Claude abrège souvent

ses repérages. Des plans B et C

ont donc été prévus.

Pour parcourir

ce pays-continent,

pour leur montrer la diversité des décors

et nourrir leur scénario,

avec Rahul, on a préparé un voyage en partant des mégalopoles

pour aller vers des lieux spirituels.

...

Pour voler des instants de vérité, Lelouch sème le chaos

et la confusion dans la tête de ses comédiens,

comme dans "Salaud, on t'aime".

- Vous risquez rien.

- En Inde, c'est évident,

le chaos est partout,

à l'état brut.

Un labo grandeur nature où Claude plongera ses acteurs.

C'est l'enjeu de ce voyage.

- C'est insensé.

Insensé ! Je suis

un amoureux du bordel.

Il n'y a rien de plus photogénique que le bordel, et là,

ça va tout à fait dans mon sens.

Ca me travaille.

Ca, ça me plaît.

Regarde !

C'est incroyable.

Là, je deviens fou.

Là ! Regarde ! Regarde !

C'est du chef-d'oeuvre.

- Ils ont le satellite.

- Il y a pas l'eau courante, rien. C'est n'impo...

Si on vient ici, c'est pour filmer ça.

Regarde ! Regarde ! Regarde !

- C'est marqué en hindi et en anglais.

Ce sont deux langues soi-disant officielles de l'Inde. OK ?

Là, c'est marqué en 17 langues.

Des langues. Pas des dialectes.

Il y a 1 500 dialectes.

- Les films sont en quelle langue ?

- A chaque Etat sa langue. - Chaque Etat a ses films.

- On repart

pour rejoindre le Rajasthan.

Sur les routes, mourir

de peur ou dormir, il faut choisir.

- Des chiens, des vaches. Regarde ça !

C'est des buffles. - Buffles. Oui.

- C'est extraordinaire.

Ils ne bougent pas d'un centimètre.

Klaxons

Ici, t'es obligé de croire en Dieu.

...

Si tu fais 500 km sur une autoroute,

si t'es pas mort au bout, c'est que Dieu existe.

Avec ce que j'ai vu aujourd'hui, on aurait dû mourir 63 fois.

J'ai perdu 60 points à mon permis.

Rien qu'en regardant, pas en conduisant.

- Namaste. Welcome to Rajasthan.

Et on touche la terre. Voilà, ici.

C'est le pays du sacrifice.

C'est le pays de la royauté. C'est le pays de l'héroïsme.

Ce pays nous a donné le safran sur le drapeau indien.

- En Inde, le temps se mesure à l'échelle

de l'éternité. Un concept ardu

pour tout Occidental.

Un comble, pour celui qui ne s'arrête jamais.

- Il y a une acceptation des choses.

Chez nous, il y a une révolte permanente.

Une critique, une contestation. Ils acceptent.

Le train est en retard,

c'est rien.

Passage en anglais

- Amigo !

Viens ! Viens ! Monte ! Monte !

- Partez pas sans moi ! - Viens ! Viens !

Viens ! Allez, monte !

Si on voulait créer ça,

ça serait tellement artificiel !

Là, c'est...

Il y a des parfums... Tout ce que j'aime !

Ce qui m'intéresse

dans ce film, c'est que...

le personnage de Dujardin ne croit en rien.

Il croit en lui. Dieu existe.

Oui, c'est toi.

Ca m'amuse, d'avoir

un personnage qui croit surtout

en lui,

dans un pays où on croit... - En quelqu'un d'autre.

- Oui. C'est intéressant.

Et j'aime bien

un personnage...

un peu vantard, un peu...

Ici, la modestie est forte.

Klaxon du train

- A l'hôtel, je retrouve Claude,

qui se livre à une de ses occupations favorites :

gamberger.

Changer ses projets, redistribuer les cartes.

Et ce matin, procéder à un choix cornélien.

- J'ai cinq films dans la tête.

Je vais faire un regroupement de "L'Intime conviction"

avec "Un plus une".

Ce sont des écrits voisins. - Tu m'as dit :

"Je veux faire 3 films."

C'était "Salaud, on t'aime", "Les Bandits manchots"...

- Ne me demande pas d'expliquer ce que j'ai pas compris.

- Si tu veux sortir le prochain,

tu ne vas pas tourner un gros truc cet été !

- C'est mal parti.

Rire

- "C'est mal parti !" Donc... - J'adore. C'est génial.

J'en profite

pour dire à mon amoureux

que cet été, je pars en vacances.

Je ne suis pas disponible du 15 juillet à fin août.

- Un mois et demi ? - Il comprend pas.

- Ca fait deux ans que je bosse 24/24.

J'en peux plus. Je me barre.

- Tu peux pas tourner un gros film entre les deux, le monter.

T'as des dates bloquées. - Rien n'est bloqué, avec lui.

Sachez ça : rien n'est bloqué, avec lui.

Rien. OK ? Rien. Ca n'existe pas.

- Elle me connaît.

- Mettez 4 personnes dans une voiture, ajoutez de l'aventure,

des kilomètres, du mystère,

de la bonne humeur et l'esprit d'équipe :

c'est l'alchimie.

- Regarde l'éléphant !

- Le rythme est intense.

La fatigue rend hilare ou agacé.

- Il est 6 h du matin

et on ne dort plus.

- Une pause chaï,

et ça repart !

Accent alsacien

- J'ai vécu à Strasbourg un an.

Si ! - L'accent alsacien.

- C'est pas l'accent alsacien.

C'est vous qui parlez avec l'accent français.

- Il arrive

à faire l'accent alsacien !

- Une nouvelle intimité

se dessine. L'imaginaire de Claude est stimulé.

Il voit en Rahul

un personnage de son film.

- Depuis 3 jours, je crois à tout ce que tu dis.

- Jusqu'à présent, tout ce que j'ai dit est vrai.

Maintenant, je vais inventer un peu.

- On va créer ton personnage

autour de ça.

C'est drôle. Tu vois ? C'est un personnage formidable.

Le mec a réussi à trouver que tout est parti d'Inde.

- Il faudrait mélanger

la vérité avec un peu de légende.

- On va prendre l'histoire du mec de Limoges.

Rahul, c'est ça. C'est pas Limoges, c'est l'Inde.

Quand j'étais à l'armée,

j'étais avec un garçon qui était de Limoges.

Il y avait vécu toute sa vie.

Dans notre chambrée, on avait déjà fait pas mal de choses.

J'avais fait le tour du monde.

Le soir, on racontait

nos aventures.

Et moi, je racontais

mes aventures aux Etats-Unis,

à Moscou, le Rideau de Fer, etc.

Quand je parlais

d'événements ou de décors

que j'avais eu la chance de voir à 20 ans,

ce garçon adorable disait :

"A Limoges, il y a la même chose."

C'était l'alchimiste.

On avait voyagé,

et lui, il avait tout en bas de chez lui.

Ca s'appelle la mauvaise fois, à un moment.

Rires

Ton personnage

doit être comme ça, mais qu'on y croie vachement.

Tout est parti d'ici. Le Big Bang est parti

de l'Inde.

- Pour faire l'Univers. Tu vois les champs de moutarde ?

Les Dijonnais sont venus ici il y a longtemps.

- Et ils ont fait la moutarde.

- Oui. C'est bien. J'adore.

