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CERTAINS DISENT QUE SAM SPADE ÉTAIT
LE PLUS GRAND DÉTECTIVE PRIVÉ DE TOUS LES TEMPS.
CERTAINS DISENT QUE SAM SPADE ÉTAIT
LE PLUS GRAND DÉTECTIVE PRIVÉ DE TOUS LES TEMPS.
À SAN FRANCISCO.
TOUT DÉPENDAIT DU BAR OÙ VOUS ÉTIEZ QUAND VOUS POSIEZ LA QUESTION.
MAIS CELA REMONTE À LONGTEMPS. AVANT QU'IL NE DISPARAISSE.
DÉSORMAIS IL Y A CEUX QUI DISENT
QU'IL VIT QUELQUE PART DANS LE SUD DE LA FRANCE.
TANDIS QUE D'AUTRES DISENT : "EN FRANCE ?"
"SPADE ?"
"JAMAIS DE LA VIE !"
MISTER SPADE
Il y a quelqu'un ?
Philippe Saint-André. Il est là ?
Vous parlez anglais ?
Sacré engin que vous avez là, madame.
Où il est ?
Pour Audrey, c'est un accueil chaleureux.
Mais elle a raison, je doute que Philippe ait été marié.
Franchement, je me demande qui l'épouserait.
Vous ne connaissez pas Brigid.
Hélas, j'ai connu plein de Brigid.
Elle m'a payé cher
pour que je remette la petite à son père.
Ça ne lui ressemblait pas de dépenser autant.
Vous savez où se trouve Philippe Saint-André ?
Qui sait ?
Philippe est un vagabond.
Parfois, il est ici. Parfois, il est ailleurs.
Que le testament vous envoie ici est un mystère.
J'ai reçu un billet d'avion en 1re classe
pour récupérer la petite à Istanbul.
Et deux billets en classe économique pour Marseille.
Vous êtes donc venu jusqu'à notre petit village
pour frapper chez quelqu'un et lui remettre la fillette ?
Son père était censé ouvrir.
Saviez-vous si elle serait la bienvenue ?
J'ai été trop payé pour réfléchir.
La relation avec Mlle O'Shaughnessy était purement professionnelle ?
Elle n'a pas tiré mon nom au sort.
- On se connaissait. - Je vois.
Par là, vous voulez dire que vous vous connaissiez...
bien.
Assez pour qu'elle se fie à moi.
Vous étiez...
amants ?
- Vous, les Français... - Oui ?
- Brièvement, ça a mal fini. - Classique.
On a le cœur brisé.
L'un tourne la page, l'autre devient aigri.
- Même pas. - Pourquoi ?
Je l'ai envoyée en prison.
Brigid se fiait à vous car vous l'aviez envoyée en prison ?
Parce que je l'ai fait sortir.
Vous l'avez fait sortir. Comment ?
Je savais à qui m'adresser.
Une qualité fort utile.
Pour quelle raison l'avoir fait sortir ?
Elle a pris 20 ans. Au bout de 2, elle était mourante.
Enfin, elle l'a cru. Même son corps mentait.
Après sa conditionnelle,
elle a vécu 4 ans, puis est morte dans un accident de train
près d'Istanbul, il y a peu.
L'ironie est ma forme de justice préférée.
Sans parler du gain de temps.
Puis-je savoir ce qu'elle faisait à Istanbul ?
L'antiquaire.
À sa sortie de prison,
vous avez repris votre histoire ?
Seulement le temps du trajet entre la prison et le motel.
Puis elle a violé sa conditionnelle et filé en Europe.
Il ne vous a pas semblé
que c'était comme avant ?
Que malgré le cœur brisé et l'aigreur,
vous pouviez encore raviver la flamme ?
Je dois dire que votre curiosité est étrange.
Dans les forces de l'ordre, on est curieux de tout.
Surtout des hommes armés qui cherchent les ennuis.
À moins que la bosse dans votre poche soit une sucette.
Je cherche quelqu'un.
Je vous croyais du genre attentif.
Je suis surtout du genre à tenir mes promesses.
Surtout quand je suis payé pour.
Mon conseil :
ramenez la fillette aux États-Unis.
Si Philippe Saint-André est son père,
elle sera mieux seule.
N'empêche que je dois le trouver.
N'empêche que je vous suggère poliment...
de passer votre chemin.
Comment elle s'appelle ?
Elle a un nom ?
Bitty Bertha. C'est maman qui l'a faite.
Il va pleuvoir.
On entend l'orage approcher.
Tu finiras dans la voiture.
On va rester ici un moment.
Autant dormir un peu.
Désolé, je ne parle pas français.
Vous êtes américain.
Depuis la naissance.
J'imagine que vous ne savez pas réparer ça.
J'ai toujours pensé qu'on se contentait de les jeter.
Bonjour, toi !
On va au village avec votre fille ?
Ce n'est pas ma fille.
Et je préférerais éviter le village.
Je comprends. Montez !
Charlemagne ira à l'arrière.
Je ne me permettrais pas.
Première fois en Rolls-Royce ?
Dans une Rolls qui sent la rose, oui.
J'ai fait du jardinage.
Je n'ai pas la main verte.
L'eau est l'élément essentiel.
Vous m'en direz tant.
Votre anglais est parfait.
J'ai eu un bon professeur.
Encore un talent qui me manque.
- Enseigner ? - Apprendre.
Il suffit d'avoir un professeur qu'on veut écouter.
Je suis tout ouïe.
Quoi ?
Allons parler dans mon bureau.
Vous voyez ça ?
Vous avez un début d'emphysème.
Autrement dit ?
Vous devez arrêter de fumer.
Oubliez ce que vous lisez,
oubliez les publicités à la télé avec des filles sexy.
La cigarette, c'est mauvais.
- Je vais mourir ? - Non.
Mais vous vous tuez.
Il me reste combien de temps ?
Tout dépend de vous.
Arrêtez, et vous vivrez 30 ans.
Continuez, et vous vivrez 30 ans,
mais sous une tente à oxygène.
À part ça, vous êtes en pleine forme.
Emphysème ?
Pas très joli.
M. Spade ?
Quelle joie de vous voir, mon cher !
Comme toujours.
Asseyez-vous.
Cigarette ?
Ça vous gêne si je fume ?
Pas si vous soufflez dans ma direction.
Vos cloches retardent un peu. J'ai 10 h 24.
Pendant plus de 300 ans,
les sœurs ont grimpé dans le clocher et sonné à la main.
Le mois dernier, un représentant m'a convaincue de tout automatiser.
Le mécanisme a été installé vendredi.
Depuis,
les cloches sonnent quand bon leur semble.
Mieux vaut peut-être ignorer combien de temps il nous reste.
Pas si on s'occupe d'enfants du matin au soir.
Comment vont les enfants ?
Dieu merci, elles sont toutes en bonne santé et heureuses.
Même si...
certaines préfèrent la solitude.
La solitude a ses avantages.
Dieu l'aime et veille sur elle.
Pour Ses efforts, et pour les vôtres.
Comme toujours, nous vous sommes reconnaissantes.
Il y a longtemps, on m'a dit
qu'argent et reconnaissance ne faisaient pas bon ménage.
Une personne cynique, pour sûr.
Les seules que je connaissais, à l'époque.
À propos du passé,
son père va revenir à Bozouls.
Ça alors...
Je le croyais mort.
Mais les morts n'écrivent pas.
Il a envoyé plusieurs lettres.
La mère de Philippe a reconnu son écriture.
Vous avez parlé à Mme Saint-André ?
Désormais, Audrey s'occupe beaucoup
de sa petite-fille.
Chaque semaine, elle lui apporte des habits
qu'elle a cousus elle-même.
Vous n'avez pas jugé bon de me prévenir ?
Je vous en parle maintenant,
pour que vous sachiez qu'il va arriver.
Audrey a pu écrire ces lettres.
- Dans quel but ? - La petite est riche.
J'imagine
que vous voulez dire spirituellement.
On est loin de l'hôtel George V.
Il existe un fonds plein d'argent mal acquis.
Tout ira à Teresa quand elle aura 18 ans.
Philippe le savait sûrement,
vu qu'il a pris cet argent à ses propriétaires.
Philippe Saint-André est un voleur ?
Quelle surprise !
Il a agi avec l'aide de la mère de Teresa,
qui connaissait assez Philippe pour mettre l'argent
au nom de Teresa.
Et quel était votre rôle
dans cette histoire ?
Secondaire.
Philippe a toujours nié être le père,
et jusqu'à très récemment,
sa mère refusait l'existence de sa petite-fille.
Mais maintenant que Teresa approche de ses 18 ans,
il écrit des lettres et elle tricote des chandails ?