- Les Indiens ont inventé la Nouvelle Vague.

Ils faisaient 1 000 films par an. Quand Godard...

"A bout de souffle" est parti d'ici.

Si on arrive à faire ça, les enfants, ça va être à pleurer !

Et avec Dujardin, alors là...

on va exploser la marmite.

Dujardin,

sur ça, je vais le faire partir.

Brouhaha

...

Tant qu'on n'a pas été dans une gare indienne,

on connaît pas l'Inde.

C'est très, très impressionnant.

Je disais à Valérie :

"C'est notre premier gros choc."

Là, c'est violent.

- Les rats passent là. - Regarde les rats !

T'as vu les rats ?

- Les rats sont de bon augure : ce sont des montures de Ganesh,

et tout le monde adore Ganesh.

Mais putain, personne ne me croit !

Même quand je dis la vérité. C'est vrai !

- Tu filmes, là ? - Oui.

- C'est beau, ce que tu filmes.

Avec la buée. Là, c'est la fin du monde.

C'est le Dr Jivago.

C'est le travelling de rêve, que tu fais.

C'est un générique de film.

Moi, je dors mieux assis. - Non !

- Je connais bien Lelouch. C'est un ami.

Je le connais depuis 76 ans.

Il dort mieux assis que debout. - Non ! C'est pas vrai.

Moi, je le connais depuis 7 ans. - Ah !

- You can not imagine what happened.

Musique mystérieuse

...

Il y a une ambiance de fou. Il faut filmer,

avec ce brouillard.

C'est d'une beauté insensée.

- Tu l'auras. - L'an prochain ?

- Je le commande tout de suite. - Parfait.

...

- Varanasi ou Bénarès est la seule ville en Inde

où le dieu Shiva est considéré comme étant

le roi : il est le roi de la ville, pas seulement le dieu.

C'est son royaume.

...

- Le Gange.

Un fleuve sacré et pollué.

On y jette des corps et des déchets toxiques,

mais on s'y lave et on s'y purifie.

...

Nous allons vers les bûchers,

allumés à la flamme du feu sacré qui brûlerait depuis 3 500 ans.

- C'est un pays

de contrastes : le Moyen Age et l'an 2000

se côtoient comme nulle part ailleurs.

Si on arrive,

simplement, de nos pays, en regardant ça,

on ne peut que s'insurger devant cette misère.

Un homme crie.

- Pour la première fois, l'Inde s'insinue en Claude.

Comment ignorer ce mélange de poésie et de pourriture ?

...

La Kumbha Mela m'avait convaincu d'emmener Claude.

Le plus grand pèlerinage de la planète.

Campement éphémère,

une figuration de 100 millions de pèlerins :

un rêve pour tout cinéaste.

La Mela, "foire", en hindi, est moins importante,

mais a une force rare. Plus qu'une communion spirituelle,

c'est le salon du chaos à échelle inhumaine.

- Ho ! Ho ! Ho !

Ho !

- L'eau est sacrée, pour les hindous.

Les bains sont les points forts de la réunion.

Appel au haut-parleur

...

- C'est une des plus belles choses

que j'ai vues de ma vie !

- Que toutes les confluences de ta vie te mènent au mieux.

- Ce point rouge sur le front, c'est le tilak,

qui symbolise le troisième oeil.

N'étudions pas les chakras, mais Descartes, le philosophe,

considérait ce lieu comme le siège de l'âme.

Un truc de dingue !

Appel au haut-parleur

...

- J'en ai marre, des films raisonnables.

- Il faut bouger les gens, aujourd'hui.

- Quand tu vois ça, tu te dis : "C'est infilmable.

"C'est infilmable, parce qu'il y a trop d'acteurs."

C'est une provocation, pour moi.

Ca passe ou ça casse.

Mais si on arrive à...

D'abord, à divertir les gens,

pour ensuite, les amener...

dans une réflexion vachement optimiste,

vachement optimiste...

Chant traditionnel

...

Etre amoureux de deux personnes, c'est terrible.

Dujardin, c'est un gourmand.

Il veut toutes les femmes. Il veut tout.

Il veut tout, tout.

C'est le vrai dragueur.

Tomber amoureux quand on ne l'est plus, ça ne m'intéresse pas.

- Après 5 ans, on peut plus être amoureux ?

- Si ! - Pas de la même manière ?

- Là, je veux que ce soit récent. Deux ans, c'est déjà énorme.

Il rêve d'un enfant. - Je pensais que c'était plus.

- Deux ans. - Deux ans, c'est chaud.

Tu fais pas ça au bout de deux ans. Il en faut au moins sept.

- Elsa est amoureuse de son mari. Lui, de sa pianiste.

- On peut être très amoureux au bout de 7 ans, encore plus.

- C'est pas pareil. - Si !

- Là, c'est deux couples récents.

- J'ai compris.

Pourquoi ?

- Je dis rien du tout. Vous m'emmerdez. J'arrête.

Musique mystérieuse

...

- Good morning.

- How are you ? - Hello.

- Nous arrivons à Amritapuri, à l'ashram d'Amma.

Créé en 1981,

il abrite aujourd'hui son ONG

et 3 000 chercheurs spirituels du monde entier.

S'il y a des imposteurs chez les gourous,

Amma, elle, est une grande âme. Dès ses 9 ans,

elle pratique la méditation et réconforte les souffrants.

Elle ne parle pas de religion, mais de "voie de l'amour".

Une voie qui passe

par le respect de l'écosystème, la conscience de ses actes

et la consolation.

Chants

Elle parle dans sa langue.

Le public crie.

...

- Si j'ai tenu à présenter Amma à Claude,

c'est qu'elle va répondre à ses attentes.

C'est un concentré d'humanité

qui donne le darshan, étreinte chaleureuse et maternelle.

D'ailleurs, "Amma" signifie "mère", en hindi.

Amma transgresse

les lois de pureté en étreignant indifféremment

hommes et femmes, riches et pauvres,

croyants et profanes.

Son action et son aura sont mondialement connues.

Pour ses fidèles,

l'enjeu est de toucher du doigt le sacré, être consolés, protégés.

C'est le sens même du darshan : la bénédiction grâce à une vision.

- C'est bouleversant.

J'ai très envie d'amener les personnages du film ici,

pour qu'ils comprennent ce qu'on ne peut pas expliquer.

Il faut expliquer l'inexplicable.

Amma lui parle.

J'étais plus ému quand elle m'a étreint

que pour la Palme d'or ou les Oscars.

- Non ! - Je te jure.

Quand tu as un Oscar et une Palme d'or,

ça donne pas un sens à la vie.

Ca donne un sens à ton ego.

Avec ça, tu vas rassurer les imbéciles.

Musique mystérieuse

...

- J'ai l'impression de vivre au ralenti.

- Je te vois avancer d'un pas lent.

- Oui. On est à 4 200 et quelques mètres, déjà.

Et il faut partir doucement, doucement.

Il ne faut pas

se speeder.

Je t'assure. Ca m'est arrivé.

Tu hallucines, la nuit, si tu as le "sickness".

- Ca va, là.

- Nous sommes arrivés au Cachemire, au nord,

entre Tibet, Chine et Pakistan. Un axe militaire stratégique,

une région à majorité bouddhiste et de culture tibétaine.

Nous emmenons Claude dans les Himalayas, car tout commence ici.

Cris de joie

...

- Le Las Vegas local.

- C'est leur seule attraction. - Mais ils se marrent vachement.

Cloches

...

- No ! No !

...

- Ce pays croit en l'éternité, donc j'y crois.

Donc je crois pas à la mort.

Je crois pas en Dieu.

Je crois en l'éternité.

Donc je crois en l'éternel.

- Le grand fleuve de l'Indus,

la civilisation de l'Indus,

c'est ça : le début de tout. - C'est très beau.

- Ca t'inspire ? - Oui. Si la vie

est un long fleuve tranquille, il part d'ici.

- C'est pas du tout dans le film.

- Ca peut y aller.

- Les personnages chercheraient quoi ?

- Je sais pas.

Tu vois ? Je sais pas ce que je cherche,

depuis ma naissance. Parfois, je trouve des trucs.

- T'es ici pour un repérage. - Oui. Mes héros

cherchent quoi ? L'essentiel.

Dujardin est la colonne vertébrale du film.

C'est un bloc d'humour.

C'est un mec qui... C'est...

C'est Woody Allen.

Et elle, c'est Haneke. Voilà.

Rires - Et c'est Claude Lelouch

qui filme !

- C'est exactement ça.

...

On va partir du cinéma, qui est un truc artificiel,

pour essayer d'arriver à l'essentiel.

En rigolant et dans une comédie. Il faut une comédie.

Il faut une comédie. C'est essentiel.

- Une dernière surprise attend le cinéaste :

les moulins à prières.

Et si, à l'origine du monde,

il y avait la roue de l'éternité ?

L'idée du mouvement perpétuel ?

Musique mystérieuse

...

- Avec toi, avec toi, avec toi

...

- Tu fais du cinéma, car ça tourne.

Rires

- Va savoir !

- A 705 jours de la ligne d'arrivée,

Claude rentre exténué, mais riche de toutes ces images indiennes.

- On est arrivés devant cette femme

qui embrasse les gens,

et c'est un truc de fou.

Ca va au-delà des croyances, des conneries.

Tu te dis : "Il y a un truc de divin."

Pour revenir sur Terre,

parlons de "Salaud, on t'aime".

- Ca, c'est le cromalin de l'affiche.

Il faut la lancer vite.

- Oui, ça serait bien.

- On a joué

le côté "grande exploitation", comme Pathé,

UGC,

et le côté "salles indépendantes".

- Du sur-mesure.

Tu vois ? On n'est pas dans une grosse machine.

- On commence par le marketing :

affichage et presse.

- Ca devrait se voir. - Ah oui !

Le samedi, normalement,

le JT de Chazal

avec Johnny et Eddy, à confirmer.

- C'est confirmé,

la projection... - Oui.

- France Culture.

- J'ai une demande...

- Une masterclass

au Studio 28.

- C'est confirmé.

- "Les Inrocks".

- Vendredi 14.

- "Grazia".

- "Version Femina".

- France Inter.

- Eddy dit :

"Le JT, je veux le dimanche."

- Ils ne peuvent pas.

Ils sont sur scène. Ca ne simplifie pas.

- Deux dimanches

avant la sortie, c'est les municipales.

Il n'y aura pas de journal télévisé avec rubrique cinéma.

- Je vais voir s'ils n'accepteraient pas, le samedi,

de faire un journal avec toi

exceptionnellement, puisque le samedi,

ils ne parlent pas politique.

- Les télés, c'est devenu horrible.

Pour l'instant,

je suis que dans les prime time.

Je parle pas des access prime time.

C'est la guerre.

Ils ont des mitraillettes. "Tu vas chez qui ?"

Johnny Hallyday chante.

- Pom pom !

- Le hasard

a toujours du talent.

Les gens du hasard savent

que je suis un client.

Vous allez voir : on va avoir des hasards,

et c'est là-dessus qu'il faut qu'on attaque.

- M. Lelouch !

- A gauche !

Applaudissements et cris

...

- Le plus dur, c'est après-demain.

Tout va se jouer sur un coup. C'est excitant.

C'est comme à la roulette.

La bille est en train de tourner.

Va-t-elle bien tomber ?

- Ce côté défi doit te plaire.

"Je l'ai fait seul contre tous." - Oui.

Et puis ça fait quand même 50 ans que je joue à ce jeu,

à cette roulette russe.

- Face, c'est moi qui te bute.

Pile, c'est lui.

La tranche, t'es gracié.

- Et pourquoi ?

- On t'a dit : un jeu bête et méchant.

- On s'est pris

une grosse claque.

- Surtout avec les chiffres de lundi. On pouvait penser...

- Les jeunes, on les a pas. Du tout.

- Ils voulaient pas voir Johnny au cinéma.

Mais la chute, aujourd'hui, est colossale.

C'est comme un tribunal.

Le verdict est terrible.

Musique grave

...

- Tu as eu de grands succès.

Tu as aussi connu des échecs. C'est pas le premier.

- C'est pas un échec, celui-là.

Celui-là, c'est pas un échec.

C'est pas ça, un échec.

Moins il marche...

moins il a de succès,

et plus je...

j'aime ce film.

Alors c'est peut-être...

ma mauvaise foi qui est plus forte que le reste.

Mais... euh...

j'aurais aimé assister au succès de ce film de mon vivant.

Voilà. C'est ça qui me rend triste.

Vrombissement de moteur

Musique entraînante

... ...

...

... ...

- Quand il broie du noir,

Claude prend la route à vive allure. Il y a 50 ans,

après un échec, il s'est mis à rouler

à tombeau ouvert, appelant la mort,

juste avant que le hasard n'envoie un signe.

Musique dramatique

...

- La fameuse nuit où je me suis arrêté, c'était là, à peu près.

Je me suis endormi là. Le matin, je suis allé

sur la plage.

J'ai vu cette femme et cet enfant marchant avec deux chiens.

On peut dire que tout a commencé là, quand même.

Quand je suis arrivé là, dans ma voiture,

j'aurais jamais pu imaginer

que c'était le générique d'un beau film,

que c'était...

Que ça allait changer mon destin. Cette nuit-là, je pensais...

qu'il fallait changer de métier,

parce que "Les Grands Moments" avait été un échec, et...

C'est au moment où j'ai dit :

"Peut-être qu'il faut que je fasse autre chose."

On m'a rattrapé

et on m'a dit : "Non, non.

"Viens. Tu vas voir, on va faire un beau film".

Voilà, donc encore une fois,

on n'est pas assez savants

pour connaître le grand projet de l'univers.

On est en train d'expérimenter l'amour, les maladies,

l'adultère, le mensonge.

Je pense que je suis un reporter de la vie et que mes films,

ça me permet de partager ma curiosité

avec le plus grand nombre. Et puis, je veux plus me poser de questions.

J'accepte les choses telles qu'elles sont,

avec leurs qualités, leurs défauts.

J'ai plus envie du tout de... C'est trop compliqué.

Je trouve trop compliqué le...

Le présent a toutes les vertus, toutes les vertus.

Et j'ai envie de le déguster. Voilà, je déguste le présent.

Le passé... c'est le passé. Soupir

Et le futur, c'est trop compliqué, trop cher, c'est... non.

Musique rock rythmée

...

J'avais spéculé sur un succès moyen

pour pouvoir continuer l'aventure.