La guerre a changé beaucoup de gens.
Rarement en mieux.
Grand-maman Audrey mijote quelque chose.
J'ai toujours pensé
qu'avec le temps, Teresa s'attacherait à vous.
J'ai envoyé sa mère en prison
et son père mourir en Algérie.
Ça va être long.
Mais elle sait que vous l'aimez.
Tenir une promesse n'est pas aimer.
J'ai promis d'amener la petite à Bozouls.
Vous savez,
comme le dit le livre saint,
"celui qui promet s'endette".
L'Ancien ou le Nouveau Testament ?
Le Talmud.
Vous me surprendrez toujours.
J'apprécie beaucoup nos conversations,
mon cher M. Spade.
Que faites-vous ? J'ai réparé le lave-vaisselle.
Je me refais une santé.
Je peux m'en occuper.
Désolé,
je ne comprends pas, parlez anglais.
Faites-moi plaisir, fermez à clé.
Ce genre d'ennuis se passe d'invitation.
Vous n'avez pas l'air inquiète.
Ça vous dirait de toucher une prime en plus de vos honoraires ?
Pour faire quoi, au juste ?
Ce qui était déjà prévu.
Parler à Philippe Saint-André.
Seulement lui parler ?
Il me fait chanter.
Avec quoi ? Vous avez tué votre mari ?
Mon mari était un nazi.
Il était allemand ?
Pire.
Il était français.
Jacques était un collabo.
Et Philippe menace d'alerter les autorités ?
Pas seulement.
Les journaux, la presse internationale.
Et alors ?
De nombreux résistants ont tué de nombreux nazis à l'époque.
Et leurs enfants.
Ça remonte à 10 ans. Qu'est-ce qui a changé ?
L'Algérie.
On était tous d'accord pour arrêter Hitler,
coûte que coûte.
Mais le consensus est moins général sur notre conflit récent.
Et ça n'arrange rien
quand les deux camps sont dans une compétition malsaine
et accumulent les atrocités.
J'ai grandi en pensant que,
quand ma famille partait en vacances à Oran,
on restait en France.
Que ressentez-vous aujourd'hui ?
L'important, c'est ce qu'on croit que je ressens.
Et peu importe que Jacques ait été puni
pour avoir trahi sa ville natale,
pour avoir fait souffrir ses vieux amis,
tout ça pour dormir dans son lit,
continuer de faire son vin
ou conduire sa voiture bordeaux.
Après cette guerre,
l'important, c'est qu'on l'ait puni nous-mêmes.
"On" ?
Philippe ne fait pas chanter que vous ?
On parle de moi, là.
Je ne veux impliquer personne à Bozouls.
Je refuse que les gens d'ici souffrent à nouveau.
Ce qui arrivera si Philippe met ses menaces à exécution.
Ils n'ont pas peur d'aller en prison...
mais d'être vus comme des criminels de guerre,
surtout par leurs enfants.
J'aimerais vous aider,
mais si je veux être payé,
je dois savoir que faire d'elle.
Vous avez une conscience, je comprends.
J'ai surtout beaucoup de dettes.
Pour tout vous dire,
dès qu'elle sera casée, je passerai à autre chose.
J'ai une idée,
qui nécessite quelques jours.
Je peux vous payer pour réfléchir
à comment je pourrais régler ça
sans tuer personne.
On peut se débarrasser d'un homme sans le tuer.
Surtout en temps de guerre.
Intéressant.
Votre gendarme m'a fait comprendre
qu'il voulait que je m'installe ailleurs.
Alors venez chez moi.
Dans la remise à calèches.
Bonjour !
Je m'appelle George Fitzsimmons.
Que puis-je pour vous ?
Madame Larvaron est là ?
Je crains que non.
Vous savez quand elle va rentrer ?
Quand il neigera en enfer.
Plaît-il ?
Elle n'est plus parmi nous.
Je vois.
Je ne veux pas vendre.
Bien.
Je ne suis pas acheteur, ce n'est pas dans mes moyens.
Alors, on est deux.
Pourquoi vous cherchiez ma femme ?
Votre femme ?
Bon sang ! Quel idiot je fais...
Mes condoléances. J'ignorais qu'elle s'était remariée.
- Vous l'avez connue ? - Oui, il y a un certain temps.
Quand j'étais gamin, juste après la guerre.
En fait, mon père était peintre paysagiste.