Et là, comme le film fait vraiment le SMIC,

ça modifie un tout petit peu la suite du feuilleton.

Musique d'intrigue

...

J'attends un message du hasard.

- Mais tu sais que tu vas le chercher aussi.

- J'attends qu'il vienne. Je lui fais un peu la gueule.

- Attendez, attendez.

Désolé pour l'intrusion, mais là, il faut une explication.

Si on parle pas Lelouch en seconde langue,

on ne peut pas comprendre.

Et pourtant, Lelouch, il le met dans ses films, tout ça.

- Pile, vous prenez le métro,

face, on essaye de se rencontrer, quoi. D'accord ?

- Je lui laisse 13 secondes.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf,

10, 11, 12, 13 ! Génial.

- Vous êtes Lion ? - Non, non, non, je suis Scorpion.

- Alors, vous devriez pas être bloqué.

- Ca fait 20 minutes que je le suis. - Mais vous êtes Scorpion.

- Puisque t'es joueur...

le caillou gardera Salomée.

- Si je peux faire le tour en 20 secondes, alors c'est pas grave.

- Moi quand je sais pas, je me donne une deuxième chance

avec les superstitions.

A ce moment-là, je pose des questions à celui qui sait.

C'est-à-dire à ce grand metteur en scène

qui a fait de moi son assistant.

Et ce grand metteur en scène, il me parle avec des signes.

Donc je suis attentif aux signes.

Et il m'est arrivé

de faire des films à pile ou face.

- Beaucoup sont superstitieux, y compris les sportifs.

- Chacun de nous a le droit d'avoir un langage,

poser des questions irrationnelles,

mais tu peux le faire physiquement.

Le tir à l'arc, c'est un truc très important.

- Tu fais du tir à l'arc pour décider ?

- Dans le tir à l'arc, il y a ta volonté,

ta détermination est importante

et puis la flèche, elle traverse l'air,

traverse ceux qui savent, traverse l'invisible

et peut te donner des renseignements.

Je veux dire qu'il y a un langage

avec notre inconscient

qui est possible et avec celui qui est censé

savoir presque tout, voilà.

Donc, je crois à ça.

- La mort, c'est intéressant. La mort à côté de l'amour.

- Tu vas voir des voyantes ?

- Non, pas du tout. - T'es pas là-dedans ?

- Non, parce qu'ils ne parlent pas le même langage que moi.

Mon inconscient est traversé

par des ondes, les astres que donnent les informations.

Parce que ces informations

sont échangées, donc elles passent à travers toi.

Et donc, tu peux essayer de les choper.

C'est un peu de l'espionnage que je fais.

Musique étrange

- Pourvu que vous compreniez rien. - C'est l'inverse, non ?

- Parfait ! Il a rien compris. Mais c'est parce que vous,

vous avez compris que vous n'avez rien compris,

que vous serez au-dessus de cette confusion et gagnerez plein de fric.

- Il faut rattraper le retard et après, reprendre de l'avance.

Et pour l'instant, on a pris un peu de retard

sur le planning que je m'étais fixé.

Coupez ! Merde, j'ai dit que je voulais pas de ça !

Propos inintelligibles

Il y avait le chien qui attendait, c'était super !

Musique rythmée

...

Faire un film, c'est une course, comme une compétition sportive,

c'est pareil. Un match à gagner.

Ca, c'est formidable ! Là, j'arrive sur le curé.

Attention !

Quand les gens vont voir un de mes films,

s'ils disent "pas mal", ils iront pas le voir,

parce qu'ils en ont vu 44, déjà.

Ils n'iront voir mon prochain film que s'ils disent :

"Ah ! C'est son meilleur". Je regarde un Woody Allen

que si on dit : "C'est un grand Woody Allen".

On est condamné à faire le meilleur film, sinon ils viennent pas.

Ils se diront : "Je l'ai déjà vu".

- Comme s'il manquait de projets,

il ressort un vieux rêve qu'il va réaliser

à Beaune en Bourgogne : les Ateliers du Cinéma.

Le genre d'école qu'il aurait adoré, pour ceux qui ont pas fait d'études

ou qui ont pas l'argent pour.

- C'est ce qui m'a décidé.

En le voyant le 13, j'ai dit : "Je peux pas dire non."

- C'est pas toi qui l'as rajouté ? - Mais... hé ! Bon.

Mais comment leur expliquer que si moi, je le mets,

ça va me porter la scoumoune.

Tout ça est cassé.

Là, il y aura le grand studio

de 1 000 mètres carrés. Le grand auditorium va être là.

Les salles de montage, là, et les profs.

Mais c'est pour faire des films.

- On les fait ensemble. - On les fait.

Musique électronique

...

Comme on fera ça...

- Là, c'est carrément...

Là, c'est dur.

Moi, je suis émerveillé, parce que je peux plus.

Moi, je monte un étage... - Et tu es mort.

- Et on me ramasse à la pelle.

- Je vais attaquer le 45e. On en a fait combien ensemble ?

- On en a fait pas mal.

- Tu as lu le scénario ? - Ouais.

- Il faut pas que ça fasse indien. Non, oublions ça,

parce que sinon, on va être ridicules.

- Oui.

- Non, non. Lui, c'est un grand compositeur.

Imagine, je ne sais pas, Francis Lai, Michel Legrand.

Jarre, tu vois ? Et on le fait venir pour faire sa musique.

- Bien sûr.

Il joue du piano.

- Voilà, il faut trouver un truc qui, pendant trois minutes,

soutienne le rythme infernal. Et par-dessus,

un thème rapide et accablant.

Un thème rapide et accablant, par-dessus.

...

Avec toujours la rythmique derrière.

Alors, en symphonique ? - Carrément.

- Avec des... - Tout, tout.

- Ah, ouais.

Musique sombre au violon.

...

- Oui, c'est ça le thème du film.

...

Ouais, on l'a.

- Sur les scènes que t'as cachées, t'as rien dit ?

- Non.

Jean Dujardin rit.

- Ce qu'il sait pas, c'est que moi non plus.

- Plus on va se faire de surprises tous les deux,

et plus on sera à la fête.

- La fête, c'est aussi d'avoir senti des projets,

de multiplier les casquettes : scénariste, réalisateur,

producteur, distributeur, directeur d'école

et membre de multiples institutions du cinéma.

Il s'emballe comme un enfant, déborde d'énergie

et dans ces instants libres, il restaure ses films.

Musique électronique

...

Rires

...

...

Musique intrigante

...

- Ceux qui viennent sur ce film, comme on va dans une aventure,

tu vois, un jour, tu viendras voir le film avec moi

et tu diras : "Putain !

"Voilà l'histoire que j'ai tournée". Joue ce jeu une fois dans ta vie,

tu vois ? J'ai envie

qu'on soit tout le temps sur un film,

tu vois, mais qu'on y croie.

Mais pour l'avoir, il faut qu'on y croie.

Moi, j'adore les pièces de boulevard auxquelles on croit.

Sacha Guitry, c'est une merveille.

- Fabuleux. - C'est terrible, mais on y croit.

On y croit, tu vois ? Alors que Feydeau, on n'y croit pas.

Et je t'en dis pas plus pour la suite.

- J'adore ! J'adore.

- Voilà, mon chéri.

- J'adore.

- Et tout le reste du film, la fin, comment ça va se terminer...