St John Fitzsimmons ?
Mme Larvaron le laissait peindre ici.
Le vallon,
le vignoble,
les vaches.
Oui, il y a un tableau
dans la bibliothèque.
Un cadeau de mon père pour la remercier.
On a vécu 3 mois dans la remise à calèches.
Je me rappelle notre départ. J'étais effondré, en sanglots.
J'adorais vivre ici.
Pour ne rien vous cacher,
j'avais un petit béguin pour madame.
Ça se comprend.
Je me demandais, M...
Spade.
Gabrielle Spade, ça alors.
Que vous demandiez-vous ?
Je suis moi-même artiste.
Et vous voulez peindre ici.
Si ça ne vous dérange pas que j'arpente les lieux.
Pas du tout.
Arpentez autant que vous voulez.
Tant que vous êtes silencieux et invisible.
Voyez-moi comme une vache de plus.
On a vendu les vaches.
Peu après l'incendie de la remise à calèches.
Tu as toujours eu un penchant pour les marginaux.
Un homme sur la Lune...
Et pour quoi faire ?
Bonjour.
Helena !
Vous pourriez demander à Henri de venir me voir ?
Bonjour, M. Spade !
George.
Alors, Jean-Pierre, tu t'es perdu hier soir ?
Tu as oublié que tu devais éviter ma propriété.
Ta propriété...
Bon sang, tu es là depuis hier soir ?
Quoi ? Je n'étais pas là hier.
- Alors, qui ? - Je l'ignore.
Philippe Saint-André.
- Tu lui prêtes ta moto ? - Il la prend parfois.
C'est un vieil ami, après tout.
Des amis pareils, mieux vaut s'en passer.
Jean-Pierre,
il y a des choses à ne pas faire.
On a tous entendu des histoires sur ton passé de dur à cuire.
Pure invention.
Je me demande...
Ce sont des histoires vraies ?
Ou des fables pour les femmes comme la mienne ?
Attends.
J'ai une affaire à te proposer, Spade.
- Ne ris pas. - Alors, ne sois pas ridicule.
C'est très sérieux.
Rachète ma part du Hot Club.
La part de Marguerite ?
Tu lui en as parlé ?
Elle n'a pas à savoir.
C'est drôle, les poivrots se croient rationnels.
Rachète ma part,
je disparais.
Le club et ma femme sont entièrement à toi.
Qui te dit que je veux de Marguerite
ou qu'elle veut de moi ?
Réfléchis-y.
Dis à ton vieil ami Philippe que s'il veut me parler,
il peut venir me trouver, comme tout le monde.
Bonjour, M. Spade.
Mme Devereaux.
Un verre ?
Il est un peu tôt, non ?
Ou un peu tard.
Question de point de vue.
Cette nuit, on entendait
la fête jusqu'à chez moi.
Ah bon ?
Ou alors, vous vous lanciez des bouteilles avec Jean-Pierre.
Il t'a touchée ?
C'est peut-être moi qui l'ai touché avant.
Je suis capable de me défendre.
Ce matin, il est passé à moto.
Pour une fois, ne parlons pas de Jean-Pierre.
Tu aurais dû venir hier soir.
Salle comble, public en délire.
Tu es sûre ?
Comme je disais, la salle était comble.
Ton mari pense déjà que j'ai volé le club.
Selon Jean-Pierre, tu as volé plus que ça.
Si seulement il savait...
Mais le club n'est pas à lui.
Il est à moi.
À nous.
C'est ce qui l'a énervé ?
Il ne lui en faut pas beaucoup.
Ça va ?
Je vais bien. Mieux que jamais.
L'autre soir,
je passais devant le cimetière.
Et je t'ai vu à l'intérieur.
Les soirées sont agréables, là-bas.
J'imagine, vu que tu y vas chaque soir.
Tu passes souvent devant le cimetière ?
Je cherche une concession.
Deux ans se sont écoulés, Sam.
J'évite les calendriers et les miroirs depuis longtemps.
Je surveille ma ligne.
Quelle ligne ?
Tu devrais passer voir
Jean-Pierre et Marguerite Devereaux.
- Ils se sont encore écharpés. - Je sais, je l'ai vue.
Parfois, je rêve qu'ils s'entretuent pour qu'on ait la paix.
Jean-Pierre vit mal sa démobilisation.
La guerre est à la maison.
Ça finit toujours comme ça.