- Non, je veux pas savoir. - Rien.

Ouais, c'est pas mal.

- Parfois, les metteurs en scène peuvent rentrer dans tes chaussures.

C'est normal, puisqu'ils ont conçu le film,

ils l'ont écrit...

Mais il faut qu'ils en fassent aussi un peu le deuil.

Pas à 100%, mais à 50%. Qu'ils nous laissent rentrer chez eux,

et entrer dans nos chaussures, puisqu'on habite le personnage.

Il prend un T-shirt.

C'est un assemblage, c'est un échange.

Ca se vérifie dans les premières semaines

où le metteur en scène veut se voir dans un personnage,

et tu t'installes, tu l'as pas encore.

Et une fois qu'on se trouve, après, ça déroule.

J'ai vu ça parfois, pas toujours. Des fois, ça se passe très mal,

ou alors, ça se passe tout de suite bien,

mais il y a un temps d'adaptation

entre le metteur en scène et l'acteur

en se disant, confirme-moi que t'es mon personnage

et confirme-moi que tu me laisses entrer dedans.

- Quand la confiance est là, c'est sans limite.

Je veux dire que quand on aime, on ne compte pas.

A chaque fois qu'un comédien a eu confiance

et que j'ai eu confiance en lui,

on a eu des nuits d'amour exceptionnelles.

Musique entraînante

...

Après le succès de "Un homme et une femme",

on avait gagné pas mal d'argent

et j'ai été approché par des voyous

qui ont essayé de m'arnaquer.

- Vous êtes bien au 100 45 85 ?

- Oui.

- Ne quittez pas, il y a une surprise pour vous.

- Et puis, j'ai sympathisé avec l'un d'eux.

J'ai dit : "Si vous avez envie d'escroquer quelqu'un,

"allez voir ailleurs". Il me dit : "J'ai un joli coup

"qu'on va bientôt faire".

Et il me raconte l'histoire.

- Ce sont des pros qui ont fait une mise en scène.

Ils vous ont téléphoné et vous ont emmené à l'Olympia.

- Pour quoi faire ? - Pour avoir une rançon.

- Mais si on peut pas payer ?

- Mais vous avez des biens ?

- On n'a pas de biens. Juste... je travaille.

- Vous travaillez où ? - Dans une banque.

- Si la banque refuse de payer la rançon,

vous ne reverrez jamais votre petit Daniel.

- Je dis : "Si vous faites ça, vous allez sûrement aller en prison.

"Faites-en un film".

Et je lui ai acheté les droits.

Et dans le jeu des hasards et des coïncidences,

donc, il y a six mois,

j'ai reçu un coup de téléphone de Tarantino.

(En anglais)

- Et je fais de mon mieux pour suivre cette tradition.

Applaudissements

...

- Quand je regarde un de mes films,

j'ai le sentiment de voir le film d'un autre.

C'est drôle, c'est cruel le cinéma des fois.

Pour les amis, les gens qui sont plus là,

le chef opérateur qui est mort, tel acteur qui n'est plus là...

Non, c'est souvent comme aller au cimetière.

- Et bizarrement, le cinéma, c'est l'immortalité.

- Oui, mais pour les autres, pas pour ceux qui l'ont fait.

- Pouvez-vous crier fort : "Merci, Simca".

- Merci, Simca !

- On fait une surprise à Francis.

C'est nos 50 ans de vie commune.

- Faut que je lui dise que j'écoute ses musiques

avant d'entrer en scène. Elle fredonne.

Et on a écouté la musique dans l'avion,

de l'homme qui me plaît. Ainsi une boucle se bouclait.

Comme si le destin et les anges étaient avec nous. Vous voyez ?

Ca, c'était très...

Musique calme

...

- Bonjour,

cet avion est aujourd'hui un studio bien particulier. Suis-moi.

...

Tu vois, il y a Jean, qui est en train d'étudier ses scénarios.

...

- Il est fou ! Il est fou !

(En anglais)

- Là, si tu veux savoir c'est que c'est le pays

aux questions sans réponse, ou plutôt le pays

des questions aux questions sans réponse.

- Je suis... Je pense que je suis raccord avec le personnage, là.

Je suis hagard.

...

- Je suis Charlie.

- On est à l'ambassade de France à New Delhi.

Ils ont relevé leur niveau d'alerte à l'ambassade.

- C'est dur de faire rentrer les gens, le matériel.

Pas de talkie-walkie,

donc on court partout, mais on y arrivera.

- Le mec de Montrouge est de mèche

avec les frères.

- La vie s'invente au fur et à mesure.

Donc je suis plutôt un metteur en vie.

Je suis un chasseur d'émotions et mon fusil à moi,

il donne la vie, au lieu de tuer.

Ma vie, c'est d'aller de film en film.

Il y a des films d'humeur sur le regard que je porte aux gens.

Je fais un film sur le temps qui passe,

et le temps qui passe, transforme les gens, les modifie.

Mon instinct est comme ça, et donc j'ai besoin

chaque fois de tomber amoureux d'un acteur, d'une actrice,

d'un décor, d'une musique, d'une photo.

Ma vie est une succession d'histoires d'amour.

Si je tombe pas amoureux, il y a un problème.

- Ouais ! Ne me provoque pas.

- Attends, je monte.

- Ca, on en a rêvé. - "Peur sur la ville".

- C'est Butch Cassidy !

- Stop ! Bam ! Stop !

Vachement bien !

- Il a eu un Golden ?

- D'honneur, ouais. - Il est classe.

Il est 6h du matin et nous allons arrêter à Mumbai

dans 1h et demie, voire 2h.

Il n'est pas impossible que Claude prenne la caméra.

Qu'est-ce que je fais ? Je prends mon blouson de jeu

Attends.

- Tu entres dans les WC,

je te fais ressortir, et elle, elle arrive.

- Faut toujours être prêt avec Claude.

- Toujours. On arrive, faut tourner, j'y crois même pas.

On nous a maquillés.

C'est comme ça que j'aime le cinéma.

- Avec le scénario, j'avais 90 pages, donc 1h30,

et j'en suis à 130 pages. Je suis à 2h30.

- On dit rien aux producteurs. - Faut pas le dire.

...

- Tu organises quelque chose avec deux ou trois personnes.

Tu pars deux secondes, ils s'en vont,

quelqu'un les remplace.

J'avais dit à un mec : "Je reviens."

- Tu dois faire à leur façon,

car ils le feront pas à la tienne. T'es chez eux et...

c'est des habitudes de travail qui sont comme ça.

- Est-ce qu'on refait une répétition ?

Quickly, please.

Standing by, please.

- Chacun cherche ce qu'il a à faire.

Il y a des choses qui viennent de toute l'Inde. C'est le bordel.

C'est ici que j'ai ressenti le plus le bordel.

Musique calme et rythmée

...

(En anglais)

Propos en langue étrangère

- Il se barre. Il imite une voiture.

Et là, tu repars.

Une autre voiture...

Tu pars comme ça,

et là, hop, après, tu pars ici.

- C'est dur physiquement, c'est un challenge.

Beaucoup diraient : "Je reste à la maison,

où "on filme en studio". Comment tu gères ?

- Tant que le physique tiendra...

Et à 77 ans, l'énergie est là.