Ce fiasco algérien est différent.
Jean-Pierre est un citoyen modèle, comparé à d'autres.
Tu ne connais pas la bonne nouvelle ?
On va avoir un bowling ?
Philippe Saint-André
serait revenu au bercail.
Je dois m'inquiéter pour Philippe et toi ?
Attention, Patrice, tu vas brûler en enfer.
Je suis gaulliste. Pour beaucoup, j'y suis déjà.
Réponds-moi.
Pourquoi t'inquiéter ?
Deux hommes veulent ta peau et je n'ai même pas petit-déjeuné.
Il y a un seul sociopathe sur les deux.
C'est suffisant.
Je te l'ai dit, ta solution n'en était pas une.
Oui, mais ce n'était pas toi qui me payais.
C'était Gabrielle.
Bonjour, Henri.
La vie de soldat te convient ?
L'entraînement est difficile,
mentalement, physiquement.
Mais le plus dur, c'est la discipline.
J'accepte mal les ordres.
Je te comprends.
Vous avez fait l'armée ?
Non, j'étais objecteur de conscience.
Vous ne croyez pas au fait de tuer son prochain ?
Plein d'hommes méritent d'être tués,
et plein de guerres d'être menées.
Mais je préfère choisir.
En bon faux jeton,
Philippe Saint-André est revenu en douce.
Je peux vous aider ?
Tu fréquentes toujours la petite rouquine ?
De laquelle vous parlez ? Je ne fréquente que des rouquines.
Celle qui est venue dîner,
la secrétaire du général.
Regarde le dossier militaire de Philippe.
Ses activités en Algérie, et tout le reste depuis.
Sans que la rouquine et toi ayez d'ennuis.
Ta grand-mère me tuerait.
Pour elle, le sergent Saint-André était une brute
qui aimait faire du mal aux gens.
Son don à lui.
Et qu'il faisait chanter votre femme
avant qu'elle soit votre femme.
Gabrielle avait des problèmes avec Philippe, oui.
C'est pour ça que vous l'avez chassé ?
Je l'ai convaincu qu'il ferait mieux de partir à la guerre.
Je vais me renseigner.
Ne t'approche pas de Teresa.
Tiens, voilà le père de l'année !
Je parle sérieusement, Spade.
Elle ne veut pas te voir.
Il paraît que ta mère s'est mise au tricot.
Tu en sais bien moins que tu ne penses.
Je t'inviterais bien pour t'expliquer,
mais tu dois être dans la merde jusqu'au cou.
Ne m'emmerde pas.
Philippe ?
Hier, je t'ai dit que Philippe était revenu.
- Et demandé si c'était inquiétant. - La réponse est oui.
Non, tu es en train de me dire
que tu as reçu un coup de fil de Philippe Saint-André.
J'avoue que c'est préoccupant,
mais sans plus.
Et que pendant cet appel, tu as entendu un coup de feu.
Tiré par qui ?
Tiré sur qui ?
Un coup de feu a été tiré près de Philippe.
Par lui ou sur lui.
J'aurais cru que le chien de chasse que tu es
aurait déjà bondi
pour flairer sa trace dans les environs.
Ta métaphore canine mise à part,
je me considère comme un expert sur Philippe Saint-André.
Et je t'assure qu'on ne trouvera pas cet homme,
sauf s'il veut qu'on le trouve.
Tu es expert en attente, alors ?
Tu insultes mon professionnalisme.
Seulement ton courage.
Mon courage ne fait aucun doute.
J'ai des blessures qui le prouvent. Contrairement à d'autres.
Tu insultes mes états de service ?
Il faut déjà avoir combattu
pour en avoir.
On est censés parler de ça uniquement quand on a bu.
J'ai la gueule de bois.
Ça compte ?
Patrice, que dirais-tu si Philippe blessait quelqu'un ?
Tout dépend qui.
- Mon meilleur homme s'en occupe. - Le meilleur ?
Ton abruti de frère ?
Jamais content !
Maurice est un bon enquêteur.
Il ne trouverait pas d'eau dans la mer.
- Ne m'oblige pas à le dire. - Quoi ?
Qu'on a partagé plein de choses ?
Que tu m'es redevable.
C'est tout le contraire.
Tu vis ici parce que je le veux bien.
C'est lui ?
Pas ce soir.
J'ai dû rater le spectacle.
J'espère que c'est du 1952.