Et c'est vrai que des fois, le corps me dit

"Attention, stop". Il y a des phénomènes de rouille, à 77 ans,

que j'avais pas quand j'avais 25 ans.

Mais le cerveau, par contre, marche mieux qu'avant.

La tête, le cerveau est plus efficace qu'à 25 ans.

- Pour permettre aux personnages

de s'intégrer à la réalité de la Mela,

je prépare le terrain.

Musique indienne

...

- Durant quatre jours, avec un prêtre et traducteur,

nous rencontrons des Sâdhus, dont la sagesse et la bonne parole

correspondent à la quête de "Un + une".

Epouser toutes les traditions, se plier aux règles et aux codes,

c'est la clé pour que la confiance s'installe.

En zigzaguant entre les imposteurs, on trouve des gens bienveillants.

Chant de rituel

...

Les Sâdhus sont les rois de la fête.

Ces ascètes choisissent la pénitence,

recherchent l'éveil spirituel pour fusionner avec le divin.

Ils sont à des lieues du cinéma ou de l'argent,

mais il faut les convaincre de participer au film de Claude.

Ils parlent en hindi.

...

(En anglais)

- Si je vous ai choisis,

c'est parce que je vous connais et que je sais

que vous êtes idéals pour ces trois jours de tournage.

Tout ce qu'on a fait jusqu'à maintenant, c'est du cinéma

presque traditionnel.

Il est important, à un moment donné que Jean

observe tout ça et pour lui, ça va être un choc.

Ca sera fort, si j'ai eu le sentiment d'avoir volé

leur regard.

C'est mes acteurs. Je les dirige, je leur fais faire ce que je veux.

Mais il faut que la caméra demain soit une caméra

comme on filme les animaux :

de loin. Il faut pas recommencer parce qu'on a raté le point.

On s'en fout. Pour cette scène, tout est bon.

Il faut qu'on ait le sentiment que c'est vrai.

Dès demain, on fonce, on verra.

Mais on peut pas rater ça.

- Après 16 jours en Inde, l'équipe est crevée.

Tout le monde est tombé malade à tour de rôle.

La Mela impose un défi technique, une épreuve physique.

Claude peine, mais ne lâche pas.

- C'est pas dur de jouer dans ce bordel ?

- En même temps, c'est moteur.

Tu évites sûrement de trop te poser des questions

et de trop caler les choses. Et finalement,

c'est là où on se rattrape avec le cinéma de Claude après l'accident.

Ecoutez, dans certains endroits, l'eau du Gange n'a plus d'oxygène,

rendant la vie impossible. Un tiers des égouts se déversant dedans,

le taux de bactéries polyformes y est de 5 millions par cm d'eau.

- Stop ! Je sais, j'ai lu tout ça. - En revanche, on peut la boire.

- Ah bon ? - Elle est potable.

- Non ? - Bah non.

- Mais je sais pas, je vous écoute. Je vous crois, je suis idiote.

Les gens viennent pas se laver, mais se purifier.

Il y a pas 15 millions d'Indiens qui tombent malades.

Vous dites des bêtises ! - Qu'est-ce qu'il fait ?

Attends, attends ! Stop, stop, oh !

Tu fais quoi, là ? - Je filme.

- Tu filmes quoi ? - Les gens.

Pourquoi Jean ne veut pas que je tourne ?

Parce que ce n'est plus mon film, mais celui de Claude.

Il s'adresse en fait, au personnage que je joue.

- Je bosse là.

- C'est l'histoire de l'arroseur arrosé.

Si vous passez trop de temps avec Claude,

il vous aspirera tel un trou noir.

Une mise en abyme vertigineuse, mais j'en connaissais les risques.

Lelouch s'inspire toujours de la vie pour nourrir ses films.

- Ouais. - Ca marche bien.

La rencontre est belle. On y va. - On y va.

- On va chez les Sâdhus.

Chants de rituel

- On touche à la limite de son cinéma vérité

et l'humour de Jean se heurte à l'incompréhension des Sâdhus.

- C'est le grand chef ? - Oui.

(en anglais)

- C'est Michel Sâdhu.

Terre brûlée au vent

Ils parlent hindi.

...

- Ah. Ne ris pas trop, parce qu'ils pensent que tu te moques d'eux.

- Non, c'est...

Bribes de conversations

...

- Oui, Raoul. Mais pas ce soir, je suis fatigué.

Oui ?

- Je peux entrer ? - Qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai la chance d'être avec des acteurs

comme Jean et Elsa qui sont dans leur personnage.

Ils tournent pas, ils vivent une histoire.

- Non.

- Vous savez, il y a ce qu'on dit et ce qu'on pense.

- Non. Il y a ce qu'on dit et ce qu'on a le courage de dire.

- Faudrait que ça soit plus vivant.

Il prend toutes les propositions, techniques

ou artistiques, il les prend. C'est super.

C'est simple. Des fois, même,

c'est trop simple. Ne pas se laisser embarquer trop dans l'impro,

mais rester toujours dans l'enjeu, dans le personnage et l'histoire.

- Ah ! Mais c'est mes notes ! - Mais t'as bossé beaucoup !

- Laisse-moi tranquille avec mes notes.

- Là, maintenant, faut que tu sois costaud, balèze.

- T'es pris comme dans une machine infernale.

- La vraie direction d'acteur,

c'est la relation de confiance entre metteur en scène et acteurs.

Quand on fait le même film, c'est génial.

Ce qui est terrible,

c'est quand ils font pas le même film.

- Ca arrive, parfois. - Oui, souvent.

Ca arrive pas qu'un peu. Neuf fois sur 10, ça arrive.

- Rien ! Juste le sable.

- Je retrouve avec Jean et Elsa ce que j'avais avec Jean-Louis

et Anouk Aimée. C'est très bien !

C'est formidable. Encore !

- On se croirait dans un film d'Antonini.

C'est pas chiant.

Vous avez été des personnages du film de Lelouch,

et là, vous êtes entrés dans la lucidité, mais aussi qui fait mal.

- Jean, on ne le joue pas, là.

- Non, je veux dire que c'est toujours pareil.

Je ne suis pas là pour boxer, pour dire des trucs.

Et que tu remettes un coup. C'est pas ça.

Il y a du danger contrôlé, comment dire...

Il enlève toute pression, donc on est détendu et on est très créatifs.

Des fois, on dit le texte.

- Oui, les mots pèsent trois tonnes.

- Là, on...

- On est surpris l'un l'autre, par les phrases des partenaires.

- Certains jours, on a envie de garder notre pudeur.

On n'a pas forcément envie de se montrer.

Ce métier peut rendre timide, surtout que je le suis à la base.

Beaucoup d'acteurs sont timides, c'est pour ça qu'ils font ça

et ça peut revenir.

- Sauf qu'avec sa méthode, on va au fond de soi, sortir des trucs.

- Oui, oui, oui. - C'est là où c'est malin.

- Oui, il te vole des choses et t'as envie de lui donner.

C'est votre faute. Vous me faites rire.

Forcément, ça me séduit. Il faut être plus simple.

- Je l'enlève. - On ping-pong ensemble.

- Bien sûr.

- Si je te fais rire pour casser la glace,

parce que j'ai dit des choses dures,

derrière, il faut des moments de vie et pas des phrases...

- T'inquiète pas,

laisse-moi la liberté... - Si on me dit : tu vas là,

t'es dans la lumière et dans le cadre. Voilà.

Maintenant, lâche prise. Ben non, là, tu m'aides pas.

- Ouais, ouais. - Si tu me dis pas où est la caméra,

si tu me dis : "Vas-y, tourne. Fais ta vie".

Il peut se passer des choses.

Musique calme

...

- Ils ont pas un truc de "je connais la vérité",

"je vais t'expliquer". Tu sens pas ça.

T'as juste l'impression de quelqu'un qui t'apaise.

Et d'un coup, c'est vrai que quelque chose lâche,

c'est une hyperacuité. Je pense que l'hyper bienveillance,

quand c'est à ce stade. La foi, comme ça, en l'humain,

ça a des pouvoirs magiques.

Chants rituels

...

- Ca fait juste du bien. C'est tout ce qui compte.

Arrêter de ressasser, avancer, rester au présent.

Comme si elle faisait un rappel du bonheur

en disant : "Voilà, il est là, saisis-le".

Même si c'est très compliqué, même si tout est très compliqué...

C'est un rappel pour le bonheur.

Je me rappelle

que je suis mieux heureux, dans le bonheur, quand j'en donne.

Mais il y en a qui n'ont pas ma chance

d'avoir eu, à la limite, cette route-là.

On leur a pas forcément donné ça.

Qu'ils viennent le chercher ici la première fois.

C'est super beau, c'est très beau.

*- Il est 11h, mardi matin,

quand un homme se présente devant cette bijouterie de la Croisette.

L'homme est déguisé en vieillard, son arme dissimulée.

Un scénario qui en rappelle un autre,

de cinéma, cette fois.

Dans le film "La Bonne Année" de Claude Lelouch, sorti en 1973,

Lino Ventura incarne un braqueur grimé en vieillard.

- Ca t'a amusé de savoir qu'ils se sont inspirés ?

- C'est formidable.

Comme quoi le cinéma peut servir à quelque chose.

A l'époque, pour faire le repérage, il fallait une bijouterie,

et donc je parle avec le gérant de chez Arpels à Cannes,

et je lui dis : "Comment ça marche, les alarmes, le truc"...

Et il m'explique tout ! Et je l'ai mis dans le film.

*- Stop numéro deux, tout va bien.

Stop numéro six, tout va bien.

- C'est un truc que t'aimes.

T'aimes les mecs qui montent des combines.

- J'aime l'imagination.

On trouve le courage et l'imagination chez des gens

qui sont un peu handicapés de l'honnêteté.

Les handicapés de l'honnêteté.

- Quand on a dîné, vous avez demandé si je savais ce qu'était une femme.

Et vous, vous savez ce qu'est un homme ?

C'est quelqu'un qui va jusqu'au bout.

- Et le meilleur moyen de faire croire que tu connais tout,

c'est de jamais avoir l'air étonné.

T'as compris ?

Toi, tu as souvent l'air étonné.

- Je suis un amateur dans le cinéma, c'est pas grave.

Ils sont trop cons.

Tu dis Lelouch, ses derniers films n'ont pas marché.

Voilà le raisonnement. Derrière un succès,

je peux rendre une merde, ils suivront.

- Derrière un échec, t'as pas confiance. Je sais.

- Je me suis fait chier

toute ma vie justement pour lutter contre ça.

Tu crois que ça m'amuse de faire la production et la distribution ?

Tu crois ? J'aimerais n'être que metteur en scène.

Tout ce qui m'intéresse, c'est de faire des films.

C'est la mise en scène. Si je fais de la distribution,

c'est que j'ai trouvé que des cons

qui achètent des produits qui marchent.

Ils achètent des savonnettes, ils achètent une marque.

Mais moi, je fais des films.

Je fais des films, des films avec des risques. Un coup ça marche,

un coup, non. - OK.

- Je prends des risques. Je peux pas le contrôler.

- Nous, on pense...

- Je suis content, mais essayez d'aller dans mon sens.

- Mais on va dans ton sens ! Ce qu'on veut...

Ce qu'on veut... - T'as regardé l'écran ?

- Oui. - Qui fait un film à ce prix-là ?

- Personne. - Qui ?

- J'ai pas dit le contraire. - T'as vu.

- J'ai senti un étonnement.

- Oh, là, ça m'étonnerait. J'ai fait comme on avait dit.

- Tu sais que tu me plais ?

Voilà. - Oui, mais je sais pas si...

- C'est ça.

- Oui, mais je sais pas si c'est dans le test.

- C'est le test.

- Mais vous me dites... - Ca doit pas t'étonner.

Musique d'intrigue

...

- Le défilé du 14 juillet.

Quand j'étais petit, mon père m'emmenait régulièrement le voir

et je crois que mon premier défilé

remonte en 45 après la guerre.

- Regardez, les rafales.

Sur les Champs-Elysées,

il y a 20 000 personnes et 10 000 qui filment. Regarde.

Regarde, si c'est beau !

Tout le monde filme.

Ils regardent plus, ils filment.

C'est impressionnant, regarde. Tout le monde filme.

- Certains voient le défilé, lui voit des petits Lelouch,

une génération de réalisateurs en herbe

comme celui qu'il était lui-même 60 ans auparavant.

En 1945, il a sept ans et ses parents fêtent la liberté retrouvée.

Comme dans un de ses films, ses parents se rencontrent

dans un cinéma, devant le film "Top Hat"

avec Ginger Rogers et Fred Astaire.

Il chante "Cheek to cheek".

...

Les mêmes qui remettront son Oscar à Claude.

Si ce n'est pas un signe.

Lelouch, né avec la caméra de son père braquée sur lui.

Simon Lelouch est un cinéaste amateur.

Il sait que le futur sera images.

Il transmet cela à son fils et croit en lui de façon inconditionnelle,

certain qu'un grand avenir attend Claude.

Il fait tout pour l'aider à réaliser ce rêve.

A sept ans, Claude est un enfant juif

que sa mère planque dans les salles, à l'abri des rafles.

Sa fascination pour le cinéma grandit.

- Je suis un enfant du cinéma.

Le cinéma m'a donné envie de lire, d'écouter de la musique,

de m'intéresser à la peinture. Le cinéma m'a éveillé au monde.

Dans les salles de cinéma,

j'ai vu que les gens étaient plus beaux, plus intelligents,

plus sexy, mais que c'était les mêmes

que ceux de la rue, mais en réussis.

- Plus tard, son père lui offre sa première caméra.

(En italien)

- Lelouch, une première.

- Quand Claude connaît la gloire, son père n'est plus là

pour partager sa joie. Il a légué à son fils,

sa passion du cinéma, sa confiance absolue en lui,

et l'idée que tout peut s'arrêter demain.

- Formidable, mon fils formidable.

- J'ai le sentiment que la course

qu'il s'impose vient de cette épreuve.

Une forme de culpabilité de la croyance

que le temps lui est compté, comme à son père.

Il s'engage donc dans le cinéma avec un appétit insatiable,

une frénésie intarissable et une confiance en lui inaltérable.

Grésillement

- Quel beau bruit !

C'est la caméra de papa, ça.

- Toujours en course, il multiplie les projets,

finalise son film, fait sa promo, développe d'autres chantiers,

d'autres passions, d'autres curiosités.