Parfois, Patrice a raison.
Il y a plein de pistes à creuser entre ici et Alger.
Tu n'es pas du tout intrigué
par le retour de Philippe ?
Ni par son appel en pleine fusillade ?
Plutôt un début de fusillade.
Malgré ce qu'il a voulu faire à Gabrielle,
ça ne te regarde pas ?
Ça m'a rappelé mon allergie aux affaires des autres.
Depuis quand ?
Depuis que j'habite la belle ville de Bozouls.
Mais avant, ton rayon,
c'était les affaires des autres, pas vrai ?
Mon rayon ?
Comme tu y vas !
Miles nous traitait de fouineurs professionnels.
Les gens déballent leurs problèmes et on finit par en hériter.
Et comme on les résout, les problèmes affluent.
Tout comme l'argent.
Rapidement, les petits problèmes deviennent fatals.
Au final, on est doué pour ça aussi, peut-être trop.
Un jour, dans le miroir, on voit quelqu'un qu'on méprise.
Pas grave.
Il suffit d'éviter les miroirs.
L'argent et l'alcool font diversion,
jusqu'à ce qu'on pourrisse entièrement de l'intérieur.
Et on a beau boire ou s'enrichir,
on n'échappe jamais à sa propre puanteur.
C'est extrêmement parlant, mais ça n'explique pas ta présence.
On ne vient pas sans raison
dans la belle ville de Bozouls.
Tu ferais un meilleur détective que moi.
Voyons, j'ai un bar.
Et un associé.
La première fois que je suis venu ici,
tu étais la seule à ne pas me regarder de travers.
Depuis, c'est arrivé plusieurs fois.
Qu'est-ce que tu fais ici, Spade ?
Je fais tendrement l'amour à ta femme.
Je m'en vais.
Tu devrais me craindre davantage.
Tu me connais pas.
Tu ignores ce que j'ai fait ou ce que je peux faire.
- Tu me prends pour un idiot ? - Pas du tout.
Tu es du genre, tard dans un bar,
à remettre la même rengaine sur le juke-box.
Je me souviens de ta version sans alcool.
Tu n'étais pas un mauvais bougre.
Après tout...
elle t'a épousé.
Teresa ?
Aidez-moi !
Je suis venue en courant.
Dis-moi ce qui s'est passé et à qui est ce sang.
À mon père.
Philippe est venu te voir ?
- On lui a tiré dessus. - Tu as vu qui ?
C'était avant.
Il t'a dit qui avait tiré ?
Il a dit :
"Des hommes très méchants."
Pires que lui ?
Les gens n'aiment pas mon père.
Mais ils ne le connaissent pas comme moi.
On est ici car ton père a été blessé par "des hommes très méchants".
J'imagine donc
qu'il s'agit d'une sale affaire et que malgré le danger,
il a décidé de se précipiter vers sa fille de 14 ans.
J'ai 15 ans.
... connard.
Il paraît.
Où est-il ?
Teresa, où est Philippe ?
Resservez-moi.
Il débarque, blessé par balle,
il t'embrasse et il s'en va ?
Et pendant son rapide passage, il a fait quoi ?
Dit quoi ?
Oublie sa version bidon
et dis-moi la vérité.
Ceux qui lui ont tiré dessus l'ont suivi au couvent ?
J'ignore qui a tiré.
Peut-être le moine.
Après le départ de papa,
il a tapé à la grille avec son bâton et réclamé la Mère supérieure.
À quoi ressemblait ce moine ?
Un visage hideux, une voix rauque.
Gros nez, yeux marron, capuche ?
- Vous l'avez déjà vu ? - Oui.
- Pourquoi la Mère supérieure ? - Aucune idée.
Il a débarqué en lui criant dessus.
Elle lui a dit de partir.
Puis il s'est mis à jurer
et à la frapper.
Elle est blessée ?
Je ne sais pas.
Après, tout le monde s'est caché.
Pas toi. Pourquoi tu es venue ?
Je suis la plus rapide.
Pourquoi ici plutôt qu'à la gendarmerie ?
Le commandant...
me fait peur.
Reste ici, ne bouge pas.
Désolé de vous réveiller.
Il y a un problème.
Helena va arriver.
Je vais voir ce qui se passe.
En cas de problème...
lis ce livre.
Je ne vous ferai aucun mal.
Adaptation : Odile Manforti
Sous-titrage TITRAFILM
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