S'il n'a pas pu tourner trois films en trois ans,

il en a réalisé deux qui ont convaincu la critique,

trouvé le public, flirté avec le million d'entrées

et lancé un millier d'autres projets. Chapeau l'artiste !

Même si la folie et les turbulences de l'époque s'en mêlent,

sa course donne des bonheurs.

- Je retiens de ces trois années

qu'elles ont été trop courtes.

J'aurais aimé en avoir une ou deux de plus à ma disposition.

Voilà, j'ai pas pu satisfaire toutes mes observations

et toutes ces idées qui ont traversé mon cerveau.

J'aurais aimé avoir un peu plus de temps.

- "Blue Jasmine" était le 47e. - Putain !

Woody Allen a fait plus de films.

Ca m'énerve, il faut l'arrêter.

Woody Allen, il m'énerve.

Mais il a raison, il a jamais été aussi créatif.

C'est impressionnant.

Espérance de vie : je suis entre 78 et 79.

Alors, voilà.

C'est terrible !

En ouvrant le journal, j'apprends la date de ma mort aujourd'hui.

C'est un cauchemar.

- T'arrives à penser à avoir un dernier film ?

- Oui, parce que la fin, je la vois de plus en plus.

J'ai envié à un moment donné...

un homme libre.

Un homme qui décide même de la date de sa mort.

- On en parlait avant, mais là, tu vas un peu loin.

- Je vais aller au bout.

Un homme libre doit pouvoir dire à un moment donné :

"Bon, ça y est, j'y suis. Allons-y."

- Là, tu me parles du cinéma ou de la mort ?

- De la mort.

Tout le mal qu'on se donne, c'est pour mourir.

Tout. Nos emmerdes, nos machins...

On va tous au même endroit. On a rendez-vous au même endroit.

Toute ma vie, j'ai fait ce que je voulais faire.

Ce serait super qu'au moment de partir,

je continue à faire ça.

Je pense qu'à un moment donné, j'aurais envie de partir.

Je veux pouvoir m'offrir ce luxe suprême.

Ca sera pas un suicide de désespoir,

ça sera à un moment donné, une lassitude.

Si un jour je ressens ça, je vais être mauvais.

Il bafouille.

C'est pas impossible que je...

Que je décide de l'heure à laquelle je veux partir.

C'est pas impossible.

(- La vie, faut la vivre ! Faut pas la mourir.)

- C'est un grand plaisir, un honneur de vous saluer.

Moi qui vais au ciné depuis tout gamin, c'est...

C'est un grand plaisir en tout cas.

Merci et continuez à nous faire rêver.

- Et voilà ! C'est pour ça que je fais des films.

C'est pour ces gens-là.

Musique joyeuse

- Comme vous l'avez compris, si le hasard a du talent,

Lelouch, lui, a toujours des projets.

Avec ses Ateliers de Beaune,

il permet à 13 apprentis de concrétiser leur rêve

en apprenant avec lui.

- Dans ce métier, il n'y a pas de limite.

Moi, j'ai envie de privilégier le cinéma d'auteur.

Le cinéma sans intermédiaire et sans règle.

Il n'y a pas de règlement ici.

S'il y en avait un, ce serait foutu,

parce que ça nous empêche

d'aller là où personne ne pourrait aller.

- C'est un peu fou.

Quand tu dis à tes parents que c'est Claude Lelouch,

"Lelouch, Lelouch ?"

Je fais oui, je crois que c'est cette personne.

C'est tout le cinéma, là-dedans.

Je me suis revu quand j'avais 17-18 ans.

J'ai vu dans leurs yeux

cette brillance qu'il devait y avoir dans mes yeux,

quand on me montrait une caméra.

Alors, peut-être que ce que je fais est d'une utopie totale.

Mais les 45 films que j'ai faits sont des utopies,

devenues des films.

Ca, ça va changer l'histoire du cinéma.

En tous les cas, de mon cinéma.

- Ouvert aux nouveaux outils, il retrouve sa liberté de cadrer.

L'histoire d'un cinéaste qui saute d'un film à l'autre

comme si vieillir était très facile.

- Et coupez ! - Génial.

- Alors, comme si toutes les planètes étaient alignées,

comme si les forces convergeaient,

le destin vient sonner à sa porte et nous offre une surprise

pour conclure une histoire d'amour commencée un demi-siècle plus tôt.

Premières notes de "Un homme et une femme"

Musique joyeuse

...

Un couple mythique. Des retrouvailles à ne pas manquer.

L'occasion d'un voyage à travers le temps,

comme si c'était demain et que rien n'avait changé. Ou presque.

- Je m'en fous !

Putain, merde ! Faites pas chier avec la technique !

C'était magnifique.

- Mais il a toujours cette pêche, cette énergie.

Et il a changé, il est devenu plus sensible.

- Le grand patron, c'est le temps qui passe.

Si on résiste au temps, c'est très bon signe.

Tu savais pas que ce serait un classique en le tournant ?

- J'ai jamais rien su de ce que je faisais.

J'ai 18 ans dans la tête,

j'ai cette naïveté qui ne m'a jamais quittée

et j'ai 80 ans sur les épaules, voilà.

Remix de "Un homme et une femme"

...

- Il est bizarre.

Ca me fait très bizarre.

...

Je ne sais pas encore si j'ai compris.

...

- Quelle histoire.

Merci infiniment. Merci, merci, merci, merci.

Voilà. Vous avez été formidables et moi aussi.

- Et toi aussi. - Et moi aussi.

Applaudissements

Ils chantent l'air de "Un homme et une femme".

...

- Vous avez deux petits enculés qui se marient.

Et ça change le visage.

L'autre qui se marre et toi, tu le prends au sérieux.

Vous pouvez déstabiliser les acteurs en permanence.

Il faut tout le temps les déstabiliser.

Il faut qu'ils arrêtent de jouer la comédie.

Jouer la comédie, c'est bien au théâtre,

mais pas au cinéma. Au cinéma, c'est one shot.

On peut faire ce qu'on veut,

on peut aller chercher l'émotion à tout moment.

Déstabiliser constamment les comédiens.

Il faut leur enlever le confort du savoir-faire,

et c'est à ce moment-là, c'est là que le spectateur aura le sentiment

d'être ailleurs qu'au cinéma.

Générique

...

Je sais pas quoi te dire après un film pareil, parce que...

il faut être fou pour faire ce métier.

Et la seule certitude à laquelle je suis arrivé

après 60 ans de cinéma,

c'est que les choses se passent jamais

comme on les avait imaginées. Jamais.

C'est ça que j'essaye de filmer.

La vie a plus d'imagination que moi.

Le plus grand scénariste du monde, c'est la vie.

Et c'est à ce scénariste que je voudrais rendre hommage.

C'est grâce à ce scénariste que j'ai pu faire toutes ces folies.

Voilà, et finalement, j'ai fait qu'un seul film.

J'ai essayé de montrer que la vie était une course d'emmerdements

au pays des merveilles. Et c'est vrai.

Je n'arrête pas de m'émerveiller de ce monde et...

j'espère qu'à travers ces images,

vous aimerez la vie encore plus qu'avant. Voilà.

Et que vous allez profiter du présent,

car c'est la seule chose qui nous appartienne

et qui n'a pas le temps de vieillir. Je vous embrasse très fort.

Sous-titrage TITRAFILM

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